Bienheureuse Oda

Vierge

Fête : 20 avril 12ᵉ siècle • bienheureuse

Résumé

Noble vierge du Brabant au XIIe siècle, Oda se défigura volontairement le nez avec l'épée de son père pour échapper à un mariage forcé et préserver sa virginité consacrée. Elle devint ensuite religieuse puis prieure dans l'ordre de Prémontré, se distinguant par son humilité et sa charité envers les pauvres.

Biographie

LA BIENHEUREUSE ODA

Que chacun se renferme modestement dans le don qui lui a été départi.

Ep. aux Rom., XII, 3.

Elle naquit dans le Brabant, à l'époque où Liétard gouvernait l'église de Cambrai (1131-1137). Son père s'appelait Wibert, sa mère Thesceline : tous deux descendaient des plus nobles familles du pays et étaient aussi distingués par leur vertu que par leurs richesses. Dès son plus bas âge, elle témoigna un grand amour pour la piété et des dispositions très heureuses pour la vertu. Méprisant les pompes mondaines et les distinctions que recherche la vanité, elle ne voulait d'autres ornements que ceux de la vertu ; aussi portait-elle empreintes sur le front la pudeur et l'innocence d'une belle âme. Afin de garantir sa chasteté et de l'assurer contre les dangers qu'elle pouvait courir dans le monde, elle résolut de s'en éloigner et de conserver ainsi dans toute sa fraîcheur la fleur de sa virginité, qu'elle voulait consacrer à Jésus-Christ. Dès lors elle ne quittait presque plus ses parents et n'admettait dans sa familiarité que quelques jeunes personnes de son âge, qui, comme elle, aimaient et servaient Dieu, et pratiquaient fidèlement toutes les vertus de leur sexe. Souvent aussi on la voyait recueillie en elle-même, et s'entretenant intérieurement avec le Dieu qui fait ses délices d'habiter dans les âmes pures et innocentes.

La bienheureuse Oda croissait en âge et en sagesse devant Dieu et devant les hommes. Elle faisait l'édification de tous ceux qui la voyaient, la consolation et le bonheur de ses parents, qui formaient déjà pour leur fille chérie les plus beaux projets d'avenir. Mais des pensées bien différentes des leurs remplissaient en ce moment l'esprit de la jeune vierge, qui sentait en elle un attrait toujours de plus en plus sensible pour la vie religieuse. Avec cette confiance ingénue qu'on trouve souvent dans les âmes droites qu'agite un désir ardent, Oda communiqua son dessein à un parent. Elle le pria en même temps de l'aider à le réaliser, et sollicita de sa part une demande auprès de l'abbé du monastère de Bonne-Espérance, pour qu'il consentît à lui donner le voile des vierges.

Le parent auquel Oda s'était confiée ne répondit pas à son attente ; au contraire, il s'empressa d'aller avertir Wibert et Thesceline afin qu'ils prissent, le plus tôt possible, les mesures qui devaient entraver le dessein de leur fille et le faire échouer. Ainsi, au moment où la jeune vierge se réjouissait à la pensée que, sous peu de jours, elle pourrait quitter le monde pour aller se consacrer tout entière à son Dieu dans quelque solitude, on préparait tout ce qui devait devenir un obstacle à la réalisation de ses vœux. En effet, il fut bientôt convenu, par le conseil des parents qu'on interrogea secrètement, que l'on chercherait à l'engager dans les liens du mariage avant peu de temps. Cette intention fut adroitement manifestée dans les principales familles du pays, et plusieurs jeunes seigneurs se présentèrent pour obtenir la main de la jeune Oda. L'un d'entre eux, appelé

20 AVRIL.

Simon, ayant été accueilli par Wibert et son épouse, des engagements furent pris et acceptés de part et d'autre. Le jour même où devait être célébrée cette alliance fut fixé selon les désirs du jeune chevalier.

On avait gardé dans toute la suite de cette affaire un secret si profond, qu'Oda, toujours persuadée que son parent s'occupait du projet qu'elle lui avait communiqué et travaillait à le faire réussir, n'avait rien deviné de ce qui se passait autour d'elle. Ses parents eux-mêmes, qui craignaient sans doute une opposition qu'on voulait absolument surmonter, ne lui en avaient fait jusqu'alors aucune confidence ; aussi sa surprise fut-elle extrême quand elle apprit qu'ils avaient résolu de lui donner un époux, et qu'ils avaient fixé leur choix sur Simon, jeune seigneur de noble famille.

La grâce ne manqua pas à la bienheureuse Oda devant l'épreuve où elle se trouvait engagée. La correspondance fidèle qu'elle y apporta, la rendit victorieuse dans cette lutte héroïque de la virginité et de l'affection naturelle des parents. Toutefois ce ne fut pas sans de violents efforts. Après le premier moment de surprise et de douleur que lui causa cette communication étrange et inattendue, la jeune Vierge se recueillit en elle-même pour consulter l'esprit de Dieu qui lui avait inspiré son dessein, et de qui elle attendait le courage et la force nécessaires pour l'accomplir. À la lumière de la foi elle comprit qu'il faut souvent passer par les contradictions, les tentations et les souffrances pour pouvoir accomplir les volontés de Dieu sur nous ; qu'il permet ces oppositions de nature et des affections terrestres afin d'éprouver la vertu des âmes fidèles et de rendre leur sacrifice plus méritoire à ses yeux, et qu'enfin jamais il ne refuse la victoire à ceux qui, dans ces combats de la chair contre l'esprit, savent, comme le Prophète, lever les yeux vers le ciel et en appeler le secours, la lumière et la force.

Ces pensées consolantes avaient ramené le calme dans l'âme de la jeune et vertueuse Oda. S'abandonnant donc entièrement à l'esprit de Dieu qui la dirigeait, elle voyait approcher sans crainte le moment où elle aurait à manifester ouvertement ses sentiments et les énergiques résolutions de sa volonté. En attendant, elle ne cessait, le jour et la nuit, d'adresser à Dieu de ferventes prières, afin qu'il lui plût de donner à son humble servante la victoire dans la lutte qui allait s'engager. Déjà, en effet, commençaient, sous ses yeux, les préparatifs de la noce, à laquelle on voulait donner une grande magnificence. Seule tranquille au milieu de ce mouvement général de tout ce qui l'entourait, la jeune vierge semblait ne pas même s'inquiéter de cet appareil déployé pour une cérémonie à laquelle elle était bien résolue à ne prendre aucune part. Ses parents n'avaient pu s'empêcher de remarquer cette contenance calme et réfléchie de leur fille, et ils semblaient vouloir se tromper eux-mêmes sur les motifs qui pouvaient la déterminer. Après la déclaration qu'avait faite Oda de son désir de se consacrer à Jésus-Christ, après le sentiment de douloureuse surprise qu'elle ne put retenir, au moment où ils lui parlèrent de sa future union avec le jeune Simon, il n'était guère possible qu'ils fussent sans inquiétude sur les dispositions de leur fille et sur une détermination que tout en elle faisait pressentir. Ce fut peut-être afin de dissimuler complètement ces appréhensions, que Wibert, la veille même du jour des noces, voulut faire entendre à sa fille que le moment de réaliser ce projet était encore éloigné. Cependant le lendemain dès le matin, l'on vit arriver au château du père d'Oda le jeune chevalier Simon, accompagné d'un grand cortège de parents et d'alliés invités à la fête. Le cœur de la jeune vierge était extrêmement ému en voyant tout ce qui se passait sous ses yeux : elle renouvelle alors sa généreuse résolution de vivre dans la chasteté parfaite pour l'amour de Jésus-Christ, et attend sans crainte ce qui va arriver.

Quelques moments après, ses parents venaient l'inviter à se rendre à la chapelle pour la cérémonie de son mariage : Oda obéit aussitôt. Déjà le jeune Simon avait déclaré au prêtre qui l'interrogeait, qu'il prenait Oda pour sa légitime épouse ; celle-ci devait répondre à son tour à la même question. Le ministre sacré la lui propose ; la demande lui est de nouveau adressée, et Oda reste muette. Une dame alors, se détachant de la foule des spectateurs, s'approche de la jeune fille qu'elle connaissait très bien et l'engage à ne point écouter une fausse modestie qui lui ferme la bouche dans une circonstance si solennelle, et à répondre tranquillement à la question que le prêtre lui fait. Oda prenant alors la parole s'exprime en ces termes : « Puisque vous cherchez avec tant de sollicitude si je suis disposée à accepter ce jeune seigneur pour époux, sachez que je ne veux accepter ni lui ni aucun autre, car mon amour et ma foi sont engagés à Jésus-Christ, à qui, dès mes premières années, j'ai consacré ma virginité. Rien ne pourra jamais me séparer de ses faveurs, ni l'amour d'aucune créature, ni les menaces, ni quelque autre chose que ce soit ».

À ces mots, tous les assistants sont remplis de surprise et de tristesse. Le jeune Simon, le premier, s'éloigne précipitamment, monte sur son cheval et retourne plein de colère au château de son père. Plusieurs s'approchent d'Oda, lui adressent des reproches sur sa conduite, et s'efforcent de la déterminer à prendre l'époux que ses parents lui ont choisi. L'âme de la vertueuse jeune fille était en proie à la plus vive douleur en voyant le trouble dans lequel étaient jetés ses proches et les amis de sa famille ; mais la vivacité de sa foi lui fit supporter cette épreuve si pénible et lui donna le courage de rester fidèle à sa résolution. Elle se retira dans la chambre de sa mère pour se recommander de nouveau à Dieu et réclamer son secours, au moment où son père, montant à cheval, se rendait auprès du jeune Simon dont il redoutait le ressentiment et la colère. Sa famille était une des plus importantes du pays, et il y avait lieu de craindre qu'elle ne conçût un vif déplaisir de tout ce qui venait de se passer. Wibert d'ailleurs pouvait seul expliquer la raison de la conduite de sa fille, sur les dispositions de laquelle il avait toujours gardé le plus profond silence. Peut-être même voulait-il donner à Simon l'assurance qu'il allait tenter de nouveau de décider Oda à l'accepter pour époux. Mais, pendant ce temps, la généreuse vierge prenait une résolution étonnante, énergique, et qui devait rompre toutes les espérances qu'on aurait pu concevoir encore pour l'avenir.

En effet, tandis qu'elle se trouvait seule dans la chambre de ses parents, demandant à Dieu de l'éclairer de ses lumières et de l'aider de son secours tout-puissant, elle forma le projet de se ravir à elle-même cette beauté qui devenait un obstacle à l'accomplissement de ses désirs. Saisissant donc une épée de son père qu'elle trouva au chevet du lit, et demandant à Dieu de fortifier son bras, elle se coupa une partie des narines et reçut aussitôt dans un bassin le sang qui coulait avec abondance. Plusieurs des personnes qui savaient qu'elle était retirée dans cette chambre, s'étonnaient de ne point la voir sortir. La curiosité les porta à y aller pour l'interroger sur ses dispositions intérieures et sur les motifs de sa conduite. Arrivées à la porte et la trouvant fermée, elles appelèrent à haute voix la jeune fille, qui ne répondit point. Toutes alors se mirent en devoir de forcer l'entrée, pour s'assurer qu'elle était dans cet appartement. Quelle n'est point leur surprise en

20 AVRIL.

voyant Oda toute défigurée et recevant dans un bassin le sang qui coulait de ses blessures. À cette vue, elles poussent un cri d'horreur ; la mère d'Oda accourt et tombe évanouie entre les bras des personnes qui l'entourent. Le bruit de ce qui s'était passé au château ne tarde pas à se répandre au dehors : il arrive jusqu'aux oreilles du seigneur Wibert, qui, en ce moment, revenait à cheval en toute hâte. En arrivant, il trouve son épouse, ses parents et ses amis dans une consternation impossible à décrire. À la vue de sa fille ainsi couverte de sang, il est saisi lui-même de la plus profonde douleur. Il commençait sans doute à reconnaître la faute qu'il avait commise, en cherchant à contraindre sa vocation et à la forcer d'accepter, contre sa volonté, l'époux qu'il avait choisi.

Le vénérable Odon, abbé du monastère de Bonne-Espérance, ne tarda pas à être instruit de tout ce qui s'était passé dans la famille d'Oda. Reconnaissant à ces témoignages frappants que Dieu appelait cette vierge à la vie religieuse, il chercha à lui faciliter les moyens d'y entrer. Pour cela, il confia une mission à deux religieux très vertueux et très prudents, et leur recommanda de demander, en passant, l'hospitalité dans le château du seigneur Wibert. Ils y furent reçus avec les démonstrations de la plus vive satisfaction. Oda, qui regardait leur arrivée dans la maison de son père comme un moyen que lui offrait la Providence pour le déterminer au sacrifice devant lequel il reculait toujours, lui demanda de nouveau alors la permission de se consacrer entièrement au service de Dieu dans quelque pieuse communauté. Wibert s'y refusa encore cette fois : mais enfin, vaincu par les instances pressantes de sa fille et par les sages réflexions que lui suggérait son admirable conduite, il consentit de donner à Dieu cette enfant chérie qu'il lui redemandait.

La bienheureuse Oda fut au comble du bonheur quand elle obtint cette faveur après laquelle elle soupirait depuis si longtemps. Peu de jours après, elle reçut le voile des vierges des mains de l'abbé de Bonne-Espérance, et entra aussitôt dans une communauté de saintes filles qui suivaient la règle de Prémontré. On eut promptement à admirer dans la fervente novice l'assemblage des plus touchantes vertus. Son humilité et son esprit d'obéissance la portaient à se regarder comme la dernière de toutes les sœurs et à leur rendre, avec joie et simplicité, toutes sortes de services. Insatiable d'austérités et de privations, elle trouvait trop douce encore la règle qu'elle avait embrassée. Son amour pour la prière lui faisait aussi goûter dans ce pieux exercice une abondance de douceurs et de consolations. Il plut à Dieu, pour faire éclater la sainteté de son humble servante, de lui envoyer une maladie grave et peu ordinaire. On crut quelque temps que c'était la lèpre, et la pieuse Oda dut rester dans une petite cellule à quelque distance de la communauté. Entièrement résignée aux volontés du ciel, elle se soumit sans murmurer à cette mortifiante séparation et se consola en rappelant sans cesse à sa pensée la passion du Sauveur des hommes. Le mal ayant diminué peu à peu, Oda reprit ses exercices ordinaires et continua de donner à ses sœurs l'exemple d'une parfaite régularité. Sa conduite fit une telle impression sur toute la communauté, que, quand il fut question de choisir une nouvelle prieure, tous les suffrages se réunirent en sa faveur. Obligée d'accepter cette charge qui alarmait son humilité, Oda n'y trouva qu'une consolation, celle de pouvoir plus facilement secourir les pauvres et les malheureux qui se présentaient en grand nombre à la porte du monastère. Elle avait pour eux les sentiments d'une commisération toute naturelle, et elle trouvait dans son ingénieuse charité une foule de petits moyens pour soulager leur misère et adoucir leurs privations et leurs peines. Son esprit de foi lui faisait considérer Jésus-Christ lui-même dans la personne des pauvres qui se présentaient à elle.

Jusqu'aux derniers jours de sa vie, la bienheureuse Oda pratiqua ces œuvres de religion et de charité, et s'avança dans la perfection de son saint état. Une dernière maladie lui donna surtout occasion de manifester son admirable humilité. Un jour qu'elle voyait ses sœurs répandre des larmes auprès de son lit de douleur, en lui demandant de se souvenir d'elles dans le ciel, elle leur adressa ces paroles : « Pourquoi, mes filles, parlez-vous ainsi à une pécheresse ? Pourquoi me demander, à moi qui n'ai fait aucun bien, ce que les Apôtres et les Saints peuvent seuls demander pour vous ? Ne parlez pas ainsi ; mais plutôt demandez à Dieu qu'il me pardonne mes péchés, et qu'il me reçoive au sortir de ce monde ». La bienheureuse Oda expira un moment après, le jour de Pâques, 20 avril de l'an 1138. Son corps fut inhumé dans le monastère même de Bonne-Espérance, au milieu d'un grand concours de religieux et de personnes pieuses.

Nous avons emprunté cette Vie aux Vies des Saints de Cambrai et d'Arras, par M. l'Abbé Destembes.

Événements marquants

  • Naissance dans le Brabant sous l'épiscopat de Liétard
  • Vœu secret de virginité
  • Refus du mariage avec le chevalier Simon le jour des noces
  • Auto-mutilation du nez avec l'épée de son père pour se défigurer
  • Entrée au monastère de l'ordre de Prémontré
  • Élection comme prieure
  • Mort le jour de Pâques 1138

Miracles

  • Guérison progressive d'une maladie grave s'apparentant à la lèpre

Citations

Pourquoi, mes filles, parlez-vous ainsi à une pécheresse ? Pourquoi me demander, à moi qui n'ai fait aucun bien, ce que les Apôtres et les Saints peuvent seuls demander pour vous ?

— Dernières paroles rapportées par l'Abbé Destembes