Saint Paschase Radbert

Abbé de Corbie

Fête : 26 avril 9ᵉ siècle • saint

Résumé

Moine puis abbé de Corbie au IXe siècle, Paschase Radbert est un théologien majeur célèbre pour son traité sur l'Eucharistie. Orphelin recueilli par les religieuses de Soissons, il devint un savant respecté, conseiller des rois et défenseur de la doctrine de la présence réelle. Il finit sa vie dans l'étude et l'humilité après avoir abdiqué sa charge d'abbé.

Biographie

SAINT PASCHASE RADBERT, ABBÉ DE CORBIE

Radbert, à qui l'on donna, ou qui prit lui-même, depuis, le nom de Paschase, naquit dans le Soissonnais, peut-être même dans la ville de Soissons, sur la fin du VIIIe siècle. Il se trouva abandonné, sans ressource, à la mort de sa mère, qu'il perdit dès sa naissance, ou du moins étant encore enfant. Mais les religieuses du monastère de Notre-Dame de Soissons, qui avaient alors pour abbesse Théodrade, cousine germaine de Charlemagne, se chargèrent de pourvoir à sa subsistance et confièrent son éducation aux moines de Saint-Pierre : notre Saint se montra plus tard très reconnaissant de ces bienfaits, et il dédia plusieurs de ses ouvrages à ses mères adoptives.

Cet enfant fit de très grands progrès dans les sciences et dans la piété. Dès qu'il eut l'âge requis, il reçut la tonsure, ou couronne cléricale, devant l'autel de la sainte Vierge dans l'église du couvent de Notre-Dame, en présence des religieuses. Mais, au lieu de rester attaché au service de cette église, il entra dans le monde, on ne sait pour quel motif, ni dans quelles circonstances, et mena la vie séculière.

Il regarda, depuis, cette conduite comme une grande faute qu'il fallait expier par les larmes de la pénitence. Radbert reconnut par sa propre expérience les dangers du siècle : craignant de s'y perdre, et n'y trouvant pas de quoi satisfaire les désirs de son cœur, il se retira encore jeune dans le monastère de Corbie, où il fut bien accueilli par le saint abbé Adélard, frère de l'abbesse de Notre-Dame de Soissons, sa bienfaitrice. Le nouveau religieux s'appliqua à l'étude avec tant de succès, qu'en peu de temps il fut jugé digne d'enseigner aux autres les lettres divines et humaines. Il se fit dès lors une grande réputation par son éloquence, sa science de l'Écriture et des Pères, et surtout par sa vertu. Son humilité égalait sa réputation :

il ne put refuser l'ordre du diaconat, mais il ne reçut point le sacerdoce dont il se jugeait indigne. Il signait ses lettres : Paschasius Radbertus, levita, monachorum omnium peripsema, c'est-à-dire : Paschase Radbert, lévite, le dernier (la balayure) de tous les moines.

Un si rare mérite lui gagna l'estime et l'affection d'Adélard et de Wala, son frère et son successeur dans la dignité d'abbé. Il était de tous leurs voyages et comme l'âme de leur conseil dans les affaires importantes. En 822, ils le menèrent avec eux en Saxe, pour fonder la nouvelle Corbie. Louis le Débonnaire ne l'estimait pas moins : il l'employa souvent dans les affaires publiques, que Radbert sut toujours conduire avec une grande sagesse. Wala étant mort en 835, notre Saint écrivit l'histoire de sa vie, qu'il a intitulée : Épitaphe d'Arsène. Il avait déjà raconté la vie de saint Adélard, vers 830 ; et, en 831, il avait composé son fameux Traité du corps et du sang de Notre-Seigneur, c'est-à-dire de l'Eucharistie, à la prière de son disciple Varin, surnommé Placide, qui, après avoir été moine dans l'ancienne Corbie, était abbé de la nouvelle. C'est un monument précieux de la croyance catholique sur l'Eucharistie, non seulement au IXe siècle, mais dans tous les siècles précédents. Paschase Radbert, dans ce traité, enseigne clairement et fait voir que l'Église a toujours enseigné principalement trois choses : Que l'Eucharistie est le vrai corps et le vrai sang de Jésus-Christ ; que la substance du pain et du vin n'y demeure plus après la consécration ; enfin que, dans l'Eucharistie, nous recevons le même corps qui est né de la Vierge Marie, qui a souffert sur la croix, qui est sorti du sépulcre.

Chargé d'expliquer publiquement, selon la coutume, aux religieux de Corbie, le saint Évangile les dimanches et les fêtes, il s'acquitta de cette noble fonction avec tant de succès, qu'on le pria de commenter ainsi tout l'Évangile selon saint Matthieu. Il se rendit à ces vœux et composa le savant Commentaire qu'il nous a laissé en douze livres. Les quatre premiers furent écrits avant 844, et les huit autres, après l'an 851. Le Saint y analyse, comme il le fait toujours, les travaux antérieurs, et principalement ceux de saint Jean Chrysostome, et combat spécialement les erreurs de son temps. Il eut grand soin de s'appliquer à lui-même les belles maximes qu'il tirait du texte sacré, de sorte qu'il fit de grands progrès dans la vie spirituelle : il résistait aux tentations et se relevait de ses fautes en pratiquant, chose rare, ce qu'il prêchait aux autres. Il donna, en outre, un exemple non moins utile aux écrivains qui vivent en communauté : il ne travaillait à ses ouvrages qu'aux heures qui lui restaient, après avoir assisté à tous les exercices du monastère, parce que l'obéissance est plus méritoire aux yeux de Dieu que l'étude, et qu'on ne peut, d'ailleurs, se mieux préparer à écrire sur les choses divines qu'en célébrant, comme les anges, la gloire de Dieu, en la méditant, en se mettant, pour ainsi parler, en communication avec le ciel. En 844, notre Saint, quoique simple diacre, fut élu abbé de Corbie, après la mort d'Isaac. Vers le même temps, il publia son traité de l'Enfantement de la Vierge, dédié aux religieuses de Notre-Dame de Soissons : il y montre que Marie a enfanté Notre-Seigneur d'une manière surnaturelle, sans cesser d'être vierge.

26 AVRIL.

L'illustre abbé assista, l'an 847, au Concile de Paris, qui combla d'éloges le monastère de Corbie, pour sa régularité, sa prospérité, et lui accorda de grands privilèges. Il se trouva aussi à l'Assemblée de Quierzy-sur-Oise (849), où Gotescalc fut condamné pour la seconde fois. Étant allé à Bazoches, dans le Soissonnais, visiter l'église des saints martyrs Rufin et Valère, il fut prié, par les habitants du lieu, de refaire l'histoire (les Actes) de ces Saints, et de la mettre en meilleur style, sans rien changer, ni pour la substance, ni pour l'ordre des faits. Il le fit très volontiers, persuadé, disait-il, « que la vie des Saints ne doit pas nous être moins précieuse que leurs reliques, et que, si l'on a si grand soin d'envelopper dans de riches étoffes leurs ossements sacrés, on doit aussi raconter leurs actions dans un style noble, également éloigné de la recherche et de la vulgarité ».

Différentes causes, comme les distractions inséparables de l'administration d'un monastère, l'opposition de quelques-uns de ses religieux, firent prendre au saint abbé de Corbie la résolution d'abdiquer. Sa démission ne fut acceptée qu'en 851. Il avait été puissamment soutenu dans ses peines par les moines de Saint-Riquier, chez lesquels il séjourna quelque temps, et par son ami Loup, abbé de Ferrières, qui l'aida, non seulement de ses conseils, mais de son crédit, auprès du roi Charles le Chauve. Rendu à lui-même et à l'étude, Radbert reprit ses travaux littéraires, continua ses ouvrages interrompus et en composa de nouveaux. Il joignait la prière à l'étude, pleurant sans cesse ses péchés et ceux du prochain. Ce fut pour s'entretenir dans ces sentiments de componction, qu'après avoir fini ses commentaires sur saint Matthieu et sur le psaume xliv, il en composa un sur les lamentations de Jérémie, dédié à Sévère, son ami, dont le vrai nom était Hildeman. Dans cet ouvrage, comme dans quelques autres de ceux qu'il a écrits vers la fin de sa vie, il déplore les désordres de son temps, les vices scandaleux des ecclésiastiques et des religieux, la dissolution des mœurs publiques et les malheurs résultant de l'invasion des Normands. Ne respirant plus que pour l'Église et pour la France, il signale, il pleure les calamités qui les menacent, et met tout en œuvre pour les conjurer. C'était un grand ennemi de l'égoïsme : il s'oubliait toujours, il s'abîmait dans son humilité, pour ne penser qu'aux autres. Ainsi, quoiqu'il eût écrit la vie de ses maîtres Adélard et Wala, il défendit expressément à ses disciples d'écrire la sienne. Ses ordres n'ont été que trop scrupuleusement exécutés. Nous n'avons guère aujourd'hui, pour connaître les actions d'un si grand homme, d'autres ressources que ses propres écrits.

Il mourut saintement, vers l'an 865, le jour de la fête de saint Riquier, pour qui il avait une dévotion toute particulière. Son corps fut inhumé dans la chapelle de Saint-Jean ; mais, en 1073, il fut transféré dans la principale église, par l'autorité du Saint-Siège, qui, à cause des miracles opérés à son tombeau, le mit au rang des Saints que l'Église honore dans le cours de l'année. On possède encore, à Corbie, les restes presque entiers de saint Paschase Radbert.

Outre les ouvrages dont il a été parlé dans le cours de ce récit, nous avons encore de saint Paschase : le Traité de la foi, de l'Espérance et de la Charité ; quelques Poésies et une Lettre qu'il écrivit au roi Charles le Chauve, en lui envoyant le Traité du corps et du sang du Seigneur : « Il ne parle, dans ses ouvrages, que d'après l'Écriture et les Pères. On y voit qu'il était très versé dans les langues grecque et hébraïque. Son style est toujours approprié aux matières qu'il traite.

On représente le bienheureux Paschase avec une monstrance ou ostensoir à la main, pour rappeler le zèle avec lequel il défendit le dogme de l'Eucharistie.

Il nous a fallu refaire intégralement l'histoire de cette Vie, qui, dans le Père Giry, se réduit à un vague sans récit. (Voir la biographie qui précède les œuvres du Saint, dans la Patrologie de M. Migne; Hugues Ménard, dans ses notes sur le martyrologe bénédictin; Dom Cuillier; les auteurs de l'Hist. litt. de France; Mabillon, etc.)

Événements marquants

  • Naissance à la fin du VIIIe siècle dans le Soissonnais
  • Éducation par les religieuses de Notre-Dame de Soissons
  • Entrée au monastère de Corbie sous l'abbé Adélard
  • Voyage en Saxe pour fonder la nouvelle Corbie en 822
  • Composition du Traité du corps et du sang de Notre-Seigneur en 831
  • Élection comme abbé de Corbie en 844
  • Participation au Concile de Paris en 847
  • Abdication de sa charge d'abbé en 851
  • Translation des reliques en 1073

Miracles

  • Miracles opérés à son tombeau ayant conduit à sa canonisation en 1073

Citations

Paschasius Radbertus, levita, monachorum omnium peripsema

— Ses propres lettres

La vie des Saints ne doit pas nous être moins précieuse que leurs reliques

— Propos rapportés lors de la réécriture des Actes de Rufin et Valère