Sainte Hunne

Veuve

Fête : 15 avril 7ᵉ siècle • sainte

Résumé

Noble alsacienne du VIIe siècle alliée au duc Adalric, sainte Hunne mena une vie de grande piété et de charité avec son époux Huno. Surnommée la 'Sainte Lavandière' pour son dévouement à laver les vêtements des pauvres, elle fut canonisée en 1520 par le pape Léon X.

Biographie

SAINTE HUNNE, VEUVE

VIIe siècle.

La véritable veuve est celle qui ne trouve pas son soutien dans les hommes.

Saint Thomas d'Aquin.

A trois lieues de Colmar, dans une charmante situation, entre Zellenberg et Ribeauvillé, on voyait autrefois le château seigneurial dans lequel vivaient le vertueux Huno et sa sainte épouse Hunne. Ce château a donné son nom à un beau village appelé Hunawihr. Le sang de sainte Odile coulait dans les veines de cette noble femme, car elle était alliée au duc Adalric. Comme une autre Anne, elle demanda à Dieu de la postérité. Le Seigneur exauça ses vœux, et elle mit au monde un fils. Hunne l'offrit à l'Éternel et le consacra au service des autels. Ce jeune rejeton d'une illustre famille avait été baptisé par saint Dié, évêque de Nevers, qui habitait alors l'Alsace. Le saint prélat lui avait donné son nom et l'avait reçu plus tard au nombre de ses religieux, à Ebersmunster, où il mourut en odeur de sainteté. L'histoire n'en parle presque pas.

Sainte Hunne avait été la bienfaitrice de ce dernier monastère, et, de concert avec son époux, elle lui avait donné une partie de ses biens situés à Siegolsheim et à Mittelweier. Saint Dié, qui gouvernait alors les abbayes d'Ebersmunster et de Jointure, en Lorraine, visitait souvent le château de Hunne, et contribua, par son exemple et ses exhortations, à l'avancement spirituel de cette humble servante de Dieu. On admirait en elle une tendre compassion envers les pauvres et les malheureux. Son château était l'asile où se réfugiaient les nécessiteux de la contrée ; car elle ne leur fit pas seulement des largesses en argent, elle soignait leurs infirmités, leur rendait les services les plus bas, et on a montré longtemps après sa mort, une fontaine où elle ne rougissait pas d'aller laver les habits des pauvres ; ce qui lui fit donner le surnom de Sainte Lavandière.

On dit que ses appartements étaient souvent remplis d'une foule de pauvres, qui étaient venus de loin lui exposer leurs peines. Hunne les recevait toujours avec une bienveillance extrême qui touchait tout le monde, tâchant de les consoler, d'améliorer leur situation et y contribuant de tous ses moyens. La confiance que le peuple avait mise en elle allait à un tel

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point, qu'on l'établissait souvent arbitre des différends, et qu'on se soumettait à ses décisions sans murmure. L'histoire ne nous apprend pas en quelle année elle cessa de vivre ; mais ce qu'elle n'a pas oublié de nous transmettre, c'est que Hunne mérita le nom de sainte princesse pendant sa vie, et que sa mort plongea dans le deuil et l'affliction tous ceux qui l'avaient connue.

Hunne est la patronne des laveuses en Alsace ; ce que nous avons dit suffit à donner l'explication de ce patronage.

## CULTE ET RELIQUES DE SAINTE HUNNE.

### NOTRE-DAME DE DUSSEMBACH.

Sainte Hunne fut enterrée dans l'église du château, et les fidèles l'invoquèrent aussitôt. Elle continua d'être en grande vénération jusqu'en 1520 ; alors le duc de Wurtemberg s'adressa au pape Léon X et demanda sa canonisation solennelle. Le souverain Pontife acquiesça aux vœux du duc, et Hunne fut inscrite solennellement dans le catalogue des Saints. Son corps fut exposé à la vénération publique le 15 avril de la même année. Les fidèles accoururent de toutes parts pour implorer la protection de cette ancienne bienfaitrice de l'Alsace, et son culte se répandit ainsi de plus en plus. Cinq ans après, pendant la guerre dite des Rustands, son tombeau fut profané ; la châsse qui renfermait les reliques resta pourtant intacte ; mais, en 1549, les habitants de Hunawibr, ayant embrassé le luthéranisme, se précipitèrent en furieux sur le tombeau de la Sainte, brisèrent la châsse, en tirèrent les respectables restes, et les jetèrent au vent comme une vile poussière qui ne méritait pas d'être conservée. C'est ainsi que finit dans ce village le culte de cette héroïne de la vraie foi.

A quelque distance de Hunawibr est située la ville de Ribeauvillé, qui renfermait autrefois plusieurs maisons religieuses. La belle église paroissiale de cette ville a été construite en 1483 ; le chœur cependant date de 1284. Cette église est dédiée à saint Grégoire le Grand, et renferme un caveau qui servait autrefois de sépulture aux comtes de Ribeaupierre. Le seul monastère qui existait à Ribeauvillé au moment de la Révolution, était celui des Augustins, que Henri de Ribeaupierre avait fondé en 1197. Cette maison, rachetée par des particuliers, sert de nos jours de noviciat aux sœurs de la Providence, qui s'occupent avec succès de l'instruction des jeunes filles catholiques du diocèse. La chapelle du célèbre pèlerinage de Dussembach en dépendait autrefois.

Mais un lien dont les souvenirs appartiennent plus particulièrement à l'histoire, c'est l'antique pèlerinage de Dussembach. Son origine remonte jusqu'à la fin du XIIIe siècle. Un gentilhomme alsacien s'était rendu coupable d'un grand crime : Déchiré de remords et poursuivi par les cris de sa conscience, il s'enfonça dans ce vallon sauvage et construisit un calvaire, près duquel il venait souvent pleurer ses fautes et méditer sur le néant des choses de ce monde. Égénolfe, comte de Ribeaupierre, avait pris la croix et vaillamment combattu à côté des Baudouin et des marquis de Montferrat. Après la prise de Constantinople par les Latins, en 1204, les croisés se précipitèrent sur les reliques que renfermaient les nombreuses basiliques de cette cité, et Égénolfe s'empara d'une petite statue de la sainte Vierge, qu'il apporta lui-même de Constantinople jusque dans ce vallon. Il éleva près du calvaire une petite chapelle dans laquelle il plaça la statue de la Mère de Dieu, et voulut y être enterré.

Notre-Dame de Dussembach, illustrée par des miracles éclatants, ne tarda pas à devenir un pèlerinage très-célèbre, fréquenté par les pèlerins qui venaient, en foule, de trente à quarante lieues à la ronde, vénérer la Vierge apportée d'Orient.

L'affluence considérable des pèlerins décida les propriétaires de Dussembach, en 1269, à ajouter une seconde chapelle à la première, et en 1297, un de leurs descendants, nommé Anaheim le Téméraire, en ajouta une troisième, en exécution d'un vœu qu'il avait fait pour recouvrer la liberté, lorsqu'il était prisonnier de guerre.

Ces trois chapelles furent dévastées une première fois par les quarante mille aventuriers qui, licenciés par le Prince Noir après la bataille de Poitiers, se formèrent en grandes compagnies, et firent dans toute la France tant d'épouvantables ravages ; une seconde fois par les Suédois, dans la guerre de trente ans ; enfin, une troisième et dernière fois, par la Révolution de 93.

De nos jours, l'image de la Vierge Marie de Dussembach se trouve dans l'église paroissiale de Ribeauvillé, dans une chapelle construite pour l'y exposer à la vénération publique.

La sainte Vierge honorée à Dussembach était autrefois la Patronne des musiciens d'Alsace.

Ils formaient une confrérie, réglementée par des statuts, qui obligeaient chaque confrère à se confesser, à entendre la messe, à donner l'aumône à chacune des fêtes de la sainte Vierge, et à porter sur ses habits la médaille de la Mère de Dieu.

Le jour de la célébration de la fête de Ribeauvillé était fixé au 8 septembre. Les musiciens se

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rassemblaient à l'auberge du Soleil, et sous la conduite de l'un d'eux, qu'ils appelaient leur roi, Pfeifferkanig, ils assistaient ainsi réunis dans l'église paroissiale à une messe solennelle. Après la messe, ils se rendaient au château et exécutaient diverses symphonies. Un tribunal était établi, qui condamnait ceux qui manquaient sans raison légitime ou qui avaient commis quelque faute grave, à payer une livre de cire à la Vierge de Dussembach.

On en saura cependant quelques parcelles, qui sont gardées à Huniville et dans la cathédrale de Saint-Dié, où elles sont entourées de la vénération des fidèles.

Notre-Dame de Dussembach avait aussi une confrérie de Notre-Dame de l'Assistance, société de secours mutuels pour la vie présente et la vie future, où l'on s'engageait non-seulement à se venir en aide ici-bas, mais encore à faire certaines prières les uns pour les autres après la mort. Toutes ces institutions, comme les chapelles, ont disparu sous le souffle révolutionnaire.

Sainte d'Alsace, par l'abbé Hunckler ; Propre de Saint-Dié ; Notre-Dame de France.

Événements marquants

  • Mariage avec le vertueux Huno
  • Naissance et consécration de son fils
  • Donations aux monastères d'Ebersmunster, Siegolsheim et Mittelweier
  • Vie de charité et de service auprès des pauvres
  • Canonisation solennelle par Léon X en 1520
  • Exposition de son corps le 15 avril 1520
  • Profanation de son tombeau en 1525 et 1549

Miracles

  • Obtention d'une postérité par la prière

Citations

La véritable veuve est celle qui ne trouve pas son soutien dans les hommes.

— Saint Thomas d'Aquin (en exergue)

Date de fête

15 avril

Époque

7ᵉ siècle

Décès

VIIe siècle (naturelle)

Catégories

Attributs iconographiques

Patron(ne) de

Invoqué(e) pour

arbitrage des différends, secours des nécessiteux

Autres formes du nom

  • Sainte Lavandière (fr)

Prénoms dérivés

Hunne

Famille

  • Huno (époux)
  • Adalric (allié (parenté par le sang))
  • Sainte Odile (parente)
  • Dié (fils)