Bienheureuse Marguerite de Hongrie
Vierge de l'Ordre de Saint-Dominique
Résumé
Fille du roi Béla IV de Hongrie, Marguerite est consacrée à Dieu dès son enfance en accomplissement d'un vœu royal. Religieuse dominicaine d'une humilité profonde, elle refuse les couronnes terrestres pour se vouer à une vie d'austérités extrêmes et de prière. Elle meurt en 1271 à l'âge de 28 ans, laissant derrière elle une réputation de prophétesse et de thaumaturge.
Biographie
LA B. MARGUERITE DE HONGRIE, VIERGE,
DE L'ORDRE DE SAINT-DOMINIQUE
Si l'Église est un arbre, la virginité en est la fleur. Saint Cyprien, De habitu virginum, c. II.
Béla IV, roi de Hongrie, frère de sainte Élisabeth, duchesse de Thuringe, se voyant presque chassé de ses États par les irruptions des Tartares qui avaient envahi tout son pays, fit un vœu à Dieu avec la princesse Marie, son épouse, fille de Baudouin II, empereur d'Orient, que, s'il lui plaisait de les délivrer de ces barbares, ils consacreraient à son service l'enfant qui naîtrait de leur mariage. Leurs prières furent exaucées ; car ces infidèles se retirèrent de la Hongrie, et quelque temps après, la reine mit au monde une fille qui fut nommée Marguerite. Lorsqu'elle eut l'âge de trois ans, ses vertueux parents, pour ne pas différer davantage l'exécution de leur vœu, la mirent au monastère de Veszprém, de l'Ordre de Saint-Dominique, et lui donnèrent pour gouvernante la comtesse Olympiade, qui prit elle-même l'habit de religieuse, afin que, en veillant sur les actions de la petite princesse, elle pût en même temps servir Dieu dans une plus grande perfection. On vit assez, dès ce bas âge, que, comme elle était un fruit de la prière, elle serait aussi un sujet de merveilles, où la grâce de Dieu triompherait d'une manière extraordinaire.
Elle n'avait pas encore quatre ans, qu'elle récitait par cœur les Heures de Notre-Dame, qu'elle avait apprises seulement à les entendre chanter dans le chœur des religieuses, et elle conçut une telle dévotion envers cette auguste Vierge, mère du Fils de Dieu, que partout où elle rencontrait son image, elle se mettait à genoux et récitait la Salutation angélique. Cette ferveur s'accrut avec l'âge ; car, dès qu'elle fut entrée dans le chapitre des religieuses, elle ne manqua jamais, la veille des quatre plus grandes fêtes de Notre-Dame, de demander avec larmes la permission de faire quelque pénitence à son honneur, comme de jeûner ce jour-là au pain et à l'eau ; et chaque fois qu'elle en faisait l'office, elle récitait en son particulier mille fois l'Ave Maria, et se prosternait chaque fois jusqu'en terre. Elle fuyait tous les jeux auxquels les enfants prennent plaisir, aimant mieux prier Dieu que se divertir avec les autres. Quand sa maîtresse la voulait retirer de l'oraison, de crainte qu'une si grande application ne fît tort à sa santé, elle ne cessait point de pleurer jusqu'à ce qu'on lui eût permis de continuer. Elle ne voulait pas qu'on l'appelât fille de roi, et lorsqu'on le faisait, elle s'en plaignait comme d'une injure ; c'est pourquoi elle ne voulait pas voir ses parents, de peur que leur entretien ne la fît considérer davantage.
A l'âge de cinq ans, elle quitta tout à fait l'usage du linge et commença même, peu de temps après, à se servir du cilice que sa gouvernante était contrainte de lui permettre pour satisfaire à sa ferveur ; mais quand elle eut plus de forces, elle accrut ses austérités par de nouvelles mortifications dont nous parlerons.
Cependant le roi, son père, voyant que toutes les inclinations de la jeune princesse ne tendaient qu'à la vie religieuse, fit bâtir exprès un nouveau monastère en l'honneur de la sainte Vierge, dans une île du Danube, à une demi-lieue de la ville de Bude ; elle fut nommée l'île de Sainte-Marie, mais on l'appelle communément aujourd'hui l'île de Sainte-Marguerite. Notre Sainte y fut transférée et y fit profession à l'âge de douze ans, ainsi qu'il était permis aux jeunes filles avant le saint concile de Trente ; et alors elle commença une vie toute de vertus, n'ayant plus d'autre désir que d'avancer toujours en la charité et en la perfection religieuse. Elle parlait peu et ne disait jamais rien qui ressentît la vanité ou la grandeur. Bien loin de se flatter de sa naissance royale, elle voulait passer et paraître partout pour la moindre de toutes les sœurs. Elle accomplit pendant toute sa vie, plus parfaitement que nulle autre, toutes les observances régulières. S'il arrivait qu'une sœur lui dit quelque chose d'offensant, elle se jetait aussitôt à ses pieds et lui demandait pardon. Elle prévenait celles qu'elle croyait avoir quelque chose contre elle. Elle faisait distribuer aux pauvres l'argent que son père lui envoyait, et elle priait Dieu pour ceux à qui elle ne pouvait pas faire l'aumône. Quand elle voyait des aveugles, des boiteux, des paralytiques et d'autres personnes souffrant de quelque infirmité, elle disait à Dieu : « Je vous remercie, Seigneur, de ce que, pouvant avoir tous ces défauts, il vous a plu de m'en préserver ». Au lieu de prétendre, en qualité de fondatrice de la maison, à quelques privilèges, elle traitait son corps avec plus de rigueur, et ne se contentant point des austérités ordinaires de la règle, elle s'était ménagé, par la permission de son confesseur, un très-rude cilice dont elle usait souvent en secret, particulièrement au saint temps du Carême, durant lequel elle ne le quittait point. Outre la discipline qu'elle prenait avec les autres religieuses, elle se la faisait donner toutes les nuits en particulier, mais avec tant de rigueur qu'il serait difficile de le croire, si l'on ne savait, par expérience, ce que peut la ferveur des âmes qui aiment parfaitement Dieu. Elle ne mangeait jamais de viande, à moins qu'elle ne fût fort malade, et la crainte qu'on ne l'y obligeât et qu'on ne la mît à l'infirmerie, lui faisait cacher ses maux. Quand on lui représentait qu'elle ne devait pas exercer une si grande rigueur sur elle-même, puisque c'était avancer ses jours, et qu'en vivant davantage, elle pourrait acquérir plus de mérites, elle répondait que, dans l'incertitude du temps qui lui restait à vivre, elle ne voulait point en perdre un seul moment, et que cette vallée de larmes n'était pas un lieu de repos pour un corps sujet à la mort.
Elle pratiqua excellemment ces trois règles : « D'aimer Dieu sur toutes choses, et son prochain pour Dieu ; de se mépriser soi-même ; et de ne mépriser ni de juger personne ». Elle les avait apprises d'un prédicateur d'une vertu consommée. Ce pieux personnage, lui parlant un jour de la perfection religieuse, lui dit qu'après avoir longtemps demandé à Dieu qu'il lui fît connaître par quels moyens les anciens Pères avaient obtenu de sa bonté tant de faveurs surnaturelles, il avait vu, durant son sommeil, un livre où les trois règles que nous venons de rapporter étaient écrites en lettres d'or. Par ces trois degrés, cette bienheureuse est arrivée à une si éminente vertu, que nous pouvons assurer sans crainte qu'elle a possédé tout ce qui peut faire une parfaite religieuse. On peut même dire que si le martyre a manqué à sa volonté, sa volonté n'a pas manqué au martyre, puisqu'elle regrettait souvent d'être née en un temps où l'on ne faisait plus de Martyrs. En effet, elle le rechercha avec tant d'ardeur, qu'entendant parler de l'irruption des Barbares en Hongrie, qui faisaient trembler tout le monde, elle voulait bien prier Dieu qu'il les arrêtât en faveur du peuple ; mais d'ailleurs, elle souhaitait pour elle qu'ils vinssent, afin qu'ils la fissent martyre. « Que je serais heureuse », disait-elle, « d'être mise en pièces et d'être brûlée pour l'amour de mon Sauveur. Je souhaiterais que, pour prolonger davantage mes douleurs, chaque endroit de mon corps souffrît, l'un après l'autre, quelque tourment particulier ».
Si Marguerite avait tant de ferveur et d'amour pour son époux Jésus-Christ, il ne manquait pas, de son côté, de lui communiquer les grâces et les faveurs les plus extraordinaires qu'il fait à ses bien-aimées ; car elle eut le don des miracles pendant sa vie et après sa mort et aussi le don de prophétie : elle prédit au roi, son père, qu'il remporterait une glorieuse victoire sur Frédéric, duc d'Autriche, contre qui il menait une puissante armée. Notre-Seigneur la favorisa en outre d'un don si parfait d'oraison que les nuits ne lui étaient pas assez longues pour y satisfaire. De là vient que ses prières étaient accompagnées d'une telle abondance de larmes que ses mouchoirs n'étaient pas suffisants pour les essuyer ; son voile de religieuse en était aussi tout trempé, surtout quand elle entendait lire ou qu'elle méditait la Passion du Sauveur. Alors elle n'était plus à elle-même ; mais bientôt elle jetait les hauts cris, et elle demeurait comme morte. Un jour de vendredi saint, on vit plusieurs fois son corps élevé de terre de plus d'une coudée, ce qui lui est aussi arrivé d'autres jours, particulièrement en la fête de tous les Saints et de l'Assomption de la Vierge ; une autre fois, au temps de l'Avent, un globe de feu parut la nuit sur sa tête tandis qu'elle priait. Ces insignes faveurs font assez connaître que cette vertueuse fille, qui vivait ainsi cachée dans son monastère, était la bien-aimée de Jésus ; cependant elle ne laissa pas, par une permission de Dieu qui voulait éprouver sa fidélité, d'être encore recherchée en mariage, particulièrement par Georges, roi de Bohême. Ce prince, l'ayant voulu voir à cause de sa grande réputation, pria le roi et la reine de Hongrie de le mener au monastère de l'île de Sainte-Marie. Mais aussitôt qu'il vit la princesse, il fut si épris de sa beauté, qu'il la demanda en mariage, à condition, non-seulement de ne prendre aucune dot, mais de lui donner tout son bien avec son royaume, assurant qu'il serait bien aise, dans la vue de cimenter la paix entre leurs États, d'obtenir du Pape la dispense nécessaire.
Le roi, voyant ces grands avantages, en parla à sa fille ; mais elle lui fit cette sage réponse : « Mon père, je me souviens qu'à l'âge de sept ans, vous me fîtes une semblable proposition pour le roi de Pologne, et, vous ne l'avez pas oublié, je vous dis que je désirais être uniquement à celui que vous m'aviez donné pour époux avant même que je vîsse au monde ; comment voulez-vous que maintenant, plus âgée et plus capable de recevoir les grâces de mon Dieu, je change de résolution ? Cessez, je vous prie, mon père, de me détourner davantage de la promesse que j'ai faite de garder ma virginité, et laissez-moi vivre pour celui auquel vous m'avez si saintement consacrée. Car, enfin, je ne fais aucun cas de la couronne ni des richesses, ni des autres avantages que m'offre le roi de Bohême, je préfère le royaume de Jésus-Christ et les délicieuses suavités de sa grâce ; j'aime donc mieux mourir que de consentir à la proposition que vous me faites ». Le roi lui remontra qu'étant son père, elle était obligée de lui obéir, puisque, par un commandement de Dieu, les enfants doivent obéir à leurs parents ; la Sainte repartit généreusement, s'adressant au roi et à la reine : « Quand vous me commanderez des choses qui seront agréables à Dieu, je me ferai gloire de vous obéir, comme à des personnes qui ont autorité sur moi ; mais si vous m'ordonnez de faire ce qui est contre sa sainte volonté, rien ne sera capable de m'y contraindre ; sachant bien que le pouvoir qu'ont les pères et les mères sur leurs enfants ne s'étend point jusqu'à là ». Ces paroles firent connaître au roi et à la reine que la constance de leur sainte fille était invincible, et ainsi ils la laissèrent vivre paisiblement le reste de ses jours dans son monastère. Elle y continua ses exercices de dévotion et de pénitence jusqu'à la vingt-huitième année de son âge, qu'elle prédit à ses sœurs, un an auparavant, devoir être sa dernière. Enfin, le 9 janvier, quoiqu'elle parût être en parfaite santé, elle leur dit positivement que dans dix jours elle ne serait plus au monde, et qu'elle en sortirait le jour de la fête de sainte Prisque. En effet, trois jours avant cette fête, elle tomba en une forte fièvre qui ne lui donna point d'autre loisir que de se disposer à ce dernier passage par la réception des Sacrements et par un continuel entretien avec son Bien-Aimé. Voyant que sa dernière heure était proche, elle récita dévotement le psaume entier : In te, Domine, speravi, Seigneur, j'ai espéré en vous, jusqu'à ces paroles : « Seigneur, je remets mon âme entre vos mains » ; et envoya ainsi heureusement son âme au ciel, l'an 1271, le samedi 18 janvier : elle entrait à peine dans la vingt-huitième année de son âge.
Après le départ de cette belle âme, son corps demeura si beau et si vermeil, et exhala une si agréable odeur que l'archevêque de Strigonie, venu trois jours après pour faire les obsèques, dit tout haut aux religieuses qu'elles ne devaient plus pleurer cette princesse, puisqu'ayant été une Sainte en sa vie, elle était déjà glorieuse dans le ciel. Plus de deux cents miracles qui se sont faits à son tombeau et ailleurs à son invocation sont des preuves encore plus assurées de cette vérité, et elle est honorée comme Sainte par tout le royaume de Hongrie ; bien que les papes, qui avaient commencé le procès de sa canonisation, ne l'aient pas encore déclarée Sainte, avec les cérémonies qui s'observent ordinairement en ces occasions par l'Église romaine.
Le pape Pie II a autorisé son culte en Hongrie. Pie VI, par décret du 28 juillet 1789, étendit à tout l'Ordre de Saint-Dominique la permission de célébrer sa fête. Pie VII permit au clergé de Presbourg d'en réciter l'office, et fixa sa fête au 26 janvier, par décret du 24 août 1804.
On représente sainte Marguerite de Hongrie avec un globe de feu au-dessus de sa tête. On l'invoque contre les inondations, parce que plus d'une fois dans sa vie, elle apaisait les tempêtes, fit reculer les flots du Danube, ouvrit et ferma, par ses prières, les cataractes du ciel. À Presbourg, où les reliques de cette sainte fille de saint Dominique ont été transportées, on l'invoque encore contre les fièvres pernicieuses ou paludéennes : la situation de son monastère au milieu de l'île d'un fleuve explique cette dévotion.
La vie de cette Bienheureuse fut écrite l'an 1540, par le Père Guérin, religieux du même Ordre de Saint-Dominique. Surius l'a transcrite en son premier tome ; et Bollandus, au troisième volume des Acta Sanctorum de ce mois (nouv. éd.). Le R. P. Jean de Sainte-Marie l'a tirée d'un manuscrit qui se gardait en la royale abbaye de Poissy, et l'a insérée parmi les vies des successeurs de cet Ordre ; et, enfin, le R. P. Jean-Baptiste Feuillet, sous-prieur des Jacobins, du grand couvent, le rapporte au premier tome de l'Année dominicaine.
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## SAINT SÉVÉRIEN, ÉVÊQUE DE MENDE (1er siècle).
Bien que l'injure du temps, les dévastations des guerres civiles et l'aveugle fureur des hérétiques aient fait périr des documents aussi nombreux qu'importants sur les antiquités de la très-ancienne église de Mende, il reste néanmoins encore des monuments historiques du caractère le plus authentique, tels que plusieurs martyrologes et un assez grand nombre de manuscrits religieusement conservés à Mende, desquels il résulte que Sévérien, fidèle compagnon de saint Martial de Limoges, dans la prédication de l'Évangile, suivit comme prêtre ce grand apôtre de l'Aquitaine dans ses courses à travers les montagnes du Gévaudan. Bientôt une église ayant été fondée au bourg de Mende, et placée sous le patronage de la bienheureuse Vierge Marie, Martial, au moment d'aller visiter d'autres contrées, éleva à la dignité de pontife celui qui avait été son disciple, le compagnon de ses travaux et l'imitateur de ses vertus. Il l'ordonna et le laissa dans le pays de Gévaudan, afin qu'il gagnât à l'Évangile le peuple encore assis dans les ténèbres et à l'ombre de la mort. L'autorité des documents dont le diocèse de Mende est en possession est confirmée par une tradition constante très-ancienne et à laquelle on ne peut pas assigner de commencement.
On parle d'un certain petit roi, ou prince de Gévaudan, qui, ayant été converti par saint Sévérien et étant sans enfants, légua au saint évêque le pouvoir politique qu'il possédait dans le pays, et plusieurs font remonter jusque-là l'origine de ce pouvoir que conservèrent pendant des siècles les évêques de Mende, et dont ils ne se servirent que pour répandre abondamment sur le peuple les bienfaits d'une douce et paternelle domination. On ne sait pas au juste combien de temps saint Sévérien remplit ses fonctions apostoliques, et l'on ignore absolument si sa vie précieuse devant Dieu fut couronnée par le martyre, ou si le pieux pontife s'endormit dans le Seigneur d'une mort tranquille.
*Propre de Mende.* — Voir en outre la vie de saint Martial.
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## SAINT THÉOGÈNE, ÉVÊQUE D'HIPPONE (260).
Théogène, évêque, était du nombre des Pères du Concile de Carthage, qui s'assembla par le soin et l'autorité de saint Cyprien, pour traiter la question du baptême des hérétiques. Il y donna un avis qui, si l'on fait attention aux circonstances et à la question non encore définie, paraîtra marqué au coin de la prudence. Saint Augustin rapporte ainsi ces paroles : « Théogène d'Hippone dit : Selon le sacrement de la grâce céleste, que nous avons reçu, nous croyons en un seul baptême, qui est dans la sainte Église ». Et notre grand docteur interprète ainsi cette pensée : cet avis peut être aussi le mien. Car il a été posé pour ne rien contenir qui soit contraire à la vérité, et nous aussi nous croyons en un seul baptême, qui est dans la sainte Église ; c'est pourquoi les termes de cet avis ne doivent pas rencontrer la contradiction, puisqu'ils ne gênent en rien la vérité.
L'empereur Valérien régnait alors ; longtemps, il avait mérité l'approbation des gens de bien, étant très-favorable aux chrétiens. Mais égaré par les perfides conseils de Marcien, il lança un édit de persécution. Commencée à Rome par une grande effusion de sang, la persécution passa bientôt en Égypte, et envahit toute l'Afrique. Un prélat éminent entre tous les autres, saint Cyprien, eut la tête tranchée ; saint Augustin dit de lui : « Comme un sarment chargé de fruits, s'il y eut quelque chose à purifier en lui, le martyre le purifia ». Théogène d'Hippone, son contemporain et son collègue dans l'épiscopat, suivit ce grand homme dans une si glorieuse mort.
La mémoire de Théogène était célèbre à Hippone, et le même docteur parlant du culte des Saints, disait : « Lorsque nous offrons le saint sacrifice aux mémoires des Saints, n'est-ce pas à Dieu que nous l'offrons ? » Les saints martyrs ont un rang honorable, cependant on ne les adore pas à la place du Christ. Quand avez-vous entendu dire dans la mémoire de saint Théogène, soit à moi, soit à un de mes frères ou collègues, à quelque prêtre enfin : Je vous offre à vous, saint Théogène, je vous offre à vous, Pierre ? Ce n'est pas Pierre que j'adore, mais Dieu que Pierre aussi adore comme moi. Théogène fut martyrisé vers l'an 260, et avec lui trente-six chrétiens qui, méprisant la mort, remportèrent la couronne de la vie éternelle.
Saint Augustin, sermon 327. — Voir aussi le Propre d'Aix.
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## SAINT MARUS, ÉVÊQUE DE TRÈVES ET CONFESSEUR (479).
Saint Marus, successeur de l'évêque Examète sur le siège de Trèves, florissait, dit-on, sous le pape Hilaire, successeur de saint Léon le Grand. L'injure des temps a dérobé à la postérité la connaissance de sa vie ; cependant il nous est resté quelques traces de ses vertus, confiées par la tradition de nos pères à la mémoire fidèle des générations. Sa principale occupation consista à relever et à embellir les basiliques et les sépultures des martyrs ; il déploya particulièrement son zèle dans la reconstruction d'un temple de la très-sainte Mère de Dieu, bâti autrefois par saint Félix, et que les Huns venaient de brûler et de ruiner avec tout le reste de la ville. Il mérita d'y avoir une place pour sa sépulture parmi les corps nombreux des saints martyrs et des saints évêques qui s'y trouvaient, notamment celui de saint Paulin, évêque et martyr.
Les miracles qui se sont opérés à son tombeau et qui l'ont rendu glorieux dans la suite des âges, ont montré combien cet homme avait été éminent en sainteté et en pureté, et combien son âme fut trouvée précieuse devant Dieu. Il était autrefois l'objet d'un culte empressé de la part des indigènes et des étrangers, et les malades affligés de la goutte ou de la paralysie, ou de convulsions nerveuses, éprouvaient particulièrement l'effet de sa protection. Le concours des pèlerins était considérable dans la basilique de Saint-Paulin, où le peuple de Trèves célébrait annuellement sa fête solennelle, et la pierre du seuil de son tombeau paraissait tout usée par les genoux des suppliants.
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## SAINT AUSILE, ÉVÊQUE DE FRÉJUS (Ve siècle).
Ausile, aussi nommé Autiole ou Ausile, d'abord moine de Lérins et compagnon de cellule de saint Loup et de saint Maximin, et d'autres hommes d'une grande célébrité, a reçu de Sidoine Apollinaire de grands éloges pour ses rares vertus, en particulier pour l'extrême abstinence dans laquelle il vivait, jusqu'à égaler, sinon surpasser, les saints habitants des déserts égyptiens. Une tradition antique témoigne qu'il gouvernait l'église de Fréjus et qu'il fut couronné du martyre sous Evarie, roi arien des Wisigoths. Aussi figure-t-il comme évêque et martyr dans les litanies et les bréviaires les plus anciens.
De temps immémorial, la paroisse de Callas (diocèse de Fréjus), honore saint Ausile et conserve ses précieuses reliques. À une époque très-reculée, une chapelle y fut élevée en son honneur, renommée par ses miracles et le concours des pèlerins. On invoque principalement ce Saint pour obtenir la guérison de la surdité.
En 1639, Pierre de Camelins, évêque de Fréjus, fit placer ces reliques dans une châsse de plomb. L'année suivante, il permit qu'on les transportât à l'église paroissiale, où elles furent mises dans une armoire. Enfin, le 16 mai 1642, ledit évêque décida que, « d'après les nombreux (infinis) miracles constatés par les règles du droit, il permettait d'honorer à l'avenir les reliques de saint Ausile, soit en particulier, soit publiquement ». En 1803, l'authenticité de ces reliques a été constatée par M. Cavalier, curé de Draguignan, délégué de l'archevêque d'Aix.
Propre de Fréjus et notes locales.
SUPPLÉMENT
Événements marquants
- Consécration à Dieu par ses parents suite à un vœu contre les Tartares
- Entrée au monastère de Veszprém à l'âge de trois ans
- Transfert au monastère de l'île de Sainte-Marie sur le Danube
- Profession religieuse à l'âge de douze ans
- Refus des mariages royaux avec les rois de Pologne et de Bohême
- Mort à l'âge de vingt-huit ans après avoir prédit sa fin
Miracles
- Don de prophétie concernant les victoires militaires de son père
- Lévitation durant l'oraison (élevée de terre d'une coudée)
- Apparition d'un globe de feu sur sa tête
- Apaisement des tempêtes et recul des flots du Danube
- Incorruptibilité et odeur suave du corps après la mort
Citations
Je préfère le royaume de Jésus-Christ et les délicieuses suavités de sa grâce ; j'aime donc mieux mourir que de consentir à la proposition que vous me faites.