Sainte Lucie d'Écosse

Princesse d'Écosse, Solitaire à Sampigny

Fête : 19 septembre 11ᵉ siècle • sainte

Résumé

Princesse d'Écosse ayant fui son rang pour vivre dans l'humilité, Lucie s'établit en Lorraine comme servante d'un laboureur. Elle finit ses jours en recluse dans une grotte à Sampigny après avoir transformé son héritage en église. Elle est célèbre pour le miracle de son fuseau ayant pris racine pour devenir le 'bois de Sainte-Lucie'.

Biographie

SAINTE LUCIE, PRINCESSE D'ÉCOSSE,

SOLITAIRE À SAMPIGNY, AU DIOCÈSE DE VERDUN

1690. — Pape : Urbain II. — Roi de France : Philippe Ier.

« C'est une grande grâce de Dieu d'avoir renoncé aux délices de ce monde. »

Saint Bonaventure.

On dit que cette Sainte était fille d'un roi d'Écosse et que, dès sa plus tendre jeunesse, au milieu même de la cour et dans le palais de son père, elle menait plutôt la vie d'une religieuse que d'une fille de roi. En effet, elle gardait une étroite solitude dans son cabinet, où, détachée de toutes les créatures, elle ne pensait qu'aux choses célestes. Les jeûnes, les veilles et l'oraison faisaient toutes les délices de son âme. Si on la voyait paraître en public, ce n'était que pour faire des aumônes et pour aller à l'église, où elle assistait aux divins mystères avec une modestie angélique, et où elle entendait la parole de Dieu avec une intention sincère de pratiquer éminemment les maximes de l'Évangile.

Un jour qu'elle était au sermon, le prédicateur rapporta les paroles que Notre-Seigneur dit dans saint Matthieu : « Si vous voulez être parfait, allez, vendez tout le bien que vous possédez et donnez-en le prix aux pauvres, et vous amasserez un trésor dans le ciel : et quiconque aura laissé sa maison, ou ses frères, ou ses sœurs, ou son père, ou sa mère, ou sa femme, ou ses enfants, ou ses héritages pour l'amour de mon nom, en recevra le centuple et aura la vie éternelle ». Alors elle se sentit si convaincue de la vanité des grandeurs de la terre et du danger des richesses pour le salut, que, comme si ces paroles n'eussent été adressées qu'à elle seule, elle conçut dans son cœur le dessein de quitter la maison de son père et de sortir de son pays pour vivre inconnue sur la terre, et suivre Jésus-Christ qu'elle avait déjà pris pour son époux. Elle n'apporta point de retard à ce dessein ; mais, s'étant déguisée, elle se sauva adroitement du palais, traversa toute l'Écosse, passa la mer, aborda en France ; et, poursuivant toujours son chemin, elle pénétra jusque dans l'Austrasie, qui est maintenant la Lorraine. Elle aurait passé plus loin, tant elle avait envie de s'éloigner de sa patrie ; mais, arrivée sur les bords de la Meuse, les eaux, qui étaient débordées depuis peu, l'en empêchèrent et l'obligèrent de gagner une montagne voisine pour y chercher une retraite. Elle y rencontra un laboureur nommé Thibault qui, ayant remarqué en elle quelque chose au-dessus du commun, la reçut fort charitablement dans sa maison et lui offrit honnêtement de la nourrir tant qu'elle voudrait y demeurer. Elle accepta cette offre, mais à la condition qu'elle y serait comme une servante, et même qu'on l'appliquerait aux ministères les plus vils et les plus pénibles de la maison.

Elle passa plusieurs années dans cette humble condition, tantôt gardant les troupeaux, tantôt faisant tout le ménage, que l'on sait être très-rude à la campagne, et qui était assurément au-dessus des forces d'une jeune fille élevée à la cour ; mais la grâce la soutenait, et la joie qu'elle avait de se voir servante d'un villageois, elle qui devait être servie par les plus grands seigneurs d'Écosse, faisait qu'elle ne trouvait rien de difficile. Elle s'estimait mille fois plus heureuse dans cet état obscur et humiliant, qui la rendait conforme à son Sauveur, que si elle eût encore été dans le palais du roi, son père, honorée en qualité de princesse. Ces fonctions, toutes laborieuses qu'elles étaient, ne l'empêchaient point de faire tous ses exercices spirituels. Elle passait souvent une partie de la nuit à filer ; et ce travail lui plaisait extrêmement, parce qu'en le faisant elle pouvait aisément s'entretenir avec Dieu.

Ses services furent si agréables à Thibault, que, se voyant sans femme et sans enfants, puisque la divine Providence les lui avait enlevés, il la fit légataire universelle de tous ses biens. Elle s'en vit aussitôt la maîtresse par son décès ; mais, ayant quitté des richesses immenses pour l'amour de son céleste Époux, et ayant renoncé à toutes les prétentions qu'elle pouvait légitimement avoir au royaume d'Écosse, elle n'eut garde de s'attacher à un petit domaine tel que celui d'un villageois, quoique le plus riche de son pays. Elle vendit tout et en distribua l'argent aux pauvres, à la réserve de la maison, qu'elle convertit en une belle église en l'honneur de la très-sainte Trinité, de la Reine des Anges et des Apôtres saint Pierre et saint Paul. Elle y fit faire une grotte en forme de caveau, où, comme une colombe gémissante dans des excavations de rochers, elle passa le reste de ses jours dans les larmes, les veilles, les prières et les austérités. On y voit encore un trou taillé dans le roc en forme de chaise, où elle reposait quand elle ne pouvait plus résister au sommeil. Elle mourut le 19 septembre, âgée de quarante ans environ. On ne sait pas le siècle ; mais on conjecture que ce fut le Ve ou le VIe de l'Incarnation ; d'autres disent en 1090.

## CULTE ET RELIQUES.

Son corps fut inhumé au milieu de cette même église, laquelle est près du village de Sampigny, et qui porte maintenant son nom. On y voit son mausolée, élevé de terre et soutenu par quatre piliers de pierre. C'est une grande tombe de marbre sur laquelle est sa figure en ronde-bosse, qui la représente revêtue en princesse, avec des bruis à ses pieds. La tradition du pays porte que son chef fut transporté en Écosse par les soins du roi, son père, pour se consoler de la perte qu'il avait faite d'une fille si chère et si digne de vénération. On dit même que ce prince vint en Lorraine pour enlever tout son corps ; mais que, l'ayant fait mettre sur un chariot, il lui fut impossible de le faire avancer, ce qui l'obligea de se contenter du chef seul et de laisser le reste au lieu de sa sépulture. En 1322, ces reliques sacrées furent levées de terre et mises dans une chasse par Henri d'Apremont, évêque de Verdun, et, environ cent ans après, elles furent transférées dans une autre chasse plus précieuse par Guillaume d'Harancourt, évêque de la même ville ; comme il paraît par leurs propres attestations, qui furent trouvées dans cette dernière chasse, en 1618, lorsque Charles de Lorraine, un de leurs successeurs, la visita et en fit l'ouverture. Les religieux Minimes devinrent les dépositaires de ce riche trésor ; l'église où il repose leur ayant été donnée l'an 1625 pour la fondation d'un couvent de leur Ordre, par Louis de Lorraine, prince de Phalsbourg, et Henriette de Lorraine, son épouse.

L'église de Sainte-Lucie-du-Mont, fondée par la Sainte elle-même sur l'emplacement de la maison du généreux Thibault, est entièrement détruite ; de tout le couvent des Minimes, il ne reste plus qu'un corps de bâtiment, au milieu d'un jardin entouré de murs, devenu une propriété particulière.

Après 93, le propriétaire, ancien frère lazariste, fit construire une petite chapelle, aujourd'hui en ruines, sur l'emplacement de l'ancienne église. Cette chapelle renferme l'antique grotte, taillée dans le roc, où la Sainte avait coutume de se retirer pour prier. On y descend par une douzaine de marches très-usées. Cette grotte n'a d'autre ouverture que la porte, fermée par une trappe. On y voit encore, dans une espèce de niche, le siège dit le Fauteuil de sainte Lucie, où la Sainte se reposait et dans lequel se sont assises Marguerite de Gonzague, duchesse de Lorraine, en 1609, Anne d'Autriche, en 1638, et où, de nos jours encore, s'assoient toutes les femmes qui viennent implorer son intercession.

19 SEPTEMBRE.

Il existait aussi, sur la montagne où sainte Lucie menait paître ses moutons, une antique chapelle, qui vient d'être relevée de ses ruines par les soins du Maire et du conseil municipal de Sampigny. La nouvelle construction est en style gothique d'assez bon goût.

C'est sur cette montagne que la Sainte planta un jour la quenouille ou le fuseau dont elle se servait pour filer en gardant son troupeau. Ce fuseau prit racine et produisit la variété d'arbres qui porte encore aujourd'hui le nom de Cerisier ou de Bois de sainte Lucie. C'est un bois très odorant, uni, serré, susceptible d'un très-beau poli, de couleur rougeâtre, lorsqu'il est sec. Il était autrefois fort recherché, les sculpteurs lorrains en tiraient un excellent parti. On cite parmi eux les Foulon, qui exécutèrent quantité de petits ouvrages en bois de Sainte-Lucie pour le Dauphin, fils de Louis XIV ; Jean-François-Lupot, de Mirecourt (1684-1749), qui travaillait ce bois pour les luthiers de cette dernière ville.

Le cerisier de Sainte-Lucie est actuellement fort répandu, mais on prétend qu'il est plus odorant à Sampigny que partout ailleurs. Près de la chapelle, il s'en élève un très-ancien et que la croyance populaire regarde comme celui que planta la Sainte ; s'il n'est pas la souche-mère, c'est au moins l'un de ses plus antiques rejetons.

Sainte Lucie doit avoir vécu avant le XIe siècle ; il existait, en 1646, un village de ce nom dans le diocèse de Verdun.

On pense qu'elle fut mise au nombre des Saints par Henri de Blois, évêque de Verdun, de 1117 à 1129.

Son office était célébré le 19 septembre dans tout le diocèse. Il fut retranché du Bréviaire qui fut imprimé en 1560, à Verdun, sous l'évêque Psaulme, par Nicolas Bacqueot.

Lorsque la Révolution éclata, les reliques de sainte Lucie étaient conservées dans une chasse très-bien ornée, que l'on portait en procession aux fêtes solennelles, et qui restait exposée à la vénération des fidèles pendant six mois de l'année dans l'église de Sampigny, et pendant les six autres mois dans l'église de Sainte-Lucie, qui était l'église mère, et près de laquelle est encore le cimetière. On allait célébrer les saints mystères et les offices dans cette église à certains jours déterminés.

Le 12 frimaire an II (2 décembre 1793), un révolutionnaire, qui résidait dans la maison de sainte Lucie, vendue comme bien national, assemble la municipalité, l'entraîne, à l'exception d'un membre, dans cette église ; puis, après s'y être enfermé et avoir de nouveau péroré ses compagnons, il descendit la châsse de sainte Lucie qui reposait sous un baldaquin et la brise d'un coup de sabre. Tous les assistants virent alors un paquet entouré d'un linge très-fin, sous lequel était une autre enveloppe de damas rouge qui recouvrait les saintes reliques. Avec les ossements étaient six authentiques, dont trois en parchemin. Un membre, Nicolas Barbier, se saisit des reliques dans le but de les conserver, et alla, du consentement de la municipalité, les porter dans un coin du charnier couvert où se trouvaient les ossements des morts ; mais il eut soin d'en prendre une certaine quantité qu'il distribua dans la suite aux personnes pieuses de l'endroit. Le lendemain, apprenant dans quel endroit on avait déposé ce trésor, des fidèles s'empressèrent de l'aller recueillir et de le partager entre les habitants qui en exprimèrent le désir.

Après le rétablissement du culte catholique, M. Pierrot, curé de Sampigny, recueillit les reliques de la Sainte, sauvées ainsi pendant la Révolution par de pieux habitants, et les plaça dans une caisse de bois doré qui sert de piedestal à une statue de la Sainte, en bois doré aussi, haute d'un mètre environ.

Ces reliques sont portées plusieurs fois l'année en procession, principalement aux jours de sa fête, de l'Assomption et des Rogations, avec l'autorisation de Mgr l'évêque de Verdun : l'affluence des fidèles est toujours considérable lorsque ces cérémonies ont lieu.

Acta Sanctorum ; Cambrarius ; Recueil des saints d'Écosse ; le R. P. François de la Noue : Chronique de l'Ordre des Minimes ; Vie de la Sainte, ou Lucindre, par le R. Père Pierre Philippe, de l'Ordre des Frères Mineurs ; Notes locales fournies par M. l'abbé Mangel, curé de Sampigny ; et Mémoires de la Société philomatique de Verdun, par M. l'abbé Clouet.

APPARITION DE LA TRÈS-SAINTE VIERGE, SUR LA MONTAGNE DE LA SALETTE. 255

Événements marquants

  • Fuite du palais royal d'Écosse déguisée
  • Arrivée en Austrasie (Lorraine) après avoir traversé la mer
  • Service comme humble servante chez le laboureur Thibault
  • Héritage des biens de Thibault et distribution aux pauvres
  • Fondation d'une église et vie en recluse dans une grotte

Miracles

  • Le fuseau planté en terre prend racine et devient un cerisier odorant
  • Impossibilité pour le roi d'Écosse d'enlever le corps de la sainte sur un chariot

Citations

Si vous voulez être parfait, allez, vendez tout le bien que vous possédez et donnez-en le prix aux pauvres

— Évangile selon Saint Matthieu (déclencheur de sa vocation)