Saints Faustin et Jovite

Martyrs

Fête : 15 fevrier 2ᵉ siècle • saints

Résumé

Frères issus d'une noble famille de Brescia, Faustin (prêtre) et Jovite (diacre) furent martyrisés sous l'empereur Adrien au IIe siècle. Après avoir survécu miraculeusement aux bêtes sauvages, au plomb fondu et à la noyade, ils furent décapités dans leur ville natale. Ils sont honorés comme les patrons de Brescia et des modèles d'union fraternelle.

Biographie

LES SAINTS FRÈRES FAUSTIN ET JOVITE, MARTYRS

Mon esprit, dit le Seigneur, se plaît en trois choses : la concorde entre frères, l'amour des proches, un mari et une femme qui n'ont qu'un cœur et qu'une âme. Ecclésiaste, XXI, 1.

Ces bienheureux serviteurs de Jésus-Christ étaient issus d'une illustre famille de Brescia, ville de Lombardie. Ils pratiquèrent la vertu dès leur enfance, car ils étaient dociles, modestes, dévots et unis entre eux par les liens d'une parfaite charité fraternelle. Faustin, qui était l'aîné, fut ordonné prêtre par Apollonius, évêque de Brescia, et Jovite reçut l'ordre de diacre. Ces saints frères commencèrent à exercer leurs charges au grand avantage des fidèles qui demeuraient dans la ville et dans les bourgades voisines ; et même plusieurs Gentils furent, par leurs prédications, convertis à notre sainte foi, les ténèbres de leur ignorance étant dissipées par la lumière du saint Évangile ; ainsi la religion chrétienne croissait en lustre et en réputation, pendant que celle des faux dieux s'en allait en fumée.

Mais l'empereur Adrien renouvela alors contre les chrétiens la persécution qui avait été commencée par Trajan, son prédécesseur. Italique, chargé d'exercer à Brescia les cruautés impériales, fit arrêter Faustin et Jovite, leur exposa le commandement de l'empereur, et les exhorta à y obéir, employant les promesses et les menaces pour les faire condescendre à sa volonté ; mais, les ayant trouvés généreux et constants en la confession de leur foi, il ne voulut point passer outre, jusqu'à ce qu'Adrien même, qui allait en France, passant par la ville de Brescia, lui eût dit ce qu'il voulait qu'il fît.

L'empereur, averti de cette procédure, s'efforça de porter les deux frères à l'adoration de ses dieux et les fit conduire au temple du Soleil, où se trouvait une statue de ce faux dieu richement parée et qui avait la tête entourée de plusieurs rayons de fin or ; mais les bienheureux frères ayant invoqué le nom du vrai Dieu, la statue fut à l'instant même toute couverte de suie, et les rayons de sa tête parurent comme des charbons éteints. Adrien, qui était présent, s'épouvanta et commanda aux prêtres et aux ministres du temple de nettoyer promptement l'idole. À peine y touchèrent-ils qu'elle tomba et fut réduite en cendres ; l'empereur, furieux, condamna les deux frères à être dévorés par les bêtes. Ils furent donc exposés à quatre lions, qui, au lieu de leur nuire, se couchèrent paisiblement à leurs pieds ; les léopards et les ours furent ensuite lâchés ; on leur brûlait les flancs avec des flambeaux pour augmenter leur rage, mais ils étaient doux comme des agneaux envers les Martyrs. Les prêtres des temples attribuèrent ce miracle à Saturne, et approchèrent des Saints avec sa statue pour la leur faire adorer : mais les bêtes se jetèrent sur eux et les dévorèrent, et Italique avec eux. Les Gentils, voyant ces prodiges, criaient : « Ô dieu Saturne ! aide tes ministres ». Cependant la statue demeura par terre sous les pieds des bêtes, et toute trempée dans le sang de ses prêtres. La femme d'Italique, nommée Affre, sachant la mort de son mari, accourut toute émue au théâtre où était l'empereur et lui dit avec beaucoup de ressentiment : « Quels dieux adorez-vous, ô empereur ? des dieux qui ne sauraient garantir leurs sacrificateurs ni eux-mêmes ; et votre cruauté et ce culte superstitieux sont cause que je suis aujourd'hui veuve ». Ainsi elle se convertit à la foi avec plusieurs Gentils qui se trouvèrent à ce spectacle, et entre autres, Calocère, un des premiers de la cour de l'empereur, avec la plupart de ses gens. Mais, pour faire connaître que ces merveilles étaient des œuvres de Dieu, qui permettait à ces animaux de suivre le mouvement de leur férocité naturelle contre les ennemis de la vérité et les rendait semblables à des agneaux envers les chrétiens, les Martyrs leur ayant donné commandement de sortir de la ville, ils prirent aussitôt le chemin des forêts sans nuire à personne.

15 FÉVRIER.

L'empereur, voyant que la rigueur lui était inutile pour vaincre la constance de ces généreux frères, se servit de l'artifice et commanda qu'ils fussent couchés en de bons lits, sur la plume et le duvet ; mais ils n'y firent que chanter des hymnes à l'honneur du Dieu vivant qui était l'unique espérance de leurs âmes. Ensuite ils furent menés en prison avec défense qu'on leur parlât et qu'on leur donnât ni à boire ni à manger, afin de les faire mourir de faim et de soif. Mais, qui peut surmonter Dieu ? Les anges, apparaissant, encouragèrent ces braves confesseurs de la vérité, éclairèrent leur cachot de la lumière céleste, et leur cœur fut rempli de joie de ce qu'ils avaient l'honneur de souffrir pour Jésus-Christ.

Adrien, voyant la constance des Martyrs et le nombre de ceux qui se convertissaient à la religion chrétienne par leur exemple et par l'autorité qu'ils avaient dans la ville, craignant aussi quelque sédition, fit mettre à mort ceux qui s'étaient convertis et mena à Milan les saints frères Faustin et Jovite, avec Calocère, enchaînés ensemble. Ce fut là que leur vertu trouva de nouveaux sujets de triomphe : la malice de leurs ennemis cherchait de nouveaux supplices pour les tourmenter. Ils furent tous trois attachés à terre tout de leur long, le visage tourné en haut, puis, avec des entonnoirs, on leur versa du plomb fondu dans la bouche pour leur faire perdre la respiration et la vie ; mais le plomb, comme s'il eût eu du sentiment, brûlait les bourreaux sans faire tort aux Martyrs. On les mit à la torture et on leur appliqua des lames ardentes aux côtés ; alors Calocère, sentant une très-grande douleur du feu qui lui pénétrait les entrailles, dit à Faustin et à Jovite : « Priez Dieu pour moi, ô saints Martyrs ! car je suis extrêmement tourmenté par ce feu ». Ils lui répondirent : « Bon courage, Calocère, cela ne durera pas longtemps, et la grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ sera avec vous ». En effet, Calocère, se sentant tout d'un coup soulagé, dit qu'il ne souffrait plus aucune douleur ; et, quoique les bourreaux jetassent des étoupes, de la poix et de l'huile, et qu'ils eussent fait un grand feu autour des Martyrs, les flammes perdaient leurs forces, tandis qu'ils jouissaient en leur âme d'une paix admirable, et que leurs langues chantaient les louanges du Sauveur. Ce fut la cause que plusieurs des assistants, étonnés de ce qu'ils voyaient, reconnurent l'auteur de ces merveilles, adorèrent sa majesté et crurent en lui.

Le tyran, voyant toutes ces inventions inutiles, et ne pouvant souffrir d'être vaincu par ces généreux Martyrs, mit Calocère entre les mains d'Antiochus, gouverneur des Alpes, afin qu'il le fît mourir ; et comme il s'en retournait à Rome, il y fit amener après lui Faustin et Jovite, qui furent de nouveau cruellement tourmentés. Mais, en échange, ils reçurent beaucoup de consolations de la part du saint pape Évariste, qui eut soin de les aller visiter. De là ils furent conduits à Naples, où l'on continua de les faire souffrir : puis on les jeta dans la mer ; mais ils en furent délivrés par la puissance de Jésus-Christ qui combattait en eux, et sortirent victorieux des tourments, plus purs que l'or du creuset. Enfin, ils furent reconduits à la ville de leur naissance, afin que ceux qui avaient été convertis par leur sainte vie et par leur constance en la foi de Jésus-Christ fussent ébranlés et ramenés au paganisme par leur mort. C'était l'intention des tyrans ; mais Dieu en tira au contraire la gloire de son nom et celle des saints Martyrs, et honora la ville de Brescia, où ils furent baignés dans la pourpre de leur sang, du triomphe de leur mort et de la possession de leurs saintes dépouilles : ils y eurent la tête tranchée, hors de la porte qui conduit à Crémone, le 15 février, l'an 120 ou 122, selon Baronius ; leur martyre, qui a été fort long, commença sous l'empire de Trajan et ne finit que sous celui d'Adrien.

Ils étaient représentés sur les monnaies de Brescia avec une croix entre eux deux, pour rappeler, non leur supplice qui ne fut pas celui de la croix, mais leur prédication. Leur véritable attribut est l'épée qui trancha le fil de leurs jours.

La ville de Brescia les honore comme ses patrons et conserve leurs précieuses reliques. Il existe dans la même ville un sanctuaire fort ancien qui est dédié sous leur invocation, et tous les martyrologes représentent saint Faustin et saint Jovite comme des modèles de l'union entre frères.

Événements marquants

  • Ordination de Faustin (prêtre) et Jovite (diacre) par l'évêque Apollonius
  • Arrestation à Brescia par Italique sous l'empereur Adrien
  • Destruction miraculeuse de la statue du Soleil et de Saturne
  • Exposition aux lions, léopards et ours au théâtre
  • Transfert et supplices à Milan (plomb fondu), Rome et Naples (jetés à la mer)
  • Décapitation finale à Brescia

Miracles

  • Statue du Soleil réduite en cendres par la prière
  • Bêtes sauvages (lions, ours) devenant douces comme des agneaux
  • Plomb fondu versé dans la bouche sans causer de blessure
  • Feu et huile bouillante restant sans effet sur eux
  • Délivrance miraculeuse après avoir été jetés en mer

Citations

Mon esprit, dit le Seigneur, se plaît en trois choses : la concorde entre frères, l'amour des proches, un mari et une femme qui n'ont qu'un cœur et qu'une âme.

— Ecclésiaste, XXI, 1