Bienheureux Jacques d'Ulm (L'Allemand)
Religieux Dominicain
Résumé
Né à Ulm, Jacques fut d'abord soldat au service du roi d'Aragon avant de devenir frère lai dominicain à Bologne. Artiste de génie, il révolutionna la peinture sur verre en découvrant le procédé de l'oxyde d'argent pour obtenir une teinte jaune diaphane. Il vécut cinquante ans en religion, alliant perfection technique et hautes vertus.
Biographie
LE BIENHEUREUX JACQUES D'ULM OU L'ALLEMAND,
RELIGIEUX DOMINICAIN A BOLOGNE (1491).
Fra Giacomo ou le bienheureux Jacques d'Ulm, naquit en cette dernière ville, l'an 1467, d'une honorable famille de négociants. Dans sa jeunesse, nous dit Fra Ambregino, son élève et le plus ancien écrivain de sa vie, notre Bienheureux s'adonna aux arts mécaniques pour lesquels il avait une aptitude extraordinaire, et aussi à la peinture sur verre dans laquelle ses compatriotes avaient acquis une grande réputation.
A l'âge de vingt-cinq ans, pris du saint désir de vénérer le tombeau du Prince des Apôtres, il partit pour Rome ; et là, sur cette terre baignée par le sang de tant de martyrs, il éprouva, paraît-il, de si douces et si grandes consolations qu'il résolut d'y passer sa vie entière. Mais l'argent étant venu à lui manquer, il alla à Naples s'enrôler dans les armées d'Alphonse, roi d'Aragon, et quelques mois plus tard combattit vaillamment à la bataille où ce malheureux prince perdit la couronne et la liberté. Après quatre années de service, pendant lesquelles il sut gagner la confiance de ses chefs et l'estime de ses frères d'armes par son courage et sa bonne conduite, dégoûté de la vie licencieuse des camps, il quitta l'armée et, pour gagner honorablement sa vie, mit son intelligence et ses bras à la disposition d'un bourgeois de Capoue.
L'an 1440, se sentant violemment tourmenté du désir si légitime d'embrasser son vieux père et de revoir sa chère patrie dont il était absent depuis sept ans, il reprit la route de la Germanie ; déjà il était arrivé à Bologne et pensait à poursuivre son chemin, lorsque tout à coup, un jour qu'il priait avec ferveur devant le tombeau de saint Dominique et plaçait son long et périlleux voyage sous la protection de ce grand patriarche, il entendit au fond de son cœur une voix mystérieuse qui l'exhortait à sacrifier la patrie terrestre et à se vouer entièrement à la conquête de la patrie céleste. Aussitôt notre Bienheureux, comprenant d'où venait cette voix, frappa à la porte du couvent de Saint-Dominique, demanda humblement à revêtir l'habit des frères lais, et l'obtint ; il avait alors trente-quatre ans.
Pendant les cinquante années qu'il vécut encore dans l'Ordre, il s'y distingua par la pratique des plus hautes vertus, et se montra toujours aussi bon religieux qu'il avait été bon soldat. Il mourut le 11 octobre 1491, à l'âge de quatre-vingt-quatre ans. Léon XII, l'an 1825, l'inscrivit au nombre des Bienheureux, et l'Église honore sa mémoire le 12 octobre.
Disons un mot de ses œuvres artistiques. — En revêtant l'habit de saint Dominique, notre Bienheureux dut se remettre à la peinture sur verre dont il avait abandonné la pratique depuis une dizaine d'années, c'est-à-dire depuis qu'il avait quitté sa ville natale. Il fut chargé par ses supérieurs d'orner de vitraux l'église et le couvent ; et en cette circonstance, dit la chronique, il s'acquit une grande réputation ; mais malheureusement presque tous ses travaux, tant loués par les contemporains, ont disparu, et il ne reste plus de lui qu'un petit médaillon à l'entrée d'un des dortoirs du couvent ; il représente Jésus sur la croix entre Marie sa mère et Jean son disciple bien-aimé. Toutefois, les beaux vitraux qu'il exécuta pour la grande basilique de Sainte-Pétrone et pour l'oratoire de la bienheureuse Hélène, dans le palais Beutivoglio, à Bologne, subsistent encore. Il suffit de les examiner pour juger du talent prodigieux de leur auteur, et comprendre la place honorable à laquelle il a droit, à côté des plus grands maîtres en cette branche de l'art. Le bienheureux Jacques trouva en outre, le premier, le moyen de donner au verre une teinte jaune diaphane en employant l'oxyde d'argent ; si donc aujourd'hui les peintres sur verre connaissent ce procédé si longtemps cherché et l'ont adopté, c'est à notre bienheureux qu'ils en sont redevables.
En mourant, le bienheureux Jacques d'Ulm laissa dans le cloître deux élèves : Fra Ambrogino, l'historien de sa vie, et Fra Anastasio, lesquels héritèrent non-seulement de ses talents et de ses procédés, mais encore de ses vertus, et jetèrent un nouvel éclat sur le couvent de Saint-Dominique de Bologne.
On le représente près d'un four à vitraux, pour indiquer l'art qu'il exerça dans son Ordre. On le peint aussi parfois une croix à la main, à cause de sa dévotion pour la passion de Notre-Seigneur.
Extrait de l'Année Dominicaine.
Événements marquants
- Naissance à Ulm en 1467
- Pèlerinage à Rome à l'âge de 25 ans
- Engagement dans les armées d'Alphonse, roi d'Aragon à Naples
- Service chez un bourgeois de Capoue
- Entrée au couvent de Saint-Dominique à Bologne en 1440 à l'âge de 34 ans
- Cinquante années de vie religieuse et artistique
- Béatification par Léon XII en 1825
Miracles
- Invention du procédé de l'oxyde d'argent pour le verre jaune
- Voix mystérieuse entendue au tombeau de saint Dominique