Le Bienheureux Albert le Grand

Évêque de Ratisbonne, de l'Ordre de Saint-Dominique

Fête : 15 novembre 13ᵉ siècle • saint

Résumé

Né en Souabe à la fin du XIIe siècle, Albert le Grand fut l'un des plus vastes génies du Moyen Âge, excellant en sciences naturelles, philosophie et théologie. Dominicain et maître de saint Thomas d'Aquin, il enseigna à travers l'Europe, notamment à Paris où il laissa son nom à la place Maubert. Évêque de Ratisbonne par obéissance, il finit ses jours à Cologne dans la prière et l'étude.

Biographie

LE BIENHEUREUX ALBERT LE GRAND,

ÉVÊQUE DE RATISBONNE, DE L'ORDRE DE SAINT-DOMINIQUE

*Magnus in magia, major in philosophia, maximus in theologia.*

Albert fut grand dans les sciences naturelles, plus grand dans la philosophie, le plus grand dans la théologie. Chronique belge.

Le bienheureux Albert le Grand naquit vers l'an 1193, à Lauingen, ville de la Souabe bavaroise. Sa naissance le fit grand avant que sa vertu pût lui faire mériter ce titre d'honneur, puisqu'il eut pour père un comte de la maison de Bollstædt, l'une des plus illustres du pays. Les jours de son enfance sont environnés de ténèbres presque impénétrables.

Quand les heureuses années de cette période de la vie se furent enfuies, et qu'Albert eut touché aux joyeux rivages de la jeunesse, il fallut songer à l'avenir et choisir une carrière. Celle des armes, suivie avec gloire par ses ancêtres, lui offrait des honneurs, de l'éclat et des charges, surtout au milieu des luttes ardentes de l'Orient et de l'Occident. Les Croisades présentaient au brave chevalier l'occasion de se distinguer et d'acquérir de la gloire et des richesses. La maison impériale de Souabe, au service de laquelle se trouvait le comte de Bollstædt, brillait de son plus vif éclat et se trouvait engagée dans des guerres interminables ; mais, d'un autre côté, la science attirait son âme candide par tous ses charmes. Albert répondit à cet appel. Il ne lui sembla pas possible d'hésiter entre l'étude paisible, légitime et noble des sciences, et le bruit tumultueux des armes, les triomphes trop souvent injustes et désastreux de l'homme de guerre.

C'est à l'université de Padoue qu'Albert vint apaiser sa soif des sciences. La grammaire, la dialectique, la rhétorique, la musique, la géométrie, l'arithmétique et l'astronomie furent les sciences qu'il étudia sous la direction de savants maîtres. Il s'avança ensuite vers le redoutable sanctuaire de la logique comme vers un arsenal où le soldat trouve les armes dont il a besoin pour conquérir la vérité et défendre sa possession contre les attaques de ses ennemis.

Mais ce n'était pas seulement dans les livres et les cours publics que notre jeune noble travaillait avec ardeur à conquérir la toison d'or de la science et de la sagesse, il avait l'œil incessamment ouvert sur le grand livre du monde extérieur et s'appliquait à en lire les pages merveilleuses. Il faisait de nombreuses excursions, avec ses amis, dans les villes et les provinces voisines, observant d'un regard pénétrant tous les phénomènes, et cherchant à les expliquer.

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Aucun biographe ne fait mention du temps consacré par Albert aux études philosophiques à l'université de Padoue, mais nous pouvons croire qu'il fut assez long. Car si le fondateur et le patriarche des Frères Prêcheurs, saint Dominique de Gusman, consacra six années à l'étude de la philosophie, dont cependant il était peu satisfait parce qu'elle n'est point la sagesse de Dieu, il est probable qu'Albert, que tourmentait sans cesse la soif des sciences, y consacra un temps bien plus considérable.

Cependant le moment était venu de prendre une détermination. Albert était resté assez longtemps sous le beau péristyle des sciences générales ; il atteignait l'âge où il lui fallait sérieusement songer à l'avenir et choisir entre l'étude du droit, qui le conduirait aux plus hautes dignités politiques, et le service des autels, dont les horizons n'étaient pas moins splendides. Il existait dans ce dernier domaine une carrière à laquelle il avait souvent pensé, la vie religieuse, qui attirait par ses charmes mystérieux sa belle et grande âme. Les souffrances morales, ces redoutables avant-coureurs d'une vie nouvelle, lui causèrent alors d'étranges combats. Notre Bienheureux réfléchissait sans cesse au poste qui lui était destiné dans le monde, sans pouvoir jamais rien décider. Il ne comptait pas sur lui-même ; mais il se tourna vers Dieu avec larmes et le conjura de lui faire connaître sa véritable vocation. Un jour qu'il était dans l'église des Dominicains, la sainte Vierge, devant la statue de laquelle il s'était agenouillé, sembla lui adresser ces paroles : « Albert, mon fils ! quitte le siècle et entre dans l'Ordre des Frères Prêcheurs, dont j'ai obtenu la fondation de mon divin fils pour le salut du monde. Tu t'y appliqueras courageusement aux sciences selon les prescriptions de la Règle, et Dieu te remplira d'une telle sagesse, que l'Église tout entière sera illuminée par les livres de ton érudition ». Ce fut donc aux pieds de la sainte Vierge que l'avenir d'Albert se décida. Il résolut de quitter cet océan du monde, si fertile en naufrages, et de se réfugier dans le port assuré de la vie monastique.

Mais ce projet était difficile à réaliser, des obstacles insurmontables se dressaient devant lui. L'oncle qu'il chérissait avec l'affection d'un fils, et qui remplaçait, ce semble, son père, était loin d'approuver les plans de son neveu. Il lui défendit toute communication avec les moines dominicains, et lui arracha la promesse qu'il n'accomplirait son dessein qu'après un temps déterminé.

Cependant, le bienheureux Jourdain de Saxe, le disciple et successeur de saint Dominique, venait d'arriver de Bologne. Peu d'hommes, dans l'histoire, ont possédé autant que lui le merveilleux talent d'attirer les âmes.

Le bruit de sa présence s'étant bientôt répandu par toute la ville, un nombre prodigieux d'auditeurs, parmi lesquels se trouvait Albert, envahit l'église des Frères Prêcheurs pour goûter sa doctrine, plus douce que le miel. Le célèbre prédicateur, étant donc monté en chaire, peignit en traits si enflammés et avec un enthousiasme si céleste les pièges employés par Satan pour détourner les hommes du soin de leur salut, qu'Albert fut profondément ébranlé et sentit naître tout à coup en lui un courage admirable pour mettre à exécution son projet. Cette fois il n'hésite plus ; à peine l'éloquente prédication est-elle achevée que, brisant toute entrave, il vole à la porte du monastère, se jette aux genoux du Père Jourdain, en s'écriant : « Père, vous avez lu dans mon âme ! » et il demande avec larmes son

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admission dans l'Ordre. Il faut dire que les jours d'épreuve déterminés par l'oncle, et qu'Albert avait promis de garder fidèlement, étaient écoulés. Jourdain de Saxe, dont le coup d'œil avait été exercé par ses longs rapports avec la jeunesse, reconnut aussitôt ce que deviendrait Albert. Il le reçut avec joie et lui donna l'habit. Ceci se passait l'an 1223.

Notre jeune noble avait atteint le but de ses plus ardents désirs. L'opulent écolier, déjà célèbre par sa science, qui avait si longtemps parcouru les rues de Padoue avec tout le luxe des riches du siècle, et qui avait vécu au sein de l'abondance dans un palais de marbre, était devenu un pauvre moine. Quel changement ! il avait librement, et pour l'amour de Dieu, renoncé à tous les biens terrestres, aux plaisirs et aux espérances que pouvait lui offrir le monde ! Mais ne trouvait-il pas une riche compensation dans les jouissances de l'esprit dont allaient l'enivrer le silence du cloître, ses rapports plus intimes avec Dieu et la paisible culture des sciences sacrées ? Il ne pouvait, du reste, demeurer plus longtemps à Padoue ; car les études théologiques n'y florissaient pas encore, et la présence de ses parents pouvait être un inconvénient. On l'envoya donc à Bologne, pour y achever ses études et acquérir la science divine. Le couvent de Saint-Nicolas, deuxième berceau de l'Ordre, possédait depuis quelques années la dépouille mortelle du saint Patriarche qui, pendant sa vie, aimait à l'habiter : ce fut là que ce nouveau disciple réunit les forces nécessaires à la construction d'un magnifique et gigantesque édifice, celui d'une science universelle et chrétienne. Il y reçut les leçons des plus célèbres professeurs d'une université qui passait pour le second centre du monde scientifique.

Ses progrès tout à fait extraordinaires le mirent aussitôt en grand crédit parmi les savants, et on allait à lui comme à un oracle pour avoir la solution des questions les plus épineuses. Enfin on ne l'appelait plus le frère Albert, mais, par excellence, le philosophe. Ses supérieurs ne voulant pas qu'une lumière si éclatante demeurât sans se communiquer, l'envoyèrent à leur couvent de Cologne pour y enseigner de suite la philosophie et la théologie. Il le fit avec un applaudissement général de toute cette ville, qui ne pouvait assez se réjouir de se voir éclairée par ce nouveau soleil. Ce que l'on admirait le plus en lui, c'est qu'il joignait à cette profonde érudition, qui attirait tout le monde à son école, une simplicité, une modestie et une humilité prodigieuse. Il n'avait que de très-bas sentiments de lui-même ; il se méprisait et il ne cherchait qu'à être méprisé ; il se regardait comme le dernier des frères et il voulait aussi être traité comme le dernier. D'ailleurs ses études et ses autres grandes occupations ne l'empêchaient pas d'être exact à ses exercices spirituels ; et l'on dit même qu'outre la sainte messe, les heures du grand et du petit office et le chapelet, il ne manquait point à réciter tous les jours les cent cinquante Psaumes de David. Il faisait aussi régulièrement l'oraison mentale, et c'était là qu'il puisait ses plus hautes lumières et ces admirables conceptions qu'il mettait ensuite par écrit, ou qu'il expliquait à ses disciples.

De Cologne il alla enseigner à Hildesheim, en Saxe, à Fribourg, à Ratisbonne et à Strasbourg, et il n'y réussit pas moins qu'à Cologne. Il serait trop long d'entrer dans le détail de tout ce qui lui arriva dans toutes ces villes ; mais il ne faut pas omettre qu'en l'année 1237 le bienheureux Jourdain, général de l'Ordre, étant décédé en revenant de la Terre-Sainte, Albert tint sa place jusqu'à l'élection de son successeur, qui se fit le lendemain de la Pentecôte de l'année 1238. Il fut proposé pour cette insigne prélature, bien qu'il n'eût encore que trente-trois ans, avec le grand

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Hugues de Saint-Cher, qui fut depuis cardinal ; mais comme chacun d'eux s'en défendait de toutes ses forces et sollicitait puissamment pour son compagnon, les voix furent partagées également, et on élut enfin saint Raymond de Pennafort, qui, n'étant pas au chapitre, ne put faire les mêmes instances pour s'exempter de cette charge. Ce fut là sans doute un grand coup de la divine Providence, qui, voulant que notre Bienheureux fût maître du docteur angélique saint Thomas, ne permit pas qu'on l'engageât dans l'office épineux de général qui l'aurait empêché de continuer ses leçons. Après la conclusion du Chapitre, il fit un voyage à Barcelone, pour mettre avec joie, entre les mains de saint Raymond, les sceaux de l'Ordre qui lui étaient destinés.

De là il retourna à Cologne, et ce fut à cette époque qu'il eut pour disciple celui qui devait être l'aigle des docteurs, l'ange de l'école et l'oracle du monde. D'abord, son humilité et son amour pour le silence faisant qu'il ne paraissait pas dans les disputes, ses compagnons lui donnèrent le surnom de bœuf muet ; mais notre Bienheureux ayant découvert la subtilité de son esprit, la profondeur de son jugement et l'avantage de sa mémoire, prédit que ce bœuf mugirait si hautement, qu'il serait entendu par toute la terre.

Il était bien à propos que l'Université de Paris ne fût pas privée du bonheur d'avoir Albert pour un de ses docteurs. Il y fut donc envoyé, et, après y avoir reçu le bonnet, il monta en chaire pour déployer les trésors d'érudition dont son âme était remplie. Les écoles se trouvèrent bientôt trop petites pour contenir le nombre infini d'auditeurs qui accouraient pour prendre ses leçons et profiter de sa doctrine. Il fallut qu'il enseignât dans une place publique, afin que personne ne fût privé de cette consolation. Ce fut la place qui a retenu son nom, et que, par abréviation, on appelle la place Maubert, au lieu de dire la place de maître Albert.

Cologne le redemanda ensuite et il y retourna pour la troisième fois, afin d'envoyer son cher disciple saint Thomas prendre les degrés à Paris. Mais lorsqu'il ne pensait qu'à composer ces savants traités dont il a enrichi l'Église, les Pères de sa province d'Allemagne, s'étant assemblés à Worms, l'élurent pour leur provincial et le chargèrent malgré lui de leur conduite. Il fit tout ce qu'il put pour n'être point confirmé dans ses nouvelles fonctions ; mais, n'ayant pu y réussir, il s'appliqua avec un courage merveilleux à remplir parfaitement tous les devoirs de cette prélature. Cette province était d'une très-grande étendue, puisqu'elle renfermait l'Autriche, la Souabe, la Bavière, la Saxe et les environs du Rhin et de la Moselle, et qu'elle s'étendait même jusque dans la Hollande et le Brabant ; cela néanmoins ne l'empêcha pas de la visiter tout entière à pied et sans aucune provision de voyage, mais en demandant l'aumône ; ce qui fut d'un grand exemple pour les autres supérieurs de son Ordre. Il instruisait plus ses religieux par son exemple que par ses paroles ; mais il ne laissait pas, quand il était nécessaire, de joindre la justice et la sévérité avec la douceur ; et il le fit bien paraître à l'égard d'un frère convers que l'on trouva, après sa mort, être décédé propriétaire ; car, l'ayant fait déterrer, il le fit jeter dans un lieu profane, ne jugeant pas digne d'une sépulture sacrée celui qui avait violé, par un sacrilège, le vœu solennel de la pauvreté religieuse.

Il reçut, vers le même temps, une mission apostolique pour se transporter en Pologne, afin d'y faire abolir quelques coutumes qui étaient restées du paganisme, savoir : de tuer les enfants qui naissaient avec des

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défauts naturels, ou qui passaient le nombre que l'on pouvait nourrir, et les vieillards qui ne pouvaient plus agir : ce qu'il exécuta avec beaucoup de succès. Il fut ensuite appelé par le pape Alexandre IV, et ce fut là, qu'en qualité de maître du sacré palais, il expliqua publiquement l'Évangile et les Épîtres de saint Jean, et qu'il réfuta les erreurs de Guillaume de Saint-Amour, lequel, en combattant l'institution des Ordres mendiants, voulait ôter à l'Église ce grand nombre de Saints, de lecteurs, de prédicateurs évangéliques et de savants théologiens que ces Ordres lui ont donnés.

Le Pape voulut souvent l'élever à la dignité épiscopale ; mais il eut toujours l'adresse de s'en excuser jusqu'à ce qu'étant retourné en Allemagne pour y assister au Chapitre provincial de sa province, qui se tenait à Strasbourg, il fut élu évêque de Ratisbonne. Cette élection lui causa beaucoup d'amertume, parce que, d'un côté, son humilité lui faisait croire qu'il n'était pas capable d'une si haute prélature, et de l'autre son inclination le portant à écrire, à enseigner et à composer, il avait de la peine à se voir retirer de ses emplois par l'embarras des affaires extérieures ; mais il ne lui fut pas possible de se défendre de ce coup. Il reçut donc la consécration pontificale, et il s'appliqua à tous les devoirs d'un véritable pasteur. Il prêchait souvent son peuple, il formait ses ecclésiastiques, il reprenait les pécheurs, il animait les gens de bien à la persévérance, il montrait à tous ses diocésains les voies du salut. Il réglait tellement sa dépense, qu'ayant trouvé son évêché dépouillé de toutes choses et considérablement obéré, il paya toutes ses dettes et augmenta son revenu, sans laisser de faire des aumônes considérables aux pauvres. Nonobstant ces grandes occupations, les historiens de sa vie assurent qu'il composa, dans son château épiscopal de Stauff, son insigne ouvrage sur saint Luc, qui est un des plus beaux et des plus riches qui soient sortis de sa plume.

Cependant, cette charge pastorale lui pesait extrêmement sur les épaules, et il gémissait continuellement de n'être plus dans le secret de son cloître et de sa cellule. Aussi, il fit tant d'instances auprès du pape Urbain IV, qu'il en obtint enfin la permission de se défaire de son évêché. Ce ne fut que pour se remettre comme un simple religieux avec ses confrères, et pour aller continuer à Cologne les premiers exercices de la méditation et de la composition des livres sur l'Écriture et sur la théologie. Il reçut ensuite une nouvelle mission du souverain Pontife pour prêcher la croisade en Allemagne ; et il le fit avec un succès merveilleux, ayant porté un grand nombre de seigneurs et de toutes sortes de personnes à entreprendre le voyage de la Palestine pour en délivrer les saints lieux de la main des infidèles. À peine eut-il achevé ce voyage, que Grégoire X, successeur d'Urbain, le manda au concile de Lyon, où saint Bonaventure, saint Thomas et beaucoup d'autres flambeaux de l'Église étaient aussi appelés. Lorsqu'il se préparait à partir, étant à table avec les religieux, le 7 mars 1274, qui était le jour de la mort de saint Thomas, les larmes lui vinrent aux yeux, et il s'écria que l'Église perdait en ce jour une de ses plus grandes lumières. Dans ce concile, il se fit admirer par un savant discours qu'il fit sur les paroles d'Isaïe : « Dieu leur enverra un sauveur et un défenseur qui les délivrera ». Et comme il y faisait la fonction d'orateur de l'empereur Rodolphe, il obtint des évêques assemblés tout ce que cet empereur souhaitait.

Il retourna ensuite à Cologne, où il fut toujours employé à de grandes affaires. Il enrichit son couvent de trois cents corps saints et de plusieurs autres reliques ; surtout d'une épine de la couronne de Notre-Seigneur et

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d'une partie de sa croix donnée par le roi saint Louis. Il réconcilia ensemble des seigneurs qui étaient en démêlé. Il fit souvent dans le diocèse les fonctions épiscopales avec une ferveur et un zèle merveilleux. Il employa surtout sa plume à écrire d'excellents traités en l'honneur de la sainte Vierge. Plusieurs auteurs assurent que cette Reine des anges, pour lui donner plus de facilité en cette composition, se fit voir à lui dans l'état incomparable de sa beauté.

Enfin, le temps de sa mort approchant, comme il faisait un savant discours en présence d'une infinité d'auditeurs, il perdit tout à coup la mémoire, suivant l'avertissement que la même Vierge lui en avait donné dès le temps de son noviciat ; c'est ce qui lui fut un sujet de découvrir ce mystère et d'avertir l'auditoire que la fin de sa vie n'était pas éloignée. Sans cesse, à partir de ce moment, la pensée de la délivrance fut présente à l'âme d'Albert. Il avait toujours souhaité que son corps pût reposer à l'ombre de la croix, au milieu de ses frères, dans la ville de Cologne. Il espérait pouvoir, au jour de la résurrection générale, aller à la rencontre de son Juge avec tous ces Saints parmi lesquels tant de milliers de martyrs attendent la venue de leur Seigneur. C'est pourquoi il s'était depuis longtemps choisi, à l'exemple des anciens justes, le lieu de son repos dans l'église de son monastère. Il visitait chaque jour son tombeau et disait pour lui-même les Vigiles des morts comme pour un homme déjà mort au monde. Il visitait aussi les autels et les sépultures des Saints. Il les saluait dévotement de loin comme concitoyens et amis de son Dieu, et les conjurait avec larmes de l'aider de leur charitable intercession.

Le grand serviteur de Dieu soupirait ainsi après sa délivrance, lorsque l'heure du suprême départ sonna ; et l'illustre savant, cassé de vieillesse et de fatigues, entendit descendre du ciel cette consolante parole : « Courage, bon et fidèle serviteur, viens participer à la joie de ton Maître ! » Après avoir reçu avec d'admirables sentiments de dévotion les sacrements de l'Église, il rendit, dans sa cellule, assis sur une pauvre chaise, en présence des frères agenouillés et en pleurs, sa belle et sainte âme au Dieu qu'il avait si fidèlement servi, et il chanta avec un enthousiasme divin ces paroles du Psalmiste : « Nous vîmes dans la cité de Dieu ce que nous avions entendu ». C'était un vendredi 15 novembre de l'année 1280, dans la septième année du règne du roi Rodolphe de Habsbourg, dans la soixante-quatrième depuis la fondation de l'Ordre, six ans et quatre mois après la mort de saint Thomas d'Aquin, que s'éteignit Albert le Grand, ce soleil de la philosophie. Il avait atteint l'âge de quatre-vingt-sept ans.

On le représente en habits pontificaux, tenant un livre à la main.

## CULTE ET RELIQUES. — SES ÉCRITS.

Le corps de l'illustre Dominicain, revêtu des ornements pontificaux, fut placé dans un sarcophage de bois. Tous les conventuels des églises de la ville de Cologne, l'archevêque Sigrried, beaucoup de nobles et une foule innombrable de peuple l'accompagnèrent ; on le déposa dans le chœur de l'église claustralie, à côté de la sainte croix, devant le maître-autel. Cette lugubre cérémonie se fit au milieu du deuil et des larmes universels et se termina par la célébration d'un service funèbre des plus splendides.

L'église de Ratisbonne, dont le grand maître avait été évêque, désirant posséder la précieuse dépouille de son saint pasteur, envoya aussitôt des commissaires à Cologne pour la réclamer ; mais les moines ne se laissèrent point ravir un si rare trésor. Ils n'en envoyèrent à Ratisbonne qu'une relique considérable (cath., les intestins), qui furent inhumés, dit-on, dans la basilique du Saint-Pierre, derrière le maître-autel.

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Sur le tombeau du bienheureux maître, dans l'église de Cologne, fut placé un marbre magnifique portant cette inscription : « L'an du Seigneur MCCLXXX, le quinzième jour de novembre, mourut le vénérable seigneur frère Albert, ancien évêque de Ratisbonne, de l'Ordre des Frères Prêcheurs et maître en sacrée théologie. Que son âme repose en paix. Amen ».

Il est impossible de préciser l'époque à laquelle se fit la première ouverture de son tombeau. Quoi qu'il en soit, depuis la première translation, le corps de notre Bienheureux demeure, pendant presque deux cents ans, au milieu du chœur de l'église dominicaine à Cologne, l'objet d'une vénération profonde et le but de pieux pèlerinages. Mais enfin, lorsque l'Université de Cologne, sortie en grande partie de la fameuse école d'Albert, se fut élevée à son plus haut point de splendeur, et que la section de théologie eut obtenu la considération et l'estime universels, l'humble tombeau du grand maître de la science ne parut plus convenable au grand nombre des étudiants. On voulut élever à ce génie extraordinaire un mausolée plus splendide et plus digne, comme beaucoup de savants de moindre mérite en avaient obtenu. Touché des prières incessantes de cette célèbre école, Sixte IV permit l'ouverture du tombeau ainsi que la translation du corps, en priant Hermann, archevêque de Cologne, de ne pas mettre d'obstacle à la réalisation d'une aussi louable entreprise. Or, comme le général des Dominicains, Salvius Casetta, se trouvait précisément à Cologne à cette époque, l'ouverture du tombeau fut arrêtée pour le 14 janvier de l'année 1482. Le provincial d'Allemagne, Jacques Stobach, le prieur du couvent de Cologne, Jacques Sprenger, qui devait diriger l'entreprise, le recteur de l'Université, Ulrich d'Eislingen, les professeurs, les docteurs et les étudiants furent tous présents à la rédaction de cet acte.

Il fallut se donner de grandes peines pour éloigner, à l'aide de solides instruments, l'énorme pierre qui fermait l'entrée du caveau ; mais on trouva enfin ce que l'on cherchait. Bientôt apparut le sépulcre de pierre avec le sarcophage de bois qui contenait la sainte dépouille. Celle-ci était encore parée des ornements épiscopaux. La tête portait la mitre quelque peu endommagée ; la main droite tenait la crosse pastorale, dont l'extrémité supérieure était de plomb et la partie inférieure de bois également endommagée. Un anneau de cuivre fut trouvé dans le doigt de la main gauche et des sandales aux pieds. Si tous ces objets prouvaient l'amour du bienheureux Albert pour la sainte vertu de pauvreté, les témoignages de son ardente dévotion ne manquèrent pas davantage. Au cou du corps étaient suspendus un petit crucifix contenant une particule de la sainte croix, un petit paquet de soie qui renfermait un *Agnus-Dei* en cire, puis un pfenning percé autrefois par un des clous du Sauveur. Le corps lui-même n'avait presque reçu aucune atteinte. Quelque peu de terre le couvrait seulement. Le couvercle du sarcophage de bois ayant été détruit par le temps et l'humidité, les religieux, après avoir fait disparaître la terre sans toucher au corps, trouvèrent la tête presque intacte, la matière des yeux était encore dans leurs orbites, et la chair couvrait le menton avec une partie de la barbe. On pouvait même voir encore une oreille desséchée. Les jambes étaient parfaitement intactes, les membres garnis de chair desséchée, et les pieds tenaient aux jambes.

On s'étonna que le saint corps, après avoir passé un aussi long temps sous terre, répandit encore une odeur de nature à ravir d'admiration tous les assistants. Ceux qui présidèrent à la translation détachèrent le bras droit, destiné au pape Sixte, qui l'offrit aux Frères Prêcheurs du couvent de Bologne, et replacèrent le reste des saintes reliques, avec leur parure primitive, dans un tombeau plus honorable, qu'on avait construit de façon à ce qu'elles passent toujours être offertes à la vénération des fidèles. Nous ne pouvons malheureusement plus dire quel fut ce nouveau et remarquable monument, puisqu'il disparut comme tant d'autres au commencement de ce siècle. Il est vraisemblable toutefois qu'il était fait de pierre, élevé au-dessus du sol et enrichi de sculptures. Au milieu aura été placé le sarcophage de bois, muni d'un dessus transparent qu'on pouvait découvrir. Depuis cette mémorable translation, un grand nombre de pieux fidèles visitèrent les reliques, et beaucoup de personnes malades y obtinrent leur guérison.

L'église des Dominicains de Cologne s'écroula, dans les dix premières années de notre siècle, sous les coups du vandalisme moderne, qui détruisit également quatre-vingts autres édifices, églises ou monastères, dans la cité de Cologne. C'est une caserne d'artillerie qui remplace aujourd'hui l'ancien couvent des Frères Prêcheurs. Le magnifique mausolée d'Albert lui-même ne put trouver grâce devant les démolisseurs, à cette époque de douloureuse mémoire. Lorsqu'on ouvrit alors le sarcophage, les restes du grand homme tombèrent presque tous en cendres ; les ornements seuls et une partie de la crosse pastorale demeurèrent entiers. Toutes ces reliques furent transportées dans l'église cathédrale de Saint-André. Les ossements, ainsi que les deux morceaux de la crosse pastorale en bois (ayant chacun une longueur de cinquante centimètres), et dont l'on portait encore à sa partie supérieure la couchure de fer ou de plomb, furent de nouveau enfermés dans un petit coffret de bois que l'on suspendit à la muraille de l'entrée latérale nord de l'église.

Quant aux ornements, ils furent gardés et déposés dans la sacristie supérieure de l'église, où on peut encore les voir. Ils se composent de la chasuble, du manipule et de l'étole ; l'étole en est d'un velours sur soie remarquable et de couleur violette. La chasuble est d'un poids considérable, et possède encore la forme antique d'un manteau chargé de plis qui couvre tout le corps et a besoin d'être relevé aux bras. Sur la partie antérieure et postérieure est dessinée une croix (*sur-frisio*) en forme de pallium, composée d'étoile d'or et ornée de carreaux ou d'étoiles rouges et

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vertes. L'étole est une bande longue et étroite descendant jusqu'aux extrémités de l'aube et ornée de douze images très-petites, mais complètes, des douze Apôtres. Le manipule, de forme semblable, mais plus court, porte les images de saintes vierges, et, aux extrémités, les empreintes de deux Saints de l'Ordre de Saint-Dominique.

Depuis la mort du Bienheureux, la foi en sa gloire dans le ciel s'était universellement répandue dans les lieux qu'il avait honorés de sa présence. Son culte se développa successivement. Quelques fidèles commencèrent d'abord à l'invoquer dans leurs besoins ou à visiter pieusement son tombeau. Cinquante ans après sa sortie de ce monde, on agita déjà la question de sa canonisation. S'il faut en croire certains biographes, le pape Jean XXII, ce grand ami des sciences, aurait, en 1334, ordonné des informations sur la canonisation d'Albert. Ce fut sans doute après avoir, l'an 1323, inscrit Thomas, le docteur angélique, au catalogue des Saints. Cependant le procès, pour des motifs qui nous sont inconnus, n'eut pas de suite à cette époque.

Pendant cet intervalle, le culte d'Albert prit chaque jour de nouveaux accroissements au sein de la population de Cologne. Les Dominicains se virent alors dans la nécessité de procéder à l'ouverture du tombeau. Lorsqu'ils eurent retrouvé la précieuse dépouille et constaté plusieurs guérisons obtenues par l'attouchement des reliques, ils publièrent, avec l'autorisation du pape Innocent VIII, un office en l'honneur du bienheureux maître. Ils lui érigèrent aussi un autel, et célébrèrent l'anniversaire de sa mort avec une grande magnificence dans les couvents de Ratisbonne et de Cologne.

Au commencement du XVIIIe siècle, un évêque et prince havrais, qui, avec le nom d'Albert, portait au serviteur de Dieu une grande vénération, reprit l'affaire pendante de la béatification avec tout le zèle et la persévérance que l'on reconnaît aux hommes de ces contrées. C'était Albert IV, comte de Torringen et évêque de Ratisbonne. Il commença d'abord par prendre ses informations pour savoir comment se célébrait à Cologne la fête du grand homme. Deux ans après, il pria les Frères Prêcheurs de cette ville de lui donner le chef ou le crâne du Bienheureux, leur manifestant le désir d'exposer dans son église cathédrale cette relique renfermée dans un vase précieux. Mais les Dominicains ne purent se séparer de leur cher trésor. Pour satisfaire cependant en quelque façon le prince-évêque, le fondé de pouvoir du général des Prêcheurs, Thomas Marmus, prit dans le sépulcre l'os du bras gauche et l'envoya à Ratisbonne le 18 janvier 1619. Vers le même temps, l'évêque Albert IV demanda au pape Paul V que la fête du Bienheureux, qui déjà se célébrait à Cologne et à Ratisbonne, fût étendue à toutes les paroisses dépendantes de cette dernière ville ; mais les négociations trainèrent en longueur. La congrégation de Rome, à la tête de laquelle se trouvait le célèbre Bellarmin, répondit d'abord qu'à Rome on ne savait rien de l'affaire et des prétendus miracles d'Albert, et qu'il fallait donc avant tout intenter un procès auquel on était, du reste, disposé. Cette réponse étant parvenue à Ratisbonne, on s'empressa de prouver que ladite fête se célébrait depuis longtemps déjà avec un immense concours de peuple chez les Dominicains, qu'Albert portait le nom de Bienheureux dans tous les vieux livres et martyrologes, et qu'on connaissait de lui un grand nombre de faits miraculeux. Enfin le comte de Torringen délégua son propre chapelain, Menzel, à Rome, avec mission de pousser l'affaire avec vigueur ; il pria en même temps le duc Guillaume de Neubourg, l'électeur Maximilien à Munich et l'empereur d'Allemagne, Ferdinand, de s'intéresser pour lui près la cour pontificale. Ceci se passait en l'an 1622. Or, lorsque l'enquête eut parcouru tous les degrés voulus, le pape Grégoire XV, qui dans l'intervalle avait succédé à Paul V, le 15 septembre 1622, déclara qu'il était permis à l'Église de Ratisbonne de célébrer tous les ans, le 15 novembre, un office solennel en l'honneur du bienheureux Albert. C'est-à-dire, en d'autres termes, qu'on pouvait compter le grand homme au nombre des Saints de l'Église, qu'il avait pratiqué les vertus dans un degré héroïque, et que des miracles avaient manifesté sa gloire.

L'évêque Albert fit de plus, en 1622, une fondation de cinq cents florins, avec l'autorisation du Pape, pour que la fête du Bienheureux se célébrait chaque année dans le chœur de la cathédrale. Le pape Urbain VIII, à son tour, cédant à de nombreuses instances, étendit le privilège de l'Église de Ratisbonne à toutes les maisons de l'Ordre des Frères Prêcheurs répandues dans les États romains, en Allemagne et en Italie. Enfin Clément X permit à tous les couvents dominicains du monde de célébrer l'anniversaire du trépas d'Albert le Grand.

De nos jours, par un décret de la Congrégation des Rites, en date du 27 novembre 1856, le souverain Pontife Pie IX a mis Albert le Grand au nombre des Saints de l'archidiocèse de Cologne, et a ordonné que sa fête fût célébrée le 16 novembre.

Albert s'est élevé lui-même le monument le plus splendide de sa gloire par les ouvrages qu'il a publiés sur toutes les branches des connaissances humaines. Leur énumération exacte sera peut-être toujours impossible, car il n'en existe aucun catalogue contemporain, et beaucoup n'ont jamais été imprimés ; d'autres demeurent encore enfouis dans les bibliothèques, et bien des productions étrangères ont été mises au nombre de ses écrits. Labbe prétend qu'Albert a doté le monde de huit cents ouvrages, de sorte qu'il pourrait lui seul suppléer à toutes les bibliothèques ; il est certain, ne dussions-nous voir là qu'une hyperbole poétique, qu'il a mis au jour une quantité prodigieuse d'ouvrages, et qu'il a bien surpassé tous les écrivains antérieurs en fécondité. Il a parlé de toutes les matières divines et humaines avec une érudition vraiment étonnante.

LE BIENHEUREUX ALBERT LE GRAND, ÉVÊQUE DE RATISBONNE. 427

## 1° Écrits authentiques et imprimés d'Albert le Grand.

Nous pouvons les diviser en deux classes : 1° ceux qui ont rapport à la philosophie ou généralement aux sciences naturelles, et 2° ceux qui traitent des questions théologiques.

À la première classe appartiennent les écrits contenus dans les six premiers tomes de l'édition lyonnaise, savoir : Le premier volume embrasse les traités sur la logique : *Des Prédicats*, neuf traités ; *des dix Prédicaments*, sept traités ; *des six Principes de Gilbert la Forrée*, huit traités ; sur les deux livres d'Aristote, de l'*Interprétation*, ou *Peri Hermenias* ; du *Syllogisme simpliciter*, c'est-à-dire sur le livre des premiers Analytiques, seize traités ; de la *Démonstration*, c'est-à-dire sur le livre des derniers Analytiques, dix traités ; huit livres sur les *Topiques* ; sur les deux livres des *Sophisticis Elenchis*. — Le deuxième tome contient des traités de physique : Sur les huit livres de *Physico auditu* ; du *Ciel et du Monde*, quatre livres ; de la *Génération et de la Corruption*, onze livres ; des *Météores*, quatre livres ; des *Minéraux*, cinq livres. — Le troisième tome contient les écrits sur la psychologie et sur la métaphysique : Les trois livres de l'*Âme* ; les treize livres des *Métaphysiques*. — Le quatrième tome est consacré aux matières éthiques et politiques : Dix livres des *Ethiques Nicomachiques* ; huit livres des *Politiques*. — Le cinquième tome renferme les petits traités physiques (*Parva Naturalia*) : *De Sensu et Sensato*, lib. I ; de la *Mémoire et de la Réminiscence*, un livre ; du *Sommeil et des Veilles*, un livre ; deux livres des *Mouvements des Animaux* ; de l'*Âge*, ou Jeunesse et Vieillesse ; de l'*Esprit ou de la Respiration*, deux livres ; de la *Mort et de la Vie*, un livre ; de *Nutrimento et Nutribili*, un livre ; de la *Nature et de l'Origine de l'Âme*, un livre ; de l'*Unité de l'Intellect* contre *Averroès*, un livre ; de l'*Intellect et de l'Intelligible*, deux livres ; de la *Nature des Lieux*, un livre ; des *Causes et des Propriétés des Éléments*, un livre ; des *Passions de l'air*, un livre ; des *Végétaux et des Plantes*, sept livres ; des *Principes du mouvement progressif*, un livre ; de la *Procession de l'univers d'une cause première*, un livre ; *Miroir astronomique*. — Le sixième tome renferme la zoologie : *Opus insigne de Animalibus*, vingt-six livres.

La seconde catégorie des ouvrages d'Albert embrasse ceux qui traitent des matières théologiques. Dans le tome VIIe sont contenus : les *Commentaires sur les Psaumes*. — Dans le huitième tome : Les *Commentaires sur les Lamentations de Jérémie* ; les *Commentaires sur Banach* ; les *Commentaires sur Daniel* ; les *Commentaires sur les douze petits Prophètes*. — Dans le neuvième tome : les *Commentaires sur saint Matthieu* ; les *Commentaires sur saint Marc*. — Dans le dixième tome : les *Commentaires sur saint Jean* ; *Notes ou Commentaires sur l'Apocalypse*. — Le tome XIIe contient : les *Sermons du temps* ; *Oraisons sur les Évangiles dominicaux de toute l'année* ; *Panégyriques des Saints* ; trente-deux *Sermons sur le sacrement de l'Eucharistie* ; le livre de la *Femme forte*. — Le treizième tome offre : les *Commentaires sur Denis l'Aréopagite*. — Les tomes XIV, XV et XVI contiennent : les *Commentaires sur les livres I, II, III et IV* du Maître des Sentences. — Le dix-septième tome contient : la première partie de la *Somme théologique*. — Le dix-huitième tome : la seconde partie de la *Somme théologique*. — Le dix-neuvième tome : la *Somme des Créatures*, divisée en deux parties, dont la première traite des quatre *causa* ; de la *Matière première*, du *Temps*, du *Ciel et de l'Âme* ; la seconde traite de l'*Homme*. — Le vingtième tome : le *Mariale*, ou deux cent trente questions sur l'évangile *Missus est*. — Le vingt et unième tome renferme divers mélanges (*miscellanea*), de l'*Appréhension et des Modes d'appréhension*, un livre ; *Philosophie des Psaumes*, ou *Isagoge sur les livres d'Aristote*, sur l'*Entendement physique*, sur le *Ciel et le Monde*, sur la *Génération et la Corruption*, sur les *Météores* et sur l'*Âme* ; du *Sacrifice de la Messe*, un livre ; du *Sacrement de l'Eucharistie*, un livre ; *Paradis de l'Âme*, ou *opuscule des Vertus* ; opuscule sur la nécessité de s'attacher à Dieu.

Tels sont les ouvrages recueillis dans la collection complète des œuvres d'Albert, et qui peuvent lui être attribués.

## 2° Écrits authentiques manuscrits.

Il en existe encore d'autres reconnus pour authentiques par les autorités les plus anciennes et les plus respectables. Ces écrits, à l'exception de quelques-uns, n'ont pas été imprimés jusqu'ici. Ils sont perdus ou demeurés enfouis dans les bibliothèques. Beaucoup ne sont que des extraits des ouvrages mentionnés plus haut. De ce nombre sont les suivants :

15 NOVEMBRE.

entre l'Esprit et l'Âme; — 17. Quinze livres de questions contre les Averroïstes; — 18. De l'Unité de la forme; — 19. Des Pierres et des Herbes; — 20. Cinq livres sur la Vie monastique et quatre sur la Vie économique; — 21. Questions sur les livres des Éthiques; — 22. Huit livres des Politiques; — 23. Deux livres des Économiques; — 24. Deux livres des grandes Morales; — 25. Problèmes d'Aristote; — 26. Exposition sur les trois livres des Rhétoriciens; — 27. Somme de la Science arithmétique; — 28. Somme de la Science musicale; — 29. Somme de la Science géométrique; — 30. Somme de la Science de la Perspective; — 31. Somme la plus complète de l'Astronomie; — 32. Commentaire sur l'Arithmétique de Boèce; — 33. Commentaire sur la Musique du même; — 34. Commentaire sur la Géométrie d'Euclide; — 35. Sur l'Almageste de Ptolémée; — 36. Sur la Perspective d'Alacéne; — 37. Le livre de la Sphère du monde; — 38. Le livre des Imaginations des Astrologues; — 39. Somme dans laquelle Albert réprouve les Sciences magiques et combat la Nécromancie, la Géomancie, l'Hydromancie, la Pyromancie, la science des Haruspices, l'Horoscopique, l'Augure, les Maléfices, les Sortilèges et les Prestiges; — 40. Le livre de la Nature des Dieux, divisé en plusieurs parties ou opuscules; — 41. Livre de l'Homme immortel; — 42. Le livre des douze Alphabets; — 43. Livre sur les Machines destinées à porter l'eau et les fardeaux; — 44. De la Logique ou Dialectique; — 45. Sur le livre des Divisions de Boèce; — 46. Sur les livres des Modernes par mode d'exposition littérale; — 47. Somme grammaticale; — 48. Livre de l'Art oratoire; — 49. Exposition sur les anciens Docteurs grammsciens; — 50. Des Intelligences et Substances séparées; — 51. Livre sur la Médecine; — 52. Livre sur l'Art d'apprêter les laines, sur l'Art stratégique, sur l'Agriculture, sur la Chasse, sur la Navigation et sur l'Art théâtral.

Outre ces ouvrages, déjà connus des plus anciens catalogueurs, tels que Pignon et Valéoletanus, les bibliothécaires de Lyon citent encore, en 1646, les écrits suivants comme venant d'Albert et existant encore à leur époque. Ces écrits ne sont, du reste, que la répétition des ouvrages déjà mentionnés, avec des titres différents et sous une forme raccourcie.

1. Sur la sainte Écriture; — 2. Petites Notes sur l'Évangile de saint Matthieu pour le jour de l'Épiphanie; — 3. Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ; — 4. Annotations sur les livres de saint Augustin : les Confessions, la Trinité, de la Quantité et de l'Immortalité des âmes, la Genèse, de la Discipline ecclésiastique, etc.; — 5. Table sur les quatre livres des Sentences; — 6. Du Bien et de la nature des biens; — 7. De la Grâce de Dieu; — 8. De l'Origine et de l'Immortalité de l'âme; — 9. De la sacrée Théologie; — 10. Théologie positive, morale, scholastique, mystique, symbolique et oratoire; — 11. De la Crainte multiple; — 12. Enchiridion des vraies et parfaites Vertus; — 13. Oraisons sur les Sentences; — 14. S'il est expédient pour l'homme de vouer l'entrée en religion? — 15. Des quatre Vertus cardinales; — 16. De l'Art de bien mourir; — 17. Petits traités : du Livre de vie, de l'Évacuation de la charité, de l'Ordre de la charité dans la patrie. Des Vertus cardinales. Des Dons, de la combinaison des Dons, de la Crainte, de la Science, de la Sagesse. Des Vices en général et de l'Usure en particulier. Du Mensonge. Différence entre la Mansuétude et la Miséricorde; — 18. Un volume des Sacrements; — 19. Discours divers; — 20. De l'Art de parler et de se taire; — 21. De l'Office de la Messe; — 22. De l'Oraison dominicale; — 23. Litanies du Temps et des Saints; — 24. Petites Oraisons sur la Passion du Seigneur; — 25. Des Mystères de la Messe; — 26. Des Cheveux de la Sainte Vierge; — 27. Commentaire sur le cantique Magnificat; — 28. Somme de la bienheureuse Vierge et Traité des mortiers des Saints; — 29. Des Antiprédicaments, du Contingent et du Possible, des Postprédicaments, des Définitions; — 30. Isagoge sur la Physique; — 31. De la Mobilité du Corps selon les lieux; — 32. Du Sens commun et des autres puissances de l'âme; — 33. De la Nature des Oiseaux, des Quadrupèdes; — 34. De l'Homme et de ses différentes définitions; — 35. De la Perfection de l'âme; — 36. Philosophie morale; — 37. De la Direction astronomique et des Astres; — 38. S'il est permis d'avoir recours aux jugements des astres? — 39. Sur le Miroir astrolabique; — 40. Éphémérides; — 41. Des Causes; — 42. De l'Être et de l'Essence; — 43. Sur diverses questions; — 44. Diverses questions théologiques. Principes universels; — 45. Du Destin.

3e Écrits apocryphes.

Ces écrits sont :

SAINTE GERTRUDE D'EISLEBEN, RELIGIEUSE BÉNÉDICTINE. 429

l'Index s'exprime ainsi sur cette publication répandue au loin : *Alberto magno doctori egregio falso adscriptus libellus de Secretis mulierum omnium prohibetur*. Que cet écrit ait été faussement attribué à Albert, c'est chose visible, par cela seul qu'il y est souvent cité par l'auteur. On croit généralement que ce livre est l'œuvre de Henri de Saxe, un des disciples d'Albert le Grand ; — 10. Livre des *Agrégations*, ou Secrets des vertus des pierres, des herbes et des animaux ; — 11. Des *Merveilles du monde* ; — 12. Des *Secrets de Henri de Saxe* ; de la formation du foetus ; — 13. Des *Secrets de la Nature* ou de la physionomie. L'auteur de cet ouvrage est Michel Scot, le célèbre mathématicien et astronome qui vivait sous le règne de Frédéric II (1290) ; — 14. De la *Nature ou des Natures des choses*.

Nous nous sommes servi, pour compléter et rectifier le Père Giry, de l'*Année dominicaine*, et de l'ouvrage intitulé : *Albert le Grand, au sûr et au science*, par M. le docteur Joachim Sighart, professeur de philosophie au lycée royal de Freising (Paris, chez Poussinique, 1862).

Événements marquants

  • Naissance à Lauingen vers 1193
  • Études à l'université de Padoue
  • Entrée dans l'Ordre des Frères Prêcheurs en 1223
  • Enseignement à Cologne, Paris, Hildesheim, Fribourg, Ratisbonne et Strasbourg
  • Maître de saint Thomas d'Aquin
  • Élection comme Provincial d'Allemagne à Worms
  • Nomination comme évêque de Ratisbonne
  • Participation au concile de Lyon en 1274
  • Perte subite de la mémoire lors d'un sermon
  • Mort à Cologne à l'âge de 87 ans

Miracles

  • Apparition de la Vierge Marie lui promettant la sagesse
  • Vision de la mort de saint Thomas d'Aquin au moment précis de son trépas
  • Conservation du corps et odeur suave lors de l'ouverture du tombeau en 1482

Citations

Magnus in magia, major in philosophia, maximus in theologia.

— Chronique belge

Père, vous avez lu dans mon âme !

— Paroles d'Albert à Jourdain de Saxe