Jésus-Christ (Transfiguration)

Fils de Dieu, Sauveur, Messie, Rédempteur

Fête : 6 aout 1ᵉʳ siècle • divinité

Résumé

Six jours après avoir promis sa gloire, Jésus emmène Pierre, Jacques et Jean sur le mont Thabor où il se transfigure, révélant sa divinité par un éclat solaire. Accompagné de Moïse et Élie, il s'entretient de sa future Passion avant qu'une voix céleste ne le proclame Fils bien-aimé. Ce mystère préfigure la résurrection et encourage les fidèles à porter leur croix pour atteindre la gloire éternelle.

Biographie

LA TRANSFIGURATION DE NOTRE-SEIGNEUR

SUR LE MONT THABOR, EN SYRIE

impuissance, mais par l'abondance de son amour qui suspendrait l'usage de son pouvoir, afin de se laisser sacrifier pour notre salut, il exécuta bientôt après ce qu'il leur avait promis, en opérant le grand miracle de la Transfiguration, qui est aujourd'hui le sujet de la vénération de l'Église.

En effet, les saints Évangélistes nous disent qu'à peine six jours s'étaient écoulés depuis cette insigne promesse, Notre-Seigneur, prenant avec lui saint Pierre, saint Jacques et saint Jean, les mena sur une haute montagne à l'écart, et se transfigura en leur présence. Son visage devint resplendissant comme le soleil, et ses habits devinrent blancs comme la neige. Moïse et Élie parurent au même lieu, et s'entretinrent avec lui de la mort qu'il devait souffrir à Jérusalem. Cela arriva tandis qu'il était en oraison.

Les Apôtres n'en virent rien au commencement, parce qu'ils étaient assoupis et qu'un profond sommeil les avait saisis ; mais, à leur réveil, ils aperçurent cet éclat merveilleux de son visage et cette beauté incomparable de ses habits, avec les deux Prophètes qui lui parlaient. Un spectacle si charmant les remplit d'admiration et de joie : ils le contemplèrent quelque temps en silence ; mais Pierre, voyant que les Prophètes se retiraient, dit au Sauveur : « Maître, il fait bon ici pour nous ; si vous l'avez agréable, nous y ferons trois tentes, l'une pour vous, l'autre pour Moïse, et la troisième pour Élie ».

Il était tellement ravi et hors de lui-même que, selon saint Luc, il ne savait ce qu'il disait. Il n'avait pas encore achevé ces paroles, qu'une nuée lumineuse se forma et le couvrit avec saint Jacques et saint Jean. Ils eurent tous trois peur en entrant dans cette nuée ; mais, en même temps, il en sortit une voix qui leur dit : « C'est ici mon Fils bien-aimé, en qui je me plais uniquement ; écoutez-le ».

Cette voix, qui était celle du Père éternel, augmenta leur appréhension ; ils tombèrent le visage contre terre, pleins d'épouvante et de frayeur : et ils n'eussent jamais osé se lever si Notre-Seigneur ne se fût approché d'eux et ne les eût touchés, leur disant : « Levez-vous et ne craignez point ».

Alors, ils ouvrirent les yeux et ne virent plus que Jésus seul, qui avait déjà repris son visage ordinaire. Ils descendirent de la montagne avec lui, et, en descendant, ce grand Maître de l'humilité leur dit : « Ne parlez à personne de ce que vous venez de voir, jusqu'à ce que le Fils de l'Homme soit ressuscité ».

Saint Thomas explique très-savamment tout ce mystère. La première raison qu'il en donne est celle dont nous avons parlé. « Notre-Seigneur », dit-il, « avait prédit à ses disciples les injures et les douleurs qu'il devait endurer dans le cours de sa Passion, et les avait animés à marcher sur ses pas et à porter tous les jours leur croix à sa suite. C'était le chemin qu'il leur avait enseigné pour arriver à la participation de sa gloire ; car, comme saint Paul a dit depuis : « Si nous souffrons avec lui, nous régnerons avec lui, et si nous avons part aux peines et aux amertumes de sa mort, nous aurons part à la plénitude de son bonheur ». Or, afin qu'une personne se porte courageusement à la poursuite des moyens, il faut qu'elle ait connaissance de la fin ; de telle sorte que la grandeur du bien qu'elle espère et de la récompense qu'elle attend adoucisse les peines qui se rencontrent dans l'emploi de ces moyens, ce qui est surtout nécessaire lorsqu'ils sont extrêmement difficiles et qu'ils combattent les inclinations de la nature ».

Ce n'était que par beaucoup de tribulations que les Apôtres et tous les chrétiens devaient entrer dans le royaume de Dieu, de même que Notre-Seigneur n'est entré dans la jouissance de son propre royaume que par sa croix et par sa mort : il était donc à propos qu'ils vissent, dès ce monde, quelque image et représentation de ce royaume ; afin, comme dit le vénérable Bède

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sur saint Matthieu, que la contemplation de cette gloire qui ne finira jamais leur fit endurer avec plus de constance, durant les moments de leur pèlerinage, les adversités qu'ils y devaient nécessairement endurer. C'est donc pour cela que Notre-Seigneur, comme un Maître plein de sagesse et de bonté, s'est transfiguré en leur présence, leur faisant voir par sa propre gloire un échantillon de celle qui leur était préparée dans le ciel. Saint Léon, pape, et saint Jean Damascène, dans les discours qu'ils ont faits sur notre mystère, apportent la même raison : le premier dit excellemment que, « par la Transfiguration de Notre-Seigneur, l'espérance de l'Église a été fondée ; parce que tout le corps doit reconnaître dans la gloire de son chef celle qui lui est destinée, et de là se porter avec courage à souffrir comme lui les opprobres et les adversités de cette vie ».

Ensuite, d'après les mêmes docteurs, Jésus-Christ voulait, par ce mystère, confirmer les Apôtres dans la foi de sa divinité, qu'ils venaient de reconnaître et de confesser ; prévenir le scandale qu'ils pouvaient ressentir en le voyant mourir d'une manière si tragique et si ignominieuse sur la croix ; faire voir la vérité de ce qu'il disait, que personne n'était capable de lui ôter la vie malgré lui, mais qu'il la donnerait de son plein gré et sans qu'on le forçât à la donner ; enfin, que la gloire lui appartenait en propre, et que, s'il n'en était pas revêtu, ce n'était que par une aimable condescendance à nos besoins, et afin d'être en état de nous instruire par sa parole, de nous édifier par son exemple et de nous racheter par sa mort.

Ajoutons que Notre-Seigneur a aussi voulu se transfigurer, afin que la loi nouvelle ne fût pas donnée avec moins d'éclat et de splendeur que la loi ancienne, et qu'elle fût en même temps autorisée par le Père éternel, qui ordonne d'écouter son Fils, et par Moïse et Élie, dont le premier a reçu la loi ancienne au milieu des éclairs, et le second en a soutenu l'observance avec un zèle de feu, et qui tous deux venaient rendre leurs hommages à l'unique Législateur du genre humain. Mais il faut remarquer trois différences entre la splendeur qui parut au temps de la publication de la loi ancienne et celle qui paraît à la Transfiguration, où la loi nouvelle est publiée, différences qui relèvent souverainement celle-ci au-dessus de l'autre.

L'éclat qui parut lorsque la loi ancienne fut donnée était étranger à Moïse et ne venait pas de son fonds, au lieu que la gloire qui paraît à la Transfiguration est un rejaillissement de celle dont l'âme du Sauveur a toujours été pénétrée. Au temps de la publication de la loi ancienne, la lumière était accompagnée de grand bruit par les foudres et les tonnerres qui grondaient sur le mont Sinaï. Mais il n'y a rien de si calme et de si tranquille que la splendeur de la Transfiguration : il ne tonne point, il ne fume point sur la montagne du Thabor, et si les Apôtres sont épouvantés, ce n'est pas par aucun bruit impétueux qu'ils entendent, mais par la grandeur de la majesté qui se présente à leurs yeux. Non-seulement les Juifs ne purent pas monter sur la montagne où les Tables de la loi furent données ; mais ils ne purent pas même regarder le visage de Moïse dans l'éclat qu'il avait reçu de son entretien avec Dieu, pour montrer qu'ils étaient encore dans le temps des ombres et des figures. Mais les Apôtres montent sur la montagne et contemplent à découvert les splendeurs admirables de la gloire de leur Maître, bien que beaucoup plus éclatante que celle de Moïse, pour signifier que les chrétiens, qu'ils représentaient, seraient dans le temps de la vérité et de la lumière.

Après ces excellentes raisons de la Transfiguration, il en faut considérer, avec le même Docteur angélique, la nature, les propriétés et les circonstances.

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tances. Nous lisons d'abord, dans le texte de l'Évangile, que le Fils de Dieu prit avec lui trois de ses Apôtres, Pierre, Jacques et Jean. Il les prit et les mena avec lui, parce que si Notre-Seigneur n'avait pris notre nature et relevé notre faiblesse, et qu'il ne nous fortifiait pas par son exemple et par sa grâce, nul de nous ne pourrait monter dans le ciel. Il ne prit pas tous ses disciples : premièrement, parce que beaucoup sont appelés, mais peu sont élus, et surtout il y a peu de personnes en cette vie qui arrivent aux sublimes états de la contemplation et de la communication familières avec Dieu ; secondement, parce que, selon la sage disposition qu'il voulait établir dans son Église, les plus hauts mystères ne devaient être manifestés au commun des fidèles que par l'organe et le ministère d'un petit nombre de supérieurs ecclésiastiques, afin qu'en ce corps mystique il y eût un ordre parfait par l'influence des supérieurs sur leurs inférieurs et par la subordination des inférieurs à leurs supérieurs.

Il ne prit pas plus de trois disciples, parce que, dans les actions qui font éclat et qui nous peuvent attirer de l'admiration et de la louange, il faut être extrêmement réservé à les faire devant les hommes, et ne les découvrir qu'autant que la charité et la nécessité nous y obligent. Il n'en prit pas néanmoins moins de trois ; soit, comme dit saint Damascène, pour honorer le mystère de la Trinité ; soit pour montrer que les descendants des trois enfants de Noé, c'est-à-dire toutes les nations de la terre, étaient appelés au bonheur éternel ; soit enfin parce qu'il est écrit qu'on jugera toutes choses sur la déposition de deux ou trois témoins. Il prit Pierre, Jacques et Jean par préférence aux autres Apôtres : Pierre, pour la solidité de sa foi et la ferveur de son amour ; Jacques, pour la promptitude de sa prédication et la primauté de son martyre ; Jean, pour la candeur de sa virginité et l'innocence de sa vie, qui le rendaient digne d'être le disciple bien-aimé et le dépositaire des secrets de son Maître.

Notre-Seigneur ayant pris ces trois Apôtres sans leur rien dire de son dessein, il les mena sur une haute montagne à l'écart. L'Évangile ne dit point quelle était cette montagne ; mais on tient, par tradition, que c'était le mont Thabor. C'est aussi le sentiment de saint Cyrille, d'Eusèbe, de saint Jérôme, du vénérable Bède, de saint Jean Damascène et de tous les interprètes, qui disent que ce fut dans le mystère de la Transfiguration que s'accomplirent ces paroles du Roi-Prophète : *Thabor et Hermon in nomine tuo exultabunt* ; « le mont Thabor et le mont Hermon tressailliront de joie en votre nom ». — « Hermon », dit saint Damascène, « s'est réjoui au baptême du Fils de Dieu, parce que la voix du Père éternel y a résonné. Mais Thabor s'est réjoui à sa Transfiguration, parce que le Sauveur y a paru dans l'éclat de sa gloire et de sa majesté, et qu'il y a reçu un nouveau témoignage de la bouche sacrée de son Père ».

Cette montagne est auprès de la ville de Nazareth, en Galilée, dans la grande plaine que les saintes Lettres appellent Esdrelon, et l'on dit que c'est une des plus hautes montagnes de la Palestine. Ce fut là que le capitaine Barac et Débora la prophétesse remportèrent sur Sisara, général de l'armée de Jabin, roi de Chanaan, cette signalée victoire dont il est parlé dans le livre des *Juges*, chapitre IV. Ce fut là que Notre-Seigneur prononça cet admirable sermon que nous appelons le *Sermon de la Montagne*, et qui contient tous les principes de la sublime morale du christianisme. Ce fut là que, depuis sa résurrection, il se fit voir à près de cinq cents de ses disciples, selon qu'il l'avait promis plusieurs fois, tant avant sa Passion qu'après qu'il fut ressuscité.

Il était à propos qu'il se transfigurât et qu'il fût déclaré le souverain

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Législateur de la loi nouvelle sur une haute montagne : 1° afin qu'étant séparé du tumulte des hommes, il ne fût pas interrompu dans cette action, et que les seuls Disciples qu'il avait choisis eussent part à la vision de sa beauté et de sa gloire ; 2° afin que la loi nouvelle ne cédât en rien à la loi ancienne qui avait été donnée à Moïse sur la montagne de Sinaï, et que les trois Apôtres en connussent mieux la hauteur et l'excellence ; 3° pour nous apprendre que, pour faire saintement oraison, pour se rendre digne des visites du ciel, pour changer de vie et de mœurs et pour se transformer en d'autres hommes, il faut rechercher la retraite et la solitude, se détacher du commerce du monde, s'élever au-dessus des inclinations de la chair et de la nature corrompue, et passer de la région des sens à celle de l'esprit et de la grâce. Ajoutons que, comme la Transfiguration était l'image du bonheur éternel qui nous est préparé dans le ciel, il fallait qu'elle se fit à l'écart, pour nous montrer qu'alors nous serons entièrement séparés de tout ce qui peut nous souiller et nous molester, et que nous n'aurons plus sujet de craindre ni la faim, ni la soif, ni la douleur, ni la misère, ni le péché, ni rien de ce qui est contraire à notre innocence et à notre félicité.

Ce fut donc sur une haute montagne et sur la montagne du Thabor, qui devint dès lors la figure du ciel, que Notre-Seigneur voulut être transfiguré. Ce serait une erreur fort grossière de s'imaginer qu'il perdit réellement son corps pour en prendre un autre, ou spirituel, ou composé de plusieurs parties de l'air. Il n'est pas même véritable ni qu'il ait quitté la disposition et l'état de corps mortel pour prendre les qualités d'un corps immortel, ni qu'il ait changé la propre figure et les linéaments de son visage ; mais sa Transfiguration consiste seulement en ce qu'il s'est revêtu d'un des douaires ou qualités des corps glorieux, la clarté, en rendant son visage éclatant comme le soleil, par une transfusion et un rejaillissement de la gloire dont son âme était remplie. Pour bien comprendre cette vérité, il faut se rappeler que Notre-Seigneur étant Dieu, et son âme jouissant dès le moment de sa formation des splendeurs de la vision béatifique, son corps sacré, par une suite naturelle, devait dès lors être glorieux et posséder les quatre qualités dont il jouit maintenant dans le ciel, l'impassibilité, la subtilité, l'agilité et la clarté. Cependant, comme il ne pouvait pas, avec ces qualités, faire les fonctions de Médiateur et de Sauveur, il s'en est privé volontairement jusqu'au moment de la Résurrection, ne prenant qu'un corps passible, terrestre, sujet aux distances des lieux et obscur comme les autres corps, et suspendant, par un miracle et par une conduite de providence, que les saints Pères appellent ménagement et dispensation, ces qualités glorieuses qui devaient se répandre de l'âme sur le corps. Mais comme, en d'autres occasions, il avait pris pour un moment quelque chose des trois premières, de l'impassibilité, en passant au milieu des Juifs qui lui jetaient des pierres, sans être vu ni blessé ; de la subtilité, en sortant du sein de sa mère sans rompre le sceau de sa virginité ; de l'agilité en marchant sur les flots de la mer sans y enfoncer ; ainsi, dans la Transfiguration, il a voulu prendre pour un temps la quatrième de ces qualités par une gloire admirable qu'il communiqua à son corps et qui le fit éclater plus que tous les astres du ciel.

Ainsi, la gloire dont il se revêtit ne venait pas du dehors, mais de la clarté de son âme, de même que celle qu'il possède à présent, et qu'il a possédée depuis sa Résurrection, ne vient que de la plénitude du bonheur dont son âme est remplie et heureusement pénétrée. Et, de là, nous

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devons conclure deux choses avec l'Ange de l'école : la première, que la clarté qui parut sur le visage de Notre-Seigneur, dans sa Transfiguration, était la même en essence que la clarté de la gloire, mais qu'elle était différente quant à la manière. Elle était la même en essence, parce qu'elle naissait du même principe, à savoir, de sa divinité unie à son corps, et du bonheur consommé de sa sainte âme ; mais elle était différente quant à la manière, parce que la clarté de la gloire est une qualité stable et permanente, qui est attachée au corps glorieux comme à son propre sujet ; au lieu que la Transfiguration n'était qu'une qualité passagère, et qui n'était pas même proportionnée à l'état où était le corps du Sauveur, puisque, comme nous l'avons dit, il ne cessa point d'être mortel. La seconde chose est que la Transfiguration était en même temps un miracle et une cessation de miracle ; c'était une cessation de miracle, puisque ce n'était que par miracle que Notre-Seigneur suspendait la gloire de son âme et l'empêchait de se répandre sur son corps : ce qu'il cessa de faire en partie, lorsqu'il permit ce précieux écoulement. C'était néanmoins un miracle, de même que c'était en lui un miracle, ou de passer à travers la foule sans être vu, ou de sortir du sein de sa mère sans y faire de brèche, ou de marcher sur les ondes de la mer sans y enfoncer ; parce qu'il n'était pas naturel au corps de Notre-Seigneur, dans l'état où il était, d'avoir ces prérogatives, et que les qualités glorieuses étant naturellement inséparables, on ne peut que par miracle en posséder une sans jouir en même temps de toutes les autres.

Au reste, quoique les Évangélistes ne parlent que de la splendeur qui parut sur le visage du Sauveur, il est néanmoins très-probable que tout son corps, et surtout ses pieds et ses mains, qui paraissaient aux yeux des assistants, étaient revêtus d'une semblable clarté. C'est le sentiment de saint Jérôme dans la lettre LXI à Pammacius ; de saint Éphrem, dans un discours de la Transfiguration, et du cardinal Cajétan, dans son Commentaire sur saint Thomas. Il est plus difficile de dire si cette admirable clarté était seulement dans la surface extérieure du corps du Sauveur, ou si elle était solide, c'est-à-dire si elle pénétrait toute l'épaisseur de ses membres, comme on le croit communément de la clarté des corps glorieux. Quelques Docteurs estiment qu'elle était solide, parce que saint Jean Chrysostome et d'autres saints Pères, expliquant notre mystère, disent que Notre-Seigneur y a eu la même clarté qu'il aura au jour du jugement dernier : or, dans ce grand jour et dans toute l'éternité, il aura le corps tout rempli et pénétré de lumière ; il y a donc beaucoup d'apparence qu'il en a été de même dans sa Transfiguration. Cependant le sentiment de saint Thomas est que cette clarté merveilleuse n'était que dans la superficie extérieure, parce que le texte sacré ne nous en apprend rien autre chose, et parce que cela suffisait pour la fin que Notre-Seigneur prétendait dans ce mystère, c'est-à-dire pour en manifester sa gloire et donner un échantillon de celle qu'il a préparée à ses élus. Si les saints Pères disent que c'était la même que celle qu'il aura au jugement dernier, cela se doit entendre de la même quant à la substance, et non pas de la même quant à l'étendue, comme nous l'avons déjà expliqué.

Non-seulement le corps adorable du Fils de Dieu fut revêtu d'une lumière céleste, mais, de plus, ses habits devinrent blancs comme la neige, la chose la plus blanche qui tombe sous nos sens. Saint Marc et saint Luc ajoutent qu'ils reçurent aussi un éclat extraordinaire, qui venait sans doute de ce que ce corps lumineux poussait ses rayons à travers leur tissu, comme

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l'a remarqué l'auteur du livre des *Merveilles de la sainte Écriture*, attribué à saint Augustin : *Caro illuminata*, dit-il, *per vestimenta radiabat*. C'était un symbole de l'innocence et de la beauté incomparable de l'Église, figurée par les vêtements du Sauveur, et une marque qu'elle serait revêtue de gloire, mais qu'elle ne la recevrait que de sa libéralité, et par une participation et un écoulement de la sienne.

En même temps, Moïse et Élie parurent sur la montagne, pour lui faire hommage de tout ce qu'ils avaient eu de rare et d'excellent pendant qu'ils étaient dans les misères de cette vie, et pour l'adorer sous les augustes qualités de Messie, de Pasteur, de Chef, de Roi, de Prince de la paix et de Rédempteur parfait du genre humain. La *Glose* sur saint Luc dit que ce n'étaient pas les véritables personnes de Moïse et d'Élie, mais des anges revêtus d'une apparence qui les représentait. Cette opinion, néanmoins, n'est pas soutenable ; et le Texte sacré nomme trop expressément Moïse et Élie pour douter que ce ne fussent pas eux-mêmes en personne. La plus grande difficulté est de savoir si Moïse, qui était mort, et dont l'âme reposait dans les limbes, ressuscita et apparut dans son propre corps, ou s'il apparut seulement dans un corps emprunté et formé par les mains des Anges. Le Docteur angélique est de ce dernier sentiment, et il le prouve parce que Dieu ne fait point de miracles sans nécessité. Or, il n'y avait nulle nécessité, pour l'accomplissement du mystère de la Transfiguration, que Moïse apparût dans son propre corps ; ce qui demandait un très-grand miracle, et cela même l'aurait obligé à mourir une seconde fois ; il est donc croyable qu'il n'apparut que dans un corps emprunté. Cependant plusieurs théologiens lui donnent sur le Thabor le même corps qu'il avait étant sur la terre : ils disent que c'est plus conforme aux paroles de l'Écriture, parce qu'elle ne dit pas que l'âme de ce Prophète apparut ; mais elle dit expressément que Moïse, aussi bien qu'Élie, qui était vivant, apparut. Quoi qu'il en soit, Notre-Seigneur voulut montrer, par cette apparition, que sa puissance s'étendait sur les vivants et sur les morts ; que son Évangile était la fin et l'accomplissement de la loi et des Prophètes ; et qu'il était lui-même la voie que ces grands hommes avaient cherchée, la vérité qu'ils avaient annoncée, et la vie qu'ils avaient espérée.

Son entretien avec eux fut admirable, et nos esprits sont trop faibles pour s'en former une juste idée. Cependant l'Évangile ne nous en dit rien autre chose, sinon qu'ils s'entretenaient sur la manière dont il devait mourir à Jérusalem. Ces Prophètes la connaissaient déjà, puisqu'ils l'avaient prédite lorsqu'ils vivaient sur la terre ; mais ils en reçurent sans doute, en cette occasion, une connaissance plus claire et plus distincte ; soit avant que d'apparaître, afin qu'ils s'approchassent du Sauveur avec un amour plus tendre et plus reconnaissant ; soit de la bouche même de ce divin Maître, qui eut la bonté de leur découvrir ce qu'il devait endurer, afin que Moïse en fît part aux saints Pères dans les limbes, et qu'Élie en fît sa méditation continue avec Énoch, dans le lieu de leur séjour, jusqu'à la fin des siècles. Mais qui pourrait exprimer leurs pensées, leurs sentiments et leurs paroles quand ils virent, d'un côté, la beauté ineffable et les mérites infinis de l'Homme-Dieu, et, de l'autre, les opprobres dont il devait être rassasié, les coups et les plaies qu'il devait recevoir, et la mort cruelle et ignominieuse à laquelle il devait être condamné ! Il n'y a point sans doute d'affection qu'un objet si touchant n'excitât dans leurs cœurs, et ils eurent par là, des bontés et des perfections divines, une plus haute idée que par toutes leurs lumières prophétiques et toutes les révélations qu'ils avaient

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reçues du ciel. Au reste, Notre-Seigneur voulut s'entretenir de ses peines dans le temps même de son triomphe, pour nous faire voir qu'il les estimait infiniment, qu'il en avait un désir extrême, et qu'il les préférait à toute la gloire de son corps; et pour nous apprendre aussi que, dans les plus douces visites du ciel, nous devons conserver une inclination pour la croix, et ne jamais oublier, dans nos plus grandes élévations, ce qui peut servir à nous humilier.

Pendant ce merveilleux entretien, les Apôtres, qui s'étaient endormis, parce qu'il était tard et que la longueur du chemin les avait extrêmement fatigués, s'éveillèrent, et ils aperçurent leur Maître dans l'éclat de cette gloire extraordinaire, avec les bienheureux Prophètes, qui participaient aussi à sa splendeur. C'est ainsi qu'il arrive aux justes à la fin de leur vie : ils s'endorment par la mort ; mais au même moment ils s'éveillent, et leur âme entre dans la contemplation éternelle des grandeurs et des beautés de Jésus-Christ. Que dis-je ? dans la contemplation, elles entrent même dans la jouissance de sa gloire et dans l'heureuse participation de son bonheur, et on leur dit : « Reposez-vous après tant de croix et de travaux, et goûtez à loisir la joie de votre souverain Seigneur ».

Saint Pierre, ravi d'un spectacle si beau et si charmant, et craignant qu'il ne cessât trop tôt, s'écria : « Seigneur, il fait bon ici pour nous ; ayez agréable que nous y dressions trois tentes, une pour vous, une autre pour Moïse, et une troisième pour Élie ».

C'était l'abondance de sa joie, la profondeur de son respect et la ferveur de son amour qui le faisaient parler de la sorte ; car il estimait infiniment son Maître et il l'aimait au-dessus de toutes choses : ne concevant point d'aussi grande gloire que celle dont il se voyait revêtu, il en souhaitait la perpétuité. D'ailleurs, il redoutait le moment où son Maître, suivant sa prédiction, serait saisi par les Juifs et livré aux Gentils pour être mis à mort, et il ne voyait point de meilleur moyen de lui faire éviter cette mort que de l'arrêter sur le Thabor avec Moïse et Élie, séparé du commerce des hommes.

Mais pourquoi saint Marc et saint Luc disent-ils qu'il ne savait pas ce qu'il disait ? Et pourquoi le dit-il lui-même par la plume de saint Marc, qui était son interprète et qui ne l'a sans doute écrit que par son ordre ? N'est-ce point parce qu'il parlait de faire trois pavillons, au lieu qu'il n'y en doit avoir qu'un seul, qui est la véritable Église, laquelle ne se conserve et ne se rend glorieuse qu'en se maintenant dans l'unité ? N'est-ce point parce qu'il semble égaler les serviteurs avec le Maître, en voulant donner à Moïse et à Élie des tentes particulières aussi bien qu'à Jésus-Christ, au lieu que Moïse et Élie, c'est-à-dire la Loi et les Prophètes, n'ont marché que sous l'ombre de Jésus-Christ ? N'est-ce point parce qu'il veut que Jésus, Moïse et Élie, demeurent en un lieu qui ne leur est nullement propre ; puisque Moïse doit retourner dans les limbes pour annoncer aux saints Pères ce qu'il a vu et pour recevoir bientôt après le salaire de sa gloire éternelle ; qu'Élie doit retourner au paradis terrestre pour être, à la fin des siècles, le témoin de la vérité du Christianisme contre les impostures de l'Antechrist, et que le Sauveur doit être crucifié sur la montagne du Calvaire, pour entrer, par ses souffrances, dans la jouissance de son royaume ? N'est-ce point parce qu'il met toute la félicité dans la vue du corps du Sauveur, au lieu que la vie éternelle ne peut consister que dans la vue permanente de sa divinité ?

Toutes ces raisons sont excellentes ; mais la principale est que, selon le projet de saint Pierre, Jésus-Christ ne serait pas mort, et, ne mourant point, il n'aurait pas racheté le monde, il nous aurait tous laissés dans

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la mort. D'ailleurs, cet Apôtre ne pensait qu'à la vie présente et n'élevait point sa pensée au bonheur de la vie future, qui est néanmoins celle qui doit occuper tous nos désirs ; outre qu'il ne pensait qu'à lui-même et aux deux compagnons qui étaient avec lui, sans se mettre en peine ni des autres neuf Apôtres, ni du grand nombre des Disciples, ni de la Vierge sacrée, ni de tout le genre humain. Il ne savait donc ce qu'il disait, et sa joie ou son amour l'enivrait tellement, qu'il ne faisait point réflexion sur ses propres paroles.

Pendant qu'il formait ce souhait, une nuée éclatante environna toute cette illustre compagnie, du milieu de laquelle on entendit la voix du Père éternel qui disait : « C'est ici mon Fils bien-aimé, en qui je me plais uniquement : écoutez-le ».

Comme la loi ancienne avait été donnée dans une nue, il était raisonnable que Jésus-Christ fût aussi déclaré le souverain Législateur de la loi nouvelle dans une nue. Mais jamais Dieu n'avait dit de Moïse ni même d'aucun Ange, selon la remarque de saint Paul, ce qu'il dit aujourd'hui de Jésus-Christ : « C'est ici mon Fils bien-aimé ». Ils sont tous des serviteurs de Dieu, mais Jésus-Christ est le Fils, non par grâce, par adoption, par privilège, par mission, ou par quelque excellente qualité qui le relève au-dessus des autres hommes ; mais il l'est par nature, comme celui que le Père engendre de toute éternité, et qui est de même essence et de même substance que lui. C'est ce Fils qu'il aime uniquement et en qui il met ses complaisances, parce qu'il trouve en lui une bonté proportionnelle à son amour, qui est une bonté infinie et la bonté même par laquelle il est bon. Ainsi, c'est avec justice qu'il le propose à ses Apôtres, et, par eux, à tous les hommes, comme leur souverain Maître et comme celui qu'ils doivent écouter. Et il aura sujet de condamner tous ceux qui auront mieux aimé suivre les maximes du monde, les inclinations corrompues de leur chair et les suggestions du démon, que les règles sacrées de la morale apportée par ce divin Législateur.

On trouvera dans les Sermons de saint Léon, pape, un riche Commentaire de ces mêmes paroles. Il suffit de remarquer encore ici que cette soumission, que le Père éternel nous demande pour les instructions et les commandements de son Fils, est comme la fin de tout le mystère de la Transfiguration. Car il y a trois choses qui nous portent à recevoir avec respect et à observer avec amour les ordonnances d'un législateur : la première est son propre mérite ; la seconde est la justice et la sainteté de sa loi ; la troisième est la grandeur des récompenses qu'il promet à ceux qui la garderont fidèlement. Or, tout le mystère de la Transfiguration ne tend qu'à nous convaincre de ces trois choses à l'égard de la loi nouvelle. La parole du Père éternel nous montre le mérite infini de Jésus-Christ qui nous l'apporte, lequel n'est ni un Ange, ni un pur homme, mais le Créateur des Anges et des hommes ; les hommages de Moïse et d'Élie rendent témoignage de la sainteté de cette loi, puisqu'ils y reconnaissent que la loi ancienne n'en était que l'ébauche, et que les prophéties n'en étaient que des prédictions et des promesses. Enfin, la gloire qui paraît sur le visage du Sauveur est un gage de celle qui est préparée aux fidèles observateurs de la même loi ; et il est aisé, en contemplant cette gloire, de juger de la grandeur de la félicité des bienheureux : car, si sa vue seule était si charmante que les Apôtres qui en furent favorisés croyaient être déjà dans le ciel, que sera-ce de la posséder ? Et que sera-ce, au-dessus de cette gloire, de jouir de la gloire de l'âme, qui est incomparablement plus haute, plus pure et plus parfaite que toute la gloire corporelle ? Et que sera-ce, enfin,

avec cette gloire, d'avoir l'accomplissement de tous ses désirs, la plénitude de tous les biens et la consommation de tout bonheur ? Ainsi, tout ce qui paraît dans notre mystère nous presse et nous engage suavement à recevoir Jésus-Christ pour notre Maître, et à nous rendre les fidèles observateurs de ses ordonnances.

Les Apôtres, en entendant la voix du Père éternel, tombèrent par terre, parce que la faiblesse humaine n'est nullement capable d'entendre des choses si relevées, si elle n'est soutenue par la force et la puissance de Dieu. Mais Notre-Seigneur s'approcha d'eux, et, les touchant, il les fit revenir ; parce que c'est par ses approches salutaires et par les impressions et les attouchements de sa grâce que nous nous relevons de nos chutes et que nous nous élevons à la contemplation de la Divinité. Alors ils ne virent plus que Jésus, parce qu'après l'oraison imparfaite, dans laquelle on s'élève à la connaissance de Dieu par les créatures, on entre dans une oraison sublime où l'on ne voit plus que Dieu seul. On ne sait pas combien dura ce grand mystère. Peut-être qu'il commença le soir, et qu'il ne finit que le lendemain matin. À la descente de la montagne, Notre-Seigneur recommanda bien expressément à ses Apôtres de ne rien dire jusqu'après sa Résurrection de ce qu'ils avaient vu : c'était pour ne donner aucun sujet d'envie et de jalousie aux autres Disciples, et pour apprendre à ces trois qu'il faut garder un grand secret sur les grâces extraordinaires que l'on reçoit dans l'oraison. Saint Luc ajoute qu'ils accomplirent ce commandement et qu'ils ne parlèrent à personne du mystère de la Transfiguration que lorsque Notre-Seigneur fut ressuscité. Saint Pierre en fait mention dans sa seconde Épître, chap. 1er, et il témoigne que la pensée de ce mystère l'animait puissamment à porter avec constance toutes les adversités de cette vie.

Nous avons dans ce même mystère la confirmation de plusieurs autres articles de notre foi. Le mystère de la très-sainte Trinité nous y est représenté, parce que toutes les trois personnes divines y interviennent : le Père, en rendant témoignage de l'excellence et de l'autorité de son Fils ; le Fils, en montrant la gloire qui lui était due naturellement ; et le Saint-Esprit, en couvrant, sous la forme d'une nue, Jésus-Christ, les deux Prophètes et les trois Apôtres. Le mystère de l'Incarnation y paraît aussi avec éclat, puisque la voix de Dieu, disant de Jésus qu'il est son Fils bien-aimé, montre que le Fils unique de Dieu s'est fait homme, et que l'homme est le vrai Fils de Dieu. Le mystère de la Passion et celui de la mort de Notre-Seigneur y sont exprimés, puisque l'entretien du Sauveur avec les deux Prophètes roule sur l'excès des souffrances qu'il devait endurer au Calvaire. Enfin, nous y voyons une image de la Résurrection et du bonheur éternel du chef et des membres de Jésus-Christ et de ses Disciples, parce que la gloire qui paraît sur son visage est comme l'essai et la montre de celle qu'il possède déjà, et que nous posséderons un jour dans l'éternité. Ce qui fait que l'Église adresse aujourd'hui cette prière à Dieu : « Grand Dieu ! qui, dans la glorieuse transfiguration de votre Fils unique, avez confirmé les mystères de la foi par le témoignage des saints Pères, et qui avez admirablement bien désigné l'adoption parfaite des enfants par la voix que vous avez formée au milieu d'une nue éclatante, faites-nous la grâce de devenir enfin les cohéritiers de ce Roi de gloire et d'être participants de ses splendeurs ».

Nous l'avons déjà remarqué, on regarde comme certain que ce fut sur le mont Thabor que Notre-Seigneur se transfigura. L'apôtre saint Pierre

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l'appelle la Montagne sainte; le sommet est un plateau d'une demi-lieue de circonférence, légèrement incliné vers le couchant, tout recouvert de chênes verts, de lierres, de bosquets odorants, de ruines antiques et de souvenirs. Cette montagne célèbre est connue sous le nom hébreu de Thabor, sous celui d'Itabyrion et Atabyrion que lui donnèrent les Grecs, de Djebel Nour (mont de lumière), et Djebel Tor (la montagne), que lui donnent aujourd'hui les Arabes. Sainte Hélène vint sur le Thabor, y bâtit une église, et laissa des sommes considérables pour ceux qui voudraient y habiter. Sainte Paule y vint pendant le quatrième siècle. Dans le sixième, saint Antonin y trouva déjà trois églises. Adamnanus nous apprend que, pendant le septième siècle, il y avait un grand couvent. Pendant le huitième, saint Willibaldé parle aussi d'un couvent, et d'une église consacrée à Moïse et à Élie. Des Bénédictins de Cluny, qui avaient fondé un second couvent, furent tous égorgés par les Sarrasins, en 1113. Jean Phocas, qui a visité le Thabor à la fin du même siècle, y a trouvé deux couvents qui avaient été rétablis, l'un grec et l'autre latin: il y avait une multitude de religieux. Le moine Boniface dit qu'un grand couvent y avait été bâti par les rois de Hongrie. Vers l'an 1209, Malek-Adel fit raser l'église et les couvents, et sur leurs ruines il éleva une citadelle qui plus tard fut détruite par les Sarrasins eux-mêmes. En 1262, Bibars porta la mort et la dévastation sur la montagne sainte, et les pieux solitaires abandonnèrent pour toujours les ruines des trois tabernacles du mont Thabor, qui ne sont plus aujourd'hui que la demeure des bêtes fauves. Louis IX est monté plusieurs fois sur cette montagne sainte.

Aujourd'hui le plateau du mont Thabor est tout couvert de ruines; on y trouve de grands pans de murs qui ont appartenu au dernier château fort bâti par les Sarrasins. On voit aussi des voûtes, des citernes; le tout avait été très-solidement construit: il y a des restes encore reconnaissables des églises et des couvents. On n'y voit plus que de rares pèlerins. Trois autels ont été construits sous de petites voûtes; c'est là que, le jour de la Transfiguration, les catholiques de Nazareth viennent en pèlerinage, et que les Pères Franciscains célèbrent l'office. Dans les sanctuaires de la Palestine, on a en tout temps le privilège de dire la messe qui a rapport au lieu où l'on se trouve.

Pour ce qui est des solennités de la fête de la Transfiguration, les auteurs qui traitent des divins offices disent qu'elle fut établie en l'année 1456 par le pape Calixte III, et que ce Pape en composa l'office et y accorda les mêmes indulgences qu'en la fête du corps de Notre-Seigneur. Ils ajoutent que ce fut en mémoire de la grande victoire que les chrétiens remportèrent la même année sur les Turcs devant Belgrade, dont ils les forcèrent de lever le siège, et où Mahomet II, la terreur de l'Orient, fut blessé. Cependant il est constant que cette fête est beaucoup plus ancienne, comme Baronius le prouve dans ses Notes, par le témoignage de plusieurs martyrologes latins et de plusieurs ménologes grecs, et surtout du martyrologe de Vandelbert, qui vivait vers l'année 850. Le quatre-vingt-quatorzième sermon de saint Léon, qui est sur le mystère de cette fête, prouve qu'on la faisait à Rome au milieu du Ve siècle. On peut voir, dans la Bibliothèque des Prédicateurs, du savant Père Combeïls, de l'Ordre de Saint-Dominique, les auteurs ecclésiastiques qui ont fait des sermons ou des homélies sur ce sujet.

Bien que nous devions toujours avoir devant les yeux notre céleste patrie et n'en perdre jamais le souvenir, nous devons néanmoins en ce jour y penser plus particulièrement, puisque l'Église nous y représente un gage si précieux et une si belle image de la gloire immortelle que nous y possè- derons. Au reste, nous y penserons avec fruit si cette réflexion nous fait renoncer aux plaisirs et aux vanités du monde et embrasser la vie humble et mortifiée de Jésus-Christ. Car nous devons être persuadés que, quoique Notre-Seigneur soit monté sur le Thabor matériel avant de monter sur le Calvaire, néanmoins il n'y a point d'autre chemin pour arriver au Thabor mystique, qui est la félicité éternelle, que de passer par les croix et les mortifications figurées par le Calvaire. Le chemin est court, et Notre-Seigneur l'a extrêmement adouci en y passant le premier ; ne refusons point d'y entrer : si nous souffrons un peu en cette vie, nous nous réjouirons infiniment en l'autre ; et, si nous avons part aux amertumes du calice de notre Maître, nous aurons part à la plénitude de son bonheur.

Une sculpture des portes de l'église Saint-Paul-hors-des-Murs, à Rome, offre une belle représentation du mystère de la Transfiguration de Notre-Seigneur.

Nous nous sommes servi, pour compléter le P. Giry, des *Saints Lieux*, par Mgr Mislin.

Événements marquants

  • Ascension du mont Thabor avec Pierre, Jacques et Jean
  • Transfiguration devant les disciples (visage resplendissant, habits blancs)
  • Apparition de Moïse et Élie
  • Manifestation de la nuée lumineuse et voix du Père éternel
  • Descente de la montagne et recommandation de secret jusqu'à la Résurrection

Miracles

  • Transfiguration du corps et des vêtements
  • Apparition de prophètes défunts ou disparus
  • Voix divine sortant d'une nuée

Citations

C'est ici mon Fils bien-aimé, en qui je me plais uniquement ; écoutez-le

— Voix du Père éternel (Évangile)

Maître, il fait bon ici pour nous ; si vous l'avez agréable, nous y ferons trois tentes

— Saint Pierre

Date de fête

6 aout

Époque

1ᵉʳ siècle

Décès

Ier siècle (martyre)

Catégories

Invoqué(e) pour

espérance de la gloire future, force dans les tribulations

Autres formes du nom

  • Notre-Seigneur (fr)
  • Fils de l'Homme (fr)
  • Jésus (fr)

Famille

  • Dieu le Père (père)
  • Vierge Marie (mère)