Jésus-Christ (La Nativité)
Sauveur, Verbe incarné, Fils de Dieu
Résumé
Né à Bethléem dans une étable pour accomplir les prophéties, Jésus-Christ, le Verbe incarné, est déposé dans une crèche entre un bœuf et un âne. Sa naissance est annoncée par des anges à des bergers et marquée par des signes miraculeux à travers le monde. La fête de la Nativité célèbre ce mystère de l'Incarnation et de la Rédemption.
Biographie
LA NATIVITÉ DE NOTRE-SEIGNEUR
Au du monde 5199.
Hunc aetra, tellus, aquora, Hunc anna quod anlo subest, Salatis auctorem nova Novo salutat cantica.
Que les astres en ce jour, que la terre, que l'Océan lui-même et toutes les créatures qui se meuvent sous la voûte des cieux, viennent saluer l'événement du Libérateur et entonner à sa louange un cantique digne de lui.
Liturgie romaine.
Cette fête est si auguste et le peuple fidèle se porte de lui-même avec tant d'ardeur et de dévotion à la célébrer que nous tromperions son attente si nous ne nous étendions pas un peu sur le grand mystère que l'on y honore, afin de lui en donner une plus parfaite connaissance. Ce n'est pas proprement la naissance par laquelle le Verbe divin procède de l'entendement de son Père : naissance permanente, naissance éternelle, naissance qui n'a jamais eu de commencement et qui n'aura jamais de fin ; naissance qui n'a point de jour déterminé, parce qu'elle est avant tous les jours et qu'il n'y a cependant point de jours qu'elle ne renferme ; naissance qui a donné, qui donne et qui donnera éternellement, sans succession et sans défaut, à ce Verbe adorable la nature même de son Père qui est sa divinité. Il est vrai que l'Église nous la propose dans la troisième messe de ce jour, puisqu'elle y fait lire le premier chapitre de l'Épître aux Hébreux et le commencement de l'Évangile selon saint Jean, qui sont les lieux où l'Écriture sainte en parle avec plus de lumière et de profondeur, mais il est constant que sa principale intention est de révérer la seconde naissance de son Sauveur, celle par laquelle il est né d'une Vierge dans la plénitude des temps, pour éclairer le monde de sa présence et pour commencer parmi les hommes le grand ouvrage de leur rédemption, après avoir été conçu du Saint-Esprit dans le sein de cette Vierge et renfermé pendant neuf mois, selon le cours ordinaire des générations humaines.
C'est dans la vue de ce mystère qu'elle chante en ses offices : « Aujourd'hui, la véritable paix nous est descendue du ciel. Aujourd'hui les cieux sont devenus des sources de miel par tout le monde. Aujourd'hui, le jour d'une rédemption nouvelle, d'une réparation ancienne et d'une félicité éternelle, s'est levé pour nous ». Et c'est ce qui fait dire à saint Léon, pape, au premier sermon de la Nativité : « Notre-Seigneur est né aujourd'hui, mes bien-aimés, réjouissons-nous ; car il n'est pas permis de demeurer triste, lorsque la vie prend naissance. Nul n'est exclu de la participation de cette allégresse ; tout le monde a sujet d'y prendre part, parce que Notre-Seigneur, destructeur du péché et de la mort, n'ayant trouvé personne exempt du crime, est venu pour racheter et affranchir tous les hommes. Que le juste tressaille de joie, parce qu'il est près de recevoir le salaire de sa justice ; que le pécheur se console dans sa misère, parce qu'on lui offre le pardon de ses offenses ; que le gentil même reprenne courage, parce qu'on l'appelle pour lui donner la vie ».
En effet, nous voyons dans cette naissance prédite tant de siècles auparavant, l'accomplissement de tout ce que Dieu avait promis à Noé, à Abraham, à Jacob, à Moïse, à David, à Isaïe et aux restes de la captivité de Babylone. Il leur avait promis à tous un véritable Sauveur qui délivrerait le genre humain de l'esclavage du péché et de la tyrannie du démon. Voici enfin qu'il est né ; les anges nous l'annoncent par leurs chants d'allégresse et par une harmonie céleste. Les cieux nous l'indiquent par une étoile nouvelle et extraordinaire. La terre nous en assure par un grand nombre de merveilles qui s'y font de tous côtés. Allons nous-mêmes le reconnaître, courons avec les pasteurs à Bethléem, entrons dans l'étable en leur compagnie et considérons-y, selon l'avertissement de l'ange, cet enfant né de Dieu dans l'éternité et né de la Vierge dans le temps, enveloppé de langes et couché dans une crèche.
Depuis que l'ange du Seigneur eut découvert à saint Joseph le mystère ineffable de l'Incarnation du Verbe, Joseph et Marie ne firent autre chose ensemble que de s'élever à Dieu pour bénir, adorer, louer et remercier son inestimable charité envers les pécheurs et pour le prier instamment d'achever le dessein de sa miséricorde, en donnant à tout le monde, par une heureuse naissance, Celui qu'il leur avait déjà donné par une conception virginale. Ils accomplirent en eux, pour se disposer à cette insigne faveur, ce qui manquait encore aux désirs enflammés des Patriarches, aux prières instantes des Prophètes, aux cris et aux soupirs des justes, à l'espérance de tous les siècles et à l'attente de toute la nature, laquelle, gémissant sous la captivité du péché, attendait avec impatience la venue d'un libérateur ; et ils le firent avec d'autant plus de perfection que Marie, déjà mère de l'Enfant, et Joseph, son gardien, son tuteur et son nourricier, avaient en cette qualité une connaissance souveraine de son mérite et un amour pour lui proportionné à l'éminence de leur dignité. D'ailleurs la Vierge savait, par révélation de l'ange, que, ayant conçu par l'opération du Saint-Esprit, elle enfanterait aussi par cette même opération, laquelle non-seulement conserverait le sceau de sa virginité, mais lui donnerait encore un nouvel éclat, de sorte que l'Enfant pourrait dire ce que le roi-Prophète lui met à la bouche : *Tu es qui extraisiti me de ventre* ; « C'est vous, Seigneur, qui, par un prodige de votre puissance et par une œuvre toute singulière de votre sagesse, m'avez tiré du sein de ma mère ». Ainsi, elle se liait et s'unissait sans cesse aux dispositions saintes de la divine Providence, sans autre soin que de recevoir ses impressions et de suivre les mouvements de sa grâce.
Cependant le temps de mettre ce divin Enfant au monde arriva, et comme il voulait être un jour exécuté à Jérusalem, en présence de toute la terre, pour souffrir une plus grande confusion, il voulut aussi prendre naissance sans aucun éclat, dans la petite ville de Bethléem, afin de nous apprendre, en naissant aussi bien qu'en mourant, à nous humilier ; il fit naître, pour ce sujet, une occasion à ses parents de se transporter dans cette ville que les Prophètes avaient prédit devoir être le berceau du Messie. Cette occasion fut que César-Auguste, empereur du monde, voulant connaître les forces de son empire, le nombre des familles et des personnes qui le composaient et lever un tribut capital sur ses sujets, fit un édit par lequel il était ordonné à tous les gouverneurs des provinces d'en faire partout un dénombrement exact, et à chaque particulier de se faire inscrire dans les rôles qui en seraient faits au lieu où se trouvait le chef de sa famille. Saint Joseph, qui était de la maison et de la tribu de David, dont la tige était à Bethléem, se vit engagé par là à s'y transporter pour obéir au commandement du prince.
Il partit de Nazareth, selon le texte de l'Évangile ; il se mit en chemin pour Bethléem, et il y mena sa femme enceinte, afin de se faire inscrire avec elle. Cette ville, déjà très-peuplée par elle-même, regorgeait d'étrangers à cette époque. Joseph et Marie, à cause de leur pauvreté, ne pouvant trouver de place dans les hôtelleries, sortirent de l'enceinte de Bethléem. David, devenu roi, s'était construit une forteresse à Bethléem qui avait été son berceau, où il avait mené paître les troupeaux de son père et où Samuel l'avait sacré roi : cette forteresse tombée en ruines servait d'abri aux voyageurs, pour eux et pour leurs bêtes de somme, aux bergers qui s'y réfugiaient avec leurs troupeaux. C'est là, dans une grotte souterraine, que Marie, épuisée des fatigues du voyage si rude pour son âge (elle n'avait que quatorze ans), fut obligée de s'abriter avec son époux, contre les rigueurs de la saison ; c'était une espèce d'étable avec une crèche, de la paille et du foin. On ne peut concevoir un logement plus humble ; cependant la sagesse de Dieu l'avait choisi de toute éternité pour sa naissance ; car alors, dit saint Luc, *impleti sunt dies Maria ut pareret* : « le temps de l'accouchement de Marie arriva » ; non-seulement le temps que la nature demandait, selon l'ordre de la génération humaine, mais aussi le temps marqué avant tous les siècles dans l'ordre des desseins de Dieu, le temps de la dernière disposition du monde à recevoir un si grand bienfait, et le temps où Marie était arrivée au dernier degré de grâce qu'elle devait avoir pour mettre au monde cette lumière infinie, et ce miroir sans tache de la beauté et de la bonté de Dieu.
Elle fut avertie par révélation de ce moment, et s'étant retirée dans le plus grand enfoncement de la grotte, qu'elle eut soin de nettoyer, elle s'y mit à genoux du côté de l'Orient, pour attendre en cette posture humiliée, la merveille que le Saint-Esprit allait opérer en elle. Elle y fut alors remplie d'une splendeur extraordinaire. Elle y fut élevée dans une contemplation inusitée des grandeurs de Dieu et des excellences de son Verbe incarné ; elle y fut embrasée d'un feu d'amour si grand et si véhément, qu'elle n'en avait jamais ressenti de semblable ; enfin, elle y entra dans une participation admirable des perfections du Père éternel engendrant son Fils dont elle avait l'honneur d'être la Mère. Sainte Brigitte écrit dans ses Révélations que, par humilité, elle ôta ses souliers, qu'elle mit bas le voile de sa tête et le manteau blanc qu'elle portait, qu'elle déplia les petits langes et les draps qu'elle avait disposés, lesquels, quoique grossiers et de vile étoffe, ne laissaient pas d'être fort nets et accommodés proprement, et, qu'ayant les mains et les yeux élevés vers le ciel, toute remplie d'une onction et d'une suavité céleste, elle adressa cette prière à Dieu : « Père éternel, qui m'avez fait l'honneur de me choisir pour la Mère de votre Fils unique ; qui avez renfermé dans mon sein le Trésor inestimable de votre sagesse, et qui avez caché dans mon corps, comme dans une coquille mystérieuse, la perle sans prix de votre figure, je vous prie de faire paraître présentement au monde cette parfaite image de votre infinie bonté, afin que par elle tous les hommes soient attirés à votre connaissance. Que le Créateur du ciel et de la terre sorte de sa créature, la source de son ruisseau, le rejeton de sa racine, la vigne de son sarment, le soleil de son rayon et l'époux de son lit nuptial. Que le monde voie son auteur, l'ange son roi, le juste sa vie, le pécheur son remède, le gentil sa lumière, le juif sa gloire et l'affligé sa consolation. Enfin, que votre très-humble Servante voie son Fils unique et son Bien-Aimé ».
Après cette prière, ou quelque autre plus excellente que la faiblesse de notre esprit ne saurait imaginer, le divin Enfant parut devant ses yeux avec une grâce et une beauté ravissantes, porté par sa propre vertu. Quelques saintes âmes ont su, par révélation, qu'il se soutint d'abord un peu élevé de terre et qu'il se posa ensuite doucement sur le pavé. L'enfant était sorti de son sein sans violer le sceau de sa clôture virginale, avec la même pureté que les désirs sortent du cœur, que les pensées naissent de l'esprit, que le rayon rejaillit du soleil et passe par une glace parfaitement nette pour éclairer toute une salle.
C'est ainsi que l'enseignent tous les saints Pères de l'Église et les Docteurs scolastiques, contre les païens, les juifs et les hérétiques. Ils le prouvent contre les païens, par les oracles des sibylles, lesquelles étant éclairées de l'esprit de prophétie, ont prédit presque toutes que le Sauveur qui viendrait au monde serait conçu et naîtrait d'une Vierge : saint Augustin se sert de cet argument au liv. XVIIIe de la Cité de Dieu, chap. XIIIe. Ils le prouvent contre les Juifs par de belles figures et des témoignages évidents de l'Ancien Testament. Si le premier Adam, dit saint Irénée, a été formé d'une terre vierge, que la pluie n'avait pas encore mouillée, et que la main de l'homme n'avait pas travaillée, pourquoi le second Adam n'aurait-il pas été formé et ne serait-il pas sorti d'une Mère Vierge : *Nullâ ex parte corruptâ virginitate* : « sans que sa virginité eût reçu la moindre altération ? » Si des stériles ont conçu, ajoutent saint Cyrille de Jérusalem et le même saint Augustin ; si la verge d'Aaron, sans être arrosée, a produit des feuilles et des fleurs ; si on a vu la terre chargée de fruits, sans qu'elle eût été ensemencée, donnons cette gloire à Dieu, qu'il a pu faire qu'une vierge mît un fils au monde sans rien perdre de son intégrité virginale. N'est-ce pas ce qu'avait prédit le prophète Isaïe, chap. VIIe : *Ecce Virgo concipiet et pariet filium et vocabitur nomen ejus Emmanuel* : « Voici qu'une vierge concevra et enfantera un fils, et il sera appelé Emmanuel ? » Et il ne faut point traduire avec les Juifs et les hérétiques : Voici qu'une jeune fille ; mais avec les Septante : Voici qu'une vierge. Car c'est ce que signifie proprement le mot hébreu : *alma* ; et, comme remarque fort bien Origène, le prophète Isaïe veut donner en ce lieu un signe extraordinaire et miraculeux de la puissance divine ; or, ce ne serait pas un miracle qu'une jeune personne
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conçût et enfantât par la voie du mariage ; mais le miracle est qu'une vierge ait conçu et qu'elle ait enfanté en demeurant toujours vierge. N'est-ce pas encore ce que nous apprend le prophète Exéchiel, par cette porte de la maison de Dieu qu'il vit toujours fermée, quoique le Seigneur, le Dieu d'Israël y eût passé ? *Quid est porta illa clausa in æternum*, dit saint Augustin au sermon XIVe sur la Nativité, *nisi Maria Virgo ante partum, Virgo in partu, Virgo post partum* ? « Qu'est-ce que cette porte toujours fermée, sinon Marie Vierge avant l'enfantement, Vierge dans l'enfantement, Vierge après l'enfantement ? »
Enfin, ils le prouvent en particulier contre les hérétiques qui reçoivent l'Évangile par les paroles de l'ange Gabriel, lequel, ayant assuré Marie qu'elle concevrait et enfanterait un Fils, et la Vierge lui ayant demandé comment l'un et l'autre se feraient, lui dit que ce serait par la vertu du Très-Haut et par l'opération ineffable du Saint-Esprit. D'où il est aisé de conclure que le Saint-Esprit n'a pas moins agi pour conserver sa pureté dans le mystère de la naissance de cet adorable Fils, que dans celui de sa conception. Le symbole des Apôtres, règle de notre foi, nous apprend aussi cette importante vérité, puisque nous y faisons une profession et un aveu solennel que Jésus-Christ est né d'une Vierge : *Natus ex Mariā virgine*. Nous la trouvons semblablement, ou supposée comme un point incontestable, ou définie dans les Conciles : « Si quelqu'un », dit le saint Concile de Latran, sous le pape Martin Ier, « ne reconnaît pas la glorieuse Mère de Dieu, toujours Vierge et Immaculée, comme l'ayant conçu et enfanté sans corruption, et sa virginité étant demeurée inviolable, même après l'enfantement, qu'il soit anathème ! » Il est vrai que ce miracle est grand, et que Théophilacte le préfère à la résurrection des morts ; il est si singulier, qu'il n'a jamais été fait qu'une fois ; mais y a-t-il rien d'impossible à Dieu, et la naissance de son Verbe sur la terre ne méritait-elle pas bien qu'il fit un chef-d'œuvre de sa puissance, afin qu'il y naquit dans une pureté conforme à celle de sa naissance éternelle ? « Naître d'une Vierge », dit saint Augustin dans son Épître m° à Volusien, « a été un si grand miracle en Jésus-Christ, qu'on ne saurait en attendre de Dieu un plus grand. Si l'on en pouvait pénétrer le secret, il ne serait plus admirable ; si l'on en pouvait produire un exemple, il ne serait plus singulier : donnons cette gloire à Dieu, qu'il peut ce que, de notre aveu même, nous ne pouvons pas concevoir. En ces œuvres surnaturelles, toute la raison qu'il en faut apporter, c'est la toute-puissance de l'ouvrier ». Nous nous sommes un peu étendu sur cette matière, pour fortifier les fidèles dans cet article de leur croyance et pour éclairer les hérétiques qui pourraient jeter les yeux sur cet ouvrage, lesquels osent disputer à Marie l'auguste qualité de Vierge et de toujours Vierge, qui lui a été attribuée de tout temps, avec un consentement si solennel et si unanime, qu'elle est devenue comme son nom propre.
Nous n'entreprenons pas maintenant de décrire les actes que fit cette auguste Mère avec son époux, saint Joseph, à la première vue du divin Enfant qu'ils reconnaissaient pour le Fils du Père éternel et pour le Créateur et le Maître de toutes choses. On peut voir là-dessus les pieuses Méditations de saint Bernard, de saint Bonaventure, de Louis de Grenade et des autres saints Docteurs qui ont excellé dans ces sentiments de dévotion. Tout ce que nous en pouvons dire, c'est que notre entendement n'en saurait rien concevoir qui ne soit infiniment au-dessous de tout ce que le cœur et l'esprit de ces deux époux produisirent en cette occasion. Ce furent des adorations, des hommages, des anéantissements très-profonds, des louanges, des sentiments enflammés d'amour, des actions de grâces, des abandons d'eux-mêmes à la conduite de cet aimable Enfant, des protestations de le servir avec toute l'ardeur et la révérence qu'il leur serait possible ; mais ils firent ces actes d'une manière beaucoup au-dessus de notre portée, et qu'il vaut mieux honorer par notre silence qu'affaiblir par nos expressions. D'ailleurs, l'Enfant qui s'offrait d'un côté à son Père éternel, pour être la victime de sa justice, et qui déplorait de l'autre les misères où le péché avait précipité le genre humain, leur fit un aimable sourire pour récompenser leur ferveur et pour commencer à reconnaître les faveurs qu'il allait en recevoir.
La Vierge ne le laissa pas longtemps en cet état, où, étant nu, il ressentait violemment la rigueur de la saison : elle le leva de terre, elle le serra sur son sein, elle prit la liberté de lui donner un baiser respectueux, elle l'enveloppa de bandelettes et de langes, et elle le coucha dans la crèche. L'Église dit que ce fut sur du foin ; en effet, elle n'avait ni laine, ni coton, ni plume, ni duvet pour le coucher. Ce fut là le lit du Roi des rois, de celui qui se repose éternellement dans le sein du Père éternel. « Auguste et Hérode », dit saint Bernard, « étaient nés dans un palais, mais Jésus-Christ naît dans une étable ; Auguste et Hérode à leur naissance avaient été couchés mollement dans des berceaux précieux, mais Jésus-Christ, à la sienne, est durement couché dans une vile crèche, où mangeaient les bêtes ». — « Il fallait bien », ajoute saint Grégoire de Nysse, « que la Sagesse divine, qui est le pain de vie, se mît dans l'ange des animaux, puisque l'homme, dont il voulait se faire la nourriture et la vie, s'était mis au rang des bêtes sans raison et qu'il leur était devenu semblable ».
C'est une tradition indubitable de l'Église, qu'il y fut échauffé par l'haleine d'un bœuf et d'un âne. Saint Grégoire de Nazianze, saint Ambroise, saint Jérôme, saint Paulin et saint Pierre Chrysologue, le concluent de ce passage d'Isaïe : « Le bœuf a reconnu son Maître, et l'âne la crèche de son Seigneur », et saint Cyrille de Jérusalem applique à ce même sujet les paroles du prophète Habacuc, selon la version des Septante : *In medio duorum animalium* : « On vous apercevra au milieu de deux animaux ». Et toutes les peintures de notre mystère, faites selon la tradition des premiers siècles, nous l'ont toujours représenté de cette manière.
L'Évangéliste saint Luc, poursuivant l'histoire de cette Nativité, ajoute qu'il y avait alors aux environs de Bethléem des bergers qui veillaient la nuit pour garder leurs troupeaux. Le vénérable Bède dit qu'ils étaient trois et qu'ils demeuraient dans la tour Ader, à mille pas de la ville, où autrefois Jacob faisait paître ses bestiaux. L'ange du Seigneur, les trouvant éveillés, leur apparut ; en même temps une grande lumière les environna de tous côtés, ce qui les remplit de crainte : « Ne craignez point », leur dit cet ange, qui, selon saint Chrysostome et saint Jérôme, était saint Gabriel ; « car voici que je vous annonce une nouvelle bien agréable et qui donnera de la joie à tout le peuple. C'est qu'un Sauveur, qui est le Christ et le Seigneur, vous est né aujourd'hui dans la cité de David, et voici le signe que je vous en donne ; vous trouverez l'enfant enveloppé de langes et dans une crèche ». Voilà véritablement des marques bien viles et bien méprisables pour désigner un si grand prince, mais Notre-Seigneur Jésus-Christ n'ayant point rougi de s'en couvrir, cet ambassadeur divin ne rougit point de les indiquer. A peine Gabriel eut-il achevé son discours, qu'une grande troupe de la milice céleste se joignit à lui pour louer le Tout-Puissant. Ils chantèrent donc en présence des bergers, qui furent témoins de leur harmonie : « Gloire à Dieu dans les plus hauts lieux, et que la paix soit donnée aux hommes de bonne volonté ! »
L'Évangéliste ne nous marque que ces deux mots ; mais il est aisé de juger qu'ils ne furent que le commencement et que comme le thème de leur cantique. Ils le poursuivirent avec une allégresse merveilleuse, et ils enflammèrent le cœur de ces pasteurs d'une si sainte ardeur, que l'harmonie ne fut pas plus tôt cessée, qu'ils se dirent l'un et l'autre : « Allons jusqu'à Bethléem, et voyons ce qui est arrivé et ce que le Seigneur nous a révélé ». Ils y furent en diligence et ils trouvèrent Marie, Joseph et l'enfant couché dans la crèche. Par là ils connurent la vérité du discours que l'ange leur avait tenu de cet enfant, ils le divulguèrent, et tous ceux qui les entendirent parler furent très-réjouis de ce qu'ils leur disaient. C'est à peu près le texte de l'Évangile. Il ne nous explique point ce que firent ces pasteurs dans l'étable, de quelle manière ils se comportèrent envers l'enfant et envers cette mère adorable qui l'avait mis au monde, ce qu'ils dirent à saint Joseph et les offres de service qu'ils lui firent pour sa sainte Famille. Il a laissé toutes ces choses à nos méditations, et nous pouvons en former tels sentiments que la piété nous inspirera ; mais il faut bien prendre garde de ne nous rien imaginer sur ce sujet qui ne soit saint et qui ne réponde à la majesté d'un si grand mystère.
L'étable de Bethléem a été, depuis la naissance du Christianisme jusqu'à nos jours, l'objet de l'étonnement et de l'admiration de tous les Saints. Ils y ont contemplé l'union surprenante des choses qui paraissent les plus incompatibles : l'Éternel, né depuis un moment ; le Tout-Puissant, lié, enveloppé et comme enchaîné de bandelettes ; l'immense, resserré dans la pauvreté d'une étable ; le gouverneur du monde, dépendant de la conduite d'une mère ; la joie du paradis, versant des larmes en abondance ; le nourricier des hommes et des animaux, ayant besoin de lait pour sa nourriture, et le Sauveur du genre humain, incapable de se remuer et de se procurer aucun secours. Ils y ont reconnu en même temps les plus hautes leçons de la doctrine de l'Évangile et la pratique de toutes les vertus que Jésus-Christ venait enseigner au monde : de la pauvreté, de l'obéissance, de l'humilité, du désir des croix et des souffrances, de la simplicité du cœur, du mépris et du détachement de toutes les choses de la terre, de l'amour de Dieu, de la miséricorde envers le prochain et de plusieurs autres. Enfin, ils y ont admiré la force incomparable et les efforts surprenants que cet état humilié du Fils de Dieu produit en nous, puisque sa pauvreté nous enrichit, que sa simplicité nous éclaire, que sa faiblesse nous fortifie, que son anéantissement nous relève, et qu'il n'est pas moins terrible au démon et aux rois superbes dans sa crèche, qu'il ne le sera en faisant des miracles au milieu de Jérusalem.
Au reste, Dieu ne fit pas seulement des prodiges à Bethléem et en Judée, pour faire connaître la nouvelle naissance de son fils. Saint Pierre Damien rapporte que le roi Romulus ayant dit, en bâtissant la ville de Rome, qu'un palais qu'il faisait construire ne tomberait point qu'une vierge n'enfantât, cet édifice tomba la nuit même que Jésus-Christ parut au monde. Vers le même temps, le célèbre Apollon de Delphes, au rapport de Suidas, devint muet et cessa de rendre des oracles ; Auguste l'ayant pressé de déclarer la raison de son silence, il répondit qu'un enfant hébreu, maître des dieux, lui fermait la bouche et le forçait de se confiner dans les enfers. Nicéphore ajoute que ce prince étant retourné à Rome, fit dresser pour cela un autel
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dans le Capitole avec cette inscription : *Ara primogeniti Dei* : « Autel du premier-né de Dieu ». D'autres auteurs écrivent que le même empereur aperçut dans les nues une vierge tenant un enfant entre ses bras. Paul Orose rapporte d'autres signes de la venue du Rédempteur : entre autres, que, dans l'hospice des vieux soldats à Rome, une fontaine d'huile coula toute une journée, sans qu'on sût d'où elle pouvait sortir. Cet hospice a depuis été changé en une église sous le nom de Notre-Dame au-delà du Tibre.
À l'égard de la grotte sacrée, où le Sauveur a pris naissance, elle a toujours été en très grande vénération parmi les chrétiens. Il est vrai que l'empereur Adrien fit bâtir au-dessus un temple d'Adonis, en haine des fidèles, espérant que cette profanation en abolirait entièrement la mémoire ; mais cela n'empêcha pas que les païens mêmes ne montrassent toujours ce lieu avec respect, disant : « Voilà le lieu où le Dieu des chrétiens a voulu naître ». Depuis, les persécutions ayant cessé, l'on y bâtit une église magnifique : elle fut couverte de lames d'argent et les murailles incrustées de marbres ; on orna aussi fort richement la sainte caverne. Cette église fut ensuite accompagnée de plusieurs monastères, tant d'hommes que de filles, et de plusieurs hôpitaux pour le logement et la nourriture des pèlerins qui y abordaient de tous côtés. Saint Jérôme s'attacha un des premiers à ce saint lieu, et il fut l'auteur de ces établissements sacrés. Il lui portait tant de respect, qu'il invitait tout le monde à en faire le pèlerinage et à y choisir sa demeure. Il y attira sainte Paule et sainte Eustochie, qui y assemblèrent des religieuses, comme il y avait assemblé des religieux. Dans sa lettre à sainte Marcelle, dame romaine, il la presse, par des paroles pleines de majesté et d'une onction céleste, de quitter ces palais éclatants, ces lambris dorés, ces ameublements précieux, ces compagnies charmantes, ces plaisirs toujours nouveaux de la ville de Rome, pour venir se réfugier dans ce petit réduit consacré par la naissance du roi du ciel et de la terre. Sainte Paule, qu'il y avait attirée, imita sa dévotion et sa ferveur. Elle dit en y entrant : « C'est ici le lieu de mon repos, parce que c'est la patrie de mon Dieu ». Elle y demeura vingt ans avec des transports de joie inexplicables.
Quant à la crèche où le divin Enfant fut couché, étant devenue par son attouchement une très-précieuse relique, un fragment a été apportée à Rome, dans la suite des temps, et on le voit dans Sainte-Marie-Majeure, appelée pour ce sujet *Sainte-Marie ad præsepe*.
Les langes de l'enfant Jésus ont été aussi conservés très-précieusement, lorsque l'Église fut en paix. Ils furent apportés à Constantinople, où l'on bâtit un temple magnifique pour les garder. L'on faisait la fête de la dédicace de ce temple le 31 août. Nous avons encore de très-excellents sermons que saint Germain, patriarche de Constantinople, a prononcés en cette solennité. Ce trésor fut transporté à Paris vers le milieu du XIIIe siècle, l'empereur Baudoin II en ayant fait présent au roi saint Louis, et ce prince le fit mettre dans la Sainte-Chapelle.
Nous ne pouvons finir sans rendre une infinité d'actions de grâces au Verbe divin, de s'être donné à nous d'une manière si douce et si tendre. Que pouvait-il faire davantage pour nous exciter à son amour ? Et quel est le cœur assez barbare pour ne pas l'aimer, après des marques si authentiques et si favorables de son estimable charité ? Que pouvait-il faire de plus pour nous convaincre de la vanité de tous les biens et de tous les plaisirs de la terre, et pour en détacher entièrement notre cœur ? « Ou Jésus-Christ
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se trompe », dit excellemment saint Bernard, « ou le monde est dans l'erreur ; car il aime, il choisit et il recherche des choses directement opposées : Jésus-Christ, la pauvreté ; le monde, les richesses ; Jésus-Christ, l'obéissance ; le monde, la supériorité et l'indépendance ; Jésus-Christ, l'humiliation et le mépris ; le monde, l'estime, l'applaudissement et les louanges ; Jésus-Christ enfin, les douleurs ; et le monde, les délices ; or, il est impossible que Jésus-Christ se trompe, puisqu'il est la sagesse de Dieu, et qu'il sait rejeter le mal et choisir le bien. Le monde est donc dans l'illusion, il prend pour bien ce qui est mal, et pour mal ce qui est bien ; ainsi, c'est une grande folie que de s'attacher à ses sentiments. Attachons-nous plutôt à ceux de ce divin enfant ; considérons-le dans sa crèche comme un maître dans sa chaire, recevons les divines leçons qu'il nous y donne ; mettons-les fidèlement en pratique ; et soyons convaincus qu'il n'y aura de salut pour nous qu'autant que nous nous conformerons à sa doctrine et à ses exemples. C'est le fruit que nous devons tirer de la contemplation de ce mystère, et que nous en tirerons bien facilement, si nous nous rendons dévots à la crèche, à l'étable, à l'enfance, aux faiblesses et aux humiliations du Verbe-Enfant ».
Il nous reste à remarquer que l'on célèbre trois messes en ce jour, selon l'usage très-ancien de l'Église, rapporté par saint Grégoire, pape, dans l'Homélie VIII sur les Évangiles : l'une à minuit, par rapport à la naissance temporelle de Notre-Seigneur dans l'étable de Bethléem, qui s'est fait, selon un Prophète : *Dum silentium tenerent omnia, et nox in suo cursu medium iter haberet* ; « lorsque toute la nature était dans un profond silence, et que la nuit était au milieu de sa course » ; l'autre au point du jour, par rapport à sa résurrection, qui s'est faite vers le lever du soleil ; la troisième, en plein jour, par rapport à sa naissance éternelle, qui a été sans ténèbres, mais dans une splendeur inaccessible.
On a pu voir dans le Martyrologe romain une exposition très-pieuse de ce mystère ; mais il faut remarquer que pour le temps de son accomplissement, il suit le calcul des Septante, qui n'est pas le plus commun ni le plus probable.
## LA CRÉCHE DE NOTRE-SEIGNEUR.
## NOTE CRITIQUE SUR L'ANTIQUITÉ DE LA FÊTE DE NOËL.
I. Il faut distinguer entre la crèche proprement dite (*præseptum*, comme dit l'Évangile), espèce d'enfoncement pratiqué dans le roc vif de la grotte, et le saint berceau (*santo rudio*) formé de planches, fait par saint Joseph, pour transporter plus commodément le divin Enfant en exil.
Généralement on confond ces deux saintes reliques : il est donc nécessaire de dire un mot de l'une et de l'autre.
La crèche proprement dite où le Sauveur fut déposé après sa naissance sur un peu de paille, se conserve encore de nos jours à Bethléem, dans la grotte de la Nativité, l'étable primitive. C'est un enfoncement creusé dans la paroi du roc, et dont le bas est soutenu par une colonne de marbre qui remplace plusieurs pierres de la crèche données à certaines églises. Une de ces pierres, assez considérable, fut transportée à Rome, et, de nos jours encore, on la vénère dans la basilique de Sainte-Marie-Majeure, sur l'Esquilin ; elle est encastrée dans l'autel de la crypte de la magnifique chapelle du Saint-Sacrement. Sur cette pierre si précieuse, on a pratiqué un enfoncement, où l'on voit représenté le saint enfant Jésus couché sur la paille, la sainte Vierge et saint Joseph à genoux dans l'attitude de la contemplation.
À Bethléem, pour préserver la crèche des atteintes pieuses des pèlerins, on l'a revêtue de marbre blanc, en forme de berceau d'une longueur de quatre pieds sur deux de largeur. Une fois par an, les RR. PP. Franciscains, qui desservent l'église de la Nativité, enlèvent en marbre, et, avec un pinceau, recueillent et distribuent les petits fragments qui s'en détachent naturellement.
Le saint berceau (*santa culla*) fut transporté de Terre-Sainte à Rome, l'an 642, et on le déposa dans la basilique Libérienne. Le magnifique reliquaire qui le renferme peut avoir six pieds de hauteur. Il se compose d'un piédestal d'environ un mètre de longueur et d'une hauteur égale, et d'une urne renfermant les morceaux du saint berceau. Le piédestal est en porphyre, orné sur les angles de belles sculptures en argent, et en avant d'un bas-relief, aussi en argent, représentant l'adoration des Mages. On lit sur la base de ce piédestal, écrit en lettres d'or : *Gloria in excelsis Deo et in terra pax*.
L'urne, qui est de forme ovale, est supportée par des statuettes d'anges et décorée de festons dorés ; elle est formée de deux superbes coquilles en cristal, simulant un berceau, enchassées dans des montures en argent richement sculptées. On voit fort bien à travers le cristal les cinq petites planches qui formaient le saint berceau, cerclées de liens en argent doré et entourées de rubans avec des sceaux en cire ; ces planches peuvent avoir cinquante centimètres de longueur.
L'urne est formée par un couvercle en forme de dôme, et surmonté d'un petit lit imitant la paille sur lequel est à demi couchée une jolie statuette en argent doré de l'enfant Jésus.
La veille de Noël, cette précieuse relique est exposée dans une petite chapelle attenante à la sacristie de la basilique, et toute l'après-midi le public est admis à la considérer et à la vénérer. Pie IX vient de faire construire, sous l'autel-majeur de la basilique, une chapelle somptueusement ornée, ressemblant à celle de la Confession de saint Pierre. Le 17 avril 1864, il en a fait la consécration et y a déposé la *santa culla* qui y demeure enfermée maintenant et n'en est retirée que pour la fête de Noël.
Dans la crypte, sous la chapelle du Saint-Sacrement, dont nous avons déjà parlé, on conserve une partie des langes dont le Sauveur fut enveloppé et du foin sur lequel il fut couché. Le manteau dont se servit saint Joseph pour le couvrir et le garantir du froid est vénéré dans l'église de Sainte-Anastasie, et la basilique de Sainte-Croix de Jérusalem a l'avantage d'avoir des cheveux du saint enfant Jésus.
Dans la cathédrale d'Aix-la-Chapelle, on garde également une partie de ces mêmes langes, donnés par sainte Hélène ; ils ont la couleur de l'amadou.
II. L'opinion commune est que la fête de Noël est plus ancienne dans les Églises d'Occident que dans celles d'Orient, et que celles-ci ne l'empruntèrent aux Latins que vers le IVe siècle. On en croit voir la preuve dans l'homélie de saint Chrysostome pour le jour de la Nativité. En effet, ce Père, s'adressant au peuple d'Antioche, lui rappelle que dix ans auparavant cette fête lui était inconnue ; et, après une assez longue discussion sur le jour de la naissance du Sauveur, il affirme que l'Église de Rome possède à cet égard les renseignements les plus sûrs, et que c'est de cette Église que l'usage de la fête de la Nativité a passé en Orient.
Mais peut-être saint Chrysostome ne veut-il parler que de la pratique consistant à célébrer cette fête isolément le 25 décembre. Car il n'est pas douteux que les Églises orientales ne l'aient célébrée dès les premiers siècles, mais le 6 janvier et conjointement avec l'Épiphanie. Le plus souvent, en effet, les Pères grecs désignent la fête de l'Épiphanie sous le nom de Théophanie, nom qui, au témoignage de saint Grégoire de Nazianze, était également donné à la Nativité, car il signifie au propre apparition de Dieu. On s'expliquerait ainsi pourquoi il n'y eut pas autrefois de fête spéciale de la Nativité chez les Orientaux. Cassien l'affirme formellement pour les Églises d'Égypte, et note même d'une manière précise la différence qui existait entre les Occidentaux, qui célèbrent, dit-il, les deux fêtes séparément, et les Orientaux, qui les solennisent simultanément le 6 janvier. Des témoignages analogues se trouvent pour l'Église de Chypre dans saint Épiphane, pour celle d'Antioche et les autres orientales dans saint Chrysostome, et enfin pour celle de Jérusalem et de la Palestine dans de nombreux documents que Cotelier a réunis dans ses notes aux Constitutions apostoliques.
Au contraire, les Églises latines, celles d'Afrique, et même les autres des Grecs tinrent toujours pour le 25 décembre, comme on en trouve la preuve dans saint Jérôme, saint Augustin, et même dans saint Chrysostome, saint Grégoire de Nazianze et saint Basile.
Cependant l'uniformité paraît s'être établie dès le IVe siècle entre les différentes Églises de l'Orient et de l'Occident, qui toutes adopteront définitivement le 25 décembre. On trouve dans les
25 DÉCEMBRE.
Actes du Concile d'Éphèse une homélie de Paul, évêque d'Éphèse, qui fut prononcée le 29 du mois chojos (25 décembre) dans la grande église d'Alexandrie, en présence de saint Cyrille, laquelle a pour titre : *De Nativitate Domini et Salvatoris nostri Jesu Christi*.
De tout temps, l'Église solennisa avec un grand appareil la fête de la Nativité de Jésus-Christ. Quelques monuments épigraphiques semblent nous autoriser à penser que, de toute antiquité, cette fête porte le nom que l'Église lui donne aujourd'hui ; ce sont ceux qui offrent le mot *Nativis* isolément. Telle est l'épitaphe d'une enfant morte à l'âge de cinq ans, *PRIDIE NATALIS*, la veille de la *Naissance* par excellence. Nous voyons que, dès le temps de saint Augustin, la liturgie de cette fête commençait par la nuit qui précède le 25 décembre. Tous les fidèles étaient tenus de se rendre à l'église pendant cette nuit sainte. Il était interdit de célébrer les saints Mystères dans les oratoires privés ou dans les églises rurales ; mais tous devaient assister dans l'église cathédrale et communier, à la liturgie célébrée par l'évêque, et cela sous peine d'une excommunication de trois années.
Les plus anciens sacramentaires de l'Église romaine, celui de saint Gélase, par exemple, et celui de saint Grégoire, ont trois messes pour ce jour-là ; et saint Grégoire constate encore ce fait dans sa huitième homélie sur saint Matthieu. Les anciennes liturgies gallicanes et mozarabes n'en ont qu'une ; il en était de même pour l'ambrosienne, comme il paraît par le missel de Milan, édité par Pamelius. Dans les Gaules, il y avait déjà deux messes au temps de saint Grégoire de Tours. L'usage des trois messes ne s'introduisit en Espagne qu'au XIVe siècle, et après le XVe à Milan.
Le jour de Noël, d'après les *Constitutions apostoliques*, les serviteurs étaient déchargés de leurs travaux ordinaires, le jeûne sévèrement interdit, comme nous l'apprennent le pape saint Léon et le Concile de Prague. Une loi de Théodose le Jeune interdisait en ce saint jour le jeûne et les spectacles.
Nous avons complété le récit du Père Giry, principalement avec les *Trois Rome*, par Mgr Gaxmo ; et le *Dictionnaire des Antiquités chrétiennes*, par M. l'abbé Martigny.
Événements marquants
- Édit de César-Auguste pour le dénombrement
- Voyage de Nazareth à Bethléem
- Naissance dans une grotte/étable
- Adoration des bergers
- Annonce par les anges
Miracles
- Conception virginale par le Saint-Esprit
- Enfantement sans violation de la virginité
- Étoile nouvelle guidant vers Bethléem
- Fontaine d'huile coulant à Rome
- Chute du palais de Romulus à Rome
Citations
Gloria in excelsis Deo et in terra pax
Ecce Virgo concipiet et pariet filium