Saint Moïse

Prophète, Chef et Législateur du peuple hébreu

Fête : 4 septembre • saint

Résumé

Sauvé des eaux du Nil et élevé à la cour de Pharaon, Moïse fut choisi par Dieu pour délivrer le peuple hébreu de l'esclavage. Après avoir reçu les Dix Commandements sur le mont Sinaï, il conduisit les Israélites à travers le désert pendant quarante ans. Il mourut à l'âge de 120 ans sur le mont Nébo, contemplant la Terre promise sans y entrer.

Biographie

SAINT MOÏSE, PROPHÈTE,

CHEF ET LÉGISLATEUR DU PEUPLE HÉBREU

Moïse et Jésus sont tous deux élevés en Égypte sur un sol étranger; revenus vers leurs frères, ils travaillent à les délivrer, l'un de la servitude de Pharaon, l'autre de l'esclavage de Satan.

Éloge du Saint.

Jacob était descendu en Égypte avec ses fils, leurs femmes et les fils de ses fils. Cette famille, dès lors nombreuse, se multiplia comme une plante féconde, et, au bout de cent cinquante ans, elle formait déjà un petit peuple. Elle trouvait protection et garantie d'indépendance dans le nom et la mémoire de Joseph, qui avait rendu de grands services à l'État. En ce temps et dans ce pays, l'hérédité ne donnait pas toujours le trône ; le peuple choisissait son chef en quelques rencontres, soit que les livres religieux l'eussent ainsi réglé, soit qu'on agit de la sorte en vue de l'utilité commune. Un nouveau roi fut donc choisi, qui n'avait point connu Joseph, et qui ne montra pour les frères de l'ancien ministre aucun sentiment de reconnaissance. Aménophis (c'était le nom du nouveau Pharaon) ne voulait point renvoyer les enfants d'Israël, de peur d'appauvrir son royaume, ni les laisser à leurs libres moyens d'accroissement et de prospérité, de peur d'avoir un dangereux voisinage. Il résolut de les opprimer. Les Hébreux furent d'abord employés aux plus rudes ouvrages : on les accabla de fardeaux insupportables et de mauvais traitements ; on leur fit bâtir des villes fortes ; on leur rendit la vie si odieuse, que, plus tard, au souvenir de cette captivité, ils nommaient l'Égypte une fournaise de fer. La politique déconcertée donna l'ordre de faire périr au moment de leur naissance tous les enfants mâles, et de n'épargner que les filles. Mais cet ordre ne fut pas exécuté. Alors le roi, recourant à la force ouverte, commanda que tous les enfants mâles qui naîtraient parmi les Hébreux fussent jetés dans le Nil.

Un jour, la fille de Pharaon, nommée Thermutis, selon quelques-uns, et Mœris, selon d'autres, descendit vers le Nil pour s'y baigner ; accompagnée de ses femmes, elle suivit les bords du fleuve. Tout à coup elle aperçoit une corbeille flottante au milieu des roseaux ; elle l'envoie chercher par une de ses compagnes. Elle y trouve un petit enfant qui criait, et, touchée de pitié, elle dit : « C'est un enfant des Hébreux ». L'enfant avait, en effet, pour père et pour mère Amram et Jocabed, de la tribu de Lévi. Il était d'une beauté extraordinaire, et, soit que cette beauté ajoutât à l'amour inné de ses parents, soit qu'elle leur parût le signe providentiel d'un grand avenir, sa mère le tint caché durant trois mois, malgré les prescriptions connues. Puis, voyant qu'elle ne pouvait plus tenir la chose secrète, elle crut plus sage de le soumettre au péril d'une mort incertaine que d'attirer sur lui et sur toute la famille peut-être la fureur irritée des tyrans. On tressa une corbeille de joncs, on l'enduisit de bitume et de poix, on y plaça

l'enfant, et la frêle barque fut exposée parmi les roseaux qui bordaient le fleuve. C'est là que Thermutis l'avait trouvée.

La mère avait ordonné à Marie, sœur de l'enfant, de se tenir à l'écart pour voir ce qui arriverait. Son amour n'osait assister à la scène tragique qui allait survenir, et pourtant elle voulait qu'un œil ami suivît et protégeât, pour ainsi dire, les destinées du triste berceau. Elle se retira donc, en laissant pour toute défense au proscrit, l'innocence et la faiblesse d'une jeune fille. La petite Marie, voyant que le sort de son frère inspirait de la pitié, s'approcha et dit à la fille de Pharaon : « Voulez-vous que j'aille vous chercher une femme de la nation des Hébreux qui puisse nourrir ce petit enfant ? » Dieu, qui dirigeait les événements, inclina comme il voulut le cœur de la princesse, et elle consentit à la demande de la jeune fille, qui courut appeler sa mère, et Thermutis lui dit : « Prends cet enfant et le nourris, je te récompenserai ». Une sagesse supérieure trompa ainsi les calculs de l'humaine prudence, et la verge qui devait châtier les hommes injustes grandit sous leurs yeux. Plus tard, un autre berceau échappera au poignard d'un autre persécuteur, et quelques milliers d'innocents égorgés dans Bethléem n'empêcheront pas le divin fugitif d'établir sa royauté vainement menacée sur les débris du trône d'Hérode.

Lorsque l'enfant eut grandi, sa mère dut le rendre à Thermutis. D'anciennes traditions recueillies par l'historien Josèphe portent que la princesse était mariée, mais qu'elle n'avait pas d'enfants. Elle prit en grande affection celui qu'elle venait d'arracher à la mort, et l'adopta, en lui donnant le nom de Moïse, qui signifie sauvé des eaux. Il fut élevé à la cour de Pharaon et initié à toutes les sciences du temps et du pays. Parvenu à l'âge de quarante ans, il comprit que Dieu le destinait à autre chose qu'à des grandeurs temporelles. Il renonça au titre de fils adoptif du roi, et alla visiter ses frères opprimés, préférant être persécuté avec le peuple de Dieu plutôt que de vivre au milieu des délices et des faveurs que lui procurait la cour d'un roi puissant et magnifique. Un jour qu'il était avec eux dans la campagne, il aperçut de loin un Égyptien qui frappait impitoyablement un des Hébreux ; Moïse, à cette vue, saisi d'indignation, y court, attaque l'Égyptien furieux, et le tue. Voyant tout le danger d'une telle action, il recommanda le secret à l'Israëlite qu'il avait délivré des mains de son ennemi, et cacha le cadavre dans le sable. Pharaon en fut instruit ; on lui présenta cette action sous les plus sombres couleurs, et il cherchait à faire mourir celui qui en était l'auteur. Moïse, averti des desseins du roi, s'enfuit précipitamment, et alla se réfugier loin des États du prince, dans le pays de Madian où il épousa Séphora, fille du grand prêtre Jéthro. Il y passa quarante ans dans l'humble condition de berger, menant paître les troupeaux de son beau-père.

Cependant le roi Pharaon, qui poursuivait Moïse, n'existait plus ; un autre lui avait succédé, et les Israélites étaient traités avec plus de violence que jamais ; ils gémissaient, levaient les yeux au ciel, imploraient le Seigneur de qui ils attendaient leur délivrance. Un jour que Moïse faisait paître son troupeau, et qu'il s'était enfoncé assez avant dans le désert, il se trouva au pied d'une montagne nommée Horeb, très-voisine de la fameuse montagne de Sinaï. Tout à coup, au milieu d'un buisson ardent, le Seigneur lui apparut sous la figure d'une belle et vive flamme qui brillait d'un éclat fort doux, et qui ne consumait ni les branches ni les feuilles du buisson. Moïse, étonné : « J'irai », dit-il en lui-même, « j'approcherai de plus près, et j'examinerai d'où vient que ce buisson, tout ardent et tout enflammé qu'il est,

ne se consume pas ». Il s'avançait avec empressement, et déjà il en était assez proche, lorsque le Seigneur, voulant lui faire regarder cette apparition avec le respect qu'il convient de porter à sa redoutable Majesté, lui fit entendre sa voix en ces termes : « Moïse ! Moïse ! » — « Me voici, Seigneur », répondit-il. « Gardez-vous d'approcher plus près : ôtez votre chaussure, car cette terre où vous marchez est sanctifiée par la présence de votre Dieu. C'est moi qui suis le Dieu de votre père, le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac, le Dieu de Jacob ». A ces mots, Moïse, saisi d'une religieuse frayeur, se couvrit le visage, n'osant lever les yeux vers l'endroit d'où venait la voix. « J'ai vu avec compassion », reprit le Seigneur, « les calamités de mon peuple ; ses cris et ses gémissements sont montés jusqu'à moi. Préparez-vous, Moïse, animez-vous d'un saint zèle, c'est vous que j'enverrai à Pharaon pour l'obliger de laisser sortir mon peuple ». — « Eh ! qui suis-je, Seigneur », reprit Moïse, « pour aller me présenter à Pharaon, et tirer ensuite les enfants d'Israël de la captivité ? » — « Je serai avec vous », dit le Seigneur, « toutes vos démarches seront signalées par quelques prodiges ». — « Il faut que j'aille vers les enfants d'Israël », reprit Moïse, « et je leur dirai : Le Dieu de vos pères m'a envoyé vers vous. Mais, s'ils me demandent quel est son nom, que leur répondrai-je ? » — « JE SUIS CELUI QUI EST », reprit le Seigneur ; « partez, et dites à vos frères : Celui qui est m'envoie vers vous ; c'est sous ce nom de miséricorde que je veux me faire connaître à mon peuple dans la suite des siècles. J'ai vu les maux dont il est accablé, et j'ai résolu de le conduire dans une terre où coulent le lait et le miel ». — « Mais, Seigneur », reprit Moïse, « quand je leur dirai que vous m'avez envoyé, ils ne voudront pas me croire ; ils me traiteront de visionnaire ou de séducteur, et diront : Le Seigneur ne vous a point apparu ». — « Je vais vous fournir de quoi convaincre les incrédules : que tenez-vous à la main ? » — « Une baguette », répondit Moïse. « Jetez-la à terre », lui dit le Seigneur. Moïse la jeta, et aussitôt elle se changea en serpent, de sorte qu'il en eut peur et se mit à fuir. Mais Dieu lui dit : « Ne craignez rien, prenez ce serpent par l'extrémité du corps ». Moïse étendit la main, le saisit, et le serpent, dans sa main, redevint sa baguette. Dieu dit encore : « Mettez votre main dans votre sein ». Moïse le fit, et il la retira couverte d'une lèpre blanche comme la neige. « Remettez-la de nouveau », lui dit le Seigneur. Moïse obéit, et la retira parfaitement guérie. « Ce que je viens de faire devant vous », ajouta le Seigneur, « vous le ferez devant les Hébreux, et, à cette marque, ils reconnaîtront que le Seigneur, le Dieu de vos pères, vous est apparu ». — « Mais je vous en conjure, Seigneur », reprit Moïse, « considérez que j'ai de la peine à m'exprimer ». — « Aaron, votre frère », reprit le Seigneur, « s'exprime avec force et avec grâce, vous lui direz ce que vous aurez appris de moi, et il parlera pour vous au peuple. Voici que je vais l'envoyer à votre rencontre ». Moïse retourna aussitôt à Madian, prit congé de Jéthro, son beau-père, et se mit en route pour l'Égypte. Arrivé au pied du mont Horeb, il rencontra son frère ; il se jeta à son cou et tous deux s'embrassèrent avec tous les témoignages de la plus tendre amitié. Moïse lui raconta tout ce qui lui était arrivé. Aaron crut, se soumit aux volontés du Seigneur, et se consacra avec joie à la délivrance de sa nation. L'union de ces deux grands hommes fut le salut d'Israël. Ils partirent ensemble pour la terre de Gessen. A leur arrivée, ils allèrent trouver les anciens du peuple, auxquels Aaron raconta tout ce qui s'était passé à Horeb, et Moïse confirma sa mission en opérant des prodiges. Ces premières démarches réussirent ; ceux-ci connurent que Dieu avait eu pitié de son peuple : ils se

prosternèrent pour l'adorer, et on se livra sans réserve à la conduite de Moïse. Il était alors âgé de quatre-vingts ans, et son frère en avait quatre-vingt-trois.

Moïse et Aaron se présentèrent bientôt au roi Pharaon, et lui dirent : « Voici ce que vous ordonne le Seigneur, le Dieu d'Israël : Donnez à mon peuple la liberté d'aller sacrifier dans le désert ». Mais ce prince impie répondit : « Je ne connais pas votre Dieu, et Israël ne sortira pas de mon royaume. C'est vous qui avez entrepris de soulever la nation, et qui l'empêchez de se livrer aux ouvrages auxquels je l'emploie ; sortez de ma présence, et qu'ils reprennent incessamment leurs travaux ». Dès ce moment, il commanda qu'on les traitât plus durement que jamais. Alors ils se plaignirent amèrement à Moïse. Et, quand le serviteur de Dieu retourna vers eux pour les consoler, ils se montrèrent insensibles, et ils s'en prirent à lui de l'excès de travaux dont ils étaient accablés. Cependant le Seigneur parla de nouveau à Moïse, et lui dit : « Allez, présentez-vous à Pharaon, et ordonnez-lui, de ma part, de laisser sortir les enfants d'Israël. Voici que je vous établis le Dieu de ce prince, et votre frère sera votre prophète et votre organe. Pharaon n'obéira que malgré lui ; mais je l'abandonnerai, s'il refuse de me connaître, et son cœur s'endurcira ».

Moïse et Aaron se mirent en devoir d'exécuter les ordres de Dieu. Ils se rendirent au palais, présentèrent leur requête, firent plusieurs miracles devant le roi, pour lui prouver qu'ils étaient envoyés de la part de Dieu ; mais ce prince, séduit par ses magiciens, demeura dans son aveuglement et ne voulut pas laisser partir les enfants d'Israël. Dieu commença alors de frapper l'Égypte de terribles fléaux. La première de ces plaies fut celle des eaux du Nil, changées en sang : les Égyptiens en eurent horreur, et ils furent obligés de creuser des puits de distance en distance, pour se désaltérer. La seconde fut celle des grenouilles : leur multitude était si prodigieuse, qu'elles entraient dans toutes les maisons et incommodaient Pharaon et ses sujets, s'introduisant jusque dans les cuisines ; la troisième, celle des moucherons, dont la multitude effroyable tourmentait et les hommes et les animaux ; la quatrième, celle des grosses mouches qui, non seulement blessaient les vivants, mais rongeaient, gâtaient, corrompaient tout par leurs dangereuses morsures ; la cinquième, une horrible peste, qui fit mourir la plupart des animaux ; la sixième, celle d'ulcères et de plaies douloureuses, dont furent couverts les hommes et les animaux ; la septième, une grêle mêlée de foudres et de tonnerres, qui frappa les hommes et les animaux qui se trouvaient dans les champs et qui brisa les arbres ; la huitième, une multitude prodigieuse de sauterelles, qui dévorèrent tout ce qu'avait épargné la grêle ; la neuvième, celle des ténèbres épaisses qui durèrent pendant trois jours. Toutes ces plaies, qui atteignaient les Égyptiens sans toucher aux Israélites, parurent si merveilleuses aux magiciens de Pharaon, qu'ils furent forcés de dire au roi : « C'est le doigt de Dieu qui agit ici ». Et Pharaon lui-même fut obligé de s'écrier : « Le Seigneur est juste, et mon peuple et moi ne sommes que des impies ». Effrayé des terribles châtiments que son obstination attirait sur ses sujets, chaque fois il conjurait Moïse de les faire cesser, promettant de laisser partir le peuple ; mais le fléau n'avait pas plus tôt disparu, que Pharaon revenait à son premier endurcissement, jusqu'à ce qu'enfin Dieu le frappa de la dixième, qui fut la plus terrible de toutes.

Le Seigneur, avant de frapper l'Égypte de la dixième plaie, envoya Moïse et Aaron vers les enfants d'Israël, pour leur dire que ce mois serait signalé

par leur sortie de l'Égypte. Tous devaient se rendre à Ramessès, au plus tard le neuvième jour du mois courant ; et le quatorzième sur le soir, le chef de chaque famille devait immoler un agneau au Seigneur. Tous les enfants d'Israël devaient participer à cette cérémonie. On devait réserver du sang de la victime ; y tremper des branches d'hysope, et marquer de ce sang les deux montants et le linteau de la porte de chacune des maisons où se ferait le repas. L'agneau devait être rôti tout entier, le corps, la tête et même les entrailles. Il ne fallait user, dans ce repas, que de pain azyme, et il était prescrit de manger, avec la chair de l'agneau, des laitues sauvages et amères. On devait se mettre en habit de voyageur, ceindre ses reins, avoir des chaussures aux pieds et un bâton à la main, manger debout et à la hâte. Les enfants d'Israël venaient de mettre à exécution le précepte que Moïse leur avait donné de la part du Tout-Puissant. C'était au milieu de la nuit ; de toutes parts régnait le calme et le silence, lorsque le souverain Maître de la vie des hommes envoya ses anges exterminateurs, qui mirent à mort tous les premiers-nés des Égyptiens, depuis le fils de Pharaon, associé à l'empire, jusqu'au fils aîné de la dernière des esclaves. Toutes les maisons furent frappées, excepté celles dont les portes étaient marquées du sang de l'agneau. Alors un cri universel se fit entendre dans toute l'étendue de l'Égypte. Pharaon, effrayé, au désespoir de la mort de son fils, se lève au milieu de la nuit, avec ses courtisans ; il envoie, malgré les ténèbres de la nuit, chercher Moïse et Aaron, et leur dit : « Retirez-vous promptement de mes États, vous et les enfants d'Israël, et sacrifiez au Seigneur votre Dieu comme vous l'entendrez ». Le peuple, accablé sous les coups terribles que leur attirait un monarque jusqu'alors opiniâtre, pressait également les Israélites de sortir, le plus tôt possible, de leur pays, « car », disaient-ils, « si les Hébreux ne s'en vont pas nous mourrons tous. »

Au sortir de l'audience, Moïse se rendit à Ramessès, et donna sur-le-champ ses ordres pour le départ. Les enfants d'Israël profitèrent de l'extrême impatience où étaient leurs ennemis de les voir partir, pour leur demander ce qu'ils avaient de plus précieux : leurs vases d'or, d'argent, leurs meubles les plus riches, leurs habits le plus magnifiques, selon que le souverain Maître de toutes choses leur en avait manifesté sa volonté, par l'organe de Moïse, pour les payer de leurs longs et pénibles travaux, et en dédommagement des maisons et des plantations qu'ils abandonnaient. Lorsqu'ils sortirent de l'Égypte, ils étaient au nombre de près de six cent mille, capables de porter les armes. D'innombrables troupeaux marchaient sous la conduite de leurs guides, ainsi que des chariots et des bêtes chargés de richesses, que l'Égypte, épouvantée, avait mises entre leurs mains. Les enfants d'Israël ayant quitté Ramessès, se dirigèrent vers Socoth. Dès cette première marche le Seigneur leur donna une nouvelle preuve de sa protection. Il forma une espèce de grande colonne, dont la base était fort large et dont la pointe s'élevait extrêmement haut ; elle était composée de vapeurs épaisses et condensées. Durant le jour, cette colonne avait les couleurs d'une belle nuée ; mais durant la nuit, elle paraissait toute de feu et lumineuse comme le soleil. Un des Esprits célestes était chargé de la conduire. Quant il fallait se mettre en marche, la colonne se levait du milieu du camp, et se plaçait à la tête des tribus, sur le pavillon de celle qui devait partir la première. On marchait tandis qu'elle était en mouvement, et on suivait exactement sa détermination. Lorsqu'il était temps de s'arrêter, elle retournait au milieu du camp. Cette même colonne se développait en s'élevant, et s'inclinait du côté du soleil, pour protéger les voyageurs contre

les ardeurs de cet astre, qui, sans ce préservatif, eussent été intolérables, au milieu des sables brûlants du désert. Ces deux miracles subsistèrent pendant de longues années qu'ils furent errants dans la solitude ; il ne se passa pas un jour, pas une nuit qu'ils n'en profitassent.

Le troisième jour depuis le départ de Ramessès, on se trouva sur les bords de la mer Rouge. Les Égyptiens venaient d'enterrer leurs morts ; ils étaient encore plongés dans le deuil et la douleur. Cependant, Pharaon se repentit d'avoir congédié les enfants d'Israël. Par ses ordres, on assemble ses troupes, on met sur pied deux cent mille hommes, on équipe cinquante mille chevaux, on arme six cents chariots choisis ; on prépare le char du monarque, les généraux se mettent à la tête des troupes et le roi prétend commander en personne. L'armée formidable part et marche sur les traces des Israélites ; ceux-ci, se voyant cernés de toutes parts, murmurèrent hautement contre Moïse ; mais celui-ci, après s'être adressé au trône de la miséricorde pour obtenir le pardon des murmurateurs, donna ordre aux enfants d'Israël de se tenir prêts pour continuer leur marche. En même temps la colonne, qui était à leur tête, se plaça à l'extrémité de leur camp, entre les deux armées ; d'un côté elle était brillante et guidait leur marche, tandis que de l'autre, sombre et obscure, elle dérobait aux Égyptiens les mouvements des Hébreux. Moïse, en ce moment, étendit la main sur la mer, et les eaux se divisèrent, laissant vide un chemin large et spacieux. Le Seigneur fit souffler avec impétuosité un vent brûlant qui le dessécha et le rendit ferme sous les pieds de ses serviteurs, qui entrèrent dans cette route miraculeuse, où jamais homme n'était passé. Le jour commençait à peine à paraître, lorsque les Égyptiens s'aperçurent que leur proie leur échappait. Ils partirent avec précipitation ; et, trouvant le chemin tout frayé au fond de l'abîme, ils s'y jetèrent en aveugles : les chevaux, les chariots et les cavaliers y entrèrent sous la conduite de Pharaon. Le Seigneur dit alors à Moïse : « Etendez la main sur la mer ». Moïse le fit ; aussitôt les eaux amoncelées retombent d'elles-mêmes dans le lit qu'elles avaient abandonné : elles enveloppent les Égyptiens, les chevaux, les chars, et toute l'armée de Pharaon sans qu'il en échappe un seul homme pour en porter la nouvelle dans son pays. Les flots rejetèrent sur le rivage leurs cadavres et tous les bagages. On se saisit de ces riches dépouilles que Moïse fit distribuer par tribu et par famille. Ensuite, pour célébrer ce prodige de la protection divine, il chanta, avec tout son peuple, un magnifique cantique d'action de grâces.

Dès le lendemain de la grande victoire remportée par la protection du Dieu des armées, Moïse, au mouvement de la colonne, donna le signal du départ ; on entra dans le désert qu'il fallait traverser pour arriver à la terre promise. Mais bientôt les provisions étant épuisées, les Israélites éclatèrent en murmures. « Plût à Dieu que nous fussions tous morts en Égypte », disaient-ils ; « alors nous étions assis auprès de marmites pleines de viandes et nous avions du pain à satiété. Pourquoi nous avez-vous amenés dans cette affreuse solitude pour y mourir de faim ? » Moïse eut recours au Seigneur ; puis ayant repris fortement les murmurateurs : « Dès ce soir », leur dit-il, « le Seigneur vous donnera les viandes que vous désirez ; et, demain matin, il manifestera sa gloire d'une manière encore plus merveilleuse en vous envoyant du pain ». En effet, le soir étant arrivé, une nuée de cailles couvrit le camp. Ils s'en saisirent aussitôt, et elles leur fournirent une nourriture abondante et délicieuse. Le lendemain, de grand matin, ils aperçurent tous les environs du camp couverts d'une espèce de rosée semblable à

ces petits grains de gelée blanche qui couvrent la superficie de la campagne en hiver. « C'est là le pain que le Seigneur a promis de vous donner », leur dit Moïse : « que chacun ramasse ce qui est nécessaire pour sa famille, un gomor pour chaque personne (environ trois litres) ». On se mit à l'ouvrage ; et ceux qui, par avidité, en firent une plus ample provision, se trouvèrent, à leur retour, n'en avoir pas davantage que les autres. Il n'était pas permis non plus d'en garder pour le lendemain, autrement elle se corrompait. Mais le sixième jour de la semaine on pouvait en ramasser le double, parce que le lendemain, qui était le jour du sabbat, il n'en tombait pas.

On quitta bientôt le désert de Sin et on s'arrêta à Raphidim, non loin de la montagne d'Horeb. Le premier soin des voyageurs fut de chercher des fontaines, mais inutilement ; alors les murmures recommencèrent. Moïse eut recours au Seigneur : « Que ferai-je », s'écria-t-il, « pour contenter ce peuple ? » — « Ne craignez pas », lui répondit le Seigneur, « allez à la tête du camp ; choisissez quelques anciens, conduisez-les sur la montagne d'Horeb, je vous y précéderai ; vous frapperez le rocher de votre verge et il en sortira de l'eau en quantité ». Moïse exécuta les ordres de Dieu ; au premier coup de baguette, des ruisseaux sortirent de la dureté du roc, et des eaux limpides coulèrent à travers les vallées sèches et arides. Durant tout le temps que les Israélites demeurèrent dans ces lieux, les eaux régîèrent leur cours sur leur marche, et fournirent sans interruption à leurs besoins. A peine était-il sorti de cette passe qu'il en survint une autre. Les enfants d'Amalec, petit-fils d'Esaü, se présentèrent à la rencontre des Israélites pour leur barrer le passage ; ils conduisaient une multitude de combattants, couverts de leurs armes. Moïse ne fut pas épouvanté de cet appareil ; plein de confiance en Dieu, il fit prendre les armes, et donna le commandement à Josué, fils de Nun, chef de la tribu d'Ephraïm. La victoire sur les Amalécites fut complète.

Cependant le signal du départ fut donné ; les enfants d'Israël partirent de Raphidim le premier jour du troisième mois depuis la sortie de l'Égypte, et entrèrent dans le désert de Sinaï. Ils dressèrent leurs pavillons au pied de la montagne. Comme il était à craindre que les vérités que Dieu avait enseignées aux hommes, dès le principe, ne vinssent à s'altérer et à s'effacer entièrement de la mémoire, Dieu voulut les renouveler et les donner par écrit. Moïse s'étant retiré au sommet de la montagne pour prier, le Seigneur lui fit entendre sa voix et lui dit : « Allez, Moïse, retournez vers vos Hébreux, et dites-leur de ma part : Vous avez vu avec quelle sévérité j'ai traité les Égyptiens, et comment je vous ai délivrés de leurs mains ; je vous ai choisis pour être mon peuple. Si vous écoutez ma voix, si vous gardez mon alliance, je ferai de vous la portion choisie de mon héritage : vous serez mon royaume, vous serez la nation sainte ». Moïse descendit de la montagne, assembla les enfants d'Israël, leur répéta fidèlement ce que le Seigneur lui avait dit, et termina en leur demandant une réponse positive et précise. Tous s'écrièrent d'une voix unanime : « Nous ferons ce que demande le Seigneur ». Moïse alla porter la résolution de son peuple. « Eh bien ! reprit le Seigneur, vous serez mon interprète auprès d'eux. Retournez au camp, purifiez-les aujourd'hui et demain ; qu'ils lavent leurs vêtements et qu'ils soient prêts pour le troisième jour ; car c'est celui que le Seigneur a choisi pour descendre dans l'appareil de sa gloire, en présence des enfants d'Israël. Établissez des barrières autour du Sinaï, et dites au peuple qu'il se garde de les franchir. Quiconque passera outre sera puni de mort. Moïse descendit et fit tout ce que le Seigneur lui avait commandé.

Le troisième jour arriva ; toute la multitude des enfants d'Israël était dans l'attente, lorsqu'au lever du soleil, de grands éclats de tonnerre se font entendre ; des éclairs brillent, enflammant l'air et le sillonnent sans interruption ; une nuée épaisse et sombre couvre la montagne et en dérobe la vue. Du sein de la nue, on entend le son aigre de la trompette, qui convoque les enfants d'Israël ; mais, saisis de frayeur, ils se tiennent dans leurs tentes. Moïse lui-même, peu rassuré, eut de la peine à les faire sortir ; il y réussit enfin, et les rangea dans l'espace libre qui était entre le camp et les barrières placées au pied de la montagne. Ensuite, il s'avança au delà, et s'entretint avec le Seigneur. Il reçut ordre de monter plus haut. Cependant l'air paraissait toujours en feu, le tonnerre ne cessait point de gronder, la fumée s'épaississait et sortait avec des tourbillons de flammes, comme d'une fournaise ardente ; le son de la trompette devenait plus vif et plus perçant ; un moment après, du milieu de la nue, on entendit distinctement ces paroles terribles : « C'est moi qui suis le Seigneur votre Dieu, qui vous ai tirés de la terre d'Égypte, de la maison de servitude : 1° Vous n'aurez point de dieux étrangers en ma présence ; — 2° Vous ne prendrez point en vain le nom du Seigneur votre Dieu ; — 3° Souvenez-vous de sanctifier le jour du sabbat ; — 4° Honorez votre père et votre mère, afin que vous viviez longtemps sur la terre, que le Seigneur votre Dieu vous donnera ; — 5° Vous ne tuerez pas ; — 6° Vous ne commettrez pas d'adultère ; — 7° Vous ne déroberez pas ; — 8° Vous ne porterez pas de faux témoignages contre votre prochain ; — 9° Vous ne désirerez point la femme de votre prochain ; — 10° Vous ne désirerez pas sa maison, son serviteur, sa servante, son bœuf, son âne, et quelque chose qui lui appartienne ».

Lorsque le Seigneur eut cessé de parler, on vit de nouveau les éclairs, les flammes et la fumée qui s'échappaient de la montagne ; on entendit le bruit du tonnerre, le son des trompettes qui retentissaient avec le même éclat qu'auparavant. Alors les Hébreux, saisis, épouvantés, se retirèrent dans leurs tentes et dirent à Moïse : « Parlez-nous vous-même ; mais que le Seigneur ne nous parle point, de peur que nous ne mourions ». Moïse s'étant enfoncé dans ces redoutables ténèbres qui couvraient la montagne, représenta au Seigneur les alarmes de son peuple. « Je l'ai entendu », lui dit le Seigneur, « je ne m'en tiens pas offensé : puissent-ils toujours conserver cette crainte salutaire et garder à jamais mes préceptes ! Allez, dites-leur de retourner dans leur camp. Pour vous, revenez ici, afin que je vous fasse connaître mes volontés ». Moïse fit ce que le Seigneur lui avait commandé, puis se rendit sur la montagne sainte, accompagné de Josué. Ils demeurèrent six jours au milieu de la nuée ; le septième, le Seigneur appelant son serviteur, il quitta à l'instant Josué et monta, à travers la nuée, jusqu'au sommet du Sinaï. Il y demeura seul en la compagnie de son Dieu, pendant quarante jours et quarante nuits, sans penser à prendre aucune nourriture ; pendant ce temps, le Seigneur lui donna ses ordres pour un grand nombre d'observances et de cérémonies qui avaient pour objet le culte divin et la construction du tabernacle. Enfin, le quarantième jour, il remit à Moïse deux tables de pierre sur lesquelles les dix préceptes, qui venaient d'être promulgués avec tant d'éclat, étaient gravés du doigt de Dieu. « Allez », dit le Seigneur, « descendez de la montagne, le peuple que vous avez tiré de la servitude d'Égypte a péché contre moi, il est tombé dans l'idolâtrie ; je l'exterminerai dans ma fureur, et vous rendrai chef d'un grand peuple ». — « Je vous en conjure », reprit Moïse, « ne vous irritez pas contre ce peuple, c'est le vôtre ; vous avez brisé ses liens par la force de

votre bras tout-puissant ». Le serviteur de Dieu descendit de la montagne ; il marchait d'un air triste, tenant en ses mains les tables de la loi. Josué le joignit ; il ne savait à quoi attribuer l'abattement de son maître. En approchant du pied de la montagne, il entendit des bruits confus : « Ne sont-ce pas là », dit-il, « les clameurs de deux armées qui combattent ? » — « Vous vous trompez, Josué », lui répondit Moïse ; « ce que vous entendez sont les clameurs insensées d'hommes qui se divertissent ». Moïse n'en dit pas davantage. Et, comme il approchait du camp, il aperçut un veau d'or élevé sur une colonne et les enfants d'Israël qui chantaient, dansaient autour d'une manière désordonnée. L'indignation le saisit ; il jette à terre les tables, les brise au pied de la montagne. Puis, s'avançant au milieu de la troupe étonnée, il prend l'idole, la renverse, la broie, la réduit en poudre qu'il jette dans l'eau pour la faire boire aux coupables et leur montrer la vanité de leur idole. Se plaçant ensuite à l'entrée du camp, il ordonna à ceux de la tribu de Lévi qui, la plupart, n'avaient pas participé au crime de l'idolâtrie, de prendre leurs épées, de passer et de repasser dans le camp, mettant à mort tous les coupables, sans aucune distinction : il fut obéi. Les prévaricateurs, consternés, accablés de remords, acceptèrent le juste arrêt prononcé contre eux, et trois mille des plus coupables expièrent, par leur mort, le crime de la nation. Le lendemain, Moïse dit au peuple : « Vous méritez de grands châtiments ; mais je vais intercéder pour vous ». Arrivé à l'endroit où il avait coutume de prier, le saint législateur se prosterna, comme s'il avait été lui-même le coupable : « Seigneur », s'écria-t-il, « je sais que ce peuple ingrat a commis un grand crime ; mais, je vous en prie, pardonnez-lui cette faute ou effacez-moi de votre livre des vivants ». A force de prières et de supplications, il obtint que le Seigneur continuerait de conduire le peuple. Il sollicita ensuite la faveur de voir sa gloire. « Préparez-vous à retourner demain sur la montagne », lui dit le Seigneur ; « taillez deux tables de pierre semblables à celles que vous avez brisées à la vue des prévarications d'Israël : j'y écrirai de ma main les mêmes ordonnances ; personne ne vous accompagnera ». Moïse fit ce qui lui avait été ordonné ; il partit à l'aube du jour, tenant en ses mains les deux tables de pierre, et arriva au sommet de la montagne. C'est alors que le Très-Haut, qui l'y avait appelé, descendit vers lui sous le voile d'une nuée ténébreuse, et, pendant que Moïse se tenait debout en l'invoquant, il passa avec sa gloire, lui faisant entendre son grand nom, Jéhovah, le Dieu puissant, compatissant et miséricordieux, lent à se mettre en colère, plein de bonté et la vérité même, qui fait sentir sa miséricorde jusqu'à mille générations, qui efface le péché, l'iniquité et le crime, et devant qui personne n'est innocent par lui-même. Dans ce moment, Moïse effrayé se prosterna le visage contre terre, et s'écria : « Mon Dieu, si j'ai trouvé grâce devant vous, je vous en prie, marchez avec nous ; oubliez nos iniquités, effacez-les, et souvenez-vous que vous nous avez choisis pour votre héritage ». Le Seigneur lui donna un grand nombre d'ordonnances et lui commanda de les écrire ; lui-même traça de sa main les dix préceptes fondamentaux de la loi sur les deux tables de pierre. Moïse rapporta au peuple le renouvellement de l'alliance qu'il avait contractée en leur nom, et les lois qu'on leur imposait. Cette première fois, il publia les ordonnances du Seigneur, la face découverte. Dorénavant, il ne leur parla plus que la face couverte d'un voile ; il l'était lorsqu'il entrait dans le tabernacle pour s'entretenir avec Dieu.

Le saint législateur ne mit aucun retard dans l'exécution des volontés du Seigneur. Il assembla les enfants d'Israël et les engagea à offrir ce qu'ils

avaient de plus précieux pour la construction du tabernacle, les habillements du pontife et des sacrificateurs ; en un mot, pour tout ce qui devait servir au culte du Seigneur et aux cérémonies de la religion. Il avait à peine fini de parler, que chacun courut à sa tente pour y prendre ce qu'il destinait au Seigneur. Les vases d'or, d'argent, de cuivre ; les bois les plus précieux ; l'hyacinthe, la pourpre, l'écarlate, le byssus, les peaux les plus belles et les mieux teintes, rien n'était épargné. Tout était offert avec tant de profusion, que Moïse fut obligé de faire crier par un héraut qu'on n'apportât plus rien. Dieu lui-même avait choisi deux hommes qu'il avait remplis de l'esprit de sagesse, d'intelligence, d'habileté, pour inventer et exécuter tous les genres d'ouvrages en or, en argent, en cuivre, pour la coupe et la sculpture des pierres. C'était Béselée et Ooliad ; ils présidaient à tout et dirigeaient les travaux d'un grand nombre d'ouvriers. Tout fut achevé pour le premier jour de la seconde année : on dressa le tabernacle, fait selon le modèle qui avait été montré à Moïse, sur la montagne. Moïse, par ordre du Seigneur, choisit Aaron pour grand prêtre ou chef de la religion. Ses quatre fils, Nadab, Abiû, Eléazar, Ithamar, furent consacrés prêtres du Dieu vivant. Désormais, le souverain pontife devait être choisi parmi eux. Aussitôt que les ouvrages qui concernaient l'Arche d'alliance et autres furent terminés, Moïse se fit apporter la grande quantité de baume qu'il avait préparée par ordre du Seigneur, et s'en servit pour consacrer l'Arche, le tabernacle, le chandelier d'or, les autels, tables, etc... La cérémonie achevée, le Seigneur sembla prendre possession de la demeure qu'on venait de lui consacrer au milieu de son peuple. La nuée qui servait de guide et de lumière aux Hébreux abandonna la tente ou ancien tabernacle, et, s'approchant du nouveau, elle le couvrit et le remplit de la gloire et de la majesté de Dieu. Les ténèbres qu'elle y forma durant quelques moments, saisirent les Israélites d'une religieuse frayeur. Moïse lui-même ne pouvait y entrer, tant la nuée lui rendait redoutable la présence du Seigneur : cependant elle se retira peu à peu, laissant vides les appartements du sanctuaire, et s'élevant sous sa forme ordinaire de colonne, au-dessus du nouveau tabernacle, pour continuer à guider le peuple dans sa marche. Moïse, encouragé par ces signes si consolants, passa à la consécration des ministres du Seigneur. Il se fit apporter les magnifiques habits du pontife, ceux des prêtres, l'huile ou le baume nécessaire pour les onctions, et on conduisit, à l'entrée du parvis, les victimes destinées au sacrifice. Après ces préparatifs, Aaron et ses quatre fils se présentèrent, et Moïse procéda à la cérémonie : il commença à les purifier dans le bassin placé à l'entrée du sanctuaire, puis les revêtit de leurs habits ; il prit alors le baume des onctions, en fit sept aspersions sur l'autel des holocaustes et sur tous les ustensiles destinés aux sacrifices, sur le grand bassin, sur sa base. A l'égard d'Aaron et de ses fils, il leur répandit sur la tête le baume de la sanctification et leur en oignit les mains. Pour terminer, il fit la fonction de sacrificateur. Aaron et ses fils mirent leurs mains sur la tête de trois victimes différentes : elles furent égorgées, immolées, brûlées sur l'autel, et Moïse trempa son doigt dans le sang pour faire les onctions aux nouveaux prêtres. Il consacra aussi leurs vêtements avec du sang des victimes mêlé avec le baume, dont il arrosa les prêtres revêtus de leurs habits. Cette cérémonie dura sept jours. Le huitième jour arrivé, Moïse mit le grand prêtre et ses enfants dans l'exercice de leurs fonctions ; ceux-ci offrirent les victimes avec tous les rits prescrits par la loi : Moïse et Aaron entrèrent dans le sanctuaire pour offrir au Seigneur les vœux des enfants d'Israël, puis reparurent dans le parvis, et bénirent l'assemblée. Alors un feu, allumé par le souffle de Dieu, se précipita sur l'autel, consuma l'holocauste et en dévora toutes les graisses. Le prodige fit impression, et la multitude se prosterna la face contre terre, pour adorer la majesté du Maître qu'ils avaient l'honneur de servir et qui approuvait la consécration de ses ministres.

Les enfants d'Israël campaient depuis une année devant la montagne du Sinaï, lorsque la colonne donna le signal du départ. Alors l'Arche, du milieu du camp, est transportée à la tête. La tribu de Juda tient le premier rang ; Issachar et Zabulon sont à ses côtés. Vient ensuite la tribu de Ruben marchant sur les traces de Juda ; Siméon et Gad sont à ses côtés. Suit la tribu d'Ephraïm ; Manassès et Benjamin sont à ses côtés. Enfin les tribus de Dan, d'Asser et de Nephtali ferment la marche, et forment le plus magnifique spectacle que peut-être on ait jamais vu. C'était une armée de plus de six cent mille combattants, sans y comprendre un peuple entier de deux millions tant de femmes que d'enfants, de vieillards, de prosélytes et de serviteurs conduits par le Tout-puissant, à la conquête de la Terre promise. Après trois jours d'une marche lente, interrompue pour le temps du repos et de la nourriture, toujours protégés contre les ardeurs du soleil, fortifiés par la manne, la fatigue parut excessive, insupportable aux lâches, qui se plaignirent hautement. Le Seigneur fut indigné, et un feu subit, allumé par le souffle de sa colère, se précipita du haut du ciel sur l'extrémité du camp, et dévora les murmurateurs. L'alarme se répandit partout : on courut à Moïse en poussant de grands cris. Le saint homme se prosterna devant le Seigneur, lui présenta les larmes de toute la nation, et le feu s'ensevelit à l'instant dans les entrailles de la terre. On donna à ce lieu le nom d'Embrasement. Le deuxième jour du quatrième mois, on arriva à Cadesbarné, en vue de la Terre promise. Moïse, par ordre du Seigneur, choisit douze hommes, un de chaque tribu, pour examiner le pays, les habitants, leur valeur et leurs forces. Il leur recommanda aussi de voir si le terrain était bon, fertile, et si les villes étaient fortifiées. Ces députés partirent, et firent ce qu'on leur avait commandé. A leur retour, ils s'arrêtèrent près d'un torrent, cueillirent des figues, des grenades et surtout une grappe de raisin prodigieuse. Ils furent obligés d'en couper les branches pour la passer sur un long levier ; et deux hommes la portaient. Enfin, après quarante jours d'absence, les députés arrivèrent au camp de Cadesbarné. Dès qu'on les vit paraître, on s'assembla près de Moïse et d'Aaron, à qui les douze voyageurs rendirent publiquement compte de leur mission. Ils firent d'abord parler pour eux ces beaux fruits, et, les montrant au peuple : « Jugez », dirent-ils, « de la fertilité de cette terre que nous venons de reconnaître. On ne vous a pas trompés lorsqu'on vous a dit que là coulaient des ruisseaux de lait et de miel ». Jusque-là Moïse n'avait qu'à se féliciter. Mais quelle fut sa surprise lorsqu'il les entendit changer de langage ! « Il s'en faut bien », continuèrent-ils, « que la conquête en soit facile ; le pays est plein de villes grandes et fortifiées, des hommes d'une force extraordinaire les défendent ». Alors le découragement se peignit sur tous les visages, et les murmures se firent entendre dans tous les rangs. Cependant deux d'entre les députés, Caleb et Josué, s'efforçaient de détromper la foule : « On vous trompe », disait Caleb : « ne nous laissons pas abattre, présentons-nous devant ces peuples, et ils disparaîtront en notre présence ». Mais leurs lâches collègues les contredisaient : « Comment nous présenterions-nous devant ces peuples », disaient-ils, « devant des hommes dont la taille est demeurée ? Nous y avons vu des géants monstrueux, descendants d'Énac, dont la figure seule inspire la terreur aux plus intrépides. Nous ne paraissions auprès d'eux que comme des sauterelles ». La nuit se passa tout entière en gémissements et en larmes. Le matin, ce ne fut qu'une confusion effroyable dans tout le camp. On criait, on murmurait contre Moïse et Aaron. « Plût à Dieu », disait la multitude, « que nous fussions tous morts en Égypte ou dans cette vaste solitude ! Non, nous ne voulons pas entrer dans cette terre dont on nous parle, pour y être immolés par le fer de nos ennemis ». Et ils se disaient les uns aux autres : « Choisissons-nous un chef et retournons en Égypte ». Cependant Moïse et Aaron s'efforçaient de les rassurer, de les faire revenir à de meilleurs sentiments : tout fut inutile. Dans cette extrémité, ils se prosternèrent, implorant le secours du Tout-Puissant, tandis que Caleb et Josué, ambassadeurs fidèles, déchiraient leurs vêtements, se jetaient au milieu de la foule pour apaiser le tumulte et ranimer la confiance. Loin d'être touchés, les mutins redoublèrent leurs cris séditieux, et se préparaient à lapider ceux qui s'efforçaient de les calmer. Mais, tout à coup, la colonne de nuée, qui reposait sur le tabernacle, se changea en un feu menaçant, et laissa entrevoir à ces furieux toute l'indignation d'un Dieu outragé, près de les exterminer. Moïse lui-même, tremblant pour eux, courut demander grâce. Le Seigneur répondit avec bonté : « Je leur pardonne en faveur de vos prières. Ils ne périront pas tous en un jour comme je l'avais résolu ; mais dites à votre peuple : Voici l'arrêt de Jéhovah : Vous serez traités comme vous l'avez souhaité ; vous tous qui, depuis l'âge de vingt ans et au-dessus, avez murmuré contre moi, vous mourrez dans ce désert, vos cadavres y pourriront ; vous n'entrerez pas dans la terre que j'ai promise à vos pères avec serment. Je n'excepte de ma sentence que Caleb et Josué. Vous avez dit que vos enfants seraient la proie de vos ennemis, et moi je vous dis que ces enfants, je les introduirai dans le pays que vous avez dédaigné. Vous, vous mourrez, et vous serez ensevelis dans les sables des déserts, et eux cependant souffriront à cause de vos infidélités et seront errants avec vous l'espace de quarante années, jusqu'à ce que les cadavres de leurs pères soient consumés ». Dès lors, cette terrible sentence commença à s'exécuter sur les plus coupables. Les dix députés infidèles tombèrent morts frappés de la main de Dieu, en présence de la multitude.

Il fallut donc, après quelques jours de repos, se résoudre à quitter le voisinage de la Terre promise et reprendre la route du désert pour y subir, pendant près de quarante ans, l'arrêt porté contre eux par le juste Juge. Le voyage commençait à s'effectuer, lorsque survint une révolte la plus audacieuse qui eût encore éclaté. Coré, de la tribu de Lévi, était choqué de voir Aaron élevé à la dignité de souverain Pontife. Dathan et Abiron, de la tribu de Ruben, l'aîné de Jacob, ne pouvaient souffrir qu'un Moïse, de la tribu de Lévi, fût en possession de toute l'autorité. Ces trois ambitieux se soulevèrent et entraînèrent dans leur révolte deux cent cinquante hommes des plus distingués parmi les enfants d'Israël. Tout étant disposé, les chefs de la conjuration, suivis de leurs complices, allèrent effrontément trouver Moïse et Aaron : « C'est assez dominer parmi nous », dirent-ils ; « déposez cette dignité dont vous vous êtes fait un honneur jusqu'à ce jour. Ne sommes-nous pas tous également sanctifiés ? Pourquoi vouloir dominer sur les autres avec orgueil ? » Moïse, entendant ces paroles séditieuses, tomba la face contre terre. Puis, subitement inspiré, il se releva et parla en ces termes à Coré et à sa troupe : « Le Seigneur décidera lui-même de la justice de vos prétentions ». Chacun sait la terrible punition de ces impies. Ce fut au peuple une nouvelle occasion de murmurer : il en fut puni par un embrasement qui consuma quatorze mille sept cents hommes.

Tous les événements dont nous venons de parler eurent lieu pendant les deux premières années de la sortie d'Égypte. Durant les trente-huit qui suivirent, l'Écriture ne rapporte rien de remarquable, touchant les Israélites ; elle fait mention de cinquante et une stations qu'ils firent dans le désert de l'Arabie, toujours protégés par la main du Seigneur. La colonne les conduisait, la manne les nourrissait, Dieu continuait de se communiquer à Moïse ; et, par un prodige de sa divine bonté, les vêtements, ainsi que les chaussures de tant de personnes, ne s'usaient pas. Enfin, dans le cours du premier mois de l'année mosaïque, la quarantième depuis la sortie d'Égypte, on campa à Cadesbarné, fort près de la Terre promise où l'on se trouvait trente-huit ans auparavant. L'eau étant venue à manquer, le peuple s'assembla en tumulte autour de Moïse et de son frère : « Plût à Dieu », s'écriaient-ils, « que nous fussions morts avec nos frères ! pourquoi nous conduire dans cette solitude pour y mourir de soif, nous et nos bestiaux ? » Cependant Moïse et Aaron se prosternant le visage contre terre : « Seigneur, Dieu d'Israël », s'écrièrent-ils, « écoutez les cris de votre peuple, ouvrez les trésors de votre miséricorde, donnez-leur une source abondante d'eau vive, qu'ils se désaltèrent et qu'on ne les entende plus murmurer ». Dieu fut touché des instances de ses serviteurs ; il leur ordonna d'assembler le peuple autour du rocher situé au haut de la montagne, et de lui ordonner, en son nom, de fournir de l'eau. Moïse prit sa verge, assembla le peuple, et, accompagné de son frère, il se plaça auprès du rocher. Toute la multitude était dans l'attente : Cependant quelque peu de défiance passa dans son cœur ; il ne douta pas que Dieu pût, mais qu'il voulût faire le miracle ; cette incertitude se communiqua à son frère ; il frappa la pierre, et elle n'obéit pas ; il frappa un second coup, mais avec cette foi vive et cet humble repentir qui opèrent des prodiges, et à l'instant l'eau sortit en abondance. Les serviteurs du Tout-Puissant avaient commis une faute : « Vous ne m'avez point cru », leur dit le Seigneur, « vous avez hésité, et vous ne m'avez pas honoré en présence des enfants d'Israël ; vous ne les introduirez pas dans la Terre promise ». Cette source fut nommée l'Eau de contradiction, parce qu'il s'était élevé des murmures en ce lieu contre le Seigneur.

Aaron mourut peu de temps après. Les quarante années de pénitence étaient écoulées : le nombre de ceux que le Seigneur avait condamnés à périr dans le désert se trouvait bien petit. On était sur le point de prendre possession de la terre promise. Les enfants d'Israël étaient campés dans les plaines de Moab, lorsque Moïse et le grand prêtre Eléazar, par ordre du Seigneur, firent le dénombrement du peuple : il fut de six cent un mille sept cent trente hommes capables de porter les armes. Dans ce nombre, il ne se trouva pas un seul, de tous ceux qui étaient sortis de l'Égypte, âgés de vingt ans et au-dessus, si ce n'est Caleb et Josué, selon l'arrêt qui avait été prononcé. Alors le Seigneur dit à Moïse : « Vous irez sur les hautes montagnes d'Abarim, et, de la pointe de Phasga, au sommet du mont Nébo, vous considérerez à loisir toutes ces belles régions que je vais donner à mon peuple. Je ne vous accorde que cette dernière consolation, parce que vous m'avez offensé aux Eaux de contradiction, conjointement avec votre frère. Plein de tendresse et de sollicitude pour son peuple, Moïse dit alors au Seigneur : « Je vous conjure, Dieu tout-puissant, vous qui connaissez le cœur de tous les hommes, et qui disposez de leurs jours, daignez faire connaître celui que vous choisissez pour veiller sur les enfants d'Israël, les conduire dans la Terre promise et combattre à leur tête, qu'ils ne soient pas comme des brebis sans pasteur ». — « Prenez Josué, fils de Nun », lui dit le Seigneur ; « c'est à lui que j'ai communiqué, comme à vous, la plénitude de mon esprit ; imposez-lui les mains, donnez-lui vos ordres, en présence du grand prêtre et de la multitude ». Nul choix ne pouvait être plus conforme aux inclinations de Moïse. Depuis quarante ans Josué était son disciple, son confident, son ami ; âgé alors de quatre-vingt-treize ans, il s'était formé à l'école de ce grand homme ; et sa droiture, sa bravoure, son expérience le rendaient recommandable au peuple. Moïse s'empressa de mettre ces ordres à exécution. Il assembla le peuple, le grand prêtre, les princes des tribus, et les anciens s'approchent : il montre Josué, déclare le choix que Dieu en a fait, leur commande d'obéir désormais à ce chef comme à lui-même, puis instruit le nouveau conducteur du peuple de Dieu de ce qu'il doit à ses sujets de soins, de vigilance et de dévouement ; il représente à la nation ce qu'elle doit à son chef de soumission, de respect et d'obéissance ; enfin, il lui impose les mains et l'associe au gouvernement que bientôt il doit lui abandonner tout entier.

Avant de se séparer de ses frères, Moïse les assembla plusieurs fois, afin de leur faire part de ses dernières volontés. Il leur rappelait les merveilles que Dieu avait opérées en leur faveur, et leur recommandait d'être fidèles à la loi du Seigneur. Cependant il reçut l'ordre définitif de se rendre sur la montagne où il devait terminer le cours de sa vie. Il assembla une dernière fois le peuple, pour lui dire un solennel adieu, et pour lui donner sa bénédiction, comme un bon père de famille la donne à ses enfants qu'il aime. Ensuite il se sépara de la multitude consternée et, accompagné d'Éléazar et de Josué, qui devaient être les témoins de sa mort, il gravit la montagne de Nébo ; puis, de la pointe la plus élevée, nommée Phasga, le Seigneur lui ordonna de porter ses regards sur la terre de Chanaan. Il la considéra tout entière : « Voilà », lui dit-il, « le magnifique pays que j'ai promis, par serment, à Abraham, à Isaac et à Jacob, de donner à leur postérité. Je vais remplir mes promesses ; vous avez vu cette terre, mais vous n'y entrerez pas ». Comme le Seigneur achevait ces paroles, Moïse, âgé de cent vingt ans, expira sur cette montagne, dans la terre de Moab, mais si sain et si vigoureux qu'il ne sentait encore aucune infirmité de la vieillesse : sa vue n'était pas

affaiblie, et aucune de ses dents n'était ébranlée. C'est ainsi qu'il rendit son âme à Dieu, laissant son corps entre les mains de ses deux fidèles amis, Eléazar et Josué.

Voici les principales caractéristiques de Moïse. On le représente : 1° exposé sur le Nil dans une corbeille de jonc et sauvé par la fille de Pharaon ; 2° à genoux devant le buisson ardent, ou détachant sa chaussure pour s'en approcher ; 3° tenant à la main la baguette dont il se servit pour opérer tant de prodiges en Égypte et dans le désert ; 4° frappant le rocher de cette verge miraculeuse pour en faire sortir l'eau qui doit désaltérer le peuple d'Israël ; 5° faisant passer la mer Rouge aux Hébreux, et ensevelissant sous ses eaux l'armée de Pharaon ; 6° désignant la manne aux Israélites ; 7° tenant à la main les tables de la loi qu'il apporta du Sinaï ; 8° brisant ces mêmes tables à la vue des Hébreux qui se livrent à des actes d'idolâtrie ; 9° le front rayonnant et formant des cornes lumineuses, après son séjour sur le Sinaï ; 10° lisant au peuple le livre d'alliance ; 11° envoyant des émissaires pour explorer la terre promise ; 12° arborant le serpent d'airain pour guérir ceux qui avaient été mordus par des reptiles ; 13° déroulant un cartouche où on lit ces mots : « Vous verrez votre vie suspendue devant vous », paroles tirées des malédictions prononcées par le législateur contre les Hébreux infidèles ; 14° figurant, mais rarement, dans les sujets de la transfiguration.

## CULTE ET RELIQUES. — ÉCRITS.

C'était, ce semble, à Eléazar et à Josué, malgré l'excès de leur douleur, à se charger du soin de la sépulture de leur maître ; mais Dieu, pour des raisons qu'il n'a pas révélées, en ôta la commission aux hommes, pour la confier au premier des anges. L'esprit de lumière trouve de la résistance du côté de l'esprit de ténèbres ; celui-ci s'opposa de tout son pouvoir à l'enlèvement du corps. Cependant l'archange saint Michel lui commanda, au nom du Très-Haut, de ne pas le troubler dans son opération, et enterra le corps dans une vallée de la terre de Noab ; il le fit si secrètement que jamais on n'a pu rien savoir sur l'endroit de la sépulture du Prophète.

Les Juifs choisirent deux jours de l'année pour rendre un culte religieux à la mémoire de Moïse ; l'un était le 23 du septième mois, appelé *Tishri* : ils nommaient cette fête *Réjouissance de la Loi* et *Bénédiction*, et ils la faisaient pour honorer le testament de la mort de Moïse. L'autre jour était le 7 du deuxième et dernier mois de leur année, appelé *Adar* : c'était une fête lugubre qui consistait en un jeûne public pour pleurer la mort du Prophète, qu'ils croyaient être arrivée en ce jour. Les Chrétiens ont choisi le 4 septembre pour rendre leur culte à Moïse. Les Grecs, outre ce jour, qui leur est commun avec les autres nations, célèbrent encore la mémoire de Moïse, d'Aaron et des autres Saints du quatrième âge du monde, le premier dimanche de Carême.

Moïse est le plus ancien de tous les auteurs dont les écrits soient parvenus jusqu'à nous. Parmi ceux qui portent son nom, il y en a cinq que l'on ne peut lui contester sans témérité, savoir : les livres de la Genèse, de l'Exode, du Lévitique, des Nombres et du Deutéronome, que l'on comprend ordinairement tous sous le nom de Pentateuque.

Quoique nous n'ayons point de preuves certaines du temps auquel Moïse a écrit le Pentateuque, il y a cependant lieu de croire qu'il ne mit ce grand ouvrage en l'état où il est encore aujourd'hui, que la quarantième année du voyage des Israélites dans le désert.

Les Hébreux donnent à chacun de ces livres un nom qui est tiré des premiers mots par où ils commencent. Ainsi ils nomment la Genèse *Beresith*, c'est-à-dire au commencement parce que c'est le premier mot de ce livre. Ils donnent à l'Exode le nom de *Weelle Schemoth*, par la même raison, et ainsi des autres. Les Grecs, au contraire, donnent à ces livres des titres tirés du sujet qui y est traité. Ils nomment le premier la *Genèse*, parce que l'on y trouve la création du monde, qu'on y voit l'accroissement du genre humain et la naissance du peuple de Dieu. Ils donnent au second le nom d'*Exode*, parce qu'on y raconte la sortie d'Égypte, et ainsi des autres.

Ce livre est comme une préface dans laquelle il prépare l'esprit et le cœur du peuple auquel il voulait prescrire les lois qui sont décrites dans les livres suivants. Il y donne l'histoire de la création du monde, la généalogie des patriarches qui ont vécu avant et après le déluge, surtout celle de Seth et de Sem. Il y marque avec soin l'accroissement du genre humain, sa corruption, la peine de ses crimes dans les eaux du déluge, la dispersion des hommes arrivée après la construction de Babel, la vocation d'Abraham et le choix que Dieu avait fait de la race de ce patriarche

pour son peuple particulier, d'où devait naître le libérateur du genre humain. On y voit aussi l'histoire d'Isaac, de Jacob, de Joseph et de leurs descendants, jusqu'à la mort de ce dernier patriarche, arrivée l'an du monde 2369.

Ce livre, dans l'hébreu, commence par la conjonction *et* : ce qui marque que les événements qu'il contient sont liés avec ce qui est rapporté dans la Genèse, dont l'Exode est la suite. Moïse y décrit d'abord l'occasion et les motifs de la persécution suscitée contre les Israélites par le roi d'Égypte ; le cri des Israélites vers le Seigneur pour être délivrés de la cruelle servitude sous laquelle ils gémissaient depuis longtemps ; leur délivrance miraculeuse, la promulgation de la loi, l'alliance que Dieu fit avec les Israélites, et la manière dont il établit leur république. L'Exode contient l'histoire de cent quarante-cinq ans, depuis la mort de Joseph jusqu'à l'érection du tabernacle au pied du mont Sinaï, l'an du monde 2518.

On a donné au livre III du Pentateuque le nom de Lévitique, parce qu'il traite à fond de toutes les fonctions des Prêtres et des Lévites. Les Hébreux l'ont nommé *Vajicra*, c'est-à-dire : Et il a appelé, parce qu'il commence par ce terme dans le texte original. Outre les lois qui regardent les devoirs des Prêtres et des Lévites, Dieu y prescrit les cérémonies de la religion, les différentes sortes de sacrifices, les parties des victimes qui devaient être consumées sur l'autel, et celles qui devaient appartenir aux prêtres qui les offraient ; la consécration d'Aaron et de ses fils, la distinction des animaux purs et impurs, les principales fêtes de l'année et la manière de les célébrer, l'observation de l'année septième ou l'année sabbatique, et de l'année quarante-neuvième ou année du jubilé. On y lit de plus ce qui arriva au peuple de Dieu, lorsqu'il était encore au pied de la montagne du Sinaï, pendant l'espace d'un mois et demi.

Le livre IV du Pentateuque est appelé par les Hébreux *Vajedabber*, c'est-à-dire : Et il parla, parce qu'il commence par ces mots dans le texte original. Les Grecs, et après eux les Latins, l'ont intitulé : les Nombres, à cause du dénombrement du peuple et des Lévites, qui est à la tête du livre. Il comprend l'histoire de tout ce qui s'est passé depuis le premier jour du second mois de la seconde année de la sortie des enfants d'Israël hors de l'Égypte, jusqu'à la quarantième année ; ainsi il renferme l'histoire d'environ trente-neuf années. On y fait le dénombrement de tous les enfants d'Israël, depuis vingt ans et au dessus ; on y rapporte la manière dont les Israélites campaient autour du tabernacle, la consécration des Lévites au service du Seigneur en la place des premiers-nés de tout Israël, etc., etc.

Les Grecs appellent le livre V de Moïse Deutéronome, c'est-à-dire seconde loi, non que la loi rapportée dans ce livre soit différente de celle que Dieu donna à Moïse sur la montagne du Sinaï, quelque temps après la sortie d'Égypte, mais parce qu'elle a été publiée et recommandée de nouveau en faveur de ceux qui n'étaient pas encore nés ou en âge de raison, lorsqu'elle fut publiée pour la première fois. Les Juifs l'appellent : *Elle haddebarim*, c'est-à-dire : Ce sont les paroles, parce qu'il commence par ces mots dans l'hébreu. On lui a donné aussi le nom de livre des répréhensions, parce que Moïse y fait des reproches assez durs aux Israélites de leur ingratitude et de leur infidélité envers le Seigneur. Les rabbins le nomment quelquefois *Mishné*, ce qui signifie la même chose que le double ou la répétition de la loi. Le Deutéronome qui, selon la pensée de saint Jérôme, était « la figure de la loi évangélique, rapporte de telle manière les choses qui avaient déjà été dites dans les trois livres précédents, qu'il ne laisse pas de faire une histoire nouvelle ». Le Deutéronome contient l'histoire d'environ cinq ou six semaines, c'est-à-dire ce qui s'est passé dans le désert depuis le commencement du onzième mois de la quarantième année de la sortie d'Égypte, jusqu'au septième jour du douzième mois de la même année, qui était du monde la 2553e.

On a faussement attribué à Moïse : 1° le psaume LXXXIX et les dix suivants, pour la seule raison que le psaume LXXXIX portait en titre : « Prière de Moïse, l'homme de Dieu » ; Origène était de ce sentiment aujourd'hui abandonné ; — 2° le Livre de Job : Bellarmin, Lambécins et quelques autres écrivains des derniers siècles étaient de cet avis ; — 3° une Apocalypse ou Révélation ; — 4° une Ascension, ouvrage cité souvent chez les anciens ; — 5° des Discours mystérieux, contenant plusieurs prophéties touchant David et Salomon ; — 6° un testament composé, selon la Stichométrie de Nicéphore, de onze cent versets ; — 7° une Petite Genèse dont plusieurs anciens ont transcrit des passages que nous avons encore aujourd'hui ; — 8° un livre de la Vie de Moïse, où semble avoir puisé l'historien Josèphe.

Il n'est pas aisé de fixer le temps auquel on a composé ces livres apocryphes ni d'en découvrir les auteurs : ce que l'on peut dire de plus certain, c'est que la plupart étaient déjà publiés au IIe siècle de l'Église, comme il paraît par les fragments que Clément d'Alexandrie et Origène en ont rapporté dans leurs écrits.

Nous nous sommes servi, pour composer cette biographie, des *Femmes de la Bible*, par Mgr Durbay ; des *Saints de l'Ancien Testament*, par Sallée ; des *Merveilles du peuple de Dieu*, ouvrage anonyme, de l'*Histoire des Auteurs sacrés et ecclésiastiques*, par Dom Calmet ; du *Dictionnaire des Antiquités*, par l'abbé Martigny ; et des *Caractéristiques des Saints*, par le révérend Père Cahier.

Événements marquants

  • Sauvé des eaux du Nil par la fille de Pharaon
  • Fuite au pays de Madian après avoir tué un Égyptien
  • Apparition de Dieu dans le buisson ardent au mont Horeb
  • Sortie d'Égypte et passage de la mer Rouge
  • Réception des Tables de la Loi sur le mont Sinaï
  • Quarante ans d'errance dans le désert
  • Mort sur le mont Nébo à l'âge de 120 ans

Miracles

  • Transformation de sa baguette en serpent
  • Les dix plaies d'Égypte
  • Ouverture de la mer Rouge
  • Jaillissement de l'eau du rocher d'Horeb
  • Descente de la manne et des cailles

Citations

JE SUIS CELUI QUI EST

— Parole de Dieu à Moïse

Vous verrez votre vie suspendue devant vous

— Malédictions du Deutéronome

Date de fête

4 septembre

Décès

An du monde 2553 (naturelle)

Patron(ne) de

Autres formes du nom

  • Mosheh (he)

Prénoms dérivés

Moïse

Famille

  • Amram (père)
  • Jocabed (mère)
  • Aaron (frère)
  • Marie (sœur)
  • Jéthro (beau-père)
  • Séphora (épouse)