Saint Matthieu (Lévi)
Apôtre et Évangéliste, Martyr
Résumé
Ancien publicain en Galilée, Matthieu abandonne tout pour suivre Jésus. Après avoir écrit son Évangile, il évangélise l'Éthiopie où il accomplit de nombreux miracles, dont la résurrection du fils du roi. Il meurt martyr, assassiné au pied de l'autel pour avoir défendu le vœu de virginité de la princesse Iphigénie.
Biographie
SAINT MATTHIEU, APÔTRE ET ÉVANGÉLISTE,
MARTYR EN ÉTHIOPIE.
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Sanctitas beati Matthæi agnoscitur in omnium desertione, in veloci obedientia, in Christi imitatione, in hospitalitatis exhibitione, in precationum suarum manifestatione.
Je reconnais la sainteté du bienheureux Matthieu dans l'abandon qu'il fait de tous ses biens, dans sa prompte obéissance à Jésus, dans son zèle à imiter son maître, dans l'hospitalité qu'il exerce envers lui, et dans la confession qu'il lui fait de ses fautes.
S. Thomas d'Aquin, Sermons.
Saint Matthieu est appelé Lévi par deux évangélistes. Il porta probablement ce dernier nom avant sa conversion, et l'autre depuis. On le croit natif de Galilée. Il était publicain ou receveur des impôts pour les Romains, profession très-odieuse aux Juifs dont elle rappelait la dépendance.
Un jour qu'il était assis dans son bureau, sur le bord de la mer de Génézareth, Notre-Seigneur, qui passa devant lui, en eut pitié, et, le regardant d'un œil de miséricorde, lui dit : « Suivez-moi ».
A ces paroles, Matthieu fut rempli d'une lumière céleste qui lui fit connaître en un instant la vanité de toutes les choses de la terre ; il vit que son bonheur consistait à suivre Jésus-Christ. Il se leva donc aussitôt, abandonna son emploi et se mit à la suite de ce grand Maître.
Cela nous apprend avec quelle promptitude il faut obéir à la voix de Dieu, quand il frappe à la porte de notre cœur et qu'il nous appelle à son service. Saint Matthieu ne délibéra point, ne consulta personne, ne demanda point de temps, n'exigea point de miracles, ne proposa point de s'éprouver auparavant pour savoir s'il pouvait suivre celui qui l'appelait ; la présence de ceux avec lesquels il était ne l'embarrassa pas ; ses richesses ne l'arrêtèrent pas non plus ; en un mot, ni le respect humain, ni l'attachement à sa fortune, ni aucune des considérations qui retiennent ordinairement dans le monde, ne furent point capables de lui faire différer un moment de se donner tout entier et sans réserve à Jésus-Christ. Voilà de quelle manière nous devons correspondre à la grâce.
L'Évangile nous apprend encore qu'après sa conversion il fit dans sa maison un festin, auquel il convia Jésus-Christ et plusieurs publicains avec lui. Dans son zèle ardent, il désirait faire connaître Notre-Seigneur et procurer aux autres la même grâce que lui-même avait reçue.
Nous trouvons aussi dans son propre Évangile un bel exemple de son humilité : faisant le dénombrement des douze Apôtres que Jésus-Christ choisit entre ses disciples, il confesse qu'il n'avait été qu'un publicain, afin de faire paraître davantage l'excellence de la grâce par laquelle il avait été appelé à l'apostolat. C'est tout ce que le Texte sacré nous apprend de notre saint Évangéliste.
Après l'Ascension de Notre-Seigneur au ciel, et la descente du Saint-Esprit sur les Apôtres, il commença à prêcher, avec les autres, les Mystères d'un Dieu crucifié ; et, lorsqu'ils se dispersèrent par toute la terre et quittèrent la Judée, qu'ils avaient tâché d'éclairer et de convertir la première, l'Éthiopie lui tomba en partage. On croit qu'à cette époque il avait déjà écrit son Évangile : il le composa en hébreu, ou plutôt en syriaque, qui était la langue vulgaire des Hébreux, afin de confirmer ceux de cette nation qui avaient déjà reçu la foi. Saint Épiphane dit qu'il l'écrivit par ordre des autres Apôtres.
La distribution des provinces étant faite, saint Matthieu prit aussitôt le chemin d'Éthiopie pour y porter la foi. Il passa par l'Égypte, où son ardeur à annoncer la loi de grâce lui fit surmonter une infinité de traverses qui s'y présentèrent. Il montra le chemin du ciel à ces peuples, autant par la sainteté de sa vie que par la force de sa doctrine et par l'éclat de ses miracles. Clément d'Alexandrie dit qu'il était très-adonnée à la contemplation, qu'il menait une vie très-austère, qu'il ne mangeait point de viandes, qu'il ne vivait que d'herbes, de racines et de fruits sauvages. De l'Égypte, il se rendit en Éthiopie, dans la ville de Naddaver, ville considérable par sa population, et métropole du royaume Éthiopien, où il fut reçu par cet eunuque de la reine de Candace que saint Philippe, diacre, avait baptisé, ainsi qu'il est rapporté aux Actes des Apôtres. Il trouva dans cette ville deux magiciens, nommés Zaroës et Arfaxat, qui, par leurs prestiges, trompaient ces pauvres idolâtres, leur causant des maladies et puis les en guérissant, afin de se faire rendre, par ces faux miracles, des respects qui ne leur étaient point dus. Quand ils virent que l'Apôtre découvrait leurs sortilèges, et qu'il désabusait le peuple, ils firent venir, par leur art diabolique, deux dragons épouvantables pour jeter la terreur dans toute la ville ; mais saint Matthieu, ayant fait le signe de la croix, rendit ces animaux doux comme des agneaux, et les obligea de retourner dans leurs cavernes. Cette merveille commença à rassurer les habitants contre les charmes de ces imposteurs, et donna moyen au saint Apôtre de leur annoncer le Sauveur, par la vertu duquel il avait opéré ce prodige : de sorte que plusieurs se convertirent par ses prédications et embrassèrent la religion chrétienne. Mais un autre miracle, bien plus éclatant que le premier, lui fit faire des progrès encore plus considérables et acheva de perdre le crédit de deux magiciens. La mort avait enlevé le fils du roi, nommé Euphranor, et saint Matthieu, ayant invoqué le nom de Jésus-Christ sur le corps du défunt, lui rendit incontinent la vie.
Cette merveille fut cause de la conversion du roi, de la reine, de la maison royale et de toute la province, qui reçurent tous le saint baptême. Ce qui consola merveilleusement notre Apôtre, ce fut que la princesse Iphigénie, fille de ce même roi, laquelle était un prodige de beauté et de sagesse, lui ayant ouï parler du bonheur des Vierges qui choisissent Jésus-Christ pour Époux, résolut de garder sa virginité et de consacrer à Dieu seul toutes les inclinations de son cœur. Son exemple ayant excité plusieurs autres jeunes filles à en faire de même, le Saint leur conseilla de se retirer toutes ensemble dans une maison particulière, pour y vivre, sous la conduite de la princesse, comme les fidèles Épouses du Fils de Dieu.
Quelques écrivains ont inféré de là que saint Matthieu est l'auteur du Voile et de la Consécration des vierges. Mais cette illustre conquête, qu'il fit au Sauveur du monde, lui coûta enfin la vie; car, après la mort d'Eglippe, Birtace, son frère, s'étant emparé du royaume, voulut épouser Iphigénie, soit à cause de sa beauté, soit pour s'assurer davantage la couronne en épousant l'héritière. Pour réussir dans son dessein, comme il connaissait le pouvoir que l'Apôtre avait sur l'esprit de la princesse, il le pria de la disposer à consentir à ce mariage; le Saint lui répondit qu'il pouvait assister à un discours qu'il devait faire à la communauté des vierges, et qu'il entendrait lui-même le conseil qu'il donnerait à Iphigénie. Birtace ne manqua pas de s'y trouver. Mais saint Matthieu, bien loin de la porter au mariage, ne parla que de l'excellence de la virginité, des bénédictions du ciel dont elle est toujours accompagnée et des grandes récompenses qui sont dues à son mérite. Birtace, que la passion aveuglait, entra dans une telle colère à ce discours qu'il résolut sur-le-champ de s'en venger; et, sortant de l'église, il y envoya, presque à l'heure même, des bourreaux pour mettre à mort le saint Apôtre. Ils le trouvèrent à la fin du sacrifice de la messe qu'il célébrait; et sans respecter la sainteté du lieu, ni les mystères sacrés qu'il avait entre les mains, ils lui donnèrent plusieurs coups dont il tomba raide mort aux pieds de l'autel, qui fut teint de son sang. Saint Hippolyte l'appelle l'Hostie et la victime de la Virginité, parce qu'il fut martyrisé pour la défense et la gloire de cette vertu angélique. Il avait demeuré vingt-trois ans en Éthiopie, durant lesquels il avait gagné des milliers d'âmes au vrai Dieu, renversé les temples des idoles, érigé des églises en leur place, ordonné des prêtres et sacré des évêques pour l'entier établissement de la religion chrétienne. Voilà ce que les meilleurs auteurs de l'Histoire ecclésiastique nous apprennent sur saint Matthieu. À quoi les leçons du Bréviaire romain sont entièrement conformes.
Nous trouvons dans les Constitutions de saint Clément, pape, liv. VIII, chap. xxv, que saint Matthieu est l'instituteur de l'eau bénite, et il rapporte même l'oraison dont il se servait pour faire cette bénédiction. Il ajoute que ce fut lui aussi qui ordonna que les fidèles offriraient à Notre-Seigneur les prémices et la dîme de leur revenu pour l'entretien des ministres de l'Église et l'assistance des pauvres.
Saint Matthieu est représenté, sur les plus anciens monuments, ordinairement debout, sans attribut qui le distingue des autres Apôtres. À Saint-Paul hors les murs, à Rome, on le voit debout, les bras croisés. Un vitrail de la cathédrale de Chartres le représente monté sur le dos d'un Prophète: cette représentation a une haute portée symbolique. C'est, dit-on, une figure de l'accomplissement des prophéties de l'Ancien Testament par les figures du Nouveau. Il est aussi représenté avec une tête de bœuf, pour rappeler l'animal qu'on lui donne pour attribut. Au cabinet des estampes de Paris, on le voit représenté: 1° tué à l'autel pendant qu'il disait la messe; 2° éteignant un incendie et tuant deux dragons; 3° quittant son bureau de recettes, à la voix de Jésus-Christ, qui lui ordonne de le suivre; 4° voyant dans le ciel la tige de Jessé; 5° tenant un sac, pour rappeler ses fonctions de receveur des impôts; 6° tenant une épée comme instrument de son martyre. On le voit aussi tenant un livre ouvert et quelquefois une banderole sur laquelle est écrit : *Liber generationis Jesu Christi*, etc.
## CULTE ET RELIQUES. — ÉCRITS.
Un grand nombre de lieux et d'églises ont été, de temps immémorial, consacrés à Dieu sous le vocable de saint Matthieu. Parmi les plus célèbres églises qui lui furent dédiées, on peut citer celle du Monastère dit de Saint-Matthieu, en Mécopotamie, appelée aujourd'hui Dierbeckie, située près de Mosul, ou nouvelle Ninive ; à Rome, l'église de Saint-Matthieu (in Merulana), qui possède un bras du Saint.
Le corps de ce saint Apôtre a toujours été conservé avec beaucoup de vénération dans la ville de Naddaver, en Éthiopie, où il endura le martyre, jusqu'à ce qu'il fut transféré à Salerne, au royaume de Naples, en 954. Comme on se trouvait souvent alors dans des périls de guerre, et que l'on craignait que quelqu'un ne vînt furtivement s'emparer des reliques, on les cachait, et le lieu secret où on les déposait, n'était connu que de peu de personnes ; c'est ce qui fit que le corps de saint Matthieu demeura environ cent vingt ans caché dans un caveau secret qui fut découvert à Salerne, en 1080, sous le pontificat de saint Grégoire VII, comme on le voit dans une lettre de ce Pape écrite à Alfane, évêque de Salerne. De là son chef sacré a été transporté en France, et déposé dans la cathédrale de Beauvais, excepté une partie qui se conserve encore religieusement dans le monastère de la Visitation de Sainte-Marie, à Chartres. Quant au chef de saint Matthieu, conservé dans la cathédrale de Beauvais avant la Révolution, il a disparu en 1792.
Saint Matthieu écrivit son évangile à la prière des Juifs convertis de la Palestine. Il entre dans le détail circonstancié des actions du Sauveur. Depuis le cinquième chapitre jusqu'au quatorzième il diffère des autres évangélistes dans la manière de ranger les faits ; il néglige l'ordre des temps pour réunir les instructions de Jésus-Christ et montrer plus parfaitement la liaison qui existe entre elles. Il insiste principalement sur les préceptes moraux, et donne la généalogie du Sauveur, pour faire voir l'accomplissement des promesses selon lesquelles le Messie devait sortir de la race d'Abraham et de David.
Tous les anciens Pères assurent de la manière la plus positive que son Évangile fut originairement écrit en hébreu moderne, ou en syro-chaldéen, qui était la langue que parlaient les Juifs après la captivité. Il fut traduit en grec du temps des Apôtres. Saint Jérôme dit que le texte hébreu était à Césarée dans la bibliothèque de saint Pamphile et qu'il en avait lui-même une copie tirée de l'exemplaire dont se servaient les Nazaréens de la ville de Bérée.
L'Évangile de saint Matthieu fut trouvé, par révélation divine, dans l'île de Chypre, avec le corps de saint Barnabé, sous l'empire de Zénon.
Nous nous sommes servi, pour compléter cette biographie, de *L'Histoire des Apôtres*, par l'abbé Maistre, et de *Notes fournies par M. le vicaire général de Beauvais et par M. Paquest*, vicaire général de Chartres.
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## SAINT GRÉGOIRE, ÉVÊQUE D'AMNICE,
## DANS LA GRANDE ARMÉNIE, ET PATRON DE TALLARD, AU DIOCÈSE DE GAP
SAINT GRÉGOIRE, ÉVÊQUE D’AMNICE.
de l’Euphrate. Constantin, son père, et sa mère Zozienne, se glorifiaient plus de leur foi que de leur noblesse. Comme Tobie et Sara, son épouse, ils s’excitaient mutuellement à la vertu par le tableau des mœurs innocentes des patriarches, et dans les deux transports de leur pieux enthousiasme, ils s’écriaient : « Nous sommes les enfants des Saints ; nous attendons cette vie que Dieu donnera à ceux qui ne changent jamais la foi qu’ils lui ont jurée ». Aussi le Seigneur bénit le mariage de ces vertueux époux en leur donnant quatre enfants, qui firent la joie de leur vie par leur inviolable attachement à la loi de Dieu. Le premier, dont l’histoire ne nous a transmis que le nom, s’appelait Etienne. Après lui venait Grégoire que nous allons faire connaître. Les deux autres étaient deux filles : l’une se sanctifia dans un monastère, et l’autre au milieu des soucis et des embarras du mariage.
Contrairement à l’usage général de l’Église à cette époque, Grégoire fut régénéré dans les eaux du baptême immédiatement après sa naissance. Un pieux ermite, nommé Luc, le présenta sur les fonts sacrés. Les soins et les exemples de ce parrain eurent une grande influence sur les mœurs de l’enfant. De leur côté, Constantin et Zozienne furent les premiers instituteurs de leur jeune famille qui se montra digne de leur affection et de leurs religieux enseignements. Grégoire, en particulier, leur prouva, par sa docilité à leurs leçons et par son exactitude à les mettre en pratique, que la grâce de Dieu opérait merveilleusement en lui.
Dès qu’il fut en âge de se livrer à l’étude des lettres, son éducation fut confiée à d’habiles précepteurs. Doué de rares talents, il fit dans les écoles des progrès si rapides, que, jeune encore, il mérita d’être placé au rang des philosophes et des théologiens remarquables de ce temps-là. Malgré sa profonde humilité, les brillantes qualités de Grégoire lui attirèrent bien vite les regards et l’admiration de ses concitoyens. Aussi, l’évêque d’Amnice étant venu à mourir, ils le crurent visiblement suscité pour être le successeur de celui dont on pleurait la perte, et la voix du peuple l’appela sur le siège épiscopal de cette ville.
Le saint jeune homme n’avait que de bas sentiments de lui-même : il s’étonne, il s’effraie, il refuse cette sublime dignité ; il craint de succomber sous le poids des obligations qu’impose la plénitude du sacerdoce. L’apôtre saint Paul a dit que, pour tenir en main le bâton pastoral, il faut être l’image vivante de Jésus-Christ. Cet oracle pénètre Grégoire d’un saint effroi et le décide à prendre la fuite, pour se soustraire aux honorables violences qui alarment sa faiblesse. Mais Dieu avait parlé par la bouche du clergé et des fidèles ; le refus de Grégoire fut inutile ; il ne fit qu’augmenter la confiance qu’on avait en lui. Ses compatriotes le poursuivirent dans sa retraite, le ramenèrent au milieu d’eux et le forcèrent de se rendre à leurs ardents désirs. Il n’eut pas plus tôt prononcé, d’une voix entrecoupée de sanglots, que, le ciel le voulant, il serait leur évêque, qu’aussitôt des cris de joie retentirent de toutes parts. Les chrétiens remercièrent solennellement le Seigneur de leur avoir offert un guide si éclairé ; ils se mirent en prière pour l’élu ; et l’évêque de Césarée lui imposa les mains à Erivan, siège de saint Grégoire, martyrisé sous le règne de Dioclétien.
D’abondantes bénédictions récompensèrent le nouvel évêque de l’immense sacrifice qu’il s’était imposé, et justifièrent, en même temps, le choix du peuple. A sa voix, on vit l’empire du démon s’écrouler, et sur ses ruines s’élever l’empire de Jésus-Christ. L’Église d’Amnice brilla d’un vif éclat ; le nombre de ses enfants s’accrut rapidement, et, comme dans les premiers siècles du christianisme, ils n’eurent plus qu’un cœur et qu’une âme. Après s’être acquitté des plus sublimes fonctions de l'Apôtre, il visitait, en père et en ami, les hôpitaux et les prisons; il allégeait les chaînes du captif, et adoucissait les infirmités du malade; il ne sortait jamais de la demeure du malheureux sans y laisser la joie, la paix, et l'aumône qui soulage la misère. Il éprouvait tant de bonheur à se trouver au milieu des pauvres, qu'il avait fait de son palais leur asile. A l'exemple du divin Maître, il leur distribuait la nourriture, qui, plus d'une fois, se multiplia miraculeusement sous sa main.
Mais cette calme prospérité de l'Eglise d'Amnice ne fut pas de longue durée. Une subite irruption des Romains et des barbares, qui tentèrent de rétablir, à tout prix, dit l'historien Eusèbe, le culte des idoles dans toute l'Arménie, vint jeter, dans cette ville, le trouble et la désolation. Irrités de la résistance des chrétiens qui avaient pris les armes pour défendre leurs foyers et leur foi, les païens mirent tout à feu et à sang dans la contrée. Durant cette tempête, Grégoire n'hésita point: il sut toujours affronter le péril pour fortifier son peuple contre l'apostasie. Le ciel bénit ses efforts, et aucun de ceux commis à sa garde n'eut le malheur de renier sa foi. Mais sa chère ville épiscopale fut livrée au pillage et changée en un monceau de cendres. Son courage, au-dessus de ces déplorables événements, ne faiblit pas un seul instant. Le saint évêque continua de se tenir en rapport avec les restes de son troupeau dispersé, jusqu'à ce que son zèle, ayant soulevé contre lui personnellement la haine des ennemis de la religion, on le conjura avec instances de fuir ce théâtre de carnage et d'horreur.
Il sort donc de sa retraite, suivi de quelques prêtres exposés, avec lui, aux plus grands dangers. Mais il ne s'éloigne pas; comme le bon pasteur, il court après les brebis errantes pour les ramener au bercail; il va de rocher en rocher pour évangéliser les pauvres; il presse, il conjure, il porte à tous la bonne nouvelle du salut, et les païens, cédant à la puissance de la grâce, viennent à ses pieds abjurer leurs erreurs et rendre gloire au Très-Haut. La charité de Grégoire avait aplani les obstacles qui avaient retenu ceux-ci séparés des fidèles d'Amnice, leurs frères. Ainsi, de nouvelles conversions couronnaient ses incessants travaux. L'apôtre songeait à porter plus loin ses pas et sa puissante parole, lorsque ses nombreuses conversions le signalèrent à la fureur des barbares, maîtres d'Amnice. Sa tête fut mise à prix, et ses compagnons, Jean, Paul, Marc et Polycarpe, activement recherchés. Ils tinrent alors conseil entre eux sur le lieu où ils iraient chercher un refuge, puisqu'il n'était plus possible de rien entreprendre, sans nuire à la mission des montagnes. Le cœur navré de douleur, ils résolurent de se confier aux eaux du grand fleuve pour descendre ensuite aux Indes. Leur intention était d'aller pleurer sur le tombeau du glorieux apôtre saint Thomas, et de mettre sous sa haute protection leur malheureuse patrie, ainsi livrée aux plus terribles assauts de l'esprit infernal.
A peine en mer, ils furent assaillis par une furieuse tempête; mais Dieu qui les avait sauvés de la rage des barbares ne voulait pas les engloutir dans l'abîme. Ses pensées ne sont point nos pensées; il ne détourne ces héros de leur course que pour offrir un nouveau champ à leur zèle infatigable, et de nouvelles tribulations à leur sublime constance. Jetés sur une terre inconnue, nos pèlerins s'engagent hardiment dans un sentier tortueux dont ils ignoraient l'issue, et, contre leur attente, ils arrivent dans une peuplade idolâtre, peu éloignée de l'endroit où ils avaient pris terre.
Convaincu que le ciel l'a poussé dans une direction opposée au but de son voyage pour procurer le salut de ces infidèles, saint Grégoire travaille aussitôt à leur conversion. La douceur de sa voix, le calme de ses traits, sa résignation au milieu des revers lui gagnent tous les cœurs et les disposent à embrasser la doctrine qu’il enseigne. En peu de temps, les prosélytes devinrent nombreux, et le pieux Pontife put leur donner le baptême ; ils foulent aux pieds leurs anciennes divinités, adorant la Trinité sainte au nom de laquelle ils viennent d’être régénérés. Grégoire ne les quitte point qu’ils ne soient instruits à fond de la doctrine chrétienne, et qu’il ne les ait rendus des hommes parfaits dans la science du salut. Avant son départ, il dédie un temple au Très-Haut, et offre, avec actions de grâces, sur cette terre purifiée, la seule victime d’agréable odeur.
Après trois mois d’un séjour si bien utilisé, l’évêque d’Amnice et ses compagnons poursuivirent leur pèlerinage. Dieu envoya ses anges pour les garder dans leurs voies ; il leur fut donné de marcher sur l’aspic et le basilic, et de fouler aux pieds le lionceau et le dragon ; le mal n’approcha point d’eux, et ils arrivèrent sains et saufs à Nobie. Nos cinq voyageurs rencontrèrent en ce lieu une peuplade déjà convertie qui les reçut avec une charité vraiment hospitalière, et bien capable de leur faire oublier les privations de la route. Ils respirèrent avec un indicible bonheur l’air pur de ce pays chrétien : c’était l’avant-goût des charmes et des délices qui les attendaient à Méliapour, objet de leurs désirs. Un peu remis de leurs extrêmes fatigues, ils reprennent donc leur marche avec un nouveau courage, espérant que Dieu, si bon pour ceux qui le servent, voudra bien leur accorder ce qu’ils viennent chercher de si loin : le bonheur de vénérer les reliques du premier apôtre des Indes.
Arrivés enfin à Méliapour ou Cœléminès, en-deçà du Gange, ils courent se prosterner devant les ossements sacrés du glorieux saint Thomas ; ils les arrosent de leurs larmes, collent avec respect, avec amour, leurs lèvres sur la chasse précieuse, et implorent avec ferveur, pour eux, pour leurs malheureux concitoyens, l’assistance du célèbre thaumaturge. Ainsi retrempés dans la vigueur sacerdotale par la vue du corps de ce généreux martyr, frappé d’un coup de lance à la porte du lieu saint dont il défendait l’entrée aux sacrificateurs des idoles, et encouragés par ses grands exemples, ils pensent à reprendre le chemin d’Amnice ; ils espéraient adoucir les maux de leur chère patrie, en lui annonçant le puissant secours qu’ils venaient de lui assurer par leur long et laborieux pèlerinage. Hélas ! le ciel en avait autrement disposé. Délivré des monstres, nos zélés pèlerins tombèrent au pouvoir des émissaires d’un roi barbare, qui les chargèrent de fers et les conduisirent vers leur maître, encore plus inhumain que ses serviteurs. Ce chef ordonna de les renfermer dans un obscur cachot, leur fit endurer toutes sortes de tortures, et finit par les condamner à mort.
Ni ces tourments, ni l’aspect du dernier supplice n’ébranlent la fermeté des généreux captifs. Ils savent que le royaume du ciel souffre violence, et qu’à ce prix seul on peut le conquérir ; que les tribulations sont le partage ordinaire des Saints ici-bas, et que le martyre est le plus court chemin qui mène sûrement à la véritable gloire. Ces pieuses pensées les remplissent de joie ; comme saint Thomas, ils auront, se disent-ils, le bonheur de verser leur sang pour la foi ; ils le prient donc de leur obtenir l’héroïsme qui triomphe de la mort. Mais Dieu, content du sacrifice qu’ils ont fait en leur cœur, ne veut voir en eux que des martyrs de la charité ; non-seulement il les délivre, mais il les glorifie en présence de celui qui, aux yeux du peuple, les avait couverts d’opprobre.
Pendant que le tyran dicte l’arrêt fatal, son fils, l’héritier présomptif de la couronne, est tout à coup frappé d'une maladie inconnue; sa mort paraît inévitable. La reine, persuadée que les dieux punissent, dans la personne du fils, la cruauté du père, conjure son époux de rétracter la sentence; elle court elle-même vers le cachot annoncer l'heureuse nouvelle aux innocents prisonniers; elle prie Grégoire d'accepter sa liberté et de solliciter, auprès du Dieu qu'il adore, la guérison de ce fils, son unique consolation et toute sa joie. Le saint confesseur, encore plus désireux de procurer à cet enfant la vie de l'âme que la vie du corps, demande au ciel un prodige, et il est exaucé. Il fait ensuite connaître à la mère et au jeune prince celui qui tient entre ses mains les destinées des mortels; il les instruit de la doctrine évangélique, et, avant de les quitter, il les régénère dans les eaux du baptême.
Le nouveau péril auquel Grégoire et ses compagnons venaient d'échapper, accrut encore leur confiance en Dieu, qui les protégeait d'une manière si visible, et, sous la sauvegarde de sa providence, ils se mirent sans crainte en chemin. Le Pontife ne se lassait point de prêcher l'Évangile partout où il passait. Son zèle le conduisit un jour au palais d'un chef de tribu idolâtre qui voulait l'entendre. Convaincu que cet homme, puissant en œuvres et en paroles, enseignait des dogmes divins, ce chef se convertit et ses sujets l'imitèrent. Il accrédita même son bienfaiteur auprès de cinq autres rois, qui, à son exemple, embrassèrent la foi chrétienne, entraînant après eux les provinces soumises à leur domination.
Ces princes avaient trouvé dans la connaissance des vérités de la foi et dans la participation à nos saints Mystères, un bonheur bien supérieur à toutes les délices de leur cour. Ce fut donc pour témoigner leur gratitude au Seigneur qu'ils prirent la résolution de quitter, pour quelque temps, leurs États et d'aller, sous l'humble habit de pèlerins, visiter les lieux sanctifiés par la vie et la mort du Fils de Dieu.
Grégoire, à qui nul sacrifice ne paraissait impossible quand il s'agissait de la gloire de son Dieu et du salut des âmes, charmé d'ailleurs de trouver de si saintes dispositions dans ses fils spirituels, consentit à prolonger son exil, pour mener ces nouveau-nés de l'Église aux lieux où elle-même prit naissance. Le voyage, quoique long, fut heureux; ils arrivèrent sans accident à Jérusalem. A la vue de cette reine des nations, veuve de sa gloire, couverte de ruines, soumise à la domination étrangère, foulée aux pieds par les légions romaines, Grégoire et toute sa noble suite pleurèrent sur l'étrange aveuglement des Juifs, qui avaient osé livrer à la mort l'auteur de la vie, et, par le fait, s'attirer de si grands malheurs. Ils visitèrent, dans le recueillement et la tristesse, tous les lieux sanctifiés par la Passion du Dieu Sauveur: le jardin de Gethsémani, témoin de sa sueur de sang; la maison de Pilate, où il parut, couronné d'épines, un roseau à la main; cette voie douloureuse par laquelle, épuisé de souffrances et de fatigues, il montait au Calvaire, succombant sous le faix de sa lourde croix. Puis, après avoir satisfait leur dévotion dans ces lieux de douloureux souvenirs, ils se transportèrent à Bethléem, au Thabor, à la fameuse vallée de Josaphat, et, remplis de joie d'avoir accompli leur vœu, ils songèrent au retour. Les princes, rappelés dans leurs États par le besoin de leurs peuples, ne pouvaient retarder davantage leur départ; mais il fut impossible à Grégoire, qui était tombé malade à Jérusalem, par suite des grandes fatigues qu'il avait endurées dans ses longs voyages, de se mettre en route avec eux.
Pendant leur séjour dans la ville sainte, Grégoire et ses compagnons avaient reçu de tristes et fâcheuses nouvelles sur l'état de l'Église d'Amnice.
L’Arménie était toujours au pouvoir des idolâtres, et les édits de proscription lancés contre les ministres de Jésus-Christ n’avaient pas été retirés. Le chagrin que Grégoire en ressentit augmenta sa maladie, et il fut bientôt réduit à l’extrémité. Le voyant dans cette situation désespérée, ses clercs redoublèrent leurs prières et promirent de se rendre en pèlerinage à Rome, si Dieu voulait rétablir cette santé qui leur était si chère, et leur rendre leur guide et leur père. Le Seigneur agréa ce vœu de l’affection filiale. Quelque temps après, le saint Pontife recouvra la santé, et aussitôt, on se dirigea vers Rome, où la gloire de l’antique Jérusalem semblait s’être réfugiée. La ville éternelle fut édifiée des longues visites de nos pieux voyageurs aux tombeaux des Apôtres, auxquels elle doit sa nouvelle splendeur. Le pape Anastase, dont saint Jérôme exalte les vertus, occupait alors la chaire de Pierre ; il reçut Grégoire avec la distinction que méritaient ses vertus et ses malheurs.
A cette époque, l’Église d’Occident n’était plus renfermée dans Rome, elle s’étendait au loin dans les Gaules, où un grand nombre d’évêques rehaussaient son éclat par leurs lumières et la sainteté de leur vie. Parmi eux, brillait l’illustre Martin de Tours, dont les travaux et les prodiges furent, même avant sa mort, connus du monde entier. Émerveillé de tout ce que la renommée publiait de ce saint Pontife et des florissantes Églises des Gaules, Grégoire céda au désir de les visiter. Mais, à peine quittait-il l’Italie, qu’il apprit que Martin, succombant sous le poids de l’âge, de ses labeurs prolongés et de ses austères pénitences, touchait à sa dernière heure. Cette triste nouvelle ne lui fit pourtant point changer de dessein. Déterminé à payer le tribut de sa vénération aux restes du thaumaturge, si toutefois il ne jouissait pas du plaisir de le trouver vivant, il poursuivit sa route et il put arriver à Tours encore assez tôt pour voir l’illustre malade.
Saint Grégoire eut avec saint Martin quelques pieux colloques qui adoucirent beaucoup la douleur qu’il éprouvait d’être depuis si longtemps éloigné de l’Église d’Amnie, son épouse, livrée à la fureur et aux ravages des Romains et des Barbares. Ainsi consolé et fortifié par les sages conseils du saint vieillard, il reprit le chemin de l’Italie, traversa les Gaules en évangélisant, et arriva dans les Alpes vers l’an 402.
Le diocèse de Gap était alors gouverné par un évêque, confesseur de la foi. Grégoire séjourna chez lui quelque temps, et fit partie du saint cortège qui l’accompagna, lors de la consécration d’une église bâtie par les catholiques, dans Allabon, aujourd’hui Tallard. Les habitants d’Allabon ne vivaient pas tous sous les lois du Christ : plusieurs d’entre eux étaient encore livrés aux superstitions de l’idolâtrie ; il en était de même des populations environnantes. L’évêque de Gap, plein d’égards pour les exilés, et connaissant leur zèle apostolique, engagea Grégoire et ses compagnons à continuer l’œuvre de conversion dans ces montagnes, et il ne cessa de les honorer de la plus cordiale amitié. Pendant deux ans, le Saint remplit, à l’admiration de tous, les fonctions de pasteur ou d’apôtre à Tallard et dans les environs, travaillant avec ardeur, malgré son grand âge et les austérités de sa vie, à la propagation de la foi chrétienne. Ici, comme partout, le Seigneur féconda ses travaux, et l’idolâtrie disparut entièrement de cette vallée. C’est qu’on croyait volontiers un évêque aux cheveux blancs, dont le maintien, la conduite et les discours annonçaient qu’il ne cherchait point sa propre gloire, mais la gloire de celui qui l’envoyait ; on cédait sans peine à celui qui venait, sans aucun motif d’intérêt, et qui s’exposait à toute sorte de périls, pour enseigner le droit chemin qui mène à l’éternelle félicité.
Tantôt Grégoire s’asseyait, comme Jésus, au milieu des enfants pour les instruire, et les préparer à verser leur sang pour la foi, au moment de l’épreuve, malgré la faiblesse de leur âge. Tantôt il allait soigner les malheureux, respirant l’air infect de leur obscur réduit, ne craignant pas de panser leurs ulcères, ne rougissant point de solliciter pour eux le secours du riche ; Dieu seul était le mobile de cette charitable conduite ; Dieu seul le fortifiait dans ses peines ; Dieu seul le rendait rayonnant de joie au milieu de ses travaux les plus rudes ; un amour immense lui faisait tout souffrir pour la gloire du souverain Maître. Les fidèles, à la vue de tant d’héroïsme, levaient leurs mains suppliantes vers le ciel pour le conjurer de prolonger les jours d’un pasteur, devenu leur père, qui leur rendait la vie si douce et le salut si facile.
Mais c’était là le terme que Dieu avait assigné à sa mission extraordinaire, après laquelle il voulait le couronner et le mettre en possession de la suprême béatitude. Il l’appela à lui le 21 septembre de l’an 404. Grégoire mourut à l’autel, frappé d’apoplexie, à l’instant même où il venait de consommer le saint sacrifice ; c’est ce jour-là qu’on célèbre sa fête à Tallard, et que de toutes les paroisses voisines, il se fait un grand concours au tombeau du Bienheureux.
## CULTE ET RELIQUES.
Le pieux évêque de Gap qui, deux ans auparavant, avait consacré l’église de Tallard, vint lui-même rendre les honneurs de la sépulture à ce pasteur tant regretté. Il consola les fidèles, en leur montrant combien ils étaient heureux de posséder, dans les mortelles dépouilles du saint préfet, un si riche trésor. La voix du peuple et du clergé, comme cela se pratiquait alors, acclama Grégoire du nom de Bienheureux, et l’on vint de loin prier sur son tombeau. Le Seigneur ne tarda pas à justifier ce culte, en permettant qu’il s’y opérât plusieurs miracles : des boiteux y furent redressés, des muets y trouvèrent la parole, des aveugles la vue ; plus d’une fois des cadavres, déposés sur cette tombe sacrée, furent rappelés à la vie.
La ville de Tallard, reconnaissante envers son bienfaiteur, bâtit en son honneur une chapelle, où l’on déposa ses glorieux restes enfermés dans une belle châsse d’argent. Les hérétiques du XVIIe siècle, qui ravagèrent avec tant de fureur ce pays afin d’y renverser le culte catholique, ne manquèrent pas de s’en prendre à ceux qui l’avaient établi. Ils profanèrent l’église paroissiale et la chapelle de Saint-Grégoire érigée au même lieu, enlevèrent la châsse et les reliques du Saint ; et, comme s’ils eussent redouté la puissance de ces ossements inanimés, ils voulurent les anéantir. Pour exécuter ce projet sacrilège, ils allumèrent un feu sur la place publique et les y jetèrent, à la vue des fidèles éplorés de cet affreux attentat et demandent, à grands cris, vengeance d’une telle insulte faite à leur piété. Dieu, jaloux de la gloire de ses Saints comme de la sienne propre, exauça cette prière : le ciel, étincelant d’éclairs, se couvrit d’épais nuages : une grande pluie vint éteindre le feu du bûcher ; elle tombait si abondante, que les rues de Tallard furent transformées en torrents. Toutefois les eaux, en roulant dans leurs flots tout ce qu’elles rencontraient, respectèrent les ossements du Bienheureux et les laissèrent à sec. Ce prodige couvrit de confusion les impies profanateurs ; craignant que la foudre ne s’abattît sur leurs têtes pour punir à l’instant leur forfait, ils se hâtèrent de prendre la fuite. Une femme pieuse recueillit les saintes reliques et les remit, dans l’église, au curé de la paroisse.
De siècle en siècle jusqu’à nous, des prodiges étonnants ont illustré le tombeau du bienheureux Grégoire. Le respect profond que tous les religieux habitants de la contrée lui portaient, la foule qui s’y pressait toutes les années, avec la consolation d’y être fréquemment exaucée, l’esprit de ferveur qui animait le plus grand nombre des pèlerins, venant rendre leurs devoirs à l’apôtre zélé auquel leurs pères avaient dû leur conversion, firent qu’on sollicita, auprès d’Innocent X, la béatification de saint Grégoire. Le Pape, après examen canonique, permit que l’on rendît à cet illustre pontife les honneurs qui sont dus aux Bienheureux. Plus tard, Clément XIII, par un bref en date du 5 septembre de l’année 1768, visé à Gap par l’Ordinaire, le 11 mai 1770, accorda, pour sept ans, une indulgence plénière, le jour de la fête de saint Grégoire, et aussi un autre jour désigné par l’évêque du diocèse (ce jour était le premier dimanche après le 21 septembre), à tous les fidèles de l’un et de l’autre sexe qui, véritablement repentants, s'étant confessés et ayant communié, visiteront dévotement, dans l’Octave de la fête, l'église paroissiale de Saint-Grégoire, à Tallard, dans le diocèse de Gap, et qui y prieront pour la paix des princes chrétiens, l'extirpation des hérésies et l'exaltation de la sainte Église, notre mère. Les évêques de Gap, de leur côté, favorisèrent ce culte de saint Grégoire, et l'encouragèrent non-seulement par leurs paroles, mais encore par l'autorité de leur exemple. Entre tous, se sont fait remarquer Mgr Arthur de Lionne et Mgr de Pérouus, prélats de glorieuse mémoire, qui entourèrent les saintes reliques du bienheureux patron de Tallard d'une grande vénération et d'une confiance entière.
Extrait de l'Histoire hagiologique du diocèse de Gap, par Mgr Depéry.
Événements marquants
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Miracles
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