Le Bienheureux Guillaume de Brabant

Bienheureux, Ermite et Prêtre

13ᵉ siècle • bienheureux

Résumé

Né dans le Brabant, Guillaume mène d'abord une vie de vagabondage avant de répondre à une vision angélique l'appelant à la pénitence à Morlanwez. Devenu ermite puis prêtre sous l'égide de l'évêque de Cambrai, il fonde l'abbaye de Marie d'Olive. Il meurt en 1240 après une vie dédiée à la prédication et à la direction spirituelle.

Biographie

LE BIENHEUREUX GUILLAUME DE BRABANT

Beatus vir qui in via peccatorum non steterit.

Bienheureux l'homme qui ne se fixe pas dans le péché.

Le bienheureux Guillaume naquit dans le Brabant d'une famille honnête, et reçut de ses parents une bonne éducation ; mais la légèreté du jeune âge et une certaine pétulance de caractère l'empêchèrent d'en profiter comme il aurait dû. Aussi, quand il arriva aux années de l'adolescence, et que les passions commencèrent à se développer en lui, le frein salutaire de la religion fut impuissant pour contenir son ardeur et la diriger vers le bien. Le jeune homme, en dépit des remontrances et des reproches qu'on lui adressait, se livra sans frein à ses passions déréglées. Ses parents, croyant trouver un moyen de le ramener au bien en lui faisant apprendre un métier, le placèrent chez un boulanger de l'endroit ; mais Guillaume quitta bientôt la maison paternelle, et sous prétexte d'étudier le français que l'on ne parlait pas dans son pays, il vint en France mener une vie vagabonde et désordonnée.

La misère et la faim firent bientôt rentrer en lui-même ce nouvel enfant prodigue, qui se ressouvint aussi des jours heureux qu'il avait passés dans sa famille, des sages conseils qu'il y avait reçus et dont l'oubli était l'unique cause de ses malheurs. Cette pensée le poursuivant sans cesse, il résolut d'aller se présenter dans un monastère, où il put se réconcilier avec Dieu et exercer tranquillement sa profession. Il était alors dans la Thiérache, auprès de la ville de Vervins, et ce fut à quelque distance de ce lieu qu'il rencontra un monastère de Prémontrés dans le diocèse de Laon. Le tentateur ne tarda point à attaquer Guillaume dans cette solitude et à lui en inspirer le dégoût. L'infortuné jeune homme, au lieu de confier à quelque guide sage et expérimenté les pensées que soulevait dans son âme l'esprit de ténèbres, se laissa aller peu à peu à ses sollicitations coupables, et retomba dans les fautes qu'il commençait à expier dans cette sainte maison où tout le portait à Dieu. Bientôt même ce séjour lui devint odieux, et le quittant comme un fugitif, il rentra de nouveau dans le monde pour y continuer sa vie vagabonde et libertine. Mais Dieu, qui avait des desseins de miséricorde sur cette âme égarée, la poursuivait sans cesse par l'aiguillon du remords. Il voulait ramener ce grand pêcheur à la pénitence, et montrer une fois de plus au monde ce que peut sa grâce dans les cœurs les plus rebelles et les plus faibles. Une nuit donc, pendant son sommeil, Guillaume crut voir un ange qui se présentait à lui et lui disait, au nom de Dieu, qu'il eût à changer de vie, à faire pénitence de ses péchés et à aller vivre dans un désert. « C'est dans le hameau de Morlanwez, au lieu appelé le Champ du potier, sur les confins du Hainaut et du Brabant, qu'il doit se transporter ; c'est là qu'il trouvera un endroit convenable, appartenant à un homme noble du nom d'Eustache ».

Guillaume, quittant alors la maison où il se trouvait, se rendit aussitôt au lieu que le Seigneur venait de lui désigner. Il interrogea sur son chemin

des hommes qui lui indiquèrent le hameau de Morlanwez et la maison qu’habitait le pasteur : c’était en effet à lui que le pénitent voulait se présenter d’abord. Le ministre du Seigneur fut presque effrayé en voyant devant lui cet homme encore ceint de ses armes et d’un aspect étrange et presque féroce. Mais ses pensées changèrent bientôt quand il vit Guillaume se jeter à ses genoux en fondant en larmes, et lui demandant, au nom de Jésus-Christ, de recevoir l’aveu de ses crimes et de lui en donner le pardon. Quelques moments après, le nouveau pénitent, la conscience purifiée et l’âme rendue à la paix, se relevait pour faire au prêtre la communication du dessein que Dieu lui avait inspiré, et implorer le secours de ses conseils.

Arrivé dans le lieu que la Providence lui avait indiqué, le bienheureux Guillaume, avec le concours de quelques hommes vertueux, et surtout d’Eustache, seigneur de l’endroit, se mit à construire une petite cabane dans laquelle il put se retirer. Les bûcherons et les bergers des environs le regardaient avec une curiosité mêlée d’étonnement : les uns le prenaient pour un insensé ou un hypocrite, d’autres pour un grand serviteur de Dieu. Les pénitences extraordinaires qu’il s’imposait, les pratiques que son humilité lui avait fait adopter pour expier ses égarements passés, pouvaient donner lieu à ces jugements divers. Le témoignage d’un homme sage et prudent vint bientôt manifester d’une manière certaine la vertu du saint pénitent du Brabant. Jean, docteur en théologie, doyen de la basilique de Saint-Lambert à Liège, et alors chanoine régulier au monastère d’Oignies, près de Namur, ayant entendu parler de Guillaume, vint le visiter afin de bien connaître quel esprit l’animait et pourquoi il adoptait certaines pratiques de pénitence tout à fait extraordinaires. Il s’entretint avec lui de choses spirituelles dans lesquelles il le trouva très-versé. Il l’engagea à ne plus se traîner sur les pieds et les mains comme il avait fait quelquefois auparavant, et l’ermite s’étant rendu aux conseils et aux avis de l’homme éclairé qui lui parlait, donna, par cette docile obéissance, une nouvelle preuve de la pureté de ses intentions.

Dans le même temps, le noble et vertueux Eustache vint à mourir, et Berthe, son épouse, qui partageait ses sentiments de piété, continua envers le serviteur de Dieu tous les bons services qu’il avait reçus jusqu’alors. Elle lui procura une petite terre qu’il défrichait avec soin pour en retirer les choses nécessaires à la vie. Dieu, en même temps, inspira à Guillaume la pensée d’étudier les saintes Écritures, pour y puiser les sentiments qui entretiennent la dévotion dans les âmes. Il goûtait dans cette lecture des douceurs ineffables ; aussi n’était-il pas rare de le rencontrer dans son parterre, un instrument de jardinage dans une main et un livre sacré dans l’autre.

La vertu éclatante du pieux ermite attirait souvent près de lui des hommes qui venaient demander ses conseils et s’édifier de ses exemples. Berthe, voyant ce concours de fidèles, fit bâtir dans ce lieu une petite église pour la commodité des voyageurs et des habitants de la contrée. Cependant le Seigneur, afin de tenir son digne serviteur dans une continuelle défiance de lui-même, et d’exercer de plus en plus sa vertu, permit bien souvent qu’il fût en butte à toutes sortes de tentations. L’esprit mauvais lui tendait sans cesse des embûches, et lui apparaissait même quelquefois sous les formes les plus capables de le troubler. Mais le pieux anachorète le chassait, comme faisait autrefois saint Antoine dans les déserts de la Thébaïde, par le signe de la croix, et l’invocation du saint nom de Jésus, en qui il mettait toute sa confiance. On le vit même en plusieurs circonstances, pour surmonter les tentations de la chair, se jeter dans les eaux froides et glacées d’un étang

voisin, et en sortir ensuite les habits tout trempés. Dans cet état, il allait à l'église conjurer le Seigneur, en se frappant la poitrine, de lui pardonner ses péchés passés, et de lui accorder la grâce de ne jamais y retomber à l'avenir.

Ces épreuves, assez ordinaires dans la vie des grands pénitents, furent suivies bientôt de douces et ineffables consolations. Guillaume eut même plusieurs visions, dans l'une desquelles le Seigneur lui fit connaître qu'il l'appelait au sacerdoce. Le Bienheureux était alors diacre, sans que l'on sache à quelle époque de sa vie il avait reçu cet ordre et les autres qui le précèdent. Pour se conformer à la volonté du ciel, que ses supérieurs ecclésiastiques reconnurent comme lui, il reçut la prêtrise des mains de Jean de Béthune, évêque de Cambrai. De retour dans sa solitude, il commença à prêcher avec force et onction aux habitants du pays et à tous ceux qui venaient le visiter.

L'homme de Dieu, comprenant bientôt de quel avantage serait dans la contrée un monastère, résolut d'en fonder un lui-même. Dans ce dessein, il se rendit à Fontenelles, près de Valenciennes, où les filles du seigneur d'Aulnoy, Jeanne et Agnès, avaient établi, peu de temps auparavant, une abbaye qui jouissait d'une grande réputation de régularité. Édifié du spectacle qui se présenta à ses yeux, il demanda que quelques-unes des religieuses de cette communauté vinssent commencer à mener la vie régulière dans le monastère qu'il avait préparé. La proposition fut acceptée avec joie, mais l'extrême pauvreté du lieu, et le manque des choses les plus indispensables, ne permirent pas de continuer alors. Ce ne fut que quelques années plus tard que sept religieuses, appelées du monastère de Moustier, près de Namur, vinrent habiter la nouvelle abbaye qui fut consacrée à la Sainte Vierge, sous le nom de la bienheureuse Marie d'Olive. Le reste de la vie du vénérable Guillaume fut entièrement employé aux œuvres du ministère sacré. Il prêchait la parole de Dieu avec un accent qui touchait profondément les âmes, et les portait au repentir de leurs fautes et à la pratique des vertus. Sa vigilance et sa sollicitude pour les saintes filles réunies dans le monastère d'Olive n'étaient pas moins grandes, et il leur procurait tout à la fois les secours spirituels et temporels. Ce fut au milieu de ces actes de charité et de zèle sacerdotal que le Seigneur l'appela à lui, l'an 1240, dans la soixante-sixième année de son âge.

Vie des Saints de Cambrai et d'Arras, par M. l'abbé Destombes.

Événements marquants

  • Jeunesse dissipée et départ pour la France
  • Apprentissage chez un boulanger
  • Entrée éphémère chez les Prémontrés du diocèse de Laon
  • Vision d'un ange ordonnant la pénitence au hameau de Morlanwez
  • Vie d'ermite au Champ du potier
  • Ordination sacerdotale par Jean de Béthune
  • Fondation de l'abbaye de la bienheureuse Marie d'Olive

Miracles

  • Vision d'un ange lui indiquant le lieu de sa pénitence
  • Visions divines l'appelant au sacerdoce

Citations

Beatus vir qui in via peccatorum non steterit.

— Psaumes (cité en introduction)