Notre-Dame d'Avénières
Reine qui porte la triple couronne
Résumé
Le sanctuaire de Notre-Dame d'Avénières à Laval fut fondé par Guy II, seigneur de Laval, après avoir été miraculeusement sauvé de la noyade dans la Mayenne. Il y découvrit une statue de la Vierge entourée de lampes et y établit un monastère confié à ses filles. Devenu un centre de pèlerinage majeur, le sanctuaire fut honoré par le pape Pie IX et la statue fut couronnée en 1860.
Biographie
NOTRE-DAME D'AVÉNIÈRES, AU DIOCÈSE DE LAVAL
Notre-Dame d'Avénières couvre de sa protection huit fois séculaire le pays de Laval ; son autel est le rempart le plus puissant de la foi et de la piété dans toute la contrée ; les populations y accourent dans tous leurs besoins ; elles l'environnent d'un hommage constant et traditionnel ; et elles bénissent Dieu de leur avoir donné une aussi secourable et aussi douce protectrice.
Ce fut par un insigne miracle de sa tendresse que la Reine qui porte la triple couronne désigna le champ où s'élève le sanctuaire d'Avénières comme destiné à lui être consacré. Guy II, seigneur de Laval, passant la Mayenne sur un pont situé au-dessous de son château, tomba dans la rivière avec le cheval qu'il montait. Emporté par un courant rapide, il se vit dans un péril évident de mort ; mais aussitôt il éleva son cœur plein de foi vers celle que l'Église appelle l'Étoile de la mer ; il implora son secours avec la confiance d'un fils, et la Mère de miséricorde abaissa sur lui un œil de bonté ; il fut porté doucement par le flot vers un champ voisin, rempli d'avoine, et il y aborda sain et sauf. En touchant la plage, un nouveau prodige se révéla à ses yeux et vint confirmer le premier : il aperçut tout près une statue de la Mère de Dieu, tenant son divin Fils dans ses bras, et tout environnée de lampes allumées. La vive lueur qu'elles répandaient n'était qu'une faible image de la lumière surnaturelle qui inondait alors l'esprit et le cœur du pieux chevalier. Se prosterner le front contre terre, jurer une reconnaissance éternelle à Celle qui venait de l'arracher de l'abîme et qui se manifestait encore à lui avec tant de bonté, dut être le premier mouvement de celui qui pouvait se proclamer l'enfant de Marie. Le second mouvement qui sortit spontanément du cœur de Guy, fut de promettre solennellement à son auguste Protectrice de lui élever un autel à la place même que ses pieds avaient sanctifiée.
Bientôt un sanctuaire s'éleva à l'endroit même où l'image de la sainte Vierge s'était manifestée aux yeux de Guy. Afin que l'hommage rendu à Marie fût plus complet, le pieux fondateur résolut d'établir en même temps un chœur de vierges destinées à chanter jour et nuit les louanges de Dieu et de sa sainte Mère. Guy II avait deux de ses filles, Agnès et Odeline, nommée aussi Hildeburge, qui s'étaient consacrées à Dieu dans l'abbaye de Sainte-Marie de la Charité ou du Ronceray, à Angers. Ce fut dans ce grand monastère qu'il alla demander la colonie de religieuses dont il avait besoin pour peupler le nouveau cloître qu'il voulait fonder. Ses vœux furent exaucés, et le pieux chevalier eut le bonheur de voir ses deux filles chargées, avec leurs compagnes, d'acquitter le tribut de reconnaissance qu'il devait à la Reine du ciel.
Les religieuses d'Avénières se montrèrent dignes des prérogatives qui leur étaient accordées, et la Reine du ciel regarda d'un œil favorable cet essaim de vierges ferventes qui environnaient à toute heure son autel d'hommages si purs et si ardents. Par un si puissant secours la communauté prospéra rapidement.
Il y avait un siècle environ que le pèlerinage de Notre-Dame d'Avénières était fréquenté, lorsque l'on songea à élever en ce lieu une église nouvelle. Le nombre des pèlerins s'était accru, et le monastère des religieuses avait acquis une importance considérable. Le prieuré d'Avenières éleva, à la gloire de l'auguste patronne, l'un des plus remarquables monuments de la province du Maine, et le plus beau assurément dont puissent se glorifier les rives de la Mayenne.
L'église de Notre-Dame d'Avenières décrit une croix latine. Selon les prescriptions de l'âge apostolique, le chœur est tourné à l'Orient, les bras s'étendent au Nord et au Midi, et la nef se termine à l'Occident. L'image miraculeuse de la sainte Vierge est placée au-dessous du maître-autel. C'est une statue haute d'environ deux pieds et toute en pierre à l'exception de la tête, qui est en bois. Elle représente Marie portant le divin Enfant dans ses bras. Quoiqu'elle soit peinte, l'usage s'est établi depuis longtemps de la revêtir d'ornements plus ou moins précieux, selon les solennités du cycle liturgique.
Les habitants de Laval furent sans doute les premiers à ressentir les bienfaits répandus par Notre-Dame d'Avenières. Dès l'origine ils montrèrent un louable empressement pour visiter le nouveau sanctuaire ; ils y allèrent prier dans toutes leurs entreprises, dans toutes leurs difficultés, dans toutes leurs douleurs. Marie, toujours secourable, se plut à répandre sur eux ses faveurs ; la foi des populations les accueillit et les fit connaître au loin. Bientôt on vit des pèlerins accourir des provinces éloignées ; l'Anjou, la Bretagne, la Normandie, rivalisant de ferveur avec le Maine, envoyèrent leurs enfants implorer Notre-Dame d'Avenières et lui présenter des ex-voto, qui restaient appendus à toutes les parois du sanctuaire. Souvent l'affluence fut si grande, que les pieux voyageurs durent bivouaquer dans les rues, sous l'auvent des boutiques, sous les halles, sous les portiques du prieuré, et jusque dans les cimetières.
Quoique le XVIIIe siècle ait été pour notre patrie une ère de ruines morales et religieuses, la dévotion envers Notre-Dame d'Avenières ne perdit rien de sa ferveur ni de son éclat. Mais ce siècle si coupable et si malheureux s'ouvrit pour le sanctuaire de Marie par un grave accident. En 1701, le 2 février, un coup de vent découvrit la nef et emporta seize pieds de la flèche en pierre. Ce malheur fut promptement réparé. En 1708, à la demande des habitants, on éleva un nouvel autel à la sainte Vierge, adossé au premier pilier de la nef, du côté de l'Évangile.
En 1724, les paroisses de la Trinité, de Saint-Vénérand, de Louverné, de L'Huisserie, d'Argentré, avec la communauté des Dominicains de Laval, donnèrent des preuves éclatantes de la confiance que les populations mettaient en Notre-Dame d'Avenières ; elles vinrent en processions solennelles implorer de sa protection la délivrance des pluies continues qui ruinaient les moissons, et jetaient le désespoir dans le cœur des riches, aussi bien que des pauvres. Marie, que l'on n'implore jamais en vain, entendit les gémissements de ses pieux clients, et la prompte cessation du fléau récompensa leur foi et donna un nouvel aliment à leur piété envers Notre-Dame d'Avenières, qui couvre de son égide toute la contrée de Laval. Aussi, en 1735 ou 1736, la paroisse de Saint-Vénérand, ayant de nouvelles grâces à implorer du ciel, se souvint que nos demandes sont toujours bien accueillies, lorsqu'elles sont présentées par les mains de la Vierge immaculée, et elle fit un nouveau pèlerinage solennel, dans lequel le clergé portait sur ses épaules le chef vénéré du patron de la paroisse.
Pendant la Terreur, il y eut un moment où les passions révolutionnaires semblèrent s'apaiser, après le 9 thermidor, et le sanctuaire de Marie retrouva quelques jours de paix. Sur la pétition de plusieurs habitants de la paroisse, le directoire du département de la Mayenne autorisa la réouverture de l'église d'Avénières par deux décrets, l'un du 28 avril, et l'autre du 4 mai 1795. Mais le calme dura peu, et les troubles qui agitèrent le pays donnèrent prétexte à une recrudescence de persécution. Cependant, le culte catholique, avant même le concordat, reparut à Avénières. On fit l'ouverture et la réconciliation de l'église de la Mère de Dieu, le 4 mai 1800, second dimanche après Pâques. On vit jusqu'à des hommes qui avaient trempé dans les horreurs de la persécution venir chercher au pied de l'autel de Marie la paix et la sécurité que leur conscience ne connaissait plus. Combien goûtèrent, auprès de Celle qui est appelée du nom de Refuge des pécheurs, les douces prémices de la réconciliation ! Combien de cœurs ulcérés se retirèrent du pieux sanctuaire, guéris et renouvelés ! En 1805, Michel-Joseph de Pidoll, évêque du Mans, visita l'église d'Avénières, et y donna la confirmation à une foule nombreuse. Trois ans plus tard (6 août 1808) la confrérie du Rosaire était établie, et grand nombre de fidèles s'empressaient de s'y affilier.
Le sanctuaire de Notre-Dame d'Avénières fut des premiers à ressentir les fruits de grâces que devait produire dans tout le Bas-Maine l'érection d'un siège épiscopal à Laval. L'un des premiers soins du vigilant prélat auquel avait été confiée la nouvelle église, fut de préparer la publication solennelle du dogme de l'Immaculée Conception, si cher à la piété. C'était d'ailleurs sous le patronage de l'Immaculée Conception que le Saint-Père avait placé le diocèse de Laval, et l'on pouvait attendre que la fête serait solennelle. Elle le fut en effet ; la population tout entière, dans un élan de joie, de foi, de reconnaissance, prit part à cette belle manifestation. La ville et tout le diocèse témoignèrent des sentiments religieux qui les animent. Mais le lieu central et comme le cœur de cette fête fut le sanctuaire de Notre-Dame d'Avénières. Là toute la ville épiscopale se pressait sur les pas de son pasteur. L'antique église entendit promulguer le dogme de l'Immaculée Conception de la Vierge, à laquelle il est dédié ; et le pieux Pontife y consacra à Marie sa personne et son diocèse.
Bientôt le souverain pontife Pie IX ajouta de nouvelles grâces spirituelles à celles dont jouissait l'église de Notre-Dame d'Avénières.
Dans un bref daté du 22 août 1857, le souverain pontife Pie IX, mû par le désir d'augmenter la religion des fidèles, et de procurer le salut des âmes, déclare ouvrir les trésors célestes de l'Église en faveur de tous ceux qui visiteront le sanctuaire de Notre-Dame d'Avénières. Le Saint-Père fait connaître que pour jouir de ces faveurs il faut avoir confessé ses péchés, en être vraiment repentant, avoir reçu la sainte communion, visiter pieusement le sanctuaire, et y prier pour le maintien de la paix entre les princes chrétiens, l'extirpation de l'hérésie et l'exaltation de notre Mère la sainte Église. Les indulgences ainsi accordées sont :
1° Indulgence plénière le jour de l'Assomption ou l'un des jours de l'octave ;
2° Indulgence plénière aux six autres fêtes principales de la très-sainte Vierge (l'Immaculée Conception, la Purification, l'Annonciation, la Visitation, la Nativité et la Présentation) ;
3° Indulgence de sept ans et de sept quarantaines tous les vendredis de l'année, pour ceux qui visiteront l'église d'Avénières avec un cœur contrit, et y prieront aux intentions du souverain Pontife.
Au commencement de 1859, Monseigneur l'évêque de Laval ayant accompli le voyage *ad limina Apostolorum*, obtint encore de plus grandes faveurs pour le pèlerinage. Le Saint-Père voulut bien affilier le sanctuaire d'Avenières à celui de Lorette, à la sainte maison dans laquelle s'accomplit le mystère de l'Incarnation, et que les anges, à la fin du XIIIe siècle, transportèrent de Nazareth en Dalmatie, puis dans les États de l'Église, à Lorette, où elle est devenue le but d'un pèlerinage que l'univers catholique connaît et vénère. La concession du Saint-Père est du 15 mars 1859.
Cette affiliation donne au pèlerin d'Avenières droit aux mêmes grâces et faveurs spirituelles qu'il pourrait acquérir en visitant avec la piété et dans les dispositions convenables le sanctuaire même où le Verbe s'est fait chair. Pour avoir part à ces grâces, il faut remplir d'ailleurs les conditions ordinaires que nous avons fait connaître plus haut. Voici maintenant les faveurs particulières que le bref du 15 mars 1859 assure à l'église d'Avenières :
1° Indulgence plénière, applicable aux âmes du purgatoire, pour les fêtes de Noël, de l'Immaculée Conception, de la Nativité, de l'Annonciation, de la Translation de la sainte Maison de Lorette ;
2° Indulgence de sept ans et de sept quarantaines aux autres fêtes de Notre-Seigneur et de Notre-Dame, à celle de saint Joseph et à celle de sainte Anne.
Trois jours plus tard, le 18 mars 1859, Pie IX rendait un décret par lequel il autorisait Monseigneur l'évêque de Laval à couronner en son nom la statue de Notre-Dame d'Avenières. Cette faveur nouvelle du souverain Pontife fut accueillie avec enthousiasme par toutes les classes de la société dans le diocèse de Laval. La solennité du Couronnement eut lieu le 9 mai 1860. Ce qu'il y eut de plus touchant dans cette grande manifestation de la foi, ce fut le recueillement, la piété, la sincérité des sentiments empreints sur tous les visages. La foule arrivée dès la veille, de tous côtés, encombrait toutes les rues de la ville, dans l'attitude du respect et de la prière.
L'octave se continua, avec moins de pompe sans doute, mais avec la même énergie de foi. Chaque jour voyait venir de trois et quatre lieues, et même de plus loin encore, des paroisses entières dont les pieux habitants s'arrachaient aux travaux des campagnes, pour aller payer leur tribut à la Reine qui protégea et leur vie et leurs moissons. La plupart portaient des ex-voto ; toutes chantaient les louanges de Marie en défilant le long des rues de la cité. Le pays tout entier était ébranlé. Cette grande solennité a laissé dans le Bas-Maine des souvenirs qui ne s'éteindront pas de longtemps.
La paroisse de Bonchamp, toujours fidèle à l'excellent esprit qui l'anime, accomplit annuellement le pèlerinage de Notre-Dame d'Avenières avec une pompe particulière : elle se rend en procession au sanctuaire de la Mère de Dieu, chantant ses louanges et invoquant son secours ; et l'on ne se sépare qu'après avoir assisté aux saints mystères.
Le nombre des autres pèlerins qui visitent annuellement ou même plusieurs fois l'année ce sanctuaire béni, est très-considérable ; on en compte toujours davantage le vendredi de chaque semaine ; et beaucoup d'habitants de Laval ont la louable coutume d'accomplir ce voyage tous les vendredis de l'année.
Extrait du Pèlerinage de Notre-Dame d'Avenières, par le R. P. Dont l'oïn.
Événements marquants
- Apparition de la statue à Guy II de Laval après son sauvetage des eaux
- Fondation du sanctuaire et du monastère par Guy II
- Réouverture de l'église après la Terreur en 1795 et 1800
- Affiliation au sanctuaire de Lorette en 1859
- Couronnement solennel de la statue le 9 mai 1860
Miracles
- Sauvetage de Guy II de la noyade dans la Mayenne
- Apparition d'une statue entourée de lampes allumées dans un champ d'avoine
- Cessation des pluies ruineuses en 1724 après des processions
Citations
Notre-Dame d'Avénières couvre de sa protection huit fois séculaire le pays de Laval