Notre-Dame de Bonne-Délivrance (Vierge Noire de Paris)
Reine des vierges
Résumé
Vénérée à l'église Saint-Étienne des Grès à Paris, cette Vierge noire devint le centre d'une illustre confrérie au XVIe siècle. Elle est célèbre pour avoir délivré saint François de Sales d'une terrible tentation et pour avoir été sauvée des destructions révolutionnaires par la comtesse de Carignan. Depuis 1806, elle est honorée chez les religieuses de Saint-Thomas de Villeneuve.
Biographie
NOTRE-DAME DE BONNE-DÉLIVRANCE, A PARIS
*Maria pia est exorans, dulcis diligentibus.*
Marie est pieuse et encourageante, douce pour ceux qui l'aiment.
S. Bernard., *serm. iv in Assompt.*
L'église Saint-Étienne des Grès a, de temps immémorial, tiré toute sa célébrité d'une Vierge noire, dite *Notre-Dame de Bonne-Délivrance*, placée dans une de ses chapelles ; et au XVIe siècle il s'y forma en son honneur une confrérie qui devint illustre, sous le titre de confrérie de Notre-Dame de Bonne-Délivrance.
En effet, on accourut de toutes parts à cette confrérie, et bientôt plus de douze mille confrères se firent inscrire sous l'étendard de Notre-Dame de Bonne-Délivrance. Ce seul titre parlait à tous les cœurs : car qui n'a pas besoin d'être délivré de quelque peine d'esprit, de quelque angoisse de cœur, de quelque infirmité de corps, de quelque passion qui tyrannise au dedans ou de quelque contradiction qui vient du dehors ? Mais ce titre touchait surtout les prisonniers pour dettes, les femmes à l'approche de leur terme, et les malades en danger de mort. Il touchait les étudiants des collèges eux-mêmes ; et ces jeunes gens, fidèles aux pieuses traditions du foyer domestique, venaient en foule s'enrôler au service de la Reine des vierges pour mettre sous sa garde l'honneur de leurs premières années. Ils se levaient avant le jour pour réciter l'office de Notre-Dame, et se réunissaient en commun autour de la statue vénérée pour dire le chapelet.
De ce nombre fut, en 1578, François de Sales, alors âgé de dix-sept ans. Ses plus délicieux moments étaient ceux qu'il passait aux pieds de l'image miraculeuse de Marie, lui racontant tout ce qui se passait dans son âme innocente, se nourrissant du souvenir de ses bienfaits et de la reconnaissance qu'ils faisaient naître dans son cœur. Ce fut là que, dans les saintes ardeurs de sa piété, il prit la ferme résolution de se consacrer à jamais à Dieu et à Marie et de garder la chasteté perpétuelle ; ce fut là surtout qu'il obtint la délivrance d'une tentation terrible qui faillit le conduire au tombeau. Ce saint jeune homme avait été saisi de la pensée que peut-être il ne serait pas sauvé, que peut-être il irait en enfer et serait privé toute l'éternité du bonheur de voir Dieu et de l'aimer, de voir et d'aimer Marie, sa tendre mère ; et cette pensée l'avait tellement accablé qu'il ne pouvait ni manger, ni boire, ni dormir ; il en desséchait à vue d'œil, et la jaunisse, envahissant tout son corps, lui causait des douleurs aiguës. Enfin, un jour, revenant du collège, il entre dans l'église Saint-Étienne des Grès, va se prosterner devant Notre-Dame de Bonne-Délivrance, et lui dit avec beaucoup de larmes, plus encore du cœur que des lèvres : « Souvenez-vous, ô Vierge Marie, ma tendre mère, que jamais il n'est arrivé à aucun de ceux qui ont eu recours à votre protection et imploré votre assistance d'être rejeté. Animé de cette confiance, ô Vierge, mère des vierges, je cours à vous, je me jette à vos pieds, gémissant sous le poids de mes péchés. Ô mère du Verbe, ne méprisez pas mes prières, mais rendez-vous propice à mes besoins et exaucez-moi ». Puis s'adressant à Dieu, il lui demande, par l'intercession de Marie, que son esprit et son corps soient rendus à leur
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premier état, fait vœu de chasteté perpétuelle et promet de réciter chaque jour, en mémoire de ce vœu, un chapelet de six dizaines. À peine a-t-il dit ces mots, qu'une pleine santé lui est rendue, et son âme, rassurée, rentre, après six semaines de souffrances inouïes, dans une paix profonde.
Plein de la même confiance en Notre-Dame de Bonne-Délivrance, le Père Bernard, surnommé le pauvre prêtre, dont le clergé de France a plusieurs fois sollicité la béatification, obtint devant la même statue une grâce non moins signalée. Revenu d'une vie d'égarement à une conduite chrétienne, il se trouva exposé à un péril imminent par l'arrivée dans la maison où il demeurait d'une personne très-dangereuse qui voulait y fixer son domicile. Dans cette crise, il court se jeter aux pieds de Notre-Dame de Bonne-Délivrance, la prie de toute son âme, rentre à son logis, et la personne en était déjà partie pour n'y plus revenir.
Ces faits et plusieurs autres accrurent la dévotion des fidèles pour ce religieux sanctuaire. Les souverains Pontifes l'enrichirent à l'envi des plus précieuses indulgences ; les plus illustres personnages, les rois et les reines, les princes et les seigneurs, les hommes d'armes et les femmes du monde, se firent inscrire dans le registre de la confrérie, et leurs noms y figurent à côté des noms les plus vulgaires. On y voit Louis XIII et Anne d'Autriche, Louis XIV, encore enfant, et, à son exemple, tous les enfants de France, inscrits dès leur naissance, le duc d'Orléans, frère de Louis XIII, et le duc d'Anjou, frère de Louis XIV, le grand Condé et la princesse de ce nom, le prince et la princesse de Conti, Marie-Thérèse d'Autriche, épouse de Louis XIV, et Louis, Dauphin. Nous n'en finirions pas si nous voulions dire toutes les célébrités qui venaient se confondre avec le simple peuple sous la bannière de Marie ; et leur piété se montrait généreuse à l'égal de leur vénération pour Notre-Dame de Bonne-Délivrance. Louis XIII donna pour la décoration de sa chapelle un présent en argenterie vraiment royal, Anne d'Autriche des chandeliers d'argent fleurdelisés, une magnifique lampe et un bénitier, l'un et l'autre d'argent, enfin un ornement complet de velours rouge. Excités par l'exemple de la cour, les uns donnaient de riches vêtements et des robes précieuses pour couvrir la sainte image aux grandes solennités ; d'autres versaient dans le trésor de la confrérie d'abondantes aumônes qui étaient consacrées à la délivrance des prisonniers pour dettes. De plus, une quête avait lieu à tous les offices pour cette belle œuvre ; et chaque année les gouverneurs de la confrérie se répandaient dans les diverses prisons de Paris, munis des dons faits à Notre-Dame de Bonne-Délivrance, en faisaient ouvrir les portes aux infortunés débiteurs, et les rendaient à leur famille attendrie et reconnaissante.
Cependant la ferveur de ces fidèles serviteurs de Marie ressort encore mieux des offices religieux que célébrait la confrérie, et dont la multiplicité, comme la durée, effrayerait si fort aujourd'hui la tiédeur de notre siècle.
Chaque dimanche, après la messe du chapitre, on célébrait en l'honneur de la sainte Vierge une messe solennelle avec diacre et sous-diacre, chapelles et orgues, et le célébrant y récitait un *De profundis* après l'offertoire, et un autre après la messe, pour les confrères décédés. De même, l'après-midi, les Vêpres du chapitre étaient suivies d'un office chanté à neuf psaumes et neuf leçons.
Tous les premiers dimanches de chaque mois, il y avait, le soir, les Vêpres de la sainte Vierge, procession autour de l'église, où l'on chantait les litanies, le *Salve Regina* ou une autre hymne, selon le temps, le *Domine, non
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secundum*, l'*Exaudiat* avec l'oraison pour le roi, le *Languentibus* et le *De profundis* ; puis un salut solennel.
Chaque lundi on chantait Laudes et messe solennelle de Requiem pour les confrères décédés. Chaque mardi, messe solennelle de saint Roch, avec mémoire de saint Sébastien, suivie d'une messe basse de Notre-Dame de Pitié. Chaque mercredi, messe solennelle du Saint-Esprit. Chaque jeudi, messe solennelle du Saint-Sacrement, suivie d'une messe basse de saint Étienne. Le soir, salut solennel, et, tous les premiers jeudis du mois, procession du Saint-Sacrement. Chaque vendredi, messe solennelle de la Sainte-Croix, suivie de la lecture de la Passion. Enfin, chaque samedi, messe solennelle de la sainte Vierge, suivie du *Stabat Mater*. On ne dérogeait à ces règles que dans les fêtes où la rubrique s'y opposait ; et à la fin de chaque messe on disait le *De profundis* pour les confrères défunts.
Outre cela, il se disait chaque jour une messe pour les bienfaiteurs de la confrérie. À toutes les fêtes de la sainte Vierge, on chantait tout l'office du bréviaire, à commencer par les premières Vêpres ; il y avait en outre deux grand'messe ; puis, soir et matin, exposition du Saint-Sacrement avec prédication. Aux fêtes de saint Pierre et de saint Jean-Baptiste, de saint Étienne et de saint Denis, de saint Roch et de saint Sébastien, de sainte Geneviève et de sainte Barbe, qui étaient les patrons de la confrérie, on chantait également tout l'office. Enfin, au décès de chaque confrère, on chantait Vêpres des morts, Matines à neuf psaumes et neuf leçons, Laudes et recommandations, trois grand'messe et l'absoute.
Mais ce qu'il y avait de plus remarquable, c'était la procession générale qui se faisait tous les ans, le 1er mai et le 24 août, depuis l'église Saint-Étienne jusqu'à une autre paroisse qu'on choisissait chaque année. On partait à huit heures du matin, et tous les confrères et sœurs y assistaient avec un nombreux clergé.
Cette procession comptait deux siècles d'existence et de gloire, lorsque, le 6 février 1737, le Parlement de Paris, possédé de la manie de s'ingérer dans les choses spirituelles, jugea à propos de supprimer cette solennité, qui réjouissait tous les cœurs chrétiens et ne molestait que le regard du jansénisme, alors en grande vogue, ou de l'impiété naissante alors au sein de la patrie. Mais si la puissance humaine pouvait supprimer une cérémonie extérieure, elle ne pouvait rien diminuer de la confiance et de l'amour des enfants de Marie pour leur mère. Aussi le sanctuaire de Notre-Dame de Bonne-Délivrance continua à être l'objet de la dévotion des fidèles et le but de leurs pieux pèlerinages.
Enfin arrivèrent les jours mauvais de la révolution et le triomphe suprême de l'impiété. On chassa les prêtres, on pilla les églises, et dans cette dévastation sacrilège, on n'eut garde d'oublier Saint-Étienne des Grès. Cette église offrait à la cupidité un appât trop séduisant pour échapper à la fureur des dévastateurs. Elle fut donc dépouillée de toutes les richesses que la foi des princes et des fidèles y avait amassées depuis plusieurs siècles : on enleva l'or, l'argent, le fer, les grilles, les marbres, les boiseries, tous les ouvrages d'art qui décoraient les murs, enfin la statue elle-même, pour vendre le tout aux enchères. Une pieuse dame, la comtesse de Carignan Saint-Maurice, informée du fait, court aussitôt à la municipalité de Paris, vient à bout d'acheter la sainte statue, la fait transporter à son hôtel, et là lui dédie un petit oratoire où un prêtre caché célébrait tous les jours les saints mystères. La pieuse comtesse jouissait de son trésor dans le secret, lorsque, selon la façon de faire d'alors, elle fut incarcérée comme suspecte.
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dans la maison de la rue de Sèvres appelée *les Oiseaux*, qui avait été transformée en prison supplémentaire ; mais la sainte statue, échappée aux regards des malfaiteurs, demeura toujours dans son petit oratoire ; et le 4 octobre 1794 la pieuse comtesse, mise en liberté par une protection de Notre-Dame de Bonne-Délivrance qu'elle avait invoquée tous les jours durant sa captivité, reprit ses prières devant la sainte image. Quatre mois après, apprenant que les dames hospitalières de Saint-Thomas de Villeneuve, qu'elle affectionnait singulièrement, étaient sur le point d'être chassées de leur communauté par le gouvernement, elle fit vœu de donner sa statue chérie à ces dames, si le gouvernement, renonçant à ses desseins hostiles, cessait de les inquiéter. De leur côté, les religieuses firent une neuvaine à Notre-Dame de Bonne-Délivrance ; tant de prières furent exaucées, et les religieuses restèrent tranquilles dans leur communauté. La comtesse de Carignan offrit alors d'accomplir son vœu : les dames de Saint-Thomas l'acceptèrent avec bonheur, s'empressèrent de bâtir une chapelle pour recevoir la statue ; et, le 1er juillet 1806, l'image miraculeuse fut transportée à Saint-Thomas de Villeneuve, où elle devint aussi l'objet d'un culte fervent et le but de nombreux pèlerinages. Ainsi fut remplacée la célèbre chapelle de Notre-Dame des Grès, qui tomba, ainsi que l'église, sous le marteau des démolisseurs.
Extrait de *Notre-Dame de France*, par M. le curé de Saint-Sulpice.
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Événements marquants
- Établissement d'une confrérie illustre au XVIe siècle
- Vœu de chasteté de François de Sales devant la statue en 1578
- Suppression de la procession annuelle par le Parlement de Paris le 6 février 1737
- Pillage de l'église Saint-Étienne des Grès pendant la Révolution
- Achat de la statue par la comtesse de Carignan Saint-Maurice pour la sauver des enchères
- Translation de la statue chez les religieuses de Saint-Thomas de Villeneuve le 1er juillet 1806
Miracles
- Guérison instantanée de François de Sales (jaunisse et angoisse spirituelle)
- Protection du Père Bernard contre une personne dangereuse
- Libération de la comtesse de Carignan de la prison des Oiseaux
Citations
Souvenez-vous, ô Vierge Marie, ma tendre mère, que jamais il n'est arrivé à aucun de ceux qui ont eu recours à votre protection et imploré votre assistance d'être rejeté.