Notre-Dame de Vassivière (Vierge Noire)

Mère de Dieu

Fête : 2 juillet 11ᵉ siècle • sainte

Résumé

Vénérée depuis le XIe siècle dans les montagnes d'Auvergne, Notre-Dame de Vassivière est une Vierge noire dont le sanctuaire fut reconstruit après les guerres contre les Anglais. Elle est célèbre pour le miracle de Pierre Get en 1547 et pour sa translation annuelle entre Besse et sa montagne. Malgré les destructions de la Révolution, son pèlerinage reste l'un des plus importants de la région.

Biographie

NOTRE-DAME DE VASSIVIÈRE, A BESSE

AU DIOCÈSE DE CLERMONT

Au sein des cônes basaltiques qui appartiennent à la chaîne du Mont-Dore, et projettent leurs anneaux du côté de la Creuse, du Limousin et du Cantal, au-dessus de ces ravins abruptes, creusés par les déchirements du sol, entre le pic de Sancy dont l'aiguille perce la nue, et le lac Pavin dont les eaux couvrent des abîmes, il est un lieu où l'âme, fatiguée des bruits du monde, vient goûter les charmes de la prière. Parmi les accidents de ces sites alpestres, dans cette nature, tantôt riante, tantôt sévère, les hommes ont élevé à la Mère de Dieu un sanctuaire dont elle a fait le théâtre de ses merveilles.

C'est Notre-Dame de Vassivière, comprise dans la paroisse de Besse.

L'église, bâtie en laves du pays, est du XIe siècle : elle est sous le vocable de saint André. Son chevet et sa flèche dominent le paysage. À l'intérieur, des nefs romanes, des chapelles disposées dans un ordre régulier, un chœur gothique, des chapiteaux à sujets, tel est l'ensemble de l'édifice. Derrière le maître-autel est la chapelle qui reçoit le plus d'hommages : elle garde, pendant neuf mois, la statue de Notre-Dame de Vassivière.

Le culte de la sainte Vierge se répandit de bonne heure à Besse. De nombreuses confréries s'y établirent, et s'épanouirent autour du pèlerinage de Vassivière, comme les rameaux croissent et se développent autour du tronc qui les nourrit. On comptait les confréries de Notre-Dame, de Notre-Dame de Bethléem, de Notre-Dame de la Nativité, de Notre-Dame du Rosaire, de Notre-Dame du Carmel.

D'après une tradition authentique, Vassivière formait jadis une paroisse, et avait une église consacrée à Marie. L'image de la Vierge y était en grande

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vénération : les habitants et les voyageurs lui durent bien des grâces, dont on conservait un fidèle souvenir.

En 1369, les Anglais, en guerre avec la France, dévastèrent la ville de Besse, et montèrent jusqu'à Vassivière. Ils démolirent les habitations, renversèrent l'église, et ne laissèrent debout qu'une muraille.

A la vue de leurs chaumières détruites, de leurs autels abattus, les habitants s'enfuirent. Une joie secrète tempérait leur douleur : ils emportaient l'image de Marie qu'ils avaient sauvée du pillage. Quand la paix fut rétablie, ils revinrent sur leur plateau, élevèrent une croix sur les débris de la chapelle, et pratiquèrent dans la muraille une niche où fut placée la statue de Notre-Dame de Vassivière. C'était une Vierge noire, tenant l'enfant Jésus entre ses bras : on la disait semblable à Notre-Dame du Puy.

Elle demeura là près de deux siècles. Bien qu'elle fût exposée aux injures des saisons, rien ne l'endommagea, ni la rigueur des hivers, ni l'abondance des neiges. Cette circonstance, jointe aux grâces déjà obtenues à ses pieds, la fit regarder comme miraculeuse. Aussi les voyageurs, reprenant les habitudes des âges passés, avaient-ils coutume de s'y arrêter, et d'invoquer Marie. Le mépris que l'un d'eux fit de cette dévotion, fut l'occasion d'un miracle qui eut du retentissement.

Au mois de juin de l'année 1547, un habitant de Besse, nommé Pierre Get, allait à la ville de La Tour avec Guillaume de Chalus et quelques autres marchands. Quand ils furent à Vassivière, Guillaume de Chalus et les autres se dirigèrent vers la muraille. Arrivés au pied de la sainte Image, ils se mettent à genoux et font une prière. Pierre Get sourit de leur dévotion, la méprise, et continue sa route jusqu'au ruisseau qui coule au bas de la montagne. Là, il fut contraint de s'arrêter ; un éblouissement le saisit, et il perdit la vue.

Reconnaissant dans ce coup un châtiment du ciel : « Mon Dieu », s'écria-t-il, « qu'ai-je fait ? sainte Vierge, secourez-moi ». À ce cri plusieurs fois répété, ses compagnons accourent ; ils voient son malheur. Persuadés que son impiété seule en est la cause, ils l'excitent au repentir, lui inspirent des sentiments de confiance en Marie, et le conduisent par la main devant son image. Pierre Get se prosterné à ses pieds, et pousse de profonds soupirs. Il avoue sa faute, la déplore, et promet de l'expier. Il fait vœu de se consacrer, s'il recouvre la vue, au service de la sainte Vierge, et s'engage à donner cinq livres de cire, à la prochaine fête de la Visitation, pour être brûlées sur son autel dans l'église de Besse. Ses compagnons, unissant leurs prières aux siennes, conjurent Marie d'en avoir pitié, et de lui accorder la grâce qu'il implore. Elle se rendit à ces supplications, et vit d'un œil favorable le repentir du coupable. Pierre Get recouvra, en effet, la vue d'une manière aussi soudaine qu'elle lui avait été ravie. Son bonheur et celui de ses compagnons n'eut d'égale que leur reconnaissance. De retour à Besse, ils s'empressent de publier ce double prodige ; ils en font la déclaration devant les magistrats et les principaux citoyens, et on en dresse un acte juridique, le premier qui ait été fait des miracles de Notre-Dame de Vassivière.

À cette nouvelle, la vénération des peuples s'accrut pour la sainte Image : on voulut lui rendre de plus grands honneurs. Les habitants de Besse se réunissent en conseil, et arrêtent, avec les membres de la collégiale, qu'on ira en procession à Vassivière, deux fois chaque année, le 25 mars, jour de l'Annonciation, et le 2 juillet, fête de la Visitation. Ils firent plus. Comme ce plateau était inaccessible, une partie de l'année, à cause des

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neiges, et que l'image de la Vierge ne recevait alors aucun culte, ils arrêtèrent qu'on la transférerait à Besse, afin qu'on lui adressât sans interruption de plus faciles hommages.

Au jour fixé pour la translation, le clergé, les magistrats, les officiers et presque tous les habitants vont processionnellement à Vassivière. On retire la statue du lieu où elle était, et on la porte, avec une allégresse triomphale, dans l'église de Saint-André, où elle fut placée au-dessus du maître-autel. Or, le lendemain, dit la légende confirmée par la voix publique, la statue avait disparu : on sut qu'elle avait regagné sa montagne chérie. Deux fois, on la rapporte avec les mêmes cérémonies, deux fois elle revient à son premier séjour. Les habitants désolés emploient la prière pour la retenir, et s'engagent à faire dire à perpétuité une messe au maître-autel tous les mercredis de l'année. Leur vœu plut à la sainte Vierge, et son image resta parmi eux. Ils l'invoquèrent avec confiance. Qu'un incendie éclatât dans la ville, que la sécheresse désolât les campagnes, près d'elle ils venaient conjurer tous ces fléaux.

Cependant Marie témoigna par plusieurs signes qu'elle voulait être honorée à Vassivière. On forma le projet d'y construire une chapelle. Malgré les difficultés de l'entreprise, les habitants de Besse consentirent à tous les sacrifices, et leur zèle aplanit tous les obstacles. On choisit pour l'emplacement de l'église le lieu où la croix s'élevait sur les ruines de l'ancienne chapelle. Tout le monde mit la main à l'œuvre : les uns creusèrent les fondements, les autres arrachèrent des blocs de lave du flanc des montagnes. Comme les pèlerins affluaient en grand nombre, on fit en bois une chapelle provisoire au-dessous de laquelle on construisit un petit oratoire (1550). Il y jaillit une source dont les eaux fraîches et limpides, quoique peu abondantes, ne tarissent jamais. Les pèlerins s'en lavent les yeux et les mains ; beaucoup en emportent, comme un souvenir de leur voyage.

La chapelle sortait à peine de ses fondements quand eut lieu, en 1551, un miracle qui donna plus de célébrité à ce pèlerinage. Un possédé ayant été amené vers l'oratoire, fut délivré du malin esprit, en présence d'un grand nombre de personnes, par l'intercession de la Mère de Dieu. Les populations voisines, en apprenant ce prodige, conçurent envers Marie de nouveaux sentiments de piété. Dès lors s'épanouit son pèlerinage : les villes et les bourgs vinrent en procession : des groupes de pèlerins gravirent la montagne à genoux ou pieds nus ; la confiance fut dans tous les cœurs et attira les peuples de plusieurs provinces. De nouveaux miracles favorisèrent cet élan.

Cependant les travaux de la chapelle avançaient. Les aumônes des pèlerins, et surtout les libéralités des habitants de Besse, en firent tous les frais. Comme les ressources abondaient, on refit en même temps le chœur de l'église de Saint-André, et on construisit, derrière le maître-autel, la petite chapelle qui existe de nos jours, et où réside depuis, dans les mois d'hiver, la statue miraculeuse.

Selon l'inscription qui se voit au-dessus de la porte d'entrée, la chapelle de Vassivière était terminée au mois de juin 1555. Les autels furent ornés, les murs se couvrirent des insignes de la reconnaissance, et un reliquaire, qui en fut le premier joyau, offrit à la vénération, sous le nom de Notre-Dame, des cheveux de la bienheureuse Vierge, et des ossements de plusieurs martyrs. Le 2 juillet, on transféra la sainte Image dans son nouveau sanctuaire.

Les familles de Besse furent les premières à invoquer Marie sur sa chère

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montagne. Les paroisses voisines partageaient ce bonheur, et lui prodiguaient à l'envi les noms de Reine, de Protectrice et de Patronne. De ce plateau, conquis à la piété publique, elle étendit sa souveraineté sur les pays d'alentour. Parmi les fiefs qui, depuis trois siècles, lui rendent hommage avec une dépendance que les révolutions n'ont pas ébranlée, il faut nommer Eglise-Neuve, jadis chef-lieu de la baronie d'Entraigues, le Valbeleix, ancienne seigneurie, Murol, aux majestueuses ruines, le Chambon, assis sur les rives de son beau lac, Saint-Diéry, aux côtes abruptes, Saint-Victor, Espinchal, Compains, Collamine, Saint-Anastaise et une foule de hameaux qui, éparpillés au milieu de ces gorges, se confondent dans cette unité d'amour qui les rattache à son culte.

La chapelle est construite en lave taillée : elle a seize mètres de long sur huit de large. C'est un édifice roman, sans autre caractère particulier. Les piliers sont surmontés de chapiteaux qui rappellent le style du XIe siècle, et les nervures de la voûte ont à leur point de jonction des écussons dont l'un est aux armes de la maison de La Tour. À la naissance du chœur, à chaque côté de la nef, il y a une petite chapelle : dans celle qui est à gauche, on plaça la statue miraculeuse.

Aux origines de Notre-Dame de Vassivière se rattachent deux autres usages qui ont toujours existé. Le premier était de s'engager à se faire roi ou reine de sa dévotion, et à donner une certaine quantité de cire à la chapelle. Cette pieuse royauté conférait le privilège de marcher, un cierge à la main, derrière la statue, à la procession du 2 juillet. Le second usage consiste en ce que les paroisses environnantes viennent processionnellement à Vassivière, pendant le séjour de l'auguste Image.

Parmi les pèlerinages de France, celui de Notre-Dame de Vassivière fut un des plus fertiles en prodiges. Pour donner plus de célébrité à la sainte chapelle, les habitants de Besse songèrent à la faire consacrer et prévinrent de leurs intentions Mgr Antoine de Saint-Nectaire, alors évêque de Clermont. Celui-ci se hâta d'y répondre. Le 2 juillet 1571, il vint à Vassivière, et en consacra la chapelle, au milieu d'un concours immense de pèlerins. En 1633, la voûte de la chapelle menaçant ruine par suite de la rigueur des hivers et de la violence des orages qui l'avaient gravement endommagée, des réparations devinrent indispensables. On arrêta qu'on ferait les travaux nécessaires et qu'on bâtirait en outre les deux chapelles qui subsistent encore de nos jours. La générosité des fidèles facilita l'exécution de ce projet. Les travaux furent achevés en 1634, et la chapelle fut restaurée dans l'état où on la voit aujourd'hui. Elle fut aussitôt enrichie de nombreux présents dus à la piété des fidèles. Mgr Joachim d'Estaing, évêque de Clermont, n'ayant pas oublié quelles grâces il avait recueillies du pèlerinage qu'il avait fait à la sainte chapelle en 1631, à l'effet d'obtenir de la sainte Vierge que son troupeau soit délivré des maladies contagieuses qui le décimaient, vint avec une suite nombreuse, le 17 novembre 1634, rendre de publics hommages à la Protectrice de l'Auvergne.

En 1639, le pape Urbain VIII accorda au pèlerinage de Vassivière d'abondantes indulgences qui y attirèrent jusqu'à quinze mille pèlerins aux fêtes de la Pentecôte, qui, cette année, se célébrèrent avec la plus grande pompe. L'évêque de Clermont, qui ne perdait pas de vue ce pèlerinage qui était une des gloires religieuses de son diocèse, délégua, à deux reprises différentes, en 1641 et en 1648, des commissaires pour recueillir, dans des documents officiels, les faveurs accordées en ces divers temps.

Les populations entouraient d'une vénération croissante ce sanctuaire

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illustré par des prodiges multipliés. L'année 1664 fut des plus fertiles en bénédictions. Chaque mois, pour ainsi dire, fut signalé par de nouvelles merveilles. Ainsi, dans les montagnes qui avoisinent Vassivière, il n'était pas un hameau qui n'eût souvenance de quelque miracle opéré par l'intercession de Marie. C'était là le fond historique de ces populations paisibles : de tels souvenirs y maintenaient, dans toute sa ferveur, le culte de Notre-Dame de Vassivière. Ses bienfaits ne restaient pas l'unique patrimoine de ces contrées, si heureuses d'un tel voisinage. La renommée les répandait sur d'autres terres, et lui gagnait des cœurs touchés de ces naïfs et glorieux récits. Aussi la reconnaissance multipliait les dons destinés à célébrer son patronage. Les croix, les reliquaires, les cœurs d'argent, les colliers, les chaînes de perles précieuses, mille objets offerts par des mains fidèles venaient successivement enrichir son sanctuaire.

Des richesses plus précieuses ornaient cette insigne chapelle : nous voulons parler des reliques qui étaient l'objet de la vénération publique. Outre les reliquaires qui y avaient été placés en 1553 et en 1571, il y avait ceux de saint Jean-Baptiste, de sainte Lucie, de saint Blaise et des saints Apôtres.

Dans le reliquaire de saint Jean-Baptiste, on voyait des reliques de ce Saint, de saint Jean l'Évangéliste, des saints Julien, Valentin, Valens, Hilarion, Léon et Athanase.

Dans le reliquaire de sainte Lucie, il y avait un ossements de cette Sainte, des reliques de saint Romain, de saint Roch, des saintes Marthe, Marie-Madeleine, Barbe, Agnès, Ursule, et une partie du voile de sainte Catherine.

Le reliquaire de saint Blaise contenait des reliques de ce Saint, et des saints Laurent, Sébastien, Protais, Antoine l'Ermite, Antoine de Padoue, Eloy, Félix, Valentin, Juste, Vincent, et de plusieurs autres saints, martyrs et confesseurs. Celui des Apôtres renfermait des reliques de saint André, de saint Jacques, de saint Paul, et de saint Timothée, son disciple.

On voit que la chapelle de Vassivière abritait le culte et la mémoire d'un grand nombre de Saints. Mais aucun nom n'y était prononcé avec plus d'amour que le nom de Marie : il n'en était pas que les multitudes fissent entendre avec plus d'enthousiasme aux échos que réveillaient dans la solitude les concerts de la piété publique.

Ce pèlerinage brillait alors de l'éclat le plus pur. L'affluence des peuples, l'abondance des grâces qu'on y recevait, la multiplicité des vœux qu'on y rendait, tout en faisait un coin de terre qu'on n'osait fouler, sans éprouver les sentiments d'une profonde vénération.

On aimait à visiter cette chapelle illustrée par mille prodiges, où s'étaient opérées des conversions innombrables, et où tant d'âmes égarées avaient retrouvé le chemin du ciel. L'art n'y avait pas, sans doute, déployé ses merveilleuses ressources : elle conservait toujours le caractère de simplicité qu'elle eut à son origine. Seulement, les pèlerins l'avaient, à chaque âge, enrichie de présents et d'ex-voto, et elle possédait de nombreuses richesses destinées à relever l'honneur du culte et la pompe des solennités.

La piété publique avait jusqu'alors protégé contre la cupidité tant d'objets sacrés. Mais, en 1669, dans la nuit du 4 au 5 septembre, un vol sacrilège dépouilla la chapelle de Vassivière d'une partie de ses richesses. Des malfaiteurs s'y introduisirent et enlevèrent, avec beaucoup d'autres objets

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précieux, un calice, deux ciboires, six lampes d'argent, des couronnes, des chandeliers d'argent et plusieurs reliquaires de même métal.

La consternation fut grande à Besse et dans les environs quand on apprit ce malheur. On se rendit en foule à Vassivière, afin d'adresser à Marie une amende honorable de l'outrage fait à son sanctuaire. De son côté, la justice fit des poursuites actives. Après deux jours de recherches, un des voleurs fut arrêté au village de la Vedrine, dans le Cantal. On trouva un tiers environ de l'argenterie : elle était fondue ou brisée. On ne laissa pas impuni un crime si odieux : le coupable fut pendu et brûlé à Saint-Flour.

La pauvreté, à laquelle la chapelle de Vassivière se trouva tout à coup réduite, provoqua la générosité des fidèles : on eut à cœur de faire une réparation solennelle du sacrilège par lequel elle avait été profanée. La duchesse de Noailles, Anne-Louise Boyer, donna la première l'exemple, et fit présent d'un grand ciboire d'argent, qui fut porté à Vassivière, par M. Garnier, official du diocèse. Peu après, le 16 septembre, un bourgeois de Clermont donna une lampe de cuivre argenté.

Gilbert de Veny d'Arbouze, qui avait succédé, en 1664, à Louis d'Estaing, apprit avec douleur le sacrilège qui avait été commis. Le 29 octobre, il écrivit aux curés des seize paroisses les plus voisines de Vassivière, et les invita à s'y rendre, les uns le dimanche, les autres le lundi, qui devaient suivre la fête de la Toussaint, pour prendre part aux cérémonies expiatoires de l'outrage fait au très-saint Sacrement. Le concours fut général ; chacun voulut expier par ses regrets et ses larmes la profanation dont Notre-Dame de Vassivière avait été l'objet.

Dans le cours de l'année suivante, on refit, avec l'argenterie qu'on avait retrouvée, deux grandes lampes, un encensoir et un reliquaire, à l'effigie de la Vierge, comme celui qui avait été dérobé. Mais la chapelle ne fut pas aussitôt rendue à son ancien éclat.

Avec les aumônes qu'on recueillit, on refit la voûte de la chapelle qui menaçait ruine, et on remit son trésor à peu près dans l'état où il se trouvait avant le vol de 1669. Pendant les années qui suivirent, on fit des dons particuliers.

Ainsi le pèlerinage de Vassivière réparait ses désastres, en même temps qu'il poursuivait le cours de ses bienfaits. La fin du XVIIe siècle fut marquée par plusieurs prodiges.

Dans le cours du XVIIIe siècle, l'affluence des pèlerins continua. Les prêtres de la collégiale de Besse, pour correspondre au zèle des peuples, ne cessèrent d'aller tous les ans, depuis les premiers jours de mai jusqu'à ceux de novembre, passer chacun quinze jours sur la montagne de Vassivière. Dévoués au salut des âmes et à la prospérité d'un pèlerinage qui faisait l'honneur et la joie de leur ministère, ils y opéraient chaque année des conversions admirables et propageaient par ce moyen le règne et la gloire de Notre-Dame de Vassivière.

Touché du bien qui se faisait en ces lieux, illustrés par tant de miracles, Bochart de Saron, évêque de Clermont, implora pour la chapelle les faveurs apostoliques. Clément XI, qui occupait le Saint-Siège au milieu des orages soulevés en France par le jansénisme, accorda, par un bref du 21 août 1713, une indulgence plénière pour sept ans, à quiconque visiterait, en remplissant les conditions requises, la sainte chapelle, depuis les premières Vêpres de la Nativité de la sainte Vierge jusqu'au coucher du soleil du jour de la fête.

Le pèlerinage de Vassivière jouissait, depuis trois ans, de ces grâces

NOTRE-DAME DE VASSIVIÈRE, A BESSE. apostoliques, quand lui arriva, du même Pontife, une autre faveur. Les prêtres de la collégiale de Besse, qui veillaient sur son sanctuaire avec un zèle dont le temps ne ralentissait pas l'ardeur, songèrent à y ériger une confrérie de la Visitation de la sainte Vierge. Pour donner plus d'importance à cette pieuse institution, ils firent demander au souverain Pontife qu'il daignât accorder une indulgence plénière. Clément XI céda à un désir si légitime, et promulgua, le 3 janvier 1716, un bref par lequel il concédait l'indulgence qu'on avait sollicitée. C'est un des documents les plus précieux qui concernent Notre-Dame de Vassivière.

Quand ils eurent reçu le bref de Clément XI, les prêtres de la collégiale et les officiers de la ville de Besse écrivirent à l'autorité diocésaine, pour en demander la publication. Le siège de Clermont était vacant. Bochart de Saron était mort, le 11 août 1715, et Massillon, son illustre successeur, ne devait être sacré que le 31 décembre 1718. La supplique fut adressée aux vicaires généraux. Le 12 mai, Chamflour, vicaire général, donna la permission de publier le bref de Clément XI. Il désigna et approuva pour principale fête de la Confrérie, le jour de la Visitation, et pour les autres quatre jours de l'année mentionnés dans le bref, il désigna le lundi de la Pentecôte, la fête de saint Louis, la Nativité de la bienheureuse Vierge, et le dimanche qui suit la fête de saint Matthieu.

Quelques jours après, on établit régulièrement la Confrérie de la Visitation. Chaque année, les pèlerins demandaient à y entrer. Prêtres et fidèles, familles et particuliers, seigneurs et villageois y inscrivaient leurs noms. Tous voulaient avoir part à l'union de prières et de mérites qui ralliaient tant de cœurs dans un même culte et dans un même amour.

Les pèlerins se pressaient sans cesse autour de la chapelle, et aux jours de fête, ils couvraient de leurs pieuses multitudes la montagne d'où se répandaient sur eux, sans interruption, les grâces les plus abondantes. Les évêques de Clermont comprenaient ce sanctuaire parmi les objets de leur plus vive sollicitude. Massillon le visita le 17 juin 1727 ; Le Maistre de la Garlaye vint y payer le tribut d'un religieux hommage ; François de Bonal voulut prier au pied de ses autels. Les prêtres et les magistrats de Besse, de concert avec le peuple et les populations voisines, y maintinrent dans tout son éclat ce pèlerinage. Le peuple, indifférent aux sarcasmes des impies et aux railleries des faux sages, inondait de ses flots le parvis du sanctuaire, et faisait résonner de ses cantiques les échos de la sainte montagne.

La chapelle de Vassivière restait le rendez-vous habituel de la piété et de l'espoir, au milieu des paisibles montagnes de l'ouest ; de nombreux ex-voto, gages d'une généreuse reconnaissance, ornaient ses autels et ses murs, et l'image miraculeuse, objet, depuis trois siècles, de la vénération publique, y recevait les plus fervents hommages.

Mais au moment où les habitants de ces monts pouvaient croire qu'aucune force humaine n'arrêterait l'élan de leur foi, et ne détruirait l'empire qu'avait conquis sur leurs âmes leur cher et vénéré pèlerinage, une révolution terrible éclata en France. Aveugle dans sa fureur, elle confondit dans sa haine le ciel et la terre, le sacré et le profane. Elle proscrivit le culte des aïeux, bannit de la patrie la foi qui avait tenu son berceau, renversa les temples où avaient retenti les chants de nos pères, et démolit les sanctuaires où le peuple venait en paix chercher dans la prière un remède à ses douleurs.

Le souffle de l'impiété, plus fort que celui des tempêtes, circula partout avec une violence inouïe. Le pèlerinage de Vassivière fut livré aux profana-

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tions qui, pendant le cours de la révolution française, souillèrent les sanctuaires du culte catholique. Autels, calices, ornements sacrés, reliques, ex-voto, tout disparut dans le pillage ou les flammes. La statue, qu'on vénérait de temps immémorial, fut mise en pièces et brûlée : on en sauva pourtant quelques débris qui sont restés l'objet d'un culte particulier. L'autre statue, qui était révérée à l'oratoire, fut préservée des atteintes du vandalisme par un habitant de Besse, qui la garda, dans sa maison, et la laissa en mourant à sa famille, qui lui rend encore de pieux honneurs. La chapelle, après avoir été dévastée, fut vendue comme propriété nationale, et livrée, pendant plusieurs années, à de vils usages. On ne saurait dire la consternation qui régna à Besse, et dans les populations voisines, quand on apprit un pareil attentat. Les fidèles gémirent en secret de ne pouvoir plus recourir à Notre-Dame de Vassivière, dans un temps où son intercession eût été si nécessaire pour détourner les maux qui désolaient la France et l'Auvergne.

Mais Dieu avait fixé un terme à ces insolents triomphes. Déjà, en 1796, quelques pèlerins reprenaient la route de Vassivière ; bientôt le Concordat proclama libre l'exercice du culte catholique ; les temples s'ouvrirent ; les pèlerinages furent rendus à la piété publique.

La ville de Besse n'avait pas oublié quelles grâces répandit sur elle Notre-Dame de Vassivière. Il tardait à ses habitants de regagner sa montagne, et d'y célébrer de nouveau ses fêtes vénérées. Quoique la chapelle fût encore une propriété particulière, le pèlerinage refleurit, grâce à la piété des fidèles, et par les soins de M. Seronde, curé de Besse, qui déploya une rare énergie pour la restauration du culte de Notre-Dame de Vassivière. Il rétablit ses processions et ses fêtes, et remit dans son ancien éclat la Confrérie de la Visitation dans laquelle on vit, dès l'année 1805, entrer de nombreux associés.

Une nouvelle statue, dans laquelle on mit des fragments de l'ancienne, reçut les hommages qui, comme dans les âges écoulés, devaient remonter à Marie : elle représente la sainte Vierge tenant l'enfant Jésus sur ses genoux. L'église de Besse, restaurée avec décence, devint son premier séjour. On put bientôt la replacer, en été, dans la chapelle de Vassivière, rachetée par Mlle Marie Admirat, qui en fit don à la fabrique de Besse.

Lorsque Notre-Dame de Vassivière eut été rendue à elle-même, les beaux jours revinrent pour son pèlerinage. La générosité des fidèles pourrait sans retard à l'entretien et à l'ornement de la chapelle. Tandis qu'à Besse on réparait le chœur de l'église (1816), à Vassivière, on relevait les autels abattus, et on rendait aux murs du sanctuaire la décence et l'éclat dont ils brillaient autrefois. Ce qui toucha surtout les cœurs, et ce qui fit revivre la gloire de ce pèlerinage, ce fut la continuité des faveurs que Marie distribua du haut de la sainte montagne. Chaque année, les pèlerins rapportaient de leur voyage des grâces qu'ils gardaient avec soin.

La fête de la Visitation était, comme dans les siècles écoulés, la fête privilégiée de Vassivière. Mais la solennité la plus imposante avait lieu le dimanche qui suit le 2 juillet. En ce jour, les paroisses voisines vont processionnellement à la chapelle, et assistent, au pied des mêmes autels, à la célébration des divins offices. En 1841, et le 4 juillet, la présence de Mgr Féron donna à ces fêtes un éclat inaccoutumé. Quinze à vingt mille pèlerins, venus de tous les points de l'Auvergne et d'autres diocèses, couvraient le plateau de Vassivière.

L'année suivante, la fête du 2 juillet fut célèbre par la guérison d'un paralytique, dont le souvenir est resté dans beaucoup de mémoires. En 1851,

NOTRE-DAME DE VASSIVIÈRE, A BESSE. un nouveau prodige, arrivé le jour de la fête, accrut la célébrité de ce pèlerinage. La même année, le dimanche de la fête de la Visitation, on compta jusqu'à vingt mille pèlerins qui étaient venus de tous les coins de l'Auvergne et du Limousin, pour prendre part aux bénédictions que Marie répandait en ce jour, et assister aux solennités de Vassivière, auxquelles donnait un lustre nouveau la présence des évêques de Clermont et de Saint-Flour. La sainte Vierge y multipliait ses faveurs auprès de tous les âges. L'enfance et la jeunesse en particulier recevaient des gages de sa maternelle bonté.

Tandis que ces grâces particulières, accordées par Marie, relevaient son pèlerinage dans son antique éclat, les curés de Besse déployaient une grande activité pour restaurer ou embellir son sanctuaire. On décora le maître-autel dans l'état où on le voit, et le 9 juillet 1854, après en avoir reçu l'autorisation du pape Pie IX, on érigea un Chemin de la Croix, en présence d'une foule considérable que cette cérémonie avait attirée. Ces croix sont dressées sur un piédestal en pierre, où on a gravé, sur des tablettes de marbre blanc, les noms des personnes et des paroisses qui en ont fait don. Les pèlerins sont dans l'usage, en gravissant le plateau, de faire le Chemin de la Croix, exercice que l'Église a enrichi de si nombreuses indulgences. En 1856, la fabrique de Besse fit l'acquisition de la montagne qui entoure la chapelle.

En 1859, Pie IX enrichit la chapelle d'une indulgence plénière que pouvaient gagner, aux sept fêtes principales de Marie, et pendant leurs octaves, les personnes qui, s'étant confessées et ayant communié, prieraient, au pied de ses autels, aux intentions du souverain Pontife. Il accorda de plus trois cents jours d'indulgence à tous ceux qui visiteraient la chapelle de Vassivière, et y prieraient aux mêmes intentions.

Le cours des grâces accordées par Marie ne se ralentit jamais. Des différentes parties de la France, et souvent même des pays étrangers, on lui envoie des témoignages de reconnaissance. Tantôt, c'est un soldat qui, du fond de l'Afrique, lui fait parvenir ses hommages : tantôt, c'est un pilote, égaré sur les flots, qui lui adresse ses vœux. Aujourd'hui, une mère lui recommande son fils ; demain, une sœur lui enverra une offrande pour avoir obtenu le rétablissement de son frère. Il n'est pas de saison où ne montent, vers la sainte montagne, les prières d'une multitude d'âmes qui ont pour Notre-Dame de Vassivière un culte que ses bienfaits justifient et répandent.

Aujourd'hui, son pèlerinage a conservé son importance. La chapelle a revêtu une modeste élégance qui réjouit le pèlerin. L'autel principal, au-dessus duquel on voit l'image de la sainte Vierge, est orné d'un rétable. La statue est entourée d'une guirlande au sommet de laquelle deux anges tiennent un diadème suspendu sur sa tête. Les deux chapelles ont chacune un autel ; l'un, à droite, est dédié au Sacré-Cœur ; l'autre, à gauche, l'est à saint Joseph. Des cœurs nombreux, gages d'un filial amour et renfermant des noms destinés à immortaliser la reconnaissance, ornent l'autel du sanctuaire. Les murs sont aussi enrichis d'ex-voto, de tableaux et de médaillons qui contiennent le récit de faveurs extraordinaires. On remarque à droite un tableau donné par le monastère des Ursulines, de Clermont, et qui représente un parterre où croissent les fleurs les plus variées.

Autour de la chapelle, la nature étale comme autrefois ses âpres beautés, et les monts séculaires dressent toujours leurs pics qui servent d'éternels remparts à cette aimable solitude. Dans ces dernières années, on a dressé, au milieu de la montagne, vers le midi, un autel en pierre, afin qu'aux

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grandes solennités de Vassivière, on pût y célébrer la messe, en présence des pèlerins, dont la chapelle ne pouvait contenir la multitude.

L'église de Besse, où la statue de Notre-Dame de Vassivière réside pendant neuf mois de l'année, a été restaurée et embellie. Une flèche récente domine, depuis quelques années, le paysage d'alentour. L'intérieur de l'édifice a été en partie revêtu de décorations polychromatiques qui s'harmonisent avec le style grave de son architecture. On a ornementé la chapelle où on vénère l'Image miraculeuse. L'autel est roman et orné de trois bas-reliefs qui représentent l'Annonciation, la Naissance du Sauveur et l'Adoration des Mages. Les murs sont décorés de peintures où figurent, dans divers médaillons, la Présentation de la sainte Vierge, sa Nativité, sa Purification et sa Visitation. Cette chapelle est, en tout temps, l'objet d'un culte spécial : le saint Sacrement y repose, on y célèbre la messe tous les jours, et tous les jours les fidèles de Besse ou des pèlerins étrangers viennent invoquer Marie.

Les fêtes de Vassivière ont un caractère particulier. Lorsque le plateau s'est dépouillé de son manteau de neige, et que les fleurs commencent à s'épanouir sous les chaudes brises de l'été, on se prépare à transporter l'Image miraculeuse de la Vierge à sa montagne chérie. Le 2 juillet est le jour de la translation, ou, selon le langage du pays, le jour de la Montée. On le consacre généralement au repos et à la prière. Pendant les neuf jours qui précèdent, on fait une neuvaine, dont on suit les exercices avec une vive piété. Quand le jour arrive, tous se réunissent : on donne, à sept heures, le signal du départ. Les rangs de la procession se forment : à sept heures et demie, on est en marche. On s'arrête un instant sur une esplanade, d'où on donne à la ville, en signe d'adieu, une bénédiction avec la sainte Image. Puis la procession reprend son cours. Ses longues lignes se déroulent dans le plus bel ordre, en suivant les gracieux contours de la route qui circule dans les flancs de la montagne. Le recueillement et la piété règnent dans tous les rangs : les bouches ne s'ouvrent qu'aux chants sacrés qui vont, d'écho en écho, réveiller dans ces montagnes le nom et le souvenir de la plus tendre des Mères. Tantôt, c'est le Magnificat qui redit, après dix-neuf siècles, les gloires qu'avait présagées à sa grandeur future celle dont on porte l'Image en triomphe ; tantôt ce sont les litanies de la Vierge, dont chaque invocation se termine par un immense Ora pro nobis, que les collines envoient jusqu'au ciel. D'autres fois, ce sont des cantiques consacrés à Marie, dont les touchantes harmonies ou les joyeux accents font oublier la longueur du trajet. Cependant, la procession, à mesure qu'elle avance, ouvre ses rangs à des foules de pèlerins qui sont venus l'attendre sur divers points de la route. Ainsi grossie, elle arrive au pied de la sainte montagne. Là, cessent les chants en l'honneur de Marie. On fait ensuite le Chemin de la Croix. Arrivé sur la montagne, on s'arrête en face de l'oratoire où est la fontaine ; on chante le Te Deum, et on bénit solennellement, avec la sainte Image, la foule prosternée. On porte la statue dans la grande chapelle, et on la place au-dessus du maître-autel. À onze heures, on célèbre la messe qui se termine par la bénédiction du très-saint Sacrement. Au sortir de l'office, on se groupe par familles, ou par connaissances, et, assis sur le gazon, autour du sanctuaire de Marie, on prend un frugal repas, douce image des agapes chrétiennes qui, après les saints Mystères, rassemblaient, autour d'une table commune, les fidèles de la primitive Église unis par les liens de la plus tendre charité. À trois heures, a lieu une cérémonie particulière : l'image de Marie est présentée à la vénération des pèlerins, et cha-

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cun d’eux en baise les pieds avec amour. Vers le soir, la foule s’écoule, et s’en retourne processionnellement à Besse. Tous promettent au fond du cœur, de revenir souvent à Vassivière que bénit désormais la présence de l’image miraculeuse.

Pendant ses trois mois de séjour, on vient la visiter fréquemment des paroisses voisines, et surtout de Besse. Beaucoup y font une neuvaine de prières, quelquefois aussi une neuvaine de communions. Les pèlerins ne viennent pas seulement des contrées voisines, il en vient des cantons de la Haute et Basse-Auvergne, de la Marche, du Limousin et du Velay. Leur affluence augmente d’une manière sensible, les dimanches et les fêtes, et bien plus encore aux quatre fêtes spéciales de Vassivière, qui sont le dimanche dans l’octave du 2 juillet, le dimanche après le 25 août, ou la fête de saint Louis, le 8 septembre, fête de la Nativité de la sainte Vierge, et enfin le dimanche qui suit le 21 septembre. Pendant ce temps, le clergé de Besse se partage, comme avant la Révolution, entre la ville et la sainte montagne. Depuis le dimanche qui précède l’arrivée de la statue miraculeuse jusqu’à celui qui suit son départ inclusivement, on y dit la messe tous les jours, à neuf heures, et les dimanches à onze heures. Là ne se borne pas le ministère des prêtres de Besse : ils entendent encore les confessions des pèlerins qui ne croiraient pas avoir sanctifié leur voyage, s’ils ne se confessaient et ne communiaient pas dans l'église de Notre-Dame de Vassivière.

Les quatre fêtes que nous venons d’énumérer attirent un grand nombre de pèlerins : la première et la dernière sont les plus remarquables.

Le dimanche, dans l’octave du 2 juillet, est appelé le dimanche des processions. Plusieurs paroisses voisines s’y rendent en effet processionnellement. Dès la veille, bien des pèlerins arrivent à Vassivière ; ils reçoivent avec ferveur la bénédiction du saint Sacrement qui se donne le soir, envahissent les tribunaux de pénitence où s’opèrent les mystères de leur réconciliation avec Dieu, et passent la nuit au pied des autels de Marie. Le lendemain, on jouit des spectacles les plus variés et les plus édifiants. Le soleil doré à peine les monts que les pèlerins, venant de tous côtés, du Puy-de-Dôme, du Cantal, de la Corrèze et d’autres départements, animent de leurs groupes les sentiers et les routes.

Bientôt s’offre un nouveau spectacle. Au loin, des lignes de pèlerins se déroulent sur deux rangs, sous les bannières de leurs paroisses. Ce sont les processions qui arrivent. Les jeunes filles, vêtues de blanc, s’avancent sous des bannières aux couleurs et à l’effigie de la sainte Vierge. Des hommes de tout âge viennent ensuite, et mêlent leurs voix graves aux douces harmonies d’une pieuse jeunesse. La foule, qui couvre déjà le plateau, se presse au-devant des processions, et les accueille avec une religieuse allégresse. Elles ont gravi le plateau ; elles s’arrêtent successivement devant l’oratoire de la fontaine, où elles chantent une antienne à la louange de Marie, et entrent dans sa chapelle, où leurs chants expirent au milieu des prières que chacun adresse à la Reine de ces lieux.

A onze heures, la cloche convie les fidèles à la célébration des saints Mystères. Une foule innombrable se presse autour de l’autel dressé en plein air. Le clergé s’y rend précédé des croix, des étendards, des bannières de chaque paroisse, au milieu des chants où les strophes du Veni Creator se marient avec celles des cantiques. Le célébrant arrive au pied de l’autel orné de branches et de feuillages, et surmonté d’un dôme de verdure.

La messe terminée, le célébrant, précédé du clergé, revient à la chapelle. Le peuple se répand sur la montagne et consacre les heures suivantes

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à la prière ou à une pieuse allégresse. Le sanctuaire de Marie se remplit jusqu'au soir de pèlerins qui viennent lui offrir leurs remerciments et leurs vœux. Les processions regagnent successivement la paroisse ; les pèlerins s'écoulent, mais non sans jeter un dernier regard sur la sainte chapelle, et sans promettre de la visiter encore.

Trois mois se passent après la célébration de ces fêtes. Pendant trois mois, on vient à Vassivière, de tous les points de l'Auvergne, vénérer la statue miraculeuse. Puis, lorsque l'automne a succédé aux splendeurs de l'été, quand la fin de septembre arrive, Notre-Dame de Vassivière quitte sa montagne, pour aller de nouveau à Besse fixer son séjour. C'est le premier dimanche, après la fête de saint Matthieu, qu'a lieu la cérémonie, vulgairement appelée la Descente.

Dès les premières lueurs du jour, les fidèles arrivent et remplissent la chapelle. Chacun assiste aux messes qu'on y célèbre, avec un sentiment de ferveur qui est accru par la pensée que, pour la dernière fois de l'année, on vient vénérer la statue de Marie, dans son sanctuaire. Tandis que, sur la montagne, on lui adresse ses derniers vœux, à Besse, on se prépare à la recevoir, en faisant, avec un religieux enthousiasme, les préparatifs d'une entrée triomphale. La statue, portée sur un riche brancard, s'avance derrière le clergé, au chant des Litanies de la Vierge, et de l'hymne Salve, Regina. Le cortège se déroule, parmi les scènes de cette nature alpestre, à laquelle les pâles feux de l'automne donnent une teinte plus mélancolique.

Les chants arrivent jusqu'aux premières portes de la ville, et annoncent la rentrée dans ses murs de Notre-Dame de Vassivière. La nuit a étendu son voile : mais les illuminations rendent bientôt à la ville les clartés du jour. Déjà la procession est arrivée vers la porte Notre-Dame : on place la statue sur un autel, et on la couvre d'un manteau en drap d'or. Les cierges et les torches brillent autour d'elle d'un vif éclat. On entre dans la ville au chant du Salve, Regina. Soudain des feux de mousqueterie saluent l'arrivée de la Vierge miraculeuse. Mille transports éclatent de toute part. Partout où passe l'image, les maisons sont illuminées ; des guirlandes de fleurs s'enlacent d'une croisée à l'autre ; des rameaux jonchent le sol et se dépouillent, en l'honneur de Marie, de leurs derniers feuillages.

On porte la statue dans l'église, envahie déjà par la multitude, et on entonne les derniers chants qui saluent son retour. On la dépose dans sa chapelle ; la bénédiction du saint Sacrement termine ces joyeuses fêtes, consacrées à la prière et à la reconnaissance.

Extrait de la Vie des Saints et Saintes d'Auvergne, par Branche, et de l'Histoire de Notre-Dame de Vassivière, par M. l'abbé Chaix.

Événements marquants

  • Édification de l'église de Besse au XIe siècle
  • Dévastation de Vassivière par les Anglais en 1369
  • Miracle de Pierre Get en juin 1547
  • Construction de la chapelle actuelle achevée en juin 1555
  • Consécration par Mgr Antoine de Saint-Nectaire le 2 juillet 1571
  • Vol sacrilège dans la nuit du 4 au 5 septembre 1669
  • Destruction de la statue originale pendant la Révolution française
  • Restauration du culte et nouvelle statue en 1805

Miracles

  • Cécité subite et guérison instantanée de Pierre Get en 1547
  • Retour miraculeux de la statue sur sa montagne après translation à Besse
  • Source jaillissante inépuisable à l'oratoire
  • Délivrance d'un possédé en 1551
  • Guérison d'un paralytique en 1842

Citations

Sainte Vierge, secourez-moi

— Pierre Get, 1547

Date de fête

2 juillet

Époque

11ᵉ siècle

Patron(ne) de

Invoqué(e) pour

maladies contagieuses, sécheresse, incendies, guérison des yeux, protection des voyageurs, paralysie

Autres formes du nom

  • Sainte Vierge (fr)
  • Reine (fr)
  • Protectrice de l'Auvergne (fr)

Prénoms dérivés

Marie

Famille

  • Jésus-Christ (fils)