Notre-Dame des Voirons

Reine du ciel, Reine des Apôtres

Fête : 2 juillet • sainte

Résumé

Le pèlerinage de Notre-Dame des Voirons trouve son origine dans le vœu d'un seigneur de Langin, sauvé miraculeusement d'un sanglier monstrueux sur une montagne autrefois dédiée à Jupiter. Le sanctuaire abrite une Vierge noire qui survécut aux profanations des Bernois en 1536 par des prodiges éclatants. Honorée par Saint François de Sales, elle demeure un centre spirituel majeur de la Savoie, particulièrement invoquée à Boëge.

Biographie

NOTRE-DAME DES VOIRONS, À BOËGE,

AU DIOCÈSE D'ANNECY

Au nord de la Savoie, sur les confins du Chablais et du Faucigny, on voit une vallée remarquable à bien des titres. C'était autrefois une immense forêt, que les Allobroges appelèrent Boëge, ou pays de bois. On la désignait aussi, au moyen âge, sous le nom de Combe noire.

Les chanoines de Saint-Augustin de l'abbaye de Filly vinrent la cultiver, vraisemblablement au XIe ou au XIIe siècle, et semblèrent en prendre possession au nom de la Reine du ciel, en dédiant à Notre-Dame leur prieuré de Burdignin.

Cette vallée, autrefois si sombre, compte aujourd'hui parmi les plus jolies et les plus curieuses de la Savoie. Les montagnes qui la bornent en tous sens ne sont pas comme ailleurs des rocs escarpés ; ce sont des prairies et des bois touffus, qui prennent en s'élevant dans les airs les formes les plus variées. Un torrent la traverse dans toute sa longueur, des bosquets charmants sont plantés sur les deux rives, et de part et d'autre s'étendent des vergers et de fertiles campagnes. Le bourg, qui est au centre, et un grand nombre de villages, surtout ceux qui se groupent auprès des clochers, ont un air d'aisance et de prospérité qui fait plaisir à voir. Elle eut, au moyen âge, plusieurs châteaux qui jouèrent un rôle important.

C'est au sein de cette vallée, et dans le bourg même de Boëge, en Faucigny, que fut rétabli, en 1852, l'un des plus célèbres pèlerinages de la Savoie, celui de Notre-Dame des Voirons, dont l'histoire se rattache à la destruction définitive de l'idolâtrie romaine dans ce pays.

Les Voirons sont une petite chaîne de montagnes, placée entre le Chablais et le Faucigny, à l'est de Genève et à l'ouest de Lausanne. Le Calvaire, qui est le plus haut point de cette chaîne, et près duquel s'élèvent les ruines de l'ancien couvent de Notre-Dame, offre un des plus beaux points de vue de l'Europe.

Du temps des Allobroges, les Voirons et la vallée de Boëge étaient consacrés aux divinités celtiques, et, selon toute apparence, à Teutatès, le dieu des forêts. Les noms de grand et de petit Fayet, donnés à deux bois qui s'étendent sur le versant oriental de la montagne, vis-à-vis de Boëge, ne permettent guère de douter que des fées ou druidesses n'aient habité ces anciennes solitudes.

Après la conquête de l'Allobrogie, les Romains, suivant en cela leur coutume, dédièrent à Jupiter les autels que les druides avaient élevés à Teutatès sur les Voirons et dans la vallée des bois. On trouve encore au centre de cette vallée un mont Jovet et, sur la montagne, deux forêts de Jou qui portent évidemment le nom du maître de l'Olympe.

Quoique la ville de Genève eût eu son siège épiscopal dès la fin du IIe siècle, et que les progrès du christianisme eussent été grands dans ce diocèse, sous l'évêque Éleuthère, ami de Constantin, le culte des idoles subsista longtemps encore dans quelques endroits reculés.

Les autels des faux dieux furent relevés à Genève sous Julien l'Apostat,

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et, quand ils eurent été de nouveau renversés, plusieurs temples païens restèrent encore debout au sommet de quelques montagnes ou au fond de certains vallons ignorés. L'invasion des Barbares, qui fut si longue dans nos Alpes, favorisa cet état de choses, et, au Xe siècle, Jupiter était encore adoré sur les Voirons, comme sur le Mont-Jou, qui devint si célèbre par le zèle de saint Bernard de Menthon.

On dit que l'idole des Voirons rendait aussi des oracles et exigeait un culte assidu et minutieux. Malheur à qui manquait aux cérémonies que prescrivait le dieu de la montagne ! Il inspirait une telle terreur, que les chrétiens du temps crurent que le démon animait cette étrange divinité, qui n'avait probablement d'autre âme que celle que lui prêtaient l'astuce de ses gardiens intéressés et la superstition de ses adorateurs.

Les évêques de Genève ne pouvaient voir plus longtemps ce foyer d'idolâtrie tout près de leur cité, et au milieu des plus belles contrées confiées à leur zèle. Ils firent donc raser le temple des Voirons, et mettre en poudre son idole. Le temple et l'idole du Mont-Jovet durent avoir le même sort.

Or, voici un horrible sanglier qui se montre sur la montagne, et la choisit pour sa demeure. Tout ce qui ose approcher est victime de sa fureur. Les dévastations augmentent de jour en jour, et l'épouvante grandit avec elles. L'effroi devient si grand dans tout le pays, que le peuple croit que le même démon qui animait naguère l'idole des Voirons a passé dans la bête farouche.

Il y avait alors au château de Langin, sur le versant occidental de la montagne, un seigneur courageux et dévoué. Il aurait cru compromettre sa réputation de bravoure s'il n'avait attaqué le sanglier, et il aurait manqué à un devoir s'il n'eût fait son possible pour en délivrer ceux que son bras devait défendre. La prudence ne lui permettait cependant pas d'affronter seul un si terrible adversaire, d'autant plus qu'il croyait avoir affaire à un démon bien plus qu'à une bête fauve ; c'est pourquoi il invita quelques amis à s'unir à son entreprise. Ils hésitent d'abord ; mais le fier châtelain les accuse de lâcheté et ils se déterminent à le suivre. Une grande chasse est organisée, on se réunit, on part et bientôt on arrive au sommet des Voirons. Le sanglier, qui cherchait une proie, se précipite sur la troupe ennemie. Les compagnons du sire de Langin se dispersent et fuient en toute hâte ; il reste seul sur le champ du combat, et voilà le sanglier qui se jette sur lui avec fureur, qui le déchire cruellement, et le maltraite de telle sorte qu'il demeura comme mort sur la place.

Dans sa détresse, il jeta les yeux vers le ciel et fit vœu à la très-sainte Vierge de lui faire bâtir une chapelle au même lieu, si, par ses prières et son intercession, cette bête farouche pouvait être tuée ou chassée, et si lui-même pouvait échapper à tant de plaies dont il pensait que la moindre était mortelle. La sainte Vierge ne lui refusa pas son secours ; car, quoiqu'il fût sur le point de rendre l'âme, il recouvra assez de force pour se retirer à son château. Il guérit bientôt de ses blessures et le terrible ennemi disparut pour jamais de la contrée.

La grâce était trop signalée pour ne pas hâter l'accomplissement du vœu qui l'avait obtenue. Le seigneur de Langin fit bâtir la chapelle qu'il avait vouée à la Reine du ciel ; dans cette chapelle, il fit un autel, et, sur cet autel, il plaça l'image de sa libératrice. C'était une statue en bois : la Vierge tenait dans ses bras le divin Enfant, et un évêque de Genève l'avait bénit.

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La chapelle des Voirons est le premier des sanctuaires de Marie, où nous trouvons une *Vierge noire*. Les plus anciennes statues de ce genre furent apportées du Liban, dès les premiers siècles du christianisme, par les pèlerins qui visitaient la Terre-Sainte. Elles avaient été faites par des solitaires qui avaient voué leur travail à la Mère de Dieu.

Le seigneur de Langin, ne pouvant assez témoigner sa reconnaissance à Dieu et à la Vierge pour la protection dont ils l'avaient couvert, fit construire près de la chapelle des Voirons un petit ermitage pour aller finir ses jours à l'ombre de l'autel de Marie. Il ne se réserva que le revenu nécessaire pour la vie pauvre et retirée qu'il embrassait, ordonna qu'à sa mort son corps serait inhumé dans la chapelle de Notre-Dame, et que les corps de ses héritiers, mourant à Langin, y seraient portés avant d'être ensevelis ailleurs. Il distribua de grandes aumônes, dit adieu au monde, et se retira avec un ami qui voulut le suivre dans la solitude.

Il se prescrivit une règle de vie rigoureuse qu'il fit approuver par son évêque... Il passa le reste de ses jours dans les oraisons, méditations, jeûnes, mortifications intérieures, macérations de corps, embaumant tout le voisinage de l'odeur de ses vertus, donnant l'exemple d'une solide dévotion, et laissant après sa mort la précieuse et très-suave mémoire de sa vie.

L'œuvre dont les fondements venaient d'être jetés était celle de Dieu, elle ne pouvait descendre dans la tombe avec son fondateur. Quand il ne fut plus, de nouveaux ermites vinrent rejoindre son ami, qui lui avait survécu ; d'autres succéderont à ceux-là, et, pendant un grand nombre de siècles, on vit des chrétiens d'élite renoncer au monde pour venir chanter dans la solitude les louanges de Notre-Dame des Voirons.

Dès son origine, le saint ermitage commença à être fréquenté par un grand nombre de personnes qui venaient de loin, de tous côtés, tant pour remercier Dieu des faveurs qu'ils avaient obtenues par l'intercession de la glorieuse Vierge, que pour apprendre le chemin du ciel de la bouche des saints ermites.

La fête de la Visitation, que saint Bonaventure avait établie pour les Frères Mineurs, dès l'an 1263, et que le pape Urbain VI étendit à toute l'Église en 1389, paraît avoir été la fête patronale des Voirons, dès la fin du XIVe siècle. Elle devint le jour du principal concours sur la sainte montagne, et ne fut plus connue en Chablais et dans le Faucigny que sous le nom de fête de Notre-Dame des Voirons.

La tradition populaire nous a conservé un trait qui se rapporte à l'époque dont nous parlons, et qui mérite de trouver place dans cette notice. Une jeune personne, qui était venue, sans doute, se mettre sous la protection de la Reine des vierges, se trouvait à quelque distance de la chapelle de Notre-Dame quand elle rencontra sur son chemin un de ces hommes perdus pour qui rien n'est sacré. Elle fuit épouvantée, mais l'homme farouche la poursuit. Dans le trouble qui l'agite, elle n'a pas vu un précipice sans fond qui se rencontre sous ses pas, ou, si elle l'a vu, elle préfère sa vertu à la vie, se jette dans l'abîme, et mérite de compter parmi les vierges les plus héroïques. On dit que la main de Dieu la soutint dans sa chute, et qu'elle se trouva au fond du précipice sans avoir aucun mal. Cette vierge intrépide méritait bien un monument : les peuples lui en élevèrent un qui restera longtemps debout ; ils donnèrent au roc perpendiculaire duquel elle s'était précipitée le nom de *Saut de la Pucelle*, qu'il conserve encore aujourd'hui.

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Ce roc est à un kilomètre de l'ancienne chapelle, du côté de l'ouest.

En 1536, les Bernois établirent l'hérésie en Chablais les armes à la main, et y exercèrent mille ravages. Le saint ermitage du mont de Voiron n'en fut pas exempt ; ils y vinrent armés comme si c'eût été pour assaillir quelque forteresse, maltraitèrent et chassèrent les ermites, emportèrent par un horrible sacrilège les vases sacrés, habits, meubles, papiers de fondations, donations, ventes, privilèges, indulgences et autres droits, mirent le feu aux bâtiments, les ruinèrent et les démolirent entièrement, jusqu'à faire rouler les pierres par la montagne.

Les démolisseurs sacrilèges croyaient avoir triomphé, mais Dieu ne laissa pas ces méchancetés impunies ; car, fort peu de temps après, ceux qui avaient coopéré à la démolition de ce saint ermitage périrent tous misérablement.

Toutefois, la statue de Notre-Dame fut miraculeusement conservée. Jean Burgnard, chablaisien, de la paroisse et village de Brens, en Chablais, ayant non-seulement embrassé l'hérésie des Bernois, mais de plus s'étant joint à eux pour les conduire à l'ermitage, se jeta de prime abord sur l'autel pour enlever la statue, comme il fit ; et, l'ayant attachée, la traînait derrière soi en descendant, avec toutes sortes d'ignominies, et disait par moquerie : « Viens après moi, ma petite Maure ! si tu as tant de pouvoir comme l'on dit, montre-le maintenant ! pourquoi te laisses-tu ainsi traîner ? que ne te défends-tu ? » Et voilà que, pendant qu'il vomit de tels outrages et blasphèmes, tout aussitôt la statue s'arrête et demeure immobile, quoique ce fût en un lieu où la terre était égale, au milieu d'un pré. Ce misérable, voyant qu'il ne la pouvait plus tirer, tourna la tête pour voir ce qui empêchait ; mais, par un double miracle, la tête lui demeura de la sorte toute contournée, et il fut au même instant perclus et estropié d'un bras et d'une épaule, sans que jamais il pût se retourner droit ; de sorte qu'il fut contraint de laisser la statue en ce même lieu, et descendit avec peine, portant sur lui, pour tout le reste de sa vie, la punition de son impiété et l'évident témoignage du souverain pouvoir de la Reine du ciel.

Mais voici encore une autre merveille : Il y avait une grande cloche que l'on pouvait entendre de Genève et de Lausanne ; les hérétiques l'ayant démontée, et ne la pouvant pas emporter parce qu'elle était trop pesante, ni la mettre en pièces, la roulèrent dans un vallon que l'on appelle le Bois de La-Jou, avec dessein de la revenir prendre le lendemain. C'était au commencement du mois d'août ; néanmoins, toute la nuit il tomba une si grande quantité de neige sur ce pan de la montagne, et non point ailleurs, que les soldats, étant de retour avec des cordes et marteaux pour rompre et entraîner la cloche, ne surent jamais reconnaître ni les sentiers, ni l'endroit même où ils l'avaient mise ; de sorte qu'ils furent contraints de s'en retourner. Quelque temps après, la neige étant fondue, un paysan de Boëge, nommé Chevalier, à qui la place appartenait, la trouva, et la fit transporter dans l'église paroissiale de Boëge, où fut aussi apportée la statue de Notre-Dame des Voirons.

Peu de temps après, un saint religieux, François Monod, de l'Ordre des Ermites de Saint-Augustin, ayant rétabli la chapelle avec l'ermitage, y replaça la statue miraculeuse de la Vierge que l'on conservait dans l'église de Boëge.

Dès lors, la dévotion recommença avec une si grande ferveur, que les hérétiques, en étant indignés, firent tout leur possible pour empêcher les saints exercices que le peuple du Faucigny y faisait ; mais les habitants de

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Boëge et des paroisses voisines s'y rendaient en armes, surtout le jour de la Visitation, et donnaient ainsi le loisir de célébrer des messes et faire d'autres offices divins, à la consolation des pauvres catholiques.

Le 4e juillet 1595, la veille de la fête de la Visitation, l'Apôtre du Chablais prit le bâton de pèlerin et s'achemina vers les Voirons. Il avait compris qu'il lui fallait une force surhumaine pour accomplir la mission qu'il venait d'entreprendre, et il alla demander l'assistance de Celle que l'Église a si bien appelée Reine des Apôtres. Les hérétiques aperçurent l'homme de Dieu se dirigeant vers la sainte montagne ; ils le suivirent, l'attaquèrent et lui firent mille outrages. Saint François disait dans la suite qu'il ne s'était échappé de leurs mains que par une protection spéciale de la sainte Vierge. Il est à remarquer que ses travaux, qui jusque-là étaient restés infructueux, commencèrent à être couronnés d'un succès qui, allant toujours croissant, aboutit à la conversion de soixante-dix mille hérétiques.

Après le retour du Chablais à la foi catholique, l'ermitage des Voirons fut rétabli dans sa primitive splendeur, et, l'an 1620, saint François de Sales donna des Règles aux ermites de Notre-Dame, dont il fit une congrégation particulière.

Le Saint leur prescrivait, entre autres, d'avoir en très-grande recommandation l'hospitalité, et un soin tout particulier des pèlerins et des étrangers. Ils devaient faire une profession toute spéciale de dévotion envers Notre-Dame. Leur oraison du soir commençait par les litanies de la Vierge, et, tous les samedis après souper, les ermites devaient chanter en chœur l'hymne de ses joies devant l'image de la chapelle.

Charles-Auguste de Sales fut ermite des Voirons avant de devenir évêque de Genève. Il avait renoncé à la dignité de prévôt de la cathédrale et de doyen de la collégiale d'Annecy, pour se retirer sur la sainte montagne, où il mena la vie la plus mortifiée. Quand il eut été fait évêque, il détermina les ermites des Voirons à s'unir aux Frères Prêcheurs d'Annecy, et, dès cette époque, la garde du sanctuaire de Notre-Dame des Voirons fut confiée aux enfants de saint Dominique. Dom Luc de Lucinges, qui est célèbre dans l'histoire de Savoie, fut prieur du couvent des Voirons.

Il n'y eut plus alors, dans ces contrées, de pèlerinage qui put rivaliser avec celui dont nous traçons l'histoire. Quoique la montagne des Voirons fût très-élevée, vingt-cinq processions, venues du Chablais et du Faucigny, s'y rencontraient quelquefois dans une même matinée.

En 1717, Michel-Gabriel de Rossillon de Bernex, l'un des plus grands évêques de Genève, se détourna du cours de ses visites pastorales, pour venir en pèlerinage à Notre-Dame des Voirons, à l'intention du roi Victor-Amédée II, et il y écrivit à ce prince une lettre de condoléance sur la perte qu'il venait de faire du royaume de Sicile.

Le 7 août 1769, un incendie consuma le couvent de Notre-Dame et sa chapelle vénérée. Les religieux de Saint-Dominique se retirèrent dans leur couvent d'Annecy, et les contrées qui s'étaient habituées aux touchantes solennités de leur Patronne, ne purent plus lever les yeux vers la sainte montagne sans les sentir baignés de larmes.

Les fidèles continuèrent cependant à venir prier sur les ruines de l'antique chapelle ; car il leur semblait que ces murs et ces pierres éparses qui avaient été les témoins muets de tant de merveilles, devaient conserver une vertu divine, et les paroisses d'alentour s'y rendirent encore chaque année en procession.

De leur côté, les Dominicains portèrent à Annecy le culte de Notre-Dame

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des Voirons, lui élevèrent un autel dans leur église, et continuèrent à célébrer tous les jours une messe en son honneur.

Les bouleversements et les terreurs de la Révolution française ne réussirent pas à faire oublier complètement la puissante Dame des Voirons. Les prêtres fugitifs allaient célébrer les saints mystères sur la montagne qui lui était toujours consacrée, pour demander à Dieu, par l'intercession de Marie, d'abréger les épreuves de l'Église.

Le souvenir de Notre-Dame des Voirons ne se conserva nulle part plus vivace que dans la famille Burgnard, dont bien des membres portèrent, hélas ! jusqu'à ces derniers temps, des signes visibles de la malédiction qu'avait méritée leur ancêtre.

Il n'y a que quelques années, un membre de cette famille fit dresser une pierre creuse sur le bord d'un sentier qui traverse la montagne des Voirons et qui conduit de Boëge à Saint-Cergues et, dans le creux de cette pierre, il déposa l'image de la Mère de Dieu. Pauvre, il ne put élever qu'un monument bien pauvre, mais Celle qui regarde bien moins la valeur de nos offrandes que notre bonne volonté lui tiendra compte de son intention. Cette pierre brute, marquée au sceau de l'espérance et de l'amour, vaut un magnifique monument d'expiation qui ne peut manquer d'avoir son effet.

La statue de Notre-Dame des Voirons fut retrouvée dans un village de la paroisse de Boëge, le premier dimanche du mois de mai 1852, et solennellement inaugurée, le premier dimanche de juillet, dans l'église paroissiale qui lui avait servi d'abri au XVIe siècle. La Providence, en rendant cette image à la vallée de Boëge, voulut sans doute la récompenser du zèle qu'elle avait toujours montré pour le culte de Marie.

En 1855, le premier dimanche de juillet, consacré à Notre-Dame des Voirons, les habitants de Boëge posèrent la première pierre d'une église magnifique qui devait remplacer l'ancienne, tombant de vétusté ; et, deux ans plus tard, à pareil jour, elle fut bénite sous le vocable de Notre-Dame, dont l'image y fut portée en triomphe au milieu d'un concours immense de fidèles accourus de toutes parts.

Chaque année, la fête de Notre-Dame des Voirons se célèbre avec solennité, et au milieu d'un très-grand concours. Ce qui la distingue surtout, c'est un triomphe magnifique décerné à Marie. On place l'antique statue sur un trône brillant, et vingt ou trente jeunes filles, vêtues de blanc, la portent en procession au milieu des lis et des fleurs. Les rues du bourg de Boëge sont parées comme pour une réception royale. Un nombreux clergé et des milliers de fidèles accompagnent le pieux cortège, au chant des litanies et des saints cantiques, que l'airain accompagne de ses grandes voix.

Notre-Dame des Voirons ne tarda pas à se montrer aussi libérale dans le nouveau sanctuaire qui lui avait été consacré, que dans celui qu'elle avait habité sur la montagne pendant tant de siècles, et déjà de nombreux ex-voto y ont été déposés comme tribut de reconnaissance.

On distingue deux cœurs d'or parmi ces pieux témoignages. L'un fut envoyé à Notre-Dame des Voirons, le 15 août 1859, par une centaine de jeunes gens de Savoie. Il renferme leurs noms et un acte de consécration très-touchant à la Mère de Dieu. L'autre fut donné, on ne sait par qui, dès les premiers temps du rétablissement du culte de Notre-Dame des Voirons dans l'église de Boëge. Il contient un billet que nous voulons reproduire ici textuellement : « Une mère était désolée de voir qu'un enfant qu'elle aimait beaucoup ne marchait pas, quoiqu'il fût déjà âgé de quatre ans environ ; la

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faiblesse extraordinaire de ses jambes faisait même craindre à la mère qu'il ne marchât jamais bien. Elle vint avec son enfant au pied de l'autel de Notre-Dame, et, pendant qu'elle priait, il se mit à se traîner en montant les degrés de cet autel. Cependant, il ne marchait pas encore. Quand elle fut de retour à sa maison, l'heureuse mère trouva que son enfant était guéri, et il a continué à marcher de ce moment-là ».

En 1853, le souverain pontife Pie IX daigna accorder deux indulgences plénières à ceux qui visiteraient l'église dans laquelle venait d'être rétabli le culte de Notre-Dame des Voirons. On peut gagner la première le jour de la fête de la Visitation ou les dix premiers jours de juillet, et la seconde, en un jour quelconque de l'année, au choix du pèlerin.

Extrait de Notre-Dame de Savoie, par M. l'abbé F. Grobel.

Événements marquants

  • Destruction du temple de Jupiter sur les Voirons par les évêques de Genève
  • Vœu du seigneur de Langin après l'attaque d'un sanglier monstrueux
  • Construction de la première chapelle et de l'ermitage
  • Établissement de la fête de la Visitation comme fête patronale au XIVe siècle
  • Sacrilège des Bernois en 1536 et miracle de l'immobilisation de la statue
  • Pèlerinage de Saint François de Sales en 1595
  • Incendie du couvent et de la chapelle en 1769
  • Rétablissement solennel du culte à Boëge en 1852

Miracles

  • Guérison du seigneur de Langin
  • Disparition du sanglier monstrueux
  • Sauvetage d'une jeune fille au 'Saut de la Pucelle'
  • Immobilisation de la statue et châtiment de Jean Burgnard
  • Neige miraculeuse en août pour cacher la cloche aux hérétiques
  • Guérison d'un enfant de quatre ans ne marchant pas

Citations

Viens après moi, ma petite Maure ! si tu as tant de pouvoir comme l'on dit, montre-le maintenant !

— Jean Burgnard (propos sacrilèges rapportés)