Notre-Dame du Marais (Fougères)

Patronne de la ville et protectrice de la contrée

Fête : 1er juillet 10ᵉ siècle • sainte

Résumé

Statue de granit du Xe ou XIe siècle, Notre-Dame du Marais fut enfouie lors de la destruction du château de Fougères en 1166 avant d'être retrouvée trois siècles plus tard. Honorée dans l'église Saint-Sulpice, elle est le centre d'une dévotion ancienne marquée par de nombreux miracles et des pèlerinages bretons et mayennais.

Biographie

NOTRE-DAME DU MARAIS, À FOUGÈRES

AU DIOCÈSE DE RENNES

L'église Saint-Sulpice, à Fougères, possède, dans une niche, au-dessus de la porte d'entrée, et sous un petit édicule, tel qu'on en voit dans certaines églises de campagne, Notre-Dame du Marais, ainsi appelée du lieu où elle fut découverte.

Cette célèbre statue était depuis des siècles, porte une tradition constante, enfouie dans le sol, au-dessous de l'endroit où elle est exposée à la vénération des fidèles. On la découvrit, en creusant les fondations de l'église Saint-Sulpice ; et, comme ce sol était primitivement un marais, depuis longtemps desséché, on la nomma Notre-Dame du Marais.

Ainsi parle la tradition du pays ; et cette tradition s'accorde de tous points avec l'histoire ; car l'histoire nous apprend que, dès les premières années du XIe siècle, il existait une église, sous le vocable de Marie, dans l'enceinte même du château de Fougères, précisément en face, et à une distance de cinquante mètres, de l'endroit où la tradition place la découverte de la statue.

L'histoire nous apprend, en second lieu, que le château de Fougères fut rasé de fond en comble en 1166 ; par conséquent, l'église renfermée dans son enceinte dut nécessairement être enveloppée dans sa ruine ; la statue en pierre honorée dans cette église dut rouler avec les décombres dans les fossés du château, où elle fut trouvée trois siècles plus tard, lorsqu'on fouilla le sol pour la construction de cette partie de l'église Saint-Sulpice ; et sans recourir au caractère de merveilleux que quelques-uns ont attaché à la découverte de la statue, ces faits si simples font ressortir clairement l'antiquité du culte de Marie à Fougères ; ils démontrent que, dès le Xe siècle, la Vierge sainte était honorée comme patronne de la ville et protectrice de la contrée.

NOTRE-DAME DU MARAIS, À FOUGÈRES. 593

La statue ainsi trouvée dans les décombres du château est haute de quatre-vingts centimètres, et représente la Vierge assise, la tête ceinte d'une couronne à trois fleurons entièrement lisses, tenant de la main gauche l'Enfant Jésus debout sur ses genoux, pendant que de la main droite elle lui donne son sein. Le divin Maître semble sourire à sa Mère, et a la main levée comme pour bénir. Cette image est d'un seul bloc de granit, d'un grain extrêmement fin.

Un malencontreux artiste du milieu du dernier siècle voulut la refaire selon ce qu'il appelait les formes du beau ; heureusement il ne réussit qu'à moitié, et lui laissa, malgré lui, son caractère primitif ; de sorte que, nonobstant les couches de dorures et de badigeon dont il la couvrit, le cachet de haute antiquité que lui attribue la tradition ressort de la pureté de l'expression et de la naïveté des poses, comme de la disposition simple des draperies.

Pendant le temps que cette statue vénérée demeura enfouie, le culte de Marie ne souffrit point de défaillance : on l'honorait d'un culte tout particulier dans une chapelle de l'église Saint-Sulpice ; une confrérie en son honneur y florissait sous le nom de la grande confrérie de Notre-Dame, desservie par sept chapelains ; et Dieu témoigna plusieurs fois aux habitants de Fougères combien lui étaient agréables les hommages qu'ils rendaient en ce lieu à sa sainte Mère.

Nous lisons dans le compte des trésoriers de la paroisse des années 1494 et 1495 qu'il s'y opérait de fréquents et éclatants miracles, en considération desquels l'évêque accorda quarante jours d'indulgence pour tous les jours de la semaine. Nous y lisons que, le 19 septembre 1495, un grand cierge s'y alluma de lui-même, et demeura ainsi allumé durant vingt-quatre heures, que toute la ville fut témoin du prodige, et que deux sermons furent faits pour en faire ressortir la merveille.

Ces faveurs et merveilles diverses, par lesquelles Dieu glorifiait l'image de Marie, inspirèrent pour elle, aux habitants de Fougères, un attachement sans bornes ; et toutes les fois qu'aux temps de guerres civiles l'ennemi s'approcha des remparts, le premier soin des habitants fut de transférer la statue dans un lieu sûr et bien caché. Ce n'était pas qu'ils doutassent de la protection de Marie, à qui ils avaient remis la garde de leur ville, en plaçant son image sur chacune des quatre portes qui en défendaient l'entrée : fait remarquable, dont on voit encore la preuve, non-seulement dans celle de ces portes qui existe aujourd'hui, et qui présente aux regards cette même image, mais encore dans les statues placées près des anciennes portes démolies, et dans celle qui fut transportée à l'église Saint-Léonard, où le marquis du Bois-Février fonda une lampe qui devait toujours brûler devant elle. Mais quoique Marie les eût si bien protégés, que jamais armée protestante n'avait pu pénétrer dans la ville, ils croyaient plus prudent de ne négliger aucune précaution.

Vers le milieu du XVIe siècle, la dévotion à Notre-Dame des Marais prit un développement extraordinaire, et se propagea avec une expansion qui sembla tenir du prodige : ce n'était plus des personnes isolées qui venaient réclamer sa protection, mais bien des paroisses entières qui s'y rendaient, chaque année, en pèlerinage, et des paroisses étrangères au diocèse, telles que Montaudin, Larchamps et Landivy, toutes trois alors du diocèse du Mans, aujourd'hui du diocèse de Laval.

Ces pieux pèlerinages se continuèrent jusqu'en 93 ; et aujourd'hui encore les habitants de Landivy, conservant religieusement les traditions de leurs pères, viennent, chaque année, le premier jour de juillet, se prosterner aux pieds de Notre-Dame du Marais, et y assistent au saint sacrifice, célébré par leur curé, qui dirige toujours ce saint voyage.

Pour faciliter aux pèlerins le recueillement de la prière, en les séparant des allées et des venues, et du dérangement que leur suscitait l'office paroissial, on construisit une chapelle du pèlerinage, où l'on plaça la statue vénérée sous une sorte de baldaquin, au-dessus de la baie par laquelle elle communique avec l'église. C'est là que Marie apparaît, dans son humble sanctuaire, comme autrefois dans sa modeste demeure de Nazareth, dépouillée de toute gloire mondaine et de tout éclat, mais toujours pleine de grâces, et les répandant sans réserve sur ceux qui l'invoquent. C'est là que se conserve toujours enracinée au cœur du pèlerin une dévotion qui a résisté à l'épreuve des siècles, et qui, loin de diminuer, au milieu des défaillances de la foi, semble se fortifier tous les jours davantage ; fait qui serait à lui seul un miracle, si les grâces insignes obtenues dans ce sanctuaire n'en donnaient l'explication.

Avant la Révolution, on voyait suspendues aux pieds de Notre-Dame deux chaînes de fer avec lesquelles on attachait les condamnés, et dont lui avaient fait hommage deux accusés qui avaient obtenu, par son intercession, que leur innocence fût reconnue. M. Paumier, mort curé de Saint-Sulpice, en 1715, raconte, dans une notice qui se conserve encore, la guérison subite d'une jeune aveugle de la paroisse de Saint-Sauveur des Landes, qui s'était fait conduire aux pieds de celle qu'on n'invoque jamais en vain. Enfin l'amiral comte du Boueis de Guichen, natif de Fougères, saisi, dans une de ses excursions maritimes, par la plus horrible tempête, fit vœu, s'il échappait au danger, de venir en pèlerin remercier Notre-Dame du Marais ; et à peine eut-il fait ce vœu, que la mer se calma. Lorsqu'il fut de retour en France, il se hâta de venir à Fougères, et se rendit pieds nus dans le sanctuaire de Marie, proclamant à la face du monde la faveur qu'il en avait reçue.

Notre-Dame de France, par M. le curé de Saint-Sulpice.

Événements marquants

  • Existence d'une église dédiée à Marie au château de Fougères dès le XIe siècle
  • Destruction du château et de l'église en 1166
  • Enfouissement de la statue dans les décombres et le marais
  • Découverte de la statue trois siècles après 1166 lors des fondations de l'église Saint-Sulpice
  • Cierge allumé miraculeusement le 19 septembre 1495
  • Pèlerinages massifs au milieu du XVIe siècle
  • Vœu et pèlerinage de l'amiral de Guichen au XVIIIe siècle

Miracles

  • Cierge s'allumant de lui-même en 1495
  • Guérison d'une jeune aveugle de Saint-Sauveur des Landes
  • Apaisement d'une tempête pour l'amiral de Guichen
  • Libération d'accusés (chaînes de fer offertes en ex-voto)

Citations

Dès le Xe siècle, la Vierge sainte était honorée comme patronne de la ville et protectrice de la contrée.

— Texte source

Date de fête

1er juillet

Époque

10ᵉ siècle

Patron(ne) de

Invoqué(e) pour

protection contre les armées, innocence reconnue des accusés, guérison de la cécité, protection contre les tempêtes en mer

Autres formes du nom

  • Vierge sainte (fr)

Famille

  • Enfant Jésus (fils)