Saint Abel

Le premier des martyrs et la première figure de Jésus-Christ

Fête : 30 juillet • saint

Résumé

Second fils d'Adam et Ève, Abel est le premier martyr de l'histoire humaine. Pasteur pieux dont le sacrifice fut agréé par Dieu, il fut assassiné par son frère Caïn par jalousie. Il est considéré comme la première figure prophétique de Jésus-Christ par sa virginité, son sacerdoce et son sang versé.

Biographie

SAINT ABEL,

LE PREMIER DES MARTYRS ET LA PREMIÈRE FIGURE DE JÉSUS-CHRIST

An du monde 128. — 3876 ans avant Jésus-Christ.

Abel a exprimé la figure de Jésus-Christ par trois caractères principaux : la virginité, le sacerdoce et le martyre.

*Saint Augustin.*

Lorsque, au lendemain de la chute originelle, Ève donna le jour à Caïn, son premier-né, elle s'écria : *Possedi virum Dominum*, « Je possède l'Homme-Dieu ». Dans l'illusion d'un bonheur prématuré, elle croyait que le Sauveur qui devait sortir de sa race pour écraser la tête du serpent, serait le premier fils qu'elle enfanterait sur la terre de l'exil. Plus tard, à la naissance du frère de Caïn, les magnifiques espérances d'Ève s'étaient évanouies ; l'enfant sur la tête duquel elles reposaient ne les avait pas justifiées, et la mère désolée consacra le souvenir de cette douleur par le nom d'Abel qui signifie vanité.

Les deux frères, d'inclinations différentes, choisirent aussi différents genres de vie. L'aîné s'adonna à l'agriculture, et le moins âgé se livra à la vie pastorale. Il est certain que nos premiers parents observaient religieusement le jour du sabbat, présentaient à Dieu les prémices de leurs fruits et de leurs troupeaux, et offraient des sacrifices. Ils instruisaient également leurs enfants de la morale la plus pure et des principes de la religion. À l'exemple des auteurs de leurs jours, les deux frères ne manquaient pas de rendre leurs hommages au souverain Maître ; ils l'adoraient, le priaient, lui offraient régulièrement une partie des biens qu'ils recevaient de sa main libérale. Le Seigneur, de son côté, les comblait de bénédictions, leur accordait des grâces pour surmonter leurs passions et obéir à ses lois ; mais ils n'y apportèrent pas la même correspondance. Une occasion se présenta qui fit connaître l'un et l'autre et décida de leur sort.

Déjà ils étaient avancés en âge. Caïn n'avait pas perdu l'habitude d'offrir à Dieu les prémices de ses récoltes, et Abel les premiers-nés de ses troupeaux et la graisse de ses victimes ; mais la piété de Caïn était aussi avare que celle d'Abel était sincère et généreuse. Le Seigneur, qui voit le fond des cœurs, témoigna sensiblement la différence qu'il faisait des deux offrandes. Il consuma par le feu du ciel celles d'Abel, et, en récompense de la religion du jeune pasteur, il répandit la fécondité sur ses troupeaux, tandis qu'il dédaigna celles de Caïn, et la stérilité désola ses campagnes.

La jalousie foule aux pieds toute justice. Au lieu de reconnaître la cause de cette disgrâce, de s'humilier, de s'avouer coupable, Caïn résolut de se venger sur son frère innocent. Le crime, une fois conçu dans son cœur, se traduisit par les traits décomposés de son visage. Le Seigneur, qui voulait le ramener à de meilleurs sentiments et le sauver, lui fit entendre sa voix : « D'où vient », lui dit-il, « que vous êtes irrité ? D'où vient cette pâleur ? Pourquoi votre visage est-il sombre et mélancolique ? Si vous faites le bien, n'en recevrez-vous pas la récompense ? Si, au contraire, vous faites le mal,

30 JUILLET.

votre péché ne vous sera-t-il pas toujours présent comme un monstre prêt à vous dévorer, et ne provoquera-t-il pas ma vengeance ? Il est encore temps, quelque violente que soit la passion qui vous agite, vous pouvez y résister ».

Non-seulement la jalousie ne connaît point de justice, mais elle est encore inflexible : elle n'écoute ni Dieu ni les hommes. Aussi les divines remontrances ne firent-elles aucune impression sur l'esprit envenimé de Caïn. Alors, méprisant le Seigneur, qui voulait prévenir sa faute, foulant aux pieds les cris de sa conscience, il feignit de vouloir faire une promenade avec son frère : « Sortons ensemble à la campagne », lui dit-il. Abel, charmé de cette invitation, le suivit avec un esprit de paix : il était trop doux, trop innocent pour soupçonner dans son frère de mauvais desseins ; peut-être même était-il heureux de pouvoir dissiper les chagrins dont il le voyait tourmenté. Hélas ! à peine Caïn est-il un peu éloigné du toit paternel, qu'il se jette sur son frère et l'immole à sa fureur. On ne sait pas de quel instrument il se servit pour consommer son fratricide. Les peintres nous le représentent ordinairement armé d'une mâchoire ; mais les peintres, comme on sait, usent largement de la liberté de feindre. D'autres prétendent qu'il le frappa d'un coup de pierre sur le front. Les Rabbins disent qu'il le mit en pièces et qu'il déchira littéralement tous les membres de son corps innocent.

Figure de Jésus-Christ, Abel mourut vierge ; le premier des sacrificateurs, il offrit à Dieu une victime agréable et pure ; il fut frappé par son frère comme Jésus-Christ par ses frères ; pasteur de brebis, son sang rejaillit sur son troupeau, comme le sang du divin Pasteur sur le troupeau spirituel des âmes. Le meurtrier d'Abel sera errant et fugitif sur toutes les plages de la terre, portant au front le sceau de la malédiction divine ; nul ne pourra tuer Caïn, réservé à la seule vengeance de Dieu ; de même le peuple Juif, meurtrier de Jésus-Christ, sera errant et fugitif dans tout l'univers : il portera au milieu des peuples, sur tous les champs de l'histoire, le sceau de la malédiction qu'il a appelée sur lui-même. Réservé comme le témoin de la vengeance divine, il attendra l'heure inconnue de la miséricorde, sans mourir jamais comme race et sans mêler son sang au flot des générations qu'il traverse.

Les bas-reliefs de quelques sarcophages représentent Abel et Caïn offrant à Dieu leurs sacrifices. Caïn présente une gerbe, et quelquefois une grappe de raisin qu'il tient sur la main, et des épis qui sont à ses pieds ; Abel offre un agneau. — En sa qualité de pasteur, Abel est revêtu de la tunique et de la pénula ; Caïn, au contraire, comme agriculteur, est à demi nu : on sait que, dans l'antiquité, celui qui conduisait la charrue était toujours sans vêtement. — Une mosaïque du VIe siècle, à Saint-Vital de Ravenne, montre une représentation fort singulière : c'est Melchisédech offrant à Dieu son sacrifice de pain et de vin, et, de l'autre côté de l'autel, Abel, élevant, lui aussi, les mains aux cieux. L'agneau offert à Dieu par Abel est la figure de l'Agnus Dei qui devait un jour s'immoler pour le salut des hommes ; le sacrifice de Melchisédech, composé de pain et de vin, est la figure du sacrifice Eucharistique qui est le même que celui de l'Agneau divin. Nul doute que l'on n'ait voulu rapprocher ici ces deux figures du même mystère, qui se sont produites dans l'histoire à plus de deux mille ans de distance. On semble autorisé à le penser par ces paroles du canon de la messe, où ce même rapprochement est exprimé : « Daignez, Seigneur, regarder d'un visage propice et serein, et avoir pour agréables ces oblations, comme vous daignâtes agréer les présents de votre enfant, le juste Abel, et le sacrifice de votre patriarche Abraham, et celui que vous offrit votre grand prêtre Melchisédech.

[ANNEXE: CULTE ET RELIQUES.]

Jésus-Christ lui-même, d'après saint Paul, s'est chargé de placer Abel à la tête des Justes, des Prophètes et des Saints, dont le sang innocent doit retomber sur les méchants qui l'ont répandu, et sur leurs enfants imitateurs de leurs crimes. Il est donc surprenant qu'Abel, si authentiquement canonisé dans l'Ancien et le Nouveau Testament, n'ait point reçu de culte dans l'Église grecque où l'on en a décerné publiquement aux Patriarches et aux Prophètes, et que son nom ne paraisse dans aucun des martyrologes des Latins avant le Xe siècle, ni même dans le Romain moderne. Cependant il y a longtemps que l'on invoque saint Abel dans les litanies dressées pour la recommandation de l'âme des mourants. Quelques autres martyrologes ont marqué sa mémoire au 25 mars, comme ayant été la première figure de Jésus-Christ mourant, dont les anciens avaient fixé la mort en ce jour. Les Bollandistes ont adopté cette date. Il est mis au 2 janvier dans un calendrier julien. C'est Pierre de Natalibus qui l'a marqué au 30 juillet.

Aux environs de Damas, à deux lieues d'un pont situé sur le Sycus, au commerce à découvrir la Montagne d'Abel. Si l'on en croit la tradition, ce fut en cet endroit que Caïn et Abel offrirent à Dieu leurs sacrifices, et que, un peu plus loin, Caïn sacrifia son frère à sa jalousie.

Sainte Hélène fit bâtir une église dans l'endroit où se trouva son tombeau. Il n'en reste que trois colonnes ; mais le temps les a respectées et laissées entières. Le tombeau de Caïn est à trois lieues de Damas, sur le chemin de Sidon.

Nous nous sommes servi, pour composer cette biographie : de la Vie des Saints de l'Ancien Testament, par Buet ; de l'Histoire de l'Église, par l'abbé Darnas ; des Commentaires sur l'Écriture sainte, par Dom Calmet ; de la Bible sans la Bible par l'abbé Gainet ; des Saints-Lieux, par Mgr Mislin ; du Dictionnaire des antiquités chrétiennes, par l'abbé Martigny ; et d'un livre anonyme intitulé : Merveilles de l'histoire du peuple de Dieu, Paris, Régis Buffet, 1865.

Événements marquants

  • Naissance comme second fils d'Adam et Ève
  • Choix de la vie pastorale
  • Offrande des prémices de ses troupeaux agréée par Dieu
  • Meurtre par son frère Caïn par jalousie
  • Premier sang innocent versé sur terre

Miracles

  • Consommation de son offrande par le feu du ciel
  • Fécondité miraculeuse de ses troupeaux par bénédiction divine

Citations

Abel a exprimé la figure de Jésus-Christ par trois caractères principaux : la virginité, le sacerdoce et le martyre.

— Saint Augustin

Date de fête

30 juillet

Décès

An du monde 128 (3876 ans avant Jésus-Christ) (martyre)

Invoqué(e) pour

recommandation de l'âme des mourants

Autres formes du nom

  • Abel (he)

Prénoms dérivés

Abel

Famille

  • Adam (père)
  • Ève (mère)
  • Caïn (frère / persécuteur)