Sainte Marthe (Hôtesse de Jésus-Christ)
Vierge, Hôtesse de Jésus-Christ
Résumé
Sœur de Lazare et de Marie-Madeleine, Marthe est célèbre pour avoir accueilli Jésus à Béthanie. Après la Résurrection, elle s'exila en Provence où elle évangélisa la région et dompta le monstre Tarasque. Elle finit ses jours à Tarascon, y fondant la première communauté de vierges cénobitiques.
Biographie
SAINTE MARTHE, VIERGE,
HÔTESSE DE JÉSUS-CHRIST, SŒUR DE SAINTE MARIE-MADELEINE ET DE SAINT LAZARE
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plurima. Enfin, quoiqu'elle ne manquât pas de serviteurs et de servantes pour les services ordinaires de sa maison, néanmoins, quand il fut question de traiter ce Roi du ciel, elle ne s'en reposa sur personne, mais elle mit elle-même la main à l'œuvre, suivant ces autres paroles de l'Évangile : *Satagebat circa frequens ministerium*. Et, certes, si depuis l'on a vu des reines et des impératrices se tenir extrêmement honorées de servir à table les serviteurs de Dieu, comme la femme de l'empereur Maxime y servit le glorieux saint Martin, il ne faut pas s'étonner si Marthe, recevant le Fils de Dieu, ne voulut point que d'autres mains que les siennes préparassent son souper et lui présentassent à manger. Il n'y avait que sa sœur Madeleine qu'elle voulait bien faire participante de son bonheur, ne croyant pas qu'elle pût avoir un emploi plus honorable que celui que les Anges mêmes avaient eu dans le désert : *Angeli ministrabant ei*; mais, comme Notre-Seigneur était plutôt entré dans cette maison pour y nourrir ces saintes sœurs du pain de sa parole, que pour en recevoir une nourriture corporelle, il préféra le repos de Madeleine, qui s'était mise à ses pieds pour recevoir ses instructions, aux empressements de Marthe, qui préparait les mets, mettait la nappe et disposait toutes choses pour le repas.
Cependant il ne faut point douter que, lorsque le temps de la réfection fut venu, Madeleine ne se soit jointe à sa sœur pour une fonction si honorable, comme il est aussi fort probable qu'après le repas, et tout le reste de la journée, Marthe jouit à son tour de l'ineffable douceur de la conversation de ce grand Maître ; ce qui arriva même très-souvent, puisqu'il a eu plusieurs fois la bonté de prendre son logement chez une si pieuse hôtesse. C'est ici que le lecteur peut faire une sérieuse réflexion sur les grands accroissements de grâce qui se faisaient continuellement dans son âme, lorsque, l'Auteur de tous les biens passant les nuits entières dans sa maison, elle avait la commodité de lui représenter ses besoins et d'ouvrir en même temps son cœur pour recevoir la rosée céleste qu'il voulait y répandre ; Notre-Seigneur, infiniment généreux et magnifique, dut lui payer libéralement la bonne réception qu'elle lui faisait, et lui donner une abondance extraordinaire de bénédictions spirituelles.
Après cette première rencontre, saint Jean, dans son Évangile, nous en rapporte une seconde où, d'un côté, l'amour de Jésus-Christ pour sainte Marthe, et de l'autre, l'éminente vertu de cette sainte femme, parurent avec beaucoup d'éclat. Ce fut à l'occasion de la maladie et de la mort de son frère Lazare, qui arriva dans sa maison de Béthanie. Marthe fit voir sa confiance en Jésus-Christ, sa résignation aux volontés de Dieu, et sa patience invincible lorsque, voyant ce cher frère malade, elle se contenta de mander à Notre-Seigneur ce qui en était, sans le prier ni de le guérir, ni de le venir voir, ni de lui donner à elle-même aucune consolation. Elle fit voir son respect et sa dévotion pour ce divin Maître, lorsqu'apprenant qu'il approchait de Béthanie, elle quitta aussitôt les plus notables d'entre les Juifs, qui étaient venus la consoler, pour aller au-devant de lui, et sortit même hors des portes du bourg, pour lui rendre plus d'honneur. Elle fit voir la grandeur de sa foi, lorsqu'elle protesta qu'elle croyait : premièrement, que, si Notre-Seigneur eût été présent, son frère ne fût pas mort ; secondement, qu'il ressusciterait au dernier jour, c'est-à-dire au temps de la consommation des siècles ; troisièmement, que Notre-Seigneur était le Fils du Dieu vivant, que son Père l'avait envoyé au monde pour en être le Sauveur et le Rédempteur ; et que, comme il était la résurrection et la vie, il avait le pouvoir de ressusciter dès lors son frère, quoiqu'il fût mort depuis quatre jours.
Confession qui ne paraît pas moins relevée ni moins généreuse que celle que le Père éternel inspira à saint Pierre, et qui mérita à cet Apôtre les clefs du royaume des cieux. Aussi, Notre-Seigneur, « qui aimait Marthe », comme dit saint Jean, *diligebat Martham*, eut égard à ses désirs ; et, s'étant transporté au sépulcre de Lazare, il le fit sortir tout vivant du sein de la mort. Les larmes de Madeleine contribuèrent sans doute à ce grand miracle ; mais la foi de Marthe n'y contribua pas moins, d'autant plus que ce fut Marthe qui avertit Madeleine de la venue de leur Maître, et qui l'amena vers lui, afin qu'ils obtinssent plus facilement ensemble ce qu'une seule ne se jugeait pas digne d'obtenir.
Nous n'avons plus, après cela, qu'un seul mot sur notre Sainte dans l'Évangile : Notre-Seigneur ayant un jour été invité à souper, dans Béthanie, Marthe fut celle qui servit à table : *Martha ministrabat* : ce qui montre que cette excellente fille avait une inclination particulière pour ces emplois, qui paraissent humiliants aux yeux des hommes, et se plaisait régulièrement à servir les autres. Baronius, en l'année 34 de ses *Annales*, écrit qu'elle était de ces pieuses femmes qui suivirent Jésus-Christ sur le Calvaire, le jour de sa Passion, et qui, étant allées le troisième jour à son tombeau, eurent le bonheur de le voir dans l'état de sa Résurrection glorieuse. Il nous paraît aussi fort probable que ce bon Maître la visita quelquefois à Béthanie, durant les quarante jours qu'il demeura sur la terre avant son Ascension. Mais surtout nous avons remarqué, d'après saint Luc, qu'il s'y transporta et y mena même ses disciples, le jour qu'il voulut monter au ciel. De là, il est aisé de conclure que Marthe fut présente à cette dernière action de son grand voyage sur la terre, et qu'elle reçut alors sa dernière bénédiction extérieure et sensible, avec tous les disciples. On peut croire encore fort raisonnablement qu'elle accompagnait la Sainte Vierge dans le cénacle lorsque le Saint-Esprit, au jour de la Pentecôte, y descendit en forme de feu, et qu'il remplit tous les assistants, non-seulement de l'abondance de ses grâces, mais aussi de sa divine personne, et qu'ainsi elle eut part à cette inestimable faveur ; ou, si elle n'y était pas, elle reçut assurément le même don par l'imposition des mains des Apôtres, qui l'étendirent ensuite sur tous les disciples.
Il n'est point nécessaire de répéter ici ce qui lui arriva en Judée, après l'accomplissement de ces grands mystères. On peut voir, dans la vie de sainte Madeleine, comment elle fut persécutée par les Juifs, et comment, après avoir souffert une infinité de traverses et d'embûches, elle fut enfin mise dans un vaisseau sans voiles, sans rames, sans pilote, sans provisions, pour périr misérablement au milieu de la mer. Mais Dieu, qui l'avait destinée à apporter les premiers rayons de la foi dans les Gaules, la préserva de ce naufrage, qui paraissait inévitable, et la fit heureusement aborder au port de Marseille ; là, ayant été reçue des habitants avec bienveillance, elle travailla quelque temps à leur conversion. Ensuite elle alla à Aix, à Avignon et aux autres lieux d'alentour, où elle s'employa de tout son pouvoir à éclairer des lumières de l'Évangile ces pays idolâtres et corrompus par les vices du paganisme.
Il parut en ce temps, sur les bords du Rhône, aux environs de la ville d'Arles, un horrible dragon qui, étant moitié animal terrestre et moitié poisson, causait de grands maux sur la terre et dans la rivière ; car, se cachant dans l'eau, il renversait les vaisseaux qui passaient, pour engloutir les passagers ; et, d'ailleurs, il faisait des courses dans la forêt voisine, où il égorgeait et dévorait tous les hommes qu'il rencontrait. Les habitants con-
vivant dans la pénitence la plus austère. Son lit était un faisceau de sarments de vigne ; son corps portait une ceinture de crins de cheval, remplie de nœuds, et un cilice qui lui déchirait les chairs. Les herbes et les fruits sauvages étaient sa seule nourriture ; néanmoins, nous voyons que, dans son ermitage, elle trouvait encore le moyen d'exercer l'hospitalité avec les dons qui lui étaient offerts. Beaucoup de chrétiens s'étaient bientôt formés à la suite de ses prédications, et les fidèles venaient porter à sa retraite de nombreux dons qui étaient employés à exercer l'hospitalité envers les étrangers. Les historiens font entendre que le renouvellement des provisions de la petite communauté se faisait aussi par des moyens miraculeux, et que jamais elle n'éprouva d'embarras à nourrir les fidèles qui accouraient dans sa solitude ; elle fut assurément un des premiers chrétiens qui aient commencé cette vie de mendicité que le christianisme a toujours glorifiée, et que de nombreux fidèles ont pratiquée depuis et pratiquent encore. Du reste, elle ne vivait pas seule dans cette solitude ; ses autres compagnes la partageaient ; toutes priaient ensemble et s'en allaient dans tous les lieux voisins prêcher Jésus-Christ ; aussi toutes les villes qui environnent Tarascon revendiquent-elles aujourd'hui sainte Marthe pour leur apôtre. C'est pendant cette retraite, dans ce que les historiens du temps appellent le désert de Tarascon, qu'elle fit périr miraculeusement le monstre si célèbre dans l'histoire, sous le nom de Tarasque.
La douceur de la solitude où vivait sainte Marthe, aussi bien que l'ardeur de la foi, devait pousser vers cette retraite les nouvelles chrétiennes qui naissaient tous les jours aux rayons de cet apostolat ; on tient pour certain que Marthe en réunit un grand nombre autour d'elle, les faisant vivre sous la règle d'une communauté qu'elle dirigeait ; ces compagnes de Marthe, dont les filles, sous tant d'habits différents, remplissent aujourd'hui la chrétienté, ont donc inauguré parmi les chrétiens la vie cénobitique, appuyée sur les vœux qui en sont la base ; les religieuses et les religieux hospitaliers du Saint-Esprit ont même la prétention de remonter à l'institution de sainte Marthe, et la réclament comme leur fondateur direct ; bien que cette prétention ne soit pas suffisamment justifiée, il convient cependant de s'y arrêter ; l'établissement, par sainte Marthe, du premier exemple de vie cénobitique, est un fait assez important pour être suffisamment discuté ; les Chevaliers Hospitaliers ont un bréviaire dont on possède une édition de 1553 ; on y lit, dans une leçon de l'office de sainte Marthe, le curieux passage suivant : *Dum autem Magdalena devotioni et contemplationi se totam exponeret, Lazarus quoque plus militia vacaret, Martha prudens et sororis et fratris partes strenue gubernabat, et militibus ac famulis sedule ministrabat.* « Pendant que Madeleine était entièrement vouée à la prière et à la contemplation, et que Lazare s'occupait plus spécialement des choses militaires, la prudente Marthe dirigeait activement les affaires de son frère et de sa sœur, et donnait tous ses soins aux soldats et aux serviteurs ».
Les chevaliers commentaient ce passage par la tradition suivante, que leur Ordre aurait conservée : « Lazare », disaient-ils, « avait fondé à Jérusalem une milice dont il était le chef, qui avait pour mission de protéger les pèlerins dans leurs visites aux saints lieux ». Ils prétendent qu'arrivé en France, Lazare reconstitua cet Ordre, et que Marthe, s'en occupant activement, pourvoyait aux besoins des soldats.
Quoi qu'il en soit, les religieuses et les religieux hospitaliers ont toujours porté la croix de sainte Marthe à deux branches, et donnent même,
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sur l'origine de cette croix qui a toujours été un des attributs de la figure de sainte Marthe, l'explication suivante : D'après eux, la branche verticale de cette croix représentait le frère, les deux bras figuraient les deux sœurs ; l'ensemble de la croix étant ainsi le symbole de leur association ; il est certain, du reste, que cette sainte la portait elle-même. Les plus anciens bas-reliefs la représentent ainsi, et jusqu'à la Révolution, on a toujours conservé, dans l'église de Tarascon, une croix en cuivre à deux bras horizontaux, qu'on affirmait avoir servi à sainte Marthe elle-même ; tous les inventaires du trésor de l'église la mentionnent, et celui de 1487 en ces termes : « Une croix de laiton, qu'on assure que sainte Marthe avait quand elle prit la tarasque ». Cette institution par sainte Marthe de la première communauté de vierges qu'ait vue la chrétienté est consignée dans le bréviaire romain. Les Bollandistes en donnent plusieurs témoignages affirmatifs.
Saint Maximin, qui était l'intermédiaire entre Madeleine et Marthe, instruisait, dit-on, celle-ci des merveilles accomplies par sa sœur, et la remplissait de joie. Un jour il quitta Aix, poussé par une inspiration divine, pour visiter Marthe et s'entretenir avec elle ; il n'avait d'autre dessein que de se sanctifier par sa vue, et de rapporter dans la grotte de Madeleine sa joie et son édification. Mais Dieu le conduisit. Au même moment, Trophime, évêque d'Arles, et Eutrope, évêque d'Orange, partaient également pour Tarascon, animés du simple désir de voir la sainte ; ces trois évêques se trouvèrent ainsi réunis, par la main de Dieu, dans la maison de sainte Marthe. Alors, d'une commune inspiration et accomplissant la mission pour laquelle Dieu les avait réunis à leur insu, ils consacrèrent comme église, et dédièrent au Sauveur la maison de la Sainte. C'est ainsi que nous avons vu les Apôtres consacrer, comme église, les maisons de Marthe, Marie et Lazare, à Béthanie.
C'était la seconde fois que Marthe voyait son habitation, sanctifiée par sa présence, devenir la maison de Dieu. Ce souvenir des anciens temps et la solennité de cette journée remplirent de joie son cœur et celui de ses compagnes ; elle retint avec instances les vénérables pontifes et les servit comme elle avait fait toute sa vie, comme elle avait tant de fois servi le Sauveur lui-même. Et cette mémorable journée ne s'acheva pas sans qu'un miracle signalé eût manifesté la présence de Jésus-Christ au milieu de ses amis.
Les approvisionnements de la communauté n'étaient jamais bien abondants. Sainte Marthe ne se nourrissait que des herbes des champs, et n'avait à offrir à ses hôtes que les dons offerts par les fidèles. Il paraît que Dieu avait inspiré à d'autres la même pensée de la visiter, car l'historien nous dit « que beaucoup d'autres personnes se trouvaient parmi les convives, et que le vin vint à manquer ». La Sainte, connaissant la présence de Jésus, ordonne de puiser de l'eau au nom de Jésus-Christ, et le miracle de Cana fut renouvelé. « Les évêques en ayant goûté », dit naïvement Raban Maur, « s'aperçurent qu'elle avait été changée en un excellent vin ». Alors ils résolurent de consacrer, par une fête, le souvenir de ce miracle et de cette solennelle dédicace ; ils instituèrent donc cette fête du 17 décembre, que l'église a célébrée jusqu'en 1187. Depuis, la fête de sainte Marthe a été placée au 29 juillet. On peut regretter l'abandon de la solennité du 17 décembre, commémorative d'un éclatant miracle, et qui avait été célébrée pendant onze siècles ; mais quand on découvrit les reliques de sainte Marthe, cachées pendant les ravages des Sarrasins, on rappela une tradition,
un peu incertaine depuis, mais vivante au XIIe siècle, qui fixait à cette date la mort de la sainte. Un grand émoi avait été jeté dans tout le pays, par la découverte de ce corps saint dont plusieurs parties étaient encore revêtues de leurs chairs. L'enthousiasme provoqua l'institution d'une nouvelle fête, que les églises adoptèrent successivement ; néanmoins, l'église de Tarascon, fidèle à tous les souvenirs de l'apostolat de sa patronne, a continué à célébrer l'une et l'autre fête, et n'a pas oublié l'institution première, faite par trois Apôtres réunis sous l'inspiration de Dieu même, pour être témoins d'un miracle qui rappelait un des premiers accomplis par Notre-Seigneur Jésus-Christ. Une autre église, à qui cette mémoire devait être encore plus chère, a conservé cette fête du 17 décembre jusqu'à sa destruction. L'église de Béthanie, en célébrant la fête du 17 décembre, avait joint, dans cette même solennité, la mémoire du frère et des deux sœurs, et honorait, le même jour, Lazare, Marthe et Marie-Madeleine.
Quand Marthe vit les évêques se séparer et reprendre le chemin de leurs diocèses, elle s'adressa à Maximin, et, pleine de la pensée de sa chère Madeleine, perdue pour elle depuis tant d'années, lui demanda d'être encore le messager de ses souvenirs auprès de sa sœur ; Marthe, au milieu des fatigues de son apostolat, n'avait oublié ni Béthanie ni Magdalum ; et son respect pour la retraite de Madeleine était toujours le grand sacrifice de sa vie ; aussi sentant, par une lumière divine, la fin de sa carrière approcher, elle pria Maximin d'obtenir de Madeleine une seule visite avant sa mort ; elle demandait à la voir une fois encore sur cette terre, à serrer encore une fois dans ses bras cette sœur, qui avait toujours été sa fille, et à lui dire un dernier adieu ; Marie envoya à sa sœur les plus touchants témoignages de son affection et lui promit de satisfaire son désir.
Les évêques d'Aix, d'Arles et d'Orange ne furent pas les seuls à visiter sainte Marthe ; le nom et les œuvres de cette sainte étaient connus au loin, et les compagnons de son voyage, après l'avoir quittée sur les rivages de la Méditerranée, recueillaient avidement tout ce qu'on en racontait.
Saint Georges et saint Front se réunirent donc à Tarascon, pour revoir leur ancienne compagne, s'entretenir avec elle des jours passés, et s'édifier au spectacle d'une si grande sainteté.
Sainte Marthe reçut avec joie ses anciens compagnons. Ils restèrent auprès d'elle jusqu'à ce qu'il fut possible de retourner dans leurs diocèses, où une violente persécution s'était élevée. Ce fut alors qu'elle fit à saint Front un adieu solennel et lui dit ces mémorables paroles : « Évêque de Périgueux, sachez que l'an prochain je quitterai ce corps mortel et abandonnerai cette terre ; je supplie votre sainteté de venir m'ensevelir ». Le saint évêque le lui promit, comme Madeleine avait promis de visiter sa sœur : « Ma fille », lui dit-il, « j'assisterai moi-même à vos obsèques, si Dieu le veut et que je vive ».
Les évêques étant partis, la Sainte réunit autour d'elle les compagnes de sa retraite, et, leur annonçant solennellement la fin de son apostolat, les avertit que son trépas arriverait au bout d'un an. Notre-Seigneur, pour la purifier davantage et lui donner le moyen de mériter une couronne plus glorieuse, lui envoya une fièvre qui lui dura toute l'année. Elle se prépara durant ce temps à bien recevoir son divin Époux et à paraître devant ses yeux ornée de toutes les vertus.
Pendant ce temps, Madeleine, délivrée de sa prison mortelle, était montée au ciel. Les historiens racontent que Jésus-Christ vint lui-même, accompagné des anges, enlever sa bien-aimée dans la demeure céleste. On
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dit qu'au même moment, il fut donné à Marthe de voir, de son lit de douleurs, les chœurs des anges conduisant au ciel l'âme de sa sœur, et que, pleine de foi et d'émotion à cette vue, elle s'écria : « Ma chère sœur, pourquoi ne m'avez-vous pas visitée avant votre mort, comme vous m'en aviez fait la promesse ? N'oubliez pas celle à qui votre mémoire est si chère ». Cette apparition est également rapportée par Vincent de Beauvais, Pierre de Natalibus, et autres. Les compagnes de son apostolat, pleines d'émotion à la vue de ce grand miracle, se réunirent autour d'elle pour ne plus la quitter, et les fidèles accoururent de toute part autour du lit de la Sainte, dans l'attente des prodiges qui devaient signaler l'arrivée au ciel de l'hôtesse de Jésus-Christ. Des multitudes se réunissaient autour de sa demeure ; des tentes étaient dressées dans la campagne, des feux allumés de tous côtés, et la foule anxieuse regardait le ciel, attendant les légions d'anges qui devaient descendre pour recevoir l'âme bienheureuse de leur grande sainte.
La tradition des miracles qui accompagnèrent la mort de sainte Marthe reçoit une grande autorité, de cette circonstance, de la réunion de tout un peuple autour de son lit de mort ; les prodiges que les historiens des premiers siècles nous racontent, ont donc eu pour témoins non pas trois ou quatre fidèles privilégiés, mais tout un peuple.
Les détails qui nous sont donnés sont tellement précis, qu'on n'en doit omettre aucun ; les fidèles campés autour de cette couche funèbre se remplaçaient auprès de la Sainte ; et ce n'était pas seulement les vierges ses compagnes qui avaient la charge de la veiller ; mais plusieurs y étaient admis, car l'histoire raconte que le soir du septième jour qui suivit l'apparition de l'âme de Madeleine, tous ceux qui la veillaient se trouvant pris par le sommeil, s'endormirent un instant ; ce soir-là, Marthe avait fait allumer sept flambeaux de cire et trois lampes ; ce nombre, que la tradition nous a conservé, avait-il quelque chose de symbolique ? et s'il n'était que l'effet du hasard, pourquoi la mémoire des populations nous l'aurait-elle si soigneusement transmis ? Alors un grand tourbillon de vent s'éleva sur la maison, comme au jour de la Pentecôte ; mais ce n'était pas Dieu qui arrivait, c'était le démon qui éteignait toutes les lumières ; la sainte, éclairée par l'intelligence divine, le comprit, et s'armant du signe de la croix, combattit l'ennemi par la prière, après quoi, réveillant ses gardiens endormis, elle les pria de rallumer les cierges et les lampes ; comme ils étaient sortis pour chercher des lumières, une clarté surnaturelle descendit du ciel, la chambre fut illuminée subitement, et Madeleine, Marie-Madeleine elle-même, apparaissant auprès de sa sœur et rallumant miraculeusement ce que le démon avait éteint, s'approcha de Marthe et lui dit : « Chère sœur, je vous visite avant votre mort, comme vous me l'avez fait demander par le saint pontife Maximin ; mais voici le Sauveur lui-même qui vient vous rappeler de cette vallée de misère ; venez donc et ne tardez pas ».
Nous n'avons voulu rien changer à ces naïfs discours consacrés par la mémoire populaire de tant de siècles ; l'historien qui les rapporte ajoute que le Sauveur lui-même s'approcha du lit de son hôtesse, et la regardant d'un air très-doux, lui dit : « Me voici, moi, que vous avez autrefois assisté de vos biens avec tant de dévouement, moi, à qui vous avez donné tant de fois l'hospitalité avec tant de soin, et à qui, depuis ma passion, vous avez fait tant de bien dans la personne de mes membres ; c'est moi-même, aux pieds de qui, prosternée autrefois, vous avez dit : Je crois que vous êtes le Messie, Fils du Dieu vivant ; venez donc, sainte hôtesse de
mon pèlerinage, venez de l'exil, venez recevoir la couronne » ; et comme Marthe s'efforçait de se lever pour suivre le Sauveur : « Attendez », lui dit-il, « je vais vous préparer une place ; je reviendrai de nouveau, et je vous recevrai auprès de moi afin que, là où je suis, vous soyez vous-même avec moi ». Alors le Sauveur disparut ; Marie, « souriant doucement à sa sœur », disparut également.
Les compagnes de Marthe trouvèrent, à leur retour, la chambre miraculeusement illuminée, et apprirent quel signalé prodige venait de s'opérer dans ce lieu sacré. Sainte Marthe ordonna qu'on la transportât dehors, en plein air, pour satisfaire le peuple assemblé et continuer son apostolat jusqu'à son dernier soupir. Le temps, si rapide qu'il fût, n'avançait pas à son gré. On choisit, au milieu des tentes, un arbre touffu sous lequel on étendit de la paille ; sur cette paille on plaça un cilice, et on y traça une croix avec de la cendre. Au lever du soleil, la servante de Jésus-Christ y est transportée ; ensuite, à sa demande, on élève devant elle une image du Sauveur crucifié. Là, après un peu de repos, portant ses regards sur la multitude des fidèles, elle leur demanda d'accélérer par leurs prières le moment de sa délivrance ; et tandis que la foule fondait en larmes, Marthe élevant les yeux au ciel : « Ô mon hôte », dit-elle, « pourquoi, ô Seigneur, mon Sauveur, pourquoi tardez-vous tant à venir ? Quand viendrai-je et paraîtrai-je devant votre face ? Depuis que vous m'avez parlé ce matin, mon âme s'est comme fondue en moi ; depuis ce moment, dans le désir de vous posséder, tous mes membres se sont raidis, mes nerfs sont comme paralysés, mes os arides et desséchés jusqu'à la moelle et toutes mes entrailles sont consumées. Seigneur, ne me privez pas de mon attente ! Mon Dieu, ne tardez pas ! Hâtez-vous, Seigneur ! »
Pendant qu'elle méditait ainsi, il lui vint à la pensée qu'elle avait vu le Sauveur expirer sur la croix, à la neuvième heure, et qu'elle avait apporté de Jérusalem l'histoire de la passion de Jésus-Christ en langue hébraïque. Elle appela donc saint Parménas, et le pria de prendre cet écrit et de le lire devant elle, afin d'adoucir au moins l'ennui de son attente. Il arriva ce qu'elle avait espéré. Tandis qu'elle entendait lire dans sa propre langue la suite des supplices de son Bien-Aimé, la compassion amenant des larmes dans ses yeux, elle se mit à pleurer, et, oubliant un moment son exil, elle fixa toute son attention sur le récit de la passion, jusqu'au moment où, entendant la parole du Christ qui remet son esprit entre les mains de son Père et meurt, elle poussa elle-même un grand soupir et expira.
Ce fut le quatre des calendes d'août qu'elle s'endormit ainsi dans le Seigneur, le huitième jour après la mort de sa sœur, sainte Madeleine, le sixième jour de la semaine, à la neuvième heure, la soixante-cinquième année de son âge.
Ses compagnons qui étaient venus avec elle d'Orient, et lui étaient demeurés constamment attachés jusqu'à ce jour, après avoir embaumé son corps et l'avoir enveloppé avec honneur, le déposèrent dans sa propre église. C'étaient saint Parménas, Germain, Sosthène et Épaphras, qui avaient été les compagnons de saint Trophime, évêque d'Arles ; et encore Marcelle, sa servante, Évodie et Syntique. Ces sept personnes consacrèrent trois jours entiers à ses funérailles avec une multitude de peuples venus de toutes parts, et qui chantaient nuit et jour les louanges de Dieu autour de ce saint corps, allumant des cierges dans l'église, des lampes dans les maisons, et des feux dans les bois.
Le jour du Sabbat on lui prépara une sépulture honorable dans sa
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propre église que les pontifes avaient dédiée ; et le jour que nous appelons jour du Seigneur, à la troisième heure, tout le monde était réuni pour inhumer dignement ce saint corps, la veille des calendes d'août. Et voici qu'à cette même heure, tandis que le pontife saint Front, à Périgueux, ville d'Aquitaine, allait célébrer le saint sacrifice, et qu'en attendant le peuple, il sommeillait dans sa chaire, Jésus-Christ lui apparut et lui dit : « Mon fils, venez et accomplissez la promesse que vous avez faite d'assister aux obsèques de Marthe, mon hôtesse ». Il dit, et sur-le-champ, tous deux en un clin d'œil apparurent à Tarascon dans l'église, tenant des livres dans leurs mains, Jésus-Christ à la tête et l'évêque aux pieds de ce saint corps ; eux seuls le placèrent dans le tombeau, au grand étonnement de ceux qui étaient là présents. Les funérailles accomplies, ils sortent de l'église ; l'un des clercs les suit et demande au Seigneur qui il est, et d'où il est venu. Le Seigneur ne lui répond rien, mais lui remet le livre qu'il tenait. Le clerc retourne au sépulcre, montre le livre à tous, et lit ainsi à chaque page : « La mémoire de Marthe, hôtesse de Jésus-Christ, sera éternelle, elle n'aura rien à craindre des langues mauvaises ». Le livre ne contenait pas autre chose.
Cependant, à Périgueux, le diacre réveille le pontife, lui disant tout bas que l'heure du sacrifice se passe, et que le peuple est fatigué d'attendre. Ne vous troublez pas, dit le prélat en s'adressant aux fidèles, et ne soyez pas fâché de ce retard. Je viens d'être ravi en esprit, soit avec mon corps, soit sans mon corps, je l'ignore ; Dieu le sait. J'ai été transporté à Tarascon avec le Seigneur Sauveur, pour ensevelir Marthe la très-sainte, sa servante défunte, selon la promesse que je lui en avais faite pendant sa vie. C'est pourquoi, envoyez quelqu'un qui rapporte mon anneau et mes gants que j'ai remis entre les mains du gardien de l'église, lorsque j'ai placé ce saint corps dans le tombeau ». Le peuple s'étonne en entendant ces paroles. On envoie des députés à Tarascon. Les habitants de ce lieu indiquent dans une lettre, à ceux de Périgueux, le jour et l'heure de la sépulture qui étaient inconnus à ces derniers, leur marquant qu'avec leur pontife, qu'ils connaissaient fort bien, on avait vu aux funérailles une autre personne vénérable ; ils rapportent aussi la circonstance du livre et de son contenu, afin de savoir si l'évêque n'en aurait point connaissance. Du reste, ils renvoient l'anneau que le gardien avait reçu, ainsi que l'un des gants ; mais ils retiennent l'autre comme un témoignage d'un si grand miracle.
Comme nous l'avons dit d'après Raban-Maur, qui, au IXe siècle, a fidèlement résumé les anciennes vies de sainte Marie-Madeleine et de sainte Marthe, dans un ouvrage récemment publié par E. Faillon, sainte Marthe, ayant converti à la foi le peuple de Tarascon, se fixa dans ce lieu et s'y fit construire une maison de prière, c'est-à-dire un oratoire, où elle vécut jusqu'à sa mort, et dans laquelle elle fut inhumée. C'est la crypte actuelle de l'église de Sainte-Marthe. Raban-Maur ajoute que depuis le jour de la mort de sainte Marthe, des miracles sans nombre se sont opérés dans sa basilique : des aveugles, des sourds, des muets, des boiteux, des paralytiques, des estropiés, des lépreux, des démoniaques, et d'autres qui souffraient de divers maux, y ont obtenu leur guérison.
Sainte Marthe, malgré l'affaiblissement de la foi, ne laisse pas d'obtenir encore, de nos jours, des guérisons miraculeuses en faveur de ceux qui viennent l'invoquer à son tombeau. Un enfant de Beaucaire, âgé de dix ans,
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Alphonse Bernavon, étant perclus des jambes depuis six mois, la paralysie étant complète, demanda avec instance d'être porté au tombeau de sainte Marthe. Ses parents l'y conduisirent le 9 mai 1820 ; on le descendit dans l'église inférieure. D'abord on le soutint à genoux, et dans cet état il fit sa prière à sainte Marthe, afin qu'elle lui obtînt sa guérison auprès de Dieu ; on le releva ensuite pour baiser les pieds et les mains de la Sainte, sculptée sur le couvercle de son tombeau : il réitéra plusieurs fois ses ardents baisers. Aussitôt, se sentant assez de force pour se soutenir, il demande qu'on le mette droit ; le mouvement est revenu dans ses jambes ; il marche depuis la tête du tombeau jusqu'au pied ; encouragé par ce premier succès, il réclame la protection de sainte Marthe et il parvient graduellement à une guérison complète, au point qu'il monte lui-même, soutenu, par pure précaution, de la main, par sa mère et un domestique, les vingt-cinq degrés qu'il y a de l'église inférieure à la supérieure. Les quatre témoins de cette scène attendrissante versent des larmes de joie. Depuis, l'enfant fit des marches très-longues. Cet événement est appuyé d'attestations authentiques.
Le tombeau de sainte Marthe existe encore aujourd'hui ; il contient toujours les reliques de la Sainte ; mais il n'est plus visible aux pèlerins, étant caché, depuis près de deux siècles, sous un grand lit de parade en marbre blanc, qui représente sainte Marthe sur son lit de mort. Toutefois, pour ne pas priver entièrement les fidèles et les curieux de la vue de ce sarcophage, le conseil municipal de Tarascon, à la prière de M. Boudon, curé de Sainte-Marthe, en a fait mouler récemment les bas-reliefs, et en a fait tirer un fac-simile en fonte de fer, que l'on voit dans l'église supérieure, et qui reproduit assez exactement l'original. Ce tombeau est un sarcophage chrétien en marbre blanc, qui offre sur l'une de ses faces les mêmes sujets que présentent un grand nombre de tombeaux de même style, trouvés dans les catacombes de Rome. Malheureusement les têtes des figures qui existaient sur le premier plan furent toutes abattues, lorsque, en 1633, on voulut renfermer dans le lit de parade, mentionné plus haut, ce tombeau antique, il ne put y entrer qu'aux dépens des têtes qui furent rasées, à l'exception de quelques-unes du second plan, moins saillantes que les autres. Néanmoins, on distingue encore très-bien tous les sujets que représente ce tombeau : ils sont à peu près les mêmes qu'on voit sur plusieurs sarcophages antiques, trouvés à Rome et gravés dans les recueils qu'on en a donnés au public.
Malgré les ténèbres que les Sarrasins, en ruinant la plupart des églises et des monastères de Provence, ont répandu sur l'histoire de sainte Marthe, l'inspection de ce tombeau montre qu'il remonte aux premiers siècles du Christianisme, et le culte de la Sainte est donc très-antique. De plus, Raban-Maur appelle son église une basilique : ce mot désignait alors une église desservie par des religieux. Cet historien ajoute qu'on forçait les accusés de se purger par serment sur le tombeau de sainte Marthe, et que ceux qui se parjuraient recevaient aussitôt du ciel une punition terrible.
Après avoir dit que beaucoup de malades en général étaient guéris à Tarascon, au tombeau de sainte Marthe, Raban-Maur ajoute : « Clovis, roi des Francs et des Teutons, qui, le premier des princes de cette nation, fit profession de la foi chrétienne, frappé de la multitude et de la grandeur de ces miracles, vint lui-même à Tarascon, et, à peine eut-il touché la tombe de cette Sainte, qu'il fut délivré d'un mal de reins très-grave, qui l'avait vivement tourmenté. En témoignage d'un si grand miracle, il donna
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à Dieu, par un acte scellé de son sceau, la terre située dans le rayon de trois lieues autour de l'église de Sainte-Marthe, de l'un et de l'autre côté du Rhône, avec les bourgs, les châteaux et les bois, domaine que cette Sainte possède encore jusqu'à ce jour, par un privilège perpétuel ». Les privilèges accordés par Clovis à l'église de Sainte-Marthe ont été reconnus, rappelés, renouvelés par plusieurs de ses successeurs, entre autres par Louis XI, par Charles VIII, par Henri II, par Charles IX. Par suite, la ville de Tarascon a joui jusqu'au dernier siècle d'un régime municipal très-indépendant, avec des privilèges respectés ou confirmés dans les temps modernes par Louis XIII et Louis XIV.
On la représente un goupillon à la main, quelquefois avec un bénitier. Le goupillon pourrait bien n'avoir été d'abord, dans la main de sainte Marthe, qu'un balai, emblème de la vie active, par opposition aux tendances contemplatives de Madeleine. Dans quelques monuments, Marthe foule aux pieds un monstre d'une grande laideur, dont elle délivra le pays des Provençaux : c'est peut-être là une façon de peindre le paganisme entamé dans les Gaules.
Le Sueur l'a représentée se plaignant au Seigneur de n'être pas aidée par Marie dans les préparatifs du repas ; toutes les têtes ont leur caractère propre rendu avec sublimité. Jouvenet a peint aussi ce sujet, et, de plus, Marthe au tombeau de Lazare. Ce dernier tableau, d'une ordonnance magnifique et d'une très-belle couleur, plein de grandiose et d'esprit religieux, fut fait pour l'église de l'abbaye de Sainte-Marthe ; il est maintenant au Musée du Louvre.
## CULTE ET RELIQUES.
A l'époque de l'invasion des Sarrasins, les Provençaux, pour sauver les saintes reliques des profanations de ces barbares, les enfouirent dans la terre. Ainsi le corps de sainte Marthe fut caché dans l'église inférieure où elles ont toujours reposé et où elles sont encore aujourd'hui. On y joignit une tablette de marbre blanc, sur laquelle étaient gravés ces mots : *Hic Martha jacet*. Cette tablette, trouvée avec le corps en 1187, fut depuis conservée dans le trésor de l'église de Sainte-Marthe ; elle a disparu dans la Révolution française.
Le corps de sainte Marthe fut trouvé sans corruption, merveille qui est encore aujourd'hui palpable dans la relique insigne de sainte Marthe que possède l'église de Roujan, aujourd'hui diocèse de Montpellier, et qui provient du monastère des Chanoines réguliers de Notre-Dame de Cassan, situé dans le voisinage. C'est le bras et la main gauche de ce saint corps. Cette main, qui est mince et petite, et ce bras sont encore revêtus de leur peau, excepté une partie du bras, d'où quelqu'un, par une dévotion peu réglée, a détaché, dit-on, la peau qui manque ; mais, dans cette partie même où l'on est ainsi décharné, on aperçoit encore divers cartilages ; et de plus, les doigts de la main sont encore accompagnés de leurs ongles, tous parfaitement entiers, à l'exception de celui du pouce, qui a été pareillement enlevé par un excès de dévotion. Cette insigne relique est renfermée dans son ancien reliquaire d'argent doré, en forme d'église gothique, où sont représentées la figure de sainte Marthe, qui tient la tarasque attachée avec sa ceinture, celle de sainte Marie-Madeleine, sa sœur, et celle de saint Lazare, son frère. Cette relique fut offerte aux religieux de Cassan par un archevêque d'Arles. On en doit la conservation à un habitant de Roujan, M. Ygounen, ancien chirurgien de cette commune et du couvent de Cassan. Il cacha cette précieuse relique, et la donna en 1819 à l'église de Roujan. Ce fut à l'occasion de l'invention des reliques de sainte Marthe que fut bâtie l'église haute de Sainte-Marthe de Tarascon, qui fut terminée en 1197. C'est la naissance du style gothique. On admire surtout dans cette église la nef principale, pour l'élégance de sa coupe et la hardiesse de ses piliers.
En 1408, on tira du tombeau de la Sainte, son chef sacré, pour le mettre dans une châsse d'argent doré, représentant le buste de sainte Marthe. La cérémonie de cette translation se fit le 10 août, avec la plus grande solennité. Une odeur suave et toute céleste se répandit dans l'église et embauma l'air. Le roi Louis XI remplaça cette châsse d'argent par une autre en or ; cette châsse passait pour la plus riche du royaume. Il fit à Sainte-Marthe d'autres présents considérables et fonda dans cette église un Chapitre royal, portant le même costume que celui de la Sainte-Chapelle de Paris. On peut voir, dans M. Faillon, une multitude de témoignages que d'autres grands personnages ont donnés de leur dévotion à sainte Marthe.
Au XVIIIe siècle, l'église de Sainte-Marthe s'enrichit de dix-sept tableaux de Vien et de deux de Vanloo. Elle possédait déjà des œuvres de Mignard et de Parrocel. Ces toiles furent respectées pendant la Révolution française. Ces tableaux furent épargnés, mais le conseil municipal dut envoyer à la Monnaie la châsse de sainte Marthe. Personne, tant l'alarme était grande, chacun cherchant à sauver sa vie, ne pensa à retirer de la châsse le chef de la Sainte, ni un autre ornement considérable, renfermé dans un reliquaire en forme de bras : ces insignes reliques furent perdues. Le reste des dépouilles sacrées de sainte Marthe reposait dans son tombeau. Les ennemis de la religion, après avoir mutilé horriblement le portail de l'église, brisé toutes les images des Saints et même les tombeaux, résolurent de mettre aussi en pièces celui de sainte Marthe et d'anéantir ses reliques. Trois fois ils descendirent dans la crypte ; trois fois une puissance secrète arrêta leur main sacrilège. Un ancien magistrat, M. Fabre, fit alors murer l'entrée de la crypte et sauva ainsi le corps et le tombeau de sainte Marthe. En 1805, ce tombeau fut ouvert, et on en retira quelques ossements que l'on mit dans une nouvelle châsse ; on en plaça un dans un reliquaire de bois doré, fait en forme de bras ; ce sont ces saintes reliques que les fidèles peuvent vénérer depuis cette époque.
Dans les environs de Béthanie, les pèlerins visitent, sur une hauteur voisine, la citerne de Sainte-Marthe. On croit que la maison de cette sainte femme était au même lieu.
Nous avons corrigé et complété le Père Giry, pour cette vie, avec l'ouvrage si connu de M. Faillon : *Monuments inédits sur l'apostolat de sainte Marie-Madeleine, 2 vol. in-4°, Paris, 1858, et une brochure intitulée : Sainte Marthe, hôtesse de Jésus-Christ, etc., chez Douniel, Paris, 1868.*
Événements marquants
- Accueil de Jésus-Christ à Béthanie
- Résurrection de son frère Lazare
- Présence à la Passion et à la Résurrection
- Exil sur un vaisseau sans voiles ni rames jusqu'à Marseille
- Évangélisation de la Provence (Aix, Avignon, Arles)
- Domptage de la Tarasque
- Fondation d'une communauté de vierges à Tarascon
Miracles
- Domptage de la Tarasque avec de l'eau bénite et sa ceinture
- Changement de l'eau en vin à Tarascon
- Guérison du roi Clovis d'un mal de reins
- Apparition après sa mort à saint Front à Périgueux
- Guérison d'Alphonse Bernavon en 1820
Citations
Satagebat circa frequens ministerium
Je crois que vous êtes le Messie, Fils du Dieu vivant