Saint Adrien de Nicomédie
Martyr
Résumé
Officier païen à Nicomédie, Adrien se convertit en admirant la constance des martyrs chrétiens. Soutenu par son épouse Natalie, il subit courageusement la prison et un atroce martyre où ses membres furent tranchés. Ses reliques, transférées de Constantinople à Rome puis en Flandre, font de lui un protecteur invoqué contre les épidémies.
Biographie
SAINT ADRIEN, MARTYR À NICOMÉDIE
La vertu de force consiste à braver toute crainte dans les dangers, à ne redouter que la honte et la bassesse, et à supporter l'adversité avec courage. Saint Jérôme.
Adrien, officier des armées de l'empire, fut un de ceux que l'empereur Maximien-Galère chargea de persécuter les chrétiens : il avait environ vingt-huit ans ; depuis treize mois seulement il avait épousé Natalie, jeune fille d'une excellente beauté et d'une noblesse égale à la sienne : elle était chrétienne, mais elle cachait encore sa religion, pour ne pas s'exposer à la fureur du tyran. Adrien admirait la joie que les martyrs faisaient paraître au milieu de leurs supplices, le mépris qu'ils faisaient de leurs corps et de leur
8 SEPTEMBRE.
vie, les louanges qu'ils donnaient à Jésus-Christ, les descriptions qu'ils faisaient de la gloire des Saints dans le ciel et des peines des damnés dans les enfers; leur courage invincible, qui ne se laissait fléchir ni par les belles promesses, ni par les menaces les plus terribles qu'on leur faisait: tout cela lui paraissait si extraordinaire, que, n'en pouvant comprendre les raisons, il résolut de s'adresser à eux-mêmes pour en être éclairci. Il leur demanda donc les motifs qui les rendaient si constants et si intrépides parmi les tourments. Les saints confesseurs lui dirent des choses si touchantes, que la grâce qui accompagnait leurs paroles lui ouvrant entièrement les yeux, il appela sur-le-champ les greffiers qui avaient l'ordre d'écrire tout ce qui se passait, et leur dit: « Écrivez aussi ma confession, et mettez-moi du nombre de ces généreux Martyrs; car je suis chrétien comme eux, et je veux mourir avec eux pour l'amour de Jésus-Christ». Les greffiers coururent en même temps au palais dire à Maximien qu'Adrien s'était fait inscrire sur leurs registres. « Voyons», dit l'empereur, « ce qu'il dit; c'est sans doute quelque accusation qu'il fait contre les chrétiens». — « Bien loin de cela», lui repartirent ces officiers; « il n'accuse personne que lui-même, et il déclare hautement qu'il fait profession de la religion chrétienne».
Le tyran, extrêmement surpris de cette nouvelle, l'envoya chercher à l'heure même: et dès qu'il l'aperçut, il lui dit: « Quelle folie vient-on de me dire de toi, Adrien? Veux-tu périr misérablement comme ces insensés de chrétiens? Demande-moi pardon de ta faute, et avoue, en présence de tous ceux qui sont ici, que tu ne savais ce que tu faisais, lorsque tu as commandé aux officiers d'écrire ton nom parmi ceux des ennemis de nos dieux». — « Je n'ai point fait de folie, ô empereur!» répondit Adrien, « mais je suis revenu de la folie où j'étais d'adorer des idoles qui ne méritent que notre exécution; ce n'est point à vous, mais au vrai Dieu, que je dois demander pardon de tous les crimes que j'ai commis contre lui, et de l'idolâtrie dans laquelle j'ai vécu jusqu'à présent». Maximien ne put entendre cette généreuse confession qu'avec la dernière impatience. Il l'envoya chargé de chaînes en prison, pour y attendre ses ordres en la compagnie des autres martyrs.
Un domestique du nouveau Confesseur alla en diligence avertir Natalie de son emprisonnement. Elle en pensa d'abord mourir de douleur; mais quand elle apprit que ce n'était pas pour avoir rien fait contre le service du prince qu'on l'avait arrêté, mais pour avoir confessé Jésus-Christ, sa douleur se changea en une joie qui ne peut être exprimée. Elle courut aussitôt à son cachot et alla se jeter à ses pieds, qu'elle ne regardait plus que comme les pieds d'un martyr. « Que vous êtes heureux, Adrien», lui dit-elle, « en faisant les chaînes dont il était garrotté; vous avez trouvé aujourd'hui un trésor que vos parents ne vous ont pas laissé; vous possédez dans votre jeunesse des richesses immenses que vous n'eussiez peut-être pas acquises en votre vieillesse. Vous avez Jésus-Christ dans votre cœur, ne le perdez pas par lâcheté: c'est lui qui vous récompensera de toutes les peines que vous endurerez ici pour la gloire de son nom. Vous avez déjà triomphé de l'enfer par votre confession, il ne vous reste plus qu'à recevoir la couronne qui vous est préparée dans le ciel; n'appréhendez point les supplices des hommes, ils ne dureront qu'un moment et ils seront récompensés par des délices éternelles; demeurez ferme sur la croix que vous avez embrassée; que la vue des honneurs que vous pourriez espérer en ce monde, que l'amour de vos parents qui vous solliciteront, que le désir des biens de la terre qui vous tenteront, ne soient point capables de vous séparer de Jésus-
Christ. Toutes ces choses sont périssables, et vous n'en auriez la jouissance que durant votre vie, qui passera en un instant. Ah! voudriez-vous, pour des avantages si fragiles, perdre un bien qui ne finira jamais et dont personne ne pourra vous ravir la possession? N'écoutez point les flatteries de vos amis, qui feront leur possible pour vous dérober votre foi; détestez leurs vaines caresses et méprisez les pernicieux conseils qu'ils voudront vous donner. Regardez ces généreux confesseurs qui sont auprès de vous, imitez leur patience et n'ayez pas moins de fermeté qu'eux pour soutenir la fureur du tyran et la violence des supplices auquels vous allez être exposé ».
Puis, se prosternant aux pieds des autres martyrs, elle leur disait en baisant leurs fers : « Je vous conjure, serviteurs de Dieu, de confirmer dans la foi ce fidèle que vous avez gagné à Jésus-Christ. Exhortez-le à la persévérance, rappelez-lui souvent la gloire qui suivra son martyre. Il est le fruit de vos tourments, vous êtes ses pères selon l'esprit, ne souffrez pas que ses parents selon la chair vous le ravissent; animez son courage par vos pieuses exhortations, et rendez-le invincible comme vous, afin qu'il triomphe de tous les ennemis de son salut ». Quand elle prit congé de cette illustre compagnie, elle fit promettre à Adrien de la faire avertir de tout ce qui se passerait, afin qu'elle pût être présente à tous les supplices qu'on lui ferait endurer.
Quelques jours après, on leur signifia que, dans peu de temps, ils devaient comparaître devant le tribunal de l'empereur. Adrien voulut en donner avis à sa femme, selon la promesse qu'il lui en avait faite; et, ayant gagné le géolier, il obtint de lui permission, sur sa parole, d'aller faire un tour dans sa maison. Comme il était en chemin, un de ses amis, qui le reconnut, courut devant lui et, croyant porter une nouvelle fort agréable à Natalie, il alla promptement lui dire que son mari était en liberté, et qu'elle aurait bientôt la consolation de le voir chez elle. En effet, elle l'aperçut presque en même temps; mais, s'imaginant qu'il n'avait obtenu sa délivrance qu'au préjudice de sa foi, elle lui ferma la porte, en lui disant : « Retirez-vous d'ici, perfide que vous êtes ! est-ce ainsi que vous en avez imposé au vrai Dieu, et qu'après l'avoir confessé vous l'avez abandonné? Je ne veux point écouter un homme qui a employé sa langue à renier son Créateur. Quelle foi ajouterai-je à des paroles qui ont servi à renoncer à Jésus-Christ? Ah! malheureux Adrien, pourquoi n'as-tu pas achevé le bien que tu avais si généreusement commencé? Qui a rompu les liens sacrés qui te tenaient attaché aux autres saints martyrs? Qui t'a séduit pour te séparer de la compagnie des anges? Tu as pris la fuite, et tu n'avais pas encore combattu; tu as rendu les armes avant d'avoir vu les ennemis. Où sont les blessures que tu as reçues? Je ne vois nulle plaie sur ton corps; il n'est ni percé de flèches, ni meurtri par la torture. Je ne m'étonne pas de ta lâcheté; tes parents t'ont élevé dans l'idolâtrie, et, par leurs abominations, ils t'ont rendu indigne d'être une victime immolée à Jésus-Christ. Que je suis infortunée d'avoir épousé un idolâtre! Hélas! je croyais, il y a quelques heures, être la femme d'un martyr; mais je me vois maintenant la femme d'un traître à son Dieu, d'un apostat et d'un blasphémateur. Ma joie a été courte, et la douleur que j'ai de ta perfidie durera longtemps ».
Après ces reproches qui l'enchantaient et fortifiaient sa foi, Adrien lui expliqua comment il était sorti de prison pour un instant, et lui annonça la nouvelle de son prochain martyre. Natalie, ne se sentant plus de joie, l'accompagna à sa prison. En chemin il lui demanda ce qu'elle ferait des grands
VIES DES SAINTS. — TOME X.
8 SEPTEMBRE.
biens qu'il lui laissait. « Bannissez de votre esprit ces pensées de la terre », dit-elle avec son zèle ordinaire ; « ne pensez qu'à la grâce que vous allez recevoir ; les richesses que vous laissez entre mes mains ne sont que des amusements de peu de durée ; bientôt vous en posséderez d'éternelles que les hommes ne pourront pas vous ôter. Soyez inébranlable dans votre résolution, et que la violence des supplices ne vous fasse pas perdre la crainte des jugements de Dieu, qui sera le témoin et le juge de tout ce que vous ferez ».
Dès qu'ils furent arrivés à la prison, Natalie se prosterna aux pieds des saints martyrs, baisa leurs chaînes, nettoya et pansa leurs plaies ; puis, s'étant fait apporter le plus beau linge de sa maison, elle les enveloppa avec une piété admirable. Plusieurs dames de noble condition l'imitèrent dans ces pieuses fonctions, et elle les continua pendant sept jours qu'elle demeura auprès de ces généreux confesseurs, en attendant le martyre de son mari. Au bout de ce temps, l'empereur les appela devant son tribunal, où ils furent conduits tous garrottés d'une même chaîne. Mais leur faiblesse était si grande à cause des supplices précédents, qu'ils ne pouvaient presque se soutenir, et qu'on fut obligé de les porter. Adrien les suivait les mains liées derrière le dos. Le tyran ne jugea pas à propos de les appliquer à la question, parce qu'ils n'étaient plus en état de la souffrir, à cause des plaies qu'ils avaient déjà reçues ; c'étaient plutôt des squelettes affreux que des hommes composés de chair et d'os ; il les fit réserver afin que leurs tourments fussent prolongés avec leur vie. Pour Adrien, qui était jeune et n'avait encore rien souffert que la prison, il le fit battre à grands coups de bâton : les bourreaux exécutèrent cet ordre avec tant de cruauté qu'on voyait les entrailles du martyr.
Pendant cette exécution, tous les autres martyrs étaient en prière, pour demander à Dieu la grâce de la persévérance pour Adrien, dont la naissance, la jeunesse et la délicatesse leur faisaient toujours appréhender qu'il ne se rendît ; et la vertueuse Natalie, de son côté, l'encourageait sans cesse à demeurer ferme dans la foi. Tous les martyrs furent ensuite reconduits en prison. Natalie, ne pouvant contenir la joie dont son cœur était rempli, de ce que son mari sortait glorieux du lieu du supplice, lui mit la main sur la tête, et lui dit : « Que vous êtes heureux, Adrien, d'avoir été trouvé digne de souffrir dans la compagnie des Saints ! Quelle satisfaction pour vous d'avoir répandu votre sang en l'honneur de Jésus-Christ pour celui qu'il a versé pour vous ! Soyez à présent en paix en attendant la couronne qu'il vous a préparée ». Puis, essuyant le sang qui coulait encore de ses plaies, elle se l'appliquait par dévotion sur elle-même. Les autres confesseurs louaient aussi la constance d'Adrien et lui donnaient le baiser de paix. « Je suis le fruit de vos souffrances », leur disait-il, « et c'est vous qui m'avez engendré à la foi ; continuez de prier pour moi, afin que le démon ne triomphe pas de ma faiblesse, que vous voyez être déjà extrême pour le peu que j'ai souffert ». — « Confiez-vous en Dieu », répondaient les saints martyrs ; « Satan, avec toute sa malice, ne pourra rien contre vous ; votre patience l'obligera de se retirer dans les enfers. Nous avons eu quelque crainte, lorsque vous n'étiez qu'un homme, mais maintenant que vous êtes élevé au-dessus de la nature, nous n'appréhendons plus rien de vos ennemis ; ne craignez donc plus, Jésus-Christ assurera votre victoire ».
Pendant ces divins entretiens, les diaconesses et d'autres dames pieuses pansaient leurs plaies. Mais leur charité fut bientôt traversée par la cruauté du tyran, qui fit défendre de les laisser entrer dans la prison. Natalie, qui
NOTRE-DAME DE BON-ESPOIR, A DIJON. 579
était la plus zélée de toutes, et qui ne pouvait se résoudre à abandonner son mari et tant d'illustres serviteurs de Dieu, se coupa les cheveux et prit un habit d'homme, afin de pouvoir les visiter et leur donner l'assistance dont ils avaient besoin. Dès que les autres dames le surent, elles suivirent son exemple ; et ainsi les martyrs, malgré la dureté de l'empereur, furent parfaitement secourus dans leurs misères. Mais cette pieuse industrie ne leur fut pas longtemps nécessaire ; car Maximien, appréhendant qu'ils ne mourussent dans les fers sans avoir éprouvé les derniers efforts de sa rage, les condamna à avoir les jambes et les bras coupés. Adrien et ses compagnons expirèrent dans les douleurs de ce supplice, le 4 mars, vers l'an 306.
On le représente avec les mains et les pieds coupés, et ce supplice l'a fait choisir pour patron des bourreaux. On place quelquefois près de lui un lion, pour symboliser la magnanimité. Les geôliers l'ayant pris aussi pour patron, il est çà et là représenté avec des clefs, comme allusion à ce patronage. On voit dans l'église de Cany, arrondissement d'Yvetot (Seine-Inférieure), une image de saint Adrien, sculptée au XVIIe siècle et habillée en guerrier romain.
## CULTE ET RELIQUES.
Les fidèles enlevèrent les corps saints et les firent transporter à Byzance, aujourd'hui Constantinople, pour les soustraire aux profanations des tyrans. Dans la suite, ces précieuses reliques furent rapportées à Rome : c'est ce qui a donné sujet aux Grecs de marquer la mémoire de saint Adrien le 26 août, jour de la première translation ; et, pour la même raison, l'Église romaine, dans son bréviaire et dans son martyrologe, en fait mention le 8 septembre, parce que c'est en ce jour que son corps fut transféré de Constantinople à Rome. On les porta depuis en Flandre.
L'an 1110, une grande partie de ses reliques, qui avaient été apportées à Raulincourt, furent transférées à Grammont, ville de Flandre, dans l'abbaye de Saint-Pierre qui a pris le nom de Saint-Adrien, suivant la remarque du docte Aubert de Miro, dans son *Recueil des Saints de Flandre*. On l'invoque ordinairement, avec saint Sébastien et saint Roch, contre les maladies contagieuses. On voit, en divers endroits de la chrétienté, particulièrement en France, plusieurs églises et chapelles consacrées en son honneur. Les princes chrétiens implorent encore son secours, afin de l'avoir pour protecteur dans leurs armées. Nous en avons vu un bel exemple dans la vie de saint Henri, empereur : il voulut se servir de l'épée de ce saint Martyr, que l'on garde dans la ville de Walbeck, en Allemagne, lorsqu'il fut obligé de combattre les ennemis de la religion et de son État.
Acta Sanctorum; les Églises de l'Arrondissement d'Yvetot, par l'abbé Cochat.
## NOTRE-DAME DE BON-ESPOIR, À DIJON
L'église Notre-Dame de Dijon est aux yeux de l'artiste un chef-d'œuvre d'architecture. Rien de plus élégant que son péristyle, autrefois peuplé de statues, décoré d'emblèmes et d'inscriptions, peint et doré ; rien de plus hardi que sa voûte aérienne « qui se soutient d'elle-même et semble dédaigner tout autre appui ». On la dirait suspendue aux mains des anges. Rien de plus gracieux que ses colonnettes fuselées qui découpent les galeries du chœur, de la grande nef et du portail, ou s'élancent en faisceaux jusqu'à la voûte, et là se courbent en délicates nervures. C'est un bijou. Aux yeux du
8 SEPTEMBRE.
chrétien c'est plus encore, c'est un monument de la piété de nos pères et de leur dévotion à l'image miraculeuse de la Vierge-Noire, Notre-Dame de Bon-Espoir.
Cette image, vénérée, dès le Xe siècle, sous le titre de Notre-Dame de Bon-Apport, dans la chapelle de Notre-Dame du Marché (de Foro), hors des murs de Dijon, attirait tant de pèlerins que des chanoines de Saint-Étienne firent une œuvre pie en bâtissant un hospice pour les héberger. En 1252, soit que ce sanctuaire fût devenu trop étroit pour contenir la foule, soit qu'il menaçât ruine, les Dijonnais élevèrent pour le remplacer l'église actuelle de Notre-Dame, et y disposèrent, afin de recevoir la sainte image, une chapelle voûtée, sans fenêtres, haute de vingt pieds et couronnée d'une galerie circulaire. Cette chapelle fut aussitôt la plus fréquentée : le peuple y suivit sa Reine, se pressa aux pieds de son trône de grâces et couvrit les murs d'ex-voto, témoignages plus nombreux chaque jour de sa gratitude et de la bonté de Marie. C'étaient des lampes en vermeil et en argent, qui brûlaient nuit et jour ; des flambeaux, symboles d'une ardente dévotion ; des tableaux qui rappelaient les grâces obtenues ; des mains, des bras en argent ou en cire, des béquilles sans nombre... Aux colonnes qui soutenaient la voûte, comme à la tour de David, pendaient des boucliers, des écus, des épées, des armes de toute espèce, des étendards consacrés à la sainte Vierge par des héros et des ducs de Bourgogne, comme des trophées que lui érigeait la reconnaissance.
L'un des tableaux représentait Philippe Pot, seigneur de la Roche-Nolay, grand chambellan de Bourgogne et chevalier de la Toison-d'Or, à genoux devant Notre-Dame de Bon-Espoir avec sa devise Tant L vaut, en souvenir d'une grâce merveilleuse dont il se crut redevable à Notre-Dame. Entraîné par le zèle de la religion et l'amour de la gloire si naturel aux nobles cœurs, il était allé au secours de Constantinople assiégé par les Turcs. Trahi par la fortune, il tomba aux mains des janissaires qui le conduisirent à Mahomet II et lui racontèrent combien vaillamment ce gentilhomme s'était battu. Le sultan admira son air noble, son courage et sa fierté, et essaya de l'attirer à son service. Philippe, en vrai chevalier chrétien, résista aux promesses et aux menaces, aux égards et aux mauvais traitements. Mahomet dépité lui dit : « Si tu peux vaincre l'ennemi que je t'opposerai, je te renverrai dans ta patrie ». Philippe tout joyeux invoque Notre-Dame de Bon-Espoir dont il porte l'image sur lui et attend le combat. Le jour venu, on l'amène dans une espèce de cirque, en présence du sultan entouré de sa cour, on lui donne un cimeterre, et on lâche contre lui un lion furieux et affamé. À la vue de cet adversaire, le héros chrétien lève son regard vers le ciel, invoque la sainte Vierge et s'écrie : Tant L vaut. Le lion rugit et s'élance, mais d'un coup de cimeterre il lui coupe les deux pieds de devant, d'un autre coup lui enlève la langue, et le perce au cœur en répétant son cri de victoire : Tant L vaut !... Mahomet tint parole et le renvoya libre.
Un autre tableau en tapisserie qui orne maintenant l'Hôtel de Ville atteste la protection dont la sainte Vierge entoura Dijon, en 1513. Assiégée par quarante mille Suisses, la cité avait jeté vers Louis XII un cri de détresse ; mais le roi, obligé de défendre ses frontières du nord contre l'empereur et le roi d'Angleterre, et de veiller sur la Guyenne menacée par les Espagnols, ne put envoyer que six mille hommes, sous la conduite de la Trémouille. La place n'était pas en état de défense et, malgré les prodiges de valeur, elle allait succomber. La Trémouille demanda à capituler ; les conditions qu'on lui fait sont inacceptables... Dans cette détresse la population entière accourt
NOTRE-DAME DE BON-ESPOIR, À DIJON. 381
à Notre-Dame, descend l'image miraculeuse, et la porte en procession sur les remparts, et le lendemain, 13 septembre, jour de l'assaut général, la paix est conclue et le siège est levé ! Dans l'enthousiasme de la reconnaissance, tous les corps de la ville demandent qu'une procession solennelle d'action de grâces soit faite ce jour même, et, tous les ans, à pareil jour.
Cet événement donna lieu au rétablissement de la confrérie érigée en l'honneur de Notre-Dame. Restituée à la piété des fidèles, après la Révolution, elle fleurit de nos jours aussi fervente qu'à son berceau. Il donna aussi au culte de Marie un élan merveilleux dans tout le duché : en 1603, les habitants de Flavigny, désolés d'une sécheresse qui dévorait les moissons et les vignes, vinrent en procession jusqu'à Notre-Dame de Bon-Espoir, et leurs récoltes furent sauvées. Quelques jours après, c'étaient ceux de Saint-Seine, conduits par leur pasteur et les religieux de l'abbaye. En 1693, la province fut menacée du fléau contraire : des pluies torrentielles noyaient les champs et empêchaient les semences de lever, toutes les campagnes étaient désespérées, les animaux domestiques mouraient et la famine menaçait. Le 27 mai, on descendit l'image miraculeuse de la Vierge-Noire et on la porta en procession dans l'église des Ursulines : comme aux jours qui suivirent le déluge, l'arc-en-ciel apparut aussitôt et le soleil vint mûrir les blés et les raisins. On célébra une messe solennelle d'action de grâces, le 4 juin, dans toutes les paroisses de la ville, et la neuvaine fut close par une procession générale dont la magnificence et l'entrain ne se peuvent décrire.
La dévotion et la reconnaissance de nos aïeux envers « leur sainte patronne et maîtresse » se manifestaient sans cesse par de riches offrandes et de pieuses fondations. Philippe le Hardi, après la bataille de Rosbecque, donna la fameuse horloge du flamand Jacques Marc. Philippe le Bon fonda, en 1402, le chant du Salve Regina : tous les jours, à la tombée de la nuit, les cloches de Notre-Dame appelaient les fidèles ; les prêtres entouraient l'autel de la Vierge-Noire et chantaient l'antienne sacrée, à l'exemple des fils de saint Bernard et de saint Dominique. Le souverain pontife Pie II, jaloux d'encourager cette dévotion, accorda cinquante jours d'indulgence à tous ceux qui assistaient au chant du Salve, les jours ordinaires, et cent cinquante, aux principales fêtes de l'année.
Les seigneurs, les prêtres, les fidèles, les corporations et les religieux suivirent l'exemple de leurs nobles ducs, et ce fut dans tous les Ordres de la ville une sainte émulation. Tantôt Notre-Dame reçoit une statue en argent, du poids de cent vingt marcs, tantôt des croix en argent, soutenues par des chérubins et ornées de pierres précieuses, des lampes, des couronnes, des cœurs émaillés d'or, des bas-reliefs ou des peintures. L'une des fondations les plus populaires était celle des Litanies de la sainte Vierge, que l'on chantait tous les samedis après le salut.
À la fin du XVIe siècle, on s'imagina que la chapelle de Notre-Dame, où l'obscurité était ménagée à dessein pour aider au recueillement, faisait mauvais effet et nuisait à l'harmonieuse unité de l'église, et on la démolit ; c'est alors que les monuments de piété que les siècles avaient réunis et respectés furent dispersés çà et là.
Pendant la Révolution, le portail fut martelé avec un art infernal et ses statues brisées. Si la Vierge-Noire échappa aux mains sacrilèges, ce fut grâce au stratagème d'une femme pieuse qui la demanda afin de s'en chauffer, disait-elle, pendant l'hiver. Au rétablissement du culte, elle la rendit à l'église.
Notre-Dame de Bon-Espoir, replacée sur son trône, dans le transept de
8 SEPTEMBRE.
son église, a préservé Dijon de l'invasion du choléra, en 1832 et en 1854; et chaque jour, entourée d'une cour fervente, elle bénit les enfants comme elle bénit les mères, elle sourit aux projets de la jeunesse, apaise les cœurs agités et montre à tous la couronne immortelle due à la persévérance.
Tiré des Saints de Dijon, par l'abbé Duplus.
Événements marquants
- Officier de l'armée impériale sous Maximien-Galère
- Conversion après avoir interrogé des martyrs chrétiens sur leur courage
- Emprisonnement et confession publique de sa foi
- Visite de sa femme Natalie en prison
- Supplice des jambes et des bras coupés
Citations
Écrivez aussi ma confession, et mettez-moi du nombre de ces généreux Martyrs; car je suis chrétien comme eux, et je veux mourir avec eux pour l'amour de Jésus-Christ