Saint Aignan d'Orléans
Évêque d'Orléans
Résumé
Évêque d'Orléans au Ve siècle, saint Aignan est célèbre pour avoir organisé la défense de sa ville face à l'invasion d'Attila et des Huns en 451. Grâce à ses prières et son alliance avec le général romain Aëtius, il obtint une délivrance miraculeuse au moment où la cité allait succomber. Il mourut en 453 à l'âge de 95 ans, laissant l'image d'un pasteur charitable et d'un protecteur de la patrie.
Biographie
SAINT AIGNAN DE VIENNE, ÉVÊQUE D'ORLÉANS
Saint Aignan naquit à Vienne, en Dauphiné, de parents nobles et catholiques, qui, étant nés en Hongrie, s'étaient réfugiés dans les Gaules pour éviter la persécution des Goths ariens, qui poursuivaient cruellement en leur pays les défenseurs de la divinité de Jésus-Christ.
Dès qu'il eut passé l'enfance, il se retira dans un lieu solitaire, près de Vienne, appelé le Vieux-Château, où il s'occupait jour et nuit à la lecture des saintes lettres, à la prière et à la contemplation des vérités divines. Il affligeait aussi son corps par des veilles, des jeûnes et d'autres mortifications très rigoureuses. Enfin, comme il ne faisait presque point de dépense pour sa personne, il employait libéralement tout ce qu'il avait de bien à recevoir les pèlerins, à soulager les pauvres et à secourir toutes sortes de malheureux. Il n'était point non plus avare des lumières surnaturelles qu'il recevait de la miséricorde de Dieu ; mais il les communiquait abondamment à ceux qui avaient recours à lui, instruisant les ignorants, éclairant ceux qui avaient besoin de conseils, et aidant les pécheurs à rentrer dans les voies du salut.
Il demeura dans cette retraite jusqu'à ce qu'étant informé des vertus éminentes de saint Euverte, évêque d'Orléans, et de la grâce qu'il avait reçue d'en haut pour la conduite des âmes, il renonça à toutes ses connaissances, et quitta son pays pour venir se ranger sous la direction de ce saint personnage.
Saint Euverte reconnut bientôt le mérite de ce nouveau disciple ; c'est pourquoi, après l'avoir ordonné prêtre, il le fit abbé de Saint-Laurent-des-Orgerils, hors les murs de la ville. Aignan s'acquitta si dignement de cet emploi, que le saint prélat vit bien que le ciel le destinait à être son successeur ; aussi, pour éviter les contestations qui pourraient naître sur ce sujet après son décès, il voulut y pourvoir dès son vivant par une élection canonique. Il assembla donc les plus nobles de son diocèse, et leur demanda qui de tous ses ecclésiastiques ils jugeaient le plus digne de prendre sa place ; les avis ayant été partagés, il fit écrire les noms de tous ceux qui avaient été nommés, avec celui de saint Aignan, et fit mettre leurs billets dans une boîte. Ensuite, après un jeûne de trois jours, selon la coutume, il envoya un petit enfant, qui ne savait pas encore parler, tirer le billet qui lui viendrait le premier à la main ; et, par une conduite particulière de la divine Providence, l'enfant tira celui de saint Aignan.
On aurait pu croire que c'était un hasard ; mais, pour faire voir que c'était véritablement un coup du ciel, l'enfant qui ne savait ni lire ni parler, s'écria en ouvrant le
billet : « Aignan, Aignan, Aignan est choisi de Dieu pour évêque de cette ville ».
Saint Euverte, pour donner de nouvelles preuves de cette élection céleste, fit ouvrir successivement le Psautier, les Épîtres de saint Paul et le livre des Évangiles. Dans le Psautier on trouva d'abord cette sentence : « Heureux celui que vous avez choisi et que vous avez élevé, il demeurera dans votre palais ». Dans saint Paul on trouva celle-ci : « Nul ne peut mettre d'autre fondement que celui qui a été mis ». Et dans l'Évangile, cet autre : « Je bâtirai mon église sur cette pierre, et les portes de l'enfer ne pourront rien contre elle ».
Ainsi, tout le monde étant convaincu que saint Aignan était celui que la divine bonté voulait donner pour pasteur à son peuple, saint Euverte le consacra et le fit asseoir sur son trône.
Lorsqu'il fut question de faire son entrée solennelle dans Orléans, il demanda la délivrance de tous les criminels qui étaient dans les prisons. Agrippin, qui commandait dans la ville, la lui refusa comme injuste et déraisonnable; mais, une pierre lui étant tombée sur la tête dans l'église, et la plaie n'ayant pu être guérie que par les prières du nouveau pontife, il reconnut sa faute et lui accorda tout ce qu'il demandait.
Cependant, le glorieux saint Euverte alla recevoir dans le ciel la récompense de ses travaux et du soin qu'il avait pris de son peuple. Aignan l'enterra avec une pompe magnifique dans le champ d'un noble sénateur, nommé Létrade, où, depuis, on a bâti la basilique qui, de son nom, est appelée Saint-Euverte. Il fit ensuite élever la voûte de l'église Sainte-Croix, et dans cet édifice il guérit miraculeusement Mellius, son principal architecte, qui, en tombant du toit, s'était brisé tout le corps.
Vers cette époque, Attila, roi des Huns, ce terrible fléau de Dieu, après avoir saccagé toute l'Austrasie, se préparait à pousser ses conquêtes jusque dans le centre des Gaules. Paris en fut si effrayé, que, sans les sages avis de sainte Geneviève, tous les habitants se seraient enfuis et auraient tout abandonné. Saint Aignan, prévoyant qu'il laisserait Paris et viendrait assiéger Orléans, alla en diligence à Arles, vers Aëtius, lieutenant-général de l'empereur dans les Gaules, pour le prier de venir incessamment combattre cet ennemi commun. Il en fut reçu avec un respect et une déférence qu'il n'avait pas ordinairement pour les évêques, et il obtint de lui tout ce qu'il demandait. On dit que ce général, tout fier qu'il était, se jeta à ses pieds, et qu'Aignan, lui ayant marqué le jour qu'Orléans serait pris s'il ne la secourait, il l'obligea de faire diligence pour empêcher une perte de cette importance.
Ce fut aussi dans ce voyage que notre Saint, en passant par Vienne, guérit miraculeusement saint Mamert, depuis archevêque de ce siège et instituteur des Rogations, qu'il trouva malade à la mort, et qu'en l'abbaye d'Arnay il rendit la vue à un abbé qui était aveugle depuis trente ans.
Dès qu'il fut de retour à Orléans, Attila y arriva avec son armée et y mit le siège. Les assauts qu'il y fit donner furent terribles, et il ne semblait pas qu'une force humaine y pût jamais résister; mais le Saint obtint, par la prière, ce qu'il ne pouvait espérer de la valeur des assiégés. Il fit faire des processions dans la ville, fit porter les reliques des Saints sur les remparts, et, par des gémissements et des pénitences extraordinaires, il implora la miséricorde de Dieu sur son peuple. Le ciel semble venir à son secours. Un orage force les ennemis à suspendre les travaux du siège pendant trois jours et donne quelque repos à ces malheureux assiégés. Mais le 14 juin, le soleil reparut, et le combat recommence avec une rage sans pareille. Aignan fait partir un soldat chargé de ce message pour Aëtius : « Si tu n'arrives pas aujourd'hui même, demain il sera trop tard ».
Le soldat ne revint pas. Bientôt on entend les murs qui s'écroulent avec un horrible fracas, et les portes brisées qui roulent sur leurs gonds. Les Huns se précipitent dans la ville, massacrent, enchaînent et pillent. Tout paraît désespéré. Aignan redouble d'instance dans sa prière. Tout à coup, un cri soudain retentit du haut de la tour : « Les Romains ! les Romains ! » Ce cri ranime les vaincus et glace les vainqueurs. En effet, on aperçoit Aétius, général romain, Théodoric et Thorismond, son fils, à la tête d'une nombreuse cavalerie ; ils accourent à toute bride. Un combat furieux s'engage dans la ville même ; elle est inondée de sang. Les habitants, du haut de leurs maisons, accablent les Huns de tuiles, de pierres, de pièces de bois, de meubles. Les uns furent noyés dans la Loire ; ceux-ci furent passés au fil de l'épée, ceux-là tombèrent entre les mains du vainqueur, et saint Aignan, dont la charité s'étendait sur ses plus cruels ennemis, leur sauva la vie et empêcha qu'ils ne fussent égorgés par vengeance des ravages qu'ils avaient faits dans la France.
Attila, néanmoins, dont l'armée était presque sans nombre, sauva encore plusieurs centaines de milliers de ses gens ; mais, peu de temps après, il fut encore défait et perdit plus de deux cent mille hommes dans la plaine de Châlons, Mérovée, roi des Francs, s'étant alors joint avec Aétius.
Des victoires si signalées, dont on était redevable à notre Saint, lui acquirent une gloire immortelle et le firent justement appeler le mur inexpugnable des Gaules, le soutien de la patrie, le protecteur et comme le second fondateur d'Orléans, et le véritable père du peuple. Ce qui fut encore plus admirable, c'est qu'après la retraite de tant de troupes, lorsqu'on n'espérait ni moisson, ni vendange, la campagne ayant été non-seulement fourragée par les soldats, mais encore entièrement ruinée et désolée par la marche des hommes et des chevaux, on vit, par un effet surprenant de la divine Providence, que la terre se chargea de blé et les vignes de raisins pour deux ans, et qu'il y eut aussi une abondance générale de toutes sortes de fruits ; de sorte que les habitants d'Orléans, au lieu de la famine qu'ils craignaient, furent comblés de biens et en état d'en fournir à leurs voisins.
Après un service si éclatant et si glorieux que saint Aignan avait rendu à l'Église, à la France et à son diocèse, il ne lui restait plus qu'à aller recevoir dans le ciel la récompense de ses bonnes œuvres. Aussi, deux ans après la défaite d'Attila et la délivrance d'Orléans, il finit heureusement sa vie et rendit son esprit à Dieu pour être couronné de l'immortalité. Ce fut le 17 novembre de l'année 453. On dit qu'il avait alors quatre-vingt-quinze ans, et qu'il y avait soixante-cinq ans qu'il était évêque.
On représente saint Aignan : 1° recevant la crosse épiscopale des mains de saint Euverte ; 2° priant sur les murs de sa ville pendant qu'elle est assiégée par Attila.
## CULTE ET RELIQUES.
Son corps fut porté solennellement dans l'église de Saint-Laurent-des-Orgerils, dont il avait été abbé, et où le rendirent illustre plusieurs miracles. Trois enfants malades furent guéris, et un, qui était mort, fut ressuscité par l'invocation de ses mérites. Robert, roi de France, remporta une glorieuse victoire à Beaune, en Bourgogne, par son intercession, et, en reconnaissance, il fit bâtir une belle église de son nom à Orléans, où ses dépouilles sacrées furent transportées. Sept évêques firent la cérémonie de cette translation. Le roi même y assista, et saint Odilon, abbé de Cluny, l'honora aussi de sa présence. Les ossements du Saint furent mis dans une châsse d'argent enrichie d'or et de pierres précieuses, que Sa Majesté avait donnée. Ce pieux monarque lui recommanda ensuite ses enfants et son royaume, et il l'appelait ordinairement le protecteur des rois, la
défense des princes, l'honneur des prélats, le père des clercs et des religieux, le support des veuves et des orphelins et le secours de tous les nécessiteux.
Saint Louis, qui ne lui portait pas une moindre dévotion, lui fit faire une nouvelle châsse et fut aussi présent avec Louis et Philippe, ses enfants, quand le dépôt sacré de son corps y fut transporté. Cette seconde cérémonie fut faite par le bienheureux Philippe Berruyer, qui, d'évêque d'Orléans, était devenu archevêque de Bourges, et par Robert, qui était en ce moment évêque d'Orléans. Mais enfin, en l'année 1562, les hérétiques Calvinistes, s'étant rendus maîtres de cette magnifique église de Saint-Aignan, ont brûlé ces précieuses reliques avec quinze autres corps saints de la ville d'Orléans. On conserve néanmoins dans son église quelques ossements du saint évêque et une belle châsse de bois doré, placée au-dessus du maître-autel et décorée de sa statue. Les habitants d'Orléans invoquent saint Aignan avec beaucoup de confiance dans toutes les calamités publiques.
Au diocèse de Nevers, les paroisses de Saint-Agnan de Cosne, de Luthenay, de Sichamps, de Nannay, maintenant réunie à Charnay; de Saint-Agnan-en-Morvan, de Colmery, honorent le saint évêque d'Orléans comme leur patron. Cette dernière paroisse possède une relique de ce Saint. La paroisse de Saint-Agnan de Cosne célébrait autrefois, dans l'année, deux fêtes de son saint patron; outre la solennité du 17 novembre, elle l'honorait d'une manière spéciale le 14 juin, anniversaire de la délivrance miraculeuse d'Orléans.
Annales d'Orléans, par Charles de la Saussaye; saint Grégoire de Tours; Hagiologie Nivernoise, par Mgr Crosnier; Bocotès de l'Histoire de la Champagne, par M. l'abbé Buttel; Dom Ceillier.
Événements marquants
- Retraite solitaire au Vieux-Château près de Vienne
- Disciple de saint Euverte à Orléans
- Abbé de Saint-Laurent-des-Orgerils
- Élection miraculeuse au siège épiscopal d'Orléans
- Négociation avec Aëtius à Arles contre les Huns
- Défense d'Orléans contre Attila en 451
- Délivrance miraculeuse de la ville le 14 juin
Miracles
- Élection désignée par un enfant qui ne savait pas parler
- Guérison d'Agrippin après la chute d'une pierre
- Guérison de l'architecte Mellius tombé d'un toit
- Guérison de saint Mamert à Vienne
- Rend la vue à un abbé aveugle depuis trente ans à Arnay
- Abondance miraculeuse des récoltes après le passage des Huns
- Résurrection d'un enfant mort après son décès
Citations
Aignan, Aignan, Aignan est choisi de Dieu pour évêque de cette ville
Si tu n'arrives pas aujourd'hui même, demain il sera trop tard