Sainte Marguerite, Reine d'Écosse

Reine d'Écosse

Fête : 10 juin 11ᵉ siècle • sainte

Résumé

Princesse anglo-saxonne née en Hongrie, Marguerite devint reine d'Écosse par son mariage avec Malcolm III. Elle consacra sa vie à la réforme religieuse du royaume, à l'éducation chrétienne de ses huit enfants et au service héroïque des pauvres. Elle mourut en 1093, peu après avoir appris la perte de son époux et de son fils aîné au combat.

Biographie

SAINTE MARGUERITE, REINE D'ÉCOSSE

*Huc erat plena operibus bonis et eleemosynis quas faciebat.*

Elle a amassé un riche trésor d'aumônes et de bonnes œuvres.

Act., IX, 30.

Edmond II, roi d'Angleterre, ayant été assassiné en 1017 par le comte Edric, Canut, roi de Danemark, qui en vertu d'un accommodement était déjà maître du pays des Merciens et des provinces septentrionales, ne manqua pas de profiter de cette circonstance : il parvint à se faire reconnaître roi de toute l'Angleterre par les évêques et par les principaux de la nation ; et il se fit aussi déclarer tuteur des deux fils d'Edmond, jusqu'à ce qu'ils fussent en âge de succéder à leur père dans le royaume des Saxons occidentaux.

Désirant se défaire des jeunes princes, qui se nommaient Edouard et Edmond, il les envoya secrètement au roi de Suède, avec ordre de leur ôter la vie ; mais sa cruelle ambition fut mal servie, et le monarque suédois refusa de tremper ses mains dans un sang innocent. Cette conduite lui fit d'autant plus d'honneur, qu'il avait tout à craindre de la puissance de Canut, qui, par une insigne perfidie, venait de joindre la Norvège au Danemark. Il envoya les deux princes au roi de Hongrie, qui les reçut avec bonté et se chargea du soin de les faire élever d'une manière conforme à leur naissance.

Edmond, l'aîné des princes, mourut sans postérité. Edouard, son frère, épousa Agathe, sœur de la reine de Hongrie, ou, selon d'autres, nièce de l'empereur Conrad. C'était une princesse vertueuse et douée de toutes les belles qualités de l'esprit et du cœur. Elle devint mère d'Edgard, surnommé *Etheling*, de Christine, qui se fit religieuse, et de Marguerite, dont nous écrivons la vie.

Canut mourut en 1036. Il eut pour successeur Harold Ier (1036-1039) ; Hardi-Canut ou Hardeknut (1039-1041) ; Edouard le Confesseur (1041-1066). Ce dernier, lorsqu'il se vit affermi sur le trône, fit inviter Edouard, surnommé *Etheling* ou *d'Outre-Mer*, à passer de la Hongrie en Angleterre avec ses trois enfants ; et il les reçut à Londres, en 1054, avec toutes les marques possibles d'honneur et d'affection. Edouard d'Outre-Mer mourut en cette ville trois ans après, et fut enterré dans l'église de Saint-Paul. Son fils Edgard devait naturellement succéder à saint Edouard le Confesseur ; mais comme il était encore fort jeune, et que d'ailleurs il était né dans un pays étranger, on prit de là occasion de l'exclure de la couronne, et l'on plaça le comte Harold sur le trône en 1066. Celui-ci prétendait qu'Edouard l'avait désigné pour son successeur. Guillaume, duc de Normandie, fit valoir une semblable prétention. En conséquence, il passa la mer, conquit l'Angleterre, et tua Harold dans la fameuse bataille qui se donna près de Hastings, le 14 octobre 1066. Plusieurs Anglais se déclarèrent inutilement pour Edgard. Ce prince, étant trop faible pour soutenir ses droits les armes à la main, fut forcé, avec toute la noblesse, de recevoir le vainqueur à Londres.

Quelque temps après, il s'enfuit secrètement pour se soustraire à la tyrannie de Guillaume. Le vaisseau, sur lequel il s'embarqua avec sa sœur, fut assailli d'une violente tempête qui le rejeta sur la côte d'Écosse. Malcolm III, roi de ce pays, les reçut l'un et l'autre, et leur fit un accueil d'autant plus favorable qu'il avait lui-même, dans une circonstance à peu près semblable, trouvé refuge et appui à la cour d'Edouard le Confesseur.

Touché du malheureux sort d'Edgard et de Marguerite, il leur procura tous les secours qui dépendaient de lui. Loin de les remettre entre les mains de Guillaume qui les réclamait, il prit les armes en leur faveur et obtint qu'Edgard serait traité comme un ami par le roi normand.

Cependant Marguerite donnait à l'Écosse le spectacle de toutes les vertus. Elle avait appris, dès ses premières années, à mépriser l'éclat trompeur des pompes mondaines et à regarder les plaisirs comme un poison d'autant plus dangereux qu'il flatte en donnant la mort. C'était bien moins par sa rare beauté que par un heureux assemblage de toutes les qualités de l'esprit et du cœur, qu'elle s'attirait l'admiration de toute la cour; et les honneurs qu'on lui rendait ne portaient aucune atteinte à son humilité. Toute son ambition était de se rendre agréable au Roi des rois. Elle ne trouvait de satisfaction que dans les charmes de l'amour divin; et cet amour, elle l'entretenait et le nourrissait par l'exercice de la prière et de la méditation, auquel il lui arrivait souvent de consacrer les jours entiers. Considérant Jésus-Christ dans la personne des pauvres, elle saisissait toutes les occasions qui se présentaient de les servir, de les consoler et de pourvoir à leurs différents besoins.

Malcolm, touché de tant de vertus, conçut pour Marguerite la plus haute estime; il crut même devoir lui proposer de s'unir à elle par les liens du mariage, et il fut au comble de ses vœux lorsque la princesse eut donné son consentement. Marguerite fut mariée et couronnée reine d'Écosse en 1070. Elle était dans la vingt-quatrième année de son âge.

Quoique Malcolm eût des mœurs peu polies, il n'avait cependant rien dans le caractère qui sentît la fierté ou la bizarrerie, et l'on ne remarquait en lui aucune mauvaise inclination. Marguerite, par une conduite pleine de respect et de condescendance, se rendit bientôt maîtresse de son cœur; et elle se servit de l'ascendant qu'elle avait sur lui pour faire fleurir la religion et la justice, pour procurer le bonheur des peuples et pour inspirer à son mari ces sentiments qui en ont fait un des plus vertueux rois de l'Écosse. Elle adoucit son caractère, cultiva son esprit, polit ses mœurs et l'embrassa d'amour pour la pratique des maximes évangéliques. Le roi était si charmé de la sagesse et de la piété de son épouse, que non-seulement il lui laissait l'administration de ses affaires domestiques, mais qu'il se conduisait encore par ses avis dans le gouvernement de l'État.

Marguerite, au milieu du tumulte des affaires, savait conserver le recueillement de l'âme et se prémunir contre les dangers de la dissipation. Une extrême exactitude à faire toutes ses actions en vue de Dieu, l'exercice continu de la prière, la pratique constante du renoncement à soi-même, étaient les principaux moyens qu'elle employait pour se maintenir dans une disposition aussi parfaite. L'étendue de son génie ne le cédait point à l'éminence de ses vertus. On admirait en Écosse, et même dans les pays étrangers, sa prudence qui pourvoyait à tout; son application aux affaires publiques et particulières, son ardeur à saisir toutes les occasions de rendre les peuples heureux, enfin sa sagesse et sa dextérité dans l'accomplissement des devoirs attachés à l'exercice de l'autorité royale.

Dieu bénit le mariage de Marguerite et de Malcolm; et il en naquit plusieurs enfants, qui ne dégénérèrent point de ceux dont ils avaient reçu le jour. La reine devint mère de six princes, savoir : Edouard, Edmond, Edgard, Ethelred, Alexandre, David ; et de deux princesses, qui reçurent, l'une le nom de Mathilde, et l'autre celui de Marie. La première épousa Henri Ier, roi d'Angleterre ; la seconde fut mariée à Eustache, comte de Boulogne. Edgard, Alexandre et David parvinrent successivement à la couronne d'Ecosse, et régnèrent tous avec une grande réputation de valeur, de sagesse et de piété. David se distingua encore au-dessus de ses deux frères, et l'on a dit de lui à juste titre qu'il avait été le plus bel ornement du trône écossais.

Marguerite fut le principal instrument dont Dieu se servit pour former ces princes à la vertu. Elle eut soin de les prémunir de bonne heure contre les écueils où ne vont que trop souvent échouer ceux qui naissent dans les cours des rois. En même temps qu'elle leur faisait sentir le vide et le néant des choses humaines, elle leur peignait la vertu avec tous ses charmes, et leur inspirait l'horreur du péché, avec l'amour de Dieu et la crainte de ses jugements. Les précepteurs et les gouverneurs qu'elle mit auprès d'eux étaient des hommes remplis de religion ; elle éloignait de leurs personnes tous ceux qui n'avaient pas une piété reconnue. L'expérience et la nature du cœur humain lui avaient appris que les enfants ne se défont presque jamais des impressions qu'ils ont reçues de la conduite de leurs maîtres et de tous ceux avec lesquels ils ont eu à vivre dans leurs premières années. Elle se faisait rendre compte des progrès que faisaient les jeunes princes, et se chargeait souvent elle-même du soin de leur enseigner ce que la profession du christianisme exigeait d'eux.

Lorsque les princesses ses filles furent en âge de profiter de ses exemples, elle les associa à ses exercices spirituels et à toutes ses bonnes œuvres. Elle ne se contentait pas de leur inspirer l'amour des différentes vertus ; elle priait encore avec ferveur pour demander à Dieu la conservation de leur innocence et leur avancement dans la piété. Elle leur faisait goûter ses instructions par la douceur et la charité avec lesquelles elle savait les assaisonner. Les personnes vicieuses n'osaient approcher d'elle, non plus que des princes leurs frères; elles n'osaient même paraître à la cour, où la vertu seule pouvait servir de recommandation et où le manque de piété était un titre d'exclusion pour toutes les places.

Marguerite regardait le royaume d'Écosse comme une grande famille dont elle était la mère; elle se crut donc obligée de faire servir à le rendre heureux, et le rang dans lequel la Providence l'avait placée, et l'autorité que le roi avait remise entre ses mains: mais sachant que le bonheur des peuples est inséparable de la pratique de la religion, elle s'appliqua surtout à réformer les abus et à bannir l'ignorance dans laquelle étaient la plupart des Écossais par rapport à leurs principaux devoirs: ainsi son premier soin fut d'établir partout de saints ministres et des prédicateurs zélés. Elle appuyait de son autorité les ecclésiastiques et les magistrats, afin qu'ils puissent arrêter plus efficacement le cours des désordres: par là elle vint à bout d'empêcher la profanation des dimanches et des fêtes, ainsi que la violation du jeûne du Carême. Ce fut pour elle une grande joie de voir la religion reprendre ses droits, et les peuples s'empresser à l'envi de rendre à Dieu ce qu'ils lui devaient dans les jours et les temps spécialement consacrés à son service. Elle bannit avec un égal succès la simonie, l'usure, les mariages incestueux, la superstition et plusieurs autres scandales. Elle ne fit pas plus de grâce à ceux qui ne communiaient pas même à Pâques, sous prétexte qu'ils craignaient de recevoir indignement l'Eucharistie. On leur représenta, par ses ordres, qu'une pareille disposition venait d'un fond de lâcheté et d'impénitence; que les pêcheurs devaient travailler à se purifier de leurs crimes par les larmes d'un sincère repentir, et que l'esprit de l'Église était que l'on participât au corps et au sang de Jésus-Christ. Ces instructions produisirent l'effet que la pieuse reine en attendait.

Ayant formé le louable projet de polir et de civiliser la nation écossaise, elle accorda sa protection à ceux qui excellaient dans les arts et les sciences. L'amour des lettres, après avoir adouci la férocité des mœurs, éclaira les esprits, les rendit plus sociables et plus propres à la pratique des vertus morales. Elle fonda divers établissements que Malcolm approuva et dont il assura la stabilité par des lois pleines de sagesse.

Entre toutes les vertus qui brillaient en sa personne, la charité envers les pauvres occupait une des premières places. Ses revenus ne pouvaient suffire à la multitude de ses aumônes; elle donnait souvent une partie de ce qui était destiné à ses propres besoins. Toutes les fois qu'elle paraissait en public, on la voyait environnée d'une foule de veuves, d'orphelins et de malheureux de toute espèce, qui couraient à elle comme à leur mère commune. Jamais elle ne renvoyait ceux qui imploraient son secours, sans les avoir consolés et assistés. En rentrant dans son palais, elle le trouvait encore rempli de pauvres, auxquels elle lavait les pieds et qu'elle servait de ses propres mains. Sa coutume était de ne se mettre à table qu'après avoir donné à manger à neuf petits orphelins et vingt-quatre pauvres adultes. Souvent, surtout dans l'Avent et dans le Carême, le roi et la reine en faisaient venir jusqu'à trois cents de ces derniers, auxquels ils distribuaient, le genou en terre, des mets semblables à ceux qu'on avait préparés pour leur table. Malcolm servait les hommes, et Marguerite les personnes de son sexe. La reine visitait aussi très-fréquemment les hôpitaux, où les malades ne pouvaient se lasser d'admirer son humilité et son extrême tendresse pour eux. Par ses aumônes, elle libérait aussi les débiteurs insolvables et relevait les familles ruinées. Sa charité s'étendait au-delà de l'Ecosse : elle rachetait partout des captifs, mais surtout les anglais. Elle avait aussi de la préférence pour ceux qui étaient tombés entre les mains de maîtres durs et intraitables. Les pauvres étrangers trouvaient un asile dans les hôpitaux qu'elle avait fondés pour les recevoir.

Malcolm concourait avec Marguerite à toutes ces bonnes œuvres. « Il apprend d'elle », dit Thierri, son confesseur, « à passer souvent la nuit dans des exercices de piété. C'est quelque chose d'étonnant de voir la ferveur de ce prince pendant la prière : il possède l'esprit de composition et le don des larmes à un degré bien supérieur à l'état d'un homme qui vit dans le siècle. La reine », dit un autre auteur, « l'excitait aux œuvres de justice et de miséricorde et à la pratique des autres vertus ; en quoi elle réussissait merveilleusement par un effet de la grâce de Dieu. Le roi se montrait toujours prêt à seconder ses pieuses dispositions. Voyant que Jésus-Christ habitait dans le cœur de Marguerite, il ne manquait jamais de suivre ses conseils ».

Comme la Sainte dormait peu, et qu'elle se privait de tous ces amusements que les gens du monde ont coutume de se permettre, il lui restait chaque jour beaucoup de temps pour ses exercices de piété. En Carême et en Avent, elle se levait à minuit et allait à l'église pour assister à Matines. De retour dans sa chambre, elle y lavait les pieds à six pauvres qui l'attendaient ; après quoi elle leur faisait largement l'aumône : elle se reposait ensuite une heure ou deux. A son réveil, elle retournait à sa chapelle, où elle entendait quatre à cinq messes basses, indépendamment de celle qui se chantait au chœur. Outre cela, elle avait des heures marquées pour prier dans son cabinet, et elle le faisait avec tant de ferveur et de composition qu'on la trouva souvent baignée de larmes. « Elle gardait », dit Thierri, « la plus rigoureuse sobriété dans ses repas, ne mangeant qu'autant qu'il fallait pour ne pas mourir, et fuyant tout ce qui aurait pu flatter la sensualité. Elle paraissait plutôt goûter que manger ce qu'on lui présentait. En un mot, ses œuvres étaient plus étonnantes que ses miracles : car le don d'en faire lui fut aussi communiqué. Elle possédait l'esprit de composition dans un degré éminent. Quand elle me parlait des douceurs ineffables de la vie éternelle, ses paroles étaient accompagnées d'une grâce merveilleuse. Sa ferveur était si grande en ces occasions, qu'elle ne pouvait arrêter les larmes abondantes qui coulaient de ses yeux ; elle avait une telle tendresse de dévotion, qu'en la voyant je me sentais pénétré d'une vive composition. Personne ne gardait plus exactement qu'elle le silence à l'église ; personne ne montrait un esprit plus attentif à la prière ». Souvent elle pressait son confesseur de l'avertir de tout ce qu'il y aurait de répréhensible dans ses paroles et dans ses actions ; il lui paraissait qu'il la ménageait trop à cet égard. C'était son humilité profonde qui lui faisait désirer les réprimandes que les autres ont coutume de supporter si impatiemment.

Tous les ans, elle faisait deux Carêmes, chacun de quarante jours, l'un avant Noël, et l'autre avant Pâques ; et elle pratiquait alors des austérités extraordinaires. Chaque jour elle récitait les petits offices de la Trinité, de la Passion et de la sainte Vierge sans compter celui des morts.

Pénétré d'admiration devant tant de vertu, tant de perfection ascétique, son confesseur et biographe dit qu'il n'a pas besoin de rechercher si Marguerite opéra des miracles, puisque sa vie entière fut un prodige. Il croit ne devoir citer qu'un fait, et l'exemple est si bien choisi, qu'en omettant de le reproduire, nous commettrions une coupable négligence. Laissons donc la parole au moine de Durham :

« La reine avait un livre d'évangiles orné de pierres précieuses, et où non-seulement les images des quatre évangélistes étaient admirablement peintes, mais encore chaque lettre capitale se détachait d'un fond d'or. Habituée à lire dans ce livre, elle y était fort attachée. Un serviteur, chargé de porter ce précieux volume, n'ayant pas eu soin de bien l'envelopper dans son manteau, le laissa tomber, un jour qu'il traversait à gué une rivière : loin de se douter de cette perte, le serviteur continua son chemin, et ce ne fut qu'au moment où il voulut remettre le livre à la reine, qu'il s'aperçut du malheur qui était arrivé. On fit longtemps d'inutiles recherches. Enfin on aperçut dans le fond même de la rivière l'Évangile dont les pages étaient sans cesse ouvertes et agitées par la violence du courant. Chacun était persuadé que le livre était désormais sans prix, qu'il n'avait pas conservé un seul feuillet intact. Toutefois, on le retira de l'eau dans un état si parfait qu'on eût pu croire que jamais il n'y avait séjourné. Pas une déchirure, pas une tache ; les pages étaient aussi blanches qu'auparavant, et l'or des lettres majuscules n'avait pas subi la moindre altération. La reine, à la vue de ce miracle, rendant à Jésus-Christ des actions de grâces, n'en aima que plus encore son livre d'Évangiles ».

Malcolm ayant, par des guerres heureuses, pacifié ses États, s'appliqua à y faire fleurir les lettres et les arts. Il reforma sa maison, porta des lois somptuaires, et abolit divers abus qui s'étaient introduits parmi le peuple. Il fit bâtir la cathédrale de Durham, et aux quatre évêchés qu'il y avait en Écosse, il ajouta ceux de Murray et de Cathness. De concert avec la reine, il fonda à Dumfermlin le monastère de la Trinité.

Mais Guillaume le Roux, qui était monté sur le trône d'Angleterre en 1087, ayant pris le château d'Alnwick, dans le Northumberland, qui appartenait au roi d'Écosse, celui-ci, après en avoir en vain demandé la restitution, résolut d'avoir recours à la guerre. Marguerite le conjura de ne point se mettre lui-même à la tête de son armée. Pour la première fois Malcolm ne suivit point ses avis, qu'il attribuait à un excès de bonté.

La reine était malade pendant cette guerre. Voici la relation de ce qui se passa dans sa dernière maladie, d'après le moine Thierri :

« Marguerite », dit cet auteur, « connut par une lumière intérieure le moment de sa mort longtemps avant qu'il arrivât. Ayant demandé à me parler en particulier, elle fit une revue générale de sa vie ; des torrents de larmes coulaient de ses yeux à chaque parole qu'elle disait ; et sa componction était si vive que je ne pouvais m'empêcher moi-même de pleurer. De temps en temps les soupirs et les sanglots nous suffoquaient tellement l'un et l'autre, qu'il nous était impossible à tous deux de proférer aucune parole. Elle finit par me dire ce qui suit : « Adieu, car je disparaîtrai bientôt de dessus la terre. Vous ne tarderez pas à me suivre. J'ai deux grâces à vous demander : l'une est que vous vous souveniez de ma pauvre âme dans vos prières et vos sacrifices, tant que Dieu vous laissera la vie ; l'autre est que vous assistiez mes enfants, et que vous leur appreniez à craindre et à aimer Dieu. Promettez-moi de m'accorder ce que je vous demande en présence du Seigneur, qui est le seul témoin de notre conversation ».

Quatre jours avant sa mort, elle parut triste et pensive, et dit à ceux qui l'environnaient : « Il est peut-être arrivé aujourd'hui à l'Écosse un malheur tel qu'elle n'en a point éprouvé de semblables depuis longtemps ». Le dernier jour, ses souffrances étant un peu diminuées, elle se fit conduire dans son oratoire, où elle reçut le saint Viatique. Lorsqu'elle fut retournée à son appartement, un redoublement de fièvre et de douleur l'obligea de se remettre au lit, et elle ordonna à ses chapelains de recommander son âme à Dieu. En même temps elle envoya chercher une croix qui était en grande vénération dans l'Ecosse; elle l'embrassa dévotement et avec elle forma plusieurs fois sur son corps le signe sacré du salut; puis, la serrant entre ses mains, et fixant ses yeux dessus, elle récita le psaume Miserere et plusieurs autres prières.

Sur ces entrefaites, Edgard, son fils, arriva de l'armée. Elle lui demanda comment se portaient le roi Malcolm et Edouard son fils. Edgard, craignant d'augmenter sa maladie, en lui disant que Malcolm et Edouard étaient morts depuis quatre jours, lui répondit qu'ils se portaient bien. « Je sais ce qu'il en est », répliqua-t-elle. Alors levant les yeux au ciel, elle fit la prière suivante : « Dieu tout-puissant, je vous remercie de m'avoir envoyé une si grande affliction dans les derniers moments de ma vie; j'espère qu'avec votre miséricorde elle servira à me purifier de mes péchés ». Un instant après, sentant qu'elle allait expirer, elle redoubla de ferveur, et répéta plusieurs fois ces paroles : « Seigneur Jésus, qui par votre mort avez donné la vie au monde, délivrez-moi de tout mal ». Enfin son âme fut affranchie des liens du corps le 16 novembre 1093, dans la quarante-septième année de son âge. Le moine Thierri, qui put contempler la sainte reine endormie du sommeil de la béatitude, nous en parle ainsi :

« Il y avait dans sa mort tant de tranquillité, tant de paix, qu'on ne saurait douter que son âme ait été admise dans le séjour de l'éternelle tranquillité, de la paix éternelle. Chose prodigieuse ! son visage, sur lequel la mort avait mis sa pâleur habituelle, reçut, après la mort même, une teinte si pure et si parfaite de rose et de blanc, qu'on n'eût pas dit que la reine était décédée, mais qu'elle dormait ».

On la représente visitant et soignant les pauvres et les malades; lavant les pieds des pauvres et des pèlerins dans une salle de son palais; priant près d'une représentation du purgatoire d'où sort une âme, apparemment celle de son époux Malcolm ou de son fils Edouard, dont nous avons rapporté la fin tragique.

Elle est la patronne de l'Ecosse.

## CULTE ET RELIQUES.

La Sainte fut transportée, comme elle l'avait désiré, dans l'église de la Trinité, qu'elle avait fondée à Dumfermlin, à quinze milles d'Edimbourg. Là, conformément au vœu qu'elle en avait exprimé, elle fut ensevelie contre l'autel, en face de la croix qu'elle avait plantée en ce lieu. Ainsi, son corps reposait là où tant de fois elle le mortifia par les veilles, les géouflexions, les prières et les larmes. Au temps de la prétendue réforme, les catholiques enlevèrent secrètement ses reliques ainsi que celles de son mari; on en transféra la principale partie en Espagne, sous le règne de Philippe II, qui fit bâtir une chapelle dans le palais de l'Escurial pour les recevoir. Elles s'y gardent encore, et on lit sur la chasse cette inscription : Saint Malcolm, roi, et sainte Marguerite, reine.

Le chef de la Sainte fut envoyé en Ecosse, à la reine Marie Stuart; mais cette princesse, ayant été obligée de se sauver en Angleterre, un bénédictin prit la relique, qu'il porta à Anvers, en 1597. Il la donna depuis aux Jésuites écossais de Douai, dans l'église desquels elle fut conservée jusqu'à la destruction des communautés religieuses de France. Elle fut canonisée en 1251 par Innocent IV. En 1693, Innocent XII fixa sa fête au 10 juin.

Tiré de ses deux Vies, écrites l'une par Thierri, moine de Durham, son confesseur, et l'autre par saint Alfred. Voir aussi les histoires d'Ecosse et d'Angleterre, et l'idée d'une dame parfaite, dans la Vie de la sainte Marguerite, reine d'Ecosse, 1661, in-8°.

SAINT ÉVREMOND, ABBÉ DE FONTENAY ET DE MONTMAIRE. 555

Événements marquants

  • Naissance en Hongrie
  • Arrivée en Angleterre en 1054
  • Fuite en Écosse après la conquête normande de 1066
  • Mariage avec Malcolm III en 1070
  • Réforme de l'Église et des mœurs en Écosse
  • Mort au château d'Édimbourg après avoir appris la mort de son mari et de son fils

Miracles

  • Livre d'Évangiles retrouvé intact au fond d'une rivière après être tombé à l'eau
  • Visage rayonnant de couleurs vives après la mort

Citations

Dieu tout-puissant, je vous remercie de m'avoir envoyé une si grande affliction dans les derniers moments de ma vie; j'espère qu'avec votre miséricorde elle servira à me purifier de mes péchés.

— Texte source (dernières paroles)

Date de fête

10 juin

Époque

11ᵉ siècle

Décès

16 novembre 1093 (naturelle)

Catégories

Patron(ne) de

Invoqué(e) pour

Aide aux pauvres, Éducation des enfants, Âmes du purgatoire

Prénoms dérivés

Marguerite

Famille

  • Edouard d'Outre-Mer (père)
  • Agathe (mère)
  • Edgard Etheling (frère)
  • Christine (sœur)
  • Malcolm III (époux)
  • Edouard (fils)
  • Edmond (fils)
  • Edgard (fils)
  • Ethelred (fils)
  • Alexandre (fils)
  • David (fils)
  • Mathilde (fille)
  • Marie (fille)