Saint Rhétice d'Autun

Évêque d'Autun

Fête : 15 mai 4ᵉ siècle • saint

Résumé

Évêque d'Autun au IVe siècle, Rhétice fut un illustre lettré issu d'une famille patricienne. Après un mariage vécu dans la chasteté, il devint le premier catéchiste de l'empereur Constantin et joua un rôle majeur dans les conciles de Rome et d'Arles contre le schisme donatiste. Sa mort fut marquée par le miracle de son tombeau s'ouvrant pour accueillir son corps aux côtés de son épouse, conformément à sa promesse.

Biographie

SAINT RHÉTICE, ÉVÊQUE D'AUTUN

Vers l'an 334. — Pape : Saint Sylvestre Ier. — Empereur : Constantin le Grand.

Personne s'ignore que le baptême ne soit la première indulgence dont l'Église use envers nous. C'est là que nous nous déchargeons de tout le poids de notre ancien crime. C'est là que nous nous lavons des anciennes souillures de notre ignorance criminelle. C'est là, enfin, que nous nous dépouillons du vieil homme avec ce qu'il apporte de criminel en naissant.

Seule sentence qui nous reste des écrits de saint Rhétice, citée par saint Augustin, *in Jul.*, liv. 128, n. 7.

Constance Chlore ayant restauré Autun y avait fait refleurir l'étude de l'éloquence, en chargeant le fameux Eumène d'en donner des leçons à la jeunesse, et avait engagé la principale noblesse des Gaules à s'établir dans cette ville. Rhétice était issu d'une de ces illustres familles.

Le jeune patricien, destiné par la Providence à être un grand évêque, fut élevé avec soin dès l'âge le plus tendre par de pieux parents, plus distingués encore par leur foi que par leur noblesse, dans la doctrine chrétienne et dans toutes les vertus évangéliques. Il reçut en même temps une éducation libérale, conforme à sa naissance et à son rang ; et ses talents naturels, cultivés par le travail, protégés par l'innocence du cœur, attirèrent bientôt tous les regards. Mais le noble et brillant écolier ne sépara jamais l'étude des saintes lettres de l'étude des lettres profanes, et ses progrès dans la piété surpassaient encore ses progrès dans les sciences. Également remarquable par les qualités du cœur et par celles de l'esprit, qui s'unissaient harmonieusement en lui pour former un ensemble parfait, embelli et surnaturalisé par la foi, il faisait la joie de ses parents, l'édification des fidèles, l'admiration de tout le monde.

Cependant le temps vint où sa famille, dont il était l'espérance, voulut l'établir. Un jeune homme si accompli et distingué par son mérite personnel autant que par sa position sociale, ne pouvait manquer d'avoir à choisir entre bien des partis séduisants et avantageux selon le monde ; mais il se garda bien de se laisser éblouir par un vain éclat. Appelant par la prière l'assistance divine, si nécessaire en pareille circonstance ; cherchant avant tout la vertu, il méritait de trouver une compagne vraiment digne de lui, et il la trouva. Son choix, dirigé par la Providence, s'arrêta sur une jeune personne disposée à être moins une épouse qu'une sœur capable de le comprendre, de s'associer à sa piété, de partager ses goûts, de vivre de sa vie. Aussi un pur et céleste amour présida-t-il à leurs noces : ce fut comme le mariage de deux anges, car leurs cœurs s'unirent pour aimer Dieu davantage et se soutenir, en s'appuyant l'un sur l'autre pendant le voyage d'icibas. Les deux jeunes époux passaient ensemble de longues veilles en prières ; ensemble ils concertaient, ensemble ils accomplissaient des œuvres de charité, visitant les malades, consolant les affligés et versant dans le sein des pauvres d'abondantes aumônes. Le couple pieux passa ainsi plusieurs années pleines et heureuses à faire le bien dans un calme modeste, béni de Dieu et des hommes. Mais la position et les vertus d'un simple particulier

SAINT RHÉTICE, ÉVÊQUE D'AUTUN.

n'étaient pas à la hauteur de l'âme de Rhétice. La Providence, qui le destinait à de plus grandes choses et voulait lui donner, pour le bien de l'Église, un théâtre digne de son mérite, semble vouloir commencer par déblayer la voie. Les douceurs de la vie domestique lui sont soudainement ravies. Des liens aussi étroits, aussi doux que sacrés se rompent inopinément; et le même coup qui les brise, en le frappant au cœur, prépare son entrée dans la carrière nouvelle où le pousse la volonté divine. Son épouse, la dépositaire de ses pensées, l'associée de ses vertus, la douce compagne de sa vie, la pieuse sœur de son âme, lui est enlevée. Comme il était à la dernière heure penché sur la couche de la malade chérie, pleurant et tenant fixé tantôt sur elle, tantôt sur l'image de Jésus en croix un regard triste mais résigné, il l'entendit qui lui disait d'une voix expirante et pleine de larmes : « Bon et bien-aimé frère, je vais mourir. Nous allons donc nous quitter pour un moment; mais quand vous aurez aussi achevé votre course, ayez soin que nous soyons alors réunis dans le sépulcre, comme nous l'avons été sur la terre, comme nous le serons au ciel. Un chaste amour nous avait rapprochés; que la mort ne nous sépare pas. Nous avons vécu dans le même lit, comme deux lis sur la même tige; reposons encore ensemble dans notre dernière demeure. Je vous en prie, promettez de venir m'y rejoindre ». Ce furent presque ses dernières paroles, et Rhétice fut heureux de faire une promesse que lui inspirait déjà son cœur. Bientôt après, l'épouse qui avait été un ange dans un corps mortel alla se réunir aux anges, en attendant dans le sommeil de la tombe la partie matérielle, et dans le séjour de la gloire, l'âme de celui qui avait été son époux et que plus justement encore elle appelait son frère.

Le pieux chrétien avait à peine séché ses larmes, que l'estime et la vénération universelles, qui depuis longtemps s'étaient portées sur lui, allèrent l'arracher à sa douleur et à son solitaire veuvage pour le mettre à la tête de l'Église d'Autun. Son mérite éminent l'avait trahi à son insu dans sa vie privée. Obligé de céder et de monter plus haut; reconnaissant la voix de Dieu dans l'acclamation unanime et spontanée du peuple fidèle, il renonça généreusement, pour assumer sur lui les travaux de l'épiscopat, aux jours calmes et tranquilles qu'il pouvait couler. Il sacrifia son repos, se sacrifia lui-même, se donna tout entier; et bientôt l'on vit ce que peut un évêque, quand à la piété et au zèle vient se joindre en lui cette haute influence que donnent la naissance, les talents et une vertu depuis longtemps reconnue et proclamée. Aussi bien, après la perte de sa vertueuse épouse, y en avait-il une autre qui fût digne de lui, hormis l'Église elle-même? Le choix ne pouvait être meilleur: l'élévation de Rhétice à l'épiscopat parut même tout à fait providentielle dans les circonstances où se trouvait alors l'Église. Constantin venait de succéder à Constance Chlore. Ce prince, il est vrai, marcha sur les traces de son père et montra même pour la cité éduenne et pour les chrétiens une bienveillance plus grande encore. Mais l'idolâtrie comptait encore à Autun de zélés défenseurs, parmi lesquels se distinguait surtout Eumène. Le rhéteur ne laissait passer aucune occasion d'éclat sans étaler dans de pompeux discours, au milieu de ses déclamations officielles et de ses plates-adulations pour les Césars, tout le luxe de son érudition mythologique. Il fallait donc que les chrétiens pussent lui opposer un homme d'une haute valeur; estimé et considéré de tout le monde, distingué par sa position sociale, son mérite et ses talents oratoires, qui pût contre-

15 MAI.

balancer auprès de ses concitoyens et auprès du prince l'influence du directeur des écoles Méniennes. Rhétice était cet homme.

Appelé par les vœux des Éduens que leur avait transmis Eumène, Constantin vint à Autun en 311. Il reçut avec attendrissement une députation des principaux citoyens et agréa avec bonté leurs hommages. Profondément ému au récit de leurs maux, il versa des larmes et s'empressa de les consoler en leur accordant de grandes faveurs, remit les taxes arriérées, diminua les impôts, accorda de nouveaux secours pour la restauration des édifices publics et pour l'embellissement de la ville, continuant ainsi l'œuvre déjà commencée par son père. De sorte qu'Augustodunum, vaste construction gallo-romaine commencée probablement sous Auguste, continuée sous Vespasien, restaurée sous Alexandre-Sévère, fut presque entièrement rétablie sous Constance Chlore et Constantin. Mais ce prince, bien qu'on fût allé à sa rencontre avec les images des dieux, ne parut pas aux temples et s'occupa fort peu de les relever de leurs ruines.

Constantin, après avoir quitté Autun, s'était rendu à Trèves. Là, s'étant mis à la tête de son armée, il revint avec elle à Châlon où il la fit rafraîchir et prit le chemin de l'Italie. L'empereur suivait donc la voie impériale, se dirigeant vers les Alpes pour aller délivrer Rome et le monde de l'infâme et cruel Maxence, lorsque tout à coup, après avoir adressé une fervente prière au Dieu qui était encore pour lui le Dieu inconnu, une croix lumineuse apparut dans le ciel, un peu au-dessous du soleil, avec ces mots en caractères de feu : Par ce signe tu vaincras. C'en est fait : bientôt le prince se déclare chrétien. Il veut même que la croix et le monogramme du Christ ornent désormais son casque et sa couronne, brillent sur les écus de ses soldats et servent d'étendard à son armée. Ainsi fut inauguré le quatrième siècle, cette grande époque qui se levait sur le monde avec la plus belle génération de génies que la terre eût encore vue.

Après trois siècles de combats et de victoires, le christianisme avait donc enfin son jour de triomphe solennel. Il s'assit avec Constantin sur ce même trône des Césars d'où étaient partis tant d'édits sanglants ; et Rhétice, pour le bien de l'Église catholique, pour l'éternel honneur de l'Église éduenne, fut mêlé à cette grande œuvre, à ce prodige de transformation providentielle : *Hæc mutatio dexteræ Excelsi*. Après avoir sans doute préparé, à Autun, l'esprit du prince à sa conversion, il fut encore choisi pour l'instruire des vérités de la foi, et mérita d'être appelé le premier catéchiste de Constantin, *protocatechista Constantini*. Miraculeusement converti par l'apparition de la croix, non loin, selon toute probabilité, de notre pays, et s'entourant aussitôt des lumières de l'épiscopat, Constantin voulut

SAINT RHÉTICE, ÉVÊQUE D'AUTUN.

certainement avoir auprès de sa personne celui qui figurait alors au premier rang parmi les pontifes des Gaules, le prélat si savant, si distingué, dont il avait pu apprécier le mérite supérieur pendant son séjour à Autun. Un tel prince devait être initié par un tel maître à la connaissance de nos dogmes et de nos saints mystères. Ces deux hommes semblaient faits l'un pour l'autre : ils surent se comprendre dès qu'ils se connurent ; et dès lors le grand évêque d'Autun jouit toujours auprès du grand empereur de la plus haute considération. Eumène ne paraît plus : il s'efface et pâlit comme sa rhétorique. C'est maintenant la voix éloquente de Rhétice qui domine. Elle se fait entendre dans les conciles, et toutes les paroles qu'elle prononce sont recueillies avec un soin respectueux. L'éminent prélat usa du crédit qu'il avait auprès du prince pour exercer sur lui la plus salutaire influence. La loi par laquelle Constantin défendit de marquer les criminels au front, de peur de souiller l'image de Dieu, ayant été rendue à Châlon vers cette époque, on doit penser que l'évêque d'Autun ne fut pas étranger à la publication de ce sage édit, inspiré par le christianisme et annonçant déjà toute une révolution. L'empereur montra son estime pour Rhétice par une mention spéciale qu'il fit de lui, au rapport d'Eusèbe, dans une de ses lettres par laquelle peu de temps après sa conversion, c'est-à-dire le 2 octobre 313, il se hâta de l'appeler au concile de Rome. L'illustre prélat, précédé dans cette ville par sa réputation de science et de vertu, reçut l'insigne honneur d'être placé auprès du pape saint Melchiade, dans cette auguste assemblée réunie pour juger la cause des Donatistes.

On sait que pendant la dernière persécution, les chrétiens, en Afrique spécialement, étaient forcés de livrer les saintes Écritures ; or, plusieurs cédant à la crainte ou à la violence des tourments eurent la criminelle lâcheté de se soumettre à l'exigence des persécuteurs. Cécilien, évêque de Carthage, fut accusé d'avoir été ordonné par des évêques traditeurs. C'est ainsi qu'on appelait ceux qui avaient livré les saintes Écritures. Des esprits mécontents, orgueilleux et brouillons, à la tête desquels était Donat, mirent en avant ce prétexte aussi faux que frivole, l'exploitèrent avec tout l'acharnement qu'inspire une jalousie haineuse jointe à une coupable ambition, et parvinrent à former un puissant parti contre Cécilien. Ils se séparèrent de sa communion, mirent à sa place Majorin sur le siège de Carthage, et jetèrent ainsi le trouble dans toute l'Église d'Afrique. Les schismatiques ayant refusé de se rendre aux pacifiques exhortations que leur fit de la part de l'empereur, Ancelin, proconsul de la province, voulurent s'adresser à Constantin lui-même et lui écrivirent une lettre conçue en ces termes : « Très-puissant prince, vous qui êtes d'une race juste, vous dont le père n'a point pris part à la persécution, nous vous prions, puisque la Gaule est étrangère à nos affaires, de nous donner pour juges des évêques gaulois...» L'empereur, dans l'espoir de faire cesser le schisme, crut devoir se rendre à leur demande. Il en écrivit au pape saint Melchiade ; et c'est alors que de concert avec lui il convoqua ce concile de Rome, où il ne manqua pas d'ap-

qu'ont Constantin aux portes de Rome. Toutefois, cette question est restée un problème historique qui n'a jamais été parfaitement résolu. Mais ce qui paraît certain, c'est la haute estime de Constantin pour saint Rhétice, l'influence heureuse que cet illustre évêque exerce sur ce prince et la part qu'il eut dans sa conversion et dans son instruction ». (Annal. de philosoph. christ., t. xx ; Mgr Devouroux, Hist. inéd. de l'église d'Autun.) — D'autres auteurs placent à Arles l'apparition du Labarum.

15 MAI.

peler nominativement et en première ligne Rhétice d'Autun, puis Materne de Cologne et Marin d'Arles, les trois plus saints et plus savants prélats des Gaules, auxquels furent adjoints quinze évêques d'Italie et vingt d'Afrique, dix de chaque parti.

L'auguste assemblée se réunit dans le palais de l'impératrice Fausta, nommé la maison de Latran, examina dans trois sessions la cause qui lui était soumise et prononça contre les Donatistes une sentence dictée par une sagesse admirable. Ceux-ci, montrant alors tout ce fond d'orgueil et de mauvaise foi qu'on retrouve dans tous les sectaires, refusèrent de se soumettre à la décision du concile, calomnièrent même leurs juges et en exigèrent de nouveaux, bien qu'on leur eût donné ceux qu'ils avaient demandés. Constantin, désireux de pacifier l'Église d'Afrique et poussant la condescendance plus loin que ne le méritaient les obstinés et perfides schismatiques, assembla pour la même cause, l'année suivante 314, un concile à Arles. La nouvelle assemblée se composa de trente-trois évêques, dont treize des Gaules. L'éloquent évêque d'Autun était du nombre. Il s'y rendit accompagné du prêtre Amandus et du diacre Philomathius. Invité des premiers à y porter, comme à Rome l'année précédente, le poids de sa sagesse, de sa science et de son autorité universellement reconnues, il fit paraître encore dans cette circonstance importante et solennelle, dit un de nos historiens, une profonde doctrine, unie à la force de l'éloquence, laissant une grande admiration de son mérite dans l'esprit de tous les assistants. Les évêques réunis maintinrent et confirmèrent le jugement porté précédemment contre les Donatistes et firent en outre vingt-deux canons disciplinaires.

Rhétice, le plus illustre des pontifes assemblés à Arles, dit un historien, gouvernait l'Église d'Autun avec la réputation et l'autorité que sa naissance, ses talents et sa vertu lui avaient acquises. Grand par l'importance de son siège, — car Autun était sous Constantin une des premières, sinon la première ville des Gaules ; — grand par l'estime du Pape et de l'empereur ; grand dans les sénats d'évêques dont il était la lumière ; grand par son éloquence, son mérite et sa célébrité presque universelle comme l'Église, il semble encore grandir à nos yeux par les éloges que lui ont prodigués deux des plus illustres docteurs de son siècle, saint Augustin et saint Jérôme. Le premier l'appelle un homme de Dieu.

Le glorieux et saint prélat, qui était la lumière non moins que l'admiration de son siècle, fut encore celle de la postérité par les éloquents écrits qu'il publia et laissa après lui, à savoir, d'après saint Jérôme, un traité considérable contre les Novatiens et des commentaires sur le Cantique des cantiques. Il ne nous reste du premier ouvrage qu'un passage relatif au péché originel et au baptême, fragment précieux qui fait vivement regretter la perte d'un tel trésor. Saint Augustin le cite deux fois avec admiration, avec confiance et comme une autorité prépondérante.

Quant aux commentaires de saint Rhétice sur le sublime épithalame appelé Cantique des cantiques, ils sont également perdus. Tout ce qu'on en a conservé se réduit à un seul passage relatif à l'Eucharistie, mentionné par Sirmond et ensuite par D. Ceillier et D. Rivet. Les ouvrages de saint Rhé-

SAINT RHÉTICE, ÉVÊQUE D'AUTUN.

tice existaient encore au XIe siècle, et il est fort possible qu'ils portent aujourd'hui le nom d'un autre auteur.

Rhétice qui, par ses remarquables écrits et par toute sa vie plus remarquable encore, avait déployé tant de zèle pour la diffusion de l'Évangile et la conversion de son peuple, pour l'instruction du premier empereur chrétien et les intérêts de l'Église universelle, pour la défense de la vérité et de la sainte hiérarchie, pour le maintien de la discipline ecclésiastique et pour l'explication des divines Écritures dont il nourrissait son âme et ensuite son troupeau, n'en montra pas moins pour le culte et pour les sacrements, ces canaux mystérieux par lesquels la foi, la piété, la grâce se répandent dans les cœurs. Il ne se contenta point d'avoir parlé admirablement du baptême; il voulut rendre plus vénérable encore aux yeux des fidèles ce grand acte de l'initiation chrétienne et de l'adoption divine, en faisant venir de l'eau du Jourdain pour la mêler à celle du baptistère de son église qui s'élevait au milieu des tombeaux de la Via strata. C'était une sainte et utile pensée. Car quelle foi vive la vue et le contact de cette eau prise dans le fleuve où le Sauveur lui-même avait voulu être baptisé pour donner l'exemple aux hommes, devaient inspirer aux catéchumènes ! Comme les exhortations que leur adressait le saint évêque au moment de leur immersion dans la fontaine baptismale doublement sacrée devaient être frappantes ! Ne croyaient-ils pas être, ces nouveaux nés en Jésus-Christ, sur cette même rive que l'Homme-Dieu avait sanctifiée par sa présence ? voir, eux aussi, le ciel s'ouvrir, l'Esprit-Saint descendre sur eux comme il descendit autrefois sur Notre-Seigneur et entendre ces paroles : « Ce sont là mes enfants bien-aimés ? » Cette même eau prise dans le lit du Jourdain, par ordre de Rhétice, pour le baptistère d'Autun, ne produisit pas seulement l'invisible prodige de la justification, elle servit aussi à opérer des miracles frappants. On la vit plus tard entre les mains de saint Amateur, évêque d'Auxerre, guérir trois lépreux.

Enfin, après avoir rendu les plus grands services à l'Église d'Autun qu'il illustra et éleva déjà bien haut, à l'Église des Gaules, à l'Église catholique, qu'il éclaira par sa doctrine, qu'il édifia par l'éminente sainteté de sa vie ; après s'être montré l'infatigable promoteur de la piété, le vengeur de la foi, le marteau des hérésies ; après avoir brillé comme un astre dans le monde chrétien, pratiqué toutes les vertus avec une perfection égale à la hauteur de la dignité épiscopale et parcouru une longue carrière de sainteté et de bonnes œuvres, plein de jours et de mérites, il rendit son âme à Dieu, vers l'an 334, et alla recevoir du Prince des pasteurs la récompense éternelle, en laissant sur la terre une mémoire bénie, un nom entouré de la vénération publique, d'une célébrité sans limites et d'une autorité universellement reconnue.

Au moment des obsèques, le ciel se chargea lui-même de canoniser par un miracle le grand évêque et celle qui avait été autrefois la compagne de sa vie, l'associée de ses vertus. Le corps avait été lavé et paré par des mains pieuses, et on venait de le placer sur le brancard funèbre. Quand tout fut prêt, les porteurs se mirent en devoir de le transporter dans le lieu saint destiné à la célébration des funérailles et à l'inhumation. Mais tous leurs efforts furent inutiles : impossible de lui imprimer le moindre mouvement. Tous les assistants, frappés de stupeur, se regardaient en silence, muets de crainte et de respect, ne sachant que faire et que penser, lorsqu'un vieillard

15 MAI.

rappela la promesse que Rhétice avait faite à son épouse mourante d'aller la rejoindre dans le tombeau. Aussitôt on se disposa à remplir cet engagement sacré, et alors seulement le Saint permit qu'on emportât son corps. Quand il fut près de la tombe chérie, il se ranima et l'on entendit ces mots : « Souviens-toi, tendre épouse, de la demande que tu m'adressas à ton lit de mort : je viens en ce moment accomplir tes vœux et ma promesse. Fais place à un frère que tu attendais depuis longtemps. Comme je reposais autrefois auprès de toi ; ainsi je vais reposer encore. Pour nous le lit des noces, tu t'en souviens, ne fut pas moins vierge que ne l'est aujourd'hui le lit du tombeau ». La foule éperdue, frémissante, tombe à genoux ; et pendant qu'elle adore la puissance et la bonté de Dieu à l'égard de ses Saints, la faveur éclatante dont il récompense même sur la terre l'angélique vertu, un nouveau prodige vient augmenter la religieuse terreur dont elle est saisie. On ouvre le tombeau ; et voilà que l'épouse de Rhétice, ranimant ses membres déjà depuis longtemps glacés par la mort, et rompant les bandelettes qui fixaient ses mains le long de son corps, fait un geste approbateur, un signe d'invitation affectueuse à celui qui fut son époux, son ami, son frère. On se hâte d'obéir à ce merveilleux appel, on rapproche les chastes époux qui s'attendaient ; et au moment du contact le tombeau commun s'agite : il semble s'associer par un tressaillement de joie au bonheur de la réunion promise et tant désirée. Maintenant que ce vœu d'un pur amour est rempli, tout rentre aussitôt dans le calme mystérieux, dans l'immobilité solennelle de la tombe : les deux Saints n'avaient plus qu'à reprendre, à côté l'un de l'autre, leur doux sommeil un moment interrompu, en attendant dans la paix du Seigneur le réveil de la résurrection.

Alors le miraculeux sépulcre fut refermé avec un pieux respect et entouré toujours depuis d'une religieuse vénération. La mémoire chère et bénie d'un homme de Dieu, et la mémoire d'un prodige y restèrent attachées pendant tous les siècles. C'est encore ce même champ, lieu déjà si saint, déjà consacré par des reliques bien précieuses et voisin de la tombe de saint Symphorien, c'est le cimetière de la Via strata qui eut l'honneur de recevoir le tombeau de marbre où furent déposés, à l'ombre de l'église de Saint-Étienne, les restes de celui qui avait été une des plus grandes figures de son siècle et une des plus brillantes gloires de l'Église d'Autun. Là le pieux et naïf historien Grégoire de Tours vint prier et recueillir ce merveilleux récit. Là, au siècle dernier, on voyait encore le tombeau de notre grand évêque, élevé de terre sous une arcade creusée dans le mur méridional de l'église de Saint-Pierre-l'Évêque où il avait été transporté et où se lisait une inscription relativement récente.

Un poète espagnol, Juvencus, qui florissait dans le même siècle, inspiré par les merveilles de la vie et de la mort de saint Rhétice, lui consacra aussitôt le début d'un poème où, après avoir chanté notre grand évêque, il célèbre la gloire de Jésus-Christ et finit par la louange de Constantin.

Cl. Saint Symphorien et son culte, par M. l'abbé Dinot.

SAINTE DYMPNA, VIERGE, ET SAINT GÉRÉBERNE, PRÊTRE.

Événements marquants

  • Mariage virginal avec une épouse pieuse
  • Élection à l'épiscopat d'Autun après son veuvage
  • Instruction religieuse de l'empereur Constantin (Protocatechista)
  • Participation au concile de Rome en 313 contre les Donatistes
  • Participation au concile d'Arles en 314
  • Importation d'eau du Jourdain pour le baptistère d'Autun

Miracles

  • Immobilité miraculeuse du corps lors des obsèques jusqu'à l'approche du tombeau de son épouse
  • L'épouse décédée fait un signe d'invitation et de place dans le tombeau
  • Guérison de trois lépreux par l'eau du Jourdain rapportée par lui

Citations

C'est là que nous nous déchargeons de tout le poids de notre ancien crime. C'est là que nous nous lavons des anciennes souillures de notre ignorance criminelle.

— Fragment sur le baptême cité par Saint Augustin

Pour nous le lit des noces, tu t'en souviens, ne fut pas moins vierge que ne l'est aujourd'hui le lit du tombeau.

— Paroles miraculeuses adressées à son épouse lors de l'inhumation