Saint Ambroise de Milan

Archevêque de Milan, Docteur de l'Église

Fête : 7 decembre 4ᵉ siècle • saint

Résumé

Haut fonctionnaire romain devenu évêque de Milan par acclamation populaire en 374, Ambroise fut l'un des plus grands Docteurs de l'Église latine. Défenseur intrépide de l'orthodoxie contre l'arianisme, il n'hésita pas à s'opposer aux empereurs pour protéger les droits de l'Église. Il est célèbre pour avoir converti saint Augustin et imposé une pénitence publique à l'empereur Théodose.

Biographie

SAINT AMBROISE, ARCHEVÊQUE DE MILAN,

DOCTEUR DE L'ÉGLISE

Eure examen apum in ore leonis erat, ac fons mollis.

On eût dit d'un lion redoutable, mais généreux, dont la bouche éloquente distillait le miel le plus exquis, tout en confondant d'une voix foudroyante l'impétuosité des méchants.

Judic., XIV, 8.

Ambroise, dont tous les Pères et Docteurs de son temps, ou qui sont venus après lui, ont été les admirateurs ou les panégyristes, eut pour père un seigneur romain de même nom, que sa naissance, sa vertu et sa prudence avaient élevé à la dignité de préfet du prétoire des Gaules. Il n'était pas l'aîné de ses enfants ; Marcelline, que la profession de la virginité a rendue sur la terre et dans le ciel une Épouse bien-aimée de Jésus-Christ, était la première. Satyre, qui, dans une vie laïque et séculière, a imité le détachement et la piété des solitaires, était le second. Pour lui, il ne fut

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que le troisième et dernier. Toute sa famille était romaine; ses ancêtres avaient eu de grandes charges dans cette ville, et sainte Sotère, l'une de ses parentes, y avait enduré le martyre sous Dioclétien. Son frère et sa sœur y étaient nés aussi; mais, comme il vint au monde dans le temps de la préfecture de son père, laquelle l'obligeait d'être dans les Gaules, ce fut là, et dans la ville d'Arles, de Lyon ou de Trèves qu'il prit naissance. L'année n'en est pas certaine; Baronius croit que ce fut en 333, Constantin le Grand vivant encore; mais Hermant dit que ce fut vers 340, ce qu'il prouve dans ses *Éclaircissements*.

Pendant qu'il était au berceau, un jour qu'il dormait la bouche ouverte dans la cour du palais, un essaim d'abeilles vint voltiger autour de lui et environner son visage. Elles entraient dans sa bouche et en sortaient les unes après les autres, comme si elles eussent voulu y travailler leur miel. Une servante, chargée de sa nourriture, voulut les chasser de peur qu'elles ne lui fissent du mal; mais son père, qui regardait cet événement comme un signe mystérieux, l'empêcha de le faire. Enfin ces abeilles s'envolèrent et s'élevèrent si haut qu'on les perdit de vue; ce qui fit dire à son père que cet enfant serait un jour quelque chose de grand, si Dieu lui conservait la vie. Ce magistrat mourut peu de temps après, et sa femme, n'ayant plus rien qui l'arrêtât dans les Gaules, retourna à Rome avec ses enfants. La maison où elle se retira, et qui fut le lieu de l'éducation de notre Saint, subsiste encore. Il y a de l'apparence que c'était celle de son mari. On en a fait une église et un monastère de vierges sous le nom de Saint-Ambroise. Elle n'est pas loin du Capitole.

Dieu donna à ce grand docteur, dès ses plus tendres années, des pressentiments de ce qu'il serait un jour. Car, voyant que sa mère, sa sœur et une autre vierge qui demeurait avec elles, baisaient la main de l'évêque, il leur donnait aussi sa main à baiser, disant qu'elles le devaient faire, parce qu'il serait évêque. La jeunesse de Rome était alors très-corrompue et se plongeait dans toutes sortes de dissolutions; mais il n'imita pas ce mauvais exemple, et, par le soin qu'il prit d'éviter les mauvaises compagnies et toute autre occasion de dérèglement, il se maintint dans la modestie et la retenue conformes aux bonnes inclinations que Dieu lui avait données. Baronius même estime qu'il est toujours demeuré vierge; et il fonde son opinion sur ce qu'il dit dans l'oraison de la préparation à la messe qui porte son nom, et que plusieurs croient être de lui. Aussi nous ne doutons point que sainte Marcelline, sa sœur, qui avait reçu le voile de la virginité lorsqu'il n'était qu'enfant, et qui avait préféré cette vertu aux plus grands avantages de la fortune, ne lui en ait inspiré l'amour à mesure qu'il croissait en âge. Et les livres *de la Virginité*, qu'il a composés peu d'années après sa promotion à l'épiscopat, font assez voir qu'il avait toujours eu une estime et une affection particulières pour cette vertu.

Il joignit l'étude des langues, de la rhétorique et de la philosophie aux exercices de la piété, et il s'y rendit si habile, qu'il parut bientôt avec une réputation extraordinaire au barreau et dans la profession d'avocat, qui était le degré pour arriver aux plus grandes charges. Par ce moyen il se concilia l'amitié des premiers de Rome, comme de Symmaque, lequel, nonobstant qu'il fût païen, était regardé comme le prince du sénat, et d'Anicius Probus, à qui l'empereur Valentinien avait donné, en 369, la préfecture d'Italie et de plusieurs autres provinces de l'empire. Ce préfet, reconnaissant les mérites d'Ambroise et les rares qualités de corps et d'esprit qu'il avait reçues du ciel, le choisit premièrement pour lui servir de

conseiller et comme d'assesseur; puis, la munificence envers ses amis lui étant naturelle, il le nomma gouverneur de la Ligurie et de l'Émilie, qui comprenaient alors les provinces de l'archevêché de Milan, de ceux de Turin, de Gênes, de Ravenne et de Bologne. Lorsque Ambroise prit congé de Probus, pour se rendre à son gouvernement, le préfet, qui ne goûtait pas la sévérité inexorable de l'empereur Valentinien et de la plupart de ses officiers, qui allait souvent jusqu'à la cruauté, lui marqua comment il s'y devait comporter, par ces paroles si mémorables : « Allez », dit-il, « et agissez, non en juge, mais en évêque »; et l'événement fit voir que cette exhortation était une espèce de prophétie.

Il arriva à Milan, principale ville de son ressort, lorsque l'évêque d'Auxence, grand fauteur de l'arianisme, et qui avait gouverné cette Église pendant vingt ans, plutôt en tyran qu'en pasteur, étant mort, les catholiques et les ariens étaient dans un grand démêlé sur l'élection d'un successeur. L'empereur Valentinien, qui était alors à Trèves, n'avait pas voulu s'en attribuer le droit, et les évêques de la province n'en étaient pas seuls les maîtres; le peuple concourait alors aux élections, et il était bien difficile qu'il s'accordât dans une si grande différence de sentiments et d'affections. Il était même à craindre que les deux partis n'en vinssent aux mains dans l'église; les catholiques ne pouvaient pas souffrir qu'un loup fût mis à la place du Pasteur, et les Ariens, qui s'étaient fortifiés durant la prélature d'Auxence et le règne de Constance, ne voulaient pas perdre le crédit qu'ils avaient eu sous un évêque de leur secte.

Saint Ambroise, étant informé de ce qui se passait, crut qu'il était de son devoir, en qualité de gouverneur de la province, de venir dans l'assemblée pour empêcher ce désordre. Il y vint, en effet, il harangua publiquement le peuple, l'exhorta avec toute la force et les charmes de son éloquence à faire l'élection sans tumulte. Il parlait encore, lorsqu'un enfant, par une impression extraordinaire de l'Esprit de Dieu, s'écria au milieu de la compagnie : « Ambroise, évêque ! » et cette voix étant venue comme une inspiration céleste, chacun de l'un et de l'autre parti se mit à crier avec l'enfant : « Ambroise, évêque ! » Le gouverneur, qui non-seulement n'était point clerc, mais n'avait pas même encore reçu le baptême, fut fort surpris d'un désir si général. Il fit ce qu'il put pour changer l'esprit du peuple. Il leur dit que ce qu'ils proposaient était tout à fait contre la raison; qu'il n'avait ni la vocation ni la volonté d'être ecclésiastique; que, quand il aurait quelque inclination pour cela, il était infiniment éloigné de l'épiscopat; que saint Paul l'en excluait lui-même par la condition qu'il demande dans un évêque, qu'il ne doit pas être néophyte, et que n'étant encore que catéchumène, il était bien moins qu'un néophyte; que, d'ailleurs, il n'avait ni la science des mystères de la foi et des canons ecclésiastiques, ni l'expérience nécessaire à un pasteur du troupeau de Jésus-Christ. Ces remontrances, néanmoins, n'eurent aucun effet. Le peuple, qui agissait par un mouvement divin, demeura ferme dans sa résolution, et quelque excuse qu'Ambroise pût apporter, il ne cessa point de le demander absolument pour évêque.

Cela fit qu'il sortit de l'assemblée, et que, pour faire changer de sentiment aux Milanais, il prit des moyens fort extraordinaires. Il monta sur son tribunal, et, contre les inclinations de sa douceur, s'étant fait amener des criminels, il leur fit donner la question en sa présence, afin que, passant pour cruel, il fût jugé incapable du sacerdoce. Ce moyen ne réussissant pas, il se retira dans son palais, et, tout chaste qu'il était, il y fit venir

VIES DES SAINTS. — TOME XIV.

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publiquement des femmes de mauvaise vie, espérant que ce spectacle donnerait une telle aversion au peuple, qu'il ne penserait plus à lui pour une dignité qui demande une pureté angélique. On vit bien que ce n'étaient là que des artifices dont il se servait pour s'exempter du fardeau que la divine Providence voulait lui mettre sur les épaules. On insista donc de plus en plus, et la nuit seule put écarter la multitude qui le pressait d'accepter la charge.

A minuit, il se sauva de la ville et prit le chemin de Pavie, qui était aussi de sa juridiction; mais ce fut inutilement; car, après avoir marché tout le reste de la nuit, il se trouva encore au point du jour à une des portes de Milan, que l'on appelait la porte de Rome. Les Milanais l'ayant reconnu, l'environnèrent, le reconduisirent dans son palais, et lui donnèrent des gardes. On écrivit en même temps à Valentinien pour le prier d'agréer son élection, et de l'obliger même par son autorité souveraine de s'y soumettre. Ce prince l'eut d'autant plus agréable, qu'il lui était fort honorable qu'on eût pris pour évêque celui qu'il avait choisi pour magistrat; de sorte qu'il manda au vicaire ou gouverneur d'Italie de faire ses diligences, afin que la chose fût exécutée sans empêchement. Pour le préfet Anicius Probus, il en eut une satisfaction extrême, voyant qu'il avait prédit sans y penser ce qui devait arriver, lorsqu'il avait dit à Ambroise: « Allez, agissez plutôt en évêque qu'en juge ». Cependant, notre Saint trouva moyen de s'échapper, et il se retira secrètement chez un de ses amis, nommé Léonce, qui avait une maison à la campagne; mais le gouverneur d'Italie ayant ordonné, sous des peines très-rigoureuses, à tous ceux qui savaient où il était, de le dénoncer, Léonce le dénonça lui-même par une trahison innocente.

Ainsi, Ambroise fut découvert, et s'étant enfin rendu à ce que Dieu demandait de lui, il fut baptisé et promu successivement aux ordres par un évêque catholique, et huit jours après son baptême, le 14 décembre 374, il reçut la consécration épiscopale, étant âgé d'environ trente-quatre ans, ou, selon Baronius, de quarante et un ans. On ne saurait croire combien toute l'Italie et les autres provinces de l'empire eurent de joie de son élection, dans l'espérance qu'il réparerait, par son zèle et par sa vertu, les grands maux que l'Église de Milan avait soufferts par l'artifice et la perfidie de l'hérétique Auxence. Saint Basile, archevêque de Césarée, lui en écrivit une lettre de compliments, dans laquelle il lui donna de très-beaux éloges; et les autres prélats, tant de l'Orient que de l'Occident, approuvèrent aussi et louèrent le choix qui avait été fait de sa personne, parce que, bien qu'on n'y eût pas suivi les canons ecclésiastiques à la lettre, on en avait néanmoins suivi l'esprit; et que, d'ailleurs, Dieu avait assez fait voir qu'il voulait qu'en cette occasion on passât par-dessus les règles ordinaires.

Saint Ambroise, ayant été élevé de cette manière sur le trône épiscopal, fit bientôt voir qu'il était digne de ce rang. Il donna aux pauvres tout ce qu'il avait d'or et d'argent. Il fit son église propriétaire de tous ses biens, n'en laissant que l'usufruit à sainte Marcelline, sa sœur; il ne voulut point prendre la conduite de son temporel, mais, pour être plus dégagé et n'avoir rien qui l'empêchât de se donner tout entier à son troupeau, il en confia tout le soin à son frère, saint Satyre, qui, apparemment, vint demeurer alors avec lui à Milan. Comme il n'avait guère étudié les matières théologiques, il s'appliqua sérieusement à en acquérir la connaissance, tant par la lecture des saintes Écritures et des Pères de l'Église qui l'avaient

devancé, et dont il donne souvent les pensées et transcrit même les paroles propres en ses ouvrages, que par des conférences avec des hommes doctes, surtout avec Simplicien, prêtre de Rome, que Baronius croit lui avoir été envoyé par saint Damase, pour l'instruire de la doctrine de la foi et des règles de la discipline ecclésiastique. Il disait tous les jours la messe quand il n'en avait point d'empêchement indispensable, et l'on peut voir, par les oraisons qu'il a composées pour se préparer à célébrer cet auguste mystère, avec quelle dévotion il le faisait. Il prêchait son peuple tous les dimanches, et ses sermons étaient remplis de tant de doctrine, d'éloquence et d'onction, que plus on l'entendait, plus on voulait l'entendre, et plus il en retirait un fruit merveilleux et faisait des conversions incroyables dans Milan. Celle de saint Augustin fut elle seule une conquête si importante et si avantageuse à l'Église, qu'on peut dire que, quand Ambroise n'aurait converti qu'Augustin, il aurait converti des provinces et des royaumes tout entiers.

Il s'employait avec une assiduité si constante aux autres fonctions de sa charge, qu'il faisait seul, pour l'instruction des catéchumènes, ce que cinq évêques eurent bien de la peine à faire tous ensemble après sa mort. Il était d'un accès facile, et il recevait dans son palais et même dans sa chambre les personnes les plus pauvres avec autant de bienveillance que les plus riches; c'est pourquoi il ne voulait pas qu'il y eût de gardes à sa porte, ni qu'on en refusât l'entrée à personne. Il était toujours prêt à exercer la charité envers ses fidèles; et il ne prenait pas un moindre soin des pauvres, des captifs, des veuves, des orphelins, des pupilles et de toutes sortes de malheureux, que s'ils eussent été ses propres enfants. Il n'eut pas grand'chose à réformer dans sa conduite quand il fut évêque, parce qu'elle avait toujours été fort réglée; mais il travailla perpétuellement à sa perfection dans la tempérance, la sobriété, le jeûne, le retranchement des plaisirs les plus innocents et la mortification des sens. Bien qu'il fût un des plus savants docteurs de l'Église, il ne laissait pas de soumettre ses écrits à la censure, non-seulement des personnes illustres, tels qu'étaient alors saint Simplicien et saint Sabin, évêque de Plaisance, mais aussi à celle de plusieurs autres moins considérables. Voici comment il en écrit à saint Sabin: « Chacun se trompe en ses écrits. Plusieurs choses échappent en les relisant, et, de même que les pères trouvent toujours leurs enfants agréables, quelque laids qu'ils soient, aussi les discours les plus mal faits ne laissent pas de plaire à leurs auteurs. J'ai, outre cela, l'esprit enveloppé de ténèbres et je me reconnais coupable d'imprudence, aussi, je vous prie d'examiner sévèrement les traités que je vous envoie; pesez-en les sentences et les mots, et corrigez-y librement ce que vous trouverez digne de correction ». Il n'était pas moins déférent en toute autre chose. La grande prudence dont Dieu l'avait doué, et cette force d'esprit, qui était son caractère propre, ne l'empêchaient pas de consulter presque en toutes ses affaires le même saint Simplicien, qu'il considéra toujours comme son père. Il demandait aussi avis à sa sœur, sainte Marcelline, dans les difficultés qui lui survenaient, et il ne faisait ordinairement rien d'important sans prendre auparavant son conseil.

Il s'appliqua singulièrement à porter ses auditeurs à la pureté, qui est une vertu si agréable à Jésus-Christ, et que l'on peut appeler l'honneur du Christianisme, et même il exhortait souvent les jeunes filles à demeurer vierges. Il est vrai que ces sortes d'exhortations firent peu de fruit dans Milan, parce que les mères étouffaient dans le cœur de leurs filles tous les

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bons sentiments que le saint prélat y avait fait naître par sa parole ; mais ces exhortations, se répandant, réussirent autre part et dans les lieux fort éloignés, de sorte que l'on amenait à Ambroise, de Bologne, de Plaisance, et même des extrémités de l'Afrique et du pays des Maures, de très-chastes filles, qui voulaient recevoir de ses mains le voile de la virginité : ce qui lui faisait dire fort agréablement que, puisque les discours qu'il prononçait à Milan produisaient tant de bien dans les provinces éloignées, pendant que son peuple demeurait insensible, il était d'avis d'aller prêcher dans ces provinces pour toucher le peuple de Milan. Il se fit, surtout à Bologne, d'excellentes communautés de vierges sous sa direction ; outre qu'elles servaient le Sauveur d'un cœur pur, elles s'appliquaient avec un zèle merveilleux à lui acquérir sans cesse de nouvelles épouses. C'est en leur faveur qu'il composa ses trois livres de la Virginité, que nous pouvons appeler son chef-d'œuvre, et où il s'est autant surpassé lui-même, qu'il surpasse la plupart des autres docteurs dans le reste de ses écrits. Comme il avait un soin extraordinaire d'animer les vierges à la conservation de la chasteté, il parlait aussi fort souvent aux veuves dans la chaire, pour leur faire connaître l'excellence et les obligations de leur état. Mais, afin de n'être pas moins utile à celles qui étaient absentes qu'à celles qui étaient présentes, il donna encore au public un Traité des veuves, qui est plein de cette lumière et de cette onction divine, dont son âme était toute remplie.

Il avait une singulière compassion pour les pécheurs, et lorsqu'ils venaient à lui pour s'excuser de leurs crimes, il les recevait et les écoutait avec une bonté et une tendresse qui ne sont presque pas concevables. Il versait alors des larmes en telle abondance, qu'il leur brisait le cœur et les obligeait aussi d'en verser de leur côté ; il usait envers eux d'une si grande condescendance, qu'on eût dit qu'il avait lui-même été le coupable, et il était si discret en ce qui le touchait, qu'il ne parlait jamais de leur péché qu'à Dieu seul, pour intercéder en leur faveur auprès de sa bonté. Il ne gardait pas seulement cette discrétion à l'égard des fautes qu'il avait déjà ouïes dans la confession sacramentelle, et qui doivent demeurer sous le sceau d'un secret inviolable ; mais aussi à l'égard de celles qui lui avaient été découvertes comme à un charitable et souverain médecin, et à un pasteur plein de sagesse et de miséricorde.

Comme le règne du christianisme était encore récent, il restait de tous côtés beaucoup d'observances superstitieuses du paganisme ; mais il s'appliqua avec une vigueur apostolique à les retrancher, entre autres, celles qui se faisaient le premier jour de l'an en l'honneur de Janus ; il ordonna pour cela un jeûne qui a duré jusqu'à l'entière destruction de l'idolâtrie et l'établissement de la fête solennelle de la Circoncision. Il abolit aussi les festins qui se faisaient dans l'église, sur les tombeaux des martyrs, sous prétexte de leur rendre de l'honneur, parce que, bien qu'au commencement cela se pratiquât pieusement et pour exercer la charité et donner à manger aux pauvres, il s'y était glissé dans la suite de grands désordres, et les églises étaient devenues par ce moyen des lieux de tumulte, de risée, d'ivrognerie et d'autres dissolutions semblables. Saint Augustin étant retourné en Afrique, imita ce zèle et fit en sorte que le même abus fût banni des églises de Carthage, d'Hippone et de quelques autres qui voulurent se conformer à leur exemple. C'est à ce sujet qu'il disait dans un de ses sermons, qui est le CIe de Diversis : « Les martyrs haïssent vos verres et vos bouteilles. Ils haïssent vos grils et vos poêles. Ils haïssent vos excès

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et vos ivrogneries. Enfin, ils haïssent cette coutume et n'aiment pas ceux qui l'observent ».

Si saint Ambroise se portait avec tant de sollicitude à bien régler les laïques, il s'appliquait avec plus de soin à la bonne discipline de ses ecclésiastiques. Il savait qu'un bon prêtre est un trésor que l'on ne peut assez estimer, que les plus grands maux de l'Église viennent de la corruption de ceux qui la gouvernent, comme les plus grands biens naissent de leur sage conduite et de leurs bons exemples, et que, pour réformer le peuple, il faut nécessairement commencer par la réformation des ministres du saint autel. Ainsi, il ne souffrait point parmi ses clercs des hommes libertins et vicieux ; il voulait que tous se rendissent assidus aux divins offices et qu'ils fussent modestes, retenus et parfaitement bien composés dans leur port, leurs regards et leurs habits ; il refusa même d'admettre un de ses amis, parce qu'il avait des manières toutes séculières. Lorsqu'il en mourait quelqu'un d'une vertu éprouvée, il déplorait amèrement la perte qu'il faisait, parce que, d'un côté, il eût souhaité d'être mort avant lui, et que, de l'autre, il savait qu'il serait difficile de faire remplir sa place par quelqu'un de même mérite. Aussi Dieu lui a fait la grâce d'avoir dans son clergé des hommes éminents en doctrine et en piété. Saint Paulin, évêque de Nole, fut son prêtre. Saint Félix et saint Vénère, évêques de Bologne et de Milan, furent ses diacres. Paulin, qui a écrit sa vie et qui fut ensuite un des plus généreux adversaires de l'hérétique Pélage ; Théodule, qui fut élevé sur le trône épiscopal de l'Église de Modène, ont aussi eu le même rang.

Comme il avait un désir extrême que les diocèses fussent pourvus de bons pasteurs, il y contribuait aussi et y concourait de tout son pouvoir. Ce fut lui qui, après la mort de saint Philatre, évêque de Bresle, travailla à mettre cet évêché sous la conduite de saint Gaudence. Il sacra aussi saint Honorat, évêque de Verceil, et saint Félix, premier évêque de Côme, et il envoya à saint Vigile, évêque de Trente, nouvellement ordonné, des règles saintes pour se bien gouverner dans l'administration de cette charge.

Les combats que notre incomparable docteur eut avec les Ariens depuis sa promotion à l'épiscopat, furent continuels, parce que, dès qu'il eut hautement déclaré qu'il ne pouvait les souffrir dans son diocèse, ils ne cessèrent jamais de le persécuter. Il est vrai que pendant le règne de Valentinien Ier et de Gratien, son fils, leurs atteintes furent fort légères et de nulle conséquence, parce que ces grands princes s'étaient rendus les protecteurs inflexibles de la religion catholique. Mais depuis que Valentinien fut mort, que Gratien fut tué par les gens du tyran Maxime, et que Valentinien le Jeune fut monté sur le trône impérial, sous la régence de Justine, sa mère, princesse arienne, Ambroise eut de furieux chocs à soutenir, et il lui fallut une force plus qu'humaine pour en sortir victorieux.

Sous le règne de Gratien, il écrivit cinq livres de la Foi, où il établit avec une force et une solidité invincibles la divinité de Jésus-Christ. Il alla généreusement à Sirmium, capitale de l'Illyrie, où on était alors en contestation pour l'élection d'un évêque, et, malgré la brigue de l'impératrice Justine, il en fit élire un catholique. Ce fut en cette occasion que, comme il était monté sur la chaire épiscopale pour parler au peuple, une fille arienne eut l'effronterie de monter après lui, afin de le faire tomber du côté des femmes de sa secte, et de l'exposer ainsi à leurs insultes et à leurs coups ; mais le Saint, se tournant vers elle, lui dit constamment, selon qu'il l'a souvent raconté lui-même : « Je sais que je suis indigne du sacerdoce et du rang

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qu'il me donne dans l'Église ; mais il ne convient ni à votre sexe ni à votre profession de mettre la main sur un évêque, quelque méprisable qu'il soit ; et vous devez craindre que Dieu, qui est le juste vengeur de ses ministres, ne vous punisse rigoureusement ». Cette remontrance fut une prophétie ; car cette impudente mourut subitement quelques instants après, et dès le lendemain on la porta au sépulcre. Saint Ambroise assista à sa pompe funèbre, montrant par là qu'il n'avait point de ressentiment de l'injure qu'elle lui avait faite. Ce terrible châtiment arrêta le tumulte des Ariens, et fut cause de l'élection pacifique et tranquille d'Anème, qui était un ecclésiastique d'une foi et d'une piété reconnues.

Notre Saint se trouva au Concile d'Aquilée ; il y disputa contre Pallade, hérétique arien, le confondit par la force de ses raisonnements tirés des saintes Écritures, et concourut à la condamnation de cet imposteur, ainsi qu'à celle de Secondien et d'Attale, qui faisaient profession de la même impiété que lui.

Ce fut vers ce temps que le bienheureux prélat, ayant été obligé d'aller chez Macédon, grand maître du palais de l'empereur, pour solliciter la grâce d'un criminel, ce ministre incivil, que la faveur du prince remplissait d'orgueil et de présomption, lui refusa sa porte et ne voulut pas lui permettre d'entrer pour lui parler : « Vous viendrez aussi à l'église », lui dit alors saint Ambroise ; « mais vous n'y entrerez pas, quoique vous en trouviez les portes ouvertes ». L'événement fit voir la vérité de cette prédiction ; car, Gratien ayant été tué l'année suivante par Andragathe, général d'armée de Maxime, Macédon voulut se sauver dans l'église pour éviter la mort, et quoique les portes ne fussent point fermées, il n'en put jamais trouver l'entrée.

Deux autres seigneurs, qui faisaient les catholiques, bien que dans l'âme ils fussent Ariens, voulant se jouer de ce grand homme, lui proposèrent une question difficile sur le mystère de l'Incarnation, et le prièrent d'en donner publiquement la solution. Il y consentit et promit de le faire dès le lendemain, dans la basilique appelée Portienne. Il s'y trouva à l'heure qu'il avait marquée et une foule d'auditeurs avec lui qui étaient ravis de l'entendre discourir sur cette matière. Mais les deux chambellans, au lieu de se rendre au rendez-vous, montèrent dans un chariot et s'en allèrent se promener hors de la ville, sans en donner avis à personne. Dieu ne souffrit pas le mépris qu'ils faisaient si insolemment de son serviteur et des vérités de notre religion ; ils tombèrent de leur chariot, se cassèrent la tête et furent portés au tombeau dans le même temps qu'ils avaient dessiné de jouer l'assemblée des catholiques. Saint Ambroise, qui ne savait rien de cet accident, après avoir longtemps attendu, ne laissa pas, nonobstant leur absence, de monter en chaire, et le sermon qu'il y fit nous a produit cet excellent traité qui a pour titre : *Du mystère de l'Incarnation de Notre-Seigneur*.

Sur la fin de la vie de Gratien, il alla à Rome, où il n'avait point encore été depuis huit ans qu'il était évêque, pour assister à un Concile que le pape saint Damase avait convoqué sur les plaintes de Maxime le Cynique, faux archevêque de Constantinople. Ce fut en ce voyage que lui arriva ce que le cardinal Baronius rapporte comme une chose connue par la tradition. S'étant logé dans une hôtellerie, il s'informa de son hôte comment allaient ses affaires, et s'il n'avait rien qui l'inquiétât et lui donnait de l'affliction. Celui-ci, qui était un homme vain et présomptueux, se mit à vanter sa bonne fortune, et, sans rendre aucune action de grâces à Dieu, qui est

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l'auteur de tous les biens, il dit au bienheureux évêque qu'il n'avait jamais eu d'adversité, que toutes choses jusqu'alors lui avaient réussi selon son désir; qu'il ne se souvenait pas même d'avoir été malade; que ses biens étaient abondants, et que tout lui souriait en ce monde. Alors le Saint se souvint de ces paroles de Job: « Ils passent leur vie dans l'abondance des biens de la terre, et tout d'un coup ils tombent dans les enfers ». Il reconnut, par un mouvement divin, qu'elles allaient s'accomplir en ce misérable; aussi, se tournant vers ceux qui l'accompagnaient, il leur dit: « Sortons d'ici promptement, de crainte d'être enveloppés dans la ruine de cette famille ». A peine furent-ils sortis que la terre s'ouvrit et ensevelit l'hôtellerie avec tous ceux qui étaient dedans; et ce funeste lieu fut changé en un lac, qui sert de témoin et de preuve éternelle d'un si étrange accident, et nous apprend aussi que le bonheur des méchants est un fléau secret de Dieu; qu'il ne faut pas envier, mais plutôt déplorer la prospérité de ceux qui paraissent les plus heureux du monde.

Quand saint Ambroise arriva à Rome, sa mère était déjà décédée; mais il y trouva sa sœur, sainte Marcelline, et cette vierge, dont nous avons parlé au commencement, qui lui servait de compagne, et lorsqu'elles lui vinrent baiser la main, il les fit ressouvenir en souriant qu'il la leur avait fait baiser étant enfant, en les assurant qu'il serait évêque. Son séjour en cette ville fut signalé par la guérison miraculeuse d'une femme paralytique, qu'il opéra en lui imposant les mains après sa prière. Dès qu'il eut rendu à l'Église les services qu'il était obligé de lui rendre, il revint à Milan veiller sur la conduite de son troupeau. Ce fut aussi là qu'il chassa les députés de Priscillien et de ses adhérents, lesquels, après avoir été condamnés en Espagne et dans les Gaules, venaient chercher de la protection et de l'appui en Italie. Ce fut aussi là que, pour empêcher l'effet de la requête que quelques sénateurs romains encore païens avaient envoyée présenter à l'empereur pour en obtenir le rétablissement de l'autel de la Victoire, dont il avait ordonné la démolition, avec la permission d'offrir des sacrifices aux anciennes divinités de l'empire et de tirer de l'épargne les frais de cette superstition, notre Saint présenta, par l'ordre du pape saint Damase, au même empereur, celle des sénateurs catholiques qui protestaient contre des demandes si abominables et assuraient Sa Majesté qu'elles ne venaient pas du corps du sénat, mais de quelques sacrilèges qui s'opinixtraient dans l'impiété de l'idolâtrie. Et il conduisit si sagement cette affaire, que la requête des païens fut rejetée et celle des chrétiens reçue et entérinée.

La mort de Gratien suivit bientôt cet heureux événement, et elle fut, comme nous l'avons déjà dit, le commencement des persécutions et en même temps des plus illustres victoires de saint Ambroise. Valentinien II, fils du premier et frère de Gratien, d'un second lit, devint maître de l'empire d'Occident; mais, comme il était encore jeune, Justine, sa mère, princesse arienne, prit en main la conduite des affaires et s'empara de la puissance souveraine. Elle ne put néanmoins d'abord faire éclater sa fureur contre la foi catholique. Le tyran Maxime, qui avait fait mourir l'empereur, était maître de l'Angleterre, de l'Allemagne et des Gaules, il avait deux grandes armées prêtes à fondre sur l'Italie, et le petit Valentinien était trop faible pour arrêter ses conquêtes par la force. Dans un si grand péril, Justine n'avait garde d'attaquer saint Ambroise, ni les orthodoxes qui lui étaient unis; elle eut, au contraire, recours à lui et le supplia d'aller en ambassade vers ce tyran, pour tâcher d'adoucir son esprit, de l'empêcher de passer les Alpes et de le porter à un accommodement.

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Il n'y avait rien de plus difficile que ce projet, et il semblait que ce n'était pas moins entreprendre que de vouloir arrêter un torrent dans la plus grande rapidité de sa course. Ambroise néanmoins, qui aimait sa patrie, et qui savait que l'irruption du tyran dans l'Italie la remplirait de meurtres et de sang, accepta cette mission. Il part de Milan, passe les Alpes, et arrive au camp de Maxime; il demande audience et agit si adroitement auprès de lui, que ce tyran se plaignait depuis que c'était lui qui l'avait empêché de passer les monts quand il en était temps et qui avait fixé le cours de ses victoires. Il fut assez longtemps en ce voyage, parce que Maxime le retint au lieu où il était, jusqu'au retour de Victor, que lui-même avait envoyé vers Valentinien. Mais Dieu le rendit enfin à Milan pour soutenir les intérêts de sa gloire, contre laquelle les païens et les ariens avaient conspiré à la faveur de la minorité du prince.

Symmaque, préfet de Rome, avec quelques sénateurs païens, arrivèrent à la cour pour renouveler les demandes qu'ils avaient faites l'année précédente à Gratien, savoir : qu'il leur fût permis de rétablir l'autel de la Victoire et les sacrifices des idoles, et de rentrer dans les anciens privilèges du paganisme. Il était fort à craindre que Valentinien ne se laissât aller à ces sollicitations, tant à cause de la faiblesse de son âge et de son empire, que parce que la plupart de ceux qui entraient dans son conseil favorisaient beaucoup Symmaque et étaient eux-mêmes encore attachés à l'idolâtrie. D'ailleurs l'argent ne manquait pas aux païens pour corrompre ceux qui approchaient de Sa Majesté; et ils avaient fait les choses si secrètement, que, ni le Pape, ni les évêques, ni aucun des sénateurs chrétiens n'en avaient été informés. Saint Ambroise fut le premier à qui l'on en donna avis lorsque l'affaire avait déjà été proposée au conseil; mais il ne perdit point de temps. Il mit aussitôt la main à la plume, et écrivit fortement à Valentinien, lui remontrant qu'il ne pouvait accorder aux idolâtres ce qu'ils demandaient sans se rendre lui-même coupable de sacrilège, se déclarer l'ennemi de Jésus-Christ, s'interdire l'approche des saints autels, se fermer la porte de l'église, s'opposer aux sages constitutions de Gratien, son frère, et dégénérer de sa vertu et de sa piété. Ce prince, tout jeune et tout enfant qu'il était, rejeta les avis de ses mauvais conseillers, et répondit vigoureusement qu'il n'accorderait jamais aux païens ce que Gratien leur avait ôté. Notre Saint ne se contenta pas de cette victoire : il composa encore un excellent traité contre les raisons de Symmaque, où il les réfuta si parfaitement, que ce préfet n'eut jamais rien à y répliquer, et qu'il a passé pour une des plus belles apologies qui aient été faites en faveur du Christianisme. C'est l'Epître onzième à Valentinien.

Il ne lui fut pas si facile de détruire les entreprises des Ariens. L'ingrate Justine, qui lui était redevable de la conservation de la couronne de son fils et de la sienne, oublia bientôt un bienfait si considérable; et, parce qu'elle savait que lui seul était capable de s'opposer au dessein qu'elle formait de relever l'arianisme dans Milan, elle fit jouer toutes sortes de ressorts pour le perdre. Elle lui avait déjà opposé un faux évêque de sa secte, scythe d'origine, qui, pour cacher les grands crimes qu'il avait commis en son pays, s'était fait appeler Mercurin, au lieu d'Auxence, qui était son nom. Il est vrai que son diocèse ne s'étendait pas plus loin que le chariot de l'impératrice; qu'il n'avait ni temple, ni oratoire, ni autel, ni lieu d'assemblée, et que ses paroissiens n'étaient plus que quelques officiers de la cour, et quelques dames, avec une troupe de Goths qui suivaient le prince. Mais Justine entreprit à toute force de lui faire donner une église. Elle en

parla au conseil, et il y fut résolu qu'on obligerait notre Saint de lui céder la basilique Portienne. On le manda au palais, et on lui en fit la proposition; mais ce grand homme, qui brûlait du zèle de l'honneur de son Maître, n'eut garde de livrer un seul de ses temples à ses ennemis. Il répondit courageusement que les églises chrétiennes étaient pour y honorer Dieu d'un culte saint et religieux, et non pas pour y tenir des assemblées sacrilèges, qui ne pouvaient être que très-odieuses à sa divine Majesté; que celles des Ariens étaient de ce genre, et conséquemment qu'il ne pouvait leur donner aucune église ni dedans, ni dehors la ville pour les célébrer. Cependant, le peuple craignant qu'on ne lui fît quelque violence dans le palais, y accourut en si grand nombre et avec tant d'impétuosité, que toute la cour en fut effrayée; l'impératrice même fut contrainte, pour apaiser ce tumulte, d'avoir recours à celui qu'elle persécutait, de l'assurer qu'on n'entreprendrait rien sur la basilique Portienne, et de le prier d'apaiser et de congédier le peuple. Il le fit d'autant plus volontiers qu'il eût mieux aimé mourir que d'être cause d'un mouvement de sédition et de trouble dans la ville.

Dès le lendemain, Justine, oubliant ce qu'elle avait promis, porta son dessein encore plus loin; car, ne pensant plus à la basilique Portienne, qui était hors de la ville, elle voulut avoir une église neuve, qui était au dedans, et elle envoya dire au Saint, de la part de l'empereur, qu'il eût à la livrer à l'heure même, sans souffrir que le peuple s'en mêlât. Il répondit généreusement qu'il ne pouvait ni la livrer, ni l'empereur s'en emparer, parce que c'était la maison de Dieu dont les évêques étaient les gardiens et non pas les maîtres, et sur laquelle les rois n'avaient aucun droit légitime. On lui fit sur cela beaucoup d'autres instances, mais il demeura constant et inébranlable dans sa résolution; tout le peuple applaudit à ses réponses et protesta qu'il était prêt à donner son sang pour la défense de son évêque et pour le soutien de la foi catholique. Ceci arriva le vendredi avant le dimanche des Rameaux.

Ce même dimanche et le mercredi suivant, l'empereur et la princesse sa mère ne se contentèrent pas de prières et de commandements, mais ils envoyèrent des soldats et firent porter les tentures du palais, tantôt à la basilique Portienne, tantôt à l'église neuve, dont ils voulaient se rendre maîtres. Ils firent arrêter et charger de chaînes des bourgeois qui avaient saisi un prêtre arien. Ils commirent diverses violences pour écarter les catholiques, pendant qu'ils prendraient possession de l'un de ces temples; mais tout cela ne réussit point. Notre Saint empêcha d'un côté, par son insigne prudence, que le peuple ne fît quelque sédition et qu'il n'y eût du sang répandu; mais, d'autre part, il fit tant, par sa fermeté inébranlable, par ses prières et ses larmes auprès de Dieu, par son assiduité à l'église, et par sa persévérance à y entretenir son peuple de saints discours tirés des histoires de l'Ancien et du Nouveau Testament, qu'il rendit tous ces efforts inutiles. Enfin, le vendredi saint, le calme fut rendu à l'Église de Milan, et l'empereur témoigna ne plus penser donner une basilique aux Ariens, dans cette grande ville où il faisait sa résidence.

Calligone, le chef des eunuques du palais, irrité contre le saint prélat pour la résistance qu'il avait apportée aux volontés de son prince, le menaça de lui faire couper la tête; mais Ambroise lui fit cette admirable réponse, qui le couvrit de confusion : « Je souhaite que Dieu vous permette de le faire; je souffrirai alors ce que les évêques sont accoutumés de souffrir, et vous ferez ce que font ordinairement les eunuques ». Deux ans

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après, cet insolent eut lui-même la tête coupée pour un acte immoral. Euthyme, un des autres officiers du prince, voulant complaire à l'impératrice, avait fait préparer, durant tout ce grand trouble, un chariot dans une maison voisine de l'église, pour y jeter le saint prélat au sortir du service, et le transporter ainsi de la ville en quelque autre province; mais il n'osa exécuter son projet à cause du zèle que les Milanais faisaient paraître pour la conservation de leur saint pasteur; et lui-même, l'année suivante, fut chassé de Milan et mené en exil dans le même chariot qu'il avait disposé pour un attentat si criminel.

Jamais victorieux n'usa plus sobrement et avec plus de modération de sa victoire qu'Ambroise. Il savait qu'il ne la devait pas à sa force, ni à son industrie, mais à la bonté infinie de Dieu, qui est la source de tous les biens, et sans lequel tout l'effort et toute l'adresse des hommes sont inutiles; aussi il ne faisait autre chose qu'exhorter son peuple à lui en rendre des actions de grâces, et à reconnaître cette faveur par des actes de religion et de miséricorde.

A la fin de l'année, la guerre recommença avec plus de violence qu'auparavant. L'empereur fit une ordonnance par laquelle il permettait à tous ceux qui suivaient les décrets du concile de Rimini, lequel avait établi l'Arianisme en proscrivant la doctrine de la consubstantialité du Verbe, d'avoir des églises, de tenir des assemblées et de faire publiquement les fonctions de leur religion, avec défense aux évêques, sous peine de la vie, de s'y opposer. Il est vrai qu'un des secrétaires d'État, nommé Bénévole, homme d'une insigne piété, refusa de souscrire à une loi si impie et si contraire au bien public, aimant mieux perdre sa charge et être banni du conseil que de contribuer à la condamnation de la vérité; mais il s'en trouva d'autres qui ne firent pas la même difficulté et qui signèrent volontiers cette loi pour se concilier les bonnes grâces du prince. Sur cet édit, Valentinien et Justine demandèrent de nouveau à saint Ambroise, pour les Ariens, la basilique Portienne, avec les vases sacrés qui y étaient, pour leur servir à la célébration des saints mystères. Le Saint les leur refusa avec la même vigueur qu'il l'avait fait l'année d'auparavant, et leur dit d'une voix intrépide, que si Naboth n'avait pas voulu livrer à Achab et à Jézabel une vigne qui était l'héritage de ses pères, il serait étrange que lui, évêque, abandonnât à la discrétion des Ariens une église qui était l'héritage de Jésus-Christ; que, s'il s'agissait de ses propres biens, il les donnerait volontiers à ceux que Leurs Majestés lui marqueraient; mais il les priait de considérer qu'il s'agissait d'un bien qui n'était pas à lui, dont il n'était que le dépositaire et pour lequel il avait à rendre compte au jugement de Dieu.

Sur cette réponse, on prit premièrement la résolution de l'arrêter; mais, par un miracle de la divine Providence, quoiqu'il ne se cachât point, qu'il sortît tous les jours, soit pour faire des visites, soit pour se rendre avec son peuple aux tombeaux des martyrs, et que même il passât souvent devant le palais, en allant ou en revenant, sans être gardé de personne, on n'osa jamais mettre la main sur lui ni lui faire aucune insulte. Ensuite on lui signifia un ordre de se retirer où il voudrait et d'emmener avec lui tous ceux qui auraient dessein de le suivre: c'était afin que les Ariens eussent moins d'adversaires dans la ville et qu'ils se rendissent plus facilement les maîtres, non-seulement d'une église du faubourg, mais aussi de la cathédrale. Cette sentence d'exil lui était très-agréable, et il ne demandait pas mieux de l'accomplir; mais voyant bien qu'en son absence son cher troupeau serait en proie aux loups qui voulaient dévorer, il tint ferme et

dit à celui qui était venu le trouver que, si on l'arrachait malgré lui de son bercail, il se laisserait enlever sans résistance, mais qu'il ne pouvait nullement de lui-même quitter le troupeau que la Providence lui avait commis.

Cette généreuse réplique fit que l'impératrice Justine envoya des soldats pour le prendre. Ils vinrent à l'église où il était ; mais le peuple le garda au dedans avec tant d'assiduité et de constance qu'ils ne purent jamais y entrer. Dieu même voulut être sa protection, car les battants des portes étant quelquefois demeurés ouverts, les soldats ne s'en apercevaient pas, et quand ils voulaient s'en rendre les maîtres, ils n'en avaient pas le pouvoir ; ils conçurent même tant d'estime pour le bienheureux prélat que, lorsqu'ils entendaient les fidèles chanter les divins offices ou protester, par leurs acclamations, de leur attachement inviolable à la foi catholique, ils joignaient au dehors leurs voix à celles qui retentissaient au dedans. Ce fut en ce temps-là que saint Ambroise, pour empêcher l'ennui et l'attiédissement du peuple, qui demeura plusieurs jours enfermé avec lui dans sa basilique, composa des hymnes sacrées et en ordonna le chant avec celui des psaumes, des cantiques, des antiennes et des versets selon l'usage de l'Église d'Orient ; ce qui inspira aux fidèles une telle dévotion qu'ils oubliaient presque le boire, le manger et les autres soulagements nécessaires à la vie. Ce n'est pas qu'ils vécussent sans aucun aliment corporel, car il y avait, à côté de la basilique, une enceinte de maisons destinées au logement des ecclésiastiques et entourées d'une bonne clôture, où ils allaient, l'un après l'autre, prendre leurs repas par des portes de derrière, sans que les soldats le pussent empêcher ; mais Dieu leur donna un tel courage qu'ils se contentaient de fort peu de chose et que toute leur consolation était de veiller et de prier avec leur bienheureux pasteur.

La cour s'ennuyait plus de sa persévérance et de celle des fidèles qui l'accompagnaient, que lui-même d'être renfermé avec ses ouailles dans la bergerie mystique de son église. C'est pourquoi l'empereur s'avisa de l'envoyer sommer de venir au palais disputer, en sa présence, contre le faux évêque Mercurin, sur les matières contestées de la religion. Le Saint méprisa cette sommation et manda à l'empereur que, s'il était question de disputer contre son évêque en plein concile, il le ferait très-volontiers ; mais que d'aller disputer contre lui dans le palais, devant des laïques, des catéchumènes et des païens, tels qu'étaient les arbitres qu'il voulait avoir, ce serait une chose contraire aux saints Canons et qui irait au déshonneur de l'Église. Il prêcha ensuite divinement contre cet imposteur et en donna une telle horreur aux fidèles qu'ils auraient plutôt enduré mille morts que de se soumettre à son autorité sacrilège. Ainsi la constance d'un seul homme, rempli de l'esprit de Dieu, rendit inutiles tous les efforts d'un grand monarque et d'une superbe impératrice, et l'Église ne souffrit point de dommage, parce qu'Ambroise ne put jamais se résoudre à rien céder à ceux qui le persécutaient. L'invention des corps de saint Gervais et de saint Protais, qui arriva en ce même temps, les miracles évidents et incontestables qu'ils firent à la vue de tout le monde, et le sang vermeil et presque tout chaud qui coula de leurs veines, après plus d'un siècle qu'ils avaient été enterrés, achevèrent de le rendre victorieux et de confondre les Ariens. Justine, qui avait envoyé un meurtrier pour l'assassiner, et qui même avait gagné un magicien, afin que, par ses enchantements, il mît de la division entre lui et son peuple, sans qu'aucun de ces stratagèmes eût pu réussir, vit bien que le ciel et la terre étaient contre elle. Aussi elle s'apaisa un peu et

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laissa en quelque sorte l'Église de Milan en repos, sous la conduite d'un si saint prélat.

Un des principaux Ariens vit un ange qui parlait à l'oreille de saint Ambroise pendant qu'il prêchait les vérités catholiques, ce qui fut cause de sa conversion et abattit l'orgueil de la princesse Justine ; et le tyran Maxime, au rapport de Théodoret, écrivit à Valentinien que, s'il ne faisait cesser la persécution contre l'Église, il s'en irait au plus tôt porter ses armes victorieuses en Italie, pour venger l'injure qu'il faisait à Dieu et à ses ministres. Cette menace étonna d'autant plus l'empereur et sa mère, qu'ils apprenaient que le tyran se préparait à la guerre, presque avant d'en avoir menacé. Ils n'étaient guère en état de soutenir son irruption ; leurs armées étaient faibles, leurs places mal fortifiées, leur épargne épuisée, et ils avaient tellement aigri tous les ordres de l'empire par les mauvaises démarches de leur gouvernement, qu'on n'avait pas grande inclination à se sacrifier pour l'intérêt de leur couronne. Ce qu'ils purent faire dans une conjoncture si fâcheuse, ce fut d'avoir recours au grand Ambroise, qu'ils avaient persécuté si outrageusement. Ils se souvenaient que c'était lui qui avait la première fois empêché le tyran de les venir surprendre, en un temps où il les eût trouvés dépourvus de tout secours. Ils savaient qu'il était trop généreux pour se ressentir des injures qu'il avait reçues, et qu'ils pouvaient encore espérer qu'il se ferait un point de vertu de leur rendre le bien pour le mal, et de leur procurer la liberté et la vie, quoiqu'ils eussent fait des efforts si extraordinaires pour se saisir de sa personne, pour le charger de chaînes et pour le faire mourir.

Leur espérance ne fut pas vaine : Ambroise, que Justine avait regardé comme son plus grand ennemi ; Ambroise, qu'elle avait déchiré par les injures et par les calomnies les plus atroces ; Ambroise, qui devait tout craindre de la fureur de Maxime, lequel se plaignait qu'il l'avait trompé dans sa première ambassade, et était cause qu'il ne s'était pas rendu tout d'un coup empereur de tout le monde ; Ambroise, disons-nous, ne laissa pas d'en entreprendre une seconde auprès de lui. Il se rendit donc au plus tôt à Trèves pour le service de son prince et de la patrie ; il se présenta au palais du tyran ; il entra dans son conseil ; n'ayant pu avoir une audience secrète, comme il la demandait, et qu'il croyait que à son caractère et à l'éminence de sa mission, il lui remontra tout haut son injustice de s'être révolté contre Gratien, son souverain ; de lui avoir ravi le sceptre et la vie ; de retenir ses orphelins de l'honneur de la sépulture, et de renouveler la guerre contre le jeune Valentinien qui ne lui avait jamais fait de mal et à qui l'empire appartenait légitimement. Enfin, il insista vigoureusement pour deux choses, savoir : pour la continuation de la paix et pour la restitution du corps de l'empereur décédé.

Maxime tâcha de se disculper des justes reproches qu'il lui avait faits ; mais, pour l'amuser à sa cour pendant qu'il avancerait ses préparatifs de guerre, il lui répondit qu'il délibérerait dans son conseil sur ses demandes. Le Saint vit bien son artifice, et ne s'y laissa pas tromper, comme d'autres ambassadeurs qui vinrent encore depuis lui. Il en écrivit à l'empereur et l'avertit de s'en donner de garde. Pour lui, pendant son séjour à Trèves, il porta encore plus loin sa liberté épiscopale. Car, non-seulement il refusa absolument de communiquer avec les évêques Ithaciens, faute que saint Martin avait commise ; mais il se sépara aussi de la communion du tyran, et Paulin même, son premier historien, dit qu'il le retrancha de l'union des fidèles et l'avertit de faire pénitence, c'est-à-dire qu'il l'excommunia.

Il n'obtint donc rien de ce fourbe, que son orgueil et son ambition rendaient inexorable; mais il eut l'adresse de découvrir ses secrets pour en informer Valentinien et toute l'Italie. A son retour à Milan, il donna de bons avis à ce jeune prince et à sa mère; et, s'ils l'eussent cru, ils n'auraient pas été pris au dépourvu par Maxime, ni contraints de s'enfuir honteusement en Orient vers l'empereur Théodose, comme ils firent. Mais Dieu permit ce grand aveuglement pour les punir de la persécution qu'ils avaient excitée contre son serviteur et contre l'Église.

Ce n'est pas ici le lieu de rapporter ce qui se passa dans cette guerre si mémorable. Maxime entra en Italie, et, n'y trouvant plus Valentinien, il s'en rendit entièrement le maître. Théodose le vint combattre; et, ayant défait ses généraux, il le défit aussi lui-même et l'assiégea dans Aquilée, où il se saisit de lui et ne put empêcher que ses soldats le missent à mort pour venger le massacre qu'il avait fait de Gratien. Ensuite il rétablit Valentinien dans tous ses États et dans ceux de Gratien, son frère, l'avertissant de renoncer à l'impiété des Ariens, qui lui avait attiré de si grands fléaux, et de demeurer ferme dans la profession de la foi catholique; et, par ce moyen, il procura une paix générale à l'Église, à l'empire et à tout l'univers. Pendant ces grands événements, Justine, qui n'était pas digne d'en voir la fin, fut enlevée de ce monde, et saint Ambroise, étant à Milan, retint ses diocésains et les empêcha de prendre la fuite, les assurant, par un esprit prophétique, que leur ville ne serait point attaquée, et qu'ils ne souffriraient aucun mal: comme il arriva effectivement.

On ne peut croire l'estime que Théodose fit de cet incomparable prélat: il le regarda comme le protecteur de la foi, le bouclier de l'Église, le boulevard de l'État et le plus généreux évêque qui fût dans le monde. Le Saint ne s'enorgueillit point de cette estime; mais il s'en servit avantageusement pour corriger ce prince, quand il manqua, et pour prévenir ou réformer beaucoup de désordres qu'il reconnaissait ou qu'il prévoyait devoir arriver dans son empire. Avec quelle force ne lui écrivit-il pas lorsque, par un arrêt de son conseil, il eut obligé l'évêque de Callinique de rebâtir à ses dépens la synagogue des Juifs qu'il avait brûlée, et condamné à de grandes peines des moines qui avaient mis le feu à une église qui était aux hérétiques Valentiniens? Il lui remonta l'injustice de son ordonnance, le tort qu'elle allait faire à la religion, l'avantage qu'elle allait donner aux ennemis de Jésus-Christ sur ses serviteurs, et la liberté qu'ils prendraient ensuite d'insulter aux catholiques; comme, en effet, les Juifs et les hérétiques avaient insulté les premiers l'évêque et les moines avant ces deux embrasements. Cette lettre, quelque pressante qu'elle fût, n'ayant pas encore pu changer la résolution de Théodose, avec quelle vigueur ne le pressa-t-il pas dans l'église même, devant tout le monde et étant près de monter à l'autel, de casser sa sentence, de révoquer son rescrit et de faire cesser toute procédure; jusqu'à lui protester qu'il ne commencerait point la messe qu'il n'eût obtenu de sa clémence ce qu'il lui demandait. Il en vint à bout par ce moyen, et Théodose, qui ne pouvait assez admirer le courage invincible du saint prélat, fut ravi d'avoir été forcé à faire ce que de lui-même il n'eût jamais fait.

Quelle fut encore sa générosité à soutenir auprès de ce monarque les intérêts de la religion, lorsque Symmaque, ancien préfet de Rome, eut la hardiesse de lui demander encore ce qui lui avait été refusé tant de fois, de laisser aux païens la liberté de leurs sacrifices et de leur fournir les deniers de l'épargne pour faire ces cérémonies abominables? Ambroise fit

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alors donner à l'idolâtrie le dernier coup de massue. Symmaque fut banni, les sacrifices des idoles furent entièrement interdits, et il y eut un arrêt d'abattre beaucoup de temples fort célèbres des fausses divinités qui restaient encore.

Mais enfin, qui pourrait dignement représenter la vigueur épiscopale, ou plutôt apostolique, que notre glorieux prélat fit paraître à l'égard de ce même prince, lorsqu'il se fut rendu coupable du meurtre des habitants de Thessalonique? Ces habitants étaient criminels, ils avaient fait une sédition pour tirer de prison un cocher qui était convaincu d'un crime détestable; et, dans cette sédition, ils avaient tué Buthéric, qui commandait les troupes de l'empereur, avec plusieurs autres officiers de son armée; ainsi pour ce crime ils méritaient une sévère punition. Mais Théodose excéda dans leur châtiment. Les soldats qui furent envoyés pour cela dans la ville, eurent ordre de faire main-basse pendant trois heures sur tous ceux qu'ils rencontreraient. Les innocents furent massacrés avec les coupables, les femmes avec les hommes, les enfants avec les vieillards; et un père, s'offrant d'être égorgé pour deux fils qu'il avait, ne put obtenir la vie que d'un seul, encore furent-ils tués tous deux pendant qu'il délibérait lequel des deux il demanderait. Lorsque Ambroise, qui croyait avoir obtenu de Théodose le pardon de cette ville, apprit cette exécution, il en fut outré de douleur, il pleura ceux qui avaient été massacrés, mais il pleura davantage sur Théodose, auteur d'un si grand mal. Il lui en écrivit, il lui en parla; mais il le fit avec tant de force et d'onction, qu'il le porta à une pénitence des plus exemplaires que l'on ait jamais vues dans le christianisme.

Il n'était pas encore bien résolu à se soumettre aux remèdes que lui voulait donner ce sage et excellent médecin, lorsque, nonobstant son crime, il vint un jour de dimanche à l'église pour assister aux divins offices. Ambroise alla au-devant de lui et lui fit un puissant discours pour le faire rentrer en lui-même et l'empêcher d'entrer dans l'assemblée des fidèles, avant d'avoir expié, par ses larmes, la faute qu'il avait commise. Théodose s'humilia devant lui; mais, pour n'être pas exclu de l'entrée de la maison de Dieu, il lui dit qu'il n'était pas le premier prince qui eût commis de grands crimes; que David avait été un adultère et un homicide, et qu'il n'avait pas laissé d'approcher du tabernacle et d'être admis à faire des sacrifices au Seigneur. « Oui », dit Ambroise; « mais, puisque vous avez imité sa faute, imitez aussi sa pénitence ». Et cette parole porta un tel coup dans le cœur de ce monarque, qu'il se résolut, non-seulement de pleurer en secret la précipitation de son ordonnance, qui avait été cause de tant d'homicides, mais aussi d'en faire une pénitence publique. Il la fit pendant huit mois, privé de la communion et interdit de l'entrée de l'église.

Au bout de ce temps, la fête de Noël étant arrivée, Rufin, son favori, qui le voyait baigné de larmes et outré de douleur de ce qu'il ne lui était pas permis d'entrer dans l'église, où les pauvres, les esclaves et les moindres valets entraient librement, l'exhorta à y aller, l'assurant qu'il obtiendrait d'Ambroise le relâchement de la pénitence qu'il lui avait ordonnée. Ce favori y fut un peu devant, dans l'espérance que le saint évêque ne lui refuserait pas une grâce qui paraissait si raisonnable; mais Ambroise le repoussa avec indignation, lui reprochant que c'était lui qui avait porté son maître à ordonner le meurtre qui l'avait rendu criminel devant Dieu et devant les hommes. Théodose vint après Rufin, et le Saint lui parla

aussi avec une sévérité surprenante; néanmoins, après qu'il eut demandé pardon, témoigné l'excès de sa douleur et promis de faire une loi qu'on n'exécuterait plus les sentences de mort que trente jours après qu'elles auraient été prononcées, il l'admit enfin au rang des fidèles. Là, ce grand prince se prosterna contre terre, baigna le pavé de ses larmes, et, pénétré de douleur et de contrition, il disait en s'arrachant les cheveux : « Mon âme est attachée à la terre; redonnez-moi la vie, Seigneur, selon vos promesses ». Saint Augustin, faisant réflexion sur cet événement, dit que Dieu a voulu que cet empereur fît pénitence publique et qu'il s'humiliât en présence de tout le peuple, afin que nous apprissions à le faire quand nos crimes le demanderaient, et que le pauvre ni le riche, l'artisan ni le grand seigneur ne rougissent point de se soumettre à ce souverain remède qu'un prince aussi puissant que Théodose n'avait pas refusé.

Théodoret, qui nous a écrit plus au long une histoire si édifiante, y ajoute encore une circonstance fort remarquable, savoir, que l'heure étant venue d'offrir les dons sur la sainte Table, l'empereur, encore baigné de larmes, s'approcha de l'autel pour faire son offrande, selon la coutume; mais, qu'après l'avoir faite, il demeura dans l'enceinte du sanctuaire, ainsi que les autres évêques le lui avaient toujours permis, afin de s'y préparer plus en repos à la communion des saints mystères. Alors, le généreux Ambroise lui envoya dire par un diacre que ce n'était pas là la place des laïques; que ni la pourpre, ni l'or, ni le diadème, ne lui donnaient droit d'y demeurer; qu'il n'y avait que les clercs qui y pussent être soufferts. Tout autre que Théodose se serait offensé d'un message si extraordinaire et qui paraissait si à contre-temps; mais ce parfait pénitent, que notre Saint voulait entièrement purifier par cette dernière humiliation, le reçut avec une modestie et une soumission admirables. Il dit seulement que ce n'était point par orgueil, ni par usurpation qu'il était demeuré auprès des prêtres, mais qu'il avait suivi en cela l'usage des Églises d'Orient, où on ne lui en avait jamais fait de difficulté; qu'au reste, il se tenait très-obligé au bienheureux évêque de l'avis qu'il lui avait donné, et qu'il allait l'exécuter dans toute son étendue. En effet, il sortit de l'enceinte du sanctuaire et se retira avec le peuple. Depuis, étant retourné à Constantinople, comme l'archevêque Nectaire l'invita, selon la coutume, à demeurer dans le chœur des prêtres après avoir présenté son offrande, il disait qu'il n'avait encore trouvé qu'Ambroise qui méritât le nom d'évêque; et que lui seul lui avait fait connaître la différence qui était entre un évêque et un empereur. A son imitation, l'empereur Valentinien, qui, durant la régence de sa mère Justine, avait tant persécuté notre Saint, eut depuis beaucoup de vénération et de déférence pour lui; de sorte que l'on peut dire qu'Ambroise, par sa vertu et par son courage, était devenu le maître des rois et le père de ceux qui commandaient absolument à tout l'univers.

Lorsque la paix eut été rendue au monde par la défaite de Maxime, il s'éleva dans sa propre Église une nouvelle guerre qui continua d'exercer son zèle. Jovinien, qui autrefois avait fait profession dans un monastère d'une vie très-austère, ne mangeant pas de pain, ne buvant que de l'eau et ne portant qu'une mauvaise robe toute sale, s'abandonna dans la suite à la bonne chère; il affectait d'avoir le teint vif et vermeil, et d'être toujours fort ajusté. Il se fit aussi chef d'hérésie, enseignant que le mariage était égal à la virginité, qu'il n'y avait point de différence entre s'abstenir des viandes par le jeûne et en user avec actions de grâces; que ceux qui ont été régénérés par le baptême avec une pleine foi, ne pouvaient plus être vaincus

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par le démon, et que les mérites n'étaient point inégaux sur la terre, ni récompensés différemment dans le ciel. Il ajoutait que la sainte Mère de Dieu n'était pas demeurée vierge en mettant son Fils au monde, quoiqu'elle l'eût été en le concevant dans son sein. Ce monstre, ayant été condamné à Rome par le pape Sirice, se réfugia à Milan, croyant y trouver quelque appui à la cour. Mais le grand saint Ambroise, qui veillait continuellement sur son troupeau, en ayant eu avis, assembla au plus tôt un Synode et prononça de nouveau anathème contre lui.

Cependant, il ne put empêcher que cet hérésiarque, dans des conférences secrètes qu'il eut avec de très-saints religieux, qui avaient leur monastère auprès de Milan, n'en corrompît quelques-uns. Sarmation et Barbatien furent de ce nombre. Ils commencèrent à aimer la volupté comme lui, et, ne pouvant en jouir dans un lieu où on ne faisait profession que de pénitence, ils en sortirent pour la chercher au milieu du monde. Notre Saint, qui était le fondateur de cette maison, en eut une douleur extrême; il ne voulut pas néanmoins les recevoir lorsqu'ils demandèrent à y rentrer, parce que Dieu lui fit connaître qu'ils n'étaient pas véritablement pénitents et qu'ils ne serviraient qu'à semer le dérèglement dans cette communauté. En effet, ils se mirent bientôt à enseigner les opinions exécrables de Jovinien et à prêcher contre le jeûne, la mortification et la continence. Mais notre admirable docteur les réfuta si puissamment, qu'ils ne firent pas grand mal et qu'il ne paraît point qu'ils aient eu aucune suite. Nous avons une excellente Épître, qu'il écrivit à leur sujet à l'Église de Verceil, dont l'évêque était décédé, et qui avait pour cela besoin de ses soins et de sa vigilance.

Ces troubles particuliers de l'Église de Milan furent suivis d'étranges catastrophes et révolutions dans l'empire. L'an 392, l'empereur Valentinien, qui attendait impatiemment saint Ambroise à Vienne, en Dauphiné, pour recevoir le baptême de ses mains, y fut étranglé par l'ordre d'Arbogaste, son général d'armée. Eugène, par la faveur de ce général, usurpa l'empire et se rendit maître de tout l'Occident. Théodose, juste vengeur de son collègue, combattit ce tyran, le défit et lui fit trancher la tête; et, par cette glorieuse victoire, il devint le souverain de tout le monde. Enfin, il partagea l'empire entre Arcadius et Honorius, ses deux enfants, et mourut lui-même à Milan, plein de gloire et de trophées. Pendant ces grandes révolutions, saint Ambroise fit plusieurs actions fort mémorables. Il reçut dans sa ville épiscopale le corps de l'empereur Valentinien, et prononça son oraison funèbre, qui est une pièce fort éloquente et digne de la plume d'un si grand docteur. Il assista à Bologne à la découverte des corps des bienheureux martyrs Vital et Agricole. Il délivra à Florence un enfant possédé du démon; et, comme il mourut peu de temps après, il le ressuscita en se couchant sur son corps, à l'imitation du prophète Élisée. Il fit des prières instantes pour obtenir à Théodose la défaite entière d'Eugène et d'Arbogaste; et l'on peut dire qu'elle fut le fruit de ses larmes et de ses sacrifices. Ayant appris cette défaite par une lettre de Théodose même, il porta la lettre à l'église, la mit sur l'autel durant la messe, et la tint à la main en offrant à Dieu l'hostie sainte et vivifiante. Il engagea ce prince à bien user de sa victoire, à pardonner à ceux qu'il avait vaincus, et à gagner leur affection par des actes héroïques de clémence et de douceur. Il l'assista de ses conseils jusqu'à la mort; et, après sa mort, il fit aussi son éloge funèbre en présence de l'empereur Honorius, son fils. Enfin, ce grand homme devint si célèbre, que les païens mêmes ne le regardaient qu'avec respect, et que les Francs, qui commençaient à paraître en

SAINT AMBROISE, ARCHEVÊQUE DE MILAN.

ce temps-là, dirent un jour à Arbogaste, qui était alors son ami (car c'était avant qu'il se révoltât), qu'il ne fallait pas s'étonner de ses victoires, puisqu'il avait l'amitié d'Ambroise, qui commandait au soleil et le forçait de s'arrêter au milieu de sa course.

Il y aurait encore une infinité de choses très-considérables à remarquer dans la vie d'un prélat si extraordinaire. Il perdit son frère, saint Satyre, peu d'années après sa promotion à l'épiscopat; mais, quoiqu'il lui fût extrêmement nécessaire, il endura cette perte avec une patience et une résignation merveilleuses. Il ne fit point difficulté de vendre les vases sacrés de l'église pour le rachat des captifs; il nous a laissé là-dessus cette excellente instruction, que, pour nourrir les pauvres qui meurent de faim, pour délivrer les prisonniers, pour bâtir ou réparer les églises, et pour accroître les cimetières qui sont destinés à la sépulture des chrétiens, il est permis de rompre, de faire fondre et de vendre les vases consacrés à Dieu. Il travailla avec grand soin, tant dans le concile de Capoue, que par ses lettres, à la paix de l'Église d'Antioche, qui se trouvait depuis si longtemps partagée entre deux ou trois différents évêques. Outre qu'il avait trouvé les corps des saints Gervais et Protais, Vital et Agricole, il trouva encore, après la mort de Théodose, ceux de saint Nazaire et de saint Celse, et leur procura une honorable sépulture. Il maintint avec tant de succès, contre le comte Stilicon, le droit des asiles, que les soldats, qui osèrent le violer en prenant Cresconius au pied des autels, furent incontinent après dévorés par les léopards qui sortirent exprès de l'amphithéâtre.

La seule réputation de sa vertu eut la force de convertir et d'attirer au christianisme Fritigil, reine des Marcomans, et une lettre qu'il lui écrivit en fit une parfaite servante de Jésus-Christ. Sa prudence et sa générosité délivrèrent Indicie, vierge de Vérone, d'une fausse accusation et d'un jugement indiscret et précipité que l'on avait prononcé contre elle, et lui conservèrent l'honneur que l'envie et la calomnie lui voulaient ravir. Ayant appris qu'un des serviteurs de Stilicon supposait faussement des lettres de son maître pour distribuer des offices à son insu, il le livra au démon, et à l'heure même il en fut possédé. Il marcha un jour sur le pied d'un goutteux, nommé Nicet, ce qui le fit crier bien fort; mais cet attouchement lui fut si salutaire, que, depuis, il ne fut plus du tout affligé de la goutte.

Saint Grégoire de Tours rapporte que le jour de l'enterrement de saint Martin, ce glorieux évêque de Milan, disant la messe et étant entre la leçon et l'épître, s'appuya sur l'autel et s'endormit. Personne n'osa l'éveiller, et il demeura deux ou trois heures en cet état; enfin, ses officiers le tirèrent et lui témoignèrent que l'heure se passait, et que les assistants s'ennuyaient d'attendre si longtemps: « Ne vous inquiétez pas, mes enfants », leur répondit-il, « sachez que mon frère Martin est mort, et que je viens de célébrer ses obsèques, excepté que je n'ai pas achevé la collecte, parce que vous m'avez interrompu ». On marqua diligemment le jour et l'heure, et l'on trouva qu'effectivement saint Martin était mort en ce temps-là, et que l'on avait vu saint Ambroise à Tours faire la cérémonie de sa sépulture. Baronius rejette cette narration comme fabuleuse, parce qu'il estime que saint Ambroise est mort avant saint Martin. Mais, outre que le témoignage de saint Grégoire doit être de grand poids en cette matière, puisqu'il vivait à Tours assez près du temps de ces deux grandes lumières du Christianisme, qu'il en était archevêque, qu'il en savait la tradition, et qu'il y a peu d'apparence qu'il eût voulu avancer une chose si importante et si extraordinaire, s'il ne l'eût vue, communément reçue et approuvée

VIES DES SAINTS. — TOME XIV.

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de son Église; outre cela, il est encore certain que l'Église de Milan l'a toujours reconnue pour véritable; que les plus anciennes peintures de la basilique ambrosienne la représentent, et que le cardinal Frédéric Borromée, successeur de saint Charles en cet archevêché, l'ayant trouvée insérée dans les plus anciens bréviaires du diocèse, ne voulut pas permettre, nonobstant le sentiment de Baronius, qu'elle en fût retranchée. Pour ce qui est de la raison de ce savant annaliste, le révérend Père Papebrock, dans une dissertation qu'il a faite sur ce sujet et qu'il a donnée au commencement des Actes des Saints du mois d'avril, montre assez clairement qu'elle est nulle, parce que, selon la meilleure opinion, il faut mettre la mort de saint Martin en novembre 397, et celle de saint Ambroise la veille de Pâques 398, qui, selon l'ancienne supputation des Gaules, appartenait encore à l'année 397. Au reste, ce n'est pas une chose sans exemple qu'un Saint, demeurant dans un lieu, apparaisse et soit vu en un autre lieu, puisqu'on rapporte le même prodige de saint Nicolas, de saint Sévère, de saint François, de saint Antoine de Padoue et de beaucoup d'autres.

C'était là sans doute un avis que le ciel donnait à saint Ambroise, que la fin de ses travaux et de son pèlerinage approchait. Avant qu'il tombât malade, un jour qu'il dictait à Paulin, son diacre, un commentaire sur le psaume XLIII, un feu lui couvrit la tête en forme de petit bouclier, et de là entra dans sa bouche comme dans sa propre demeure. Alors son visage devint blanc comme la neige et demeura quelque temps dans cette beauté, jusqu'à ce qu'il reprit sa première couleur. Il ne put donc achever l'ouvrage qu'il dictait, et bientôt après il tomba malade. Le comte Stilicon, qui était le plus puissant dans l'empire, craignant que sa mort ne causât un notable préjudice à tout l'Occident, lui envoya plusieurs personnes d'honneur pour le porter à demander à Dieu la prolongation de sa vie; mais il leur fit cette excellente réponse, dont saint Augustin fait tant d'estime, qu'elle devrait être écrite en lettres d'or: « Je n'ai pas vécu de telle sorte parmi vous, que j'aie honte de vivre davantage; mais, d'ailleurs, je ne crains point de mourir, parce que nous avons affaire à un bon maître ». Quatre de ses diacres, s'entretenant dans un coin de sa chambre, pour savoir qui l'on pourrait élire évêque en sa place, vinrent à nommer saint Simplicien. Ils étaient si loin et ils parlaient si bas, qu'il ne pouvait pas les entendre; cependant, Dieu lui révéla ce qu'ils disaient, et il s'écria: « Il est vieux, mais il est bon ». C'était cet excellent prêtre qui avait été son conseil et comme son maître durant tout le temps de son épiscopat, et il fut effectivement mis en sa place après son décès. Saint Bastien, évêque de Todi, le visitait quelquefois dans sa maladie, et un jour qu'il priait auprès de lui, il vit Notre-Seigneur descendre du ciel, s'approcher de son lit et lui faire beaucoup de caresses. Ensuite, la nuit du samedi saint, comme il priait secrètement, les bras étendus en forme de croix, saint Honorat, évêque de Verceil, qui logeait dans une chambre au-dessus de la sienne, entendit par trois fois une voix qui lui disait: « Lève-toi en diligence, il passera bientôt ». Il se leva et lui apporta le corps adorable de Jésus-Christ, qu'il reçut avec une profonde révérence, et incontinent après, son âme, munie d'un si excellent viatique, se détacha de la prison de son corps pour aller jouir de l'éternité bienheureuse.

Son corps fut porté dans sa cathédrale pour y être inhumé avec l'honneur dû à la grandeur de ses mérites. Plusieurs eurent des visions qui marquaient la gloire qu'il possédait déjà dans le ciel. Surtout il y en eut qui virent une étoile rayonnante élevée au-dessus de son cercueil. Les

démons n'en osaient approcher, et les possédés, que l'on y traînait par force, étaient aussitôt délivrés de ces mauvais hôtes. Tant de monde vint à ses obsèques, que l'église ne pouvait pas les contenir; les Juifs et les païens pleuraient amèrement la perte d'un homme si rare et si plein de bonté. On mettait sur lui des chemises et d'autres linges pour les porter aux malades, afin de leur procurer la guérison.

Les vertus de saint Ambroise paraissent avec un si grand éclat dans toute cette vie, que le lecteur les pourra assez remarquer de lui-même. On peut dire que nulle ne lui manquait, et qu'il les avait toutes à un très-éminent degré. Ses occupations, presque incroyables pour le gouvernement de son troupeau, ne l'ont pas empêché de composer de très-beaux ouvrages.

Saint Ambroise est représenté : 1° écrivant, inspiré par un ange; 2° ayant à côté de lui une ruche avec ses abeilles, comme attribut de la douceur de ses écrits; 3° refusant l'entrée de l'église à l'empereur Théodose; 4° debout, mitré et nimbé, tenant d'une main sa crosse, et de l'autre une espèce de sceptre surmonté d'une pomme de pin; 5° au moment du lavabo de la messe : une femme possédée est guérie en buvant de l'eau qui provenait de cette ablution liturgique.

Événements marquants

  • Naissance dans les Gaules (Arles, Lyon ou Trèves)
  • Miracle de l'essaim d'abeilles au berceau
  • Carrière d'avocat et nomination comme gouverneur de Ligurie et Émilie
  • Élection miraculeuse à l'épiscopat par la voix d'un enfant
  • Baptême et consécration épiscopale le 14 décembre 374
  • Lutte contre l'arianisme et l'impératrice Justine
  • Invention des corps de saint Gervais et saint Protais
  • Pénitence imposée à l'empereur Théodose après le massacre de Thessalonique
  • Conversion de saint Augustin

Miracles

  • Essaim d'abeilles déposant du miel dans sa bouche au berceau
  • Guérison d'une femme paralytique à Rome
  • Invention miraculeuse des corps de plusieurs martyrs
  • Résurrection d'un enfant à Florence
  • Bilocation lors des obsèques de saint Martin de Tours
  • Guérison d'un goutteux par simple contact

Citations

Allez, agissez, non en juge, mais en évêque

— Anicius Probus

Je n'ai pas vécu de telle sorte parmi vous, que j'aie honte de vivre davantage; mais, d'ailleurs, je ne crains point de mourir, parce que nous avons affaire à un bon maître.

— Saint Ambroise (sur son lit de mort)

L'empereur est dans l'Église, et non au-dessus de l'Église.

— Saint Ambroise (contexte historique)

Date de fête

7 decembre

Époque

4ᵉ siècle

Décès

Veille de Pâques 398 (ou 397 selon les calculs) (naturelle)

Invoqué(e) pour

éloquence, protection contre les hérésies, guérison des possédés

Autres formes du nom

  • Ambrosius (la)

Prénoms dérivés

Ambroise

Famille

  • Ambroise (père)
  • Sainte Marcelline (sœur)
  • Saint Satyre (frère)
  • Sainte Sotère (parente)