Saint Anschaire (Apôtre du Nord)
Premier archevêque de Hambourg, évêque de Brême, apôtre de Suède et de Danemark
Résumé
Né en Picardie et formé à l'abbaye de Corbie, Anschaire devint l'apôtre infatigable du Danemark et de la Suède au IXe siècle. Premier archevêque de Hambourg puis évêque de Brême, il lutta contre le paganisme, racheta de nombreux esclaves et fonda les premières églises scandinaves. Malgré les invasions normandes, il maintint la foi par son ascétisme et sa charité jusqu'à sa mort en 865.
Biographie
SAINT ANSCHAIRE
PREMIER ARCHEVÊQUE DE HAMBOURG, ÉVÊQUE DE BRÊME, APÔTRE DE SUÈDE ET DE DANEMARK
Un auteur protestant, Münter, dit en parlant d'Anschaire : « Des églises et des couvents lui ont été dédiés ; des fêtes ont été instituées en son honneur, et quoique le protestantisme ait renversé ses autels, il ne serait pas juste que la mémoire d'un homme qui a été le bienfaiteur de tant de générations fût oubliée.
Anschaire naquit le 8 septembre 801 à Fouilloy, ancien faubourg de Corbie, près Amiens. Il perdit sa mère à l'âge de cinq ou six ans, lorsqu'on lui apprenait déjà les premiers éléments de la doctrine chrétienne et des lettres. Une nuit, s'étant endormi l'esprit plein des louanges qu'il avait entendues sur la piété de sa mère, il eut une vision dans laquelle la Sainte Vierge lui fit connaître que, s'il voulait être un jour avec sa mère dans le ciel, il devait éviter les vains amusements de l'enfance et s'appliquer aux choses sérieuses. Il suivit ce conseil à la lettre et employa tout son temps à l'étude et à la piété.
Lorsqu'il eut douze ans, son père, appelé souvent à la cour par ses hautes fonctions, le mit dans le monastère de Corbie. Saint Adelard, alors abbé, s'intéressa vivement à cet enfant et confia son éducation au célèbre Paschase Radbert. Il se fit tout d'abord remarquer par ses progrès dans les sciences et la vertu. Étant ensuite, par un effet de la fragilité humaine, un peu déchu de sa première ferveur, il se releva bien vite. Trois choses l'y aidèrent : l'avis que la Sainte Vierge lui avait donné ; la mort de l'empereur Charlemagne, qu'il avait vu cinq ans auparavant dans tout l'état de sa gloire, frappant exemple de la vanité des choses humaines ; et enfin, une autre vision où il lui sembla que Dieu lui promettait la couronne du martyre. Ne comprenant pas que cela devait s'entendre du martyre d'une mortification continue et des pénibles travaux de l'apostolat, il crut qu'il répandrait son sang parmi les infidèles et se prépara à une si grande grâce. Il s'acquitta parfaitement de la charge d'enseigner les lettres, d'abord dans l'ancienne Corbie, en Picardie, où il fut élève ; puis dans la nouvelle, en Saxe, fondée par saint Adelard, en 823. On voulut aussi qu'il instruisît le peuple et prêchât publiquement dans l'église. Il fut le premier qui exerça ainsi, dans le monastère, l'emploi de maître et celui de prédicateur.
Sur ces entrefaites, Harald, roi de Jutland, chassé de ses États par les enfants de Godefroi, roi des Danois du Nord, appelés Normands, s'étant réfugié à la cour de l'empereur Louis le Débonnaire, y reçut le baptême, et quand il fut près de rentrer dans ses États, il demanda quelques missionnaires zélés pour l'accompagner. C'était un poste difficile et périlleux. On ne trouva personne plus capable de le remplir qu'Anschaire, et il fut le seul qui voulut tout d'abord accepter (826). Il trouva pourtant un compagnon de son apostolat : ce fut Autbert, de famille noble et procureur de la vieille Corbie, qui tomba malade au bout de deux ans et fut obligé de revenir en France. Ces deux zélés missionnaires convertirent un grand nombre d'infidèles par leurs prédications et par l'exemple de leurs rares vertus. Ils ouvrirent une école à Haddeby, sur la Schley, en face de Sleswig, pour y former des missionnaires. Les premiers qui y furent élevés étaient des jeunes gens rachetés de l'esclavage ; il s'y joignit quelques jeunes hommes de condition libre : ce qui porta à douze le nombre des élèves. De cette sainte pépinière sortirent les premiers évêques de la Suède et du Danemark.
L'an 829, Birn ou Biorn, roi de Suède, fit demander à Louis le Débonnaire des prédicateurs pour évangéliser son peuple. L'empereur fit revenir Anschaire (qu'il remplaça en Danemark par un autre moine de Corbie, Gislemar) et le chargea de cette mission de Suède, en lui donnant pour principal collègue Witmar, religieux de Corbie. Dieu permit que le vaisseau qui les portait fût pris par des pirates, qui leur ôtèrent tout ce qu'ils avaient, les présents destinés par Louis le Débonnaire au roi de Suède et quarante volumes qu'ils regardaient comme un de leurs moyens d'instruction et de consolation dans ces terres barbares. Quelques-uns des missionnaires, presque désespérés, voulaient retourner en Saxe. Anschaire soutint leur courage en leur remontrant que leur dénomination les faisait ressembler aux Apôtres, et que c'était là ce que Jésus-Christ recommandait le plus aux prédicateurs de son Évangile. En effet, Dieu bénit leurs travaux, et d'ailleurs la moisson était prête. À peine avait-on le temps d'instruire tous ceux qui demandaient le baptême. Une des conversions les plus importantes fut celle d'Hérigard, gouverneur de Birca, près de Stockholm. C'est lui qui fit construire sur ses terres la première église élevée sur le sol de la Suède.
Cinq ou six mois après, Witmar revint en France avec des lettres du roi Biorn à l'adresse de Louis le Débonnaire : celui-ci, ravi des progrès que la foi de Jésus-Christ faisait dans le Septentrion, pour donner plus de stabilité à cette propagation, de l'avis des évêques qu'il avait assemblés, et ne faisant en cela d'ailleurs qu'exécuter le plan de Charlemagne, son père, établit un siège métropolitain à Hambourg. Notre Saint fut choisi pour le remplir et, malgré ce qu'il put alléguer pour s'en défendre, sacré par Drogon, frère de l'empereur et archevêque de Metz, qu'assistaient Ebbon, archevêque de Reims, Hetti, archevêque de Trèves, et Otgar, archevêque de Mayence.
Avant de prendre possession de son siège, le nouvel archevêque se rendit auprès du pape Grégoire IV, qui lui donna le *Pallium* et le fit légat du Saint-Siège dans le Danemark, la Suède, la Norvège, la Fionie, le Groenland, le Halland, l'Islande, la Finlande et les pays voisins, conjointement avec Ebbon archevêque de Reims, déjà honoré de cette dignité par le pape Pascal Ier. Grégoire IV confirma la mission d'Anschaire l'an 834 et unit à son église le monastère de Thurolt, en Flandre, afin que, si le Saint était chassé par la violence des Barbares, il eût une retraite assurée, et aussi pour assurer un revenu au siège nouveau de Hambourg. Ebbon ordonna évêque Gauzbert, son parent, et le donna pour collègue à saint Anschaire, dans les fonctions de la légation du Nord. Gauzbert, ayant eu la Suède pour son partage, y fit beaucoup de bien. Saint Anschaire se chargea des églises du Danemark et du nord de l'Allemagne. Il construisit à Hambourg une cathédrale sous le vocable de Saint-Pierre, forma une riche bibliothèque, créa un monastère qu'il peupla de religieux de Corbie et développa le bien-être matériel de ses diocésains. Il achetait des enfants danois et slaves, pour les délivrer de la captivité, les consacrait au service de Dieu et en envoyait un certain nombre à Thurolt pour les former à la prédication de l'Évangile. Un désastreux événement vint compromettre, en 845, le fruit de 15 années de travaux. Les Normands descendirent l'Elbe et vinrent piller Hambourg. Anschaire, abandonné par ses prêtres et ses religieux, ne continua pas moins au risque de sa vie, de consoler, de soutenir dans la vraie foi son troupeau dispersé par les Barbares. En 849, le siège de Brême étant devenu vacant, le pape Nicolas, sur la demande de Louis le Germanique, le détacha de la province de Cologne, le réunit à celui de Hambourg, confia à notre Saint le gouvernement des deux églises, et le fit son légat dans les provinces du Septentrion.
Anschaire, voyant son autorité ainsi affermie, fit de nouveaux prodiges de zèle ; il fit bientôt refleurir par tout le Danemark la religion qui y dépérissait ; il dut en grande partie ces succès à la bienveillance et à la protection de Horich, qui avait réuni sous sa domination les États de divers petits rois du pays. Gauzbert ayant été chassé de Suède par une émeute, Anschaire eut le courage d'aller lui-même rétablir cette mission. En vain ses amis lui exposèrent qu'il risquait sa vie ; lui, qui ne désirait que le martyre, commença par se présenter au roi Olaïs, ou Olaf, successeur de Birn. Ce prince le reçut fort bien, mais il voulut que le sort décidât, selon l'usage superstitieux du pays, si le libre exercice du Christianisme serait permis dans ses États. Le saint évêque voyait avec peine la cause de Dieu soumise au caprice du hasard ; il n'en demeura pas moins plein de confiance dans le secours du ciel, qu'il implora par le jeûne et la prière. Le sort fut favorable au christianisme, ainsi que le conseil du roi, espèce de parlement consulté sur ce sujet. L'Apôtre se mit aussitôt à l'œuvre, annonçant le royaume des cieux et la pénitence. Il prêchait le jour et travaillait des mains la nuit, comme saint Paul, pour n'être à charge à personne. Ce désintéressement fut aussi éloquent que ses discours. Les infidèles se convertirent en foule et, après avoir établi, aussi bien en Suède qu'en Danemark, diverses églises pourvues de bons ministres pour y continuer l'ouvrage du Seigneur, Anschaire revint à Brême. Là, il unit à l'inspection générale des provinces du Nord, le soin particulier du troupeau qu'il avait dans ce diocèse et dans celui de Hambourg ; l'évêque en lui n'avait point effacé le religieux, et les fonctions pastorales ne diminuaient point ses austérités. Il suivait en cela l'exemple du grand saint Martin, qu'il s'était proposé pour modèle. Il portait un rude cilice jour et nuit ; il ne se nourrissait ordinairement que d'eau et de pain, pris en petite quantité. Humble et se défiant de lui-même, il veillait sur tous les mouvements de son cœur et recourait sans cesse à Dieu, d'où il tirait ses lumières pour prêcher la vérité, et ses forces pour la pratiquer. Il savait, dans la prédication, mêler adroitement la terreur et la consolation ; il inspirait ainsi à ses auditeurs une crainte salutaire qui les éloignait du mal, et une dévotion tendre, un certain goût de la vertu. Aussi sage que zélé, il prenait toujours, pour résoudre une affaire importante, le temps de consulter Dieu. Il entendait régulièrement trois ou quatre messes avant d'offrir lui-même le saint sacrifice. Il avait extrait de l'Écriture Sainte et des Saints Pères une foule de passages propres à lui rappeler constamment sa propre indignité et enflammer dans son cœur l'amour de Dieu. Il avait écrit quelques-uns de ces passages après chaque psaume de son bréviaire. De toutes les lettres qu'Anschaire écrivit à des évêques, à des princes chrétiens, aux rois de Suède et de Danemark, il ne nous reste qu'une épître qu'il adressa à Louis le Germanique et à divers évêques, en leur envoyant son recueil des privilèges accordés par le Saint-Siège aux missions du Nord. Il y fait preuve d'une grande modestie en attribuant à Ebbon de Reims tout le mérite des conversions opérées dans les régions septentrionales ; car en réalité les deux voyages d'Ebbon en Danemark avaient été plus politiques qu'apostoliques, et leur résultat n'avait guère profité à la propagation de l'Évangile.
Ses aumônes étaient extrêmement abondantes et se déversaient de tous côtés. Les dîmes qu'il percevait étaient consacrées à secourir les indigents et les étrangers, dans un hôpital fondé par lui à Brême, et qui devait devenir par la suite une église collégiale placée sous son vocable. Presque tous ses revenus passaient entre les mains des veuves, des orphelins, des anachorètes ! Son aumônière s'ouvrait toujours à la demande des solliciteurs qu'il rencontrait. Pendant le Carême, il recevait tous les jours et servait à sa table quatre pauvres, deux hommes et deux femmes ; il lavait lui-même les pieds aux premiers et faisait rendre les mêmes soins aux deux femmes par une respectable matrone. Dans le cours de ses tournées pastorales, il ne prenait le repas de ses hôtes que lorsqu'il avait fait asseoir à une table spéciale un certain nombre d'indigents, auxquels il avait offert les ablutions des mains selon l'usage bénédictin.
Sa plus grande joie était de racheter des esclaves. Rembert raconte toute la joie que manifesta devant lui une pauvre veuve à qui le Saint avait ramené son fils, que des pirates suédois avaient longtemps gardé captif.
Sa confiance en Dieu fut souvent récompensée par des visions et la connaissance de l'avenir. C'est ainsi qu'il apprit que Reginaire, comte de Hainaut, qui employait à son service les enfants normands et slaves qu'on devait préparer à la vie monastique dans l'abbaye de Thurolt, serait un jour puni de ce détournement : ce qui se vérifia bientôt, puisque les intrus tombèrent dans la disgrâce de Charles le Chauve et perdirent la concession de l'abbaye faite antérieurement aux dépens d'Anschaire.
Le biographe contemporain de l'archevêque de Hambourg nous signale une autre circonstance où l'avenir lui révéla ses secrets. Trois ans avant sa promotion à l'évêché de Brême, il s'était senti transporté en songe dans un lieu fort agréable ; là, il vit le Prince des Apôtres auquel les habitants d'une ville voisine demandaient un pasteur. Saint Pierre leur proposa Anschaire ; et, en même temps, le sol trembla, et l'Esprit-Saint descendit du haut des cieux. Comme les mêmes postulants continuaient à réclamer un évêque, saint Pierre, indigné, s'écria : « Ne vous ai-je pas dit que ce serait Anschaire, et n'avez-vous pas vu l'Esprit-Saint illuminer son front ? Cessez donc toute opposition à cet arrêt ». — Anschaire sut dès lors qu'il était destiné à gouverner l'église de Brême et que diverses personnes s'efforçaient d'entraver sur ce point les vues de la Providence.
Plein de sollicitude pour son troupeau, il réalisait le portrait du bon Pasteur tracé par saint Grégoire. Ses éloquents discours, heureusement mélangés de douceur et de sévérité, épouvantaient les pécheurs, réchauffaient les tièdes et répandaient la consolation dans l'âme des affligés.
Un dimanche, qu'il prêchait dans un bourg de la Frise, il s'éleva principalement contre le travail servile des jours de fête. Plusieurs de ses auditeurs n'en voulurent pas moins, ce jour-là même, profiter du beau temps pour ramasser leur foin dans les prés et en faire des meules : mais, vers le soir, elles furent consumées par le feu du ciel, qui respecta celles qui avaient été amassées les jours précédents. Les habitants des villages voisins, en apercevant la fumée, s'imaginaient que c'était l'indice d'une invasion d'ennemis ; mais, après information, ils surent que c'était la juste punition du mépris qu'on avait fait de la parole d'Anschaire.
Parmi les Nordalbingiens, il en était qui, quoique chrétiens, ne se faisaient point scrupule de s'emparer des esclaves qui se retiraient dans leur pays ; ils les employaient à leur service personnel ou les revendaient aux païens. Les personnes les plus notables de la nation se rendaient coupables de cet odieux trafic, qu'Anschaire ne savait comment empêcher ; encouragé par une vision, il résolut d'affronter tous les dangers d'une telle entreprise ; il réussit si bien, en joignant la menace aux exhortations, que non-seulement la liberté fut rendue à tous les prisonniers, mais qu'il fut convenu que celui qui serait désormais soupçonné d'un tel crime devrait se purger de cette accusation, non point par un simple serment, mais en se soumettant à ce qu'on appelait le Jugement de Dieu. Ceux qui furent témoins de cette conversion se plaisaient à dire qu'ils n'avaient jamais rencontré un homme aussi excellent que l'archevêque de Hambourg.
Anschaire ne portait pas un pareil jugement sur lui-même : car, lorsqu'on lui parlait des miracles qu'il avait opérés par ses prières et l'onction de l'huile bénite, il s'écriait que, s'il avait quelque crédit auprès de Dieu, il ne lui demanderait qu'un seul miracle, celui de devenir un homme de bien.
Anschaire était âgé de soixante-quatre ans, et il en avait passé trente-quatre dans les fonctions épiscopales, quand sa santé déjà ébranlée fut tout à fait compromise par une maladie douloureuse qui lui dura quatre mois.
Notre Saint aurait désiré mourir le jour de la Purification. Le 1er février 865, il ordonna de préparer le repas plus copieux qu'on devait offrir le lendemain au clergé et aux pauvres, et de confectionner trois grands cierges de cire ; il les fit mettre, l'un devant l'autel de la Vierge, l'autre à celui de Saint-Pierre, le troisième à celui de Saint-Jean-Baptiste, voulant par là recommander l'heure de sa mort à l'intercession de ces trois protecteurs.
Quand ses forces l'eurent abandonné, il pria son disciple Rembert d'achever pour lui les versets des Psaumes qu'il avait commencés : c'est ainsi que, les yeux fixés vers le ciel, il rendit son âme à Dieu le 3 février de l'an 865.
Le corps du Pontife fut embaumé et inhumé dans la cathédrale de Saint-Pierre de Brême, devant l'autel de la Très-Sainte Vierge. Ses obsèques s'accomplirent au milieu d'un deuil universel.
Les écrivains protestants n'ont pu s'empêcher de rendre hommage à l'Apôtre du Nord.
## RELIQUES ET CULTE DE SAINT ANSCHAIRE.
Plusieurs églises d'Allemagne, de Suède et de Danemark obtinrent de Brême quelques reliques de saint Anschaire.
Adalbert, archevêque de Hambourg et de Brême, envoya à Foulques, abbé de Corbie, en 1048, un bras de saint Anschaire, et renonça, à cette occasion, à l'ancienne fraternité qui unissait les moines de Corbie au clergé de Hambourg. Cette précieuse relique fut reçue à Corbie le 1er mars ; le jour de Pâques de l'an 1198, on la mit dans un bras d'argent. Elle a été sauvée à la Révolution et se trouve, depuis 1865, à l'église de Foulley.
La prétendue Réforme a dispersé les reliques de l'Apôtre du Nord. Elles ont été précieusement recueillies depuis un petit nombre d'années ; on en conserve dans les églises catholiques de Brême, de Hambourg et de Copenhague.
Grâce à la bienveillante intervention de Mgr Tirmache, évêque d'Adras, Napoléon III a fait don, en 1864, à l'église de Foulley, d'une châsse destinée à contenir le bras de saint Anschaire. Depuis lors, un fragment en a été donné à la paroisse de Corbie.
Anschaire fut mis au nombre des Saints, peu de temps après sa mort, par saint Rembert, son successeur sur le siège de Brême. Cette canonisation fut bientôt confirmée pour toute l'Église par le pape saint Nicolas Ier.
Dès l'an 882, saint Rembert dédia à son prédécesseur l'église de Brême, qu'il y avait fait construire pour un chapitre de chanoines réguliers. Adolphe Cypress affirme que les luthériens ne purent jamais réussir à profaner ce sanctuaire par des entreprises mercantiles, et qu'ils se décidèrent enfin à en faire un hospice d'orphelins.
Jusqu'à la Réforme, Anschaire resta le patron le plus populaire, non-seulement de Brême et de Hambourg, mais de toute l'Allemagne septentrionale. Son culte était répandu dans divers diocèses de la Suède, de la Norvège, du Danemark, du Sleswig-Holstein, de la France, de la Belgique (Droges). Le souvenir de saint Anschaire ne s'est jamais éteint dans les régions septentrionales. Mgr Melchers, évêque d'Osnabrück, vicaire apostolique des missions du Nord, a entrepris de populariser son culte. Du 3 au 11 février 1865, il a célébré solennellement dans l'église catholique de Hambourg le millième anniversaire de la mort de saint Anschaire : à cette occasion, il a prescrit aux prélats des missions du Nord la récitation d'un office de saint Anschaire, tiré en grande partie de l'ancien bréviaire scandinave, et qui, l'année précédente, avait été approuvé par le Saint-Siège.
Mgr Melchers, évêque d'Osnabrück, nous écrit qu'on ne sait pas même aujourd'hui où se trouvait l'autel de Marie, dans l'église protestantisée de Saint-Pierre, autel qu'on détruisit en même temps que le tombeau de saint Anschaire. Sa Grandeur ajoute qu'il existe des statues de l'Apôtre du Nord dans les églises catholiques de Hambourg et de Copenhague, et qu'en 1863, le sénat de Brême fit ériger sur la place de cette ville une remarquable statue de son saint archevêque. — Il y en a une toute moderne à Saint-Pierre de Corbie. Saint Anschaire figure aussi dans les nouvelles verrières de l'église paroissiale de Villers-Bretonneux.
Une église catholique de Hambourg, une autre de Copenhague sont consacrées à saint Anschaire, et il est également patron de diverses églises de Suède.
A Hambourg, une rue, une porte et une chaussée portent le nom de saint Anschaire. Une église de Brême s'appelle *Ausgarius Kirche* ; un village voisin, *Wildenschwaren* (*silla Anschari*) ; un autre *Aschar-endorf*.
On célèbre solennellement la fête de saint Anschaire à Fouilloy, le lieu de sa naissance.
Le seul ouvrage qui nous soit resté complet d'Anschaire est une Vie de saint Willichald, premier évêque de Brême, mort vers 790. Le style en est remarquable pour l'époque : les meilleurs critiques en ont loué la simplicité et l'esprit judicieux.
La vie d'Anschaire lui-même a été écrite au IXe siècle par saint Rembert qui fut son disciple et son successeur.
Quant à nous, pour composer la vie que nous offrons ici, nous avons suivi Baillot, M. l'abbé Karup, autour d'une histoire de l'Église catholique, en Danemark, éditée en français, chez M. Guémar de Bruxelles, en 1861 ; et surtout M. l'abbé Corbet, hagiographe d'Amiens, dont le travail est tout ce qu'il y a de plus complet.
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## SAINTE VÉRONIQUE * (70).
Une longue tradition a défendu de siècle en siècle l'existence et la mission de sainte Véronique.
*Origines chrétiennes de Bordeaux.*
S'il faut en croire les visions de Catherine Emmerich, dans son livre de la *Douleureuse Passion*, Véronique était cousine de saint Jean-Baptiste, car son père et Zacharie étaient enfants de deux frères. C'est sans doute en raison de sa parenté avec le précurseur qu'elle obtint de pénétrer dans la prison où Jean avait été décapité et d'y recueillir son sang ; — précieuse relique dont fut plus tard enrichie la ville de Bazas.
Ensuite Véronique apparaît dans l'Évangile de Nicodème. Au moment où les Juifs demandent à grands cris la mort de Jésus-Christ, Pilate, pour le sauver, fait appel aux témoins à décharge et leur laisse le temps de se produire et de parler. Alors, continue le récit, « une femme du nom de Véronique se mit à crier de loin : J’étais hémorroïsse, j’ai touché la frange de son vêtement, et aussitôt s’est arrêté un flux de sang qui durait depuis douze ans ».
L'Évangile de Nicodème est rangé parmi les apocryphes. Mais en rejetant ces livres du canon des écritures divines, l'Église, on le sait, n'a pas entendu leur dénier toute valeur historique. « Quelle que soit leur authenticité, leur antiquité du moins n'est pas contestable, et parmi eux il en est que l'Église d'Orient a conservés dans sa liturgie. Grand nombre d'auteurs n'ont pas hésité à recevoir de cette source l'histoire et le nom de Véronique, et à affirmer qu'« elle est cette femme que le Seigneur guérit d'un flux de sang par le contact de son vêtement, et qui reçut de lui, au temps de la passion, sa sainte image imprimée sur un linge ». Ainsi parle l'auteur du *Parterre des Saints*, et après lui tous ceux qui, à l'occasion du prodige de la sainte face, remontent au prodige de la guérison, comme à un premier lien de reconnaissance et de dévouement entre le Sauveur et sa pieuse servante. Une autorité d'un ordre plus élevé appuie ce rapprochement : c'est une messe commune à trois missels fort anciens, l'un Ambrosien, l'autre de l'église de Jaen, en Espagne, et le troisième d'Aoste. Dans les oraisons, on invoque sainte Véronique qui essuya la face de Notre-Seigneur ; dans la prose, on adore cette image divine, et l'évangile rapporte la guérison de l'hémorroïsse.
Pour répondre à ceux qui, avec Eusèbe, prétendent que l'hémorroïsse était Phénicienne, et non Juive ; non habitante de Jérusalem — bien qu'il soit très-possible, comme l'a même avancé un historien, que Véronique ait vécu tantôt en Phénicie, tantôt à Jérusalem — M. Faillon a ouvert un autre avis que nous croyons à l'abri de toute contestation : « Il peut y avoir eu », dit-il, « une sainte appelée Véronique guérie par le Sauveur d'une perte de sang, mais on ne doit pas conclure de là que cette femme ait été l'hémorroïsse syrophénicienne ».
Ainsi Véronique ne sera pas, si l'on veut, l'hémorroïsse du chapitre 8 de saint Luc, mais elle sera certainement l'hémorroïsse à laquelle s'appliqueront ces mots du chapitre 14 de saint Matthieu : « Plusieurs malades le priaient qu'il leur permit seulement de toucher le bord de son vêtement, et tous ceux qui le touchèrent furent guéris ». Elle sera certainement comprise dans ce groupe si pur et si dévoué des femmes que Jésus « avait délivrées des malins esprits et guéries de leurs infirmités, qui le suivaient » autant que les douze, et « l'assistaient de leurs biens », tandis qu'il « allait de ville en ville, et de village en village, prêchant l'Évangile et annonçant la parole de Dieu ».
Après avoir assisté à l'entrée triomphale de Jésus dans Jérusalem, le jour des Rameaux, Véronique vint l'assister dans ses douleurs. Elle déposa en sa faveur devant Pilate avec les témoins irrécusables de ses miracles : Lazare, l'aveugle-né, Simon, le lépreux, Jaïre, le démoniaque, la femme courbée. Tous ensemble s'écrient :
« Ô cet homme ici est saint prophète ! »
Ce n'est pas tout : parenté avec les alliés de Joseph et de Marie, relations antérieures et tout à fait primitives avec Jésus de la femme qui devait en recevoir le plus précieux des gages, ont été admises d'instinct, ont été peintes d'enthousiasme. La poésie s'en transmet d'un siècle à l'autre les ravissantes images. Dans un poème polonais, intitulé : *La Sainte Famille*, Joseph et Marie ont perdu Jésus à Jérusalem ; Elisabeth vient leur annoncer qu'on l'a trouvé. « C'est donc au temple ou chez Véronique ! » répond aussitôt la mère divine. Quelques jours après, la sainte famille descend chez sa cousine : « Du plus loin qu'il put, Jésus saluait avec joie la vieille Elisabeth, ainsi que Véronique, Marthe et Salomé. Là, Joseph faisait la prière usitée pour la bénédiction des dons. Jésus prenant le rôle de sanctificateur, rompait le pain et le bénissait ; et Véronique promena la corbeille, distribuant le pain aux convives... Tous, à pleine oreille, écoutaient l'Enfant, et savouraient avec empressement sa parole comme le pain céleste, comme l'aliment qui pouvait apaiser la faim de leurs âmes pour toute l'éternité ».
C'est plus haut encore que commence la vie évangélique de notre Sainte, si nous ajoutons foi à la *Vie de Jésus-Christ*, à la *Vie de la Sainte Vierge*, et à la *Douleureuse Passion de Jésus-Christ*, d'après les révélations de Catherine Emmerich. Ces trois écrits fournissent un élément nouveau que je ne saurais écarter. Les personnes pieuses parmi lesquelles ils deviennent de plus en plus populaires s'étonneraient de mon silence à leur égard. Tout lecteur a droit d'exiger que je les expose et les contrôle dans des détails qui paraissent douteux et aventurés.
Cette amie familière et de cœur de la Sainte Vierge, Catherine Emmerich nous la peint âgée de dix ou douze ans, élevée déjà dans le temple lorsque Marie vint l'habiter, contractant une étroite liaison avec la future Mère du Sauveur, et assistant à son mariage avec Joseph. Lorsque Jésus échappa pendant trois jours à la tendresse de ses parents pour enseigner au milieu des docteurs, Véronique lui donna la nourriture et l'hospitalité dans une maison, près de la porte de Bethléem, où elle le nourrit encore pendant les jours qui précédèrent la Passion. Elle le suivit dans ses courses apostoliques, et se trouva parmi les témoins de ses merveilles à Ainoa, à Azanoth, à Dothan, à Jezrael. Elle voyageait ou s'arrêtait comme lui, tantôt à Hébron, tantôt à Capharnaüm. Tandis que Marthe pourvoyait au nécessaire pour le Seigneur et ses disciples, elle veillait particulièrement aux besoins des saintes femmes. Toutes se réunissaient pour coudre, pour travailler aux vêtements destinés à la communauté apostolique, ou dont on faisait la distribution aux pauvres. Aucune prévoyance de charité ne leur était étrangère.
Aux noces de Cana, Véronique prépara pour la table une corbeille de fleurs. Mais c'était surtout la gloire du divin Maître, le succès de sa prédication dont elle prenait souci. Elle harcelait Marie-Madeleine de ses visites, afin de la retirer de sa vie désordonnée et de la rapprocher de Jésus. Lors de l'entrée triomphale du Sauveur à Jérusalem, elle recueillit de tous des vêtements pour les jeter sous ses pas, et étendit sur le chemin le voile dont elle devait plus tard essuyer son visage. Tant de dévouement appelait de nouvelles faveurs : son rôle dans la Passion de Jésus-Christ et sa venue à Rome avec la sainte image dont elle avait hérité.
Dès le IIIe siècle, saint Méthode, évêque de Tyr, loué par saint Jérôme pour ses ouvrages et sa science autant que sa sainteté, a retracé l'histoire de Véronique.
Si l'on veut observer maintenant les démarches de Véronique et le prodige qui récompensa sa piété, il faut écouter Catherine Emmerich. Sa narration est pleine de simplicité et d'intérêt ; elle s'adapte merveilleusement à la trame évangélique. On n'a pas de peine à admettre que les choses aient pu se passer ainsi :
« Le cortège entra dans une longue rue qui tournait un peu à gauche et où aboutissaient plusieurs rues transversales. Beaucoup de gens bien vêtus se rendaient au temple et plusieurs s'éloignaient à la vue de Jésus, par une crainte pharisaïque de se souiller, tandis que d'autres marquaient quelque pitié. On avait fait environ deux cents pas depuis que Siméon était venu porter la croix avec le Seigneur, lorsqu'une femme de grande taille et d'un aspect imposant, tenant une jeune fille par la main, sortit d'une belle maison située à gauche et se jeta au-devant du cortège. C'était Séraphis... appelée Véronique... à cause de ce qu'elle fit en ce jour.
« Séraphia avait préparé chez elle d'excellent vin aromatisé, avec le pieux désir de le faire boire au Sauveur sur son chemin de douleur. Elle s'avança voilée dans la rue ; un linge était suspendu sur ses épaules ; une petite fille d'environ neuf ans qu'elle avait adoptée se tenait près d'elle, et cacha, à l'approche du cortège, le vase plein de vin. Ceux qui marchaient en avant voulurent la repousser, mais elle se fraya un passage à travers la populace, les soldats et les archers, parvint à Jésus, tomba à genoux et lui présenta le linge qu'elle déploya devant lui en disant : « Permettez-moi d'essuyer la face de mon Seigneur ». Jésus prit le linge, l'appliqua contre son visage ensanglanté et le rendit avec un remerciement. Séraphia le mit sous son manteau après l'avoir baisé et se releva. La jeune fille leva timidement le vase de vin vers Jésus, mais les soldats et les archers ne souffrirent pas qu'il s'y désaltérât. La hardiesse et la promptitude de cette action avaient excité un mouvement dans le peuple, ce qui avait arrêté le cortège pendant près de deux minutes et avait permis à Véronique de présenter le suaire. Les Pharisiens et les archers, irrités de cette pause, et surtout de cet hommage public rendu au Sauveur, se mirent à frapper et à maltraiter Jésus, pendant que Véronique rentrait en hâte dans sa maison.
« À peine était-elle rentrée dans la chambre, qu'elle étendit le suaire sur la table placée devant elle et tomba sans connaissance ; la petite fille s'agenouilla près d'elle en sanglotant. Un ami qui venait la voir la trouva ainsi près d'un linge déployé, où la face de Jésus s'était empreinte d'une façon merveilleuse, mais effrayante. Il fut très-frappé de ce spectacle, la fit revenir à elle et lui montra le suaire, devant lequel elle se mit à genoux en pleurant et en s'écriant : « Maintenant, je veux tout quitter, car le Seigneur m'a donné un souvenir ? ».
Les lieux où cette action s'est passée n'ont pas été moins aimés ni moins vénérés que la personne qui l'a accomplie. L'histoire de la maison de Véronique projette ainsi ses reflets sur Véronique elle-même.
Bernard de Breydenbach, doyen de Mayence, assure « avoir parcouru, le 14 juillet 1483, cette longue voie par laquelle le Christ fut conduit du palais de Pilate au lieu du crucifiquement, et avoir passé devant la maison de sainte Véronique, éloignée de cinq cent cinquante pas du palais de Pilate ».
Adrichomius, de Cologne, décrit les lieux avec plus de précision encore : « La maison de Véronique occupait l'angle d'une rue... Depuis l'endroit où elle vint au-devant de lui, jusqu'à la porte judiciaire où il tomba pour la seconde fois sous sa croix, le Christ parcourut trois cent trente-six pas et onze pieds ».
On ne peut exiger, je crois, une description plus authentique et mieux suivie à travers les ravages des temps. Bon nombre d'autres pèlerins sont aussi précis : tous se recommandent par la science et par le caractère. La plupart de leurs voyages, parus à la naissance de l'imprimerie, sont illustrés de plans et de gravures. Ils écrivent ce qu'ils ont vu, ce qu'ils ont recueilli sur cette terre, où « les chrétiens », a dit Gibbon, tout à la fois si instruit et si hostile à la religion, « fixèrent par une tradition non douteuse la scène de chaque événement mémorable ». Que faut-il de plus en faveur de la maison de Véronique ? Et cependant elle a reçu un honneur qui éclipse tous les autres : l'Église la compte au nombre des lieux saints.
Par une bulle du 16 des kalendes d'août 1561, Pie IV confirme et ratifie les indulgences qu'on lit dans un très-bon tableau « gardé près le très-saint sépulcre de Notre-Seigneur Jésus-Christ ». Sixte V, Benoît XIII, Grégoire XVI les ont successivement reconnues et publiées. Or, sur le tableau du saint sépulcre, reproduit par le *Bollaire de la Terre-Sainte*, dans la nomenclature des lieux saints auxquels ces indulgences sont attachées, on lit : « Dans la maison de sainte Véronique, il y a sept années et autant de quarantaines ». Par suite, cette station a été conservée dans l'exercice connu sous le nom de Chemin de la Croix. Le Saint-Siège, interrogé à ce sujet, a répondu que, sous aucun prétexte, il n'est licite d'en modifier les stations, et le tableau qu'il en a publié détermine ainsi la sixième : Véronique essuie la face de Jésus.
Quelle n'est donc pas l'erreur de quelques écrivains, qui ont prétendu que le culte de cette pieuse femme tendait à s'évanouir parmi les catholiques instruits ! Quelle est l'église qui n'ait son chemin de la croix et qui, par cette pratique aussi populaire que fondamentale, ne présente Véronique à tous les points de la chrétienté, comme modèle et avocate auprès de Jésus souffrant ?
« Cette sainte troupe (Marie et les autres femmes, au nombre de dix-sept), vint à la maison de Véronique, et y entra parce que Pilate revenait par cette rue avec ses cavaliers. Les saintes femmes regardèrent en pleurant le visage de Jésus empreint sur le suaire, et admirant la grâce qu'il avait faite à sa fidèle amie, elles prirent le vase de vin aromatisé qu'on n'avait pas permis à Véronique de faire boire à Jésus et se dirigèrent toutes ensemble vers la porte de Golgotha. Elles montèrent au Calvaire par le côté du couchant, où la pente est plus douce. La mère de Jésus, sa nièce Marie, fille de Cléophas, Salomé et Jean s'approchèrent jusqu'à la plate-forme circulaire ; Marthe, Marie, Héli, Véronique, Jeanne, Chusa, Suzanne et Marie, mère de Marc, se tinrent à quelque distance, autour de Madeleine, qui était comme hors d'elle-même. Plus loin étaient sept autres d'entre elles ». D'une fidélité à toute épreuve, Véronique partagea la sollicitude de ces saintes femmes, « qui donnèrent de l'argent à un homme pour qu'il achetât aux archers la permission de faire boire à Jésus (qu'on dépouillait de ses vêtements), le vin aromatisé ». Ce fut refusé. Elle les aida quand, au moment de l'ouverture du côté, « elles recueillirent le sang et l'eau dans des fioles, et essuyèrent la plaie avec des linges ; quand elles préparèrent le linge, les aromates, l'eau, les éponges, les vases », pour l'embaumement du corps du Sauveur. Elle était avec elles quand elles suivirent Nicodème, Joseph et les autres hommes qui portaient le corps sur une civière ; quand, dans la nuit qui précéda la résurrection, elles se retirèrent au cénacle pour prendre leur sommeil et sortirent à minuit pour aller au tombeau ; quand enfin elles prirent part aux apparitions de Jésus-Christ à ses apôtres, à l'Ascension et à la descente du Saint-Esprit le jour de la Pentecôte.
Cependant, l'on continuait à venir chez Véronique, adorer le précieux souvenir qu'elle possédait.
« Peu d'heures après le crucifiquement », et combien de fois dans la suite, « plusieurs amis et disciples de Jésus contemplaient le suaire de Véronique, où la face du Seigneur, avec toutes ses blessures et sa barbe ensanglantée, était reproduite en traits de sang épais, et pourtant bien distincts ».
Le voile miraculeux empreint des traits du Sauveur souffrant ne devait pas rester une propriété privée. C'était un don de Jésus-Christ à son Église, une relique destinée au centre de la catholicité. Véronique l'a donc porté à Rome : ce fait a déjà été énoncé, mais à raison de son importance, de son occasion, de ses incidents, il réclame une étude spéciale.
Voici comment le retrace Philippe de Bergame :
« Véronique, femme de Jérusalem, disciple du Christ, d'une grande sainteté et pureté, fut appelée en ce temps-là de Jérusalem à Rome avec le suaire de Jésus-Christ, par ordre de Tibère-César, et par les soins de Volusien, vaillant soldat et familier de la cour. L'empereur était retenu au lit par une grande maladie. Aussitôt qu'il eut reçu cette très-sainte femme et touché l'image du Christ, il se trouva complètement guéri. Par suite de ce miracle, Véronique fut en grande vénération auprès de ce prince ».
De ce miracle, rapporté aussi par Ferrari dans le *Catalogue des Saints d'Italie*, Catherine Emmerich fournit la description suivante :
« Dans la troisième année qui suivit l'ascension du Christ, je vis l'empereur romain envoyer quelqu'un à Jérusalem pour recueillir les bruits relatifs à la mort et à la résurrection de Jésus. Cet homme emmena avec lui à Rome Nicodème, Séraphia (Véronique), et le disciple Épaphras, parent de Jeanne Chusa. Celui-ci, qui avait été attaché au service du temple, avait vu Jésus ressuscité, dans le cénacle et ailleurs. Je vis Véronique chez l'empereur, il était malade ; son lit était élevé sur deux gradins ; la chambre était carrée, pas très-grande, il n'y avait pas de fenêtres, mais le jour venait d'en haut. Véronique avait avec elle, outre le suaire, un des linges de Jésus, et elle déploya le suaire devant l'empereur qui était tout seul. La face de Jésus n'y était imprimée qu'avec son sang. Cette empreinte était plus grande qu'un portrait, parce que le linge avait été appliqué tout autour du visage. Sur l'autre drap était l'empreinte du corps flagellé de Jésus. Je ne vis pas l'empereur toucher ces linges, mais il fut guéri par leur vue ».
La guérison miraculeuse de Tibère expliquerait ce qu'Eusèbe, Paul Orose et plusieurs autres historiens racontent de la conduite de cet empereur à l'égard de Jésus-Christ et de sa religion. Informé par Pilate de la mort, de la résurrection et des miracles de cet homme extraordinaire, il voulut le faire admettre au nombre des dieux. Le sénat, irrité de n'avoir pas été d'abord consulté, repoussa la proposition et décréta l'extermination des chrétiens. Tibère s'en vengea en menaçant du dernier supplice quiconque les dénoncerait, et en frappant de mort ou d'exil tous les sénateurs, deux seuls exceptés. Il se borna à élever une statue du Sauveur dans son palais.
Quant à l'envoyé de l'empereur, que Catherine Emmerich ne nomme pas, l'auteur des *Fleurs des Saints*, comme Philippe de Bergame, l'appelle Volusien, et les préfaces ambrosiennes ajoutent que lui aussi trouva dans le contact du suaire la guérison d'une infirmité dont il était atteint. « On fait de lui très-ancienne mémoire », dit Luzidi, « dans l'église de Milan, à l'occasion de sainte Véronique, dont on y solennise la fête le 4 février... Non-seulement on y faisait mémoire de Véronique et de Volusien dans les heures canoniques, mais encore à la messe, qui avait une préface particulière avec simple mention de Volusien... Il est encore aujourd'hui représenté dans des peintures, quoique bien modernes, de la crypte de la basilique de Saint-Pierre, et on en parle dans deux anciens livres de la bibliothèque du Vatican. Dans le premier, écrit du temps d'Alexandre III, en 1160, on raconte que Volusien était ami de Tibère, et qu'envoyé par lui à Jérusalem, il en avait, avec Véronique, porté le suaire...
Quel que soit, du reste, l'ambassadeur, il n'a qu'un rôle secondaire dans cette translation attribuée à sainte Véronique par des mystiques tels que Lansperge et Mallonius, par des théologiens tels que Gerber et Suarez, par des historiens tels que Stengel et Paléati, par des hagiographes ou des archéologues tels que Galesinius, Gervais et Biondo. Calcaginus, cité par Sandini et reproduit par l'archidiacre Pamélius, appuie cette opinion de ces mots : « L'image du Christ, que la tradition dit avoir été donnée à Véronique sur le suaire », existe encore, et dans une si grande vénération, que non-seulement les miracles, mais encore la vue « même de cette image ne permettent plus d'élever aucun doute à son égard ». Molanus rapporte cette citation du sentiment d'Abbric qui, dans son dictionnaire de l'an 1350, tient le même langage : « Il y a dans la bibliothèque du Vatican », ajoute le docteur belge, « une histoire de la translation de cette image à Rome sous Tibère, d'une rédaction sérieuse et d'une écriture très-ancienne. Le célèbre théologien anglais Thomas Stapleton, m'a rapporté l'avoir lue tout entière ». Baronius confirme l'existence de ce précieux manuscrit. « Dans l'église de Sainte-Marie des Martyrs, à l'autel du Crucifix, on garde précieusement les restes vermoulus d'un coffre de bois qui servit au transport de la sainte relique ». Le savant chanoine Barbier de Montault a copié dans cette diaconie l'inscription qui atteste comment, par les mains de sainte Véronique, le saint suaire vint de Palestine à Rome. C'est pourquoi les Bollandistes, frappés d'un accord si général, formulent ces deux conclusions : « Ce qui regarde le suaire donné à sainte Véronique est hors de doute pour les chrétiens orthodoxes ; que sainte Véronique ait porté à Rome cette sainte image, c'est l'opinion unanime de tous les écrivains ».
De ce moment, la précieuse relique devint l'héritage de saint Pierre, de saint Clément et de leurs successeurs. Les Papes instituent en son honneur des fêtes, des ostensions et des processions. Leurs cérémoniaux, leurs bulles, depuis Célestin II jusqu'à Clément VI, VII, VIII et Grégoire XIII, attestent un culte qui ne fait que s'accroître et suppose toujours l'existence de la femme à laquelle le Sauveur donna ce témoignage singulier de son amour. Un livre intitulé : *Sommes des Églises de Rome*, fut publié par ordre de Sixte V. On y lit que : « À l'extrémité de l'église de Saint-Pierre, vers la porte Sainte, est la chapelle et l'autel du Saint-Suaire, en très-belle mosaïque, consacrés par Jean VII à la bienheureuse Vierge, et sur cet autel, dans un tabernacle de marbre, le très-saint suaire du Christ, dit de sainte Véronique, sur lequel la très-pieuse femme, en essuyant la face du Sauveur quand il était conduit à la mort, reçut son image imprimée. Là se conserve ce voile, et aux jours fixés les chanoines le montrent aux peuples qui s'y pressent en foule ». Puis, dans le catalogue des reliques de la même basilique, est mentionné le suaire donné à Véronique. Benoît XIV apporte à ce sujet son caractère particulier de science et de critique : « Dans la basilique du Vatican, outre le fer de la lance, on conserve avec une grande vénération le suaire qui a parfaitement gardé et garde encore les traits du visage de Notre-Seigneur Jésus-Christ, arrosé de sueur et de sang ». À la voix de ses pontifes, le peuple est accouru de tous les points de la chrétienté. Dans les temps de jubilé, aux jours privilégiés d'exposition de la vénérable Face, une foule immense encombrait l'église de Saint-Pierre, et chantait l'hymne et l'oraison liturgiques : « Sainte, sainte Face de notre Rédempteur, sur laquelle reluit l'éclat de la splendeur divine ; imprimée sur un voile d'une blancheur de neige en signe d'amour. Ô Dieu ! qui après nous avoir marqués de la lumière de votre visage, avez voulu, à la demande de la bienheureuse Véronique, nous laisser ce souvenir dans votre image imprimée sur le suaire, accordez-nous par votre sainte Croix et votre glorieuse Passion, après vous avoir vu sur la terre, adoré à travers le miroir et le symbole, de mériter de vous voir, joyeux et affranchis de toute crainte, dans les cieux ». Les pèlerins, après avoir adoré la sainte Face, en emportaient avec eux les images. Le dauphin de Vienne, Humbert II, vers 1333, en faisait provision, ainsi que de beaucoup d'autres objets de piété, qu'il achetait en parcourant les églises de Rome. Au XVIIe siècle, Jean de Dumen était à la cour de Rome le peintre officiel chargé de fournir ces Véroniques à la chrétienté. Aujourd'hui, on les vend encore imprimées sur toile avec une gravure qui date d'environ un siècle, et authentiquées de la signature et du sceau d'un chanoine. Sainte Brigitte reprochait, de la part de Jésus-Christ, à plusieurs de ses contemporains, leurs doutes sur sa sainte Face. Le Dante, traduisant la croyance de son époque, rencontrait Véronique dans le paradis et s'écrivait : « Ô mon Seigneur Jésus-Christ, Dieu véritable ! c'est donc ainsi qu'on a pu conserver votre sainte Face ! » Jean Dorat, autre poète, la célébrait « comme la plus admirable de toutes les peintures, parce qu'elle a été tracée sur le voile de Véronique, non de main d'homme, mais par le visage même d'un Dieu ».
Cette dévotion appliquée à son double objet n'a rien perdu de sa vivacité. Rome voit toujours le même concours. Un monument remarquable en fait foi. Dans la basilique de Saint-Pierre, dans ce premier temple du monde où tout est catholique et significatif, une statue de sainte Véronique, tenant la sainte face, haute de quinze pieds et due au ciseau de Mochi, sculpteur italien du XVIIe siècle, occupe une des quatre niches inférieures des piliers du dôme. Elle partage cet honneur avec sainte Hélène qui porte une grande croix, avec saint Longin qui tient une lance et avec l'apôtre saint André. Des tabernacles surmontés de ciboriums en marbre venu de Jérusalem et placés au-dessus des statues, renfermaient des parcelles de la vraie croix, le fer de la sainte lance et de la sainte face.
Cette conquête ne saurait être compromise par la confusion dans laquelle quelques auteurs ont jeté les diverses images de Jésus-Christ connues sous le nom d'achéropites ou images non faites de main d'homme. L'Orient se glorifiait de posséder une face du Christ que le Sauveur lui-même aurait envoyée imprimée sur un linge à Abgar, roi d'Édesse. On la trouve deux fois dans le *Ménologe des Grecs* : d'abord au 16 août, tenue par un ange aux ailes déployées, avec cette indication : *Mémoire de l'image du Christ qui n'a pas été faite de main d'homme* ; puis au 11 octobre : *Mémoire du saint Synode, septième de Nicée*, en 787, contre les Iconoclastes, présentée par deux Pères du concile, devant le trône de Constantin et d'Irène, en preuve de la vénération due aux images. Cette face, dont Nicéphore, Évagre, Procope, ont écrit l'histoire, transportée de Constantinople à Rome, serait, d'après Cariceti, la même que possède aujourd'hui l'église Saint-Silvestre. Constantin Porphyrogénète remarque l'unanimité des écrivains sur son origine : « En ce qu'il y a d'essentiel sur ce point, tous ont le même sentiment et confessent que le visage du Seigneur s'est miraculeusement imprimé sur le linge, quelques dissentiments de circonstances et de temps n'affectent en rien le fond de la vérité... »
L'authenticité de cette image ne suit pas celle du suaire de Véronique. Leurs traits sont parfaitement distincts comme leur histoire. M. Éméric David, qui les a étudiées au point de vue artistique, reconnaît que la seconde est « celle de toutes où la tête de Jésus-Christ a le plus de dignité ». M. Raoul-Rochette, qui ne veut pas remonter au delà, avoue du moins qu'elle date du VIIe siècle, « et que depuis le commencement du VIIIe où elle fut placée par Jean VII, dans la basilique du Vatican, elle n'a jamais cessé d'exciter la vénération du monde chrétien ».
Parmi plusieurs saintes faces célèbres, deux surtout ont partagé ce culte : l'une à Milan, l'autre à Jaen en Espagne. On appuyait leur prix sur cette opinion professée par quelques écrivains et, entre autres, dans une *Histoire du Christ écrite en Pérou* :
« Véronique plia son voile en trois pour essuyer la face bénie du Sauveur, et lorsqu'elle le déplia elle trouva sa véritable image imprimée sur chaque partie ». À ces églises de justifier et de défendre leur possession. Si Véronique n'est pas une femme de l'Évangile, comme Marthe et Madeleine, parce que son nom n'y figure pas, elle est du moins la femme de la tradition la plus constante et la plus vénérable. Le service qu'elle a rendu au Sauveur, le suaire dont elle a hérité et qu'elle a porté à Rome, la guérison de Tibère, voilà des faits acquis à notre cause.
Mais, est-elle morte à Rome ? Ferrari paraît l'indiquer. Si Véronique est morte à Rome, comment n'y montre-t-on ni son corps, ni son tombeau ? La basilique de Saint-Pierre conserve tout d'elle : sa statue érigée au lieu le plus éminent ; son autel, son ciborium, son histoire écrite et peinte, son suaire surtout, et elle aurait laissé perdre le corps et le tombeau dont elle avait reçu le dépôt ? Elle aurait laissé s'effacer toute trace de la place qu'ils occupaient ? Rome si jalouse de la gloire de ses Saints, Rome qui conserve comme ses plus riches joyaux les moindres souvenirs de ses Martin et de ses Agnès, se serait laissé dérober par le temps, et sans en tenir compte, le corps d'une femme glorifiée par un éclatant miracle, comblée d'honneur par Tibère ; d'une femme que ses rapports intimes avec le Sauveur rendaient si chère et si vénérable à l'Église primitive ?
Cette supposition est inadmissible. Véronique n'est pas morte à Rome. Est-elle morte à Jérusalem ? Catherine Emmerich le prétend et le raconte ainsi : « Tibère voulait la retenir à Rome et lui donner une maison et des esclaves, mais elle demanda la permission de retourner à Jérusalem, pour mourir au lieu où Jésus était mort. Elle y revint en effet, et lors de la persécution contre les chrétiens, qui réduisit à la misère et à l'exil Lazare et ses sœurs, elle s'enfuit avec quelques autres femmes. Mais on la prit et on l'enferma dans une prison où elle mourut de faim pour le nom de Jésus à qui elle avait si souvent donné la nourriture terrestre ». Si ce récit était vrai, Jérusalem, qui montre encore la maison de la sainte femme, en aurait conservé bien d'autres souvenirs. Sa prison n'y serait pas inconnue, sa sépulture dans l'oubli, tandis que son nom y est si vivace. Non, Véronique n'est point morte à Jérusalem pas plus qu'à Rome. Une tradition séculaire nous atteste qu'elle est venue mourir dans la Gaule.
La venue de Véronique dans la Gaule est attestée d'abord par un homme d'une haute réputation historique, Bernard de la Guionie, dominicain, évêque de Lodève. Après avoir assigné la mission de saint Martial à l'an 47 de notre ère, il ajoute : « De plusieurs anciennes chroniques on conclut aussi et on tient que le même saint Martial, venant au pays d'Aquitaine, porta avec lui du sang précieux et généreux du bienheureux protomartyr Étienne, et eut en sa compagnie un homme de Dieu appelé Amateur, et son épouse du nom de Véronique qui avait été amie familière et de cœur de la bienheureuse Vierge, Mère de Dieu. Ces deux conjoints, Amateur et Véronique, par une disposition particulière de Dieu, portèrent avec eux du lait, des cheveux et des chaussures de la bienheureuse et bénie Vierge Marie... Lorsque saint Martial eut consacré en l'honneur du protomartyr Étienne la première église de Bordeaux où fut plus tard enseveli saint Seurin, et au moment où il se disposait à en dédier une plus vaste à saint Pierre, le bienheureux apôtre lui apparut et lui dit : Apprends que mon frère André a été aujourd'hui élevé sur la croix pour Jésus-Christ ; empresse-toi d'ériger cette église en son honneur. C'est ce que fit saint Martial. »
« Pour Amateur, d'une prédilection particulière pour la solitude, il demeura longtemps dans le rocher qui a pris de lui le nom de Roc-Amadour. Le bienheureux Martial y consacra un autel en l'honneur de la Vierge, Mère de Dieu..., et là saint Amateur, dans un corps qu'on voit encore exempt de corruption, attend la sainte résurrection.
« Quant à son épouse Véronique, fidèle à suivre partout le bienheureux Martial dans ses prédications et à l'écouter avec autant de piété que de dévouement, accablée enfin de vieillesse, elle se retira près des bords de la mer sur le territoire bordelais. Là le saint homme de Dieu, Martial, éleva et consacra en l'honneur de la Vierge, Mère de Dieu, une chapelle qui porte le nom de Soulac, parce que le lait de la Vierge, Mère de Dieu, fut la seule relique qu'on y plaça, les autres de la Sainte Vierge que possédait saint Martial ayant été distribuées en divers lieux. »
Le récit de Bernard de la Guionie, se répétera désormais comme l'expression d'une croyance générale. En 1425, le pape Martin V, déclarant que l'église de Roc-Amadour remonte à la fondation du christianisme, reconnaît que saint Amateur n'est autre que Zachée, disciple du Christ, et qu'il a eu Véronique pour épouse. — Au XVIIIe siècle, les bréviaires de Limoges, de Toulouse, de Bordeaux, de Cahors, de Carcassonne, de Tullu, d'Agen, d'Angoulême, de Périgueux, conservaient tous la substance des anciennes légendes. L'office approuvé en 1852 par la congrégation des rites pour le diocèse de Cahors, en l'honneur de saint Amateur, s'est inspiré de ces vieux titres.
Mais, dira-t-on, il y a entre Bernard de la Guionie et le 19e siècle une immense lacune ! Cette lacune est comblée par la légende de saint Martial, dont l'antiquité et l'authenticité ont été mises à l'abri de toute contestation. Or, d'après cette légende, saint Amateur et sainte Véronique furent les coopérateurs de saint Martial dans la prédication de l'Évangile.
Disons un mot de Soulac, terme du pèlerinage de sainte Véronique et de la relique du lait de la sainte Vierge dont la présence aurait valu à cette localité son nom de Soulac. Que faut-il entendre par lait de la sainte Vierge ? Laissons d'abord parler Catherine Emmerich. Les Mages, raconte-t-elle, venaient de se retirer ; la sainte famille, poursuivie par les émissaires d'Hérode, quitta la crèche et se réfugia dans une grotte près du tombeau de Maraba. Mais dans un moment où elle se crut surprise, Joseph s'enfuit avec l'Enfant. « Je vis alors la Sainte Vierge », continue Catherine, « livrée à ses inquiétudes, rester seule dans la grotte sans l'Enfant Jésus pendant l'espace d'une demi-journée. Quand vint l'heure où on devait l'appeler pour allaiter l'Enfant, elle fit ce que font de faire des mères soigneuses lorsqu'elles ont été agitées violemment par quelque frayeur ou quelque vive émotion. Avant de donner à boire à l'Enfant, elle exprima de son sein le lait que ses angoisses avaient pu altérer, dans une petite cavité de la couche de pierre blanche qui se trouvait dans la grotte. Elle parla de la précaution qu'elle avait prise à un des bergers, homme pieux et grave qui était venu la trouver (probablement pour la conduire auprès de l'Enfant). Cet homme, profondément convaincu de la sainteté de la Mère du Rédempteur, recueillit plus tard avec soin le lait virginal qui était resté dans la petite cavité de la pierre, et le porta avec une simplicité pleine de foi à sa femme qui avait un nourrisson qu'elle ne pouvait pas satisfaire ni calmer. Cette femme prit cet aliment sacré avec une respectueuse confiance, et sa foi fut récompensée, car son lait devint aussitôt très-abondant. Depuis cet événement, la pierre blanche de cette grotte reçut une vertu semblable, et j'ai vu que de nos jours encore, même des infidèles mahométans en font usage, comme d'un remède, dans ce cas et dans plusieurs autres. Depuis ce temps, cette terre passée à l'eau et pressée dans de petits moules a été répandue dans la chrétienté comme un objet de dévotion ; c'est d'elles que se composent les reliques appelées lait de la très-sainte Vierge ».
Mgr Mislin, constatant la persistance de ces souvenirs jusqu'à nos jours, les relie à leur origine par la citation de plusieurs écrivains intermédiaires : « À peu de minutes du couvent (de Bethléem), vers le Sud, est la Grotte du lait, *Crypto lactea* ; elle porte ce nom, d'après une tradition locale, parce que la Sainte Vierge, effrayée par les menaces d'Hérode, aurait perdu son lait, et qu'elle ne l'aurait recouvré qu'en se réfugiant dans cette grotte qui lui offrait un asile plus caché encore que la grotte de la Nativité. D'après une autre tradition (il y en a ici une quantité, chacun a la sienne), la Sainte Vierge serait venue souvent en ce lieu pour allaiter son divin Enfant ; une goutte de son lait, en tombant sur cette pierre, lui aurait donné cette couleur blanche et en même temps le don d'être utile aux nourrices. Quoi qu'il en soit, ce qui est certain, c'est que toutes les femmes des environs, juives, chrétiennes et mahométanes, ont une telle dévotion pour cette grotte, qu'il y en a toujours qui viennent y faire leur prière. La roche dans laquelle se trouve la grotte est une craie extrêmement blanche et friable ; on la réduit facilement en poudre et on en fait de petits pains qu'on envoie dans tous les pays ».
Est-ce du véritable lait de la Sainte Vierge ou un de ces petits pains de craie qu'on possédait à Soulac ? nous ne saurions décider. Toujours est-il qu'on a découvert, en terre, il y a quelques années, près de l'église nouvelle de Soulac, un reliquaire qui portait cette inscription : *Lait de la bienheureuse Vierge*. Au dedans était enchâssée une pierre blanche, semblable à l'albâtre : n'était-ce pas là une de ces pierrettes extraites de la grotte de la Nativité à Bethléem ?
Des titres nombreux, qu'il nous est même impossible de nommer, font remonter à saint Martial et à sainte Véronique la fondation de l'église primitive de Notre-Dame de Soulac ou de la Fin-des-Terres. La situation de Soulac, à l'embouchure de la Garonne, est décisive en faveur de la marche du christianisme qui l'aurait pris pour point de départ sur les côtes de la Guyenne, car, à toutes les époques, le mouvement politique, militaire, commercial y a abouti.
Mais, de tous les monuments de l'antiquité qu'on retrouve à Soulac, nul ne parle avec autant d'autorité que sa merveilleuse basilique qui secoue, en ce moment, le linceul de sable sous lequel le temps l'avait ensevelie. Ce Lazare de pierre rappelé à la vie par son Éminence le cardinal Donnet, qui s'est fait entendre sur cette plage abandonnée aux nouveaux pèlerins accourus en foule ; ce mort de huit siècles debout dans ses formes grandioses auxquelles reviennent avec le culte, avec de fréquents pèlerinages, avec un curé de nouvelle institution, avec des baigneurs, l'éclat, le mouvement et la vie ; ce témoin du XIVe siècle raconte ce qui l'a précédé... De ses trois absides principales, celle de droite est consacrée à Véronique.
Un second autel érigé en son honneur dans la nef latérale opposée, faisait face à la magnifique porte romane qui vient de sortir de son tombeau de sable et qu'on avait ouverte, dans de larges proportions, à l'accès du peuple. C'est sur ce second autel, spécialement préparé à sa dévotion, que se prêtaient les serments auxquels on attachait le plus de respect et de solennité. À ses pieds coulait une fontaine dite de Sainte-Véronique, à laquelle les malades venaient boire et se frotter les yeux. Les eaux en étaient reçues à cet effet dans une auge qui portait le nom de Bénitier de sainte Véronique. Sa statue, que naguère encore quelques derniers vieillards se souvenaient avoir vue, se dressait à côté du bénitier placé près de la porte bien plus moderne de l'Est. Après avoir fait le signe de la croix, on avait coutume d'adresser un salut à dame Véronique. Est-ce à elle qu'on a pensé en dessinant au centre d'une ogive une tête de femme voilée ?
Cette sculpture, qu'on remarque parmi les débris, recueillis aujourd'hui avec soin, du maître-autel élevé par le vénérable Pierre Berland à la très-sainte Vierge, ne convient pas à la Mère de Dieu, mais pourrait appartenir à notre Sainte. Et ne faut-il pas appliquer à cette tête le mot du Père Bonaventure, en 1680 : « Il y a encore un pilier derrière l'autel de Soulac, où elle [Véronique] est représentée ? » C'est elle qu'on doit reconnaître parmi les personnages d'un autel de saint Jean-Baptiste, en bois sculpté du XVIIIe siècle, qui a passé de l'ancien au nouveau Soulac. Vis-à-vis saint Jean, patron de l'autel, se trouve saint Benoît, le patron des religieux qui le desservaient. À l'extrémité du retable, du côté de l'Évangile, l'homme en costume juif, sans aucun des attributs qui distinguent les apôtres, n'est-il pas Zachée ? Du côté de l'Épître, la femme tenant un caillou à la main, n'est-elle pas Véronique portant à Soulac le caillou teint de sang ramassé près du martyr saint Étienne et compté parmi les reliques qu'on y gardait depuis la plus haute antiquité ? Enfin, comme trace d'un culte profondément gravé dans les idées du peuple, s'est conservée jusqu'à nos jours parmi les sorciers qu'on sait avoir été communs en Médoc, une formule de conjuration par Zachée et par Véronique.
On n'a pas de peine à admettre ces traditions et les commencements comme les progrès de Notre-Dame de la Fin-des-Terres, quand on les rapproche des commencements et des progrès de Notre-Dame de la Mer, en Provence. Véronique aborde à l'embouchure de la Gironde ; Madeleine, Marthe, les Marie Jacobé et Salomé à l'embouchure du Rhône. Sur le rivage d'Aquitaine, Véronique construit un oratoire, un autel, une cellule de terre pétrie et voit jaillir une source miraculeuse et bénie ; ainsi Marthe et ses saintes compagnes, sur le rivage de Provence. En l'un et l'autre lieu, l'oratoire fut dédié à la Mère de Dieu par saint Martial, ici visitant seul Véronique, là Marthe, avec saint Maximin et autres disciples du Seigneur. Près de ces deux oratoires également dignes d'être appelés la première de toutes les églises maritimes de leur contrée, moururent et furent ensevelies, d'une part Véronique, de l'autre les Marie. Comme Baronius a erré en assignant Jérusalem pour origine au culte des sœurs Salomé parce qu'il ignorait le lieu de leur mort, ainsi on s'est trompé en plaçant celle de Véronique à Jérusalem ou à Rome, parce qu'on ne connaissait pas son tombeau. Comme de temps immémorial, le 25 mai vit naître la fête des deux sœurs en Camargue, à Arles, à Bordeaux où elles avaient leur autel à la cathédrale, ainsi celle de la solitaire de Soulac naquit de la célébrité de sa sépulture. Aux mêmes moments, Notre-Dame de la Barque et Notre-Dame de la Fin-des-Terres s'agrandissaient en constructions romanes, en forêts, prairies et autres dépendances, en monastères où des religieux fournissaient les secours nécessaires au double pèlerinage en l'honneur de la Sainte Vierge et des Saintes qui s'étaient, en lui consacrant leur vie, à jamais placées près d'elle après leur mort. Une si grande analogie entre les personnes, les monuments, la manière de procéder, n'indiqua-t-elle pas la communauté d'origine ? Si la mission et la fin de Véronique ressemble tant à la mission de Marthe et des Marie, n'est-ce point parce qu'elles avaient emporté du même foyer instructions, souvenirs, reliques semblables ?
L'histoire de sainte Véronique après sa mort, ou l'Histoire de son tombeau et de ses reliques, est encore une preuve bien plus convaincante de ce qu'elle a fait pendant sa vie. « Elle mourut », dit le Père Bonaventure, « l'an 70 de Notre-Seigneur et fut ensevelie à Soulac. Toutefois, ou pour cause de guerres ou autres désolations du pays, son corps fut transporté à Bordeaux et repose dans l'église Saint-Seurin ».
Ce corps vénérable lui-même est bien plus précieux et plus éloquent que le tombeau qui lui a longtemps servi de demeure. L'aspect des ossements accuse une grande antiquité. Le petit nombre de fragments qui y font défaut correspond aux indications suivantes : « Lors de la consécration de l'église de la Chartreuse, l'évêque de Condom, consacrant les autels de Saint-Jean-Baptiste et de Saint-Louis, mit dans l'un des reliques de saint Fort et de sainte Véronique, et dans l'autre des reliques de saint Amand et de sainte Bénédicte ». Le 10 octobre 1659, dans l'inventaire des reliques contenues dans la crypte de Saint-Fort au-dessous de l'église de Saint-Seurin, et le chapitre de Bordeaux donna au curé de Saint-Eustache de Paris l'os fémur du côté d'en haut, un de ceux qui manquent aujourd'hui, car il y avait à Saint-Eustache de Paris, une célèbre confrérie établie sous le nom de sainte Véronique.
Les ossements de sainte Véronique donnent surtout une solution vraiment providentielle à l'objection capitale qui domine toute sa mission et la détruirait, si elle n'était détruite elle-même par un fait décisif. « Est-il possible », nous dit-on, « que la Véronique de Jérusalem et de Rome soit la même que celle de Soulac ? Comment admettre que cette femme qui assista au mariage de la Sainte Vierge avec saint Joseph et avait alors cinq ans de plus qu'elle ; qui, au temps de la Passion et lorsqu'elle reçut le voile imprimé des traits du Sauveur, en avait plus de cinquante, ait entrepris en 48 de l'ère chrétienne, c'est-à-dire à l'âge de soixante-quatre ou soixante-cinq ans, le long voyage, la pénible mission des Gaules, pour y mourir en 70, âgée par conséquent d'environ quatre-vingt-sept ans ? »
Eh bien ! acceptez toutes ces dates et venez les lire inscrites sur le front vénérable de la Sainte, avec le docteur Oré, membre de la commission d'enquête, qui vous signale « un point fort important à remarquer, vu qu'il permet jusqu'à un certain point de déterminer l'âge du sujet ; c'est l'ossification complète des articulations unissant les pariétaux au frontal ». Et encore : « Il est facile de constater à son extrémité supérieure (du fémur gauche) une raréfaction du tissu osseux indiquant un grand âge ».
Comme Soulac et Bordeaux, Roc-Amadour conserve, dans son église souterraine de construction romane, des souvenirs irrécusables de sainte Véronique. Elle y brille des couleurs qu'une restauration récente a rendues aux anciennes peintures. On la voit d'abord avec saint Martial et saint Amateur aux pieds de la très-sainte Vierge, portant la sainte face, tandis que son époux présente à Marie l'oratoire qu'il érigea en son honneur. Ensuite elle reparaît dans une série de tableaux consacrés à la légende de Zachée et accompagnés d'inscriptions analogues.
Deux vitraux modernes de l'église de Saint-Seurin de Bordeaux, l'un au-dessus de la porte de la sacristie, l'autre au-dessus de l'entrée de l'abside, racontent dans un brillant langage la pieuse et poétique légende de Véronique.
Premier médaillon, à gauche, au-dessus de la sacristie. — Celle qu'une foule d'auteurs ont appelée l'amie familière et de cœur de la sainte Vierge, est debout au seuil du temple de Jérusalem, et y reçoit Marie, âgée de trois ans, à l'époque de sa présentation.
Deuxième médaillon. — Véronique, en riche costume de sa condition, reçoit dans un vase d'argent le sang précieux de Jean-Baptiste, dans la prison de Machéronte.
Troisième médaillon. — Pilate, assis sur son trône, discute le sort de Jésus. Véronique et Zachée, appelés comme témoins à décharge, parlent en faveur de l'innocence du Rédempteur des hommes.
Quatrième médaillon. — Véronique essuie la Face du Sauveur.
Le cinquième médaillon fait assister Véronique à la sépulture du Seigneur.
Dans le sixième médaillon, la sainte Vierge exécute le pieux pèlerinage du chemin de la Croix, accompagnée de Martial, d'Amateur, de Véronique, etc.
Au sommet de la rosace, les lobes renferment une apothéose de sainte Véronique, déployant la sainte Face qu'encensent deux anges au vol. C'est le culte de la sainte Face dans son origine et dans sa perpétuité.
Dans la couronne de la rosace, se déroulent les faits qui se rapportent au voyage de Rome, à la guérison de Tibère (N° 1, 2 et 3).
Plus loin (n° 4), debout dans une barque sans rames, Véronique aborde à Soulac.
Le n° 6 nous conduit de Soulac à Bazas, où sainte Véronique dépose la célèbre conque renfermant le sang du Précurseur.
Le dernier médaillon nous offre sainte Véronique mourant à Soulac (An 70 de Jésus-Christ). La mission de sainte Véronique se complète par les derniers sujets de la fenêtre opposée. Le huitième médaillon de cette fenêtre nous représente Véronique portant religieusement le vase qui contient le lait de la bienheureuse Vierge Marie, et se disposant à entrer dans l'église Notre-Dame de Soulac.
Ailleurs, on voit la translation du corps de la Sainte à Saint-Seurin, vers le XIIe siècle.
A Rouen, à Valenciennes, dans tout le nord de la France et en Belgique, sainte Véronique, sous le nom de Venice ou Venise, était invoquée par les femmes dans leurs maladies. À Paris et à Liège, elle était la patronne des lingères.
La vie de sainte Véronique est une nouveauté dans les recueils du genre du nôtre ; et ce n'est pas la seule. Nous avons laissé tomber de notre plume le mot nouveauté pour obéir à un reste de préjugé que nous a légué le siècle précédent, car avant le XVIIIe siècle, la légende de sainte Véronique était acceptée de l'Église de France, et ce n'est que devant le souffle de l'Incrédulité janséniste ou gallicane qu'elle a pâli un instant. Nous avons analysé et le plus souvent reproduit le chapitre 2 du remarquable ouvrage de M. Cirot de la Ville, intitulé : *Origines chrétiennes de Bordeaux*. Dans ce chapitre, consacré à l'apparition de sainte Véronique dans le Médoc, le savant professeur de théologie de Bordeaux nous semble avoir établi d'une manière invincible la thèse de l'existence et de la mission de sainte Véronique.
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## SAINT TIGIDE ET SAINT REMÈDE, ÉVÊQUES ET MARTYRS DE GAP
XIe siècle.
Tigide et Remède, vulgairement Ramesy, gouvernèrent l'église de Gap dans les premiers siècles. Il n'est pas certain combien de temps ils ont tenu le siège épiscopal, ni s'ils sont morts l'un et l'autre le même jour. Mais si le temps de leur vie est incertain, ce qui ne l'est pas, c'est la sainteté de leur vie, la pureté de leurs mœurs, leur infatigable sollicitude pastorale, et enfin le mérite de toutes les vertus. Après qu'ils eurent, en suivant les traces de saint Démétrius, rendu de grands services à l'église qu'il avait fondée par son sang, ils donnèrent aussi leur vie pour cette même église. Car on lit dans le martyrologe de saint Jérôme qu'ils furent martyrisés dans la ville de Gap.
Dans les anciens bréviaires de l'église de Gap, nos saints Pontifes étaient honorés d'un office de rite double, lequel fut réduit à un simple mémoire dans le bréviaire de 1764, non sans exciter les réclamations du chapitre et du clergé. Mais en 1845, Jean Irénée Dépéry, évêque de Gap, très-ami de la sainte et vénérable antiquité ecclésiastique, et à bon droit jaloux d'augmenter le culte des saints prélats de son église, rétablit le rite double pour la fête des bienheureux Tigide et Remède, aux applaudissements du chapitre et du clergé.
Les reliques de saint Tigide et de saint Remède furent conservées dans l'église de Gap jusqu'au commencement du XIIIe siècle. À cette époque, des chevaliers français, faisant partie de l'armée chrétienne qui avait assiégé et pris d'assaut Constantinople, reçurent en don de l'empereur Baudouin, et comme récompense de leur valeur, le corps de saint Germain, patriarche de cette ville, illustre en vertus et en doctrine, martyrisé sous le règne de Léon l'Isaurien pour la défense des saintes images (630). À leur retour, ces croisés passèrent par Gap : or, sur une inspiration du ciel, on leur livra aussi le corps de saint Remède et quelques parcelles de celui de saint Tigide. Ces ossements sacrés furent réunis à ceux de saint Germain, renfermés dans une chasse en argent et déposés dans l'église de Bort, petite ville sur les confins de l'Auvergne et du Limousin, aujourd'hui du diocèse de Tulle. En ce temps-là, les corps des martyrs et des confesseurs étaient le palladium des villes.
Le culte des reliques de saint Germain et de saint Remède fut bientôt célèbre dans l'Auvergne et le Limousin où il devint très-populaire : une fête solennelle fut instituée en l'honneur de ces Saints pour lesquels Bort oublia bientôt son ancien patron, saint Antoine.
Dès lors un pieux usage s'était établi : au départ de tout habitant de ces pays-là, soit pour une expédition militaire, soit pour un voyage lointain, on cousait à ses vêtements soit une médaille, soit un morceau d'étoffe, soit tout autre objet qui eût touché les corps saints. Ce bouclier invisible devait le préserver de toute blessure, de tout accident, et le ramener sain et sauf dans ses foyers. Était-ce un souvenir de la protection que ces deux Saints, étrangers et voyageurs eux-mêmes après leur mort, avaient jadis accordée aux croisés Limousins, pendant leur longue et périlleuse route ?
La tourmente révolutionnaire de 1793 dispersa les ossements de saint Germain et de saint Romède. Cependant, par une protection spéciale de la Providence, quelques parcelles purent être soustraites à cette grande ruine qui se consommait sur toute la terre de France. Mais la confiance résista à la tempête, et lorsqu'un peu de calme se fut fait, la ville de Bort réinstalla ses grands patrons dans leur église, et la fête accoutumée retrouva ses saintes solennités.
Plusieurs faits merveilleux vinrent, depuis cette époque, prouver aux habitants de Bort combien le patronage de ses Saints était puissant et efficace.
La cathédrale de Gap, veuve depuis sept siècles de son saint évêque, aspirait à recouvrer au moins quelques parties de ses précieuses reliques. En 1845, Mgr Jean-Irénée Dépéry fit part à Mgr l'évêque de Tulle de ces légitimes désirs, et reçut de son vénéré collègue une parcelle considérable qui, depuis, est exposée dans l'église cathédrale de Gap à la vénération des fidèles.
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## SAINTE SECONDINE, VIERGE ET MARTYRE (257).
Secondine, vierge de la ville d'Anagni, en Italie, fut instruite par saint Magne, évêque et martyr, que les gardes de l'empereur Déce mirent à mort, l'an de notre salut 257. Mais les meurtriers furent tous dévorés par les loups la nuit suivante. On attribua ce châtiment à la magie de sainte Secondine, et Torquinus, grand ennemi du nom chrétien, l'accusa comme magicienne et comme ennemie des dieux. On lui somma de sacrifier aux idoles, sans pouvoir la contraindre à commettre une telle impiété. C'est pourquoi Valérien la fit incontinent saisir par des soldats et conduire en prison. Lorsqu'elle en fut ensuite tirée, elle parut avec un visage joyeux, affirmant qu'elle ne sacrifiait pas aux démons, mais au vrai Dieu, et qu'elle était prête à mourir pour le nom de Jésus-Christ, et elle eut la face cruellement meurtrie.
Levant les yeux au ciel, la vierge soupira et pria pour elle-même et pour ses ennemis. Pendant son oraison, une lumière immense resplendit tout à coup autour d'elle, et la multitude qui était là entendit une voix qui venait du ciel, disant : Vous étiez tous à deux doigts de la mort et de votre perdition, mais, par la prière de ma servante Secondine, la vie vous a été accordée. Pour toi, ma fille, ne crains pas, car je suis celui que tu invoques et adores, Jésus-Christ, et je ne permettrai pas que tes ennemis triomphent de toi. Ébranlés par cette voix et effrayés, dix-huit gardes et beaucoup d'autres personnes embrassèrent la foi et reçurent le baptême.
Le jour suivant, les autres gardes, attribuant ces prodiges à la magie, proposèrent à la vierge ou de sacrifier aux dieux, ou de se préparer à subir des supplices horribles ; à quoi elle répondit que les tourments ne lui faisaient aucune peur. Alors, furieux, ces hommes la dépouillèrent de ses vêtements et déchirèrent son corps de blessures. Son sang étant épuisé, il coula de ses plaies une liqueur ayant la blancheur du lait, et répandant une odeur très-suave. Enfin, un ange l'appela à haute voix : Viens, épouse du Christ, reçois la couronne que le Seigneur t'a préparée pour l'éternité. Elle rendit sa bienheureuse âme à Dieu le 15 de janvier.
Sainte Secondine est citée au Martyrologe romain le 15 de janvier.
*Propre de Mayence.*
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## SAINT ANATOLE, PATRON DE SALINS (IVe siècle).
Le bienheureux Anatole, patron de la ville de Salins, fut, dit-on, évêque d'Adana en Cilicie, soutint le parti de saint Jean Chrysostome contre Théophile d'Alexandrie, et, à cause de cela, fut envoyé en exil dans la Gaule. Il s'arrêta dans la Séquanie (Franche-Comté) près de Salins, sur le flanc d'une montagne escarpée, où très-opportunément il trouva une petite chapelle consacrée à saint Symphorien. C'est là qu'il mourut, et son corps demeura caché en ce même lieu pendant environ six siècles. Saint Chrysostome lui avait écrit de son exil de Cacuse pour le remercier du zèle qu'il avait mis à le défendre.
Au commencement du XIe siècle, Hugues Ier, archevêque de Besançon, ayant fait bâtir une basilique qui fut dédiée à l'honneur de saint Symphorien, de saint Anatole et de sainte Agathe, les reliques de saint Anatole y furent déposées en un tombeau convenable. Deux cents ans plus tard, Nicolas, archevêque de Besançon, les enferma dans une chasse précieuse, et établit un collège de chanoines dans la même église. Lorsqu'en 1794 les patriotes dispersèrent les saintes reliques, de pieuses mains purent recueillir les ossements profanés de saint Anatole. Ils furent replacés dans une chasse en 1795, et reconnus pour authentiques en 1801.
Propre de Saint-Claude.
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## SAINT THÉODORE, ÉVÊQUE DE MARSEILLE (VIe siècle).
On ne sait rien de certain sur la date de l'épiscopat de ce Saint, célèbre par sa fermeté et son aide à soutenir la discipline ecclésiastique.
À la suite de l'épiscopat du trop faible Emotérus, le clergé de Marseille s'était entièrement relâché dans ses mœurs et dans son amour pour la science sacrée. Théodore se mit dès l'abord à cette œuvre de réforme avec une vigueur qui n'épargnait personne et lui valut tout de suite de nombreux ennemis.
Cette haine se fit jour en mille occasions ; elle fournit à Dynamius, gouverneur de Marseille pour le roi Gontran, le moyen de persécuter le saint évêque. Vainement tenta-t-il d'en appeler au souverain, Théodore fut fait prisonnier et subit les plus mauvais traitements.
Le Saint étant parvenu à s'échapper des mains de Gontran, fit arriver ses plaintes à Childebert, qui intervint pour le protéger. Dans sa bonté, l'évêque intercéda en faveur de Dynamius, que l'envoyé de Childebert avait réussi à faire tomber dans un piège ; il pardonna également aux moines et aux clercs ses persécuteurs, et fut accueilli avec des transports de joie par son peuple.
Mais lorsque Gondolphe, l'envoyé de Childebert, eut quitté Marseille, Dynamius recommença à ourdir ses trames avec les clercs. Sur les perfides dénonciations de ce dernier, le roi Gontran fit charger le saint évêque de chaînes. On profita d'une consécration d'église pour se saisir de Théodore et l'envoyer en exil. Mais il put se justifier auprès de Gontran, et rentra une seconde fois en triomphe à Marseille, où l'amour de son peuple le consolait des persécutions du clergé rebelle.
Saint Théodore ayant pris la défense de Gondevald pour réparer, pensait-il, une criante injustice envers son pays, Gontran-Boson le fit mettre en prison, et lui fit défendre l'approche même d'une église. Une vision céleste le réconforta dans sa captivité, où il fut bientôt rejoint par l'évêque Épiphane, qui y mourut d'épuisement et de douleur. Conduit devant le roi Childebert, il reçut sur sa route les plus beaux témoignages d'estime, entre autres de la part de Magnérie, évêque de Trèves.
Cependant, le roi Gontran avait fait assembler, le 23 octobre 585, un concile à Mâcon, où la cause du saint évêque fut sévèrement examinée. Il put bientôt rentrer à Marseille, absous de toutes les accusations portées contre lui.
Prédécesseur de l'Immortel Belsunce, Théodore devait, comme son illustre successeur, montrer l'héroïsme de sa charité pastorale envers les pestiférés de Marseille. Il recueillit les débris de son peuple dans l'abbaye de Saint-Victor, s'y enferma avec eux et s'offrit en victime à la colère de Dieu. Ses ennemis eux-mêmes ne purent s'empêcher d'admirer cette charité épiscopale.
Enfin, après avoir reçu une lettre très-édifiante du pape saint Grégoire le Grand, Théodore mourut vers l'an 593, de la mort des justes.
Il existe à Marseille une belle église dédiée à saint Théodore, où tous les ans les fidèles se rendent, pendant huit jours, à partir du 3 février, pour honorer la mémoire de ce grand évêque.
La vie du Saint a été récemment écrite par M. l'abbé Magnan (Marseille, Chauffard, libraire, 1855). Plus récemment encore, M. l'abbé Albants a imprimé un panégyrique du Saint. M. l'abbé Antoine Ricard, directeur de la *Semaine religieuse de Marseille*, a abrégé ses écrits pour les *Petits Bollandistes*.
## SAINT HADELIN, ABBÉ DE CELLES AU DIOCÈSE DE LIÈGE. 249
Événements marquants
- Naissance à Fouilloy en 801
- Entrée au monastère de Corbie à 12 ans
- Mission au Danemark avec le roi Harald en 826
- Évangélisation de la Suède à la demande du roi Biorn en 829
- Sacre comme archevêque de Hambourg par Drogon de Metz
- Nomination comme légat du Saint-Siège pour le Nord par Grégoire IV en 834
- Union des sièges de Hambourg et Brême en 849
- Rétablissement de la mission de Suède auprès du roi Olaf
Miracles
- Vision de la Sainte Vierge dans l'enfance
- Vision de la couronne du martyre
- Le sort favorable au christianisme devant le roi Olaf
- Feu du ciel punissant le travail servile le dimanche en Frise
- Guérisons par l'onction d'huile bénite
Citations
Si j'avais quelque crédit auprès de Dieu, je ne lui demanderais qu'un seul miracle, celui de devenir un homme de bien.