Saint Apollinaire de Valence

Évêque de Valence et Confesseur

Fête : 5 octobre 5ᵉ siècle • saint

Résumé

Issu d'une illustre famille de Vienne, Apollinaire devint évêque de Valence au Ve siècle, relevant un diocèse en ruine. Défenseur de la discipline ecclésiastique, il fut exilé par le roi Sigismond avant de le guérir miraculeusement. Il mourut en 520 après une vie marquée par de nombreux miracles et une grande fermeté apostolique.

Biographie

SAINT APOLLINAIRE,

ÉVÊQUE DE VALENCE ET CONFESSEUR

Il ne compta pour rien sa vie et son repos, pourvu qu'il accomplît avec courage le ministère qui lui avait été confié.

*Éloge du Saint.*

L'église de Valence était dans un état déplorable, lorsque Dieu lui donna le plus illustre et le plus saint de ses évêques. À cette époque, en effet, la Gaule, asservie depuis longtemps sous la domination romaine, était ravagée par les peuples du Nord, les Huns, les Alains, les Goths, les Visigoths, les Francs et les Bourguignons. La monarchie que fondèrent ces derniers, vers l'an 414, comprenait la ville de Valence. Pour comble de malheur, Maxime, évêque de cette ville, qui en occupait le siège depuis 419, avait scandalisé son peuple par une vie déréglée et criminelle. Sa place était restée vacante pendant un demi-siècle. Enfin il plut à Dieu de la remplir par un saint, Apollinaire.

Il était issu d'une des plus anciennes et des plus illustres familles des Gaules. Il comptait parmi ses aïeux des patriciens, des sénateurs, des pontifes, non moins célèbres par leur piété que par les services qu'ils avaient rendus à l'Église et à l'État. Il eut pour père saint Isique et pour mère la bienheureuse Audance. L'un, revêtu d'abord de la dignité sénatoriale, y avait renoncé pour entrer dans le sacerdoce, et après la mort de saint Mamert, vers l'an 472, il fut élevé sur le siège de Vienne, par le mérite éclatant de ses vertus, plus encore que par l'illustration de sa naissance ; l'autre, digne épouse d'un Saint, avait constamment offert en sa personne l'heureux assemblage de toutes les qualités que l'on peut souhaiter dans une mère chrétienne ; le Seigneur lui avait donné quatre enfants : deux fils et deux filles. L'aînée de celles-ci mourut jeune et n'est guère connue ; mais Fuscine, sa sœur, a mérité de justes éloges par son innocence et par son amour pour la virginité ; elle marcha, durant le cours de toute sa vie,

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sur les traces de ses deux frères, dont le premier, Apollinaire, illustra le siège épiscopal de Valence, et le second, nommé Avite, celui de la métropole de Vienne. Consacrée de bonne heure au Seigneur, Fuscine fut pour les deux prélats l'objet d'une tendre sollicitude.

Isique et Audance habitaient Vienne, et ce fut dans cette ville que naquit saint Apollinaire, vers l'an 453. De bonne heure, il se distingua par sa candeur, sa modestie, sa piété. Ses parents firent sa première éducation ; mais Audance étant morte et Isique engagé dans le sacerdoce, le petit Apollinaire fut mis sous la conduite de saint Mamert, archevêque de Vienne.

Saint Mamert étant mort en 472 et saint Isique lui ayant succédé sur le siège de Vienne, Apollinaire, qui touchait alors à sa vingtième année et se préparait à la réception des saints Ordres, redoubla de zèle et de ferveur dans la pratique de toutes les vertus. Son père le jugea bientôt digne d'être élevé au sacerdoce et de partager avec lui la sollicitude pastorale. Il l'appliqua donc à diverses fonctions du ministère et eut le bonheur de le voir s'en acquitter avec tant de foi, de dévouement et de fruit, qu'il reconnut dès lors que Dieu le destinait aux premières charges de l'Église.

Vers l'année 486, les évêques de la province, après avoir en vain cherché un évêque capable de régénérer l'Église de Valence, jetèrent les yeux sur Apollinaire, âgé de trente-trois ans. Les annales de l'Église de Valence ne nous disent presque rien de la vie de cet incomparable pasteur, durant les premières années de son épiscopat ; nous savons seulement qu'à peine arrivé dans son diocèse, il mit la main à l'œuvre avec autant de foi que de dévouement et de sagesse ; qu'il commença d'abord par réformer le clergé, au milieu duquel s'étaient glissés d'innombrables abus ; qu'il s'appliqua ensuite à confondre l'hérésie, à réprimer les mauvaises mœurs, à réveiller partout le zèle des bonnes œuvres, en ressuscitant l'esprit de charité qui les inspire, et qu'enfin, soit par ses prédications, soit par ses exemples et la sainteté de sa vie, il réussit à renouveler en peu de temps la face de tout son diocèse. C'est ainsi que le siège épiscopal de Valence recouvra bientôt son ancienne splendeur, et que les Valentinois ne songèrent plus qu'à bénir le nom d'Apollinaire.

Le saint Prélat avait donc bien compris l'importance et toute l'étendue de la mission qui venait de lui être confiée ; il la remplissait avec un zèle sans bornes ; mais bientôt ses forces épuisées trahirent son courage, et sa santé déclinant peu à peu, il tomba dans une maladie dangereuse. La ville entière en conçut une extrême douleur ; la consternation fut générale ; on se mit en prières, de toute part on sollicita sa guérison. Le malade guérit, et bientôt se trouvant en état de pouvoir supporter le voyage, on le porta à Vienne, au sein de sa famille, afin de hâter d'une manière plus sûre son entier rétablissement. Arrivé dans cette ville, Apollinaire n'y trouva plus son père, saint Isique ; ce pieux Pontife était mort comblé de jours et de mérites, et déjà plusieurs miracles opérés à son tombeau attestaient sa sainteté et la gloire dont il jouissait dans le ciel. Sur le siège qu'il avait illustré par ses vertus venait d'être élevé saint Avite, le second de ses fils et frère du saint évêque de Valence.

Quelque temps après, notre saint Prélat s'éloigna de Vienne et se rendit à Lyon, on ne sait pour quel motif. À peine y fut-il arrivé qu'il retomba malade, et en peu de jours il se trouva réduit à la dernière extrémité. Saint Vivantiole, archevêque de Lyon, l'ayant su, accourut auprès de lui promptement et lui prodigua toutes sortes de soins ; mais Apollinaire n'avait pas

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encore accompli sa mission; Dieu le guérit miraculeusement et le rendit à son Église, qui réclamait avec larmes sa présence au milieu d'elle. Le zélé Prélat reprit avec une nouvelle ardeur le cours de ses travaux apostoliques, et ne s'éloigna plus de son diocèse jusqu'à vers l'année 499, époque où il fut invité à la célèbre conférence des évêques catholiques de la Bourgogne avec les Ariens, tenue à Lyon devant le roi Gondebaud.

Il confondit les Ariens devant le roi, qui montra beaucoup de respect pour le catholicisme, et dont le fils et successeur, Sigismond, s'y convertit. Il prit avec saint Avite et beaucoup d'autres évêques de Gaule la défense du pape Symmaque, injustement accusé. Il eut part à la lettre qu'Avite adressa au pape Hormisdas, pour adhérer au décret prononcé par ce Pape contre l'hérésie d'Eutychès.

Il se distingua parmi les Pères du concile d'Epaône, présidé par saint Avite, archevêque de Vienne, et saint Viventiole, archevêque de Lyon. Epaône est probablement Saint-Romain-d'Albon, à six lieues au midi de Vienne. On y fit quarante canons pour réformer l'église de Bourgogne.

Peu de temps après, il se distingua bien plus encore par l'énergie et la fermeté qu'il déploya pour le maintien de la sainte discipline dans le premier concile de Lyon, tenu la même année que celui d'Epaône ou l'année suivante. Voici à quelle occasion : Etienne, favori, préfet du fisc ou trésorier de l'épargne de Sigismond, roi de Bourgogne, vivait dans un inceste scandaleux par le mariage qu'il avait contracté avec Palladia, sœur de sa première femme. Ce mariage ne pouvait être regardé comme une union légitime par des pasteurs instruits des règles de l'Église. Etienne, invité à se séparer de Palladia, répondit par un refus. Les évêques des provinces de Vienne et de Lyon résolurent de faire cesser le scandale et s'assemblèrent dans la dernière de ces villes. Saint Apollinaire y accourut avec Séculace, évêque de Die, et Victor, évêque de Grenoble. Réunis au nombre de onze, sous la présidence de saint Viventiole, les prélats, sans avoir égard au crédit du coupable, le retranchèrent de la communion des fidèles et le réduisirent à la pénitence, selon les canons de l'Église qu'ils venaient de remettre en vigueur au concile d'Epaône. Etienne, courroucé de cette mesure que son aveuglement n'avait que trop rendue nécessaire, se plaignit à Sigismond de la conduite des prélats comme d'une insulte faite à sa personne royale. Le prince, soit par faiblesse pour son favori, soit par ignorance des règles ecclésiastiques, se laissa prévenir, et cédant aux insinuations de son ministre, il prit hautement sa défense, menaça les évêques de sa colère et leur intima l'ordre de ne point sortir de Lyon, qu'ils n'eussent rétabli l'incestueux dans la communion de l'Église. Mais les prélats surent montrer que, dignes successeurs des Apôtres, ils craignaient plus le Seigneur que les puissances de la terre; ils se réunirent de nouveau, et après avoir confirmé la sentence d'excommunication qu'ils avaient lancée contre Etienne et Palladia, ils souscrivirent, avant de se séparer, une convention remarquable dont voici la teneur :

« Après avoir pris tous ensemble la résolution de ne jamais reconnaître le mariage incestueux d'Etienne, mais de nous opposer toujours avec une fermeté inébranlable à des unions si illégitimes, nous nous réunissons tous

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encore pour convenir entre nous que si le roi ou ses ministres blâment ce que nous venons de faire, s'ils infligent le moindre châtiment à quelque prélat de l'assemblée, aussitôt tous les autres déclareront vouloir partager ses peines ou ses souffrances; que si le roi continue à les menacer et se sépare de leur communion, ils se retireront incessamment dans quelque monastère et y demeureront jusqu'à ce qu'il lui plaise de se laisser fléchir ».

Saint Apollinaire fut celui qui se distingua le plus dans cette lutte mémorable. Aussi l'orage tomba-t-il sur lui d'une manière plus sensible. Sigismond lui adressa des reproches amers et le menaça de l'exil; mais les prélats ayant pris la défense de leur vénérable collègue, le roi fit cerner le lieu où ils étaient assemblés, et s'étant assuré de leurs personnes, il ordonna de les conduire tous à Sardinie, petite ville non loin de Lyon. Ce traitement injurieux n'abattit point le courage de nos confesseurs; ils se félicitaient, au contraire, d'avoir été jugés dignes de souffrir persécution pour la justice, et ils adoucissaient les rigueurs de leur exil en se livrant à la prière et en s'encourageant les uns les autres par de pieux entretiens. Le roi les voyant inflexibles et revenu peu à peu de ses odieuses préventions, leur permit enfin de retourner dans leurs diocèses; mais, toujours irrité contre l'évêque de Valence, il lui ordonna de rester dans le lieu de sa captivité. Apollinaire se soumit humblement; quelque désireux qu'il fût de revoir son Église où tout le monde soupirait après son retour, il ne fit entendre aucune parole de plainte et de murmure. Les autres prélats eussent volontiers consenti à ne point s'éloigner d'un collègue pour lequel ils avaient autant d'estime que de vénération, mais Apollinaire lui-même leur représenta les besoins de leurs ouailles et les pressa vivement de partir, leur demandant pour unique consolation de prier Dieu pour lui avant de le quitter. Tous alors tombèrent à genoux, et fondant en larmes, ils bénirent le Seigneur de l'héroïque générosité du saint Évêque, et le conjurèrent d'abréger le temps de son exil; puis, se jetant à son cou, ils l'embrassèrent en pleurant et lui prodiguèrent toutes sortes de consolations. Ces adieux si fraternels touchèrent profondément le cœur de saint Apollinaire; mais quelle ne fut pas sa douleur lorsqu'il s'aperçut du vide immense que le départ des prélats avait fait autour de lui, et que, songeant aux besoins de son Église, il ne voyait aucun terme aux rigueurs qui l'en tenaient éloigné.

Le roi de Bourgogne, en effet, semblait avoir résolu de se venger sur lui seul de l'inexorable fermeté de tous les évêques qui avaient si justement humilié son favori. Apollinaire manquait de tout dans le lieu de son exil, il n'aurait pas même eu de l'eau à boire si Dieu ne lui en eût procuré par un miracle éclatant. Renfermé, sans doute, dans une enceinte assez étroite, où il n'y avait ni puits, ni fontaine, il se mit en prière, et appelant un de ses serviteurs, il lui dit : « Creusez la terre en cet endroit, il en jaillira une source, au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit ». Ce qui se vérifia sur-le-champ. La source ne tarit plus durant le séjour du saint Pontife en ce lieu. Mais aussitôt après son départ, on la vit se dessécher promptement, comme pour ne laisser aucun doute sur la vérité du prodige. Déjà un an s'était écoulé depuis que saint Apollinaire gémissait ainsi dans la prison, loin de son troupeau désolé et n'ayant aucun espoir de délivrance; car Sigismond ne voulait même pas entendre parler de lui. Mais Dieu, qui se rit de la colère des rois comme de leur puissance, n'oublia point son serviteur et se chargea lui-même de sa justification. Sigismond, atteint tout à

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coup d'une maladie dangereuse, se vit réduit en quelques jours à la dernière extrémité. Sous la main du Très-Haut qui le frappe, le persécuteur ouvre les yeux et se souvient de l'évêque de Valence. Il appelle auprès de lui la reine, son épouse, et lui ouvrant son cœur déchiré de remords, il désavoue les mauvais traitements qu'il a fait subir au saint évêque et la conjure d'envoyer quelqu'un auprès de lui pour solliciter sa guérison.

La reine, qui connaissait Apollinaire, et qui était pleine de vénération pour ses vertus, applaudit de grand cœur au vœu de l'anguste malade, et se dirigeant bientôt vers le bourg de Sardinie, elle va se jeter aux pieds du saint Évêque, lui demande pardon pour le roi, son époux, et le conjure de vouloir bien se rendre avec elle à la cour, où il était attendu les bras ouverts. Étonné de cette demande, le bienheureux Pontife se recueille devant le Seigneur, puis il proteste qu'en quittant le lieu de son exil il se rendra à Valence, au sein de son troupeau, et non dans le palais du roi, où sa présence était inutile. Cette réponse ne rebuta point la reine qu'animaient une foi vive et une confiance sans bornes ; toujours prosternée aux pieds de saint Apollinaire qu'elle arrose de ses larmes : « Seigneur », lui dit-elle, « si vous ne voulez pas me suivre auprès du roi, mon époux, daignez au moins permettre que j'emporte votre manteau ; je l'étendrai sur lui, et je suis assurée de sa guérison ». Vaincu par tant de larmes et de confiance, Apollinaire se dépouille de son manteau et le met entre les mains de la pieuse reine, qui, de retour auprès du malade, s'empresse de l'en revêtir et a le bonheur de lui procurer à l'instant même une guérison, qui est aussi subite qu'elle est complète et merveilleuse. Quelques heures après, le roi de Bourgogne va se prosterner à son tour aux pieds d'Apollinaire, confessant avec douleur l'injustice de l'exil auquel il l'a condamné, et se répandant en actions de grâces sur le bienfait qu'il vient de recevoir. Il donne en même temps des ordres pour faire conduire le saint prélat dans son diocèse, et la ville de Valence le vit arriver dans ses murs avant qu'elle eût reçu la nouvelle de sa délivrance miraculeuse.

Apollinaire fut accueilli par les Valentinois comme un père par ses enfants, au milieu des transports de la joie la plus vive ; saint Hilaire et saint Athanase rentrant dans leurs églises, après de grands et glorieux combats, n'avaient pas été reçus avec plus d'enthousiasme et d'allégresse. Tous les évêques de la Bourgogne, et notamment ceux de la province de Vienne, lui écrivirent pour le féliciter. Saint Avite surtout, naturellement plus sensible que les autres au bonheur de son frère, lui exprima dans les termes les plus affectueux la joie qu'il en éprouvait. Rien n'est touchant comme la lettre qu'il lui écrivit à cette occasion et qui se trouve encore parmi celles qui nous restent de cet illustre prélat.

Apollinaire avait soixante-quatre ans lorsqu'il revint de Sardinie, après la guérison du roi de Bourgogne ; les rigueurs de l'exil n'avaient point altéré ses forces, ni affaibli son zèle ; il conservait toujours cette énergie qui était le fond de son caractère, et jusque vers la fin de ses jours il ne cessa de travailler avec ardeur au salut de ses ouailles. À soixante-sept ans, il voulut aller en pèlerinage au tombeau de saint Genest, en Provence, et visiter en passant l'archevêque d'Arles, saint Césaire, l'un de ses plus illustres amis. Il s'embarqua donc sur le Rhône, accompagné d'un prêtre nommé Salutaris, d'un diacre et de quelques serviteurs. Le voyage fut d'abord assez heureux ; mais arrivé près d'Avignon, la barque dans laquelle

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notre Saint s'était endormi faillit être submergée par les flots. On courut à lui promptement. Ses serviteurs le réveillèrent, et il leur dit : « Ne craignez rien, c'est la puissance du démon qui a ébranlé notre barque, mais le Seigneur est ici, continuons notre route en toute confiance ». Au même instant on lui apprit qu'un jeune homme de l'équipage, nommé Alysius, tombé malade tout à coup, était en proie à de violentes douleurs. Apollinaire fit venir Salutaris et lui dit : « Allez prier auprès de ce malade et vous le guérirez au nom du Seigneur ». Salutaris obéit, et le jeune homme fut guéri sur-le-champ. À la vue de ce prodige, tout l'équipage tombant à genoux, se mit en prières, et, depuis Avignon jusqu'à Arles, on ne cessa de bénir Dieu du pouvoir qu'il accordait au saint Pontife. Informé de son arrivée, saint Césaire accourut à sa rencontre, suivi de plusieurs magistrats et d'une foule nombreuse ; il le conduisit comme en triomphe jusqu'à sa demeure, où, durant quelques jours, Apollinaire fut l'objet des attentions les plus touchantes, de l'admiration et du respect de tous ceux qui eurent le bonheur de l'approcher.

Parmi les personnes qui témoignèrent le plus d'empressement à le voir se trouvèrent deux de ses proches parents nommés Parthénius et Ferréol : ils occupaient un rang très-distingué dans le monde, et n'étaient pas moins recommandables par leur piété que par l'illustration de leur naissance ; ils firent à notre Saint de magnifiques présents ; mais, aussitôt après leur départ, il voulut qu'on les vendît et qu'on en donnât le prix aux pauvres. Peu de temps après, une dame, parente aussi d'Apollinaire, vint se présenter à lui et le conjura de la suivre jusqu'à Marseille où sa famille résidait. Ses instances lui ayant obtenu cette faveur, le Saint embrassa tendrement l'archevêque d'Arles et se mit en route après avoir confié à l'un de ses serviteurs une somme considérable pour les pauvres qu'il rencontrerait durant le voyage. Le serviteur ayant reçu cette somme, l'enferma dans une bourse qu'il perdit en chemin ; désolé de ce contre-temps, il alla tout en pleurs en faire part au diacre du saint évêque ; le diacre lui dit : « Ayez confiance, le Saint a destiné cet argent aux pauvres, il ne saurait se perdre, retournez sur vos pas, vous le retrouverez ». Le serviteur, rassuré par ces paroles, se mit à la recherche de la bourse, et, quelques heures après, il la retrouva au milieu du chemin où elle semblait avoir échappé jusqu'alors à l'œil de tous les passants.

Nous ne savons presque rien du séjour que fit notre Saint à Marseille, l'histoire de sa vie nous raconte seulement qu'il y opéra divers prodiges, qu'il guérit, entre autres, un enfant sourd et muet que l'on disait être possédé du démon. Cependant les fatigues du voyage, et sans doute aussi l'empressement des peuples à recourir à lui dans tous les lieux où il s'arrêtait, firent prendre à saint Apollinaire la résolution de s'en retourner au plus tôt à Valence ; à peine y fut-il de retour qu'il eut un secret pressentiment de sa mort, et dès lors il ne s'occupa plus d'autre chose que de l'éternité. Sa dernière maladie fut une suite non interrompue de pieux exercices et de prières ferventes : il voulut que tous ses prêtres fussent admis auprès de son lit de douleurs ; il leur donna ses dernières instructions, les bénit avec amour et les pria de l'assister jusqu'à son dernier soupir. Plusieurs miracles opérés encore par son intercession accrurent la haute idée que tout le monde avait conçue de son crédit devant Dieu ; c'est ainsi que, malade lui-même, et touchant presque à l'agonie, il guérit plusieurs infirmes et délivra même deux personnes possédées du démon. Quelques heures avant sa mort, son archidiacre, nommé Leubarède, fut témoin d'une mer-

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veille encore plus étonnante. C'était pendant la nuit; Leubarède se rendait à la cathédrale pour assister à Matines; chemin faisant, il eut la pensée d'aller voir le saint évêque. Arrivé au palais épiscopal, il s'informa de son état, et, apprenant qu'il était seul dans sa chambre, il voulut se présenter à lui; mais quelle ne fut pas sa surprise, lorsque ayant entrouvert la porte, il vit la chambre inondée de lumière, et le saint Pontife élevant de toutes ses forces ses mains au ciel, en soupirant avec larmes! Ébloui de cet éclat miraculeux, Leubarède n'osa point avancer; il ferma et entrouvrit doucement la porte à diverses reprises, ne se lassant point d'admirer un spectacle si ravissant. Tout à coup il aperçut deux colonnes étincelantes se former peu à peu, l'une à droite et l'autre à gauche de l'auguste malade, et sa tête se couronner d'une auréole dont les rayons étaient brillants comme ceux du soleil. Le saint Pontife lui parut alors entrer dans un ravissement; il faisait des efforts pour se soulever de son lit, tendait les bras, et ses yeux semblaient être fixés avec amour sur quelqu'un qui descendait du haut du ciel. À cette vue, l'archidiacre émerveillé referma la porte une dernière fois, et, se jetant à genoux, il bénit le Seigneur de la gloire qu'il réservait à saint Apollinaire; le lendemain, il publia partout le prodige et il excita dans la ville entière des sentiments d'admiration qui éclatèrent bientôt en véritables transports. Saint Apollinaire avait rendu son âme à Dieu, l'an de Notre-Seigneur 520.

On le représente faisant jaillir de terre une source d'eau vive. Nous avons donné la raison de cette caractéristique.

## CULTE ET RELIQUES.

Son corps fut d'abord inhumé dans l'église de Saint-Pierre du Bourg-lès-Valence, célèbre à cette époque par un monastère rempli de religieux très-édifiants. On le transféra plus tard dans l'église cathédrale qui portait alors le nom de Saint-Étienne.

Celle-ci ayant été reconstruite en 1895 et consacrée solennellement par le pape Urbain II, fut dédiée aux saints martyrs Corneille et Cyprien; mais les miracles opérés au tombeau de saint Apollinaire, dont le corps était conservé dans la nouvelle basilique, et la reconnaissance des fidèles envers ce puissant protecteur, firent peu à peu substituer son nom à celui des saints martyrs, et, dès le XIIe siècle, il fut reconnu pour l'unique patron de la cathédrale et de tout le diocèse de Valence. Ces diverses translations, loin d'attirer la confiance des peuples et leur respect pour les reliques du saint évêque, ravivèrent puissamment le culte dont elles étaient l'objet. Partout où elles furent déposées, accoururent d'innombrables pèlerins, et s'opérèrent de nouveaux prodiges.

Mais au XVe siècle les Protestants incendièrent la cathédrale de Valence et jetèrent dans le Rhône ses précieuses reliques. Cet acte sacrilège, consommé en quelques heures, plongea la ville dans le deuil. Depuis lors elle ne possède plus une seule parcelle des reliques de son illustre patron; mais elle conserve précieusement le souvenir de ses bienfaits et de ses vertus, l'invoque toujours avec confiance, et par le culte solennel dont elle l'honora elle le place au premier rang parmi les saints protecteurs qui intercèdent pour elle dans le ciel.

Ce culte, dont l'origine se perd dans la nuit des siècles et remonte probablement jusqu'à la mort du saint pontife, a été autorisé depuis longtemps par l'Église. Le nom de saint Apollinaire se lit dans le martyrologe romain avec l'éloge de ses vertus et celui de ses miracles. Sa fête a toujours été célébrée dans le diocèse sous le rite double de première classe, avec octave.

*Tiré de l'Histoire hagiologique du diocèse de Valence, par M. l'abbé Madal.*

Événements marquants

  • Naissance à Vienne vers 453
  • Éducation par Saint Mamert
  • Élévation au sacerdoce par son père Saint Isique
  • Élection au siège de Valence vers 486
  • Participation à la conférence de Lyon contre les Ariens en 499
  • Participation au concile d'Epaône et au premier concile de Lyon
  • Exil à Sardinie ordonné par le roi Sigismond
  • Guérison miraculeuse du roi Sigismond par l'envoi de son manteau
  • Pèlerinage en Provence et visite à Saint Césaire d'Arles

Miracles

  • Jaillissement d'une source d'eau à Sardinie par la prière
  • Guérison subite du roi Sigismond par l'application de son manteau
  • Guérison d'un jeune homme nommé Alysius sur le Rhône
  • Guérison d'un enfant sourd et muet à Marseille
  • Apparition de colonnes de lumière et d'une auréole avant sa mort

Citations

Creusez la terre en cet endroit, il en jaillira une source, au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit

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Ne craignez rien, c'est la puissance du démon qui a ébranlé notre barque, mais le Seigneur est ici

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