Benoît-Joseph Labre

Pauvre en Jésus-Crucifié

Fête : 16 avril 18ᵉ siècle • bienheureux

Résumé

Né en Artois en 1748, Benoît-Joseph Labre renonce à la vie monastique pour devenir un pèlerin mendiant, parcourant les sanctuaires d'Europe dans un dénuement total. Surnommé le 'Saint Alexis de son siècle', il passe ses journées en adoration devant le Saint-Sacrement, particulièrement à Rome. Il meurt en 1783 dans une odeur de sainteté, déclenchant une ferveur populaire immédiate.

Biographie

LE BIENHEUREUX BENOÎT-JOSEPH LABRE

Bois de France : Louis XV ; Louis XVI.

Le monde ému s'agenouilla devant le PAUVRE en Jésus-Crucifié.

Daras, Les Saints du XVIIIe siècle.

Dans le XVIIIe siècle, un petit village de la province d'Artois, nommé Amettes, et dépendant de l'évêché de Boulogne, avait conservé toute la simplicité des mœurs antiques et toute la pureté de notre sainte religion. Dieu y jeta les yeux, comme autrefois sur la plus petite des villes de Juda, et là, dans une famille qui était en possession de fournir une grande partie de ses membres au recrutement du clergé diocésain, il choisit un rameau recommandable entre tous par une probité séculaire, pour en faire sortir un émule du patriarche d'Assise, un nouvel imitateur de celui qui, possédant tous les trésors de la divinité, s'est fait pauvre pour nous ; un homme, enfin, qui portait volontairement l'amour et la pratique de la sainte pauvreté aussi loin qu'il est possible de l'imaginer.

Les chefs de cette branche, Jean-Baptiste Labre, et Anne-Barbe Grandsire, sa femme, obtinrent, pour leur mariage, la bénédiction que Dieu accordait aux anciens patriarches, auxquels ils ressemblaient par la fidélité aux coutumes de leurs ancêtres. Ils eurent quinze enfants, qu'ils élevèrent sans trop de gêne, car ils avaient une aisance suffisante à leurs goûts modérés. Benoît-Joseph, l'aîné de cette belle lignée, naquit le 26 mars 1748.

Enfant vraiment béni, et qui en reçut le nom peut-être par une disposition secrète de la Providence : le Créateur l'avait doué d'un esprit vif et pénétrant, d'un jugement sain et solide, d'une mémoire facile et sûre. Son cœur était tendre, sa volonté forte, son âme n'abandonnait jamais la vérité une fois connue. Il annonça, dès ses premières années, des inclinations prononcées pour le bien, des goûts simples et innocents, une grande ingénuité, signe ordinairement précurseur de la droiture des sentiments. Son caractère vif fut bientôt tempéré par sa raison naissante et par une grande soumission à ses parents. Ceux-ci lui transmirent, comme le plus beau des patrimoines, les sentiments de piété qu'ils avaient hérités de leurs ancêtres. Ils lui inspirèrent de bonne heure la crainte de Dieu, qui est la vraie sagesse ; une profonde estime pour sa qualité de chrétien, ainsi qu'une tendre dévotion à la très-sainte Vierge et à son Époux, que la confiance du pays ne sépare point l'un de l'autre : Jésus, Marie, Joseph, furent les premiers mots que sa langue apprit à prononcer.

Tout petit encore, il donnait une attention sérieuse aux sages propos, aimait à prier et à entendre parler des vérités de la religion. Il mettait une grâce charmante à dessiner son signe de croix et à bégayer les formules que lui dictait sa mère. « Dès sa plus tendre enfance, déposa-t-elle, ainsi que son mari, je l'ai vu se plaire aux pratiques religieuses et imiter tout ce qui se faisait à l'église, où je pouvais le conduire et le garder autant que je voulais. »

La grâce, l'exemple et les enseignements de sa famille gravèrent d'une manière ineffable, dans ce cœur déjà maître de ses passions, les grandes maximes de la religion, sur l'obligation de servir Dieu, de suivre Jésus-Christ en se renonçant soi-même, sur la nécessité de mortifier ses sens et de faire pénitence pour vivre d'une vie surnaturelle. On vit poindre dès lors dans cet enfant de quatre ans, un attrait particulier pour la mortification, une sorte d'insouciance pour les aises et les commodités, et une indifférence bien supérieure à son âge, pour la nourriture et le vêtement. À cinq ans, la prière faite en commun par toute la famille ne lui suffisait pas ; il se retirait quelquefois à part pour réciter celles qu'il savait. Déjà il faisait ses délices de se préparer à servir la sainte messe ; quelque chose qu'on lui demandât qui eût rapport à Dieu, il n'y trouvait aucune difficulté et s'y portait avec le plus grand empressement.

La Providence mit alors sur son chemin, comme un second ange gardien pour guider ses premiers pas dans le chemin de la science et de la piété, qui convenait à son âge, Jacques-Joseph Vincent, l'aîné de ses oncles maternels, qui, déjà sous-diacre, se préparait au sacerdoce par la régularité des plus austères religieux. Épris des aptitudes qu'il remarquait dans son neveu, il se mit à le cultiver avec affection ; il passait une partie de ses journées à l'instruire et à le dresser aux exercices de dévotion. Il le conduisait et le retenait à l'église pendant de longues heures qui auraient rebuté tout autre ; il l'employait à la balayer et à l'orner selon ses forces ; il lui apprenait, en forme de récréation, le cérémonial du service de la messe. Lorsque son oncle fut rentré au séminaire, le jeune Benoît alla aux écoles, où il se montra avare de son temps, plein de confiance en ses maîtres ; ennemi de la dissipation, si ordinaire à cet âge, il aimait la société des personnes sages et réfléchies, et son plus grand plaisir était de les écouter. Il se retirait souvent à l'écart pour lire des livres de piété.

Mais ce qui démontre le mieux le travail de la grâce divine dans cette âme pure, c'est son ardeur croissante pour les mortifications, à mesure qu'il grandissait ; il s'étudiait déjà à mortifier son corps par des gênes et des privations. Alors, renouvelant les exemples de saint Casimir et de saint Jean de la Croix, il plaçait quelquefois une planchette sur son oreiller pour reposer sa tête moins mollement. Sa modestie était telle que, quand il conversait avec des personnes de l'autre sexe, jamais il ne levait les yeux sur elles, de manière à les distinguer l'une de l'autre. Ce fut surtout vers sa septième ou huitième année que son goût se prononça pour les exercices de la religion et pour une prière plus fréquente. De lui-même il se rendait à l'église quand il le pouvait, soit le matin, soit dans la journée. Dès qu'il fut assez instruit, ses délices furent de servir la messe, et il le faisait avec tant de modestie et de convenance, que les assistants en étaient émerveillés. C'était un gracieux spectacle de le voir au pied de l'autel, tenir ses petites mains jointes dévotement devant sa poitrine, les yeux baissés, la tête immobile, en un mot, dans l'attitude d'un ange ! Toute sa distraction était de bien accomplir le cérémonial. Tous ceux qui furent témoins de la piété qui rayonnait sur son visage et sur toute sa personne, s'en souvenaient encore vingt-cinq ans après, comme si c'eût été une chose toute récente, et n'en parlaient qu'avec admiration : vers cette époque, il plut à Dieu d'appeler à lui une sœur de Benoît, née depuis peu de mois : il la contempla presque une heure durant, et disait tout haut : « Chère petite, que ton sort est digne d'envie ! que ne puis-je être aussi heureux que toi ! »

On raconte encore dans le pays que, se promenant un jour dans le cimetière du village, il entendit des jeunes gens tenir quelques propos libres, et qu'aussitôt il se retira à l'écart et se mit à genoux devant une croix, priant le bon Dieu pour ceux qui venaient de l'offenser. Enfin, on peut lui appliquer l'éloge que saint Bernard a fait du jeune Malachie : « Quoique enfant par les années, il avait les mœurs d'un vieillard. »

Lorsque Benoît fut dans sa treizième année, ses parents confièrent son éducation à son oncle et parrain François-Joseph Labre, curé d'Erin. Ce fut chez ce saint prêtre qu'il s'unit pour la première fois à son Sauveur. Il n'avait rien négligé pour préparer un logis propre et bien orné à cet hôte divin ; et quand il l'eut reçu, rien ici-bas ne pourrait donner une idée des délices dont il fut inondé. Il reçut le même jour l'esprit de vérité dans la Confirmation ; dès lors il fut tout transformé, il devint une nouvelle créature animée de la vie même de Jésus-Christ. Maintenant qu'il a goûté la saveur de la manne céleste, il semble qu'il a perdu tout autre goût, même pour les aliments les plus indispensables à la nourriture du corps. Il commence dès lors à se priver fréquemment et en secret d'une partie des mets qui lui sont donnés, et il les distribue, sans qu'on s'en aperçoive, par une fenêtre, à un pauvre auquel il assigne ce rendez-vous. Il aurait foulé aux pieds les fruits les plus exquis dans le jardin de son oncle, plutôt que de toucher à ceux mêmes qui étaient le plus capables de le tenter ; il se serait fait scrupule d'en ramasser un seul, fussent-ils tombés de l'arbre eux-mêmes. Un autre effet de la communion fut l'augmentation de son recueillement habituel : il n'éprouvait plus de plaisir à rien qu'à converser avec Dieu, seul à seul, et il choisissait pour cela les lieux les plus retirés. De là vint sa prédilection pour un cabinet écarté dans le presbytère, où l'on était sûr de le trouver, lorsque le devoir ne l'appelait pas ailleurs ; si on ne l'y trouvait pas, il fallait aller à l'église, où on le voyait en adoration devant le Très-Saint Sacrement. Il aurait passé les journées entières et presque les nuits dans ce céleste entretien de son âme avec son Sauveur, démontrant, par son exemple, qu'il ne s'y trouve ni amertume ni ennui.

S'il ne communiait que tous les mois, c'est que son âme, avide de ce pain céleste, était retenue par les scrupules d'une conscience timorée à l'excès. On aperçut aussi en lui un redoublement de zèle pour la gloire de Dieu et pour le salut du prochain. Quand il était témoin de quelque offense grave à la majesté divine, sa douleur allait jusqu'à la consternation. Il saisissait toutes les occasions d'enseigner la doctrine chrétienne, ou de donner quelque instruction pieuse aux enfants au-dessous de son âge. Il s'instruisait lui-même dans la langue latine, non-seulement par obéissance, mais encore parce que c'était la langue de l'Écriture sainte et des offices de l'Église. Tout le temps qu'il pouvait économiser, il le consacrait à des lectures pieuses : la bibliothèque de son oncle suffisait à peine à son activité. C'est ainsi qu'il employait les congés qui lui étaient accordés, ou bien il les consacrait à quelques bonnes œuvres, comme de visiter de pauvres malades, ou des ecclésiastiques pieux des environs, avec lesquels il put conférer de religion.

Un jour de fête patronale, son oncle ne le voyant pas avec les jeunes gens de son âge, avec lesquels il l'avait envoyé, dit à ceux qui l'entouraient : « Je gage que mon neveu est allé dans quelque coin pour lire ou pour prier. »

M. Dupuich, directeur du pieux jeune homme, eut la curiosité de s'assurer du fait. Il le cherche partout : enfin il le trouve dans une grange, prosterné devant un crucifix qu'il avait suspendu à la muraille. Benoît était si absorbé dans sa prière, qu'il n'entendit rien ; et, surpris autant qu'édifié, M. Dupuich s'éloigna, ne voulant point le troubler dans une si sainte récréation. Il préludait ainsi au genre de vie qu'il mena jusqu'à sa mort, qu'on peut résumer en deux mots, prier, souffrir. Il ne perdait pas une occasion de souffrir, avec moins de chagrin qu'un avare ne perd l'occasion de s'enrichir. Dans les froids les plus rigoureux, il ne s'approchait jamais du feu, malgré les invitations les plus pressantes. Il fallait l'exciter pour lui faire prendre la nourriture indispensable ; alors il choisissait toujours ce qu'il y avait de plus commun et de plus grossier, laissant aux autres les meilleurs morceaux ; s'il les avait à sa disposition, c'était pour les donner aux domestiques.

À l'âge de quinze ans, son attrait pour la lecture de la Vie des Saints et des livres qui traitent de la vie spirituelle devint si fort, que ses études de la langue latine, que, du reste, il connaissait déjà assez bien, commencèrent à en souffrir. Un seul dessein l'occupait tout entier : connaître la volonté de Dieu sur lui et les moyens les plus sûrs de se sanctifier, de sauver son âme. Son oncle, le voyant se relâcher dans ses études, crut devoir insister sur leur importance pour le sacerdoce, et interdit à Benoît l'entrée de sa bibliothèque, ne lui abandonnant que les livres qu'il jugeait nécessaires. Mais comment résister à l'attrait de la grâce ? Dieu voulait faire de son serviteur tout autre chose qu'un savant ecclésiastique. À peine ouvrait-il Cicéron ou Quinte-Curce, qu'un grand poids lui oppressait le cœur : ouvrait-il, au contraire, un livre de piété, son âme était soulevée et portée jusqu'à Dieu.

Les saintes Écritures, surtout, parlaient à son cœur, ainsi que les sermons du P. Lejeune. Il les avait journellement en main, il les étudiait avec amour, il les savait presque par cœur. Deux discours l'ébranlèrent principalement : ce furent ceux des peines de l'enfer et du petit nombre des élus ; il avait continuellement devant les yeux de l'âme cette maxime : « Que sert à l'homme de gagner l'univers, s'il vient à perdre son âme ! » Dieu lui révéla d'abord sa volonté générale sur lui ; il l'appelait à un renoncement absolu, il se réservait de lui faire connaître ses volontés spéciales après l'y avoir préparé par la voie des épreuves. Benoît crut que la Providence l'appelait dans l'enceinte de quelque monastère : un seul, celui de la Trappe, nouvellement réformé, lui semblait capable de rassasier sa faim de mortifications. Mais ses parents résistèrent d'abord à ce dessein : ils lui objectèrent qu'il pourrait tout aussi bien servir Dieu et faire son salut dans l'état ecclésiastique que dans le cloître, et même qu'il ferait plus de bien en travaillant à la sanctification des autres, que de vivre pour lui seul en s'ensevelissant dans un désert. En vain le saint jeune homme leur représenta que nulle considération ne pouvait le dispenser d'obéir à la voix qui l'appelait : il eut beau plaider sa cause, prier, supplier, il ne put rien gagner. En attendant qu'il fût en âge de disposer de sa personne, car il n'avait encore que dix-sept ans, il fit, autant qu'il lui était possible, l'essai de la vie pénitente après laquelle il soupirait, une espèce d'apprentissage de la Trappe. Plus d'une fois il fut surpris à dormir sur le plancher, même dans la plus rigoureuse saison. Il ne se bornait plus à donner quelques morceaux de pain aux pauvres : quand il pouvait échapper aux regards, son repas tout entier passait dans les mains de quelque nécessiteux.

Il obtint de son oncle la permission d'observer les jeûnes de précepte. Il ne paraissait plus au dehors que pour se rendre à l'église ; ses communions devenues plus fréquentes, ses mœurs angéliques, son humble docilité, sa rare modestie, son perpétuel recueillement, le faisaient appeler le jeune Saint et lui attiraient déjà une sorte de vénération publique. Une maladie épidémique ravageant le pays, en 1766, Benoît se dévoua au service des malades, avec son oncle, qu'il vit tomber martyr de la charité. Il comprit alors, mieux que jamais, combien la vie humaine est fragile, et il se fortifia dans le dessein de renoncer à tout pour acquérir les biens éternels. On lui conseilla de renoncer à la Trappe, qui épouvantait ses parents, pour une Chartreuse où la vie serait suffisamment austère. Toujours flexible à la voix de ses supérieurs, Benoît suivit ce conseil. Son père et sa mère, bien que ce sacrifice leur coûtât autant que celui d'Abraham à Isaac, donnèrent leur consentement. Il alla d'abord frapper à la Chartreuse du Val-Sainte-Aldegonde, au diocèse de Saint-Omer, laquelle ne put le recevoir, à cause des grandes pertes qu'elle venait d'essuyer, et qui diminuaient ses ressources. Il part alors à pied pour celle de Neuville, dans le diocèse de Boulogne ; là, le R. P. prieur, le croyant destiné au chœur et au sacerdoce, lui dit d'achever ses études et d'apprendre un peu de dialectique et les principes du plain-chant avant de se présenter. Il revint au bout de quatre mois : on l'examina, on trouva sa science à peu près suffisante, on eut surtout égard à la vivacité de son désir, et on l'admit au nombre des postulants.

Dans les premiers moments, le pieux Anachorète se crut au comble de ses vœux ; il allait vivre enfin dans le creux de la pierre, et goûter les délices d'une vie cachée en Jésus-Christ. Mais à cette rapide allégresse succéda bientôt une de ces tribulations intérieures, qui sont comme les défilés ardus et escarpés, par lesquels doivent passer les âmes appelées à la plus sublime contemplation. D'un autre côté, il croyait la vie des Chartreux trop douce pour un pécheur comme lui : Dieu, qui avait d'autres vues sur lui, ne faisait point descendre dans son âme cette grâce sympathique qui forme le lien entre un Ordre religieux et ceux qu'il y appelle. Il fut donc obligé de quitter la Chartreuse ; mais à peine de retour sous le toit paternel, il le quitte de nouveau, malgré les prières et les larmes de ses parents ; il part au cœur de l'hiver, sans bagage, sans nul souci des moyens de transport, par des pays inconnus, par des pluies torrentielles ; il fait à pied soixante lieues pour aller se présenter à la Trappe de Mortagne, en Normandie. On refuse de le recevoir avant l'âge de vingt-quatre ans ; il lui faut donc baisser la tête et revenir dans son village, où il arrive les habits en lambeaux et les pieds déchirés. Rentré chez les Chartreux, le 12 août 1769, à l'âge de vingt et un ans, uniquement pour obéir à son évêque qu'il avait consulté à ce sujet, il en sortit pour les mêmes motifs que la première fois. Il revint à la Trappe de Mortagne, et, la trouvant fermée pour lui de nouveau, tant qu'il n'aura pas vingt-quatre ans, il se met en marche pour celle de Septfonds. Il y est admis et revêt l'habit de novice le 11 novembre.

C'est probablement en se rendant à Septfonds qu'il alla s'agenouiller à Autun sur le sol consacré par le sang de saint Symphorien. En 1861, la tradition du pèlerinage que fit à Autun le bienheureux Labre vivait encore dans la mémoire de quelques vieillards. Il fut le dernier pèlerin illustre qui visita un tombeau si célèbre pendant plus de quinze siècles.

Quelle heureuse surprise pour lui de voir que l'austérité n'était pas moindre à Septfonds qu'à la Trappe ! Dès le début, il parut un religieux consommé. Mais il devait encore passer une troisième fois par le creuset des tribulations intérieures. Il s'accusait de fautes qui n'existaient que dans les frayeurs d'une conscience trop timorée ; il pensait n'avoir aucune contrition, parce qu'il n'était pas, comme quelques saints pénitents, favorisé d'une contrition sensible jusqu'à pleurer, gémir, sangloter. En moins de six mois, ces désolations de cœur, jointes aux austérités et aux jeûnes, l'avaient amaigri et exténué. Une fièvre ardente se déclara, et les médecins, consultés, le jugèrent trop faible pour soutenir la rigueur de la Règle. Mais on ne voulut pas qu'il partît avant d'être rétabli ; on le fit donc transporter dans l'hôpital extérieur, où il édifia tout le monde. C'était, disait un Frère, une conversation non interrompue avec Dieu, favorisée par le silence le plus absolu du malade. Celui qui était chargé de le soigner invitait souvent ses confrères à venir le visiter, en disant : « Le jeune Labre est un Saint, allons le voir ». Pendant sa convalescence, il n'eut rien de plus pressé que de s'employer au soin des autres malades, dont sa charité le rendait le serviteur le plus dévoué. Il prit congé des bons Pères le 2 juillet 1770 ; mais que fera-t-il ? où ira-t-il ? Il adressa ces questions à Notre-Seigneur, qui lui mit d'abord en pensée de se diriger vers les sanctuaires les plus célèbres, tels que ceux de Lorette et de Rome, dans l'intention de mieux connaître sa vocation. Il quitta la France et prit le chemin de Lorette, par le Piémont, demandant sans cesse au Seigneur aide et lumière pour connaître et accomplir sa divine volonté. Dieu lui révéla enfin, par une illumination très-claire de l'intelligence, jointe à une inspiration sensible au cœur, que « ce divin vouloir était qu'il marchât sur les traces de saint Alexis, en abandonnant pour toujours patrie, aises, commodités et tout ce qu'il y a de flatteur au monde, pour mener un nouveau genre de vie, la plus pauvre, la plus pénible et la plus pénitente ; et cela non dans un désert, non dans un cloître, mais au milieu du monde, en visitant dévotement en pèlerin les sanctuaires les plus renommés ».

Le saint Pèlerin commença par Notre-Dame de Lorette, le 6 novembre 1770 ; sa seconde station fut le tombeau de saint François d'Assise, où il se fit inscrire dans l'archiconfrérie dite du Saint-Cordon. Dès son arrivée à Rome, il fut profondément touché en voyant les images de sa bonne Mère dans les carrefours et les rues ; dans toutes les maisons, la plupart des familles lui réservaient une place d'honneur avec une lampe allumée devant elle. Il s'arrêtait devant celles qui étaient le plus en vénération, exprimant ses affections par des gestes pieux, et, après les avoir regardées mille fois, il y revenait encore et les regardait avec une nouvelle ferveur. Il ne savait comment rendre la joie qu'il éprouvait de ce culte public et si universel rendu à Marie.

Il fut bientôt au courant de toutes les cérémonies qui avaient lieu dans les églises de Rome, de toutes les dévotions qui s'y pratiquaient, et il n'en manqua aucune. Quand il connut le Saint-Escalier, il alla souvent le gravir à genoux, lentement et en méditant à chaque degré les humiliations du Sauveur qui l'avait foulé lorsqu'on le traînait au prétoire. Vers la fin de mai 1771, il partit pour la ville de Fabriano, près de laquelle on vénère le tombeau de saint Romuald. Il se sentit une telle dévotion pour saint Jacques le Majeur, qu'il passa une journée entière dans son église, toujours à genoux, sans changer ni de place, ni de position, attentif à toutes les messes qui se succédaient dans la matinée. Durant les heures où l'église restait déserte, il tenait ses bras en croix, les yeux fixés sur le tabernacle ou sur la statue du Saint. Lorsqu'il vit le sacristain fermer les portes, il le pria de vouloir bien lui permettre de passer la nuit dans l'église. Quand il sortait, plusieurs se le montraient du doigt et le qualifiaient de Saint. L'admiration augmenta quand on le vit donner aux pauvres le peu d'aumônes qu'il recevait. Une femme veuve, le voyant passer par une pluie battante, l'invita à entrer pour se mettre à couvert. Il accepte, la salue selon son habitude, par ces mots : « Loués soient Jésus et Marie ! » Et, par sa figure si affable et si pieuse, il inspire à cette femme une grande confiance : elle lui ouvre son cœur, lui raconte ses peines. Elle trouva une telle consolation dans les paroles du saint Pèlerin, qu'elle voulut procurer le même bonheur à une jeune personne qui, depuis plus de neuf ans, gardait le lit, souffrant beaucoup d'un squirre à l'estomac. Benoît parla à la malade du bonheur d'être crucifié avec Jésus-Christ, et lui dit, entre autres paroles, que de son lit elle passerait en paradis. Il semblait à la patiente entendre Jésus-Christ même ; se jugeant indigne d'être visitée par Jésus-Christ en personne, elle eut l'idée que c'était un Saint du ciel envoyé de Dieu pour la consoler ; et ce n'était pas sans raison : car le serviteur de Dieu, profitant d'un moment où il se trouvait seul avec elle, lui parla d'un secret de conscience relatif à quelque illusion intérieure qu'elle avait eue et qu'elle n'avait pas encore dévoilée à son directeur. Elle avoua depuis que, sans une lumière surnaturelle, il n'eût pas pu pénétrer son intérieur comme il l'avait fait.

Contre son habitude, le serviteur de Dieu accepta le dîner que sa chère malade et ses deux sœurs lui offrirent, pensant sans doute, à l'exemple du divin Modèle, qui ne refusait pas de prendre part aux festins, lorsqu'il y voyait l'occasion favorable de servir aux convives quelque aliment spirituel. Mais à peine touchait-il à ce qu'on lui servait, et, aux instances qui lui étaient faites, il répondait : « Il me faut peu ; le surplus n'est bon qu'à préparer une plus grande pâture aux vers ». Il continuait à parler des choses de Dieu et du salut ; mais il assaisonnait ses discours spirituels de tant de naturel et de grâces, que les trois sœurs et la veuve en étaient émues jusqu'aux larmes et oubliaient de manger pour être plus attentives à ses réflexions pieuses. Il s'écria plusieurs fois : « Mon Dieu, quelle n'est pas votre bonté d'avoir donné à ces aliments la vertu de soutenir nos corps ? »

La jeune infirme lui demanda comment nous devons aimer Dieu et quels sont les signes de cet amour ; il répondit : « Pour aimer Dieu convenablement il faut trois cœurs en un seul. Le premier doit être tout de feu envers Dieu et nous faire penser continuellement à Dieu, parler habituellement de Dieu, agir constamment pour Dieu, et surtout supporter avec patience le mal qu'il lui plaît de nous envoyer pendant toute la durée de notre vie. Le second doit être tout de chair envers le prochain et nous porter à l'aider dans ses besoins temporels par les aumônes, et plus encore dans ses besoins spirituels par l'instruction, le conseil, l'exemple et la prière ; il doit surtout s'attendrir pour les pécheurs, et plus particulièrement pour les ennemis, et demander au Seigneur de les éclairer pour les amener à la pénitence ; il doit aussi être plein d'une pieuse compassion pour les âmes du purgatoire, afin que Jésus et Marie daignent les introduire au lieu du repos. Le troisième doit être tout de bronze pour soi-même et faire abhorrer toute sorte de sensualité, résister sans relâche à l'amour de soi, abjurer la volonté propre, châtier le corps par le jeûne et par l'abstinence, et dompter toutes les inclinations de la nature corrompue : car plus vous haïrez et plus vous maltraiterez votre chair, plus grande sera votre récompense dans l'autre vie. »

Avant de quitter cette famille, Benoît voulut laisser une marque de sa gratitude pour l'accueil qu'il avait reçu : il demanda une feuille de papier, écrivit en latin une oraison adressée à Notre-Seigneur Jésus-Christ, et, en la remettant à ses hôtesses, il les assura que si elles la récitaient avec foi, elles verraient leur maison et les maisons voisines préservées de la foudre, de l'incendie et des tremblements de terre. C'est ce qui est arrivé plusieurs fois, entre autres lors du tremblement de terre de 1781.

Benoît fut obligé de se soustraire par la fuite à l'estime qui grandissait pour lui dans toute la ville. Inspiré sans doute par un esprit prophétique, il ajouta, en remerciant le sacristain des bontés qu'on avait eues pour lui, que Dieu daignerait lui-même payer sa dette envers l'église et l'hospice. Quelque temps après, on recevait à l'improviste une somme de cent écus romains, léguée par le testament d'une dame allemande, inconnue à Fabriano, et dont l'héritier ignorait l'existence de l'église Saint-Jacques et de son hospice.

Jamais Benoît ne s'arrêta depuis en passant dans une ville où « on avait fait cas de lui comme de quelque chose de bon ». Ses divers pèlerinages dans le royaume de Naples firent présager qu'il serait un ornement de l'Église. Ses grands exemples de vertu firent une telle impression sur les habitants, qu'aujourd'hui encore, après environ quatre-vingts ans, le souvenir en est vivant dans l'esprit de quelques vieillards. Arrivé devant une prison, d'où les détenus imploraient, à travers les barreaux de leurs cachots, la pitié des passants, il s'arrêta, et, voyant ces malheureux, il en eut une grande compassion. Tout-à-coup il s'agenouille, se découvre, place son chapeau par terre devant lui, dépose sur ses bords le crucifix qu'il détache de sa poitrine, prie un instant en le regardant fixement, puis entonne les Litanies de la Vierge de Lorette avec une voix céleste qui remuait les auditeurs jusqu'au fond de l'âme ; aussitôt l'argent tombe de tous côtés dans le chapeau du pèlerin, il recueille ces offrandes, les baise tout ému comme pour remercier le public, se lève et va les distribuer aux pauvres prisonniers ; il répéta cet acte de charité tous les jours devant les églises.

Un habitant de la ville de Bari, qui eut le bonheur de lui faire accepter l'hospitalité dans sa maison, le pria, avant de le laisser partir, de lui donner au moins quelque avis pour souvenir : au même instant le marteau de l'horloge vint annoncer qu'une fraction de la vie humaine était écoulée : « Eh bien ! » répliqua le serviteur de Dieu, « chaque fois que vous entendrez cette cloche, souvenez-vous que vous n'êtes pas maître de l'heure suivante, et pensez en même temps à la Passion qu'a voulu souffrir Notre-Seigneur pour nous mettre en possession de l'éternité ». La personne à laquelle il laissa cette pieuse maxime, quoiqu'à la fleur de l'âge, et d'une très-robuste santé, ne tarda pas à passer au repos éternel, après une courte maladie.

Pour aller en Espagne, il passa par Moulins, en Bourbonnais, où il séjourna quelques mois. Un pieux chrétien lui ayant offert un abri, parce qu'on était au fort de l'hiver, il refusa d'accepter un lit, ne voulant absolument coucher qu'au grenier, sur un peu de paille. Pendant les longues soirées d'hiver, il faisait une lecture à la famille ; d'autres personnes du voisinage ne tardèrent pas à augmenter son auditoire, attirées, comme elles le disaient, par la curiosité de voir un Saint. Après la lecture, il se retirait dans son galetas pour continuer à lire et à méditer ; il passait la plus grande partie de ses nuits dans ce pieux exercice. On l'entendit aussi se flageller durement, et l'on surprit dans sa paille un fouet de cordes armées de pointes. Pendant le Carême, il passait quelquefois deux ou trois jours sans manger.

Si l'on portait le saint Viatique aux malades, il ne manquait jamais de l'accompagner. On le voyait communier fréquemment à la première messe ; cette sainte coutume fut pour lui une occasion d'humiliation. Le prêtre sacristain, le voyant approcher si souvent de la sainte Table, jugea qu'il était inconvenant pour un laïque, aussi jeune et aussi mal vêtu, de recevoir si familièrement le Dieu-de toute majesté, et, saisi d'un faux zèle, il le chassa de la table de communion. Benoît supporte cet affront avec patience et humilité : il garde le silence et se retire ; les jours suivants, il se présente de nouveau à la sainte Table, prêt à recevoir une nouvelle insulte, et il la supporte avec la même abnégation, jusqu'à ce que le curé de la paroisse, instruit du fait, réprima le zèle indiscret du prêtre sacristain. Il eut à souffrir bien d'autres persécutions qu'il serait trop long de raconter, et qui ne firent qu'augmenter sa réputation de sainteté. On lui attribuait plusieurs miracles, entre autres que du pain et des pois s'étaient multipliés entre ses mains pendant qu'il en faisait une distribution aux pauvres le jeudi saint, et qu'un malade fut guéri par ses prières. Si nous le suivons en mille sanctuaires de l'Alsace, de la Lorraine, de la Suisse et de l'Allemagne, nous recueillerons les légendes les plus merveilleuses. Nous dirons seulement les vertus dont il donnait partout l'exemple.

Jamais la pauvreté et le renoncement des religieux les plus rigides n'approcha de ce que le serviteur de Dieu a pratiqué de son plein gré pendant les quinze dernières années de sa vie. En effet, les religieux de la plus étroite observance ont au moins encore une petite cellule pour habitation, quelque planche ou quelque natte en guise de lit, une bure renouvelée en son temps pour vêtement ; leur table est approvisionnée d'aliments grossiers, il est vrai, mais suffisamment abondants et sans aucun soin de leur part ; ils y trouvent pour boire quelque gobelet tenu proprement, fût-il de bois ou d'argile ; mais Benoît se priva de tout cela et vécut dans un dénuement général qui a quelque chose d'incroyable. Ses vêtements n'étaient que de vrais haillons, qui suffisaient juste à couvrir la nudité de son corps, mais qui ne pouvaient nullement le défendre de l'intempérie des saisons. Sa chaussure se réduisait le plus souvent à des savates ou pantoufles trouées de tous côtés comme pour y introduire l'eau et la boue. Sa tête n'était pas mieux couverte. Il se dépouillait quelquefois encore davantage, pour mieux imiter le Fils de Dieu, qui n'a pas craint de se dépouiller de la majesté divine : beaucoup l'ont vu aller pieds nus par les chemins ou par les rues. Pendant la plus grande partie de sa vie de pèlerin, non-seulement il n'eut pas de domicile, mais il ne voulut pas même habituellement poser le pied sous le même toit ; ne fallait-il pas se conformer littéralement à l'exemple de celui qui a dit : « Les renards ont leurs tanières et les oiseaux ont leurs nids ; mais le Fils de l'Homme n'a pas où reposer sa tête ? »

Durant ses premiers séjours à Rome, il commença par s'abriter ordinairement près du Quirinal, dans un trou de mur, logement plus convenable à un animal qu'à un homme. Il changea ensuite par déférence pour le conseil d'un ecclésiastique et se logea sous les voûtes ouvertes et ruinées du Colysée, comme le passereau solitaire dans les décombres, ou l'hirondelle dans les ruines. Il changeait souvent de gîte, pour éviter tout ce qui aurait pu ressembler à une possession. Dans ses longs voyages, la terre lui servait de lit ; il prenait pour abri une haie ou une muraille. Que dirons-nous de sa pauvreté dans le vivre ? il prenait de nourriture ce qu'il en fallait pour ne pas mourir. Quant à la qualité, ses aliments de choix étaient ordinairement ce qu'il pouvait trouver de plus vil, des choses de rebut, même écrasées sous les pieds et jetées par les fenêtres dans la rue ou sur le fumier : des feuilles de chou jaunies, des écorces d'oranges amères, des épluchures d'herbes fanées, des fruits gâtés et pourris. À quelques rares exceptions près, son estomac ne connaissait plus ni viande, ni mets d'aucune sorte ; il ne buvait jamais qu'après ce singulier repas ; sa boisson était en voyage l'eau des fossés, et en ville celle des fontaines publiques, sans autre tasse que ses lèvres, appliquées immédiatement à l'orifice des tuyaux ; ce qui fut cause qu'après sa mort on vit plusieurs de ces fontaines assiégées par une foule pieuse, parce qu'on les regardait comme sanctifiées par ce grand serviteur de Dieu.

Des chrétiens pleins de foi, sans être retenus par la répugnance que devait inspirer son extérieur, ambitionnèrent l'avantage de l'avoir à leur table : il s'en défendait le plus qu'il pouvait, sur ce que sa qualité de pauvre ne comportait pas une pareille distinction. Cette qualité de pauvre était pour lui un motif de se présenter aux distributions journalières, moins pour profiter de la soupe qu'on y donnait, que pour faire acte de la profession qu'il avait volontairement embrassée. Il avait coutume de se placer le dernier et d'attendre que les autres fussent servis ; de là, il arrivait qu'il ne recevait souvent rien, ou du moins que ce qu'il y avait de pire ; il s'en retournait tout aussi content que s'il eût obtenu la meilleure part. Bien plus, il se laissait enlever facilement ce qu'il avait reçu, lorsque les distributeurs, charmés de sa réserve excessive, le faisaient passer avant les autres et lui donnaient une large part. C'est avec la même indifférence qu'il accueillait les offres d'aumônes. Souvent il ne répondait pas aux personnes qui l'appelaient pour lui donner quelque chose, parce qu'il ne s'en apercevait pas, étant tout absorbé en Dieu. Une fois, à Saint-Sixte et à Saint-Dominique, il était en méditation ; un prêtre s'approche de lui et lui met une aumône dans la main. Bien loin d'être distrait par cet acte charitable, il ne s'en aperçut seulement pas. Quelquefois des bienfaiteurs le forcèrent de recevoir ce qu'il ne voulait pas ; il le prenait pour ne pas les contrister ou par respect pour leur caractère ; mais à peine avaient-ils disparu qu'il le donnait à d'autres. Toutefois, ce n'était pas assez pour lui de mépriser toute propriété, même la plus légitime et la plus nécessaire, il en avait une sorte d'horreur. On peut dire qu'au rebours des autres hommes, il était l'ennemi juré de l'argent et ne voulait point recevoir la plus petite pièce de ce métal, qui paraissait lui brûler la main. Bien des fois, par erreur, il lui fut mis en main quelque monnaie de ce genre, comme nous l'avons dit : dès qu'il s'en apercevait, il courait après la personne pour la lui restituer. Voilà comment il entendait la maxime : « Quiconque d'entre vous ne renonce pas à tout ce qu'il possède ne peut être mon disciple ». Est-il besoin, après cela, de parler de sa mortification ? Peut-on imaginer une vie plus dure et plus mortifiée ? Les vigiles et autres jours de jeûne, il ne paraissait point à la porte des couvents ; il s'était proposé ces jours-là d'imiter l'exemple des premiers fidèles, en ne mangeant qu'une fois le jour, et l'on peut dire qu'il les surpassait souvent, car il lui arriva plus d'une fois de ne prendre pour toute réfection, vers la fin du jour, qu'un peu de pain trempé dans l'eau de la fontaine publique. Les mercredis et samedis étaient souvent, et les vendredis presque toujours, des jours de jeûne absolu pour lui.

Parcourir une multitude de contrées diverses, de villes célèbres, sans ouvrir les yeux, ou du moins sans rien regarder, cela paraît presque impossible. Voilà pourtant ce que le serviteur de Dieu, par un prodige de la grâce, pratiqua de la manière la plus absolue dans tous ses pèlerinages. Jamais non plus il ne prêta l'oreille volontairement à aucun discours vain et curieux, ou privé d'édification ; jamais il n'accorda au sens de l'ouïe le plaisir d'écouter aucun chant ni aucun son d'instrument. Jamais il ne connut les senteurs qui flattent l'odorat ; mais, au contraire, s'il lui arrivait d'être molesté par des odeurs désagréables, il ne faisait rien pour les éloigner ou pour s'en délivrer ; c'était là sa sensualité. Il est impossible d'imposer une plus grande retenue à sa langue qu'il ne le faisait. Il en était venu à ne jamais parler le premier à qui que ce fût, sinon par pure nécessité ou par motif de charité, et à ne répondre le plus souvent que par un signe de tête. Il accomplissait à la lettre le conseil de l'Esprit-Saint : « Mettez à votre bouche portes et serrures ». Au milieu du tumulte du monde son silence était perpétuel, perpétuel son entretien avec Dieu. Des mois entiers se passaient sans qu'il proférât une parole ; de sorte qu'il mériterait aussi bien la qualification de silenciaire que le Saint connu sous ce nom.

Quant au sens du toucher répandu par tout le corps, c'était pour lui le grand moyen de pénitences de tous les instants. « Il portait dans ses membres la mortification de Jésus-Christ en tout temps et en tout lieu », et ne vivait que pour crucifier sa chair avec toutes ses concupiscences ; il a su se faire des instruments de macération, qui n'avaient point l'inconvénient de l'exposer à l'estime, et lui procuraient l'avantage d'une pénitence non interrompue. Le froid, le chaud, l'humidité, les vents, toute la nature en un mot, toutes les incommodités, toutes les circonstances de la vie, lui fournissaient les moyens d'immoler sa chair au Seigneur, comme Jephté, sa fille unique, unissant ce sacrifice à celui de son Sauveur. Il avait de plus, sur sa chair, comme un cilice vivant qui le déchirait sans cesse, comme saint Thomas de Cantorbéry, chancelier d'Angleterre, dont l'historien dit : « Après qu'il eut subi la mort du martyre, on trouva son cilice tellement plein d'insectes pédiculaires, que l'on jugea ce martyre antérieur, au milieu du luxe et de la mollesse d'une cour, bien plus insupportable que le dernier ». Non-seulement il ne cherchait pas à se délivrer de ces hôtes incommodes, mais il avait absolument voulu ce tourment si afflictif et si humiliant ; seulement, par esprit de charité, il prenait toutes les précautions pour épargner aux autres le dégoût qu'il pouvait leur causer en cela. Il vivait séparé des pauvres eux-mêmes et ne s'en approchait jamais. D'ailleurs, l'odeur de sa sainteté et la splendeur de son âme faisaient souvent disparaître le dégoût que sa vue aurait dû inspirer, et sa peau, lorsqu'on lava son corps après sa mort, loin d'offrir aucune tache, aucun vestige d'égratignure, parut aussi nette que celle d'un enfant qui vient de naître. Le gardien de l'hospice attesta qu'il n'aperçut aucune trace dans le lit qu'il occupait, et la même chose fut constatée dans le lit où il mourut ; que dis-je ? ses haillons, pleins de cette vermine, devinrent un trésor que des milliers de personnes se disputèrent !

Parmi les épines de cette mortification, se développait dans tout son éclat la belle fleur de la continence et de la modestie. Benoît fuyait, avec le même frisson qu'on éprouve à la vue d'un serpent, tout ce qui pouvait y porter la moindre atteinte. « Si une femme me touchait », disait-il, « sur-le-champ je m'arracherais la peau qu'elle aurait touchée ». Il tenait constamment fermée la porte de ses sens, par laquelle le serpent infernal aurait pu pénétrer dans le jardin de son âme : il marchait dans les rues comme s'il eût été dans l'église. Sa contenance tenait de l'extase, et jamais il ne lui arriva de tourner la tête ou de laisser égarer ses yeux. Il fuyait la conversation des femmes avec autant de soin que leur approche ou leur vue ; il ne conversait avec aucune, s'il n'était poussé par une nécessité positive.

Le moindre mot obscène ou licencieux qui frappait ses oreilles, était un éclat de tonnerre qui le faisait frissonner et frémir. Un de ses confesseurs le pressant de questions pour savoir pourquoi il s'interdisait si strictement l'usage du vin, l'obligea de lui répondre, en soupirant, qu'il voulait, par cette privation, émousser l'aiguillon de la chair, et mettre à son corps le frein qui l'empêchât de regimber. Réponse bien conforme à la sentence de l'Écriture : « Le vin et les femmes font apostasier les sages » ; et cependant, qui le croirait ? cet homme si pénitent, si circonspect, si délicat de conscience, eut à lutter contre les plus violents assauts, comme les Jérôme, les Antoine, les Pierre d'Alcantara, pour défendre une vertu qui lui était si chère. À peine commençait-il à goûter le sommeil, qu'il était assailli par les tentations les plus violentes. Il fut souvent obligé de se rouler par terre avec courage, comme autrefois son patron, implorant le secours divin, invoquant la Vierge immaculée, faisant sur lui de nombreux signes de croix, frappant sa poitrine et se figurant la croix du Sauveur : il ne cessait de combattre qu'il n'eût remporté une entière victoire. Ses confesseurs ont assuré que, dans tout le cours de sa vie, ils ne découvrirent pas le plus léger manquement ni la plus légère tache ; aussi, beaucoup de personnes ne le désignaient que comme un ange terrestre, un saint Louis de Gonzague. Voilà comment, avec le secours de la grâce, Benoît était devenu tellement maître de l'appétit de l'âme qu'on appelle concupiscible, parce qu'il nous porte à désirer et à rechercher le bien sensible, qu'il ne s'y élevait, pour ainsi dire, plus aucun mouvement délibéré. Quant à l'autre appétit, qui compose aussi la partie sensitive de l'âme, je veux dire l'irascible, qui nous porte à fuir le mal sensible et à nous en défendre, il était réellement mort en lui. Un de ses confesseurs disait qu'à force d'exercice, il avait acquis un tel empire sur l'irascibilité, qu'il était, à son avis, devenu la mansuétude et l'affabilité même, et il ne balançait point à le comparer et à l'égaler sous ce rapport à saint Bonaventure et à saint François de Sales : rien n'étant capable d'altérer la sainte paix de son âme, ni la sérénité de son visage.

Un soir, en sortant de Notre-Dame des Monts, il heurta dans l'obscurité un jeune homme qui, pour se venger, lui asséna un coup de bâton, puis un soufflet. Benoît, à son ordinaire, reçut l'un et l'autre sans lui en demander la raison. Cheminant une autre fois, dans la rue du Corso, d'un pas rapide, il fut chargé d'injures et de moqueries par quelques passants. Au lieu de se hâter, il ralentit son pas pour jouir plus longtemps du bonheur d'être insulté. Et pour passer à la partie supérieure de l'âme, sa volonté était l'esclave de l'obéissance. Il était, comme le conseille saint Pierre, soumis à toute créature pour l'amour de Dieu, imitant Celui qui s'est fait obéissant jusqu'à la mort. C'est par obéissance qu'il usa quelquefois du lit qui lui était préparé, qu'il s'approcha du feu en hiver au moins pour quelques instants, qu'il but quelques gorgées de vin, qu'il reçut des aumônes dont il n'avait pas besoin pour le jour même, qu'il accepta quelques rares invitations à prendre un vrai repas et à goûter des mets qui lui étaient servis. Nous croyons avoir cité ici les actes de soumission qui lui coûtaient le plus. Il avait dans l'esprit des pensées si basses de lui-même, qu'il est impossible, selon l'abbé Marconi, son confesseur, d'imaginer qui pourrait en avoir une plus basse de soi, et il compare son humilité à une mer si profonde, qu'il n'y a pas de sonde capable d'en mesurer le fond. Il adressait continuellement à Dieu la supplique de saint Augustin : « Seigneur, faites que je vous connaisse et que je me connaisse, vous pour vous aimer, moi pour me mépriser ». Une de ses plus grandes vertus fut sans contredit le soin qu'il avait de dérober à tous les yeux ses vertus et ce qui se passait entre Dieu et lui. Il ne mettait pas moins d'application à cacher sa condition et son origine, désirant se faire passer pour le plus vil et le dernier des hommes. C'est pour cela qu'il évitait ses compatriotes à mesure qu'il sut mieux la langue italienne et qu'il prenait ordinairement ses confesseurs parmi les prêtres de cette nation. Mais, malgré ses efforts, il était souvent trahi par la délicatesse de ses traits, par la grâce de sa physionomie, par l'urbanité de son langage et par je ne sais quelle noblesse de manières qui prenait sa source dans la politesse de son éducation, et plus encore dans le parfait équilibre de son âme, toujours maîtresse de ses mouvements. Bien que, dès sa jeunesse, il lût l'Écriture sainte en latin, et que plus d'un de ses admirateurs ait été persuadé que Dieu lui en avait donné une particulière intelligence, tant il en citait les textes à propos, tant il les appliquait avec justesse et précision, cependant il se faisait un devoir constant d'assister à l'explication élémentaire de la doctrine chrétienne comme un ignorant. Il suivait le catéchisme que l'on faisait dans le Colysée pour la classe infime et les enfants les plus abandonnés. La vertu de Jésus-Christ a un parfum qu'il est difficile de renfermer, il s'en échappe toujours quelque chose : de là il arriva que souvent Benoît fut exposé à entendre son éloge et à recevoir des marques de considération. Il s'en troublait facilement ; c'était pour lui un véritable chagrin de se voir l'objet de quelque respect : un mot de louange le faisait frémir, un témoignage d'honneur le bouleversait jusqu'au fond de l'âme.

Étant pénétré de cet oracle que Dieu trouve des taches jusque dans les purs esprits qui entourent son trône, et se voyant si inférieur aux anges du ciel, il trouvait toujours des imperfections en lui-même, et il les accusait au tribunal de la pénitence avec la même contrition que s'il se fût agi de fautes énormes. Il ne faut donc pas s'étonner si ses confesseurs furent unanimes pour assurer qu'il observait minutieusement les préceptes de Dieu et de l'Église ; qu'il ne commit jamais une faute, même vénielle, de propos délibéré ; qu'il ne semblait même pas sujet aux aberrations volontaires de désir et de pensée ; de sorte que ses confessions n'offraient pas matière suffisante à l'absolution.

Il n'est pas besoin de dire avec quelle attention et quelle ferveur le Bienheureux s'acquittait de toutes ses prières journalières. Il les récitait, quel qu'en fût le nombre, lentement, posément, articulant chaque syllabe et pesant le sens de chaque parole. Plusieurs personnes l'appelaient l'Homme de la prière.

La manière dont il récitait l'office divin en faisait une véritable méditation : après la lecture d'un psaume ou d'une leçon, il déposait le livre pour donner cours aux pensées et aux sentiments que suscitait en lui l'Esprit-Saint, en tenant les yeux dirigés vers le ciel ou vers l'image de la Vierge à Notre-Dame des Monts. Quant à l'oraison mentale, il parvint bientôt à ce degré supérieur à toute méthode, que l'on nomme contemplation. Son esprit était tout de suite comme suivi par l'esprit de Dieu, et son cœur s'embrasait de saintes affections. Une pieuse veuve l'avait bien jugé lorsqu'elle raconte qu'en lui voyant le regard fixé vers le ciel, indice du regard intérieur, elle disait : « Oh ! l'heureux mortel, qui sait ce que tu vois ? » et se figurait que Dieu se plaisait à lui faire goûter les délices du parfait amour. De là croissait en lui chaque jour l'aversion pour tout ce qui n'est pas Dieu, au point de regarder, avec saint Paul, toutes les grandeurs et les jouissances du monde, comme une vile et misérable boue, digne tout au plus d'être foulée aux pieds. La longueur de ses oraisons était telle, qu'on peut dire sans exagération qu'il a passé la plus grande partie de ses quinze dernières années dans la contemplation. Souvent on n'osait l'interrompre par le bruit des portes ou en passant trop près de lui dans les églises : beaucoup y venaient tout exprès pour s'animer par son exemple et s'exciter à la méditation ; car, disait-on, on n'a jamais vu prier de cette façon, et, pour s'en faire une idée, il faut l'avoir vu : les anges ne se tiennent pas autrement devant le trône de Dieu ! Combien sentaient leur cœur s'attendrir en le regardant et les larmes s'échapper involontairement de leurs yeux ! combien se recommandaient intérieurement à son intercession, comme on le fait à celle des bienheureux qui jouissent déjà de la vision de toutes choses en Dieu ! ce qui est bien le plus haut degré d'estime qu'on puisse avoir d'un homme encore voyageur sur la terre. C'est pourtant ce que faisait un saint prêtre de quatre-vingts ans. Un futur évêque se plaçait le plus près possible du pauvre, sans se faire apercevoir, et éprouvait de ce simple voisinage une telle émotion, que sa prière en devenait plus fervente.

Pour s'annoncer ostensiblement à la face du monde comme serviteur de Marie, Benoît adopta la coutume de porter le chapelet suspendu à son cou et ne le quitta plus qu'à la mort. Sur les routes, dans les rues, à l'église, en pèlerinage, de nuit comme de jour, on pouvait le reconnaître à cet emblème. C'était sa décoration de choix, celle dont il faisait montre avec plaisir et à laquelle il attachait plus de prix que jamais grand de la terre n'en attacha aux insignes de ses ordres. La confiance dont son cœur débordait envers cette bonne mère, s'échappait quelquefois au milieu de ses oraisons : il répétait à demi-voix cette invocation : Ma Mère ! Ô Marie ! Ma Mère ! avec un accent si expressif et si prononcé, qu'évidemment il faisait effort pour ne pas en faire un grand cri. Sa dévotion envers la sainte Eucharistie le fait ranger parmi les adorateurs les plus célèbres du Saint Sacrement : sainte Rose de Lima, saint Louis Bertrand, saint Thomas d'Aquin, sainte Jeanne de Chantal, etc. Il éprouvait une telle joie en présence de Jésus-Christ, qu'elle transpirait au dehors d'une manière qui avait quelque chose de plus qu'humain, et qu'on admirait sur ses lèvres un sourire qui tenait plus de l'ange que de l'homme. C'est ce qui faisait dire à plusieurs qu'il voyait Jésus des yeux du corps.

Un de ses confesseurs l'ayant obligé de lui dire ce qui lui faisait le plus d'impression dans la vie du Sauveur, il répondit que c'était l'abjection à laquelle ce divin Maître était descendu dans les dernières heures de sa vie. Ce souvenir, réveillé par les interrogations du confesseur, lui occasionna un mouvement de douleur si amère, que celui-ci la compare à celle de la mère la plus tendre, qui verrait un fils innocent et chéri massacré sous ses yeux avec barbarie, et peu s'en fallut qu'en répondant, le cœur ne lui manquât ; il pleurait sur son Bien-Aimé, son Ami, et souffrait véritablement avec lui ; il n'eût pas souffert davantage si on l'eût attaché lui-même à la croix. Il ne manquait jamais chaque matin de se placer dans les plaies du Sauveur, en se figurant celles de ses membres comme les trous de la pierre et celle du côté comme la grotte du rocher où se retire la colombe.

Lorsque Benoît avait ainsi son âme unie à Dieu, une lumière céleste rejaillissait de Dieu sur elle, et souvent d'elle sur le corps, par une grâce spéciale qui fut accordée à beaucoup de Saints : son visage brillait d'un éclat surnaturel, et son corps, emporté par l'élan de l'âme, s'élevant sans toutefois perdre entièrement terre, prenait une position qu'on ne pouvait expliquer d'une manière naturelle.

On ne cite pas de faits assez bien constatés pour affirmer que le serviteur de Dieu eut pendant sa vie le don des miracles, bien que Dieu se soit plu à exaucer ostensiblement ses prières. Dans le cas où le bienfait accordé avait quelque chose de miraculeux, il est probable que Benoît n'en eut point connaissance : son humilité en aurait trop souffert ; mais il avait, surtout vers la fin de sa vie, le don de lire au fond des consciences. Aussi beaucoup de personnes l'évitaient, de crainte qu'il ne vît quelque tache dans leur âme. Un jour il se trouve sur le passage d'un jeune homme débauché, qu'il ne connaissait pas ; il prend son temps pour s'approcher de lui, et, avec le ton de la plus grande douceur, il lui dit : « Mon fils, vous êtes dans la disgrâce de notre Dieu, allez faire une bonne confession, parce que votre mort est proche ». Le jeune homme se mit à rire de cet avis, et se moqua de celui qui le donnait ; mais l'infortuné mourut peu après, et mourut impénitent. Un autre avertissement du même genre eut un meilleur succès pour un homme d'un certain âge ; Benoît l'ayant accosté, lui dit : « Mon frère, chassez la pensée que vous avez, c'est une tentation du démon ». À cette exhortation imprévue, le coupable resta stupéfait et confus, et il chassa de son cœur le projet criminel qu'il y nourrissait d'abandonner son épouse. Benoît fut aussi l'objet d'une faveur que Dieu semble avoir réservée pour nos temps, afin de mieux confondre l'incrédulité par ce miracle le plus inexplicable de tous. On le vit souvent en plusieurs endroits différents, juste à la même heure.

Ainsi, pendant qu'il était renfermé à l'hospice des pauvres, où il couchait les dernières années de sa vie, et d'où l'on ne pouvait s'absenter, il fut vu et observé par plusieurs témoins, en adoration dans son maintien ordinaire et extatique, à différentes heures de la nuit, et jusqu'après minuit, devant le Saint Sacrement exposé pour l'adoration perpétuelle. Pendant qu'il était renfermé dans le même hospice, on le vit dans la nuit de Noël, en 1782, assister, dans l'église de Notre-Dame des Monts, aux Matines, à la messe de nuit et à tout le reste de la cérémonie, jusqu'au baisement des pieds du saint Enfant Jésus. Admis dans l'intimité du Roi éternel, il était bien difficile qu'il n'eût pas part à quelqu'un de ses secrets, tel que la connaissance de l'avenir. Il connut d'avance sa mort prochaine, le lieu de sa sépulture, les hommages qui lui seraient rendus après sa mort, les religieux qui devaient y travailler : il connut les malheurs qui devaient fondre sur la France, en 93, et fit une foule d'autres prédictions qu'il serait trop long de rapporter, et qui furent justifiées par l'événement.

Cependant une douleur profonde dévorait le cœur de Labre, et devait hâter sa fin. Cet amant de Dieu, si insensible à ses propres peines, ressentait toutes les injures que le XVIIIe siècle vomissait contre son divin Ami. Jamais les hommes n'avaient paru plus acharnés contre Dieu. Tous les jours la masse des livres impies, des blasphèmes, des apostasies allait grossissant. L'horizon de ce malheureux siècle se chargeait de tant d'impiétés, que la colère divine, mise au défi depuis soixante ans, allait enfin éclater dans une épouvantable tempête. Labre, par ses austérités, par ses prières, retenait le bras de Dieu tant qu'il pouvait ; mais ce bras vengeur devenait de plus en plus lourd, et les forces de Labre diminuaient. Chaque coup qui frappait Dieu, le frappait aussi. Il éprouvait cette affreuse torture de voir son Père, son Ami, son Époux maltraité, foulé aux pieds ; et par qui ? par ses frères, par des frères ingrats, mais qu'il aimait, parce qu'ils étaient comme lui les enfants d'un même Père, et qu'il les voyait tout ruisselants du sang que leur salut avait coûté. Il aurait voulu venger cette divine Victime, mais les bourreaux aussi occupaient une large place dans son cœur, et il ne savait que prier pour eux, au lieu de les maudire. Dans ces déchirements son cœur se brisait. Combien de fois ne l'a-t-il avoué à M. Marconi ? « Mon Père », disait-il, « cette douleur me tue ».

Cette mort précieuse ne fut pas révélée seulement à notre Saint. Une religieuse de sainte vie connut « qu'une fleur allait être cueillie dans le jardin de D. Paul Mancini ». Elle voulait parler de l'hospice où le Bienheureux passait les nuits. D'un autre côté, l'enfant des époux Sari, qui attendaient le serviteur de Dieu à Lorette, pour son pèlerinage annuel, leur répéta plus d'une fois : « Ne l'attendez pas, Benoît est mort ; Benoît est allé au paradis, c'est le cœur qui me le dit ».

Le vendredi de la passion, il se confessa pour la dernière fois : « À peine agenouillé il se mit à pleurer », dit son confesseur ; « deux ruisseaux de larmes tombaient de ses yeux paisiblement et sans soupirs ni sanglots. Comme de coutume, je ne trouvai pas matière à absolution. Je vis de plus que, depuis sa dernière confession, la plus légère tentation n'avait pas troublé son intérieur tout en paix, serein et tranquille. Ceci me montrait qu'il était parvenu au midi de la belle lumière. Un tel astre n'appartient plus à la terre : c'est dans le ciel, c'est dans la gloire éternelle qu'il doit briller ». En effet, le mercredi saint, 16 avril 1783, Benoît fit, comme de coutume, une longue et fervente oraison, lorsque le matin, vers huit heures, il fut surpris d'une défaillance mortelle. On le vit gisant, comme privé de sens et de force, sur les degrés extérieurs de Notre-Dame des Monts, son église de prédilection. On s'empressa pour le secourir, et on lui donna un verre d'eau, car il l'avait demandé. Il le prit en main, l'offrit dévotement au Seigneur, avec des soupirs enflammés, les yeux levés au ciel ; puis ayant bu, il éleva de nouveau ses paupières mourantes et ses deux mains, rendant grâces comme s'il eût reçu le plus grand soulagement. Ce trait édifiant fit verser des larmes au témoin qui le raconta. Sa faiblesse était si grande, qu'on ne pouvait le relever ; plusieurs personnes lui offrirent charitablement leur maison pour l'y recevoir ; il les remercia toutes avec humilité. François Zaccarelli, boucher au Monti, en face de la caserne des soldats corses, à peu de distance de l'église, se présenta. C'était un homme de bien affectionné au serviteur de Dieu. Il lui dit : « Benoît, vous êtes mal, il faut vous soigner ; voulez-vous venir à la maison ? » Le moribond ouvrit les yeux, les fixa sur François et répondit : « Chez vous ? oui, je veux bien y aller ». On l'y transporta immédiatement et on le déposa tout vêtu sur un lit, en lui disant de se laisser faire par obéissance. On essaya de le remettre en lui faisant prendre quelque chose ; mais il perdit bientôt connaissance ; et le soir, pendant qu'on récitait les Litanies près de lui, à ces paroles : *Sancta Maria, ora pro nobis*, son visage prit la blancheur du lait, il cessa de respirer. Voilà les deux seuls signes auxquels on s'aperçut qu'il venait de s'endormir dans le Seigneur. À l'âge de trente-cinq ans et vingt et un jours, comme nous venons de le dire, son âme s'envola dans le sein de Dieu, vers Marie, sa bonne Mère, au moment où on invoquait pour lui son saint Nom, qu'il avait eu continuellement sur ses lèvres pendant sa vie ; et, par une rencontre non moins heureuse, les cloches de Sainte-Marie-Majeure semblaient aussi invoquer ce saint Nom entre le ciel et la terre, en donnant le signal du *Salve Regina*, ordonné par le Saint-Père pour implorer la puissante Mère de Dieu dans les besoins de l'Église. Le P. Ange ferma la bouche et les yeux de celui qui eût été digne de recevoir ce service de la main d'un ange. C'est alors que dans la rue, les enfants poussés par une force supérieure, firent entendre : « Le Saint est mort ! le Saint est mort ! » Ils recommencèrent le lendemain matin dans la même rue et sur la place de Notre-Dame des Monts. Aux cris des enfants ne tardèrent pas à se joindre les voix et les actes du peuple entier dans Rome. Tous disaient avec le confesseur du défunt : « Heureuse pénitence, qui, sans doute, l'a porté d'un vol à la gloire éternelle ! » À la nouvelle qu'il était mort un pauvre de sainte vie, les uns ajoutaient : « Sans nul doute, c'est le pauvre des Quarante-Heures ! » (nom qu'on lui donnait parce qu'on le voyait prosterné, avec le visage d'un chérubin, devant le Saint Sacrement exposé pour les Quarante-Heures). D'autres : « Saint Alexis est mort ! le saint pauvre est mort ! » Tout le monde accourait vers la demeure de Zaccarelli, pour voir le nouveau Saint : vers le milieu du jour, le concours s'accrut à un tel point, qu'on fut obligé de placer des soldats à la porte extérieure et à celle de la chambre, pour contenir la foule, où se confondaient bourgeois, militaires, nobles, religieux et prêtres. Rome tout entière, poussée par un mouvement d'en haut, vint s'agenouiller dans cette chambre devenue un sanctuaire. Cette enveloppe terrestre, que l'âme du Bienheureux avait traitée comme un vieux sac déchiré, Dieu voulut qu'elle fût déjà honorée, en attendant qu'elle se changeât au jour de la résurrection en un vêtement de gloire. On y faisait toucher des chapelets, on baisait avec respect les pieds et les mains, on ne pouvait se rassasier de voir ce glorieux cadavre, qui n'était point froid, et ces chairs qui conservaient leur élasticité. Plusieurs témoignèrent qu'ils avaient voulu réciter le *De profundis*, et que, par une répugnance insurmontable, ils l'avaient ou remplacé, ou terminé par le *Gloria Patri*, au lieu du *Requiem*. La vénération et la foule redoublèrent lorsqu'on exposa le saint Pauvre dans l'église de Notre-Dame des Monts. Malgré la vigilance pour empêcher les pieux larcins, on ne put réussir à les prévenir tous, et, pour remédier à des irrévérences inévitables, il fallut non-seulement transporter le Saint-Sacrement dans l'oratoire du collège voisin, mais différer l'exposition solennelle des Quarante-Heures, qui ont eu lieu cette fois dans l'église de Saint-Quirice. Ainsi, Rome tout entière fut témoin de l'accomplissement de la prédiction que Benoît avait faite huit mois auparavant, les larmes aux yeux et en sanglotant, à son confesseur : « qu'on s'empresserait à l'envi pour le vénérer ; qu'on lui rendrait des honneurs extraordinaires ; que le Très-Saint Sacrement serait enlevé de l'église et qu'à la place une multitude de personnes viendraient le vénérer lui-même ».

Ses funérailles furent une espèce de triomphe, non-seulement à cause de la pompe terrestre dont on environnait le Pauvre, mais encore par un reflet de la gloire dont son âme jouissait dans le ciel, et que Dieu voulait faire reluire sur son cercueil ; je veux dire que les miracles avaient commencé. Ainsi, dans le trajet à travers l'église, qui continuait à être remplie de monde, un homme perclus toucha le cercueil et fut complètement guéri. La foule se mit à crier : Grâce ! Miracle ! Et ce fut au bruit de ces acclamations que les précieuses dépouilles furent mises dans une sépulture distincte, à l'église de Notre-Dame des Monts. On plaça dans le cercueil un acte authentique renfermant ce magnifique éloge :

« Benoît-Joseph donna en tous lieux d'éclatants exemples de vertus chrétiennes ; il brilla par la pauvreté évangélique pratiquée dans la dernière perfection, vivant misérablement d'aumônes spontanément offertes, dont il gardait une petite part pour lui, donnant le reste aux pauvres. Il édifia, par sa profonde humilité, son très-haut mépris du monde et de lui-même ; par les rigueurs de la pénitence, sa continuelle oraison ; il donna l'édifiant exemple du séjour quotidien dans les églises de la ville, depuis le lever jusqu'au coucher du soleil. Insigne dans l'exercice de toutes les autres vertus, aimable et cher à tous, malgré ses dégoûtants haillons, il s'oubliait lui-même et s'appliquait uniquement à plaire à Dieu ». La même dalle sur laquelle il s'était si souvent agenouillé pendant sa vie, recouvrit son tombeau.

La dévotion envers ce nouveau Saint, ses reliques, ses images se répandirent bientôt dans toute l'Église. Pie VI commença les premiers actes juridiques tendant à sa béatification ; Pie VII les poursuivit, Grégoire XVI les acheva, Pie IX en proclama le glorieux résultat en 1860.

Mgr Parisis, évêque d'Arras, rapporta de Rome, cette même année, une partie du chef du Bienheureux, qu'il plaça dans sa cathédrale. Des fêtes splendides furent célébrées les 15, 16 et 17 juillet, à l'occasion de la béatification et de la réception de cette relique insigne.

On conserve quelques-unes de ses reliques au Sacré-Cœur et aux Ursulines d'Amiens, ainsi qu'à l'église de Le Forêt, où une translation solennelle eut lieu le 15 mai 1864. On montre à Lihons, au diocèse d'Amiens, la maison où il reçut l'hospitalité, quand il y alla visiter les reliques du prieuré. Entre Monchy-l'Agache et Douvieux, une croix porte le nom de Benoît Labre, parce que, selon la tradition, ce saint personnage y resta longtemps en oraison, alors qu'il faisait un pèlerinage à Notre-Dame de Liesse et à l'église Saint-Quentin.

Tiré de sa vie, écrite par le R. P. Desonyers, missionnaire de la Compagnie du Précieux-Sang.

## SAINT THURIBE, ÉVÊQUE DU MANS (IIe siècle).

Thuribe, romain de naissance, issu d'une noble famille, fut donné par saint Clément pour compagnon à saint Julien, premier évêque du Mans. Ayant longtemps aidé celui-ci à propager la foi chrétienne, il mérita ainsi de lui succéder dans la dignité épiscopale. Il s'étudia par la parole et par l'exemple à affermir dans la foi son peuple récemment converti. Jaloux des progrès journaliers de cette Église naissante, l'ennemi de la vraie religion suscita contre elle une persécution très-grave. Thuribe eut souvent besoin d'employer la puissance des miracles pour vaincre les obstacles qui s'opposaient à ses efforts.

Une femme riche et noble, affligée d'une longue maladie, languissait dans la douleur avec toute sa famille. Confiante dans les mérites du Saint, elle lui demanda avec instance des eulogies bénites par lui-même. Thuribe, cédant enfin à ses prières, lui envoya ce qu'elle demandait, et cette personne fut guérie avec toute sa maison.

Une grande dame, nommée Savina, avait embrassé, à la persuasion de Thuribe, la religion chrétienne. Son mari, nommé Calanus, homme puissant et riche, était très-attaché au culte des fausses divinités. Sa haine contre le saint Évêque fut des plus violentes ; il espéra l'effrayer et le porter à quitter le pays par les menaces et les mauvais traitements dont il l'accabla ; mais rien ne put ébranler la constance de Thuribe. Dans sa rage contre le christianisme, Calanus renferma Savina dans une sorte de prison domestique, voulant la priver de l'assistance aux assemblées des chrétiens, et de toute communication avec les frères. Cette violence ne resta pas longtemps impunie ; Dieu employa ses châtiments pour amener à la vérité le persécuteur lui-même. Il fut subitement frappé de mutisme et d'aveuglement. Ce coup imprévu ne lui laissa d'autre ressource que de recourir à Savina. Comme elle connaissait la puissance miraculeuse de Thuribe, elle engagea son mari à s'adresser à l'homme de Dieu, lui proposa d'aller en personne implorer sa pitié, et en obtint facilement la permission. Alors elle courut se jeter aux pieds du Saint, et sa demande fut bientôt exaucée. Thuribe se mit en prière, et reçut du ciel ce qu'il demandait, la guérison du corps de Calanus et celle de son âme. Celui-ci, touché par la grâce, vint lui-même faire l'aveu de ses erreurs passées, et solliciter la faveur d'être admis au nombre des disciples de l'Évangile.

La reconnaissance de Calanus le porta à donner à Dieu les grands biens qu'il en avait reçus. D'abord, il pria Thuribe de consacrer dans sa maison un oratoire pour servir aux assemblées des chrétiens et aux fonctions du culte.

Après avoir doté cette Église, Calanus en fit encore bâtir une autre en l'honneur de saint Pierre et de saint Paul. On dit qu'il se forma également auprès de ce nouveau sanctuaire une communauté de clercs, mais celle-ci de même que la première ne subsista pas longtemps : elles disparurent toutes les deux, soit par la violence des persécutions exclues dans tout l'empire par les édits des Césars, soit par les ravages plus terribles encore des barbares qui ne tardèrent pas à désoler notre malheureux pays. Lorsque saint Calais vint s'établir en ces lieux au commencement du VIe siècle, il n'y trouva qu'une profonde solitude et quelques ruines, auxquelles la tradition du pays donnait encore le nom de Casa-Calani.

Allant un jour dans le pays des Arviens, pour y travailler à la conversion des idolâtres, il s'arrête au village d'Aciacus (Assé-le-Bérenger). Les habitants avaient déjà entendu parler du pouvoir qu'il avait d'opérer des miracles ; ils s'adressèrent à lui avec confiance, le conjurant de les secourir dans le besoin d'eau, qui faisait souffrir tous les habitants de ce bourg. Thuribe se mit en prière, et l'on vit aussitôt jaillir une fontaine qui n'a point cessé, depuis ce temps, de porter le nom de fontaine Saint-Thuribe, et de verser une eau si abondante, qu'elle est l'une des sources les plus fécondes de la rivière d'Erve. Autrefois de nombreux pèlerins, affectés du mal d'yeux, venaient se laver à la fontaine de Saint-Thuribe, pour obtenir leur guérison, et cette dévotion n'a point entièrement cessé.

Suivant une tradition, saint Thuribe, voyant l'époque de sa mort approcher, se retira en un lieu situé à une demi-journée de marche du Mans, sur les bords de la Sarthe, au lieu où l'on voit aujourd'hui le bourg de Saint-Marceau, comme son maître et prédécesseur saint Julien. Ce fut là qu'il attendit son heure suprême et qu'il s'endormit dans le Seigneur, après de nombreuses fatigues, le 16 avril avant les calendes de mai. On voyait naguère encore, sur les bords de la Sarthe, de l'autre côté du bourg de Saint-Marceau, vis-à-vis la chapelle de Saint-Julien, au milieu d'un gracieux paysage, une chapelle dédiée à saint Thuribe et destinée à consacrer la mémoire du lieu où il mourut. On ne trouve plus aujourd'hui, à la même place, que des ruines et les fragments d'une statue du saint Évêque. Cependant une fontaine, qui porte le nom de Saint-Thuribe, coule toujours près de là, dans le fond du vallon. Ce lieu, très-fréquenté par la piété des fidèles, avant nos troubles religieux, a vu le nombre de ses pèlerins diminuer beaucoup de notre temps.

Suivant une tradition plus autorisée que celle que nous venons de rapporter, et qui, du reste, peut très-bien se concilier avec elle, saint Thuribe eut la gloire de souffrir le martyre. Voici comment on raconte cet événement. Le saint Évêque prêchait à Juliacus (Juillé), au pays des Cénomans, village habité par une population romaine ; tandis qu'il s'efforçait d'arracher les idolâtres à leurs erreurs, une violente répulsion s'éleva contre sa doctrine et contre sa personne ; les païens, irrités, s'amenèrent en grand nombre, ils l'accablèrent de mauvais traitements et menacèrent même ses jours ; il se vit obligé de s'enfuir. Ces infidèles le poursuivirent à coups de pierres, il fut même atteint de quelques-unes et grièvement blessé. Cependant il ne mourut pas immédiatement des blessures qu'il avait reçues, il put encore se retirer et mourir en paix. L'Église a souvent décerné les honneurs des Martyrs à des Saints morts ainsi des suites des souffrances qu'ils avaient endurées pour le nom de Jésus-Christ, quoiqu'ils n'eussent pas expiré dans les tourments mêmes. C'est ainsi que l'Église romaine honore comme martyr saint Marcel, pape, mort par suite des mauvais traitements qu'il essuya sous Maxence. Il y a quelque apparence que l'église du Mans célébrait aussi autrefois saint Thuribe comme martyr ; toujours est-il que les Gestes des Évêques du Mans lui attribuent cet honneur, et que les deux anciennes vies de ce Saint parlent continuellement des persécutions qu'il eut à supporter.

Quoi qu'il en soit du martyre de saint Thuribe et de sa retraite au village de Saint-Marceau, il est constant qu'il fut enterré au cimetière des chrétiens, dans la basilique des saints Apôtres et près de saint Julien.

On lui donne cinq ans, six mois et seize jours d'épiscopat.

L'église du Mans a été gouvernée par deux saints Évêques du nom de Thuribe. Le premier, dont on vient de lire la vie, vivait à la fin du Ier siècle, le second de 490 à 497. Les historiens ont souvent confondu les actions de ces deux saints Prélats. En 835, saint Aldric, évêque du Mans, consacra un autel dans l'église cathédrale sous le vocable de saint Julien, de saint Thuribe et autres saints Évêques du Mans.

En 837, il transporta les reliques de saint Thuribe, de l'église des Saints-Apôtres, c'est-à-dire de l'église abbatiale du Pré, en l'église cathédrale. Ces reliques ont été détruites en grande partie durant la Révolution ; ce qu'il en reste se trouve confondu avec d'autres saintes reliques dans une châsse de la cathédrale du Mans.

Propre du Mans et D. Piolin.

SAINTE ENGRACE, VIERGE.

Événements marquants

  • Naissance à Amettes le 26 mars 1748
  • Éducation chez son oncle curé d'Erin
  • Tentatives infructueuses d'entrer à la Trappe et à la Chartreuse
  • Vocation de pèlerin mendiant sur les traces de saint Alexis
  • Nombreux pèlerinages à Lorette, Rome, et à travers l'Europe
  • Mort à Rome chez le boucher Zaccarelli

Miracles

  • Multiplication du pain et des pois lors d'une distribution aux pauvres
  • Guérison d'un malade par ses prières
  • Don de bilocation (vu en plusieurs endroits à la fois)
  • Don de prophétie et lecture des consciences
  • Guérison d'un homme perclus lors de ses funérailles

Citations

Pour aimer Dieu convenablement il faut trois cœurs en un seul : un de feu pour Dieu, un de chair pour le prochain, un de bronze pour soi-même.

— Entretien avec une famille à Fabriano

Date de fête

16 avril

Époque

18ᵉ siècle

Décès

16 avril 1783 (naturelle)

Invoqué(e) pour

protection contre la foudre, protection contre les incendies, protection contre les tremblements de terre

Autres formes du nom

  • Le pauvre des Quarante-Heures (fr)
  • Le nouveau Saint Alexis (fr)

Prénoms dérivés

Benoît, Joseph

Famille

  • Jean-Baptiste Labre (père)
  • Anne-Barbe Grandsire (mère)
  • François-Joseph Labre (oncle et parrain)
  • Jacques-Joseph Vincent (oncle maternel)