Saint Vindicien d'Arras

Évêque de Cambrai et d'Arras

Fête : 11 mars 7ᵉ siècle • saint

Résumé

Évêque de Cambrai et d'Arras au VIIe siècle, Vindicien fut un pasteur infatigable et un grand bâtisseur de monastères, notamment celui de Saint-Vaast. Il est célèbre pour son courage apostolique, ayant osé réprimander publiquement le roi Thierry pour le meurtre de saint Léger. Il mourut à Bruxelles vers l'âge de 80 ans après une vie dédiée à la charité et à la discipline ecclésiastique.

Biographie

SAINT VINDICIEN, ÉVÊQUE DE CAMBRAI ET D'ARRAS

Soyez toujours prêts, car vous ne savez pas à quelle heure le Fils de l'homme viendra. Matth. xxiv.

Vindicien vint au monde en un bourg appelé Bullecourt, au territoire de Bapaume en Artois, vers l'année 620. Les fondations magnifiques qu'il a faites depuis, avec le revenu de son patrimoine, montrent assez qu'il était issu de parents riches et des plus considérables du pays. Son enfance se passa dans une innocence parfaite. La crainte et l'amour de Dieu croissant en lui avec l'âge, son occupation principale en sa jeunesse était d'aller souvent à Arras, par un chemin écarté, que l'on a depuis appelé de son nom, pour y passer les heures et les journées entières à prier dans les églises et à entendre la parole de Dieu. Il se fit en même temps auprès de la ville un petit oratoire ; après s'être acquitté de ses devoirs extérieurs de dévotion, il s'y retirait tout seul pour s'exercer aux jeûnes, aux veilles et à la contemplation des choses divines. Il remporta de cette manière de grandes victoires sur lui-même, refrénant ses passions, domptant sa chair et ajoutant à cette étude continuelle de la mortification, les œuvres de charité envers les pauvres : toutes choses qui le rendirent en peu de temps un modèle de perfection, et un homme excellent en toutes sortes de vertus.

Il fut aidé dans ces commencements par le grand saint Éloi, évêque de Noyon, qui avait fait bâtir, sur une montagne assez voisine du lieu où notre Saint faisait sa retraite, et que l'on appelle aujourd'hui le Mont-Saint-Éloi, un petit domicile où vivaient dix solitaires en grand silence et séparés les uns des autres. Comme ce saint évêque visitait souvent ce lieu de piété, pour y respirer plus librement l'air de l'éternité après les grandes occupations de sa charge, saint Vindicien, qui s'y rencontrait en même temps, profitait admirablement de son entretien, et puisait abondamment à cette source, la science du salut et les saintes adresses de la perfection chrétienne. Il avait aussi de fréquentes communications avec Aubert, évêque d'Arras et son pasteur, et avec d'autres saints personnages de son voisinage. Et comme il apprenait de l'un la douceur et la patience, de l'autre le zèle infatigable à secourir le prochain ; de celui-ci, la modestie, la tempérance et la chasteté ; de celui-là, le mépris général de toutes les choses de la terre, il se fit dans son âme un bienheureux concert de tout ce qu'il y avait de plus rare et de plus saint dans ces grands hommes, qui étaient regardés comme les merveilles de leur siècle.

Sa prudence et son mérite éclatèrent particulièrement dans une assemblée qui se fit à Arras, pour la conclusion du testament de sainte Rictrude, avant qu'elle se retirât dans son abbaye de Marchienne. Le grand saint Amand, évêque de Maestricht, l'ayant prié de s'y trouver, il y travailla à cette affaire avec tant de jugement et de bon sens, qu'on vit bien que s'il était retiré dans une solitude, ce n'était pas faute de lumières pour manier les affaires les plus importantes, mais par le désir de servir Dieu plus parfaitement. Dès lors saint Aubert jeta les yeux sur lui pour le faire son successeur, et le nomma son grand-vicaire à Arras. C'est ce qui fait croire que notre Saint contribua

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beaucoup, par ses conseils et par ses grands biens, à la fondation de la célèbre abbaye de Saint-Vaast, que saint Aubert avait déjà commencée ; il dut aussi assister, avec son évêque, à la translation du corps de saint Vaast, en la nouvelle église de cette abbaye, et à celle du corps de saint Fursy, lorsque saint Éloi transféra les reliques de ce dernier Saint du premier lieu de sa sépulture en celle de l'église collégiale de Péronne.

Vindicien, ayant été élu évêque d'Arras et de Cambrai, après la mort de saint Aubert, l'an 675, remplit parfaitement tous les devoirs d'un véritable pasteur. Il parcourait toutes les paroisses de son diocèse avec une charité infatigable ; et, quoiqu'il ne manquât pas de vigueur et de sévérité à l'égard de ceux qui s'obstinaient dans le vice, il avait une douceur et une bonté si admirables pour les autres, qu'il remédiait généralement à tous leurs maux corporels et spirituels, consolant les affligés, fortifiant ceux qui perdaient courage, donnant de grandes aumônes aux pauvres, et surtout gagnant une infinité de pécheurs à Dieu.

Mais les faits qui signalèrent son épiscopat, nous le feront mieux connaître que de simples éloges.

Le premier, en suivant l'ordre des temps, est la translation solennelle qu'il fit du corps de sainte Maxellende, martyrisée à Caudry, peu de jours avant la mort de saint Aubert, par un seigneur qu'elle avait refusé d'épouser, et dont les restes sanglants avaient été déposés dans l'église de Pommereuil. C'est là qu'une pieuse veuve, qui avait coutume d'adresser à Dieu sa prière auprès du tombeau de la jeune martyre, entendit ces paroles : « Allez trouver le Pontife de Cambrai, Vindicien, et dites-lui qu'il vienne ici avec des prêtres et des clercs pour lever le corps de la vierge Maxellende, le porter à l'endroit où elle a été tuée, et l'y ensevelir. Le Tout-Puissant, pour glorifier son nom, doit opérer beaucoup de prodiges en ce lieu, où par amour pour Jésus-Christ, elle a été mise à mort par des impies ». Saint Vindicien écouta le récit de la vénérable veuve avec une attention religieuse, lui adressa toutes les questions que la prudence lui suggérait ; puis, reconnaissant, à n'en pas douter, que c'était là une manifestation de la volonté du ciel, il ordonna tous les préparatifs de cette cérémonie. Au jour fixé, il publia un jeûne pour attirer les bénédictions du ciel, et se transporta ensuite, avec une partie de son clergé et un grand nombre de fidèles, au lieu où reposait le corps de la Sainte.

Une des circonstances les plus frappantes qui signalèrent cette translation, celle surtout qui remplit de consolation le cœur de saint Vindicien, ce fut la conversion et la guérison miraculeuse d'Harduin, meurtrière de la Sainte. Ayant été conduit, sur sa demande, au-devant du cortège que suivait l'évêque, il s'était jeté à genoux auprès du brancard sur lequel reposait le corps de la vierge martyrisée. Saint Vindicien, immobile au milieu de son clergé, suivait du regard cette scène attendrissante, lorsque, tout à coup, il voit Harduin se relever plein de joie et accourir vers lui en lui racontant sa guérison et les miséricordes dont le Seigneur venait d'user à son égard. À l'aspect de ce grand coupable prosterné à ses pieds, et répandant des larmes en abondance, le saint évêque est au comble du bonheur. Il ne peut contenir les sentiments qui remplissent son âme, et, s'adressant à la foule, émue d'un tel spectacle : « Mes frères », dit-il, « vous avez tous vu l'œuvre que le Seigneur vient d'opérer en votre présence. Rendons-lui grâces et remercions-le de ce qu'il daigne glorifier ainsi la vierge Maxellende. Point de doute que ce que nous faisons ici ne soit sa volonté. Achevon donc cette sainte cérémonie avec respect et dévotion ». Ayant ainsi parlé, saint Vindicien donna

sa bénédiction à la multitude, qui continua sa marche en louant Dieu jusqu'au village de Caudry. Après qu'il eut célébré les saints mystères et placé dans un lieu convenable les reliques de sainte Maxellende, le digne évêque songea à perpétuer, par une fondation pieuse, le souvenir du triomphe qu'elle avait remporté. Pour cela, il établit à Caudry une communauté, chargée de veiller sur le dépôt sacré et de servir Dieu dans la pratique des vertus.

L'année où saint Vindicien rendait cet éclatant hommage à une jeune vierge martyrisée, une maison de prière s'élevait à Honnecourt pour quelques personnes qui demandaient à y vivre dans la chasteté parfaite et l'amour de Dieu. Elle était fondée par un seigneur du pays, appelé Amalfride, et son épouse Childeberte, en faveur de leur fille Auriana. Saint Vindicien consacra l'église de ce monastère avec le vénérable Lambert, évêque de Maestricht, qui, bientôt après, répandit son sang pour la cause de Jésus-Christ.

Entre les abbayes déjà florissantes d'Elnon et de Marchiennes, s'élevaient deux autres monastères, qui promettaient encore des fruits de salut à cette contrée privilégiée. Jean, seigneur du lieu, et Eulalie, sa sœur, avaient formé le désir de se consacrer au Seigneur, et de se retirer dans la communauté qu'ils réuniraient, l'un d'hommes pieux, l'autre de vierges et de veuves, tous disposés à ne plus vivre que pour Dieu. Les travaux accomplis, saint Vindicien vint bénir et consacrer ces deux églises, placées sous le vocable des saints apôtres Pierre et Paul. Presque au sortir de ce lieu, saint Vindicien était invité par saint Amand à assister à la consécration de l'église de son monastère d'Elnon. Cette fois, il se trouva dans la société de saint Réole, métropolitain de la province de Reims, de saint Mommolin, évêque de Tournai et de Noyon, de saint Bertin, abbé de Sithiu, et de plusieurs autres saints personnages, disciples de saint Amand. Tous ensemble ils offrirent leurs prières à Dieu pour l'exaltation de la religion, la propagation de l'Évangile et la sanctification des âmes. Tous aussi entendirent le testament que fut alors en leur présence saint Amand, et qu'il les pria de confirmer en y ajoutant leur nom. Le saint évêque d'Arras le fit en ces termes : « Au nom du Christ, moi, Vindicien, pêcheur, j'ai souscrit ». Ceci se passait le 17 avril de l'an 679.

Saint Vindicien rentrait à Cambrai, quand un autre évêque arrivait dans le diocèse d'Arras, les yeux crevés, les lèvres mutilées, le corps tout meurtri, et conservant à peine quelques gouttes de sang qu'il allait bientôt répandre. C'était saint Léger, l'un des évêques persécutés par Ebroïn, et celui dont le souvenir a laissé une plus profonde impression dans la mémoire des peuples. Mis à mort dans la forêt de Sarcing, en Artois, par les ordres de l'implacable maire du palais, il avait consommé son long martyre par une mort glorieuse, que Dieu couronna aussitôt par des prodiges. En effet, tous les évêques et les chrétiens fidèles de France, que le bruit de l'attentat commis sur saint Léger avait d'abord profondément affligés, se sentirent remplis de consolation, quand ils apprirent les miracles qui s'opéraient au tombeau du Pontife martyrisé. À quelque temps de là, plusieurs évêques, réunis dans une ville importante du royaume, s'entretenaient entre eux des affaires de l'Église et surtout du meurtre sacrilège de saint Léger. Parmi eux se trouvait saint Vindicien. Ils décidèrent d'une voix unanime que des représentations respectueuses seraient adressées au roi Thierry, sur l'attentat commis contre la personne du saint évêque d'Autun. Tous aussi convinrent de déférer ce dangereux honneur à l'évêque de Cambrai et d'Arras, que son caractère et sa vertu semblaient

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rendre plus capable de remplir avec succès une mission si difficile. Sans s'effrayer des conséquences que pourrait avoir pour lui une semblable démarche, saint Vindicien se soumit à la décision de ses collègues. Il remit son sort entre les mains de Dieu et aborda courageusement le monarque au milieu des principaux seigneurs de sa cour. Après quelques paroles pleines de sagesse, qui lui concilièrent la bienveillance des spectateurs, il commença à représenter au roi avec respect « que c'est un devoir pour l'évêque de reprendre celui qui a failli, de peur qu'il ne meure dans son péché, et que l'évêque ne soit puni avec lui ». Puis, après ce préambule dans lequel l'intérêt du coupable était surtout invoqué et mis en avant, saint Vindicien, s'adressant directement à Thierry, ajoutait : « qu'il devait écouter avec soumission quelques paroles de reproche sur le meurtre de saint Léger, commis à sa connaissance ; que ce crime était si grand que des évêques réunis en conseil ne savaient presque quel remède ordonner pour une semblable blessure ; qu'il fallait que le roi se réconciliât avec Dieu en toute humilité, qu'il reconnût sa faute, et qu'avec le juste Job qui, lui aussi, était puissant dans son pays, il prononçât ces paroles : « Je n'ai point caché mon péché, mais je l'ai confessé en présence de tout le peuple » ; qu'il devait pareillement imiter le roi David dans la conduite qu'il tint après son péché, avouer comme lui publiquement sa faute, et comme lui se prosterner devant le Seigneur pour la pleurer. Alors », ajoutait-il en finissant, « le roi méritera d'entendre comme David cette promesse : « Parce que vous vous êtes repenti de votre iniquité, elle vous est pardonnée ; vous ne mourrez point ». Thierry écouta l'évêque avec respect, déclara qu'il reconnaissait sa faute, et qu'il s'efforcerait de la réparer : « en sorte », continue le biographe du Saint, « que les spectateurs se demandaient entre eux si Vindicien avait été plus ferme dans ses reproches que le roi n'avait été prompt dans sa soumission ».

L'assemblée des évêques avait heureusement accompli l'un des plus importants objets qu'elle s'était proposés. Une autre question, bien grave aux yeux de ces hommes de foi, s'offrait maintenant : il s'agissait de savoir à qui serait donné le corps du saint martyr. Trois Pontifes avaient exposé de justes réclamations, et il paraissait difficile de décider auxquelles il était plus convenable de céder. Ansoald de Poitiers représentait que saint Léger, outre qu'il était son parent, avait gouverné ce diocèse en qualité d'archidiacre, et dirigé, pendant six ans, le monastère de Saint-Maixent, situé non loin de sa ville épiscopale. De son côté, Hermenaire d'Autun, le successeur de saint Léger, demandait qu'on rendît à son peuple celui qui avait été son pasteur et son père. L'assemblée était déjà émue et édifiée du discours de ce pieux prélat, lorsque saint Vindicien, prenant la parole, réclama les restes sanglants et mutilés de ce martyr, que la Providence avait amené au milieu de son troupeau pour lui donner sa couronne. « Vénérables Pontifes », leur dit-il, « la chose ne se peut faire comme vous le dites. C'est à moi que doit rester le privilège de posséder ce bienheureux corps : pareil honneur est dû au lieu où il a daigné prendre son repos. Si vous pesez tout avec justice, aucun de vous deux ne réclamera le corps du saint martyr ; car si vos églises l'ont eu, l'une pour archidiacre, l'autre comme évêque, la nôtre l'a comme martyr. C'est parmi nous qu'il a heureusement combattu sous les drapeaux du Christ, c'est au milieu de nous qu'il a vaincu. Mais à quoi bon ces délibérations ? Lui-même n'a-t-il pas manifesté sa volonté ? S'il avait voulu reposer chez vous, il n'eût jamais illustré notre diocèse de tant de miracles. Mettez donc fin à tous ces débats, et ne cherchez point au saint martyr d'autre asile que celui qu'il a choisi. Ce lieu, nous pouvons l'embellir d'édifices magnifiques et y

placer de nouveaux ministres ». Ainsi parla saint Vindicien : les pères réunis décidèrent qu'il fallait consulter par le sort la volonté du Seigneur ; et leur foi, aussi naïve que sincère, termina ainsi ce pieux débat. Le corps saint échut à Ansoald, évêque de Poitiers. Saint Vindicien en reçut une partie du chef qu'il déposa dans son abbaye de Saint-Vaast d'Arras. D'après une ancienne tradition, on croit que cette maison possédait, entre autres reliques précieuses, la pierre sur laquelle avaient été recueillis les yeux sanglants du Pontife.

Le roi Thierry, de son côté, se plut à donner des marques éclatantes de son repentir ; et les bonnes œuvres multipliées qui signalèrent les dernières années de son règne, confirmèrent la vérité de l'impression faite sur son âme par la parole de saint Vindicien. « Et parce que », ajoute l'historien du Saint, « le sang de saint Léger, injustement répandu dans le pays des Atrébates, avait été une occasion de grands troubles pour cette partie du territoire des Francs, où saint Vaast avait apporté la foi, l'évêque Vindicien obtint du monarque que le monastère d'Arras (depuis appelé Saint-Vaast) ressentit surtout les effets de son généreux repentir.

Ce monastère, commencé par saint Aubert sur l'emplacement de l'oratoire où se retirait d'ordinaire saint Vaast pour vaquer à la prière et à la contemplation, était devenu pour saint Vindicien l'objet d'une sollicitude spéciale. Il entrait dans ses vues d'accomplir en tout la volonté de son vénérable prédécesseur, et d'établir dans la ville épiscopale d'Arras une communauté d'hommes fervents, pour la sanctification des âmes. Dans ce dessein, il n'épargna nuls sacrifices, nulles dépenses ; tellement qu'il a été considéré de tout temps comme le premier et le plus insigne bienfaiteur de cette abbaye. Si l'on en croit certains auteurs, saint Vindicien aurait fait à cette époque un voyage à Rome, et aurait obtenu du souverain Pontife des bulles qui confirmaient les donations et privilèges accordés au monastère de Saint-Vaast. Jusqu'alors il en avait gardé la direction : l'état encore précaire de la communauté, le petit nombre des membres qui la composaient, le besoin continu de ses conseils et de ses secours, demandaient cette surveillance immédiate de l'évêque fondateur. Mais quand saint Vindicien vit le développement que prenait cette maison, il songea à y placer un abbé, sur qui il put se reposer de ce soin, et qui lui vint en aide dans l'administration de l'église des Atrébates. Le roi Thierry ne fut pas étranger à cette détermination : l'intérêt toujours croissant qu'il portait à cette abbaye, où il voulait être enseveli avec son épouse, lui faisait chercher tous les moyens d'assurer sa prospérité. Après en avoir conféré avec le prince, saint Vindicien appela pour la gouverner le bienheureux Hatta, religieux de Blandinberg, près de Gand, et l'un des disciples de saint Amand. Ce choix sage et fait à propos produisit tous les fruits qu'on attendait. Saint Vindicien se confiant sur un homme rempli de l'esprit de Dieu, s'éloigna pour aller en d'autres lieux où sa présence devait aussi procurer un grand bien.

Ces événements nous conduisent à 685, date à laquelle on fixe l'arrivée du bienheureux Hatta au monastère de Saint-Vaast. L'année suivante, saint Vindicien appelait ce saint abbé à la consécration de la nouvelle église, bâtie au monastère d'Hamage par les soins de Gertrude, qui venait de succéder à sainte Eusèbie. Le Pontife fit en même temps, au milieu d'un concours de fidèles, la translation du corps de cette abbesse et de sainte Gertrude, son aïeule.

A partir de ce moment, le biographe du saint évêque ne signale plus de faits particuliers, et expose à nos yeux sa conduite au milieu de ses ouailles.

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« Saint Vindicien », dit-il, « avait fait tant et de si grandes choses dans la maison de Dieu, qu'il surpassait ou du moins égalait les autres Pontifes. Toute sa vie, il ne refusa aucun secours, et ne recula devant aucune fatigue, pour combler les églises et les monastères de son diocèse des biens spirituels et temporels, et gagner des âmes à Jésus-Christ. Et parce que, selon la sentence du Saint-Esprit, ce n'est pas la parole mais la vie qui persuade, il apportait un soin extrême pour l'accomplissement de ses devoirs de pasteur, et offrait sans cesse à son troupeau, par ses paroles et ses œuvres, d'admirables exemples de vertu et de piété. Il distribuait avec abondance aux pauvres et aux malheureux les richesses que lui procurait son patrimoine, et, conformément à l'oracle de l'Évangile, il renfermait dans le ciel un trésor qui ne doit jamais périr ». Jusque dans ses dernières années, saint Vindicien s'occupa, avec la plus active sollicitude, du salut des âmes. Quand il voulait se reposer de ses fatigues et rendre à ses membres, appesantis par l'âge, la force et la vigueur dont ils avaient besoin, il se retirait au monastère de Saint-Vaast, au Mont-Saint-Éloi, ou dans quelque autre retraite. Là, il vivait comme un père au milieu de ses enfants, priant Dieu pour son troupeau et achevant de se sanctifier par toutes sortes de bonnes œuvres. Des affaires importantes, ou peut-être simplement le désir de visiter ces parties lointaines de son diocèse de Cambrai, l'ayant conduit à Bruxelles, il y fut saisi de la fièvre et perdit ses forces en peu de jours. Sentant que sa fin approchait, il appela les disciples qui l'avaient accompagné, leur donna ses derniers avertissements, et leur demanda qu'après sa mort, on transportât son corps au monastère du Mont-Saint-Éloi, qu'il choisissait pour le lieu de sa sépulture. Ces paroles prononcées, il se recueillit en lui-même et remit son âme à son Créateur, au milieu des prières et des pleurs de ses enfants spirituels. Saint Vindicien avait alors atteint sa quatre-vingtième année.

## RELIQUES ET CULTE DE SAINT VINDICIEN.

Son corps, rapporté de Bruxelles avec respect, fut déposé par des évêques et d'autres prélats dans le monument qu'on lui avait préparé au Mont-Saint-Éloi. Il resta dans ce lieu jusqu'au jour où il fut levé de terre, à cause des nombreuses guérisons qui s'y opéraient. Le bruit s'en répandit au loin, et une foule de pèlerins arrivaient pour se recommander à sa protection. Des rois et des princes y envoyèrent leurs offrandes. Italigiaire, évêque de Cambrai et d'Arras, demanda avant de mourir (531), qu'on y ensevelît son corps, et Hincmar de Laon y envoya vers le même temps sa nièce, qui y recouvra l'usage de la vue, qu'elle avait complètement perdue.

Des jours de deuil et de désolation arrêtèrent ces élans de la dévotion des peuples. Les Normands, après avoir commis d'affreux dégâts dans tout le pays, vinrent attaquer l'abbaye du Mont-Saint-Éloi, et la détruisirent de fond en comble, après avoir massacré les religieux qui n'avaient pu échapper à leur aveugle rage. Pendant soixante ans, ce lieu ne présenta plus qu'un amas de ruines. La Providence ayant permis que le tombeau de saint Vindicien fût alors découvert (940), l'évêque Fulbert, accompagné de plusieurs prélats, leva ses précieux restes avec solennité. Quelques mots que l'on trouva gravés auprès du corps, ne permirent pas de douter de son identité. Après l'avoir renfermé dans une belle châsse, Fulbert en coula le dépôt à huit clercs en chanoines, qu'il plaça dans une église, bâtie par ses soins sur l'emplacement de l'ancien monastère. Ce lieu fut encore souillé par le meurtre de plusieurs chanoines, qui s'opposaient à des actes de rapine et de brigandage, à l'époque où Richard, duc de Normandie, traversa l'Artois pour aller attaquer l'empereur Henri II, alors occupé à faire le siège de Valenciennes (1006).

Quand l'évêque Gérard Ier fit, le 18 octobre 1030, la dédicace de la nouvelle église de Notre-Dame à Cambrai, qu'il avait réparée et considérablement agrandie, il ordonna d'apporter, pour cette cérémonie, les reliques des anciens pontifes qui avaient gouverné ce diocèse, et entre autres celles de saint Vindicien. On trouve aussi qu'en plusieurs circonstances, ces restes vénérables furent portés processionnellement dans l'Artois, la Flandre et le Hainaut, selon la coutume du moyen âge.

Pendant les guerres qui eurent lieu en France entre les factieux si connus des Armagnacs et des Bourguignons (1419), Michel Dalenne, alors abbé du Mont-Saint-Éloi, envoya à Douai la châsse qui renfermait les reliques du saint évêque : elles y restèrent trente ans, après lesquels on les

transfère dans l'église de Notre-Dame à Arras. Ce fut le 7 juillet 1453 qu'on les replaça dans l'abbaye. C'est à cette occasion que Hugues, légat apostolique, accorda une indulgence de cent jours à ceux qui, le jour anniversaire de cette translation, ou à toute autre fête de saint Vindicien, viendraient adorer Dieu en ce lieu. Deux ans plus tard, le cardinal Nicolas de Sainte-Croix, alors à Arras, pour rétablir la paix entre Charles VII, roi de France, et Philippe le Bon, duc de Bourgogne, accorda de nouveaux privilèges en faveur de ceux qui, après avoir confessé leurs péchés et fait aux pauvres une aumône, viendraient, dans l'octave de cette même translation, implorer le secours de Dieu par les mérites de son serviteur. Toutes ces faveurs spirituelles n'étaient qu'une augmentation faite à celles qu'avait déjà accordées, dès l'an 1252, le pape Innocent IV, pour tous les fidèles qui célébraient d'une manière pieuse la fête de saint Vindicien. Durant les guerres de Philippe II d'Espagne contre Henri IV, roi de France, ces précieuses reliques furent encore renfermées dans le refuge que les religieux du Mont-Saint-Éloi avaient à Channe, pour les soustraire aux pillages auxquels les provinces du Nord étaient exposées (1599). Elles y restèrent jusqu'en 1601, époque où on les reporta au Mont-Saint-Éloi.

Les reliques de saint Vindicien furent sauvées, à l'époque de la Révolution, par le vénérable M. Antoine Le Gentil, religieux de Saint-Éloi, successivement professeur de théologie, archiviste, prieur de Rebreuve et prieur de Gouy-en-Ternois. L'abbé de Saint-Éloi, alors régnant, Augustin Laiguel, se faisait illusion sur la portée que devait avoir la Révolution ; il ne prenait pas assez de précautions pour se soustraire, aussi bien que les dépôts sacrés qui lui étaient confiés, aux excès auxquels l'impiété allait se porter. Lui-même cependant devait être une des victimes de cette Révolution, et payer de sa tête sa fidélité inébranlable à son Dieu.

M. A. Le Gentil avait mieux saisi le véritable point de vue, mieux apprécié la situation. Aussi profitant de la confiance absolue et bien méritée que son supérieur avait en lui, et dans le but de sauver, malgré lui en quelque sorte et à son insu, ce qu'il y avait de plus précieux dans leurs trésors, il profita d'une visite qu'il faisait à l'abbaye, où souvent l'appelait la confiance de M. Laiguel, pour enlever les reliques de saint Vindicien, avec les lames de plomb et autres authentiques, les déposer dans un coffre et les cacher dans la tour, au milieu d'un jardin de son prieuré de Gouy, à un endroit connu de lui et de plusieurs personnes sur la foi desquelles il pouvait compter.

C'est là que reposèrent, pendant l'orage qui éclata sur la France, les saintes reliques, autrefois si vénérées et entourées de tant d'honneur et d'éclat ! À peine M. Le Gentil vit-il la tourmente apaisée, qu'il revint de l'exil, et sa première demande fut, non pas relative aux autres objets précieux qu'il avait également sauvés, mais bien : « Le corps de saint Vindicien est-il encore là ? » Et, sur la réponse affirmative qui lui fut faite : « Bien soit loué ! » s'écria-t-il, et avec une piété pleine de l'expansion la plus vive, il alla vénérer et reprendre son saint dépôt.

Des positions élevées, en rapport du reste avec son mérite bien connu, lui furent offertes par Mgr de La Tour d'Auvergne, alors évêque d'Arras ; il les refusa modestement et avec une constance que rien ne put ébranler. Il voulut mourir dans son prieuré de Gouy, où seulement il consentit à exercer les fonctions de curé. Ce ne fut pas sans peine qu'il se résigna à se dessaisir, en faveur de la cathédrale d'Arras, des reliques de saint Vindicien. Il comprit pourtant qu'un simple prêtre ne pouvait avoir en sa possession un de ces trésors qui toujours ont été la propriété d'une église et non d'une personne, quelque élevée en dignité qu'elle pût être. L'abbaye de Saint-Éloi n'était plus, la cathédrale d'Arras lui succédait dans ses droits et privilèges, au moins en semblable matière ; c'était donc à l'évêque d'Arras que régulièrement devait être faite la remise de ce trésor.

Il fit en effet cette remise, par acte, sous forme de lettre, aujourd'hui encore conservée dans la châsse de saint Vindicien. Deux ossements assez considérables (rotules), furent laissés à Gouy ; ils avaient été extraits de la châsse provisoire le 26 juillet 1596, et le permis d'exposition de ces reliques est du 28 juillet de la même année.

C'est le 12 juillet 1599, trois jours avant la grande fête célébrée à Arras en l'honneur du bienheureux Benoît-Joseph Labre, que, par commission de Mgr Parisis, les reliques de saint Vindicien ont été déposées dans la nouvelle et belle châsse où elles reposent maintenant.

Cette châsse est ornée de deux peintures où l'on voit, d'une part, saint Vindicien reprochant au roi Thierry, en face de toute sa cour, le meurtre de saint Léger, et d'autre part, saint Vindicien offrant au pape Sergius le monastère de Saint-Vaast, dont il peut être considéré comme le fondateur principal.

Saint Vindicien était autrefois le patron des arquebusiers et arbalétriers d'Arras.

Sa vie a été écrite premièrement par Baldéric, dans sa Chronique des évêques d'Arras et de Cambrai ; au XVIIe siècle, par François d'Orcomieux, abbé du monastère du Mont-Saint-Éloi. L'abrégé que nous en donnons ici est en partie emprunté aux Vies des Saints de Cambrai et d'Arras, par M. l'abbé Doutembos et en partie au Trésor sacré de la cathédrale d'Arras, par M. l'abbé E. Van Drival.

M. Leglay, dans son édition de la Chronique des évêques d'Arras et de Cambrai, a prouvé qu'il n'en faut pas confondre l'auteur avec un évêque de Noyon, du même nom. (Note de M. Corbitz.)

11 MARS.

Événements marquants

  • Naissance à Bullecourt vers 620
  • Élection comme évêque d'Arras et de Cambrai en 675
  • Translation du corps de sainte Maxellende à Caudry
  • Réprimande publique du roi Thierry pour le meurtre de saint Léger
  • Fondation et développement de l'abbaye de Saint-Vaast
  • Mort à Bruxelles lors d'une visite pastorale

Miracles

  • Guérison de la nièce d'Hincmar de Laon (vue)
  • Nombreuses guérisons à son tombeau au Mont-Saint-Éloi
  • Conversion et guérison miraculeuse d'Harduin, meurtrier de sainte Maxellende

Citations

Au nom du Christ, moi, Vindicien, pêcheur, j'ai souscrit

— Testament de saint Amand (679)

C'est un devoir pour l'évêque de reprendre celui qui a failli, de peur qu'il ne meure dans son péché, et que l'évêque ne soit puni avec lui

— Discours au roi Thierry