Saint Cécilius (Cæcilius)
Prêtre
Résumé
Ancien avocat païen d'origine africaine vivant à Rome, Cécilius fut converti par ses amis Octavius et Minutius Félix lors d'une célèbre dispute philosophique à Ostie. Devenu prêtre, il est surtout connu pour avoir été le père spirituel de saint Cyprien de Carthage, qui prit son nom en signe de gratitude.
Biographie
SAINT CÉCILIUS, PRÊTRE
Nous ne nous piquons pas de bien parler, nous nous efforçons de bien vivre.
Cécilius, Octavius et Marcus-Minutius Félix, tous trois illustres par leur mérite et par leur naissance, formèrent entre eux une espèce de triumvirat de parfaite amitié. Diverses circonstances, jointes à la nature du style, ont fait conclure que le dernier était originaire d'Afrique ; mais il vivait à Rome et y suivait le barreau avec une grande réputation, qu'il devait à ses talents et à sa probité. Nous apprenons de lui-même qu'il était déjà avancé en âge lorsqu'il fut éclairé par la lumière de la sagesse divine. Il eut, dit saint Eucher, assez d'humilité pour renoncer au rang distingué qu'il tenait parmi les savants et les grands du siècle, et il se fit une sainte violence pour aller au ciel, confondu parmi les ignorants et les petits.
Ses deux amis étaient aussi Africains. L'application aux mêmes études n'avait fait que serrer les liens qui les unissaient ensemble. Ils vécurent longtemps engagés dans les superstitions du paganisme et dans les vices qui en étaient la suite. Octavius et Minutius furent les premiers qui s'élevèrent au-dessus des préjugés de l'éducation et de l'intérêt, et qui méprisèrent les amorces séduisantes du monde, pour embrasser la doctrine de la Croix. Il paraît qu'Octavius eut la gloire de frayer la route, car Minutius dit qu'il le suivait comme son guide. Au reste, l'amitié ne lui permit pas de renfermer son bonheur en lui-même ; il voulut le partager avec son cher Minutius. Il ne se donna point de repos tant qu'il le vit assis dans les ténèbres et dans les ombres de la mort. Les paroles qui sortent de la bouche d'un tel ami, sont comme le miel qui découle d'un rayon, au lieu que la vérité même est insupportable quand elle vient d'un prophète éphémère que sa dureté nous fait haïr ; aussi Minutius fut-il aisément disposé à recevoir les impressions de la vertu ; et ce bienheureux couple fut uni dans la religion comme il l'était dans l'amitié. La foi, loin d'affaiblir la tendresse de leurs sentiments, ne servit qu'à l'épurer et à la perfectionner. Ces deux hommes, régénérés en Jésus-Christ, se félicitèrent sur leur changement avec des transports de joie dont toute leur éloquence ne pouvait rendre la vivacité. Pénétrés de douleur et de confusion au souvenir de leur vie passée, ils n'eurent plus d'ardeur que pour les humiliations de la croix et les austérités de la pénitence. Les chevalets et les tortures devinrent l'objet de leurs plus ardents désirs. Ils se déclarèrent tous deux les apologistes de la foi ; et sans chercher désormais d'autre salaire de leurs travaux que le mérite de la charité et le bonheur qui les attendait au-delà du tombeau, ils plaidèrent généreusement la cause de Jésus crucifié. Arnobe paraît avoir eu en vue ces deux illustres convertis, lorsque répondant aux invectives des païens, il dit que les orateurs et les avocats du premier rang avaient embrassé le christianisme.
Octavius et Minutius, qui n'avaient plus rien à désirer pour eux-mêmes, souhaitaient ardemment d'associer Cécilius à leur bonheur ; mais l'entreprise était difficile, et elle demandait de leur part tous les efforts du zèle et de l'amitié. Les premiers préjugés de l'éducation laissent dans l'esprit des traces si profondes qu'avec toute la bonne volonté et toute la candeur d'âme imaginables, elles ne s'effacent qu'avec des peines infinies. Quand il s'agit de religion, les préjugés ont encore plus d'empire : on est porté naturellement à rester dans celle de ses pères, dont on a sucé les principes avec le lait. Cécilius se trouvait dans ce cas. Il était d'ailleurs homme du monde, peu scrupuleux en fait de morale, et conséquemment peu disposé à saisir les raisonnements suivis. Il avait de l'esprit et des talents ; mais il était sa propre idole. Il ne soupirait qu'après les plaisirs et les applaudissements. Jusque-là sa première religion avait été de se servir lui-même. En effet, nous le voyons dans la dispute tantôt rejeter toute divinité et toute providence, tantôt admettre ces deux points, et bientôt après défendre superstitieusement tous les dieux adorés pour lors dans l'univers. Nous dirons, pour achever son portrait, que la philosophie n'avait servi qu'à nourrir son orgueil, qu'à lui donner beaucoup de présomption et de suffisance, et qu'à le rendre incapable de sentir la solidité d'un raisonnement.
Malgré cette trempe de caractère, Cécilius devint, avec le secours de la grâce, un illustre converti, un grand Saint, et, selon toutes les apparences, l'auteur de la conversion de saint Cyprien. Octavius et Minutius furent les instruments que Dieu employa pour l'amener à la connaissance de la vérité. Ils commencèrent par adresser au ciel de ferventes prières, afin de l'intéresser en faveur de leur ami. La victoire qu'ils remportèrent enfin sur lui fut le fruit de leur piété et d'une conférence qu'ils eurent tous trois ensemble. Minutius nous en a laissé le précis dans un dialogue qu'il intitula *Octavius*, en l'honneur de son ami qui portait ce nom et qui était mort quand il le mit en écrit.
L'ordre et le dessein de ce dialogue sont d'une grande beauté : tout y annonce une main de maître. Dès le commencement, l'auteur s'insinue imperceptiblement dans l'âme par des traits charmants qu'il fait remarquer dans le caractère de son cher Octavius ; de là il conduit à l'occasion de la conférence avec des images si intéressantes, et peint les moindres objets avec des couleurs si belles, qu'il a en quelque sorte gagné le cœur avant que d'être entré en matière. Après avoir exprimé sa douleur et ses regrets sur la mort d'Octavius, il continue ainsi : « Il brûla toujours pour moi du même feu. Il m'aimait si passionnément que, tant dans nos affaires que dans nos amusements, une aimable sympathie nous unissait sans cesse, et que nos deux âmes n'en faisaient pour ainsi dire qu'une seule ». Il se rappelle avec reconnaissance les avantages qu'il a retirés de l'exemple de son ami et s'excite à la ferveur par le souvenir de ses vertus. « En conservant », dit-il, « sa mémoire dans mon cœur, je tâche d'aller après lui par mes pensées et de détacher de plus en plus mon cœur de toute affection terrestre ». Ensuite il fait la récapitulation de ce fameux entretien par lequel Cécilius fut conduit à la foi. L'occasion qui y donna lieu est décrite de la manière suivante.
Octavius vint à Rome pour rendre visite à son ami Minutius. Sa femme, ses enfants et le reste de sa famille voulurent inutilement l'empêcher de faire ce voyage. On était alors en automne. À la faveur des vacances du barreau, Minutius se trouvait délivré de ses occupations ordinaires. Il profita de ce temps pour aller à Ostie prendre les bains d'eau de mer, dans la vue de dessécher les humeurs dont il était incommodé. Octavius et Cécilius voulurent être de la partie. Marchant un jour tous trois de grand matin dans la ville pour aller gagner le bord de la mer, Cécilius aperçut une statue de Sérapis ; sur quoi il se porta la main à la bouche et se la baisa, ce qui était un acte d'adoration parmi les Grecs et les Romains. Octavius prit de là occasion de dire à Minutius que c'était un crime et une honte pour eux que leur ami restât toujours plongé dans les ténèbres de l'erreur, et qu'il rendît un culte divin à des pierres qui, pour avoir reçu une figure et une sorte de consécration, ne cessaient pas pour cela d'être sourdes et muettes. Cécilius fut piqué en s'entendant accuser d'ignorance. Il s'adressa à Octavius pour lui proposer une dispute en règle sur la matière dont il était question. « Je vous prouverai », ajouta-t-il avec un air triomphant, « que jusqu'ici vous n'avez jamais eu affaire à un philosophe ». La proposition ayant été aussitôt acceptée, ils s'assirent tous trois sur une éminence qui servait d'abri au bain. Minutius fut placé au milieu avec la qualité d'arbitre.
Cécilius, prenant un ton décisif et tranchant, débuta par nier la réalité d'une Providence. Il comptait sur la subtilité de son esprit et sur le pouvoir de son éloquence. Il objecta d'abord la pauvreté des chrétiens, partout soumis aux idolâtres dont l'empire florissant attirait tous les regards. À l'entendre, la religion dominante devait passer pour la meilleure ; les chrétiens n'étaient que des misérables qui s'obstinaient à mourir de faim, qui se faisaient un plaisir insensé de souffrir diverses tortures, qui portaient leur extravagance jusqu'à mépriser la vie, la fortune et tous les biens du monde, qui n'avaient pas même d'église pour adorer leur seul et unique Dieu. Leur secte, continue-t-il, n'est qu'un ramas de gens vils et méprisables, qui se cachent dans des trous, sans savoir dire un seul mot pour leur défense, et qui, dans l'obscurité, s'occupent à chanter une prétendue résurrection et les joies chimériques d'un autre monde. Il dressa surtout ses batteries contre la résurrection des corps, qui a toujours été, en effet, une pierre d'achoppement pour les anciens philosophes, comme on le voit par les écrits d'Athénagore, de Tertullien, d'Origène et des autres apologistes de notre sainte religion : mais les calomnies furent la principale ressource de ce champion de l'erreur. Cette sorte d'armes n'était pas nouvelle ; le démon l'avait fait inventer par les instruments de sa jalousie. À s'en tenir au système de morale que l'Évangile propose, à examiner de bonne foi les motifs et les moyens de perfection qu'il fournit, les plus furieux ennemis du christianisme n'eussent pu lui refuser leur estime et leur respect. Qu'arriva-t-il ? On défigura notre religion pour la rendre haïssable, et l'on couvrit du voile de la calomnie cette éclatante beauté qui atteste que son origine est céleste.
Cécilius se croyait en sûreté dans ce dernier retranchement et se flattait d'y être assez fort pour terrasser son adversaire. Il se mit donc à objecter à Octavius les assemblées nocturnes des chrétiens, leurs repas inhumains et d'autres prétendus crimes auxquels leur religion servait de prétexte. « J'entends dire », continua-t-il, « qu'ils adorent la tête d'un âne, les genoux de leur prêtre ou évêque, ainsi qu'un homme puni pour ses crimes, et le bois maudit de la croix ». Il ridiculisait les chrétiens de ce qu'ils méprisaient des tourments présents pour en éviter d'invisibles ; de ce qu'ils s'interdisaient des plaisirs légitimes, comme les jeux, les spectacles, les festins et les parfums qu'ils réservaient pour leurs morts, etc.
Octavius suit son adversaire pas à pas, pour le réfuter avec plus d'ordre et de solidité. Il commence par établir une Providence qui préside à toutes les choses humaines, et il en tire la preuve du dessein et de l'harmonie qui se font sentir d'une manière frappante dans les ouvrages de la nature. Cette preuve, pour être à la portée des esprits les plus ordinaires, n'en a pas moins une force et une évidence que toute la subtilité imaginable ne peut ni éluder ni affaiblir. En effet, on découvre dans chaque partie de l'univers un arrangement si régulier et une si sage combinaison qu'il n'est pas possible de méconnaître que tout cela est l'ouvrage d'une intelligence souveraine. « Je suppose », dit Octavius, « que vous entriez dans une maison dont les appartements soient magnifiquement meublés et où tout soit dans l'ordre le plus parfait : pourriez-vous, à ce spectacle, douter qu'il n'y eût dans la maison un maître qui veille à tout et dont la nature est bien supérieure à celle des ameublements que vous admirez ? De même, quand vous envisagez le ciel et la terre, et que vous considérez l'harmonie et l'enchaînement qui des différents êtres forment un ensemble admirable, vous ne pouvez révoquer en doute l'existence d'un Seigneur suprême qui, par ses perfections, efface l'éclat des astres et qui est infiniment plus digne d'admiration que tous les ouvrages de ses mains ».
La Providence établie, Octavius prouve qu'il n'y a qu'un Dieu, que ce Dieu est esprit, le Père et le Créateur de tout ; qu'il est éternel, et qu'avant la création du monde il était un monde à lui-même ; qu'il est infini, immense, incompréhensible à tout être créé. « Notre intelligence », dit-il, « est trop bornée pour atteindre jusqu'à lui, et nous ne le concevons jamais mieux que quand nous l'envisageons comme incompréhensible ». Il prend de là occasion de montrer l'absurdité du polythéisme, et toutes les extravagances où tombaient les païens par rapport à leurs dieux ; venant ensuite à leurs idoles, il fait voir qu'elles ne sont que des démons. « Plusieurs d'entre vous », continue-t-il, « savent que les démons sont forcés de déposer contre eux-mêmes, toutes les fois que par des paroles dont ils ne peuvent soutenir la vertu, nous les chassons des corps qu'ils possèdent ». Vous jugez bien que s'ils en étaient les maîtres, ils ne se trahiraient pas ainsi à leur confusion, surtout en présence de vous autres qui les adorez. Vous devez donc vous en rapporter à eux, et croire qu'ils sont des démons, puisque vous l'entendez de leur propre bouche. Quand nous les conjurons au nom d'un seul Dieu, du Dieu vivant, ces malheureux tremblent ; ils abandonnent tout à coup les corps qu'ils possédaient, ou du moins ils se retirent peu à peu, selon la foi du patient ou la grâce du médecin ».
Cécilius, embarrassé par ces raisonnements, renonce à ses premiers principes, et ne s'en croit pas pour cela moins fort contre le christianisme. C'était là sans doute abandonner la cause de l'idolâtrie, et une si faible ressource découvrait la défaite de son apologiste. Cécilius ne fut pas plus heureux en attaquant l'évidence de la révélation évangélique. Toutes ses raisons portaient sur des calomnies grossières, tirées de quelques-uns de nos dogmes altérés ou pris par moitié, et de notre discipline falsifiée ou mal entendue. La seule chose qu'Octavius eut à faire pour répondre à ces calomnies, fut de les nier absolument, et de donner une exposition nette de la sainteté de notre doctrine. Quant à cette vieille fable d'une tête d'âne adorée par les chrétiens, fable qui d'abord avait été débitée contre les Juifs, Octavius dit simplement que le fait était faux, et il défia son adversaire d'en montrer la vérité. Il nia pareillement que nous adorassions les genoux de l'évêque. Cette accusation, aussi frivole que l'autre, était fondée sur ce que les pénitents se prosternaient lorsque l'évêque leur donnait l'absolution de leurs péchés ou sa bénédiction. « Vous n'êtes pas plus autorisé », continua Octavius, « à nous accuser d'inceste dans la célébration de nos mystères. Peut-on imputer un pareil crime à des gens si connus pour la pureté de leurs mœurs et dont un grand nombre font vœu de chasteté ? C'est à vous que l'on doit reprocher les horreurs dont vous nous chargez. Qui ne sait que vous mettez un Priape au rang des dieux ; que vous sacrifiez à Vénus la prostituée ; que vous célébrez les fêtes de la bonne déesse, et que vous pratiquez mille autres abominations qu'il n'est pas possible de nommer sans rougir ? » Il remarque que les chrétiens, loin de manger des enfants ou de se souiller par des infamies, n'allaient pas même voir exécuter les criminels, et qu'ils s'abstenaient du sang ; que ceux qui se mariaient ne prenaient qu'une femme ; que plusieurs vivaient dans une continence perpétuelle, sans cependant se glorifier de leur état ; qu'enfin la moindre pensée du crime était condamnée parmi eux.
Toutes ces calomnies, comme nous l'avons observé, venaient ou de la malice des païens, ou du peu de connaissance qu'ils avaient de nos dogmes ou de nos mystères : les abominations des Carpocratiens et des Gnostiques, qui se donnaient pour chrétiens, avaient aussi contribué beaucoup à les accréditer. Les idolâtres nous reprochaient encore de vénérer tous les criminels qui étaient crucifiés, comme on le voit par Origène, et Cécilius nous accusait d'adorer les croix ; mais Octavius montre que l'accusation est fausse. « Le respect extérieur que les chrétiens avaient pour la croix, et l'usage fréquent qu'ils en faisaient, donna aux païens, portés à prendre tout en mauvaise part, occasion de les taxer d'adorer une croix ». Cécilius nous reprochait encore de ne point avoir de temples ni d'images connues, *nulla nota simulacra*. Ces paroles n'emportent pas une exclusion de toute image, mais seulement celles des dieux connues dans l'empire.
Il fait observer que Pythagore, Platon et les autres philosophes païens avaient appris le dogme de l'immortalité de l'âme ainsi que les vérités qu'ils enseignaient (quoique mêlées de beaucoup de faussetés) par une tradition imparfaite de la révélation divine faite aux anciens patriarches. Il dit que les chrétiens enterrent les morts au lieu de les brûler, parce que c'est l'ancienne et la meilleure coutume, et que Dieu peut également les ressusciter, soit de la cendre, soit de la poussière. Il établit l'éternité du feu de l'enfer, que les infidèles méritent aussi justement que les impies, « parce que ce n'est pas un moindre crime d'ignorer le commun Seigneur, le Père de tous les hommes et de tous les êtres, que d'oser enfreindre ses commandements ».
Octavius termine son discours par une description courte mais charmante de la morale chrétienne. Il s'exprime ainsi, en répondant au reproche de pauvreté dont Cécilius avait chargé les disciples de Jésus-Christ :
« Eh quoi donc ! peut-on appeler pauvre celui qui n'éprouve aucun besoin ? Ce titre ne convient qu'à celui dont le cœur n'est point satisfait au milieu de l'abondance. Personne ne saurait être plus pauvre qu'il ne l'était en venant au monde. L'art du chrétien, pour posséder tout, est de ne désirer rien. Plus un voyageur est leste, plus il se trouve à son aise ; de même dans le voyage de cette vie, celui que la pauvreté rend léger est incomparablement plus heureux que celui qui est accablé sous le poids des richesses. Si les richesses nous semblaient nécessaires, nous les demanderions à Dieu. L'innocence est le seul objet de nos désirs, et la patience la seule chose que nous demandons. Le malheur est l'école de la vertu. Quel beau spectacle pour la Divinité, que de contempler le chrétien dans la lice aux prises avec la douleur, combattant avec une noble constance les menaces, les roues, les chevalets, dans ce moment surtout où, semblable à un conquérant, il triomphe du juge qui le condamne ! Car celui-là est certainement le vainqueur, qui remporte le prix qu'il a disputé ». Il dit que notre religion consiste dans la pratique et non dans les beaux discours. « Nous ne disons point de grandes choses, mais nous en faisons ».
A peine Octavius eut-il cessé de parler, que Cécilius s'écria : « Je vous félicite et je me félicite moi-même. Nous sommes victorieux l'un et l'autre. Octavius triomphe de moi, et je triomphe de l'erreur ; mais la victoire et le gain sont principalement de mon côté, puisque, par ma défaite, je trouve la couronne de vérité ».
Tel est l'abrégé de cette célèbre conférence ; mais la beauté des idées et du langage ne peut être bien aperçue que dans l'original. Si ce dialogue semble avoir quelque défaut, c'est celui d'être court. Le lecteur est fâché de se trouver si tôt à la fin, et il ne le quitte qu'à regret, ce qui est la marque des productions excellentes.
La compagnie convint que l'on aurait un autre entretien pour initier plus amplement Cécilius dans la religion chrétienne et pour lui en faire connaître la discipline. La beauté du premier entretien donne lieu de bien regretter le second, qui devait rouler sur une matière si intéressante.
Baronius et plusieurs autres historiens ne doutent point que notre Saint ne soit ce Cécilius, prêtre, qui convertit depuis saint Cyprien. Ils étaient l'un et l'autre Africains, de même âge et de même profession. D'ailleurs saint Cyprien a mis dans ses écrits diverses choses empruntées du dialogue que nous avons analysé et qui sans doute lui avait été communiqué par Cécilius. Par respect pour la mémoire de ce dernier, il prit son nom, qu'il ajouta avant le sien, et voulut être appelé *Cæcilius Cyprianus*.
On lit dans Pontius que le prêtre Cécilius était un homme juste, vénérable par son âge, digne de vivre éternellement dans la mémoire des hommes. Cet auteur ajoute que saint Cyprien l'honora toujours comme son père, et qu'il conserva pour lui les plus vifs sentiments de vénération et de reconnaissance. Saint Cécilius est nommé dans le martyrologe romain.
[ANNEXE: NOTICE SUR MINUTIUS FÉLIX.]
Aucun auteur païen de ce siècle n'a écrit en latin avec autant de pureté et d'élégance. Il en est de cette teinture du dialecte africain que l'on remarque en quelques endroits, comme de cette *patavinité* que l'oreille délicate d'un Romain découvrit dans *Tite-Live*.
En plaidant au barreau, et voyant la bonne compagnie de Rome, Minitius s'était défait de l'âpreté de son style national et y avait substitué la politesse de l'idiome latin. La beauté et la justesse de ses pensées sont une preuve non équivoque de son jugement. La candeur avec laquelle il s'exprime, décèle en lui un fonds aimable de droiture, de bonté, de franchise et d'affabilité. Des figures hardies, des images pittoresques, un style pur, coulant et d'une douceur admirable, un ton de décence et de gravité qui se soutient constamment, tout cela montre qu'il était un homme de premier ordre, et qu'il connaissait parfaitement l'art de la persuasion. Personne ne possède comme lui le talent de charmer le lecteur et de l'amener où il lui plaît. Il fait paraître une vaste érudition et une connaissance profonde de la théologie païenne. Ses raisonnements sont forts et concluants ; il veille avec délicatesse ; il blesse et guérit de la même main, tant il sait bien apprêter le sel et la satire. Son esprit est d'une nature excellente ; s'il est brillant, ce n'est point aux dépens de la solidité ; il y a une valeur intrinsèque et un lustre qui ne doit rien à l'alliage. Cette remarque est de M. Blackwall, dans son *Introduction à l'étude des auteurs classiques*, p. 440. Cet ingénieux écrivain ajoute ce qui suit :
« Minutius venge supérieurement le christianisme des calomnies des païens. Ses rétorsions se trouvent si justes, si pleines de force, et accompagnées d'une telle évidence de vérité, qu'on en conclut qu'il est le plus dangereux adversaire qu'on puisse craindre dans une mauvaise cause, et le plus habile avocat que l'on puisse désirer pour en défendre une bonne ».
Le dialogue de Minutius Félix a été imprimé plusieurs fois par les soins de divers savants. On estime surtout les éditions qui en ont été données à Paris par Rigand en 1643 ; en Hollande, *cum notis variorum*, 1672, in-8° ; à Cambridge, par Jean Davis, en 1767, in-9° ; à Leyde, en 1769, in-8° ; M. d'Ablancourt en a publié une traduction française qui est passable et qui a été plusieurs fois réimprimée.
*Tiré du dialogue de Minutius Félix, intitulé *Octavius*, et de la *Vie de saint Cyprien*, par Pontius. Voir Tillemont, l. iii. ; Cellier : *Reeve, Dissert. prélim.*, et Orsi, qui a donné une excellente analyse du dialogue de Minutius Félix, dans son *Histoire ecclésiastique*, t. ii., l. v., p. 453 ; Godescard, *éd. Lafort.*:
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## SAINTE CLOTILDE, REINE DE FRANCE
**545.** — Pape : Vigile. — Roi de France : Childebert Ier.
Après qu'elle eut invoqué Dieu qui gouverne et sauve tout, Dieu changea l'esprit du Roi.
*Esther, xv, 8.*
Lorsque Dieu entreprit de fonder son Église sur la terre, il s'adressa d'abord aux trois peuples qui résumaient dans leur vie toute la vie des siècles passés. Il était naturel, en effet, il était logique que Dieu parlât d'abord aux trois principaux représentants de l'humanité : au peuple qui représentait la sainteté des traditions, au peuple qui représentait l'éclat du génie, au peuple qui représentait la majesté du pouvoir. Dieu donc fit un appel à l'Orient, à la Grèce et à Rome ; car Rome, la Grèce et l'Orient, c'est tout le monde ancien : c'est l'ancienne religion, c'est la science ancienne, c'est l'autorité ancienne. Eh bien ! qu'ont répondu à Dieu l'Orient, la Grèce et Rome, c'est-à-dire la religion, la science, l'autorité des temps anciens ? L'Orient répondit à l'appel de Dieu en crucifiant son Fils ; la Grèce, en se disputant pitoyablement les lambeaux de sa doctrine, et le peuple romain répondit à sa vocation divine en jetant les chrétiens aux lions. Dieu se lassa ; il fit signe à des peuples nouveaux ; il les appela des glaces du pôle, des steppes de l'Asie, des sables du désert, et il les lança à la conquête du monde. Et alors on put dire de l'Orient, de la Grèce et de Rome, ce qu'Isaïe prédisait autrefois de la superbe Babylone : « Malheur à Babylone ! j'ai entendu sur la montagne les voix de la multitude ; c'était comme la voix d'un grand peuple, comme les cris de guerre des rois et des nations réunis ». Un déluge de Barbares inonda les races coupables, et l'Europe parut se renouveler sous le souffle de la colère de Dieu. Mais parmi ces nations barbares, où est l'héritage de Jésus-Christ ? Quelle sera parmi elles la première nation catholique ? À qui est due cette grande initiative ? Telle est la question qui surgissait pour l'Église du milieu des ruines de l'ancien monde et à l'origine d'un monde nouveau.
Dieu résolut cette question. À l'une des extrémités de l'empire romain se trouvait une race, la dernière qu'eût touchée l'épée de Rome, avant que l'épée de Rome ne se brisât dans des mains devenues trop faibles pour la porter. Tout ce qu'il y avait eu de grand dans le vieux monde s'était rencontré avec cette race, que Caton définissait par deux traits : l'éloquence et la bravoure, *res militaris*, et *argute loqui*. Lorsque Alexandre promenait ses phalanges à travers l'Asie, il vint se heurter contre cette race, et elle avait dit à cet homme devant qui la terre s'était tue : Nous ne vous craignons pas, nous ne craignons qu'une chose, c'est que le ciel ne tombe sur nous. Aussi Rome ne tremblait-elle que devant cette race qui un jour était allée au Capitole venger d'avance les humiliations de vingt peuples ; pour la dompter, il avait fallu que le plus grand homme de guerre de l'ancien monde déployât contre elle la double ressource du génie et de la cruauté. Mais la Gaule vaincue n'en demeurait pas moins pour ses vainqueurs une menace et une terreur ; et il ne fallait pas creuser bien avant dans la terre des Civilis et des Vindex pour voir qu'elle n'avait rien perdu de sa sève ni de sa fécondité. Telle est la race que Dieu avait choisie : et comme si ce n'était pas assez d'elle pour former le premier royaume de son fils, il permit qu'un deuxième sang vînt rajeunir ses veines épuisées, et qu'une nouvelle race doublât son énergie en y mêlant la sienne propre. Debout sur les bords du Rhin, depuis des siècles, ce nouveau venu n'attendait pour entrer dans la Gaule que le signal de la Providence. Ce moment arrivé, la tribu des Francs avait franchi le fleuve pour occuper la terre que Dieu lui destinait ; et, ce jour-là, la nation française était née, mélange providentiel des deux races auxquelles il a été donné d'accomplir les plus grandes choses sur la terre.
Voilà comment Dieu forma la nation française. De quel instrument se servira-t-il pour la faire catholique ? De ce qu'il y avait de plus faible et de plus méprisé dans le monde antique : d'une femme ; cette femme prédestinée, ce fut sainte Clotilde.
Vers le milieu du Ve siècle, les Burgundes, venus de la Germanie comme les Francs, occupaient dans les Gaules le territoire qui s'étend du Rhône et de la Saône aux Alpes. Lyon, Genève et Châlon-sur-Saône étaient leurs capitales. Leur roi Gondioc était catholique. En mourant (463), il laissait quatre fils : Gondebaud, Chilpéric, Godégisile et Gondemar. Ce fut Chilpéric qui succéda à son père et prit le titre de roi des Burgundes, tout en laissant à ses frères le gouvernement de quelques provinces. Il résidait à Lyon. Chilpéric était catholique ainsi que toute sa famille, à l'exception de Gondebaud qui était infecté de l'arianisme : il avait deux filles, Chrone et notre sainte Clotilde, au moment où éclatèrent les événements qui le précipitèrent du trône.
Vers l'an 477, la discorde se mit entre les fils de Gondioc. Gondebaud, le plus ambitieux de tous, ne recula devant aucun crime pour détrôner Chilpéric. Les suites de cette guerre fratricide semblent avoir été longues et cruelles. Enfin, Gondebaud parut aux portes de Vienne, où son frère s'était réfugié. Chilpéric tomba au pouvoir du vainqueur, avec sa femme et ses deux filles, Chrone et Clotilde. Gondebaud ne sut pas se montrer généreux dans la victoire. Il fit cruellement trancher la tête à son frère Chilpéric, dont la veuve fut précipitée dans le Rhône, avec une pierre au cou.
Les deux jeunes princesses, tombées au pouvoir d'un oncle barbare, furent cependant épargnées. Chrone, qui était l'aînée, fut reléguée dans un monastère, où elle prit l'habit religieux, et vécut sous le nom de Mucurune. Quant à Clotilde, qui était encore fort jeune, elle fut enfermée dans un château qui appartenait au meurtrier de son père.
Une tradition constante, rappelée par les historiens de Bourgogne, place à Montmorot, près de Lons-le-Saunier, le séjour de Clotilde, tombée au pouvoir de son oncle. On voit encore aujourd'hui le donjon élevé où elle fut enfermée, dit-on, par l'ombrageux Gondebaud. Les historiens anciens nous parlent, en effet, du séjour de Clotilde à Genève et dans la haute Bourgogne, et le roi Gondebaud la fit garder soigneusement, soit à Montmorot, soit dans quelque autre château de la province. Il craignait sans doute que l'intérêt qui s'attachait au sort d'une innocente orpheline ne réveillât contre lui l'ardeur des partisans de Chilpéric. Cependant il la traita avec honneur, et la jeune princesse se montra aussi remarquable par la sagesse de son esprit que par son éclatante beauté.
Clotilde, élevée ainsi au milieu d'une cour arienne, resta fidèle au culte du vrai Dieu. Sa douceur, sa piété et aussi son amour pour les pauvres, la faisaient bénir de tous ceux qui vivaient autour d'elle, et de tous les indigents auxquels elle avait coutume de distribuer l'aumône. Elle accomplissait en toute liberté ces bonnes œuvres, et bientôt la réputation de la pieuse princesse se répandit dans toutes les Gaules.
Clovis, qui régnait alors sur la France, entendit parler des vertus de Clotilde, et conçut aussitôt le désir de l'avoir pour épouse. Mais comment la pensée d'épouser une princesse catholique, put-elle venir à Clovis, qui était roi païen ? Au point de vue politique proprement dit, ce mariage n'offrait pas les avantages qu'on recherche ordinairement pour les alliances princières. Clotilde ne pouvait apporter à son nouvel époux que des vertus, sans autres trésors. Dépouillée de toute fortune personnelle par le meurtrier de ses parents, retenue dans une demi-captivité qui la rendait invisible même pour les ambassadeurs étrangers envoyés à la cour des Burgundes, il fallait la rechercher pour elle-même, sans aucune arrière-pensée d'ambition ou d'accroissement de territoire. On a parlé des droits qu'elle représentait, comme fille de Chilpéric, sur le royaume des Burgundes, et quelques historiens ont prétendu que cette perspective avait seule déterminé le choix de Clovis. Mais il est certain que chez les Burgundes, aussi bien que chez les Francs, les filles ne pouvaient hériter du trône. Une guerre seule pouvait déposséder Gondebaud. Or, Clovis et ses Francs n'avaient nul besoin d'acheter par une alliance le droit de faire la guerre aux nations voisines. Ils prenaient ce droit quand ils voulaient, selon les inspirations de leur humeur belliqueuse et l'opportunité des conjectures. Mais le choix de Clotilde, comme épouse de Clovis, avait pour les catholiques gallo-romains une signification bien autrement considérable. Il confirmait les espérances qui, du nord au midi, de l'est à l'ouest, dans toutes les Gaules, se rattachaient à la nation franque. Les vœux des catholiques étaient en faveur de Clotilde. Des prières ardentes s'élevaient de tous les cœurs afin que l'orpheline, devenue reine des Francs, pût un jour les conquérir à la foi.
Il est naturel de penser que les conseils de saint Remi, auquel le roi franc avait une entière confiance, ne furent pas étrangers à sa détermination.
« Clovis envoyait de fréquentes ambassades chez les Burgundes », dit Frédégaire, « dans l'espoir que ses envoyés pourraient rencontrer Clotilde. Mais on ne leur permettait pas de la voir. Clovis eut alors recours à un stratagème qu'un noble gallo-romain, Aurélien, se chargea de faire réussir. Ce dernier se déguisa sous les haillons d'un mendiant, une besace sur l'épaule, et partit seul pour la ville de Janua (Genève) où se trouvait alors Gondebaud. Il portait l'anneau royal que Clovis lui avait confié ».
« Un dimanche après la messe, Clotilde, s'avançant, selon l'usage, sous le porche de l'église, était occupée à distribuer ses aumônes aux pauvres assemblés. Là se pressaient les Romains dépouillés de leurs biens, les Gaulois ruinés par les exacteurs, ceux qui arrivaient fugitifs des pays dévastés par les Francs, femmes, vieillards, enfants, que la réputation lointaine de la bienfaisance de Clotilde appelait de toutes les contrées aux lieux où elle épanchait ses dons. Ce jour-là, un jeune Romain, qui conservait un air d'opulence et de dignité sous ses habits d'indigent, l'avait frappée par la blancheur de ses mains, par le parfum de sa chevelure, et plus encore par le soin qu'il avait mis à écarter le voile dont elle était enveloppée pour la contempler fixement, pendant qu'agenouillé devant elle il tendait la main à son as d'argent. Surprise, elle le fit appeler, lui demanda les motifs de son déguisement et de sa hardiesse.
« Illustrissime Clotilde, avait-il répondu, je suis Aurélien, fils du sénateur de ce nom, d'une famille consulaire. Le roi Clovis a eu en grâce ma famille et moi. Il nous a pris pour les interprètes de sa clémence auprès des Romains de ma province ; depuis, il m'a honoré du titre de son convive, m'a élevé au rang de ses antrustions, et dans ce moment j'accomplis une mission qui est le plus haut et le plus magnifique témoignage de sa confiance. Aurélien, fils d'Aurélien, sénateur clarissime, m'a-t-il dit, j'ai résolu de faire asseoir sur mon trône, à mes côtés, une princesse de la même religion que ton peuple, une princesse qu'on dit belle entre toutes les filles des Gaules. Va, parviens à la voir, à l'insu de son oncle Gondebaud ; et si l'on ne m'a pas trompé, si tu la trouves digne des louanges qu'en fait le monde, voilà mon anneau... Noble princesse », ajouta Aurélien, « mon attente est dépassée ! »
Et en même temps il lui remit l'anneau royal qui devait servir de preuve authentique à sa mission.
Clotilde le reçut avec joie et dit à l'envoyé : « Il n'est pas permis à une chrétienne d'épouser un païen. Si pourtant les desseins de Dieu préparent cette union, s'il veut se servir de moi pour amener le roi des Francs à le connaître, je serai heureuse d'accomplir sa volonté. Recevez, je vous prie, pour récompense de votre service ces cent solidi. Voici mon anneau. Retournez promptement près de votre maître et dites-lui de ma part que, s'il veut m'épouser, il envoie de suite des ambassadeurs pour en faire la demande à Gondebaud, mon oncle. Les députés devront conclure sans délai la négociation et agir avec célérité. Arédius, le conseiller du roi mon oncle, n'est pas encore de retour de Constantinople. Il faut profiter de cette circonstance, car je soupçonne qu'il serait contraire à notre projet.
Aurélien repartit aussitôt et rendit compte à Clovis de tous les détails de son voyage. Il fut aussitôt chargé de retourner, non plus comme mendiant, dit Almoin, mais comme ambassadeur, près de Gondebaud, pour exiger au nom du roi des Francs la remise immédiate de sa fiancée qu'il détenait injustement. L'échange des deux anneaux entre les futurs conjoints donnait en effet à Clotilde le titre de fiancée. Celle-ci le savait. En conséquence elle avait eu soin de déposer secrètement, et à l'insu de son oncle, l'anneau de Clovis parmi les autres bijoux du trésor royal. Aurélien, arrivé près de Gondebaud, qui ignorait tous ces détails, lui dit : « Le roi des Francs m'envoie réclamer près de vous sa fiancée que vous retenez à votre cour. — Quelle est cette fiancée ? répondit Gondebaud. Est-ce que vous venez ici dans un but hostile, et pour jouer le rôle d'un espion ? Prenez garde que je ne vous fasse chasser honteusement de mes États. — La fiancée de Clovis mon maître », dit Aurélien, « est votre nièce Clotilde. Le roi des Francs a échangé avec elle son anneau. Fixez donc vous-même le jour et le lieu où la remise solennelle de la princesse sera faite à son royal époux. — Gondebaud de plus en plus étonné prit conseil des grands de sa cour. Tous craignaient qu'un refus n'attirât sur les provinces Burgundes les armes de Clovis. Voici l'avis qu'ils donnèrent au roi : Qu'on interroge la jeune fille ; qu'on sache d'elle s'il est vrai qu'elle ait reçu l'anneau de Clovis et consenti à l'épouser. Dans le cas où le fait serait véritable et qu'elle ait réellement échangé les présents de fiançailles, il faudra la remettre sans délai aux ambassadeurs du roi des Francs, plutôt que de nous exposer à une guerre désastreuse. — Clotilde fut donc mandée ; elle déclara avoir réellement reçu l'anneau de Clovis, le fit voir à son oncle et ajouta qu'elle deviendrait volontiers l'épouse du roi des Francs ». Aurélien fut rappelé : « Il s'empressa », dit Frédégaire, « d'offrir à Gondebaud un sou et un denier, gage usité des alliances matrimoniales chez les Francs. On convint que Clotilde partirait immédiatement pour aller rejoindre Clovis, et que les deux époux reviendraient ensemble célébrer solennellement leurs noces à Cahillonum (Châlon-sur-Saône), où Gondebaud voulait préparer des fêtes magnifiques. Les ambassadeurs francs reçurent Clotilde des mains du roi des Burgundes. Elle prit place sur une basterne, chariot couvert, traîné par des bœufs ». — « Mais ayant appris que l'on parlait du prochain retour d'Arédius, elle dit aux ambassadeurs francs : Si vous tenez à me remettre saine et sauve entre les mains du roi votre maître, ce n'est point sur une basterne que nous devons voyager. Donnez-moi un bon cheval, et hâtons-nous de sortir du territoire des Burgundes. Autrement nous serons arrêtés en route. — Les Francs ne demandaient pas mieux, et la jeune fiancée, montée sur un coursier rapide, précipita sa marche. Arédius venait en effet de débarquer à Marseille, et, galopant jour et nuit, arrivait à la cour de Gondebaud. Vous savez, lui dit le prince, que je viens de contracter une alliance avec les Francs, et que j'ai donné ma nièce Clotilde pour épouse à leur roi. — Une alliance ! s'écria le ministre burgundy ; dites plutôt que vous venez de préluder à une guerre qui ne finira jamais. O mon maître ! ne vous souvient-il plus que le père de Clotilde, votre frère Chilpéric, a succombé sous votre glaive ; que la mère de Clotilde a été jetée une pierre au cou dans le Rhône ? et que les deux frères de Clotilde ont eu la tête tranchée par votre ordre ? Croyez-moi, si elle en a jamais le pouvoir, elle vengera la fin tragique de ses parents. Envoyez une armée à sa poursuite : qu'on la ramène de force. On viendra plus facilement à bout d'une querelle vidée une bonne fois avec Clovis que d'un ressentiment qui s'éternisera entre les Francs et les Burgundes, sous l'influence de la nouvelle reine. — Gondebaud goûta cet avis. Il expédia sur-le-champ une bande de cavaliers pour arrêter Clotilde, et la lui ramener avec les trésors déposés dans la basterne royale. Mais il était trop tard. Clotilde touchait déjà aux frontières des deux États. Informée de la poursuite dont elle était l'objet, elle en fit donner immédiatement avis à Clovis, qui l'attendait à Villariacum (Villery), sur le territoire des Tricasses (Troyes), lui demandant ce qu'il y avait à faire et lui proposant de se défendre par la force contre l'injuste violence dont elle était l'objet. Clovis donna l'ordre aux soldats francs qui escortaient sa fiancée de ravager et de brûler sur un rayon de deux lieues le pays burgundy qui leur restait à traverser. Ils le firent et Clotilde gagna Villariacum sans avoir été atteinte par les cavaliers de Gondebaud. En abordant son royal époux, elle s'agenouilla et dit : Je vous rends grâces, Dieu tout-puissant, de ce que j'ai vu un commencement de vengeance s'exercer contre le meurtrier de mon père, de ma mère et de mes frères (494) ! »
Les noces de la première reine chrétienne de France ne pouvaient plus se célébrer à Châlon-sur-Saône, suivant que Gondebaud l'avait proposé : elles le furent à Soissons, au milieu des fêtes les plus somptueuses (493). Tandis que les Francs profitaient du mariage de leur chef pour se distraire, selon leurs penchants, Clotilde priait et faisait parler ses larmes pour obtenir de Dieu la prompte conversion du roi son époux.
Clovis eut de la reine Clotilde un premier fils !. Voulant que l'enfant fût consacré par le Baptême, la reine pressait instamment son mari, lui disant :
— « Les dieux que vous honorez ne sont rien, car ils ne peuvent rien, ni pour eux-mêmes, ni pour les autres, puisqu'ils sont taillés de pierre, de bois ou de métal. Les noms que vous leur avez donnés sont des noms d'hommes.
« Mais, celui qu'on doit honorer davantage est celui qui, par sa parole, a créé de rien le ciel, la terre et la mer, et toutes les choses qui y sont contenues ; qui a fait briller le soleil, a orné le ciel d'étoiles ; a peuplé les eaux de poissons, les terres d'animaux, et les airs d'oiseaux ; qui décore à sa volonté les champs de moissons, les arbres de fruits, les vignes de raisins ; dont la main a créé l'espèce humaine, et dont la libéralité a voulu que toute créature rendît hommage et service à l'homme, formé par lui ».
Mais, quoique la reine dît tout cela, l'esprit du roi n'était pas amené à la foi. Il disait :
— « C'est par la volonté de nos dieux que toutes choses ont été créées et produites ; il est clair, au contraire, que votre Dieu ne peut rien, et, qui plus est, il est prouvé qu'il n'est pas même de la race des dieux ! »
La pieuse reine obtint cependant ce qu'elle souhaitait. Il lui fut permis de présenter son enfant au baptême. Par son ordre, l'église fut décorée de guirlandes et de riches tentures. Clotilde espérait attirer plus facilement à la foi, par cette pompe, celui que n'avaient pu toucher ses exhortations. L'enfant fut baptisé, et reçut le nom d'Ingomer ; mais il mourut dans la semaine de son Baptême. Le roi, aigri par cette perte, accabla Clotilde de reproches, lui disant :
— « Si l'enfant eût été consacré au nom de mes dieux, certes il vivrait encore ; mais, comme il a été baptisé au nom de votre Dieu, il devait infailliblement mourir ».
La reine répondit : « Je rends grâces au Dieu tout-puissant, créateur de toutes choses, de ce qu'il ne m'a pas jugée tout à fait indigne de voir le fruit de mon sein admis dans son royaume. Cette perte n'a point affecté mon âme de douleur, parce que je sais que les enfants que Dieu retire du monde pendant qu'ils sont encore dans les blancs vêtements, doivent jouir de sa présence ».
La reine eut un second fils, qui reçut au Baptême le nom de Clodomir. Cet enfant étant tombé malade quelque temps après son baptême, le roi disait :
— « Il ne peut arriver autrement à celui-ci qu'il n'est arrivé à son frère : baptisé au nom de votre Christ, il doit aussi mourir ».
Mais, par les prières de la mère et la volonté du Seigneur, l'enfant guérit.
Cependant Clotilde pressait toujours son époux de tenir la promesse qu'il lui avait faite de reconnaître le vrai Dieu et d'abandonner le culte des idoles. Mais rien ne pouvait le décider à croire. Une guerre éclata entre les Francs et les Allemands, dans laquelle il fut forcé par la nécessité de confesser ce que, jusque-là, il avait nié avec obstination. Les deux armées se rencontrèrent dans les plaines de Tolbiac. Les troupes du roi franc furent repoussées, et le désordre fut tel dans leurs rangs que les bataillons, s'enchevêtrant les uns dans les autres, se donnaient mutuellement la mort. À ce spectacle, Clovis ne put retenir ses larmes.
Aurélien, le fidèle Aurélien était aux côtés du monarque : « O mon roi ! » dit-il, « croyez au Dieu de Clotilde et il vous donnera la victoire ». Alors Clovis leva les yeux au ciel et s'écria : « Jésus-Christ, que Clotilde annonce être fils du Dieu vivant, toi qui viens, dit-on, au secours de ceux qui sont en peine et donnes la victoire à ceux qui espèrent en toi, j'invoque avec dévotion ton glorieux appui. Si tu m'accordes de vaincre ces ennemis, et si j'éprouve l'effet de cette puissance que le peuple dévoué à ton nom publie avoir éprouvée, je croirai en toi et serai baptisé en ton nom. J'ai invoqué mes dieux, mais j'éprouve qu'ils ne sont pas près de me secourir ; aussi je crois qu'ils ne possèdent aucun pouvoir, puisqu'ils ne secourent pas ceux qui les servent. C'est toi que j'invoque maintenant, et c'est en toi que je veux croire. Que j'échappe seulement à mes ennemis ! »
Comme il disait cela, les Allemands tournèrent le dos et commencèrent à prendre la fuite, et voyant que leur roi était mort, ils se mirent sous la domination de Clovis, en disant : « Cesse, de grâce, de tuer notre peuple, nous sommes à toi ». — Clovis donna aux siens l'ordre de cesser le carnage et ramena ses troupes sous la tente. Au retour, il raconta à la reine comment, en invoquant le nom du Christ, il avait obtenu la victoire (496).
C'est alors que Clotilde fit venir saint Remi, évêque de Reims, le priant de faire pénétrer dans le cœur du roi la parole du salut. Le Pontife lui apprit à connaître le vrai Dieu, et quand il le crut suffisamment instruit, il fit préparer la cérémonie du baptême avec une grande magnificence. Ce jour étant arrivé, une foule immense circulait aux alentours de la principale église de Reims ; on attendait impatiemment le roi Clovis et les milliers de catéchumènes qui devaient être initiés comme lui aux divins mystères de la foi chrétienne. Des enfants répandaient sur le sol les fleurs de leurs corbeilles ; des jeunes filles, couvertes de longs voiles, se dirigeaient en file vers le lieu de la cérémonie et chantaient des hymnes à la gloire de Dieu. Ici, des leudes richement costumés pressaient à l'envi la course de leurs chars ; là, des religieux expliquaient des prophéties que le peuple recueillait avec ardeur ; plus loin, des fatistes (poètes) racontaient de naïves légendes, et le nom du Christ se posait enfin sur des lèvres qui, naguère, ne répétaient que les noms profanes des idoles.
Une rumeur soudaine annonça l'approche du royal cortège : Clovis parut. À ses côtés marchait Clotilde, radieuse de bonheur ; derrière lui s'avançaient les sœurs du roi, les princesses Lanthilde et Albofède, que le miracle de Tolbiac avait converties ; le jeune Thierry, fils d'un premier lit de Clovis, et des flots de guerriers et de peuple, que Clotilde était heureuse d'amener au céleste bercail.
Les diacres reçurent Clovis sur le seuil de l'église ; des nuages de myrrhe s'échappaient des encensoirs et montaient en vapeurs jusqu'à la voûte ; des roses effeuillées jonchaient le parvis et parfumaient l'enceinte.
Il était juste que Clovis se désaltérât le premier aux sources régénératrices du Baptême. L'évêque de Reims conduisit l'illustre catéchumène à l'entrée du baptistère, et tel que le Christ, lorsqu'il guérissait les aveugles et les sourds, saint Remi, effleurant de ses doigts humectés de salive les oreilles du monarque, prononça le mot *Hephta*, « ouvrez-vous ».
Clovis, après avoir récité le Symbole des Apôtres, pénétra avec l'évêque dans le Jourdain. On appelait ainsi un sanctuaire de forme circulaire, au centre duquel s'arrondissait un large bassin de porphyre rempli d'eau sacrée. Regardant l'Orient, image de la lumière, puis l'Occident, image des ténèbres, saint Remi se disposait à verser sur le front de Clovis l'eau qu'il avait puisée dans le bassin lorsqu'une colombe descendue du ciel, et portant à son bec une petite fiole, entra dans le baptistère par une des fenêtres ouvertes.
L'évêque, accomplissant les ordres secrets du Seigneur, saisit la petite fiole, répand sur la tête de Clovis quelques gouttes de la liqueur céleste qu'elle renfermait, et s'écrie : « Baisse le front, fier Sicambre ; brûle ce que tu as adoré, et adore ce que tu as brûlé ».
Un murmure d'enthousiasme parcourt l'assemblée ; Clovis sort du baptistère revêtu de la robe blanche des néophytes ; il s'approche des prisonniers de Tolbiac et détache leurs chaînes. C'est par un acte de clémence que le roi des Francs commence sa nouvelle existence.
« O Clovis ! » chantèrent en chœur les bardes, « nulle puissance terrestre n'égale ta puissance : car l'auréole du chrétien rayonne sur ton front ; l'une de tes mains tient le glaive, et ton autre main s'appuie sur la croix ! »
Après le baptême, Clovis dépêcha des ambassadeurs au pape Anastase et fit déposer sa propre couronne devant le tombeau des saints apôtres Pierre et Paul : c'était le commencement de l'alliance entre la France et l'Église romaine. Sous l'inspiration de Clotilde, il fit abattre les temples des idoles dans ses États et élever des églises au vrai Dieu. Guerrier toujours favorisé par la victoire, tout lui réussit : son empire s'accrut, et Paris, que jusqu'à là il avait assiégé vainement, lui ouvrit enfin ses portes.
Vingt ans s'étaient écoulés dans une heureuse union entre Clovis et Clotilde, lorsque Dieu rappela à lui le roi des Francs (544). Clotilde, après les premières larmes données à la nature, se résigna comme il convient à une chrétienne et dit : « Seigneur, vous me l'aviez donné païen ; par votre miséricorde, je vous le rends chrétien, que votre volonté soit faite ».
De Paris et du séjour de la cour, Clotilde se transporta à Tours en face d'un tombeau : celui de saint Martin ! « Là », dit saint Grégoire de Tours, « on vit la fille d'un roi, la nièce d'un roi, la femme d'un roi, la mère de plusieurs rois, passer les nuits en oraison, servir les pauvres, consoler les affligés, assister les nécessiteux de ses biens, protéger les veuves et les orphelins ».
Personne plus que Clotilde ne devait avoir de compassion envers le malheur. Après la mort de Clovis, elle vécut encore plus de trente années qui furent, comme sa jeunesse, semées d'épreuves et de tribulations. Sa fille unique, nommée comme elle Clotilde, avait épousé le roi des Visigoths, Amalaric. Ce prince, qui était arien, se prit à détester sa femme à cause de sa religion. Il lui faisait jeter de la boue quand elle se rendait à l'église, et voulait, par toutes sortes de mauvais traitements, la forcer à abjurer. Les frères de cette malheureuse princesse ayant appris les outrages dont elle était l'objet, déclarèrent la guerre à Amalaric, le tuèrent et ramenèrent leur sœur ; mais sainte Clotilde ne devait pas revoir sa fille ici-bas : elle mourut en route.
D'autres douleurs, expiation de ces fautes dont les saints eux-mêmes ne sont pas exempts, attendaient la reine Clotilde. Son oncle Gondebaud venait de mourir, laissant son royaume des Burgundes à saint Sigismond (546). Les troubles qui éclatèrent en Bourgogne sous ce prince, parurent à Clotilde un moment favorable pour venger la mort de ses parents. Elle crut que la piété filiale lui en faisait un devoir. Elle excita donc ses fils à déclarer la guerre à Sigismond. « Mes enfants », leur dit-elle, « que je n'aie pas à me repentir de vous avoir nourris avec tendresse ; soyez, je vous prie, indignés de mon injure, et vengez la mort de mon père et de ma mère ». Clotilde ne fut que trop obéie par ses enfants. Ils attaquèrent les Bourguignons et les défirent. Sigismond, vaincu et saisi, fut livré à Clodomir, qui le fit inhumainement précipiter dans un puits, avec sa femme et ses enfants.
On s'étonnera sans doute de voir ainsi quelquefois l'héroïne cruelle à côté de la Sainte. Mais pour juger dignement ces actes, qui nous semblent si étranges dans la vie de Clotilde, gardons-nous de les estimer à la mesure de nos mœurs et de notre civilisation. La postérité, en écoutant l'histoire de cette femme forte, qui éleva la croix sur le pavois des Francs, n'osera lui faire un crime de ce qu'elle reproduisit quelquefois trop facilement l'empreinte de sa nation et de son époque. Les chrétiens savent d'ailleurs que l'Église ne propose dans ses saints à l'admiration des hommes que leurs traits de ressemblance avec Jésus-Christ, l'auteur de toute sainteté. Quant aux actions qui les rapprochent des autres hommes, elle les rapporte seulement, abandonnant le soin de les juger et de les absoudre, au Dieu clément qui couronne le repentir non moins que l'innocence.
Un des fils de Clovis, Clodomir, mourut en combattant les Bourguignons à Vézeronces. Il laissait trois enfants en bas âge, Théodebert, Gontaire et Clodoald. Ils furent élevés par les soins de Clotilde, leur aïeule, qui revint de Tours et s'établit avec eux dans un monastère de Paris.
Dieu permit qu'une épreuve suprême rompit les derniers liens qui l'attachaient au monde, que la cruauté de ses propres enfants vînt arracher de ses bras maternels ces pauvres innocents.
Il faut lire dans saint Grégoire de Tours même le récit émouvant de l'horrible meurtre des jeunes enfants de Clodomir ; rien n'est plus navrant : Comme la reine Clotilde séjournait à Paris, Childebert voyant que sa mère avait porté toute son affection sur les fils de Clodomir, entraîné par l'envie et craignant que, par la faveur de la reine, ils n'eussent part au royaume, envoya dire secrètement à son frère Clotaire : — Notre mère retient près d'elle les fils de notre frère, et veut leur donner le royaume. Il faut que tu viennes vite à Paris, et que nous tenions conseil ensemble pour délibérer sur ce que nous devons faire d'eux, savoir si on leur coupera les cheveux pour qu'ils soient comme le reste du peuple, ou s'il ne faudra pas plutôt les tuer et partager également entre nous le royaume de notre frère.
Tout joyeux de ces paroles, celui-ci vint à Paris. Childebert avait répandu dans le peuple l'idée que les deux rois se réunissaient afin d'élever au trône ces jeunes enfants. Mais, quand ils furent réunis, ils firent dire à la reine, qui habitait alors la même ville : — Envoie-nous les enfants pour qu'ils soient élevés au trône.
Elle, remplie de joie, et ignorant leur artifice, fit manger et boire les enfants, et les envoya en disant : — Il me semble que je n'ai pas perdu mon fils si je vous vois régner à sa place.
Ceux-ci, étant allés, furent saisis aussitôt, séparés de leurs serviteurs et de leurs gouverneurs, et on les garda tous, d'un côté les serviteurs, de l'autre les enfants. Alors Childebert et Clotaire envoyèrent à la reine Arcadius, avec des ciseaux et une épée nue. Quand il fut devant la reine, il lui montra l'un et l'autre en disant : — Quelle est ta volonté, très-glorieuse reine ; tes fils, nos maîtres, demandent ce que tu penses qu'on doit faire de ces enfants, et si tu ordonnes qu'ils vivent les cheveux coupés, ou qu'ils soient mis à mort ?
Celle-ci, atterrée du message et outrée de colère, surtout en voyant l'épée nue et les ciseaux, répondit sans réfléchir, dans l'amertume qui l'avait saisie, et sans savoir, dans sa douleur, ce qu'elle allait dire : — J'aime mieux, s'ils ne sont pas élevés au trône, les voir morts que tondus.
Mais, Arcadius, s'inquiétant peu de son désespoir et de ce qu'elle pourrait décider ensuite en réfléchissant davantage, revint promptement rapporter cela et dit : — La reine consent ; achevez votre œuvre ; elle-même ordonne que vous accomplissiez votre dessein.
Aussitôt Clotaire, prenant le plus âgé des enfants par le bras, le jette par terre et le tue cruellement en lui enfonçant un couteau dans l'aisselle. Aux cris de l'enfant, son frère se prosterne aux pieds de Childebert, et saisissant ses genoux, il lui disait avec larmes : — Secours-moi, mon excellent père, afin que je ne meure pas comme mon frère !
Alors Childebert, le visage couvert de pleurs, dit : — Je te prie, mon très-doux frère, d'avoir la générosité de m'accorder sa vie ; je te donnerai pour lui tout ce que tu voudras ; seulement qu'il ne meure pas.
Alors Clotaire dit, plein de fureur : — Ou repousse-le loin de toi, ou tu mourras certainement à sa place. C'est toi, continua-t-il, qui es l'instigateur, et tu es si pressé de manquer de foi ?
À ces mots, Childebert repoussa l'enfant et le jeta vers Clotaire, qui, le recevant, lui enfonça son couteau dans le côté, comme il avait fait à son frère, et le tua. Ils firent périr ensuite les esclaves avec les gouverneurs. Après qu'ils furent morts, Clotaire, étant monté à cheval, s'éloigna sans se troubler nullement du meurtre de ses neveux ; pour Childebert, il se retira dans les faubourgs de la ville. La reine fit placer les pauvres petits corps dans un cercueil, et les suivit avec un grand appareil de chants et un deuil immense, jusqu'à la basilique de Saint-Pierre, où elle les fit enterrer ensemble. L'un avait dix ans, et l'autre sept. Ils ne purent avoir le troisième, nommé Clodoald, parce qu'il fut sauvé par des hommes courageux. Celui-ci, méprisant un royaume terrestre, se consacra au Seigneur, se coupa les cheveux de sa propre main et fut fait clerc ; il s'appliqua aux bonnes œuvres et mourut prêtre. Les deux rois partagèrent par égales portions le royaume de Clodomir.
Désormais le monde se fermait devant Clotilde. Elle retourna au tombeau de saint Martin et partagea ses dernières années entre la prière et les bonnes œuvres.
Tours, elle était témoin des miracles qui s'opéraient tous les jours par l'intercession du thaumaturge des Gaules et devint thaumaturge elle-même. Les princes francs, ses fils, continuaient à se livrer des combats fratricides. « Or », dit Grégoire de Tours, « il advint que Théodebert et Childéric, à la tête d'une armée, se mirent en marche contre Clotaire. Celui-ci, désespérant de résister à leur attaque, s'enfuit avec les siens dans la forêt de Routot, sur les bords de la Seine, près de Caudebec, où il chercha à se couvrir par de grands abattis d'arbres. Mais le prince fugitif ne comptait guère sur ce faible rempart et songea à invoquer Dieu.
« La reine Clotilde, informée de ce qui se passe, se rend au tombeau du bienheureux Martin, s'y prosterne en oraison, veille toute la nuit et prie Dieu de mettre fin à la guerre impie que se font ses enfants.
« Les deux rois, arrivant avec leurs armées, entouraient Clotaire et se disposaient à le tuer le lendemain, quand un matin il s'éleva dans le lieu où ils étaient rassemblés une tempête qui emporta les tentes, détruisit les bagages et bouleversa tout ; des éclairs mêlés de tonnerre et d'une pluie de pierres descendent sur leurs têtes ; ils se précipitent le visage contre le sol couvert de grêle, et ces pierres tombant les frappent avec force, car il ne leur restait pour tout abri que leurs boucliers, et ce qu'ils craignaient le plus, c'était d'être consumés par le feu du ciel. Leurs chevaux aussi furent tellement dispersés, qu'à peine put-on les retrouver à une distance de vingt stades, et que beaucoup d'entre eux furent même entièrement perdus.
« Meurtris par les pierres, comme nous l'avons dit, prosternés à terre, ils exprimaient leur repentir et demandaient pardon à Dieu de ce qu'ils avaient voulu faire contre leur propre sang. Sur Clotaire, il ne tomba pas une seule goutte de pluie ; et l'on n'entendit pas le moindre bruit de tonnerre, et l'on ne sentit, dans le lieu où il était, aucun souffle de vent. Ses frères lui envoyèrent des messagers pour lui demander paix et amitié, ce qui leur ayant été accordé, ils s'en retournèrent chez eux.
« Personne ne doutera que ce ne soit là un miracle du bienheureux Martin, obtenu par la reine ! ».
Ce miracle de l'amour maternel fut le dernier acte de sainte Clotilde sur la terre.
Un soir qu'elle priait avec une ferveur extraordinaire sur le tombeau de saint Martin, la royale veuve entendit une voix dans son cœur lui prédire une heureuse nouvelle. Elle lui dit qu'avant que trente soleils nouveaux aient un peu éclairé le monde, la reine de France aurait passé à une vie meilleure. On vit dès lors la vertueuse Clotilde se préparer par les plus ardents efforts et les plus vifs élans de piété à ce passage de la terre aux cieux. Mais bien que toutes ses pensées fussent alors fixées sur les récompenses éternelles que Dieu a promises à ses Saints, elle sentit cependant son cœur s'émouvoir d'un amour immense pour quelques êtres qu'elle allait laisser dans ce monde. C'était son cœur de mère, qui, près d'aller se perdre et s'embraser dans les flammes du divin amour, brûlait encore d'une ineffable tendresse pour des fils ingrats, dont les querelles et les crimes avaient mainte fois percé ce même cœur d'un glaive douloureux. Clotilde, sur son lit de mort, veut les voir, leur parler et les entendre. Clotaire et Childebert, mandés par elle, paraissent donc en sa présence. Oh ! qu'elle dut être vive et éloquente la dernière prière de cette royale mère aux fils cruels qui avaient méconnu son amour ! Elle les exhorta de la manière la plus touchante à servir Dieu, à garder ses lois, à protéger les pauvres, à vivre ensemble dans une parfaite intelligence, et à traiter leurs peuples avec une paternelle bonté. Elle tourna ensuite toutes ses pensées vers Dieu, attendant son heure, avec le calme du juste qui, à travers les voiles transparents de la mort, entrevoit l'aurore d'une plus belle vie. Le trentième jour de sa maladie (545) elle fortifia son âme du pain des élus ; et, après une profession publique de sa foi, elle rendit doucement son dernier soupir entre les bras du Dieu qui l'avait consolée ici-bas par son amour, et qui, dans les cieux, allait être lui-même sa récompense.
Le corps de sainte Clotilde fut apporté à Paris, où ses fils Childebert et Clotaire lui firent de magnifiques funérailles ! Elle fut ensevelie, d'après son désir, dans l'église de Saint-Pierre et de Saint-Paul, à côté de celui de Clovis et au pied du tombeau de sainte Geneviève. C'est là que ses restes précieux reposèrent longtemps, près du monarque qu'elle avait gagné à la foi, et de l'humble vierge de Nanterre, qu'elle avait connue, qu'elle avait aimée et près de laquelle elle repose aujourd'hui dans le ciel.
Les Allemands ont prétendu que trois crapauds étaient les armes primitives de France et qu'ils ont été remplacés par trois lis apportés du ciel par des anges, à sainte Clotilde, après le baptême de Clovis. Nous avons vu sainte Clotilde représentée en pied : couronne en tête, deux longues nattes de cheveux descendant sur ses épaules ; manteau royal ; nimbe de la sainteté. Ses mains soutiennent un édicule qui peut rappeler soit la fondation de la basilique des saints apôtres Pierre et Paul, à Paris, soit la création des Andelis, soit encore, dans un sens figuré, la fondation de la nouvelle Église de France. On rappelle encore, dans l'histoire peinte ou gravée de sainte Clotilde, la bénédiction d'une fontaine qu'elle fit jaillir aux Grands-Andelys, en faveur des ouvriers qui construisaient son monastère. Nous dirons plus bas un mot de ce fait merveilleux. Enfin, il est tout naturel de rappeler ses pleurs et sa peinture au tombeau de saint Martin.
On représente quelquefois sainte Clotilde avec une bataille dans le lointain. C'est un moyen de faire souvenir de la conversion de Clovis à la suite du combat de Tolbiac.
## CULTE DE SAINTE CLOTILDE.
Déposée dans l'église Saint-Pierre et Saint-Paul, elle en a été tirée depuis et mise dans une châsse particulière (1520) que l'on portait solennellement avec celle de sainte Geneviève.
Cette église de Saint-Pierre et Saint-Paul prit dans la suite le nom de Sainte-Geneviève. Détruite à la Révolution, elle a légué son nom à l'édifice connu sous le nom de Panthéon. Lorsque les Génovéfoïos furent expulsés de leur maison en 1792, un d'entre eux eut soin de soustraire les corps de sainte Clotilde, de saint Céran, évêque de Paris, et de sainte Ande, vierge, à la profanation dont ils étaient menacés, et les emporta dans une campagne des environs de Paris, où il allait se fixer ; mais, craignant ensuite de se compromettre pendant le règne de la terreur, en gardant ce précieux dépôt, il brûla ces saintes reliques et en conserva les cendres, qui se trouvent maintenant dans l'église de Saint-Leu, à Paris, renfermées en un reliquaire avec quelques petits fragments des ossements de sainte Clotilde.
La paroisse de Longpont, près Paris, conserva une relique insigne de sainte Clotilde.
On en trouve aussi dans l'église de Viviers, diocèse de Soissons. Ces reliques y ont été apportées, avant le XIIIe siècle, de la basilique où elle fut inhumée à Paris. La fête de sainte Clotilde est célébrée à Viviers, avec grande pompe, le 3 de juin. On en fait l'office double dans le Propre du diocèse, approuvé par Rome.
M. Henri Cougnet, doyen du Chapitre de la cathédrale, nous écrivait de Soissons, le 3 juin 1866 :
« Un fait qui ne paraît pas contestable, et qui est rapporté par les anciens historiens, c'est que, dans le IXe siècle, les reliques de sainte Clotilde ont été portées hors de Paris, pour les mettre à l'abri du pillage des Normands. Elles furent déposées à Viviers ou Vivières dans l'église du château qui était fortifié. Ce fut à cette occasion que la collégiale du château de Vivières a été établie. Lorsque l'on n'est plus à craindre les Normands, une députation fut envoyée de Paris pour redemander la châsse de sainte Clotilde, qui n'avait été mise à Vivières qu'en dépôt. Après bien des contestations, on s'accorda à faire un partage des reliques. Le chef et un bras de la Sainte restèrent à Vivières, et la châsse fut restituée à Paris. — C'est du séjour de ces précieuses reliques que date le pèlerinage de Vivières. — Ce qui confirme le partage des reliques tel que nous venons de l'indiquer, c'est que, quand Louis XIII, voulant en posséder une portion, fit ouvrir la châsse pour satisfaire sa dévotion, on y trouva une grande partie du corps, mais le chef n'y était pas.
« Dans le XIIIe siècle, le doyen de la collégiale, nommé Henri, embrassa avec ses Chanoines la Règle de Prémontré, récemment approuvée par le Pape (1126). Le nombre des religieux s'étant en peu d'années considérablement accru, Henri transporta sa communauté (1149 ou 1153) à une lieue et demie plus loin, dans un vallon solitaire appelé Valsery, *Vallis serena*, que venait de leur donner un seigneur des environs. Henri prit dès lors le nom d'abbé de Valsery. Un petit nombre de religieux resta à Vivières, qui ne fut plus qu'un simple prieuré.
« Sous le règne de saint Louis eut lieu un partage et une translation à Valsery des reliques de sainte Clotilde restées à Vivières. « Les églises de Viviers et de Valsery », dit Muldrac, « se glorifient de posséder le chef de sainte Clotilde, reine de France, et toutes deux en célèbrent la fête avec grande solennité. Pour Viviers, il spart par une charte d'un abbé de Valsery, qui en a fait une nouvelle translation du temps de saint Louis, que véritablement il a une bonne partie de la fête de cette auguste princesse, femme du grand Clovis, — et Valsery une autre parcelle du même chef (LE VALOIS ROYAL amplifié... par Muldrac, ancien prieur de Longpont en Valois in-12 de cent soixante-treize pages) ».
« À Vivières, en effet, les reliques de sainte Clotilde ont été vénérées de temps immémorial et sans interruption jusqu'aujourd'hui. Nous avons vu nous-même dans l'église, en l'année 1865, un fort et vieux buste en bois représentant une femme, et appelé par les gens du pays et par les pèlerins : buste de sainte Clotilde, devant lequel on se met à genoux et en fait des prières par la persuasion que des reliques de la Sainte y sont renfermées. Nous avons voulu nous assurer de la vérité du fait et le 8 août 1865, muni des pouvoirs et des sceaux de Mgr Dours, évêque de Soissons, accompagné du révérend Père Lacoste, de la Compagnie de Jésus, et de plusieurs personnes notables, nous avons ouvert en nous servant d'une scie, la tête du buste et nous en avons retiré une portion considérable d'une tête humaine comprenant tout le dessus du crâne, tout le frontal jusqu'à la naissance du nez, l'orbite des yeux, les os entourant les deux conduits auditifs, le pariétal ; puis, séparés de la tête : l'os supérieur de la mâchoire, une dent, et un petit os. — À l'intérieur du crâne se trouvait enveloppé dans la scie un morceau de parchemin long de quatorze centimètres, large de huit centimètres, écrit en caractères du XIIIe siècle, avec les débris d'un sceau en cire rouge. C'est une pièce authentique de l'abbé de Valsery constatant une translation de la tête de sainte Clotilde *venerabili et sanctissimae glebae Beata Chrathildis regina... cujus corpus in ecclesia beata Genovefa Parisiis requiescit, in hoc vasculo podium fuit, anno Domini 1234*, en présence des religieux de Valsery, de l'abbé et des Chanoines de Lien-restauré. — Il est constant que depuis six cents ans le pèlerinage de sainte Clotilde à Vivières a été fréquenté et l'est encore ; que pendant la Révolution ledit buste contenant le crâne de sainte Clotilde a été enterré dans une pièce attenant à l'église d'où il a été retiré à la restauration du culte. — La fontaine de sainte Clotilde existe aussi et à côté on voit les ruines de l'ancienne chapelle dédiée à la Sainte. À l'époque du pèlerinage, la veille du 3 juin et pendant les six semaines qui suivent, les pèlerins viennent avec dévotion boire de l'eau, « couverte », disent-ils dans leur langage populaire, « des cheveux de la Sainte ». Ainsi appellent-ils les herbes très-fines qui sont à la surface de l'eau. On demande surtout à la Sainte d'être délivré de la fièvre. Chaque année on compte douze ou quinze cents pèlerins.
« Le bourg de Couvres, où se trouvent les ruines du château de la belle Gabrielle, a hérité de l'abbaye de Valsery en 1793, le bras, c'est-à-dire le radius du bras de sainte Clotilde, reine de France (*Crathildis regina*). Les Annales de Prémontré par Louis Hugo, abbé d'Eutival et évêque de Ptolémaïde, dans l'exhumation des reliques de Valsery, faisaient aussi mention d'une portion de la tête et du bras de sainte Clotilde. *Reliquiae : caput et brachium sanctae Clotildis*. Le radius est encore dans l'église de Couvres.
Un pèlerinage de sainte Clotilde existe aussi aux Andelys (Eure). Les pèlerins y vont annuellement au nombre de quatre à cinq mille personnes. Une partie des vitraux du Grand-Andelys représente la vie de sainte Clotilde, qui est la patronne de l'église. La Sainte avait, de son vivant, fondé aux Andelys une abbaye de filles. Pendant qu'on bâtissait, elle encourageait par toutes sortes de moyens le zèle des ouvriers. Un jour qu'ils étaient harassés par la fatigue et l'ardeur de la chaleur, elle obtint du ciel que l'eau d'une fontaine voisine aurait pour ces hommes le goût et la force du vin. Chaque année, le 3 juin, à la procession solennelle, on porte la châsse renfermant un très-petit fragment du crâne et une côte de sainte Clotilde et on se dirige vers la fontaine miraculeuse ; et, pour rappeler le prodige dont nous venons de parler, on verse du vin dans la fontaine et on plonge dans l'eau la statue de la Sainte. La côte a été donnée aux Andelys en 1655 ; le fragment de la tête, en 1617, par les Chanoines de Sainte-Geneviève de Paris. Leur authenticité a été reconnue par Mgr Devouroux, aujourd'hui évêque d'Evreux.
« Depuis le XIIIe siècle et peut-être auparavant, on honorait des reliques de sainte Clotilde à Joyenval (*Gaudium in valle*), lieu où, comme le rapporte le *Gallia christiana*, *froncæ insignia fuerunt caritus demisso, l'occasion en champs d'azur avec trois fleurs de lis d'or* fut remis par un ermite à sainte Clotilde pour être offert à son mari et être adoptés ensuite par tous les rois de France. — En 1791, lorsque la suppression des monastères eut été décrétée, le premier maire de la commune de Champbourcy (Seine-et-Oise), M. Terrier, fit transporter processionnellement de l'abbaye de Joyenval à l'église paroissiale de Champbourcy, la châsse de sainte Clotilde. Elle y est restée suspendue dans le chœur par deux chaînes de fer jusqu'en 1793. Comme elle était en argent massif et pesait trois cents livres, les révolutionnaires s'en saisirent, et M. Terrier, alors simple conseiller municipal, obtint d'en retirer les ossements, les mit dans un sac de toile qu'il fit coudre de trois côtes, et ayant réuni les deux bouts il y apposa un cachet de cire. C'est en cet état que le sac, parfaitement conservé et caché pendant la terreur, fut ensuite remis par le même M. Terrier, à M. Tupigny, chargé de desservir la paroisse ; puis, en 1802, à M. Lefebure ; puis, en 1829, à M. Lacoste, aujourd'hui jésuite. Ce sac fut mis dans une boîte vitrée jusqu'en 1837, époque où M. Lacoste ouvrit le sac et en retira les reliques pour les placer plus honorablement dans une châsse. En 1860, le révérend Père Lacoste a donné un des os à l'église de Sainte-Clotilde de Paris ; un petit os de douze centimètres à Monseigneur l'évêque de Versailles. Il reste aujourd'hui à Champbourcy deux grands ossements de sainte Clotilde d'environ vingt-cinq centimètres chacun.
« On élève aujourd'hui des statues à tous ceux qui ont illustré le lieu de leur naissance ou de leur résidence. Il est étonnant qu'à Soissons, où sainte Clotilde a longtemps habité, et où elle a souvent entretenu Clovis, son royal époux, de la nécessité d'embrasser la religion chrétienne, on n'ait pas encore songé à ériger dans la cathédrale ou ailleurs une chapelle sous la vocable de cette grande reine, à laquelle « on doit l'établissement définitif du catholicisme en France ». En 1864, le séminaire de Soissons a consacré une de ses verrières à sainte Clotilde.
« On sait qu'une magnifique église gothique a été élevée en l'honneur de sainte Clotilde à Paris, dans la rue de Bourgogne, qui rappelle le nom de sa patrie ».
*Histoire de l'Église*, par l'abbé Darras ; *Vies des Saints de Franche-Comté ; Légendes célestes*, par Alfred des Essarts ; *Annales hagiologiques de France*, par M. Ch. Barthélemy ; *Notes locales*.
Événements marquants
- Carrière d'avocat et d'orateur païen
- Dispute philosophique à Ostie avec Octavius et Minutius Félix
- Conversion au christianisme suite à la conférence d'Ostie
- Ordination sacerdotale
- Conversion de Saint Cyprien de Carthage
Citations
Je vous félicite et je me félicite moi-même. Nous sommes victorieux l'un et l'autre. Octavius triomphe de moi, et je triomphe de l'erreur.