Saint Côme et Saint Damien
Frères, Martyrs, Anargyres
Résumé
Frères jumeaux originaires d'Arabie, Côme et Damien pratiquaient la médecine gratuitement en Syrie et Cilicie. Arrêtés sous Dioclétien, ils survécurent miraculeusement à plusieurs supplices avant d'être décapités à Égèse avec leurs trois frères. Ils sont honorés comme les 'Anargyres' pour leur charité désintéressée.
Biographie
SAINT CÔME ET SAINT DAMIEN, FRÈRES,
MARTYRS À ÉGÈSES, EN CILICIE.
Vers l'an 236. — Pape : Saint Marcellin. — Empereur : Dioclétien.
L'homme ne peut mieux se donner à Dieu qu'en se livrant à la mort pour l'honorer.
Saint Anselme.
Saint Côme et saint Damien naquirent dans l'Arabie vers la fin du IIIe siècle, de parents nobles et vertueux. Leur mère, demeurée veuve, se vit chargée de cinq enfants, savoir : Anthime, Léonce, Euprèpe et nos deux Saints, que l'historien Grégoire de Tours croit avoir été jumeaux; elle prit un grand soin à les élever dans la crainte de Dieu et dans l'amour de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Et, comme ils suivirent les bons exemples et les pieuses instructions d'une si sainte mère, ils firent de merveilleux progrès dans la vertu. Ils s'appliquèrent en même temps à l'étude des lettres. Saint Côme et saint Damien, en particulier, se rendirent très-habiles dans la connaissance de la nature et de la médecine, qu'ils étudièrent en Syrie; de sorte que, leur science étant accompagnée du don des miracles, ils faisaient des cures admirables. Ils rendaient la vue aux aveugles, le marcher aux boiteux, l'ouïe aux sourds, l'usage des membres aux paralytiques, la liberté de l'âme et du corps aux possédés en chassant les démons, et généralement la joie, la force et la santé aux affligés, aux languissants et aux malades; et comme ils exerçaient leur art purement par charité et pour l'amour de Dieu, sans recevoir aucun salaire, les Grecs leur donnèrent le surnom d'Anargyres, c'est-à-dire sans argent.
Sous l'empire de Dioclétien et de Maximien, Lysias étant assis sur son tribunal dans la ville d'Égèse (Cilicie), quelques-uns de ses officiers lui dirent : « Il y a ici certains chrétiens fort habiles dans l'art médical. Ils parcourent les villes et les bourgades, guérissant divers malades et délivrant ceux qui sont possédés des esprits immondes, au nom de celui qu'on appelle Christ; ils font ainsi beaucoup de choses merveilleuses; mais ils ne permettent pas que les hommes aillent au temple honorer les dieux par des sacrifices ». Le président, à cette nouvelle, envoya des satellites pour se saisir de leurs personnes et les amener à son tribunal. Lorsqu'ils furent devant lui, il leur dit : « Vous parcourez les villes et les bourgs, pour persuader aux habitants de ne point sacrifier aux dieux? Dites-moi donc d'où vous êtes, et quelle est votre fortune et votre nom ». Le bienheureux Côme répondit : « Si tu veux savoir cela, président, nous te le dirons hardiment : nous sommes Arabes; nous n'avons point de fortune, car les chrétiens ne la connaissent point, ils ne la nomment même pas. Voici maintenant nos noms : moi je me nomme Côme; mon frère s'appelle Damien. Il y en a encore trois autres : si tu le désires, nous te dirons aussi leurs noms ». Le président : « Eh bien! dis-moi leurs noms ». Le bienheureux Côme : « Anthime, Léonce, Euprèpe ». Le président dit à ses officiers : « Qu'on les amène devant le tribunal ».
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Les soldats allèrent aussitôt les chercher et les amenèrent au président. Celui-ci les regardant leur dit : « Écoutez mes ordres : vous avez à choisir ce qui vous est avantageux, n’allez pas désobéir. Si vous vous rendez à mes conseils, vous recevrez de la part des empereurs de grands et magnifiques honneurs ; si, au contraire, vous n’acquiescez pas à mon invitation, je vous tourmenterai par diverses sortes de supplices ; et après que vous aurez beaucoup souffert, vous renierez votre Christ ». Les saints martyrs lui dirent tout d’une voix : « Fais ce que tu voudras ; car nous avons le Christ qui nous aidera. Nous ne sacrifions point aux idoles ; elles sont sans yeux et sans aucun sentiment ». Le président ordonna de les étendre par terre, et de les frapper avec des nerfs de bœuf. Les saints martyrs, au milieu de ce supplice, disaient : « Seigneur, vous êtes notre refuge de génération en génération. Avant la formation des montagnes, avant la création de la terre et de l’univers, vous existez de siècle en siècle. Ne vous détournez pas de nous dans notre bassesse ; car vous avez dit : Convertissez-vous, enfants des hommes. Tournez-vous vers nous, Seigneur, et écoutez la prière de vos serviteurs ». Priant de la sorte, les coups ne leur firent aucun mal ; et ils dirent au président : « Fais-nous subir des tourments encore plus cruels, afin que tu connaisses la force de la vertu de Dieu qui est en nous : car les supplices que tu nous as infligés ne nous ont pas atteints : tu vois que nos corps sont aussi sains qu’auparavant ».
Le président leur dit : « J’espérais que vous vous rendriez : c’est pourquoi je n’ai pas voulu vous faire endurer des tourments trop rigoureux. Maintenant je vois que vous persistez dans votre impiété et que vous ne voulez pas sacrifier aux dieux ; je vais donc vous faire lier avec des chaînes et jeter dans la mer ». Les saints martyrs répondirent : « Fais ce que tu voudras, président ; en cela même tu connaîtras la puissance de notre Dieu ». Les soldats les enchaînèrent tous, et les conduisirent vers le rivage. Les martyrs s’y rendirent en chantant joyeusement des psaumes, et ils disaient : « Nous nous délectons, Seigneur, dans la voie de vos commandements, comme au milieu d’immenses richesses ; et lors même que nous marcherions dans les ombres de la mort, nous ne craindrions point les maux, parce que vous êtes avec nous, Seigneur. Votre verge et votre bâton même nous ont consolés. Vous avez préparé devant nous une table contre ceux qui nous affligent. Vous avez répandu l’huile sur notre tête, et votre calice enivrant, qu’il est délicieux ! Votre miséricorde nous accompagnera tous les jours de notre vie. Ô Dieu, vous nous avez conduits au port de votre volonté ». En priant ainsi, les martyrs arrivèrent au rivage, et les soldats les jetèrent aussitôt à la mer. Mais, au même moment, l’ange du Seigneur s’approcha d’eux, rompit leurs liens, et les tira des ondes sains et saufs.
Les quæstores, témoins du fait, allèrent en toute hâte annoncer au président ce qui était arrivé. Lysias ordonna d’amener les martyrs devant lui et leur dit : « Vos maléfices surpassent tous ceux des magiciens : enseignez-moi donc aussi cet art ». Le bienheureux Côme lui dit : « Nous ne sommes point magiciens, mais chrétiens ; et c’est au nom de notre Dieu que nous détruisons la puissance de vos divinités. Et toi-même, si tu deviens chrétien, tu verras que toutes ces choses s’opèrent par lui, et tu connaîtras la vertu du Christ ». Le président ajouta : « Au nom de mon dieu Adrien, je vous suis où vous serez ». Il parlait encore, que deux malins esprits se précipitèrent sur lui ; et pendant une heure ne cessèrent de le frapper à la mâchoire. Alors il s’écria : « Je vous en conjure, serviteurs de Dieu, priez pour moi, afin que je sois délivré de ce châtiment ». Les Saints s'étant mis en prière, les démons se retirèrent incontinent. Le président dit alors aux martyrs : « Vous voyez comment les dieux m'ont puni pour avoir voulu les abandonner, et à quel supplice ils m'ont livré ». Les Saints repartirent : « Insensé ! comment ne reconnais-tu pas que c'est une miséricorde que Dieu t'a faite ? mais tu aimes mieux croire que tu dois ta guérison à d'aveugles et sourdes idoles, que tu appelles des dieux. Reconnais donc plutôt le Seigneur Jésus-Christ, lui qui t'a rendu la santé, et ne mets point ta confiance en ces dieux que tu adores ». Le président, irrité de la fermeté des confesseurs, leur dit : « Je jure par les dieux que je ne me rendrai point à vos persuasions ; mais, au contraire, je vous ferai souffrir divers supplices, et je vous livrerai aux bêtes, afin de vous apprendre à obéir aux ordres des empereurs ». Et il ordonna de les garder en prison, jusqu'à ce qu'il eût décidé de leur sort. Comme on les y conduisait, ils chantaient ainsi : « Chantons au Seigneur un cantique nouveau, car il a fait des choses merveilleuses. Vous nous avez délivrés, Seigneur, de ceux qui nous affligent, et vous avez confondu ceux qui vous haïssent. Vous vous souvenez de votre miséricorde envers Jacob et de la vérité de vos promesses à la maison d'Israël. Tous les confins de la terre ont vu le salut de notre Dieu ». Et ils passèrent ainsi toute la nuit dans les hymnes et la prière.
Le jour suivant, Lysias étant monté à son tribunal, se fit amener les saints martyrs. Comme on les conduisait, ils disaient : « Donnez-nous, Seigneur, votre secours dans la tribulation ; car vain est le salut qui vient de l'homme. Pour nous, nous montrerons de la force en Dieu, et il réduira à néant nos ennemis ». Lorsqu'ils furent arrivés devant le président, il leur dit : « Êtes-vous décidés à sacrifier, ou persistez-vous dans votre folie ? » Les martyrs répondirent : « Nous sommes chrétiens, et nous ne renions point notre Dieu. Fais maintenant ce que tu voudras ; nous ne sacrifions point aux idoles ». Le président, voyant leur admirable contenance, donna l'ordre d'apporter du bois sec, d'en allumer un grand feu et de les y jeter. Les serviteurs s'empressèrent d'exécuter les ordres de leur maître. Les saints martyrs se tenaient debout au milieu des flammes et disaient : « Nous levons les yeux vers vous, Seigneur, qui habitez dans les cieux. De même que les yeux des serviteurs sont attachés sur les mains de leurs maîtres, ceux de la servante sur les mains de sa maîtresse, ainsi nos yeux sont tournés vers le Seigneur notre Dieu, jusqu'à ce qu'il ait pitié de nous. Ayez pitié de nous, Seigneur, ayez pitié de nous, parce que nous sommes accablés de mépris. Envoyez-nous du secours, Seigneur, et délivrez-nous de ceux qui s'insurgent contre nous, de peur que ceux qui ne vous connaissent pas ne disent : Où est leur Dieu ? » Comme ils priaient ainsi, il survint un grand tremblement de terre, et la flamme, s'élançant du bûcher, brûla une foule de païens qui étaient présents. Les martyrs en sortirent intacts, au point que pas un de leurs cheveux ne fut atteint par le feu ; et ils se présentèrent ainsi devant les spectateurs.
Le président, stupéfait des merveilles qu'il voyait, se contint pendant une heure ; puis, faisant appeler les martyrs, il leur dit : « J'en jure par les dieux, je suis fort inquiet pour vous ; car évidemment c'est votre art magique qui a éteint des flammes si ardentes ». Les saints martyrs lui dirent : « Jusques à quand, impie, refuseras-tu de reconnaître la miséricorde dont Dieu use à notre égard ? Tu veux nous obliger de sacrifier à tes pierres privées de sentiments ! Sache donc que nous n'abandonnons point notre Dieu,
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et que nous ne sacrifions point à d'immondes idoles ». Le président courroucé donna l'ordre de les élever sur le chevalet, et de les frapper sans relâche. Mais l'ange du Seigneur, qui se tenait près d'eux, faisait disparaître la douleur. Le président, voyant que les quæstores allaient succomber de lassitude, commanda de détacher les martyrs et de les lui amener. Ils vinrent aussitôt, et se présentèrent à lui pleins de la grâce de Dieu et le visage rayonnant de joie. Le président leur dit : « J'en atteste les dieux, je ne me laisserai point vaincre par vos maléfices; mais je vous infligerai encore divers genres de supplices, et je finirai par livrer vos corps aux oiseaux de proie ». Les martyrs répondirent : « Comme nous avons au ciel un roi éternel, Notre-Seigneur Jésus-Christ, nous ne redoutons point tes tourments. Fais tout ce que tu voudras, ainsi que nous te l'avons déjà dit ».
Alors le président Lysias rendit une sentence par laquelle il condamnait Côme et Damien à être crucifiés, puis lapidés par le peuple. Quant aux bienheureux Anthime, Léonce et Euprèpe, après les avoir fait flageller, il les fit reconduire en prison. Les quæstores ayant donc crucifié Côme et Damien, le peuple se mit à les lapider; mais les pierres retombaient sur ceux qui les jetaient. Le président, voyant ses satellites tout couverts de contusions, en fut outré de fureur, et ordonna à quatre soldats de percer de flèches les martyrs. Il fit en même temps tirer de prison les saints Anthime, Léonce et Euprèpe, et leur ordonna de se tenir debout près de la croix. Mais les flèches, comme les pierres, revenaient sur ceux qui les lançaient. Le président, s'apercevant enfin que tous ses efforts contre les martyrs n'obtenaient aucun résultat, commanda qu'on leur tranchât la tête.
Les bourreaux se saisirent aussitôt des saints martyrs, et les conduisirent au lieu du supplice. En s'y rendant, ces bienheureux louaient Dieu, en disant : « Il est bon de louer le Seigneur et de chanter votre nom, ô Très-Haut, afin de publier votre miséricorde dès le matin, et votre vérité pendant la nuit; car vous avez signalé magnifiquement votre miséricorde sur nous. L'homme insensé ne connaît point ces choses, et le fou ne les comprend pas. Lorsque les pêcheurs seront brûlés comme l'herbe, tous ceux qui opèrent l'iniquité seront aussi dispersés. Ils ont humilié votre peuple, ils ont affligé votre héritage : ils périront dans les siècles des siècles. Pour vous, Seigneur, vous êtes éternellement le Très-Haut ». Après ce cantique, les bienheureux martyrs levèrent leurs mains vers le ciel, et ayant prié intérieurement, ils dirent : « Amen ». Les bourreaux s'approchèrent alors et leur tranchèrent la tête. Et c'est ainsi que, dans la tranquillité et la paix, ils rendirent leurs âmes à Dieu, pour recevoir du Sauveur la couronne de victoire.
Les glorieux martyrs Côme et Damien, Anthime, Léonce et Euprèpe, souffrirent dans la ville d'Égèse, le 5 des calendes d'octobre (27 septembre), sous le règne de Notre-Seigneur Jésus-Christ, à qui soient l'honneur et la gloire avec le Père et le Saint-Esprit, dans les siècles des siècles. Amen.
Dans une mosaïque du VIe siècle, à Ravenne, ils sont représentés tenant comme un rouleau. On les peint aussi tantôt décapités, tantôt ayant entre eux deux un jeune enfant à genoux. Ils tiennent chacun une fiole. — Saint Côme seul est représenté assis, tenant une espèce de boîte à médicaments; le même, tenant une flèche et une petite fiole, et près de lui saint Damien tenant les mêmes objets.
[ANNEXE: CULTE ET RELIQUES.]
Une bonne partie des reliques sacrées de saint Côme et de saint Damien a depuis été apportée à Rome et déposée dans la catacombe située près de l'ancien temple de Romulus et de Rémus, au Forum. À la fin du Ve siècle, le pape saint Félix III éleva sur le tombeau et sous les vocables des saints Côme et Damien la belle église que l'on voit aujourd'hui, et qui fut fort embellie, au XVIIIe siècle, par Urbain VIII. Le chœur est orné de vieilles et curieuses mosaïques. Un lambris à caissons couvre la nef qui est ornée d'intéressantes fresques représentant la vie de saint Félix.
Dieu a opéré plusieurs miracles par leur intercession. L'empereur Justinien, ayant été guéri d'une maladie dangereuse par leur mérite, éleva une magnifique basilique sous leurs noms à Constantinople. Il en fit aussi construire une autre dans la Pamphylie, à Cyr, qu'il fit fortifier par respect pour leurs restes sacrés. Le grand saint Sabus, abbé, changea sa maison paternelle en un temple, qu'il fit consacrer en leur mémoire. Le livre intitulé *Le Pré spirituel*, parle au chap. cxxvii, d'un pèlerinage fort célèbre qui se faisait à une église qui leur était dédiée, dans la Palestine ; et le culte qu'on leur rendit à Rome était si grand, que quelques-uns ont cru qu'ils y avaient enduré le martyre. Les Grecs mêmes, dans un de leurs Ménologes manuscrits, sont de ce sentiment, et mettent leur mort au 1er juillet. Jean de Beaumont, seigneur français, à son retour de la guerre sainte, sous le pontificat d'Alexandre III, apporta en France quelques-uns de leurs ossements sacrés, dont une partie se voit à Luzarches, à sept lieues de Paris, dans une collégiale sous leur nom : c'étaient deux gros ossements entiers et plusieurs fragments. Le tout était renfermé dans deux chaises d'argent massif. Tout fut détruit et profané en 1793 ; et l'autre, dans l'église métropolitaine de Paris. Les Parisiens ont aussi signalé leur dévotion envers ces saints Martyrs, par l'érection d'une église paroissiale dédiée à leur honneur. L'église de Longpont conserve une relique insigne de ces Saints, ainsi que les églises de Saint-Germain et de Saint-Médard, au diocèse de Meaux.
Les quatre martyrologes ordinaires font mémoire d'eux. Le cardinal Baronius ne les a pas omis dans ses *Notes*.
Nous avons emprunté ces actes aux *Acta Sanctorum*, traduits par les Bénédictins, et nous les avons comptés, en ce qui regarde le culte et les reliques, au moyen de *Notes* fournies par M. le curé de Longpont et par M. l'abbé Tresvaux, vicaire-général de Paris.
Miracles
- Guérisons diverses (aveugles, sourds, paralytiques)
- Survie à la noyade grâce à un ange
- Exorcisme du président Lysias
- Insensibilité aux flammes du bûcher
- Pierres et flèches retournant contre les bourreaux
Citations
Nous ne sommes point magiciens, mais chrétiens ; et c’est au nom de notre Dieu que nous détruisons la puissance de vos divinités.