Saint Donat d'Orléans

Prêtre et solitaire

Fête : 19 aout 6ᵉ siècle • saint

Résumé

Prêtre originaire d'Orléans au VIe siècle, Donat se retira dans la solitude de la montagne de Lure après un pèlerinage à Tours. Il y mena une vie d'ascèse marquée par la victoire sur un dragon légendaire et l'évangélisation des Alpes maritimes. Après avoir guéri la fille du proconsul Celse et formé son disciple Florent, il mourut en 522, laissant un culte important à Sisteron et Embrun.

Biographie

SAINT DONAT D'ORLÉANS,

PRÊTRE ET SOLITAIRE AUX ENVIRONS DE SISTERON.

Ama solitudinem, fuge multitudinem, ne comprehendaris in ore, ne confundaris in facto.

Aimez la solitude et fuyez le contact des hommes, de peur de pêcher en paroles ou en action.

Saint Augustin.

Saint Donat naquit à Orléans, vers la fin du Ve siècle. Son intelligence fut si précoce, que, à peine âgé de trois ans, ses parents lui donnèrent un maître pour l'initier aux sciences humaines. Il sut bientôt le psautier par cœur, et, à douze ans, il aurait pu, disent les légendaires, réciter la Bible en entier, tant sa mémoire était prodigieuse.

Cette vive inclination, cette merveilleuse facilité pour l'étude, jointes à l'amour de la vertu, développèrent rapidement en lui les germes féconds de la sainteté et de la science. L'évêque d'Orléans, frappé des dispositions étonnantes du jeune Donat et plus encore de la douceur de son caractère qui lui avait fait donner le surnom d'Enfant de Dieu, le plaça parmi ses clercs, puis, en considération de son rare mérite, il lui conféra, avant l'âge, le diaconat, et peu de temps après l'ordre de la prêtrise. Le saint jeune homme se montra digne, par sa maturité, de la haute confiance que lui accordait alors son évêque ; mais, tandis qu'il se livrait aux fonctions du sacré ministère avec ce zèle et cet élan que la charité sacerdotale met au cœur du saint prêtre, il entendit au fond de son âme la voix du Seigneur, qui lui disait, comme autrefois à Abraham : « Sortez de votre patrie, quittez votre famille, et passez dans la terre que je vous montrerai ».

Donat crut à cette parole, et, après être allé prier sur le tombeau glorieux de saint Martin de Tours, fortifié dans son héroïque résolution, il s'arrache aux embrassements de sa famille, à la paternelle affection de son évêque, dit adieu à la ville d'Orléans, et va sans inquiétude et sans crainte à la recherche de cette autre patrie que le doigt de Dieu lui indiquera ; magnifique exemple de l'abandon total entre les mains de la Providence d'une âme qui poursuit le royaume des cieux à travers les larmes d'une tendre mère et les étreintes d'un père affligé.

Donat, appelé au désert, en prit le chemin, et, s'enfonçant dans les forêts immenses qui couvraient le pays, il parvint jusqu'à la montagne de Lure. Le jeune solitaire avait trouvé sa Thébaïde : c'était un site sauvage, entouré de bois épais, où nul bruit humain ne pouvait interrompre le recueillement de l'âme contemplative. Heureux et plein de reconnaissance, il prend possession, au nom de son Dieu, de cette profonde solitude et y dresse sa tente. Mais l'isolement n'épargne pas à l'homme les tentations et les épreuves : c'est même lorsqu'il se trouve seul qu'il est exposé aux combats les plus terribles. Le démon l'apprit bien vite à Donat ; à peine avait-il fixé ses pas au milieu de ce désert, qu'un dragon, d'une prodigieuse grandeur, s'avance, poussant des sifflements horribles et vomissant des tourbillons de fumée ; autour de lui se dressent une multitude innombrable d'énormes serpents, de hideux reptiles ; la forêt entière semble se mouvoir. En présence de cet étrange spectacle, le nouvel Antoine demeure calme, se prosterne, élève ses prières vers Dieu, implore l'assistance du ciel contre les puissances de l'enfer, et l'ange des ténèbres, vaincu par la simplicité de la foi du pieux solitaire, cesse de l'épouvanter ; les sinistres fantômes qui l'obsédaient tout à l'heure s'évanouissent, et il peut en paix goûter le calme et le repos de sa mystérieuse retraite dans l'antre même du monstre dont il fit sa cellule.

Donat partageait son temps entre la psalmodie, la lecture, la contemplation, et les actes d'une rigoureuse pénitence ; il avait pour lit la terre nue ; pour vêtement, un rude cilice ; pour apaiser sa faim, les fruits sauvages, et pour étancher sa soif, l'eau du torrent ; aussi la bonne odeur de cette vie et des vertus du Saint se répandit bientôt au loin, comme le doux parfum des humbles plantes des montagnes.

Mais la voix qui avait appelé le jeune prêtre dans le désert allait pour quelque temps le rejeter au milieu des fatigues et des périls du ministère apostolique ; elle se fit entendre, lui prescrivant de quitter les joies de sa chère solitude et de voler au secours des brebis perdues de la maison d'Israël. Il ne sait qu'obéir : il sort donc de sa retraite ; il se montre avec cet extérieur recueilli et mortifié qui impressionne et il communique au dehors le feu céleste qui le consume. Une abondante moisson s'offrait à son zèle. Les populations des contrées voisines étaient, quelques-unes ensevelies encore dans les ténèbres de l'idolâtrie, d'autres chrétiennes de nom seulement et tombées dans un matérialisme abject ou une mortelle indifférence. Le jeune Apôtre se met à l'œuvre : avec une douce et mâle éloquence qui porte dans les cœurs la conviction, le repentir et l'amour, il prêche la vérité de la croix, le mensonge de l'idolâtrie, les miséricordes du Sauveur, les mystères de sa douloureuse passion, ses plaies sacrées, ses bras étendus, ses pieds ensanglantés, sa tête couronnée d'épines, son cœur percé ; il rappelle la beauté de la vertu, la brièveté des plaisirs, l'éternité de la gloire céleste, et il parle avec une onction si pénétrante, Dieu donne tant de vertu aux efforts de son zèle, que les restes de l'idolâtrie disparaissent, et que la vigueur du christianisme refleurit sur une terre aride et désolée. Ces conversions éclatantes excitèrent la haine de Celse, proconsul des Alpes maritimes, qui, indigné des pertes qu'avait essuyées le culte des idoles à la suite des prédications de Donat, le fit battre de verges, et lui défendit, sous peine de mort, de sortir jamais plus de son désert.

Heureux d'avoir pu souffrir persécution pour le nom de Jésus-Christ,

19 AOÛT.

notre Saint reprit le chemin de sa solitude. Mais à peine y fut-il rentré, que la fille de Celse perdit subitement la vue. Dans ses cruelles souffrances, elle appelait sans cesse Donat à son secours, soit à cause du bruit de ses miracles, soit qu'elle fût inspirée de Dieu. Celse, qui aimait sa fille, fit chercher le saint solitaire et le fit chercher longtemps sans résultat, lorsqu'un paysan, courant après un bœuf qui s'était égaré, aperçut Donat au fond de sa grotte, chantant les louanges de Dieu. Il s'empresse d'en donner avis à Celse. Le sénateur partit sur-le-champ, accompagné de la mère de la jeune aveugle. Ils employèrent en leur faveur plusieurs personnes de distinction, entre autres l'évêque de Sisteron, pour les réconcilier avec celui qu'ils croyaient irrité contre eux. Ce prélat se laissa persuader. Il alla voir le pieux solitaire et le pria d'intercéder auprès de Dieu pour la guérison de cette fille et le salut de toute la famille de Celse.

Donat reçut ces ordres avec joie ; il suivit Celse jusqu'en sa maison ; il rendit la vue à la jeune fille et opéra la conversion de toute cette famille. La nouvelle s'en répandit bientôt et la foi s'accrut dans les âmes. Ce miracle fut cause qu'une multitude de malades se pressa autour de lui ; tous y trouvèrent leur parfaite et entière guérison.

Enfin, à force d'instances, Donat obtint de l'évêque de Sisteron la liberté de rentrer dans son ermitage. Seul dans sa profonde retraite, le pieux ermite ne put pendant longtemps joindre à la prière le sacrifice ; personne n'était là pour l'aider à monter au saint autel et à offrir l'hostie de louanges ; il souffrait cruellement d'être ainsi privé de cette immense consolation du prêtre, lorsqu'un jeune homme d'Embrun, nommé Florent, vint se mettre sous sa conduite. Florent avait ouï parler du saint anachorète ; épris de ses vertus, de sa vie cachée et pénitente, il voulut s'attacher à ses pas et vivre avec lui au désert. Il monte donc à cheval, et telle était, nous dit la tradition populaire, l'ardeur qui l'emportait vers saint Donat, qu'il parcourut en quatre heures l'espace de quinze lieues qui séparent Embrun de la montagne de Lure. Il se jette aux pieds du solitaire, lui fait part de ses pieux désirs, le conjure de le recevoir et de lui permettre de construire une cellule auprès de la sienne. Le saint Confesseur l'écoute avec admiration, le relève avec bonté, l'embrasse avec tendresse, et, ayant éprouvé pendant quelque temps sa vocation qui sut résister à l'inconstance de la jeunesse et à la fougue des passions, si violentes à cet âge, il le regarda dès lors comme son fils.

Mais le père de Florent s'était mis à sa poursuite. Après bien des recherches, il arrive enfin dans l'ermitage du solitaire. Prières, menaces, promesses, tout fut employé pour toucher le cœur du jeune novice, et tout fut inutile. La grâce triompha de la nature, et le père attendri n'insista pas davantage. Donat, assuré plus que jamais de la droiture et de la ferveur de son disciple, lui permit de vivre d'une vie plus intime encore avec lui. Florent méritait bien cette sainte affection. Il assistait Donat à l'autel avec un recueillement extatique, priait avec lui, travaillait à ses côtés, et apprenait, en le voyant et en l'écoutant, à servir Dieu dans la simplicité d'un cœur parfait.

Tout près de leur solitude, Donat et Florent avaient choisi une terre propice et y avaient planté une petite vigne ; ils la cultivaient avec soin pour l'usage du sacrifice ; au temps de la maturité, ils en pressaient religieusement le raisin et conservaient, comme chose sainte, ce vin qui devait, chaque jour, être changé au sang de Jésus-Christ.

Cependant la vie angélique de Donat devait, une fois encore, édifier les

SAINT BERTULFE OU BERTOUL, MOINE DE LUXEUIL ET ABBÉ DE BOBIO. 27

hommes. Saint Gallican II, alors archevêque d'Embrun, l'appela de la solitude, dans sa ville épiscopale, et le pieux ermite, enfant d'obéissance, s'empressa à la voix de son supérieur et de son père, se rendit auprès de lui à Embrun et y demeura quelque temps. Il y fut assiégé des respects et de la vénération du peuple. La réputation de sa sainteté se répandit au loin, et l'éclat de ses prodiges lui acquit une telle confiance, que, après sa mort, on bâtit en son honneur, dans cette ville, une église qui porte son nom, comme le désert de Lure est appelé encore la Combe-de-Saint-Donat.

Notre Saint retourna ensuite dans sa chère solitude. Ce fut là que, déjà en possession de l'objet de son amour, il s'endormit en Dieu, du sommeil de paix, qui est pour le juste le terme de ses misères et le commencement de l'éternel bonheur. On entendit aussitôt les deux concerts des Anges, accompagnant de leurs joyeuses mélodies cette âme bienheureuse qui s'envolait vers les cieux. C'était le 16 août de l'année 522.

Il fut enseveli dans le lieu même où il venait de terminer son innocente vie; ainsi l'antre qu'avait habité Donat lui servit de sépulcre; telle était alors la coutume d'inhumer les solitaires.

Un monastère fut construit peu de temps après, proche de la cellule de Donat, convertie en une chapelle; et les louanges de Dieu ne cessèrent de retentir dans ces lieux sauvages.

Plus tard, le corps de saint Donat fut transporté à Sisteron, d'où une partie de ces précieuses reliques fut distribuée à l'Église d'Avignon, qui, dès lors, célébra la fête de saint Donat sous le rit double majeur; une autre partie fut cédée à l'église paroissiale de Saint-Donat d'Embrun, où l'on n'a pas cessé, jusqu'à ce jour, de célébrer la fête du Saint, le 18 août; plusieurs autres parcelles furent aussi accordées à d'autres églises de Provence.

Extrait de l'Histoire hagiologique du diocèse de Gap, par Mgr Depôry.

Événements marquants

  • Naissance à Orléans à la fin du Ve siècle
  • Ordination sacerdotale précoce à Orléans
  • Pèlerinage au tombeau de saint Martin de Tours
  • Retraite solitaire sur la montagne de Lure
  • Combat spirituel contre un dragon et des serpents
  • Évangélisation des populations des Alpes maritimes
  • Persécution par le proconsul Celse
  • Guérison miraculeuse de la fille aveugle de Celse
  • Séjour à Embrun auprès de l'archevêque Gallican II
  • Mort en solitude en 522

Miracles

  • Victoire sur un dragon et des serpents par la prière
  • Guérison de la fille aveugle du proconsul Celse
  • Multiples guérisons de malades
  • Concerts angéliques entendus à sa mort

Citations

Ama solitudinem, fuge multitudinem, ne comprehendaris in ore, ne confundaris in facto.

— Saint Augustin (en exergue)

Date de fête

19 aout

Époque

6ᵉ siècle

Décès

16 août 522 (naturelle)

Attributs iconographiques

Invoqué(e) pour

guérison de la cécité

Autres formes du nom

  • Enfant de Dieu (fr)

Prénoms dérivés

Donat

Famille

  • Mère de Donat (mère)
  • Père de Donat (père)