Saint Édouard le Confesseur

Roi d'Angleterre et Confesseur

Fête : 13 octobre 11ᵉ siècle • saint

Résumé

Roi d'Angleterre au XIe siècle, Édouard le Confesseur se distingua par sa piété, sa douceur et son sens de la justice après un long exil en Normandie. Il vécut dans une chasteté perpétuelle avec son épouse Édith et consacra son règne au soulagement des pauvres et à la fondation de l'abbaye de Westminster. Sa mémoire est honorée pour ses lois justes et sa vision mystique de saint Jean l'Évangéliste.

Biographie

SAINT ÉDOUARD III, LE CONFESSEUR,

ROI D'ANGLETERRE

13 OCTOBRE.

La vie. Le règne d'Éthelred fut malheureux, parce qu'il fut faible. Les Danois, qui depuis environ soixante ans n'avaient point inquiété la Grande-Bretagne, vinrent l'attaquer de toutes parts, et y commirent d'horribles ravages. Éthelred acheta d'eux une paix honteuse, et ne rougit pas de s'engager à leur payer tous les ans un tribut considérable, qui fut levé par une taxe à laquelle on donna le nom de Danegelt. Swein ou Suénon, roi des Danois, fit la conquête de toute l'Angleterre, peu de temps après, c'est-à-dire en 1015. Ce prince mourut la même année, laissant un fils nommé Knut ou Canut.

Éthelred, qui s'était retiré en Normandie, revint en Angleterre, lorsqu'il eut été instruit de la mort de Suénon, et il remonta sur le trône; mais il mourut l'année suivante, laissant encore la Mercie et quelques provinces de ses États entre les mains des Danois. Edmond Côte de Fer, se présenta pour succéder à son père. Malheureusement pour lui, il avait affaire à des ennemis puissants, et il lui fallut livrer plusieurs batailles. Enfin, les choses en vinrent au point que l'on proposa de part et d'autre un traité; il fut conclu près de Gloucester, et l'on arrêta que Canut aurait le royaume de Mercie, de Northumberland et d'Est-Anglie.

Peu de temps après, Edmond fut indignement assassiné par un Danois qu'il avait comblé de bienfaits. Le Danois Canut profita de cette occasion pour s'emparer de toute l'Angleterre.

Emme s'était retirée en Normandie avec ses deux fils Alfred et Édouard. Canut la demanda en mariage au duc Richard, son frère, et elle lui fut accordée; mais les deux jeunes princes restèrent en Normandie, à la cour de Richard II et de ses successeurs, Richard III, et Guillaume le Conquérant.

Canut régna dix-neuf ans en Angleterre. Il fut magnifique, libéral, brave et zélé pour la religion; mais l'ambition ternit l'éclat de ses vertus. Il mourut en 1036, et ses États furent partagés entre ses enfants: Swenon eut la Norvège, Harold l'Angleterre, et Hardi-Canut le Danemark. Alfred et Édouard vinrent de Normandie à Winchester pour y voir Emme, leur mère. Godwin, qui commandait dans le West-Sex et qui avait contribué principalement à établir l'autorité de Harold dans cette partie de l'Angleterre, convint avec le roi d'attirer les deux princes à la cour, dans le dessein de les faire périr secrètement. Emme, se défiant de ce qui se tramait, craignit pour ses enfants; elle se contenta d'envoyer Alfred, et trouva des prétextes pour retenir Édouard auprès d'elle. Godwin alla au-devant d'Alfred, mais ce fut pour se saisir de sa personne: il le fit d'abord enfermer dans le château de Guilfort d'où il fut conduit à Ely. On lui creva les yeux, et on le mit dans un monastère où il mourut peu de jours après. Édouard retourna promptement en Normandie, et Emme se retira chez le comte de Flandre. Après la mort de Harold, arrivée en 1039, Hardi-Canut vint en Angleterre avec quarante vaisseaux danois et s'y fit reconnaître roi. Le prince Édouard y vint aussi de Normandie, et il fut reçu par le nouveau roi avec les égards qui lui étaient dus. Il demanda vengeance de la mort de son frère; mais Godwin l'évita, en faisant serment qu'il n'avait point eu part à la triste fin d'Alfred. Hardi-Canut, prince vicieux, mourut subitement en 1041. Suénon, autre fils de Canut, existait encore, et régnait en Norvège; mais les Anglais, las de vivre sous la domination de rois étrangers, qui les traitaient avec indignité, résolurent de rétablir sur le trône leurs princes légitimes. C'était l'unique moyen qu'ils eussent de s'affranchir d'un joug pesant qu'ils portaient avec impatience depuis plus de quarante ans. D'un

autre côté, les vertus d'Édouard avaient gagné les ennemis de sa famille, et tout le monde s'accordait à vouloir lui rendre la couronne de ses pères. Leofrick, comte de Mercie, Siward, comte de Northumberland, et Godwin, comte de Kent, qui était en même temps gouverneur du royaume de West-Sex, les trois hommes les plus puissants de la nation, furent les principaux auteurs de la révolution qui fit rentrer l'Angleterre sous la domination de ses véritables maîtres.

Édouard avait été formé à l'école de la vertu, et il en avait fait un bon usage. Il savait apprécier à leur juste valeur les biens de ce monde visible. Jamais il n'avait cherché de consolation que dans la vertu et dans la religion. Élevé dans le palais du duc de Normandie, il avait su se préserver de la corruption des vices qui régnaient à la cour de ce prince; il s'appliqua même à acquérir les vertus contraires dès son enfance; il était fidèle aux pratiques que prescrit le christianisme, et il aimait à converser avec les personnes de piété. Toutes ses actions extérieures portaient l'empreinte de la modestie. Il parlait peu, mais ce n'était ni par ignorance, ni par défaut de talent; tous les historiens s'accordent, en effet, à dire qu'il était d'une sagesse et d'une gravité au-dessus de son âge. Son amour pour le silence venait donc d'un fond d'humilité, et de la crainte de perdre le recueillement ou de tomber dans les fautes qu'entraîne ordinairement la démangeaison de parler. Son caractère était composé de l'heureux assemblage de toutes les vertus chrétiennes et morales. On distinguait cependant en lui une douceur admirable, qui avait sa source dans une humilité profonde et dans une tendre charité qui embrassait tous les hommes. Il était aisé de s'apercevoir qu'il était entièrement mort à lui-même : de là cette horreur pour l'ambition et pour tout ce qui pouvait flatter les autres passions.

S'il monta sur le trône de ses ancêtres, c'est qu'il y fut appelé par la volonté de Dieu; aussi ne se proposa-t-il d'autre but que de faire aimer la religion et de venir au secours d'un peuple malheureux. Il était si éloigné de tout sentiment d'ambition, qu'il déclara refuser la plus puissante monarchie, si, pour l'obtenir, il fallait faire couler le sang d'un seul homme. Les ennemis mêmes de la famille royale se réjouirent de le voir sur le trône. Tous se félicitaient d'avoir un Saint pour roi, surtout après tant de malheurs sous le poids desquels la nation avait gémi; ils espéraient que les maux publics et particuliers allaient être réparés par sa piété, sa justice et sa bienfaisance. Édouard fut sacré le jour de Pâques de l'année 1402, à l'âge d'environ quarante ans.

Malgré les circonstances critiques dans lesquelles il monta sur le trône, son règne fut l'un des plus heureux qu'on eût jamais vus. Les Danois même établis en Angleterre le craignaient, l'aimaient et le respectaient. Quoiqu'ils se regardassent comme maîtres du pays, en vertu d'un prétendu droit de conquête, qu'ils en eussent été maîtres pendant quarante ans, et qu'ils eussent rempli de leurs colonies les royaumes de Northumberland, de Mercie et d'Est-Anglie, on ne les vit cependant s'agiter nulle part, et depuis le temps dont nous parlons, il ne fut plus question d'eux en Angleterre. Pontan, un de leurs historiens, calomnie les Anglais, lorsqu'il les accuse d'avoir massacré tous les étrangers sous le règne d'Édouard. Une pareille entreprise aurait été aussi dangereuse qu'injuste et barbare; son exécution aurait sans doute fait plus d'éclat qu'un massacre arrivé sous Éthelred II, dans un temps où les Danois étaient moins puissants et moins nombreux. Si l'on demande ce que devinrent ceux dont il s'agit, nous répon-

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drons que s'étant mêlés avec les Anglais, ils ne firent plus dans la suite qu'un même corps de peuple avec eux, à l'exception de quelques-uns qui, de temps à autre, retournaient dans leur patrie.

Suénon, fils de Canut, qui régnait en Norvège, équipa une flotte pour venir attaquer l'Angleterre. Édouard mit son royaume en état de défense, et envoya en Danemark Gulinde, nièce de Canut, de peur que si elle restait en Angleterre elle ne favorisât secrètement l'invasion projetée. Sur ces entrefaites, le roi de Danemark, appelé aussi Suénon, fit une irruption dans la Norvège, ce qui fit échouer l'expédition contre les Anglais. Peu de temps après, Suénon fut détrôné par Magnus, fils d'Olaïs le Martyr, que Canut le Grand avait dépouillé de la Norvège. En 1406, des pirates danois se présentèrent à Sandwich, puis sur les côtes d'Essex ; mais la vigilance des principaux officiers d'Édouard les força de se retirer avant qu'ils eussent pu ravager le pays, et ils n'osèrent plus reparaître dans la suite.

Édouard n'entreprit qu'une seule guerre, qui eut pour objet le rétablissement de Malcolm, roi d'Écosse, et elle fut terminée par une victoire glorieuse. Il y eut quelques mouvements dans l'intérieur du royaume, mais ils furent apaisés avec autant de promptitude que de facilité. On vit alors ce que peut un roi qui est véritablement le père de ses sujets. Tous ceux qui approchaient de sa personne essayaient de régler leur conduite sur ses exemples. On ne connaissait à sa cour ni l'ambition, ni l'amour des richesses, ni aucune de ces passions qui, malheureusement, sont si communes parmi les courtisans et qui préparent peu à peu la ruine des États. Édouard paraissait uniquement occupé du soin de rendre ses peuples heureux ; il diminua le fardeau des impôts, et chercha tous les moyens de ne laisser personne dans la souffrance. Comme il n'avait point de passions à satisfaire, tous ses revenus étaient employés à récompenser ceux qui le servaient avec fidélité, à soulager les pauvres, à doter les églises et les monastères. Il fit un grand nombre de fondations dont le but était de faire chanter à perpétuité les louanges de Dieu ; les divers établissements qu'il fit ne furent jamais à charge au peuple. Les revenus de son domaine lui suffisaient pour toutes les bonnes œuvres qu'il entreprenait. On ne connaissait point encore les taxes, ou l'on n'y avait recours qu'en temps de guerre et dans des nécessités très-pressantes. Le saint roi abolit le danegelt qu'on avait payé aux Danois du temps de son père, et qu'on avait porté ensuite dans les coffres du souverain. Les grands du royaume, s'imaginant qu'il avait épuisé ses finances par ses aumônes, levèrent une somme considérable sur leurs vassaux sans l'en prévenir, et la lui apportèrent comme un don que lui faisaient ses peuples pour l'entretien de ses troupes, et pour les autres frais occasionnés par les dépenses publiques. Édouard, ayant appris ce qui s'était passé, remercia ses sujets de leur bonne volonté et voulut que l'on rendît l'argent à tous ceux qui avaient contribué à former la somme. Toute sa conduite annonçait qu'il était parfaitement maître de lui-même. Il avait une égalité d'âme qui ne se démentait dans aucune circonstance. Sa conversation était agréable, mais accompagnée d'une certaine majesté qui inspirait le respect ; il aimait surtout à parler de Dieu et des choses spirituelles.

Édouard avait toujours fait une estime singulière de la pureté, et il conserva cette vertu sur le trône par l'amour de la prière, par la fuite des occasions, par la pratique de l'humilité et de la mortification. Il veillait

avec soin sur tous ses sens et prenait les précautions les plus sages pour se garantir de la moindre souillure. Cependant on désirait le voir marié, et il ne put résister aux instances que la noblesse et le peuple lui faisaient à cet égard. Godwin mit tout en œuvre pour que le choix du prince se fixât sur Édith, sa fille, qui joignait une vertu éminente à toutes les qualités du corps, du cœur et de l'esprit. Une chose arrêtait le roi : c'est qu'il avait fait vœu de garder une chasteté perpétuelle. Il se recommanda à Dieu, puis il découvrit à celle qu'on lui proposait pour épouse l'engagement qu'il avait contracté. Édith entra dans ses vues, et ils convinrent l'un et l'autre qu'ils vivraient dans l'état du mariage comme frère et sœur. C'est par un effet de la calomnie que quelques écrivains ont attribué la résolution de saint Édouard à la haine qu'il portait à Godwin. De tels sentiments sont incompatibles avec la haute vertu dont il faisait profession ; il était d'ailleurs incapable de traiter, avec l'injustice qu'on lui suppose, une princesse accomplie, à laquelle il s'était uni par les liens les plus sacrés.

Godwin était le sujet le plus riche et le plus puissant du royaume. Canut l'avait fait général de son armée, l'avait créé comte de Kent et lui avait fait épouser sa belle-sœur. Il fut ensuite grand trésorier et duc de West-Sex, c'est-à-dire général de l'armée dans toutes les provinces situées au midi de la Mercie. Dévoré par l'ambition, il viola souvent les lois divines et humaines. Swein, le plus jeune de ses fils, marcha sur ses traces, porta même le libertinage jusqu'aux excès les plus coupables. Édouard le punit par l'exil, mais il lui pardonna dans la suite. Godwin lui-même, s'étant rendu coupable de plusieurs crimes, fut menacé de proscription s'il ne paraissait pas devant le roi, qui était alors à Gloucester. Il refusa d'abord et prit la fuite ; mais il revint bientôt avec une armée pour attaquer le roi. Quelques-uns de ses amis demandèrent sa grâce, et quoique Édouard fût vainqueur, il lui pardonna et le rétablit dans son premier état. Pendant la rébellion de Godwin, on crut nécessaire de renfermer Édith dans un monastère, de peur qu'on ne se servît de sa dignité pour exciter les vassaux et les amis de son père. Malgré cette précaution, Édouard n'en était pas moins attaché à la reine, qui de son côté l'aimait tendrement, et ils vécurent toujours l'un et l'autre dans l'union la plus intime et la plus parfaite.

Nous ne pouvons nous dispenser de rapporter avec une certaine étendue la fameuse épreuve par laquelle passa la mère du saint roi. Voici de quelle manière le fait est raconté par plusieurs historiens. Quelques courtisans, jaloux d'avoir seuls la confiance du roi, entreprirent de perdre la reine-mère dans son esprit. Connaissant la piété d'Édouard, ils se couvrirent du masque de l'hypocrisie et feignirent un zèle pour la religion qu'ils étaient bien éloignés d'avoir. Emme voyait souvent le pieux Alwin, évêque de Winchester, et elle trouvait dans ses conseils de sages règles de conduite pour les affaires de sa conscience. On représenta cette liaison sous les couleurs du crime. Robert, que le roi avait amené de Normandie avec lui, et qui d'abbé de Jumières était devenu archevêque de Cantorbéry, s'en laissa imposer par la calomnie. Les ennemis de la princesse ne s'en tinrent pas là ; ils rappelèrent son mariage avec Canut, dont on connaissait la haine pour la famille de son premier mari. Ils ajoutèrent qu'elle avait favorisé Hardi-Canut au préjudice des enfants qu'elle avait eus de son premier mari et de toute la ligue saxonne ; qu'elle avait consenti, par les articles de son second mariage, à l'exclusion des héritiers légitimes ; qu'elle avait agréé le projet de faire passer toute l'Angleterre à la postérité de Canut, projet auquel cependant Canut dérogea depuis, en donnant le Danemark à Hardi-Canut, et l'An-

13 OCTOBRE. gleterre, à Harold, qu'il avait eu d'une première femme; que le droit de ce prince sur l'Angleterre n'était fondé que sur une injuste conquête, etc. Il n'était pas possible à la reine de se disculper de ces dernières imputations, et il n'y avait que son repentir qui eût pu les effacer; mais Édouard n'y fut point sensible, parce qu'il oubliait volontiers tout ce qui lui était personnel. Il n'en fut pas de même de l'accusation qui tombait sur les mœurs. Le roi se trouva dans une cruelle perplexité: d'un côté, le crime lui paraissait trop atroce pour y ajouter foi; de l'autre, il craignait de se rendre coupable de connivence à un pareil scandale. Il chargea les évêques de prendre connaissance de cette affaire, et il voulut qu'ils s'assemblassent à Winchester. On défendit à Alwin de sortir de la ville, et en même temps la reine fut enfermée dans le monastère de Warewell, dans le Hampshire. La première assemblée n'ayant rien décidé, il s'en tint une seconde où plusieurs évêques furent d'avis qu'il ne fallait point donner de suite à l'affaire. C'est ce que le roi désirait ardemment; mais l'archevêque de Cantorbéry insista si fortement sur l'énormité du scandale et sur la nécessité d'y apporter un remède efficace, que l'on prit le parti le plus rigoureux. Emme, comme une autre Suzanne, allait être la victime de ses accusateurs, et ne voyant aucun moyen de prouver son innocence, elle eut recours à Dieu, et pleine de confiance en lui, elle s'offrit à souffrir l'épreuve appelée ordeal ou ordalie. Le jour

ayant été marqué, elle passa en prières la nuit qui le précéda. Lorsque le moment fut arrivé, elle marcha nu-pieds et les yeux bandés sur neuf socs de charrue tout rouges qu'on avait mis dans l'église de Saint-Swithin à Winchester. Ne s'étant fait aucun mal, elle fit éclater sa reconnaissance envers le ciel, qui l'avait protégée d'une manière si visible. Le roi, frappé du prodige, se jeta aux pieds de sa mère et lui demanda pardon de son excessive crédulité. En actions de grâces du miracle, il donna des biens considérables à l'église de Saint-Swithin. La reine et l'évêque Alwin l'enrichirent aussi de leurs biens par le même motif. L'archevêque de Cantorbéry retourna en Normandie et se retira dans le monastère de Jumières, après avoir fait un pèlerinage à Rome en expiation de sa faute. Emme fut rétablie dans son premier état, et mourut à Winchester en 1052.

L'année suivante, le comte Godwin fut emporté par une mort subite. Harold, son fils, lui succéda dans toutes ses dignités. Il vainquit le roi des Gallois méridionaux, qui faisaient des incursions dans les États d'Édouard. Quelques années après, ce prince fut fait prisonnier et mis à mort par le roi des Gallois septentrionaux. Celui-ci envoya la tête de son ennemi à Harold, afin qu'il la présentât à Édouard. Le saint roi, naturellement généreux, laissa les provinces conquises par ses troupes, dans le pays de Galles, aux deux frères du prince qui venait de périr.

En 1058, Édouard perdit le pieux et brave Siward. C'était lui qui, l'année précédente, avait rétabli Malcolm III sur le trône d'Écosse, dont l'usurpateur Macbeth l'avait dépouillé. Dans cette guerre, il donna la plus haute idée de son courage. Quelqu'un lui ayant appris que son fils avait été tué sur le champ de bataille, il demanda s'il était blessé par devant ou par derrière ; et comme on lui assura qu'il était tombé les armes à la main et qu'il était blessé par devant, il se consola en disant qu'il avait toujours désiré un pareil genre de mort pour lui et pour son fils. Sa vertu était d'autant plus solide et plus méritoire qu'il était d'un caractère bouillant et impétueux. Il fut enterré dans l'église de Sainte-Marie, à York.

Quelque temps après mourut aussi Léofric. C'était un homme d'une piété éminente et d'une prudence consommée. Les abondantes aumônes qu'il distribua aux pauvres, les églises qu'il bâtit ou répara, le célèbre monastère qu'il fonda à Coventry, furent les monuments publics de son zèle et de sa charité ; mais il joignit encore à ses vertus une humilité profonde. Les privilèges qu'il accorda à la ville de Coventry ont rendu son nom immortel dans le pays. Édouard trouvait autant de secours que de consolation dans les pieux et sages conseils de ce grand homme. Alfgard, fils de Léofric, fut fait duc de Mercie ; mais il ne se montra pas digne de son père.

Saint Édouard s'est surtout rendu célèbre par ses lois. Il adopta ce qu'il y avait d'utile dans celles que l'on suivait alors et il fit les changements et les additions qu'il crut nécessaires. Depuis, son code devint commun à toute l'Angleterre sous le nom de Lois d'Édouard le Confesseur, titre par lequel elles sont distinguées de celles que donnèrent les rois normands. Elles font encore partie du droit britannique, excepté en quelques points qui depuis ont subi des changements. Les peines infligées aux coupables par ces lois ne sont point sévères, elles reconnaissent peu de crimes punissables de mort ; les amendes y sont déterminées d'une manière fixe et ne dépendent point de la volonté des juges. Elles pourvoient à la sûreté publique et assurent à chaque particulier la propriété de ce qu'il possède. On était rarement dans le cas de sévir, parce qu'on veillait à l'observation des lois

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et que la justice était bien administrée. « La sage administration du pieux roi », dit Gurdon, « avait autant et même plus de pouvoir sur le peuple que le texte des lois ». — « Édouard le Confesseur », dit encore le même écrivain, « ce grand et sage législateur, régnait dans le cœur de ses sujets. L'amour, l'harmonie, l'intelligence qu'il y avait entre lui et l'assemblée générale de la nation, produisirent un bonheur qui devint la mesure de celui que le peuple désirait sous les règnes suivants. Les barons anglais et normands en appelaient à la loi et au gouvernement d'Édouard ».

On rapporte le trait suivant du saint roi. Un jour qu'il était assoupi dans son palais, il vit un domestique venir deux fois prendre de l'argent qu'on y avait laissé exposé. Ce domestique étant venu une troisième fois, le prince l'avertit de prendre garde à lui, et se contenta de lui faire sentir le danger auquel il serait exposé si on le découvrait. Le trésorier particulier d'Édouard, étant arrivé quelque temps après, entra dans une grande colère sur ce qui s'était passé. Édouard essaya de l'apaiser en lui disant que ce malheureux avait plus besoin d'argent qu'eux. Cette action a été blâmée par quelques modernes ; mais on peut la justifier, en disant que le roi fit comprendre au coupable toute l'énormité de son crime ; qu'il crut, d'après les avertissements qu'il lui avait donnés, qu'il se corrigerait à l'avenir ; qu'il regarda le tort qu'on lui faisait comme un tort personnel, et qu'il était persuadé qu'il pouvait pardonner cette faute d'autant plus facilement qu'il n'en résulterait rien de contraire à l'administration de la justice publique.

On a vu peu de princes qui se soient montrés aussi zélés qu'Édouard pour le bonheur de leurs peuples. Il prenait spécialement les malheureux sous sa protection, faisait observer les lois, et voulait que la justice fût rendue avec autant d'intégrité que de promptitude. Il se proposa pour modèle le roi Alfred, qui regardait comme un de ses principaux devoirs d'éclairer sans cesse la conduite de ses juges. Guillaume le Bâtard, duc de Normandie, fut lui-même le témoin des vertus et de la sagesse de son parent, lorsqu'en 1052 il vint le voir en Angleterre.

Édouard, pendant son exil en Normandie, avait fait vœu d'aller visiter le tombeau de saint Pierre à Rome, si Dieu mettait fin aux malheurs de sa famille. Lorsqu'il se fut solidement établi sur le trône, il prépara de riches offrandes pour l'autel du Prince des Apôtres, et disposa tout pour se mettre en état de passer en Italie. Ayant convoqué ensuite l'assemblée générale de la nation, il y déclara l'engagement qu'il avait contracté, et fit sentir l'obligation où il était de témoigner à Dieu sa reconnaissance. Il proposa ensuite les moyens qui lui paraissaient les plus propres à faire fleurir le commerce et à maintenir la paix ; il finit par mettre ses sujets sous la protection du ciel. Les principaux de l'assemblée alléguèrent les raisons les plus fortes pour le dissuader de l'exécution de son dessein. Après avoir loué sa piété, ils lui représentèrent avec larmes les dangers auxquels l'État serait exposé ; qu'on aurait à craindre tout à la fois les ennemis du dedans et du dehors ; qu'ils s'imaginaient déjà voir toutes les calamités tomber sur le royaume. Édouard fut si touché de leurs raisons et de leurs prières, qu'il promit, avant de rien entreprendre, de consulter Léon IX, qui occupait alors la chaire de saint Pierre. Il envoya à Rome, pour ce sujet, Aëlred,

archevêque d'York, Herman, évêque de Winchester, et deux abbés. Le Pape, persuadé que le roi ne pouvait quitter ses États sans exposer son peuple à de grands dangers, le dispensa de l'accomplissement de son vœu ; mais ce fut à condition qu'il distribuerait aux pauvres l'argent qu'il aurait dépensé en venant à Rome, et qu'il bâtirait ou doterait un monastère en l'honneur de saint Pierre.

Sébert, roi des Est-Angles, avait fondé la cathédrale de Saint-Paul de Londres. Quelques auteurs lui ont aussi attribué la fondation d'un monastère en l'honneur de saint Pierre, qui était hors des murs et au couchant de la ville. On dit que ce monastère occupait l'emplacement d'un ancien temple d'Apollon, qu'un tremblement de terre avait renversé : mais le silence de Bède fait croire qu'il fut bâti plus tard par quelque particulier et qu'il était peu de chose dans son origine. On l'appelait Torney. Des Danois l'ayant détruit, le roi Edgard le fit rebâtir. Édouard, après l'avoir réparé, y fit des donations considérables ; il voulut encore qu'il fût honoré d'exemptions et de privilèges, qu'il obtint du pape Nicolas II, en 1059. On lui donna le nom de Westminster, à cause de sa situation. Il est devenu fort célèbre depuis par le sacre des rois et par la sépulture des grands hommes du royaume. C'était la plus riche abbaye de toute l'Angleterre, lorsqu'on y détruisit les monastères.

Plusieurs anciens historiens rapportent divers miracles opérés par le saint roi. Un lépreux le pria instamment de le porter sur son dos royal dans l'église de Saint-Pierre, disant que ce Saint avait promis qu'il guérirait par ce moyen. Ce bon et saint prince se prêta à cette cérémonie rebutante et obtint la guérison du lépreux. Par le signe de la croix, il guérit une femme d'une tumeur chancreuse reconnue incurable. Trois aveugles ont recouvré la vue en appliquant sur leurs yeux l'eau qui lui avait servi à laver ses mains. Il mérita de voir Notre-Seigneur Jésus-Christ pendant le saint sacrifice de la messe et de recevoir visiblement sa bénédiction.

Édouard faisait sa résidence à Winchester, à Windsor et à Londres, mais plus communément à Islip, dans la province d'Oxford, où il était né. Anciennement les seigneurs du royaume demeuraient à la campagne et vivaient parmi leurs vassaux ; ils n'allaient à la cour qu'aux grandes fêtes et dans quelques occasions extraordinaires. La fête de Noël était une des principales où la noblesse se rendait auprès du roi. Édouard la choisit pour la dédicace de la nouvelle église de Westminster, afin que la cérémonie s'en fît avec plus de solennité. Les personnes les plus qualifiées du royaume y assistèrent. Le roi signa l'acte de fondation, et y fit insérer à la fin de terribles imprécations contre ceux qui oseraient violer les privilèges de son monastère.

Après le Prince des Apôtres, celui des Saints auquel il avait le plus de dévotion était saint Jean l'Évangéliste, ce parfait modèle de la pureté et de la charité. Voici à ce sujet une charmante histoire. Édouard ne refusait jamais l'aumône qu'on lui demandait au nom de saint Jean l'Évangéliste. Un jour, n'ayant rien autre chose, il donne son anneau à un étranger qui le priait au nom de saint Jean. Quelque temps après, deux Anglais qui allaient à Jérusalem visiter le saint sépulcre, s'égarèrent un soir et se trou-

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vèrent surpris par la nuit. Comme ils ne savaient plus que devenir, un vénérable vieillard les remit dans leur chemin, les conduisit à la ville, et leur dit qu'il était le disciple bien-aimé de Jésus-Christ; qu'il chérissait singulièrement leur prince, Édouard, à cause de sa chasteté, et qu'il les assisterait aussi dans tout leur voyage à sa considération. Ensuite il leur remit entre les mains la bague que ce prince avait donnée au pauvre pèlerin pour l'amour de lui, les assurant que c'était lui-même, déguisé en pauvre, qui l'avait reçue; et il les chargea de la lui reporter et de l'avertir de sa part qu'au bout de six mois il viendrait le chercher pour le mener avec lui à la suite de l'Agneau sans tache. Ces deux hommes, étant de retour en Angleterre, rapportèrent au roi tout ce que le saint Évangéliste leur avait dit, et lui présentèrent son anneau. Le roi le reçut en fondant en larmes, et rendit grâces à Dieu d'une si grande faveur. Les historiens de sa vie rapportent que ce Saint, en récompense de sa piété, lui fit connaître d'une manière surnaturelle que le moment de sa mort approchait.

En faisant la fondation dont nous venons de parler, Édouard espérait ériger un monument qui attesterait aux siècles futurs son zèle pour la gloire de Dieu et sa dévotion pour le Prince des Apôtres. Il voulait donner à Dieu de vrais serviteurs, qui feraient sur la terre la fonction des anges, qui suppléeraient à l'imperfection de ses bonnes œuvres et qui le remplaceraient quand il ne vivrait plus. Il renouvela en même temps l'offrande qu'il avait déjà faite, et qu'il faisait tous les jours au Seigneur, de lui-même et de tout ce qu'il possédait.

S'étant trouvé mal avant la cérémonie de la dédicace de l'église de Westminster, il n'y assista pas moins jusqu'à la fin; mais il fut obligé de se mettre au lit. Il ne pensa plus qu'à se préparer à la mort par des actes fervents de piété et par la réception des sacrements. Tous les seigneurs de sa cour témoignaient la douleur la plus vive. Voyant la reine fondre en larmes, il lui dit : « Ne pleurez plus; je ne mourrai point, mais je vivrai; j'espère en quittant cette terre de mort entrer dans la terre des vivants pour y jouir du bonheur des Saints ». Il la recommanda ensuite à Harold et à d'autres seigneurs, et il leur déclara qu'elle était restée vierge. Il expira tranquillement le 5 janvier 1066, dans la soixante-quatrième année de son âge, après un règne de plus de vingt-trois ans.

Saint Édouard est représenté, tantôt donnant l'aumône à un lépreux ou le guérissant; tantôt portant un pauvre malade sur ses épaules.

[ANNEXE: CULTE ET RELIQUES.]

Après sa mort, les miracles qui se firent sur son tombeau contribuèrent beaucoup à l'établissement de son culte. Des aveugles y recouvrèrent la vue, quelques paralytiques y furent guéris et des malades y furent délivrés de la fièvre quarte, dont ils étaient tourmentés. Guillaume le Conquérant, qui monta sur le trône d'Angleterre en 1066, fit renfermer son corps dans un cercueil magnifique qui, à son tour, fut placé dans une chasse d'or et d'argent. Trente-six ans après la mort du Saint, en 1102, son corps fut levé de terre par l'évêque de Rochester, qui le trouva entier, flexible et sans corruption, avec ses habits, qui paraissaient encore tout neufs.

Le bienheureux Edouard fut canonisé, en 1161, par Alexandre III, et sa fête fut marquée au 5 janvier. Deux ans après, saint Thomas, archevêque de Cantorbéry, en fit une translation plus solennelle, à laquelle le roi Henri II assista, accompagné de quatorze évêques, de cinq abbés et de toute sa noblesse. Ce prince porta ce saint dépôt sur ses propres épaules dans tout le cloître de l'abbaye de Westminster. Cette translation se fit le 13 octobre, jour auquel on a, depuis, célébré sa principale fête. Le concile national d'Oxford, tenu en 1222, ordonna qu'elle serait d'obligation en Angleterre.

Les rois d'Angleterre, par respect pour la mémoire du Saint, recevaient sa couronne à leur sacre, et se servaient de sa dalmatique et de son manipule. La couronne ayant été changée depuis, celle qu'on y substitua retint le nom de saint Edouard.

LES SAINTS DANIEL, SAMUEL, DONULE, LÉON, HUGOLIN, NICOLAS ET ANGE. 323

Nous avons tiré ce récit des *Vies des Saints*, d'Alban Butler, que nous avons revu et complété.

Événements marquants

  • Exil en Normandie pendant la domination danoise
  • Accession au trône d'Angleterre en 1041
  • Sacre le jour de Pâques 1042
  • Mariage virginal avec Édith
  • Fondation et dédicace de l'abbaye de Westminster
  • Mort en 1066 après 23 ans de règne

Miracles

  • Guérison d'un lépreux en le portant sur son dos
  • Guérison d'une femme d'une tumeur par le signe de la croix
  • Restitution de la vue à trois aveugles par l'eau de ses mains
  • Vision du Christ pendant la messe
  • Incorruptibilité du corps constatée en 1102

Citations

Ne pleurez plus; je ne mourrai point, mais je vivrai; j'espère en quittant cette terre de mort entrer dans la terre des vivants pour y jouir du bonheur des Saints.

— Paroles d'Édouard à la reine Édith sur son lit de mort

Date de fête

13 octobre

Époque

11ᵉ siècle

Décès

5 janvier 1066 (naturelle)

Catégories

Invoqué(e) pour

guérison des écrouelles, guérison des aveugles

Autres formes du nom

  • Édouard le Confesseur (fr)
  • Edward the Confessor (en)

Prénoms dérivés

Édouard, Edward

Famille

  • Éthelred (père)
  • Emme (mère)
  • Alfred (frère)
  • Édith (épouse)
  • Richard II de Normandie (oncle)