Saint Grimbaud (Grimbald)
Religieux de l'abbaye de Saint-Bertin
Résumé
Religieux savant de l'abbaye de Saint-Bertin, Grimbaud fut appelé en Angleterre par le roi Alfred le Grand pour restaurer les sciences et la piété. Premier chancelier présumé d'Oxford et abbé de Winchester, il fut un défenseur rigoureux des libertés ecclésiastiques face aux seigneurs laïcs. Il mourut octogénaire en 903, laissant l'image d'un modèle de douceur et d'érudition.
Biographie
SAINT GRIMBAUD OU GRIMBALD ;
RELIGIEUX DE L'ABBAYE DE SAINT-BERTIN, AU DIOCÈSE D'ARRAS
Vers 903. — Pape : Léon V. — Roi de France : Charles III le Simple.
*Vers virtutes ac si in eis quibus vera inest pietas esse non possunt.*
Les vraies vertus ne peuvent exister que dans ceux qui possèdent une piété véritable.
Saint Augustin, *De civitate Dei*.
Un des religieux les plus savants et les plus saints que présentent les annales de Saint-Bertin au neuvième siècle, c'est Grimbaud, qui passa dans cette abbaye la plus grande partie de sa vie. Les auteurs ne sont point d'accord sur le lieu où il naquit. Meyer, dans ses annales de Flandre, dit que ce fut à Tournai ; d'autres croient que ce fut à Tournehem ou à Thérouanne même. Cette dernière opinion paraît plus probable, surtout quand on considère que ses parents, qui étaient remplis de religion, le placèrent, dès l'âge de sept ans, au monastère de Saint-Bertin, afin qu'il y fût formé à la pratique du bien. Gotzelin, l'un des historiens de cette illustre abbaye, en parle en ces termes : « Tel qu'un nouveau Samuel, Grimbaud se dévoua au culte du Seigneur dès sa plus tendre enfance. Élevé à Saint-Bertin, dans l'école de toutes les vertus, n'ayant de goût que pour les choses du ciel, il devint un homme parfait, et fut pour les anges un spectacle ravissant. Qui pourrait décrire toutes ses vertus ? La nature lui avait prodigué les agréments extérieurs. Il avait une bonté et une douceur inaltérables. Sa conversation était dans le ciel. Tous les objets terrestres lui étaient insipides, et il ne témoignait pour eux que du mépris. Les saintes lectures et l'oraison étaient ses occupations principales ; c'était toujours avec peine qu'il était obligé de les abandonner. Il déclarait une guerre continuelle aux puissances infernales qui tentaient de corrompre son cœur ; il les combattait avec les armes que lui donnait son innocence ». Telle fut la conduite de Grimbaud dès ses premières années.
D'après les supputations des Bollandistes, saint Grimbaud avait dix-neuf
SAINT GRIMBAUD OU GRIMBALD, RELIGIEUX.
ans quand l'abbé Hugues le reçut, en qualité de religieux, dans ce monastère où il avait passé son enfance et son adolescence. Il devint aussitôt pour ses frères un modèle accompli : aussi ses supérieurs ne tardèrent pas à l'élever au sacerdoce. Grimbaud vivait tranquille dans sa chère communauté de Saint-Bertin, lorsque Alfred le Grand l'invita à venir communiquer, à des religieux qu'il avait réunis après les désastres des invasions danoises, les trésors de sa science. Cette demande du roi d'Angleterre étonne peu quand on sait que ce prince, au retour d'un voyage à Rome, s'arrêta à l'abbaye de Saint-Bertin, où il eut occasion d'apprécier la vertu et le savoir de saint Grimbaud. D'ailleurs ce monarque, depuis qu'il était sur le trône, entretenait un commerce de lettres avec Foulques, archevêque de Reims, et auparavant abbé de Saint-Bertin. Des graves auteurs assurent que c'est dans cette circonstance que fut écrite la lettre suivante, qu'on trouve dans les annales d'Angleterre, publiées par Alford. Elle renferme l'éloge le plus complet du bienheureux Grimbaud, adressé au roi par Foulques lui-même. En voici quelques passages : « Vous nous demandez, roi Alfred, un des nôtres et en particulier Grimbaud, prêtre et religieux, afin qu'il soit employé à chasser les loups qui ont pénétré dans le troupeau du Seigneur, et qu'il soit chargé comme pasteur, du gouvernement des âmes. Toute la communauté rend bon témoignage à ce religieux qui, dès sa plus tendre enfance, a été nourri par elle dans la vraie foi et la sainte religion, et que, selon les rites de l'Église, elle a élevé successivement aux différents ordres jusqu'à la dignité du sacerdoce. Même elle le juge très-digne de la charge pastorale et propre à instruire les autres dans la vérité. Nous eussions préféré qu'il le fît dans ce royaume, notre patrie, et, par la volonté de Dieu, nous nous disposions à l'employer à la première occasion. Notre désir était d'avoir pour collaborateur dans notre ministère et pour coadjuteur très-prudent dans l'accomplissement de nos devoirs, celui que nous regardons comme notre fils très-fidèle ; voilà pourquoi ce n'est pas sans une profonde douleur que nous souffrons qu'il nous soit arraché et qu'un si grand espace de terres et de mers le sépare de nous. Au reste, la charité ne connaît pas de préjudice, ni la foi de dommage, et il n'est point d'intervalle qui puisse séparer ceux qu'unit le lien de la véritable charité ; c'est pourquoi nous acquiesçons à votre demande, nous qui ne saurions rien vous refuser... »
Saint Grimbaud se rendit donc auprès du roi Alfred, qui le reçut avec honneur. Presque aussitôt le monarque réunit à Londres un concile des évêques, des abbés et des principaux personnages du royaume. Saint Grimbaud y était présent. À la demande du roi, il prononça un discours remarquable sur la dignité de la nature humaine, que Dieu, dans sa bonté, a daigné créer à son image et à sa ressemblance. Puis il montra comment, par l'ingratitude et le péché de nos premiers parents, cette dignité tomba et fut anéantie. Il ajouta ensuite plusieurs considérations pour détourner ses auditeurs des passions charnelles, et les rappeler à une vie sainte, grave, chaste et sévère, à la grandeur d'âme et à un généreux mépris de toutes les choses terrestres. Il réveilla en eux le souvenir des bienfaits que Dieu leur avait accordés ainsi qu'à tous les hommes. Et afin de les éloigner encore davantage du vice et de les exciter plus efficacement à la vertu, il leur rappela les récompenses promises aux justes et les châtiments éternels réservés aux pécheurs. Ce discours fut écouté religieusement et produisit des fruits abondants dans les âmes. Tous bénissaient le Seigneur et le remerciaient de ce qu'il avait envoyé vers eux un homme si saint et si versé dans la connaissance de sa loi.
8 JUILLET.
Pendant son séjour en Angleterre, saint Grimbaud correspondit avec succès aux intentions du roi Alfred. Il enseigna les sciences sacrées dans l'université d'Oxford, fondée ou du moins rétablie par ce grand monarque. Il paraît même, d'après les annales de Winchester, que l'humble moine de Saint-Bertin a été le premier chancelier de cette école si renommée. Saint Grimbaud y passa plusieurs années, ainsi que les religieux qui l'avaient suivi. Malgré son savoir éminent et la supériorité de sa méthode, il ne put satisfaire l'esprit étroitement jaloux de quelques hommes. Leur prétention d'ailleurs de continuer une première école, qui, à les en croire, remontait à l'époque où saint Germain d'Auxerre vint en Angleterre, leur inspirait un éloignement, une opposition même, qui trouve facilement son explication dans l'amour-propre national. Témoin de ces dispositions malveillantes, saint Grimbaud, qui ne cherchait que la gloire de Dieu, s'éloigna et revint dans sa chère abbaye de Saint-Bertin, où sa présence allait devenir nécessaire.
En effet, peu de temps après son retour, l'abbé Rodolphe mourut, et le comte de Flandre, Baudouin II, chercha à s'emparer du monastère en s'imposant lui-même pour abbé, comme il l'avait déjà fait ailleurs. Saint Grimbaud fit preuve alors d'une grande présence d'esprit et d'un admirable désintéressement. Député vers le roi Charles le Simple par ses frères, qui avaient en lui une entière confiance et qu'il dirigeait depuis la mort de Rodolphe, il déclara à ce prince que tous les religieux étaient disposés à quitter leur abbaye pour aller chercher ailleurs un asile, s'il cédait aux injustes prétentions de Baudouin. Le monarque, frappé du rare mérite de l'homme de Dieu qui parlait, voulut le nommer lui-même abbé de Saint-Bertin, mais Grimbaud refusa, et comprenant que pour imposer au comte de Flandre et ne point céder à ses violences, il fallait un homme d'une grande autorité, il proposa au roi le bienheureux Foulques, qui, en plus d'une occasion, avait déjà résisté à ce seigneur. Ce conseil fut accepté, et l'archevêque de Reims nommé pour la seconde fois abbé de Saint-Bertin.
On voit dans la vie de ce prélat comment il périt par la main des assassins, victime de son amour pour l'Église et de sa fidélité à défendre ses droits. À la nouvelle de ce meurtre, saint Grimbaud comprit que Baudouin, oppresseur des libertés ecclésiastiques, ne s'arrêterait pas à sa première victime, et qu'il chercherait à l'atteindre lui-même. Il sut bientôt, en effet, qu'on allait se mettre à sa poursuite, et afin d'accomplir la parole du Sauveur, qui commande de fuir d'un lieu dans un autre quand on est persécuté, il retourna en Angleterre auprès du roi Alfred. Le monarque le reçut avec joie, et le nomma peu de temps après abbé du monastère de Winchester qu'il venait de bâtir. C'est là que ce pieux enfant de Saint-Bertin continua, jusque dans un âge très-avancé, les œuvres saintes qu'il avait pratiquées dès son enfance. Sentant que sa fin approchait, le vénérable vieillard demanda au Seigneur qu'il lui plaît de lui envoyer une infirmité longue et douloureuse, qui le purifiait de ses moindres souillures et le préparait à entrer dans la cité céleste. Sa prière fut exaucée : une maladie aiguë dont il fut saisi, lui donna le moyen de souffrir pour Dieu et d'offrir à ses enfants le plus touchant exemple de patience et de résignation. Saint Grimbaud remit son âme à son créateur le 8 juillet 903 ou 904, dans sa quatre-vingt-troisième année. Son corps, déposé au monastère de Winchester, ne tarda pas à y recevoir les hommages des fidèles qui avaient tous une haute opinion de sa sainteté. Dès le milieu du siècle suivant, on lit la prière suivante, qui suppose que déjà l'on célébrait la mémoire du saint abbé : « Bénissez, Seigneur, tout ce peuple, réuni pour la solennité du très-Bienheureux confesseur Grimbaud, et faites qu'étant fortifié par ses éclatants exemples, il mérite d'être inscrit au livre de l'éternelle béatitude ».
*Vies des Saints des diocèses de Cambrai et d'Arras*, par l'abbé Dastembes. — *Cfr Acta Sanctorum*, viii julii ; *Le Légendaire de la Morinie*.
Événements marquants
- Entrée au monastère de Saint-Bertin à l'âge de sept ans
- Élévation au sacerdoce par ses supérieurs
- Invitation par le roi Alfred le Grand en Angleterre
- Enseignement à l'université d'Oxford
- Retour à Saint-Bertin et opposition aux prétentions de Baudouin II
- Nomination comme abbé du monastère de Winchester
Citations
Les vraies vertus ne peuvent exister que dans ceux qui possèdent une piété véritable.