Saint Euthyme le Grand
Abbé en Palestine
Résumé
Né à Mélitène au IVe siècle après une promesse divine, Euthyme devint l'un des plus grands abbés de Palestine. Figure centrale du monachisme oriental, il vécut en ermite près de Jéricho, fonda plusieurs laures et convertit de nombreux Sarrasins. Défenseur acharné de l'orthodoxie lors du concile de Chalcédoine, il mourut presque centenaire en 473.
Biographie
SAINT EUTHYME, SURNOMMÉ LE GRAND,
ABBÉ EN PALESTINE
Il s'est souvenu que nous ne sommes que poussière, et que les jours de l'homme passent comme l'herbe.
Euthyme sortait d'une noble et riche famille établie à Mélitène, dans la petite Arménie. Son père s'appelait Paul, et sa mère Denyse ; le seul déplaisir de se voir sans enfants troublait leur bonheur. Ils eurent recours à la prière pour en obtenir de Dieu, et afin de rendre leurs oraisons plus efficaces, ils implorèrent saint Polyeucte, martyr. Leurs vœux furent exaucés ; car, comme ils étaient une nuit dans l'église, ils entendirent une voix qui leur dit : « Prenez courage ; Dieu vous donnera un fils que vous nommerez Euthyme, comme marque de la douceur de son esprit et de la tranquillité de son âme ; toute sa vie répondra à un nom si favorable, et Dieu, au temps de sa naissance, rendra la paix à son Église ». L'événement vérifia cette prédiction. Denyse devint mère d'un fils qui fut nommé Euthyme. La persécution, qui avait duré 40 ans, sous les règnes de Constance, de Julien l'Apostat et de Valens, cessa entièrement par la mort de ce dernier, qui fut brûlé par les Barbares dans un bourg près d'Andrinople (378).
Euthyme n'avait que trois ans lorsque son père mourut ; c'est pourquoi Eudoxe, son oncle maternel, se chargea de son éducation ; et, comme il assistait Otrée, évêque de Mélitène, dans les fonctions de sa charge, il le lui fit offrir pour le service des autels. Ce saint prélat le reçut en disant, comme par prophétie : « Vraiment le Saint-Esprit reposera sur cet enfant » ; puis il le baptisa, lui coupa les cheveux et le mit au nombre des lecteurs ; et sachant que sa mère passait toute sa vie dans des exercices de piété, il l'établit diaconesse de son évêché. Les femmes qui étaient appelées à ce ministère étaient employées particulièrement lorsqu'on administrait le Sacrement de Baptême aux personnes de leur sexe. Elles les instruisaient et les catéchisaient.
Dès qu'Euthyme fut en âge d'apprendre les sciences, le saint évêque le mit entre les mains d'Acace et de Synode qui avaient tous deux soutenu plusieurs combats pour la foi de Jésus-Christ. Il fit tant de progrès dans les lettres et dans la vertu, sous de si excellents maîtres, qu'il fut jugé digne d'être élevé jusqu'au sacerdoce et de prendre la conduite de tous les monastères de religieux et de solitaires qui étaient dans le diocèse de Mélitène. Mais comme l'amour de la solitude et du silence semblait être né avec Euthyme, il résolut de se délivrer de ce grand soin en sortant secrètement de la ville pour aller visiter les Saints Lieux à Jérusalem. Après avoir contenté sa dévotion, il alla voir les Pères qui étaient retirés dans les déserts ; leur manière de vivre redoubla son ardeur pour la retraite, il voulut voir la laure de Pharan éloignée de six milles de Jérusalem, et y trouvant une cellule fort propre au repos et au silence, il y établit sa demeure. Là, il se proposa d'imiter le grand Arsène dont la réputation courait alors partout l'Orient. Il jeûnait toute la semaine sans rien prendre que le dimanche ; jamais personne ne l'a vu couché pour se reposer ; quand la nature était accablée, il s'appuyait seulement contre la muraille où il se tenait à une corde qui pendait au plancher ; dès qu'il avait fermé les yeux, il s'éveillait en s'excitant par ces paroles du même Arsène : « À quoi penses-tu, lâche et misérable ? »
Il fit connaissance avec un autre saint religieux, nommé Théoctiste, afin de s'embraser mutuellement en l'amour divin par leurs pieux entretiens. Ils ne manquaient point, tous les ans après l'Octave de l'Épiphanie, de s'en aller dans la solitude de Cutile, pour ne s'occuper que de Dieu, jusqu'au dimanche des Rameaux, jour auquel ils retournaient en leurs cellules de Pharan, remplis de grâces et de richesses spirituelles. Au bout de cinq ans, ils se retirèrent ensemble dans une grande caverne, à quatre petites lieues de Jérusalem, du côté de Jéricho, où Dieu les conduisit comme par la main, pendant qu'ils marchaient dans un désert plus écarté ; mais, après y avoir demeuré longtemps inconnus et sans autre aliment que des herbes que la terre produisait en ce lieu, Dieu, qui les destinait au salut de plusieurs, permit qu'ils fussent découverts par des bergers du village de Lazare. Deux religieux de Pharan, nommés Marin et Lucas, ayant appris où ils étaient, et touchés de leur vertu, se mirent sous leur conduite, sous laquelle ils devinrent si grands maîtres de la vie religieuse, qu'ils bâtirent depuis plusieurs monastères et élevèrent l'illustre Théodose, leur disciple, à ce point de perfection qui le rendit le chef et le fondateur de tant de monastères en Palestine. Plusieurs autres s'étant aussi mis sous leur conduite, cet ermitage fut bientôt changé en un couvent, et leur caverne en une église.
Saint Euthyme laissait à son collègue Théoctiste le soin d'admettre et d'instruire ceux qui se présentaient pour être reçus, ainsi que le gouvernement du monastère, son attrait le portant toujours à la vie cachée et au silence. Les frères venaient chaque jour auprès de lui pour lui découvrir leurs plus secrètes pensées, et il donnait à chacun d'eux des remèdes propres à ses maux. Il leur parlait avec une affection de père et les exhortait principalement à l'humilité, au dépouillement de leur propre volonté, au travail des mains, au silence et à la mortification, vertus dont il montrait constamment l'exemple lui-même. Il ne pouvait néanmoins souffrir que quelques jeunes religieux affectassent de jeûner plus austèrement que les anciens, parce qu'il désirait, selon le précepte de l'Évangile, qu'au lieu de faire éclater le bien qu'on faisait, on le cachât le plus qu'il serait possible. Il disait que les armes nécessaires à un religieux, pour soutenir les efforts des ennemis invisibles, étaient la douceur, la modération, la discrétion, l'obéissance et une méditation continue de la loi de Dieu.
Les chrétiens ne furent pas les seuls qui cherchèrent ce saint solitaire jusque dans sa caverne, les Sarrasins même l'y allèrent trouver dans l'occasion que je vais dire. Térébon, fils d'un chef de ces barbares nommé Aspébète, était atteint d'une paralysie de la moitié du corps, sans que la médecine non plus que la magie le pussent soulager ; il eut recours au vrai Dieu et promit que s'il guérissait il embrasserait le Christianisme. Il était dans ces pensées, lorsqu'un doux sommeil lui étant survenu, il vit en songe une personne qui lui dit de s'en aller à la caverne d'Euthyme et lui en montra le chemin. Le jeune homme ayant raconté cette vision à son père, ils allèrent tous deux, avec une grande suite, trouver le saint solitaire qui, faisant le signe de la croix sur le paralytique, lui rendit une parfaite santé, et ce miracle fut cause de la conversion du chef et de tous ses gens, qui reçurent le saint baptême où Aspébète prit le nom de Pierre ; Maris, son beau-frère, embrassa la vie religieuse, n'ayant point voulu s'en retourner avec les autres.
Quelque temps après, le prince arabe, qui s'était fait prédicateur de l'Évangile, revint trouver Euthyme avec une troupe de Sarrasins qu'il avait gagnés à Jésus-Christ, pour lui offrir de quoi bâtir des monastères dans cette solitude, afin d'y loger ce grand nombre de serviteurs de Dieu qu'il lui amenait. Mais comme notre Saint ne respirait que la retraite et le silence, il renvoya cette multitude à son fidèle Théoctiste, et cependant il chercha de nouveaux déserts où il put ne vaquer qu'à Dieu seul. Pour cet effet il prit avec lui un saint religieux, nommé Domitien, et s'en alla sans que personne s'en aperçût, au désert de Ruban vers la mer Morte, que l'on regarde comme celui où le Sauveur voulut être tenté pour triompher du tentateur même, et qui pour cette raison s'appelle le Désert de la Quarantaine. Là, il monta sur la montagne de Mardes où le même Sauveur fut porté par le démon ; puis il descendit en la solitude de Zyphon, dite autrement Engaddi, qui est proche du bourg d'Aristobule, pour y voir la caverne où David se retira lorsque Saül le persécutait. Les habitants de ce bourg et des autres lieux voisins lui bâtirent un monastère, après l'avoir vu chasser le démon du corps d'un jeune homme qui était cruellement tourmenté.
Euthyme voyant que l'affluence de ceux qui le venaient voir allait toujours en augmentant, voulut fuir de nouveau et se mit en chemin avec son disciple Domitien pour retourner auprès de Théoctiste. Il n'était pas éloigné d'une lieue du monastère qu'il découvrit un endroit très-propre au désir qu'il avait de vivre seul, et il s'y arrêta. Aussitôt que Théoctiste le sut, il l'alla trouver et le conjura de retourner au monastère pour y passer sa vie avec les autres solitaires. Mais, comme cet homme admirable avait un amour extraordinaire pour la retraite et pour le silence, tout ce que Théoctiste put obtenir de lui fut qu'il viendrait les voir tous les dimanches et se trouverait à leurs assemblées.
Lorsqu'il disait la sainte messe, il voyait souvent des troupes d'Anges qui assistaient à cet auguste sacrifice, et quand il administrait la sainte Eucharistie, Dieu lui faisait connaître l'état des communiants dont les uns recevaient la mort, tandis que les autres trouvaient la vie dans ce pain céleste. Mais, puisque nous parlons des grâces extraordinaires de saint Euthyme, je dirai quelques merveilles qu'on raconte de lui. Quatre cents Armeniens, qui descendaient de Jérusalem vers le Jourdain, s'étant égarés, vinrent à la laure pour y demander des vivres. Le Saint, bien qu'il n'y eût pas de quoi nourrir les frères durant un jour, commanda de leur préparer à manger; par un miracle digne du pouvoir de Jésus-Christ, on trouva la boulangerie si pleine de pain, qu'on eut peine à en ouvrir la porte. Le vin et l'huile se multiplièrent aussi en telle abondance, qu'il y en eut de quoi fournir à cette nombreuse caravane. Dans un temps de sécheresse, où l'on pouvait dire avec l'Écriture que « la terre était de fer et le ciel d'airain », les habitants des bourgs et des villages de la laure vinrent trouver le Saint avec des croix en leurs mains et en chantant encore plus de cœur que de bouche : *Kyrie eleison!* Seigneur ayez pitié de nous. Alors, Euthyme touché de compassion leur dit : « Mes enfants, comme je ne suis qu'un misérable pécheur et que j'ai plus grand besoin que nul autre de la miséricorde de Dieu, principalement dans un temps où il fait éclater sa colère, je ne suis pas assez hardi pour oser m'adresser à lui; mais parce qu'il est infiniment bon, prosternons-nous devant sa face et il nous exaucera ». Après avoir ordonné au peuple de prier, il entra avec les solitaires dans un oratoire; lorsqu'il eut fait son oraison, il survint un si grand orage que la terre en fut abondamment arrosée. On rapporte aussi plusieurs prédictions de saint Euthyme: ainsi, il annonça longtemps d'avance l'épiscopat d'Anastase, qui fut patriarche de Jérusalem, et la chute de la princesse Eudoxie: cette femme demeura quelque temps dans l'hérésie des Eutychiens qui confondaient les deux natures en Jésus-Christ; comme elle était fort vertueuse, elle ne persista guère dans son erreur, en ayant fait abjuration par les soins de notre Saint, à qui saint Siméon Stylite, qu'elle avait consulté là-dessus, l'avait renvoyée. Un de ses religieux, nommé Domne, manifestant le désir d'aller trouver Jean, patriarche d'Antioche, son oncle, qui s'était laissé surprendre aux sentiments de Nestorius, notre Saint essaya de l'en détourner, en lui prédisant que ce voyage lui serait funeste. Domne passa outre. Son oncle étant mort, il lui succéda; mais au bout de quelques années, il fut dépossédé du patriarcat, selon que le Saint le lui avait dit: ce qui le fit rentrer en lui-même. Touché d'un extrême regret de ne l'avoir pas cru, il vint tout fondant en larmes le retrouver.
Outre le don de prophétie, le bienheureux Euthyme avait encore la grâce de pénétrer le fond des consciences et de connaître, au moindre geste, ce qu'il y avait de plus caché dans l'âme des personnes qui se présentaient à lui. Il se servit très-utilement de cette faveur du ciel pour la conduite de ses religieux. Par ce moyen, il rassura dans leur vocation deux frères, nommés Maron et Clémas qui, s'ennuyant des austérités de la règle, avaient comploté ensemble de s'enfuir la nuit; il délivra un autre religieux de l'esprit de fornication, dont il reconnut qu'il était possédé pour avoir succombé à une mauvaise pensée; il vit l'ange gardien d'un moine lui arracher l'âme avec un trident, parce qu'il n'était qu'un impudique, quoiqu'en apparence il semblât mener une vie très-chaste; enfin, par cette lumière céleste, il voyait l'état de plusieurs autres personnes qui étaient près d'entrer dans la gloire, ou d'être précipitées dans les enfers.
Il serait trop long de rapporter des exemples de toutes les vertus du bienheureux Euthyme; il suffit de dire en général que sa douceur et sa bonté étaient telles qu'il gagnait par cette voie les esprits les plus farouches, que sa chasteté était semblable à celle des Anges, que son humilité était très-profonde, que sa charité était infatigable, et que sa modestie inspirait la dévotion. Cependant, nous ne pouvons nous dispenser de dire quelque chose du grand zèle qu'il a eu pour la défense de la foi catholique, puisque c'est l'éloge que lui donne le Martyrologe romain. On ne pouvait se lasser d'admirer que le divin Euthyme, d'un naturel si doux et si modéré, brûlat d'un si grand zèle lorsqu'il s'agissait de la foi ; il combattait avec une ardeur incroyable les hérétiques, particulièrement les Manichéens et les Origenistes dont il ramena un fort grand nombre au giron de la sainte Église. Il n'agissait pas avec moins de vigueur contre ceux qui étaient infectés des erreurs d'Arius, de Sabellius et de Nestorius, qui régnaient alors par tout l'Orient. On était tellement persuadé de la sincérité de son zèle, que quelques évêques ne voulurent souscrire au concile œcuménique de Chalcédoine, qu'après en avoir communiqué les actes à saint Euthyme, pour savoir s'il approuverait ce qui avait été résolu. Une approbation d'un tel poids aurait persuadé presque tous les religieux ; mais un nommé Théodose, qui, sous un habit de moine, cachait un esprit diabolique, forgea à plaisir des objections à ce concile, pour montrer qu'il renouvelait les dogmes de Nestorius. Ayant gagné par ses artifices les bonnes grâces de l'impératrice Eudoxie et usurpé le patriarcat de Jérusalem, il retint la plupart des moines dans leurs erreurs. L'Église de la Palestine était dans l'état le plus déplorable : il n'y avait, parmi tous les religieux, que les disciples du grand Euthyme qui refusassent de communiquer avec ce faux patriarche ; et, quoique cet impie fit plusieurs tentatives pour engager à son parti un si excellent homme, il trouva toujours en lui une fermeté inébranlable dans la foi orthodoxe et pour la défense du saint concile. Notre Saint eut alors de quoi contenter son zèle, en travaillant à fortifier les fidèles dans les dogmes de l'Église catholique et à ramener ceux que le malheureux Théodose avait pervertis par ses violences ou par ses artifices. On remarque parmi ceux qu'il ramena à la foi, outre l'impératrice, un excellent anachorète, nommé Gérasime, qui avait été surpris par les hérétiques. C'est ce saint homme qui bâtit depuis une laure où l'on vivait d'une manière admirable.
Enfin, après que ce très-saint abbé eut envoyé au ciel plusieurs de ses disciples, Dieu, qui lui avait révélé tant de secrets durant le cours de sa vie, ne voulut pas lui cacher le plus important de tous, celui de son décès. Trois jours avant qu'il arrivât, il en donna avis à tous ses religieux qu'il fit assembler en un lieu particulier pour les exhorter à l'observance de leur sainte règle et à la pratique de toutes les vertus, principalement de la charité, de l'humilité et de la chasteté. Il leur recommanda aussi d'avoir soin de trois sortes de personnes : des tentés, des malades et des hôtes. Puis il demanda qui ils désiraient avoir pour leur supérieur : à quoi ils répondirent tous d'une voix : Domitien ! « Cela ne se peut », repartit le Saint, « car il ne me survivra que de sept jours ». Ils le prièrent donc de leur donner Elie, qui était économe d'un des monastères d'en bas et originaire de Jéricho. Voici ses dernières paroles : « Si je trouve grâce devant Dieu, la première chose que je lui demanderai sera d'être toujours en esprit avec vous et avec ceux qui vous succéderont ». Après quoi il les renvoya et ne retint auprès de lui que Domitien, avec lequel il passa les trois jours suivants ; enfin, le samedi, à minuit, il s'endormit dans le Seigneur, le 20 janvier de l'année 473, âgé de quatre-vingt-dix-sept ans ; il en avait passé soixante-huit dans la solitude.
Le bruit de cette précieuse mort se répandit aussitôt de tous côtés, et il accourut une si grande multitude de peuple aussi bien que de religieux, qu'Anastase, patriarche de Jérusalem, qui s'y était trouvé avec son clergé, fut contraint de se servir de soldats pour fendre la presse, afin de pouvoir faire les cérémonies des funérailles. Gérasime, qui, de sa cellule, avait vu cette bienheureuse âme s'en aller au ciel en compagnie des Anges, ne manqua pas d'y assister. Martyrius et Elie, fidèles disciples d'Euthyme, mirent ce saint corps en terre. Domitien, qui était demeuré plus de cinquante ans auprès du Saint n'abandonna point son tombeau où, la nuit du septième jour, il lui apparut avec un visage gai et l'appela par ces paroles : « Venez jouir de la gloire qui vous est préparée : car Dieu veut que nous demeurions ensemble ». Domitien alla trouver ensuite toute la communauté qui était alors assemblée, leur raconta cette vision, et mourut avec la consolation que lui donnait l'espérance d'aller jouir des biens éternels en la compagnie d'Euthyme.
L'année suivante, le 7 mai, le corps de notre Saint fut transféré solennellement de la caverne où on l'avait mis et qui avait été si longtemps la dépositaire de ses soupirs, de ses larmes, de ses prières et de toutes ses austérités, en une belle église que le patriarche de Jérusalem avait fait bâtir en son honneur. Depuis ce temps, la fête de saint Euthyme fut si célèbre chez les anciens anachorètes et cénobites, qu'ils la solennisaient avec autant de vénération que celle du grand saint Antoine, le 20 janvier, ainsi qu'elle est marquée au Martyrologe romain. Il s'est fait plusieurs miracles depuis sa mort, à l'invocation de son nom, et à son sépulcre, où l'on dit qu'il coulait une certaine huile qui servait à la guérison des malades.
La vie de saint Euthyme a été écrite par le moine Cyrille, l'un des plus fidèles auteurs de l'antiquité; elle est rapportée dans Surius, et Botlandus y a ajouté de savantes annotations.
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## SAINT MINASE, ABBÉ DE CONDAT (490).
Saint Misase fut associé par saint Lupicin au gouvernement du monastère de Condat et des communautés qui en dépendaient. Après la mort de saint Lupicin, il se donna lui-même, étant d'une santé faible, un coadjuteur dans la personne de saint Oyend. Il envoya deux religieux à Rome pour en apporter des reliques ; ils en apportèrent des saints apôtres Pierre, Paul et André, lesquelles furent déposées sous l'autel, dans l'église du monastère de Condat. Il mourut vers l'an 490. Son souvenir resta en vénération parmi les religieux du Jura, et la chronique de Condat le désigne avec le titre de saint.
Voyez Vie des Saints de Franche-Comté, par les professeurs du collège Saint-François-Xavier de Besançon.
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## SAINT DIDIER, ÉVÊQUE DE THÉROUANNE (1194).
Didier eut pour père Roger le Jeune, quatrième des châtelains de Lille. Il fut le trente-troisième évêque de Thérouanne, et gouverna ce diocèse avec le plus grand zèle depuis 1159 jusqu'à 1191. Il fonda, en 1186, la belle abbaye de Blandecques, près de Saint-Omer, pour des religieux de l'Ordre de Cîteaux. On y a vénéré très-longtemps une image miraculeuse sous le nom de Notre-Dame de Liesse. Didier jouissait de la réputation la plus sainte, même de son vivant. Il avait des relations avec les personnages les plus distingués dans l'Église, notamment avec l'abbé de Clairvaux, Gérard, qui fut tué en 1175. Les souverains pontifes eux-mêmes le chargèrent de missions spéciales, et confièrent à ses décisions les causes litigieuses les plus difficiles. Didier mourut le 20 janvier 1194, trois ans après avoir donné sa démission de la charge pastorale. Raisain et Molanus l'eut inscrit dans leurs fastes sacrés au 20 janvier, sous le titre de bienheureux.
Notice fournie par M. Van Drival, directeur au grand séminaire d'Arras.
MARTYROLOGES. 503
Événements marquants
- Naissance à Mélitène suite aux prières de ses parents à saint Polyeucte
- Baptême et entrée dans les ordres mineurs par l'évêque Otrée
- Départ secret pour Jérusalem et installation dans la laure de Pharan
- Retraite dans une caverne près de Jéricho avec Théoctiste
- Conversion du chef sarrasin Aspébète (Pierre) après la guérison de son fils
- Défense du concile de Chalcédoine contre les hérésies
- Mort à l'âge de 97 ans après 68 ans de solitude
Miracles
- Multiplication du pain, du vin et de l'huile pour 400 Arméniens
- Obtention de la pluie par la prière lors d'une grande sécheresse
- Guérison du paralytique Térébon par le signe de la croix
- Vision d'anges lors de la célébration de la messe
- Don de prophétie et lecture des consciences
Citations
À quoi penses-tu, lâche et misérable ?
Si je trouve grâce devant Dieu, la première chose que je lui demanderai sera d'être toujours en esprit avec vous