Saint Macaire d'Antioche
Archevêque d'Antioche
Résumé
Noble arménien devenu archevêque d'Antioche, Macaire abandonne sa charge par humilité pour voyager en pèlerin. Après avoir survécu aux tourments des Sarrasins et accompli de nombreux miracles à travers l'Europe, il finit ses jours à Gand en 1012. Il s'offre en victime pour faire cesser une épidémie de peste qui ravageait la ville.
Biographie
SAINT MACAIRE, ARCHEVÊQUE D'ANTIOCHE
Macaire était arménien, de parents nobles et illustres ; son père s'appelait Michel et sa mère Marie. Il avait un parent nommé Macaire, archevêque d'Antioche. Ce saint archevêque voulut être parrain de notre Saint, et, lui ayant donné le nom de Macaire, il le prit chez lui pour l'élever dans la piété et le former aux belles-lettres et à tous les exercices qui en pouvaient faire un excellent ecclésiastique et un ministre fidèle de Jésus-Christ.
Le jeune Macaire fit de tels progrès dans son école, qu'il se rendit bientôt capable, par sa science et par sa vertu, des emplois les plus importants et des premières dignités de l'Église. Aussi, l'archevêque, se voyant près de mourir, crut qu'il ne pouvait procurer un plus grand avantage à Antioche, que de l'y laisser pour son successeur. Il en fit la proposition à son clergé et à son peuple, qui y consentirent tout d'une voix ; de sorte qu'après la mort de l'ancien Macaire, le jeune prit possession de sa chaire et fut intronisé comme archevêque d'Antioche.
Alors ses vertus, qu'une vie privée avait tenues plus secrètes, parurent
SAINT MAGAIRE, ARCHEVÊQUE D'ANTIOCHE.
avec un merveilleux éclat. On vit en lui un détachement parfait de toutes les choses de la terre, qu'il regardait avec mépris, parce qu'il en connaissait la vanité ; une aversion pour tous les plaisirs et les divertissements de la vie ; une assiduité continuelle à mortifier ses sens et ses appétits, et à crucifier sa chair par des jeûnes, des veilles et d'autres austérités ; une tendresse et une compassion pour tous les malheureux, auxquels il distribuait libéralement ses biens, n'ayant rien qui ne lui fût commun avec les pauvres ; une douceur et une bénignité si constantes, que ni les injures, ni les mauvais traitements, ni les persécutions ne la pouvaient altérer ; une prudence de vieillard dans le gouvernement de son diocèse ; enfin, une piété si tendre envers Dieu, que les larmes lui coulaient sans cesse des yeux. Ces insignes vertus étaient aussi accompagnées du don des miracles : deux lépreux furent guéris par le seul attouchement de ses mouchoirs trempés de ses saintes larmes, et l'eau qu'il avait touchée était un souverain remède contre toutes sortes de maladies.
Il gouverna quelque temps l'Église d'Antioche ; mais craignant que l'honneur qu'il recevait à tous moments ne lui fût perdre ce que l'humilité lui avait acquis, il résolut d'en fuir au plus tôt les occasions. Il distribua, pour cet effet, tous ses biens aux églises et aux pauvres ; et s'étant, par un mouvement divin, démis de sa charge entre les mains d'un prêtre de grand mérite, nommé Éleuthère, il s'associa quatre de ses plus fidèles amis, et quitta secrètement sa ville pour passer en un autre lieu, où la Providence divine le conduirait.
Il prit son chemin par la Palestine, pour y arroser de ses larmes les lieux sanctifiés par celles de Jésus-Christ ; et il n'y perdit aucune occasion de s'entretenir et de discuter avec les Juifs et les Sarrasins, afin de les convaincre de leurs erreurs et de les attirer à la connaissance de l'Évangile. Mais ces infidèles, qui ne pouvaient répondre à ses raisonnements, conçurent une telle rage contre lui, que, s'étant saisis de sa personne, ils le traînèrent en prison, l'étendirent en forme de croix, lui attachèrent les pieds et les mains avec de longs clous fichés en terre, et lui firent souffrir toutes les ignominies et tous les tourments imaginables. Ils lui mirent même sur la poitrine une grosse pierre qu'ils avaient fortement chauffée. Mais la terre rejeta ses clous, et Dieu réduisit tous les artifices que l'impiété de ces infidèles avait inventés ; le Saint sortit libre de prison, sans aucun dommage : ce qui étonna si fort ces Sarrasins, qu'ils lui demandèrent pardon ; quelques-uns, reconnaissant le pouvoir de la Croix, reçurent la foi de Celui qui avait souffert pour leur salut.
Cependant, les parents de Macaire, affligés de son éloignement, envoyèrent après lui pour le détourner de son dessein et le faire revenir à Antioché ; mais Dieu frappa leurs courriers de cécité, et ils furent obligés de se jeter aux pieds du Saint pour lui demander son assistance dans une si grande misère : il en eut compassion, et par le signe de la croix, leur rendit la vue, à condition qu'ils s'en retourneraient sans l'inquiéter dans la poursuite de son voyage.
Il prit donc son chemin vers l'Occident ; traversant plusieurs pays, il vint jusqu'en Bavière ; et, passant par Mayence, Cologne, Malines, Maubeuge, Cambrai et Tournai, il se rendit enfin dans la ville de Gand. Partout ce ne furent que miracles : dans le Levant il avait rendu l'usage de la parole et de l'ouïe à un vieux Sarrasin, qui était muet et sourd depuis l'âge de neuf ans ; rencontrant un pèlerin qui se faisait conduire à Jérusalem, il lui avait obtenu la vue par ses prières. En Bavière, il délivra du mal caduc la
10 AVRIL.
femme du seigneur Adalbert, qui, par charité, l'avait logé chez elle. A Cologne, il guérit son hôte du même mal. A Malines, il éteignit, par ses prières, un grand incendie qui menaçait de réduire toute la ville en cendres. A Tournai, il apaisa, par sa prudence, une sédition populaire si furieuse, que toutes les industries du prince Baudouin le Vieux n'avaient pu détourner cet orage. A Cambrai, l'entrée de l'église de Notre-Dame lui ayant été refusée, les portes s'ouvrirent d'elles-mêmes pour lui faire passage. A Maubeuge, un valet qui l'avait méprisé fut frappé d'une lèpre dont il ne put guérir.
Je n'aurais jamais fini si je voulais écrire toutes les particularités de son voyage ; je passe à son dernier séjour, qui fut en la ville de Gand, où il arriva l'an de Notre-Seigneur 1011. Il se retira au monastère de Saint-Bavon ; étant tombé en une dangereuse maladie, il en fut guéri dans une vision ; saint Bavon, Saint Landoald et d'autres bienheureux lui apparurent durant son sommeil.
Il arriva en ce temps-là, à Gand, une peste si cruelle, qui se formait dans la bouche, qu'il y mourait chaque jour plus de six cents personnes. On publia un jeûne universel et des processions publiques pour apaiser la colère de Dieu. Notre-Seigneur, qui voulait faire de saint Macaire une victime pour expier les péchés de son peuple, permit qu'il fût frappé de ce fléau. Il perdit d'abord l'usage de la parole, prédisant néanmoins par signes, que lui avec deux autres mourraient encore de cette maladie, et qu'ensuite elle serait éteinte. Il ne fit point de testament, parce qu'il était trop pauvre et ne laissait rien.
On le porta dans l'église de Notre-Dame, où il marqua, avec son bâton, le lieu de sa sépulture devant l'autel de saint Paul ; puis, ayant donné sa bénédiction au peuple, il se retira en sa chambre. Plusieurs y étant demeurés, ils furent extrêmement effrayés d'un certain tremblement qui y arriva par la descente des esprits bienheureux, pareil à celui que le grand saint Grégoire rapporte en la vie de saint Paulin, évêque de Nole. Enfin, il mourut le 10 avril, l'an de Notre-Seigneur 1012. Sa prophétie fut accomplie : il fut le dernier qui mourut de cette maladie pestilentielle.
## RELIQUES DE SAINT MACAIRE.
En 1067, le corps du Saint fut levé de terre en présence de Philippe Ier, roi de France, de Baudouin, comte de Flandre, et des évêques de Noyon et de Cambrai. On vit, en cette circonstance, paraître en l'air deux cercles en forme de couronne.
On transporta de ses reliques à Thielt, dans la châtellenie de Courtrai, en 1634 ; à Geerberg ou Gérardmont, dans la baronie de Boulaers et à Oudenarde, en 1637 ; chez les chanoines de Saint-Pierre de Lille (un bras), en 1667 ; une partie de l'autre bras fut donnée, en 1611, par l'évêque de Gand, Charles de Maes, à la paroisse de Laerne, qui est à deux lieues de la ville, sur le territoire de Termonde, où notre Saint est patron de l'Église.
En l'an 1617, les exponents de ce saint Patriarche furent transportés de Gand à Mons, en Hainaut, afin d'y apaiser une cruelle épidémie qui ravageait tout le pays ; en reconnaissance, les habitants de Mons lui offrirent une riche châsse d'argent, dans laquelle, l'année suivante, ils reportèrent ses vénérables reliques à Gand, où elles sont religieusement conservées en l'église cathédrale.
Une chapelle lui est consacrée dans cette église. On y voit une belle toile de Crayer représentant saint Macaire, en habits pontificaux, qui implore à genoux la miséricorde divine pour la guérison des pestiférés, au moment où cette cruelle maladie fait planer la mort sur sa propre tête. Un bas-relief en marbre blanc, placé sur le devant de l'autel, montre saint Macaire porté en procession.
Au milieu du château dit des Espagnols, on voit encore quelques ruines très-intéressantes de l'ancienne abbaye de Saint-Bavon, entre autres la chapelle et le puits de Saint-Macaire.
On l'honore par deux fêtes principales qui sont fixées au 10 avril et au 9 mai. Celle du 9 mai, qui rappelle le jour où ses reliques furent levées de terre, se fait avec beaucoup plus de solennité tant à cause des nombreux miracles qui se trouvent alors opérés, que pour éviter la rencontre des fêtes de Pâques. Il se tient une foire le 9 mai, comme cela se pratique pour un grand nombre de fêtes d'autres Saints.
Saint Macaire est toujours en grande vénération parmi les Flamands.
Siger, abbé de Saint-Bavon, fit composer la vie de saint Macaire en 1067, à l'époque de son élévation : Surius et les Bollandistes l'ont reproduite. Ces derniers en donnent une seconde qui fut composée peu de temps après la mort du Saint (1er d'avril). Baronius, dans ses Annales ; Malanus, dans son Catalogue des Saints de Flandre ; Maïton Rader, dans sa Basaire sainte ; Aubert Leutre, dans son Calendrier des Saints de Flandre et de Bourgogne, se sont occupés de ce grand Thaumaturge qui faisait encore des miracles en temps du Père Gtry. — Cf. encore Mgr de Ram, Vie des Saints.
Événements marquants
- Élection comme archevêque d'Antioche en succession de son parrain
- Démission volontaire et départ secret avec quatre amis
- Pèlerinage en Palestine et captivité par les Sarrasins
- Voyage à travers l'Europe (Bavière, Mayence, Cologne, Malines, Tournai)
- Arrivée à Gand en 1011 et retraite au monastère de Saint-Bavon
- Mort durant une épidémie de peste à Gand en 1012
Miracles
- Guérison de lépreux par l'attouchement de ses mouchoirs
- Libération miraculeuse de prison malgré des clous fichés en terre
- Restitution de la vue à des courriers frappés de cécité
- Extinction d'un incendie à Malines par la prière
- Ouverture spontanée des portes de l'église de Cambrai