Saint Évode (Yved)

Archevêque de Rouen

Fête : 8 juillet 6ᵉ siècle • saint

Résumé

Noble franc né en Neustrie, Évode devint archevêque de Rouen au VIe siècle sous le règne de Clotaire Ier. Reconnu pour sa piété et ses miracles, notamment l'extinction d'un incendie et la guérison d'un muet, il mourut lors d'une visite pastorale aux Andelys. Ses reliques, transférées à Braine pour échapper aux Normands, font l'objet d'une grande dévotion.

Biographie

SAINT ÉVODE OU YVED, ARCHEVÊQUE DE ROUEN

*Pietas certissima vitæ norma est et conversationis optima disciplina.*

La piété est le guide le plus sûr de la vie et la meilleure règle de conduite.

S. Joan. Chrys., Rom. XII sup. I Tim.

Avant que le pays que l'on nomme aujourd'hui Normandie fût occupé et érigé en duché par les nations venues du Nord, il était déjà très-religieux et catholique; il avait déjà ses évêchés, ses abbayes et ses paroisses, ses Saints, ses reliques et ses vases sacrés, et était connu sous le nom de Neustrie, une des plus florissantes provinces du christianisme. Rouen en était la capitale, non-seulement pour la puissance politique, mais aussi pour l'autorité ecclésiastique, et il est constant que cette ville avait eu dès lors des évêques très-considérables par leur sainteté, par leur naissance et les grandes charges dont ils avaient été honorés dans l'État; entre autres, saint Godard, saint Ouen et saint Ansbert. Saint Évode ou Yved n'a pas été des moins recommandables; son père s'appelait Florentin et sa mère Céline. Florentin était un noble franc, issu de ces premiers capitaines qui avaient subjugué les Gaules et en avaient chassé les Romains. Sa valeur et sa piété répandaient parfaitement à sa noblesse, et il avait la crainte de Dieu si profondément imprimée dans le cœur, que rien n'était capable de le détourner de son devoir et de lui faire faire une injustice. Céline, qui ne lui cédait en rien pour la gloire de ses ancêtres, était aussi une femme de grande vertu, chaste, douce, modeste, charitable envers les pauvres et les misérables, et ennemie de tout dérèglement.

Notre Saint étant né d'une si bonne tige, vers la fin du règne de Clovis, donna aussitôt des marques de la sainteté à laquelle il devait un jour arriver. Il avait, dans un corps des plus beaux et des mieux faits qu'on pût voir, un esprit si pur, si éclairé et si porté au bien, qu'il était aisé de reconnaître que Dieu le destinait à lui rendre des services signalés dans son Église. Ayant été mis sous de bons précepteurs, il y fit en peu de temps de grands progrès. À mesure qu'il croissait en âge, on le voyait croître en sagesse, en science, en dévotion et en maturité de mœurs. Bien qu'il l'emportât dans les études sur ses compagnons, il ne leur causait pas néanmoins d'envie ni de jalousie, parce que sa prudence, son humilité et sa douceur les charmaient: ils ne pouvaient le regarder qu'avec beaucoup de respect, d'admiration et d'amour.

À l'âge de quinze ans, il témoigna à ses parents que les engagements du monde, et surtout ceux des armes et de la cour, lui paraissaient insupportables, et que son inclination le portait à l'état ecclésiastique. Ils avaient jeté leur vue ailleurs, ne doutant point qu'il ne devînt un grand homme de guerre ou d'État, s'il se donnait au service du prince; mais, comme ils avaient la crainte de Dieu, et qu'ils regardaient sa volonté comme une règle inviolable de leurs actions, ils ne voulurent pas s'opposer aux mouvements qu'il mettait par sa grâce dans le cœur de leur fils. Il reçut donc la tonsure cléricale et se revêtit des habits propres à la condition qu'il avait

8 JUILLET.

choisie. Peu de temps après, il fut pourvu d'un canonicat dans l'église cathédrale de Rouen, où il se transporta en diligence pour s'acquitter des obligations de cette sainte profession. Sa beauté angélique, son port grave et majestueux, la gaîté et la sérénité de son visage, mais surtout son honnêteté, sa modestie et sa chasteté, lui concilièrent d'abord l'amitié de tout le monde. Il n'avait rien des légèretés ni des emportements de la jeunesse. On le voyait souvent dans les églises; il assistait aux divins offices, tant de jour que de nuit, avec une ferveur et une présence d'esprit qui servaient d'exemple aux plus anciens de ce Chapitre. Il s'employait hors de ce temps à toutes sortes de bonnes œuvres, c'est-à-dire à l'étude des saintes lettres, à la méditation des vérités divines, au secours des pauvres et des affligés, à la visite des prisons et des hôpitaux, et à de pieux pèlerinages pour honorer les reliques et la mémoire des serviteurs de Dieu.

Pendant qu'il embaumait toute la ville de Rouen par une vie si pure et si édifiante, le siège de cette métropole vint à vaquer par la mort de Flavien, que quelques auteurs font le quinzième évêque. C'était alors le clergé et le peuple qui choisissaient leurs prélats, quoique l'agrément du roi fût nécessaire. L'élection en cette occasion ne fut point balancée: il n'y eut personne, ni parmi les ecclésiastiques, ni parmi les laïques, qui ne demandât Yved pour pasteur; tout le monde croyait que le bonheur du diocèse dépendait d'un choix si judicieux et si équitable. Clotaire Ier, qui régnait alors, consentit à cette élection, étant bien informé de la sagesse et de la fidélité du saint Chanoine. On ne peut exprimer l'allégresse et les acclamations de joie de toute cette grande ville, lorsque le nouveau prélat y fit sa première entrée: les louanges qu'on lui donnait n'étaient pas étudiées, mais venaient du cœur filial que tous ses diocésains avaient pour lui. Sa conduite ne trompa pas leur attente. Il avait été un excellent chanoine, il fut encore un meilleur évêque. Sa nouvelle dignité lui servit d'aiguillon pour le porter avec plus de force que jamais à la pratique de toutes les vertus. Les grandes affaires, qui sont inséparables d'une prélature aussi considérable que celle d'archevêque de Rouen, ne l'empêchèrent pas de continuer son assiduité aux divins offices. Il redoubla même ses prières, ses aumônes, ses jeûnes et ses autres exercices de dévotion. Il ne manquait à rien de ce qu'on peut exiger d'un bon pasteur; il instruisait son peuple par ses prédications, il le consolait par ses visites, il le soulageait par ses charités, il le défendait par sa puissance, il lui obtenait les grâces et les bénédictions du ciel par ses larmes,

et il le corrigeait par ses sages réprimandes : aussi il eut cette consolation d'avoir toujours des ouailles dociles, et de semer en une bonne terre, qui rendait avec avantage les fruits de ce qu'il y avait jeté par sa parole.

Dieu, à qui son humilité était souverainement agréable, rehaussa bientôt ses vertus par plusieurs miracles ; il donna la voix à un muet de naissance, en lui oignant la langue d'une goutte de saint chrême, et en faisant sur lui le signe de la croix. Un incendie menaçant toute la ville d'un embrasement général, parce que les maisons n'étaient que de bois, il l'arrêta soudain par sa prière et par un autre signe de croix : ce qu'il ne put tenir secret, parce qu'à l'instant même où il étendit la main, on vit la flamme s'éteindre et se changer en une épaisse fumée. Il était si redoutable au démon, qu'il le chassait des corps des possédés par sa seule bénédiction, et sans qu'il lui fût besoin d'imposer ses mains sur leur tête. Quelquefois même il a contraint cet esprit infernal de les abandonner, en imprimant sur eux ce signe salutaire avec la pointe de son bâton pastoral. Tout ce qu'il avait porté ou touché devenait miraculeux et opérait des guérisons surnaturelles : la paille même qu'on tirait de son lit a souvent rétabli en santé toutes sortes de malades. Il faisait abondamment l'aumône aux pauvres ; mais, si peu qu'il leur donnât, cela leur profitait beaucoup plus que ce qu'ils recevaient de la charité des autres personnes, parce que cela se multipliait divinement dans leurs bourses ou dans leurs besaces, pour leur faire connaître le mérite et la sainteté de leur aumônier.

Bien que ce grand homme fût désiré dans tous les endroits de la France, où sa réputation se répandit en peu de temps, il ne sortait pas néanmoins de son diocèse, étant bien persuadé que la résidence est nécessaire au pasteur pour connaître ses brebis et pour apporter un remède convenable à leurs besoins. Mais, comme son troupeau n'était pas tout renfermé dans Rouen, et qu'il avait grand nombre d'ouailles dans les paroisses de la campagne et des autres villes, il s'acquittait fidèlement de l'obligation d'y faire ses visites, sans s'en reposer sur ses grands vicaires et ses archidiacres, et son soin, dans cette fonction, n'était pas seulement de réformer les curés et les prêtres et de corriger les abus qui se peuvent glisser dans leur ministère ; mais aussi d'instruire les pauvres paysans, d'insinuer la piété dans les esprits les plus bornés, de les exhorter à la pénitence et à la bonne vie, de leur conférer le sacrement de Confirmation, de les consoler, fortifier et soulager dans leurs maux, tant corporels que spirituels.

Ce fut dans ce travail qu'il trouva la fin de sa vie : car s'étant transporté à Andelys, à sept lieues de Rouen, il y tomba malade d'une fièvre, et prévit qu'il allait passer de cette vie à une meilleure. Les principaux du clergé de Rouen en étant avertis, le vinrent trouver pour avoir le bonheur d'entendre ses dernières instructions. Il reçut les Sacrements en leur présence, et, les ayant fait approcher de son lit, avec les hommes du peuple qui purent avoir place dans la chambre, il leur fit une exhortation toute paternelle et leur expliqua combien il est important de prévenir le moment de la mort par une sérieuse pénitence et par une vie digne de l'auguste qualité de chrétiens et d'enfants de Dieu. Après ce dernier témoignage de son amour, il rendit paisiblement son esprit à Notre-Seigneur, pour en recevoir la récompense de ses travaux et de sa fidèle administration : ce qui arriva le 8 juillet 550, selon que le raconte Farin, prieur de Notre-Dame du Val, en sa Normandie chrétienne. Il dit qu'il avait été quinze ans évêque, ayant succédé à Flavien dès l'année 535 ; mais, comme Flavien a souscrit au quatrième concile d'Orléans, tenu seulement en 541, on ne peut mettre avant ce temps

8 JUILLET.

l'élection de saint Yved, et il faut nécessairement ou qu'il ait été moins de quinze ans évêque, ou qu'il ait passé 550 : ce qui n'est pas hors de raison, pourvu qu'on ne l'avance pas jusqu'en l'année 557, époque à laquelle saint Prétextat, son successeur, souscrivit au troisième concile de Paris.

Le moine de Saint-Évroult fait de saint Évode un très-bel éloge en disant que ce pieux évêque s'est rendu considérable par son éloquence et par son courage ; par la pureté de ses mœurs ; par sa prudence, par sa piété et par sa modestie :

*Eloquio plenus sanctus successit Evodius* *Fortis et innocens, prudens, plus atque modestus.*

Le corps de notre bienheureux Prélat fut reporté avec beaucoup de solennité à Rouen, pour y être inhumé dans sa cathédrale. À son entrée, les portes de la prison publique s'ouvrirent, et trente criminels, dont les fers se rompirent miraculeusement, furent délivrés. Il se fit aussi d'autres miracles dans l'église : on remarqua que quatre aveugles et dix-huit boiteux furent guéris.

## CULTE ET RELIQUES.

Sous la seconde race de nos rois, les Normands étant descendus dans le pays de Noustrie, et ne pardonnant ni aux hommes vivants, ni aux sépulcres des morts, ni aux reliques des plus grands serviteurs de Dieu, dont ils n'avaient pas encore embrassé la religion, les dépouilles sacrées de saint Yved furent sauvées de leurs mains et transférées en la ville de Braisne, sur la rivière de Vesle, au diocèse de Soissons. Elles furent déposées dans la collégiale du château. Plus tard, en 1130, André de Baudiment, devenu seigneur de Braisne, et sa femme, Agnès de Champagne, résolurent de bâtir, pour renfermer le corps de saint Yved, un sanctuaire plus vaste et plus majestueux.

En 1153, on érigea une confrérie de saint Yved, composée des plus notables bourgeois du pays. Eux seuls étaient en possession de descendre la châtellenie du Saint. En 1844, Mgr de Simony, évêque de Soissons, a rétabli cette confrérie.

L'église de Saint-Yved, fermée pendant la révolution, fut sur le point d'être démolie. Restaurée en 1828, elle ne fut rendue au culte qu'en 1837.

Depuis le milieu du IXe siècle jusqu'à la révolution française, et depuis la révolution jusqu'aujourd'hui, les reliques de saint Yved ou Évode sont toujours restées à Braisne. L'église actuelle, commencée en 1180 et achevée en 1216, n'a été construite que pour y déposer plus honorablement le corps de saint Yved ou Évode ; et en effet, en cette même année 1216 l'archevêque de Reims, Albéric, et Haymard de Provins, évêque de Soissons, transportèrent solennellement, de l'ancienne église dans la nouvelle, le coffre renfermant le corps de saint Yved. — En 1244, Gérard, abbé du monastère de Braisne, mit le corps dans une nouvelle châtellenie, en présence de l'évêque de Soissons, Raoul, et de l'évêque de Laon, Garnier. — Sa vénération pour cette sainte relique était si grande, que l'église, quoique dédiée à la Vierge Marie, fut dès lors appelée l'église de Saint-Yved. — En 1650, l'édifice sacré fut envahi par des gens de guerre ; mais ils respectèrent la châtellenie du bienheureux Archevêque de Rouen. D. Martène a assisté, en 1718, à la procession où la châtellenie de saint Yved était portée. Bago, abbé d'Estival, atteste, en 1734, qu'on révèrait à Braisne le corps de saint Yved. Plusieurs vieillards existant encore à Braisne attestent avoir toujours vu, avant la révolution, cette châtellenie vénérée de tous les fidèles. — C'était un chef-d'œuvre de sculpture et d'orfèvrerie. Elle était en argent doré, longue d'un mètre soixante centimètres, et surmontée d'un élégant clocheton. Les parois étaient divisées en petites niches, garnies chacune de statuettes en vermeil. Dans la niche du milieu était la statuette de saint Yved. Cette châtellenie était placée au fond de l'abside et au-dessus du maître-autel. C'est là que les révolutionnaires vinrent la prendre pour la traîner dans les rues de Braisne. Ils la brisèrent sous une grande porte, à l'angle de la rue du Mortroy, et les débris furent envoyés à la Monnaie. Plusieurs fidèles s'empressèrent de recueillir rapidement quelques-uns des saints ossements et les remirent à l'abbé Maugras, remplissant alors les fonctions de curé. M. Maugras les transmit à M. Sober, le premier curé-doyen de Braisne après le Concordat. Son successeur, M. Petit de Reimpré, après une sérieuse enquête, en fit reconnaître l'authenticité par M. Leblanc de Beaulieu, évêque de Soissons (1813), qui appela un médecin pour dénommer les ossements conservés. Le prélat en prit une portion pour sa cathédrale où elles font partie du trésor de l'église. — Les 16 et 17 octobre 1865, l'archevêque de Rouen, cardinal de Bonnechose, après s'être fait précéder par deux magnifiques châsses que l'église métropolitaine de Rouen offrait à l'église de Braisne, vint recevoir solennellement la portion des reliques de saint Yved ou Évode dont l'évêque de Soissons et le curé de Braisne consistaient à se dessaisir, c'est-à-dire un os iliaque, un fémur entier, les deux tiers d'un humérus et deux fragments du crâne. — L'église de Braisne garde encore de saint Yved un fragment d'humérus, un fémur entier, un os iliaque entier, deux morceaux du crâne et cinq ossélets des mains et des pieds.

Acta Sanctorum; Notes fournies par M. Henri Congnet, doyen du chapitre de la cathédrale de Soissons.

Événements marquants

  • Naissance vers la fin du règne de Clovis
  • Entrée dans l'état ecclésiastique à 15 ans
  • Nomination comme chanoine à la cathédrale de Rouen
  • Élection comme archevêque de Rouen sous Clotaire Ier
  • Succession de l'évêque Flavien
  • Mort à Andelys lors d'une visite pastorale

Miracles

  • Guérison d'un muet de naissance avec du saint chrême
  • Extinction d'un incendie par le signe de la croix
  • Exorcisme de possédés avec son bâton pastoral
  • Multiplication divine des aumônes dans les bourses des pauvres
  • Libération miraculeuse de trente prisonniers lors du passage de son corps
  • Guérison de quatre aveugles et dix-huit boiteux dans l'église

Citations

Pietas certissima vitæ norma est et conversationis optima disciplina.

— S. Joan. Chrys.

Eloquio plenus sanctus successit Evodius / Fortis et innocens, prudens, plus atque modestus.

— Le moine de Saint-Évroult

Date de fête

8 juillet

Époque

6ᵉ siècle

Décès

8 juillet 550 (ou peu après 541) (naturelle)

Catégories

Attributs iconographiques

Patron(ne) de

Invoqué(e) pour

guérison des muets, extinction des incendies, délivrance des possédés, guérison des aveugles et boiteux

Autres formes du nom

  • Yved (fr)
  • Evodius (la)

Prénoms dérivés

Évode, Yved

Famille

  • Florentin (père)
  • Céline (mère)