Saint Romain de Rouen
Archevêque de Rouen
Résumé
Issu d'une lignée royale et conseiller de Clotaire II, Saint Romain devint archevêque de Rouen en 626. Il est célèbre pour avoir terrassé un dragon dévastateur avec l'aide d'un condamné à mort et pour avoir sauvé Rouen d'une crue de la Seine. Il mourut en 639 après avoir évangélisé son diocèse et institué le prône.
Biographie
SAINT ROMAIN, ARCHEVÊQUE DE ROUEN
Sanctifiez donc l'âme, sanctifiez le corps : il en sera ainsi, si l'Évangile est constamment sur vos lèvres et dans votre cœur.
Saint Jean Chrysostome.
Saint Romain, issu de la race des rois de France, était fils de Benoît, l'un des premiers conseillers du roi Clotaire Ier, et de Félicité, tous deux également illustres par leur naissance que venaient rehausser de grandes vertus. Leurs richesses étaient grandes, mais ils furent longtemps privés de la bénédiction du mariage. Pour l'obtenir de la bonté de Dieu, ils eurent recours à l'aumône et à la prière. Un ange vint dire à Benoît que ses vœux seraient accomplis ; en effet, Félicité mit au monde notre Saint. Elle eut soin de le bien élever selon l'ordre de cet esprit céleste. Il apprit sous de bons maîtres les sciences humaines avec la doctrine de la foi ; il y devint si habile que ses talents, joints à sa naissance, à sa vertu et à sa prudence, le firent choisir du roi Clotaire II pour un de ses conseillers. Quelques auteurs ajoutent qu'il le fit même son référendaire ou chancelier. Cependant, Dieu l'ayant choisi pour son Église, il fut élu archevêque de Rouen à la mort d'Hidolphe, que l'on met en l'année 626. Les électeurs, ne s'étant pu accorder pour nommer un sujet à cette place, convinrent d'en demander un à Dieu par un jeûne et par une prière de trois jours ; pendant qu'ils imploraient de cette manière sa lumière et son secours, un homme irréprochable eut révélation qu'il fallait aller demander au roi son conseiller saint Romain. Les électeurs en furent fort contents et députèrent vers Clotaire pour avoir un pasteur de si grand mérite. Ce prince l'accorda, et Romain, quelque répugnance qu'il eût d'accepter cette dignité dont il s'estimait incapable, fut néanmoins obligé de s'en charger lorsqu'il eut appris que son élection venait du ciel.
Dès qu'il fut arrivé à Rouen, il travailla à en bannir tous les restes du paganisme. Il ruina divers temples, où Apollon, Vénus et Mercure se faisaient adorer. Il éclaira plusieurs idolâtres des pures lumières de l'Évangile, et polissa si bien les mœurs des chrétiens, qu'ils donnèrent envie aux païens de s'unir avec eux pour ne faire plus qu'un seul troupeau sous la conduite d'un si bon pasteur. Ses miracles n'aidèrent pas peu à rendre ses exhortations et ses prédications efficaces. La Seine s'était si furieusement débordée, qu'elle menaçait toute la ville de Rouen d'un déluge et d'une ruine générale : les habitants se réfugiaient sur les montagnes ; Romain revint promptement de la cour, où les affaires de son diocèse l'avaient contraint de faire un voyage, et il resserra miraculeusement le fleuve dans ses bords en se présentant seulement devant lui avec sa croix et en se mettant les pieds dans l'eau. Un samedi saint qu'il faisait la cérémonie de la bénédiction des fonts, le ministre qui apportait la fiole du saint Chrême la laissa tomber et la cassa, de sorte que tout le Chrême fut répandu. Le Saint ne s'en étonna nullement : il fit sa prière, ramassa les morceaux de la fiole et
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les rejoignit parfaitement sans qu'il parût qu'elle eût été cassée ; ensuite il en présenta l'ouverture à l'endroit où la précieuse liqueur était répandue, et, au grand étonnement de tous les spectateurs, on la vit remonter dedans, quoique la terre en fût déjà tout imbibée.
Mais ce qui a rendu saint Romain si renommé par toute la France, c'est la victoire qu'il remporta à Rouen sur un horrible dragon d'une figure jusqu'alors inconnue, qui dévorait les hommes et les animaux, faisait périr les vaisseaux qui passaient sur la rivière et causait une désolation générale dans tout le pays. Il résolut d'attaquer lui-même ce monstre jusque dans son fort ; et, comme il ne se trouva personne qui voulût le suivre, il se fit accompagner d'un meurtrier, qui étant déjà condamné à la mort, n'aurait pu d'ailleurs l'éviter. On dit qu'il mena aussi un voleur avec lui, mais que la crainte lui fit bientôt prendre la fuite. Avec cette escorte, il alla jusqu'à la caverne du dragon ; là, s'étant seulement armé du signe de la croix, il lui jeta son étole au cou pour le tenir. Le meurtrier s'en saisit aussitôt par son ordre et le traîna sans résistance, avec cette seule étole, jusqu'au milieu de la ville, où il fut consommé dans un bûcher dont les cendres furent ensuite jetées dans la rivière. Tout le peuple donna mille bénédictions à son pasteur de l'avoir si heureusement délivré de cet ennemi public ; puis, dans cette allégresse commune, le criminel fut absous de tous ses crimes et mis en liberté. Le saint prélat se retira pour offrir un sacrifice de louanges à la divine Majesté pour un si grand bienfait.
Le bruit de cette merveille s'étant aussitôt répandu partout, le roi Dagobert voulut être informé par l'évêque même qui en avait été l'auteur ; il l'appela donc à sa cour, et en apprit toutes les circonstances de sa bouche ; puis, afin que la mémoire ne s'en perdît jamais, il donna le pouvoir au Chapitre de la cathédrale de Rouen de délivrer tous les ans, à perpétuité, un homicide détenu dans les prisons, au jour de l'Ascension de Notre-Seigneur, jour auquel ce prodige était arrivé, dans une procession générale, avec les belles cérémonies dont on trouvera la description dans la Normandie chrétienne. Plusieurs de nos rois ont confirmé ce privilège et il est demeuré si inviolable, que ni les ducs normands, qui se sont rendus maîtres de Rouen, ni les rois d'Angleterre, qui en ont été longtemps les seigneurs, ni les rois de France, qui l'ont enfin réuni à leur domaine, ne l'ont jamais aboli. On dit que le pape Grégoire XIII écrivit une lettre aux chanoines de Rouen, datée du 23 juillet et la neuvième année de son pontificat, en faveur d'un nommé Jean du Plessis, pour les prier de lui accorder la jouissance de ce privilège ; cela s'est fait chaque année jusqu'à la fin du dernier siècle.
Tous ces prodiges étaient des témoignages authentiques de la sainteté admirable de Romain. Aussi sa vie était un exemple parfait de toutes les vertus. Il passait souvent les nuits entières en prières. Il célébrait tous les jours les divins Mystères avec une ferveur et une dévotion qui se communiquaient à tous les assistants ; il affligeait sa chair par des austérités continuelles ; il était le père des pauvres et l'asile des malheureux ; il était dans tous les lieux de son diocèse pour en bannir le vice et y faire régner la vertu. Il réprimait avec une rigueur mêlée de clémence ceux qu'il trouvait en faute et dont il espérait la correction. Il était terrible pour les impies et pour les opiniâtres et empêchait qu'ils fussent contagieux parmi son troupeau. Enfin, il faisait de son diocèse comme un paradis terrestre digne d'être un jour transporté dans le ciel. Son plus beau triomphe fut la démolition du grand amphithéâtre romain qui, dans la guerre, avait servi de
Castrum pour la défense, dans la paix avait été témoin des jeux de la scène, et qui n'était plus alors que le repaire des superstitions et le réceptacle des plus grossiers plaisirs.
Lorsqu'il eut ainsi accompli tous les devoirs d'un bon pasteur, Dieu lui fit connaître d'une manière extraordinaire les approches de sa mort. Pendant qu'il célébrait la messe de l'Ascension, il fut ravi en extase et élevé de terre ; puis, en même temps, il parut sur sa tête un globe de feu d'où sortait une main céleste qui lui donnait sa bénédiction et recevait l'hostie qu'il offrait au Père éternel ; il ouït aussi une voix qui lui dit : « Prenez courage, mon serviteur, dans peu de jours vous recevrez la récompense due à vos mérites, et vous serez placé parmi les saints prêtres du royaume de mon Père ». Après le sacrifice, apprenant que trois de ses chanoines avaient eu part à cette vision, il leur fit une rigoureuse défense d'en rien dire pendant sa vie. Ce fut en ce même jour, et pendant la célébration de cette messe, qu'il institua l'instruction familière que l'on appelle communément le Prône. Ce n'est pas qu'avant cela les prélats et les prêtres n'eussent soin d'instruire le peuple et de lui apprendre les points capitaux de la doctrine chrétienne ; mais ce fut probablement notre Saint qui établit que ces instructions se feraient au milieu de la messe, afin que tout le monde fût obligé d'y assister, ou qui les réduisit à une forme plus populaire et plus intelligible : c'est pour ces raisons qu'on lui attribue l'institution du Prône.
A la suite de cette révélation, il fit une fondation à son église pour l'assistance des pauvres, donna le reste de ses biens aux hôpitaux et se retira quelque temps dans la solitude pour se préparer à son heure dernière. Sa mort, dont il prédit le jour à son clergé et à son peuple, arriva le 23 octobre 639.
On le représente : 1° traînant derrière lui un dragon enchaîné comme trophée de sa victoire ; 2° debout, tenant une longue croix à double croisillon.
[ANNEXE: CULTE ET RELIQUES.]
Saint Romain fut inhumé dans la chapelle souterraine ou crypte de l'église de Saint-Godard où ses restes précieux reposèrent jusqu'en 1836. À cette époque, ils furent transférés dans une chapelle bâtie sous son invocation auprès de la cathédrale, et le 17 juin 1880, mis dans une chasse garnie de lames d'or et de pierres précieuses, et portés par l'archevêque Guillaume Bonne-Âme dans la cathédrale même.
Depuis, on ôta l'or de cette chasse dans une grande disette de vivres, pour secourir les pauvres qui mouraient de faim ; mais l'archevêque Rotrou de Beaumont le Roger fit faire une chasse encore plus riche que la première et l'on y renferma le corps du Saint.
Cette chasse, connue sous le nom de Fierté de saint Romain, fut brûlée en 1562 par les Calvinistes. En 1776, ayant été jugée inconvenante, on lui substitua celle dite de tous les Saints, parce qu'elle renfermait une grande quantité de reliques. Cette chasse en cuivre, d'un poids énorme, d'un merveilleux travail, paraît remonter au commencement du XIVe siècle. C'est elle que l'on conserve et qui fut levée par les prisonniers, de 1776 à 1790, époque à laquelle le privilège qu'avait le chapitre de délivrer des prisonniers le jour de l'Ascension, a disparu.
Autrefois la fierté ou chasse de saint Romain était portée en procession, comme les autres chasses, aux Rogations, etc. ; mais aujourd'hui cette chasse a disparu, et on ne fait plus même de procession le jour de l'Ascension, si ce n'est la procession ordinaire de la fête.
Le tombeau de saint Romain, devenu aujourd'hui une relique, forme le maître-autel de l'église qui lui est dédiée à Rouen depuis 1802. C'est une auge de marbre rouge, probablement tirée des carrières de Thorigny, dans le Calvados.
Le nom de cet illustre Pontife figurait encore au Confiteor, dans le diocèse de Rouen, en 1767. Sa fête y était fériée le 3 octobre ; mais un mandement de Mgr de la Rochefoucauld, archevêque
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de Rouen, en date du 17 mai 1762, la remit au troisième dimanche d'octobre, jour auquel on célèbre encore aujourd'hui sa fête.
Propre de Rouen ; La Seine-Inférieure, par M. l'abbé Cochet ; Notes locales dues à M. l'abbé Langlois, chanoine honoraire de Rouen. — Cf. La France Pontificale, par Fisquet ; et la Normandie chrétienne.
Événements marquants
- Conseiller et référendaire du roi Clotaire II
- Élection à l'archevêché de Rouen en 626
- Destruction des temples païens d'Apollon, Vénus et Mercure
- Miracle de la Seine domptée par la croix
- Victoire sur le dragon (la Gargouille) avec l'aide d'un condamné à mort
- Institution du Prône durant la messe de l'Ascension
- Démolition du grand amphithéâtre romain de Rouen
Miracles
- Domptage de la crue de la Seine avec une croix
- Réparation miraculeuse d'une fiole de saint Chrême brisée
- Soumission d'un dragon avec une simple étole
- Extase et globe de feu durant la messe de l'Ascension
Citations
Prenez courage, mon serviteur, dans peu de jours vous recevrez la récompense due à vos mérites