Saint Florent de Strasbourg
Évêque de Strasbourg, Fondateur et Abbé de Haslach et de Saint-Thomas
Résumé
Originaire des îles britanniques, Florent se retira en Alsace comme ermite avant de guérir la fille du roi Dagobert II. Devenu évêque de Strasbourg à la fin du VIIe siècle, il fonda les monastères de Haslach et de Saint-Thomas. Il est considéré comme un nouvel apôtre de l'Alsace pour son zèle contre l'idolâtrie.
Biographie
SAINT FLORENT, ÉVÊQUE DE STRASBOURG,
FONDATEUR ET ABBÉ DE HASLACH ET DE SAINT-THOMAS
Vers 693. — Pape : Sergius Ier. — Roi de France : Clovis III.
Validiora sunt exempla quam verba.
Les exemples sont plus efficaces que les paroles.
Davis le Chartreux.
Après la mort de saint Arbogaste, Dagobert II offrit le siège de Strasbourg à saint Wilfrid, évêque d'York, qui eut la générosité de le refuser; alors le pieux monarque jeta les yeux sur saint Florent, dont la réputation était déjà étendue dans toute la basse Alsace. Celui-ci naquit en Écosse, ou plutôt en Irlande, cette île si féconde en Saints, qui a fourni à la Gaule tant d'hommes apostoliques.
Issu d'une des plus illustres familles du pays, il avait reçu en naissant tout ce qui peut flatter l'ambition : mais la Providence ne lui avait départi les avantages de la nature que pour rendre plus glorieux le triomphe de la grâce. Ses historiens nous le représentent dès sa naissance comme un
enfant de bénédictions. Entouré des exemples édifiants de ses pieux parents, Florent, peu sensible aux espérances qui l'attendaient dans le monde, et frappé des dangers qui l'y menaçaient, choisit le Seigneur pour son partage et renonça généreusement à tous les avantages de la terre. Mais pour rendre son sacrifice plus parfait encore, il quitta ses parents et sa patrie même, et chercha dans la solitude les véritables moyens de se sanctifier. La Providence le conduisit en Alsace, et il vint s'établir dans une petite vallée au pied d'une montagne dite Ringelberg, sur le ruisseau de Hasel. Il y bâtit une petite cellule et y mena une vie très-mortifiée.
Plusieurs historiens donnent à Florent, pour compagnon, un saint prêtre, nommé Fidèle, qui devint dans la suite archidiacre de son église. Notre Saint ne sortait de sa cellule que pour aller de temps en temps travailler au salut des âmes. Son zèle fut couronné d'un succès complet, et le roi Dagobert II, qui habitait alors son palais de Kirchheim, l'appela à la cour et le combla de faveurs. Ce prince avait une fille aveugle et muette, à laquelle le Saint rendit la vue et l'usage de la parole. Cependant notre Saint voulut bientôt retourner dans son désert. Sa vertu y brilla du plus vif éclat et il lui survint de toutes parts des chrétiens pour se mettre sous sa conduite. Florent, muni des libéralités de Dagobert, fonda, à une demi-lieue de sa cellule, le monastère de Haslach et y rassembla ses disciples. L'histoire ne nous dit pas combien d'années il passa ainsi à la tête de sa communauté; mais après la mort de saint Arbogaste et le refus de saint Wilfrid d'accepter l'évêché de Strasbourg, le roi nomma à ces importantes fonctions Florent, dont il avait appris à connaître la sainteté. Le clergé et le peuple applaudirent à ce choix : mais Florent, effrayé du poids d'une responsabilité qui lui paraissait au-dessus de ses forces, refusa d'accepter; il fallut toute l'autorité du roi et les instances du clergé pour triompher de son opiniâtreté et vaincre sa modestie.
On eut lieu de se féliciter de cet heureux choix : car Florent se montra le digne successeur des Amand et des Arbogaste, en conduisant les fidèles dans le sentier de la vraie foi et en formant un clergé religieux et savant. Ses travaux lui méritèrent le nom de nouvel apôtre de l'Alsace. Il combattit avec force l'idolâtrie, mal domptée ou renaissant de ses cendres, déracina les abus accrédités, réforma les désordres et réprima la licence des mœurs. Les peuples, touchés de ses exemples et entraînés par la force de son éloquence, se convertissaient ; le vice n'osait plus se montrer et devenait odieux, parce que Florent savait rendre la vertu aimable.
La renommée publia bientôt partout les merveilles qu'opérait en Alsace le saint évêque de Strasbourg, et attira de nouveaux anachorètes du fond de l'Écosse et de l'Irlande, qui accoururent pour jouir de la présence et des exemples de leur ancien compatriote. L'évêque, pour les fixer près de lui, leur fit bâtir hors de l'enceinte des murs de Strasbourg, un hospice auquel il ajouta une église, qu'il dédia à l'apôtre saint Thomas. Cet hospice, converti d'abord en monastère, devint plus tard un chapitre de chanoines, qui fut longtemps célèbre par le grand nombre de nobles Alsaciens qui y entrèrent, et dont plusieurs furent élevés sur le siège épiscopal de Strasbourg.
Il paraît que saint Florent connut par une révélation particulière le moment de sa mort : il fit alors assembler son clergé et lui annonça que sa fin était proche. Comme un tendre père, il réitéra à ses disciples de Haslach et de Saint-Thomas les leçons qu'il leur avait données, et les exhorta à être fidèles à leur vocation. Alors, adressant la parole au clergé de sa cathédrale, il lui recommanda de même de remplir scrupuleusement les obligations qu'impose l'état ecclésiastique. Le saint pontife mourut, selon les anciens martyrologes, bréviaires et calendriers, le 7 novembre, vers l'an 603.
On représente saint Florent : 1° entouré de divers animaux. Comme il cultivait un petit terrain auprès de son ermitage et que les bêtes de la forêt y faisaient du dégât, on prétend qu'il leur défendit de franchir l'enceinte, et que ces animaux, respectant son ordre, s'arrêtaient près de là, s'y rassemblaient même, sans dépasser les limites marquées par le solitaire ; 2° guérissant la fille du roi d'Austrasie, comme nous l'avons rapporté ; 3° monté sur un âne. Dagobert lui ayant envoyé un cheval, avec prière de se rendre au palais, le Saint ne voulut point d'autre monture que son âne, et son humilité fut récompensée par des miracles ; 4° portant une petite église sur la main, comme fondateur d'abbayes.
On l'invoque à Strasbourg contre les hernies et la pierre ; nous n'avons pas réussi à nous rendre compte du motif de cette confiance.
[ANNEXE: CULTE ET RELIQUES. — MONUMENTS.]
Son corps fut enterré d'abord dans l'église de Saint-Thomas. Les hommages publics accompagnèrent le bienheureux prélat au tombeau, et le jour de sa pompe funèbre devint presque aussitôt le premier jour de son culte. On célébrait sa fête dans tout le diocèse de Strasbourg au commencement du IXe siècle, et c'est alors que l'évêque Rachion transféra son corps de l'église de Saint-Thomas dans celle de Haslach. Il s'opéra plusieurs miracles lors de cette translation.
Les religieux de Saint-Thomas furent singulièrement affligés de se voir privés de cette relique, et, pour s'en dédommager et attirer de nouveau la foule, qui ne visitait plus leur église depuis cette translation, ils eurent recours à une fraude, que la religion réprouvait aussi bien que la morale. Ils firent courir le bruit que l'évêque Rachion avait à la vérité tenté d'enlever le corps de saint Florent, mais qu'il en avait trouvé moyen de le cacher à Saint-Thomas, et qu'ainsi il était toujours conservé dans leur église. Cette prétention, malgré sa fausseté, trouva crédit près du peuple, et l'évêque Darcard, voulant mettre un terme à la supercherie et faire triompher la vérité, se rendit à Haslach avec Berthold, custode de la cathédrale et prévôt de Haslach, Meinhard, abbé de Marmoutier, et Offen, abbé d'Altorf. On ouvrit en leur présence le tombeau de saint Florent, le 26 octobre 1143, et on y trouva le corps entier.
Darcard fit dresser acte public de tout ce qui s'était passé et imposa silence aux prétentions des chanoines de Saint-Thomas ; mais ceux-ci, bien loin d'y renoncer, soutinrent qu'ils en avaient conservé seulement le chef et l'exposaient même à la vénération publique. L'évêque Berthold de Buchock, afin de réprimer ces abus, publia deux mandements, du 22 novembre 1350 et du 5 mars 1353 : il fallut l'autorité impériale pour maintenir la collégiale de Haslach dans la possession du corps entier de saint Florent.
L'empereur Charles IV se trouvait à cette époque en Alsace ; étant venu à Molsheim le 6 novembre 1353, et ayant appris qu'on célébrait le lendemain la fête de saint Florent à Haslach, il s'y rendit, accompagné de Gerlach, archevêque de Mayence, d'Albert, évêque de Wurtzbourg, et de Jean de Lichtenberg, son secrétaire, prévôt de la cathédrale de Strasbourg. Il fit ouvrir la châsse de saint Florent, qui était enrichie d'or et d'argent : on y trouva le corps entier du Saint ; les titres les plus authentiques décidèrent en faveur de la tradition, et le monarque, après avoir fait dresser acte de cette visite, attesta que le corps de saint Florent existait à Haslach et nulle part ailleurs, menaçant de son indignation royale ceux qui prétendraient le contraire.
Les chanoines de Haslach, par reconnaissance, lui firent présent du bras droit du bienheureux pontife, et l'empereur emporta cette relique à Prague. Cinq ans après, l'archiduc Rodolphe, landgrave d'Alsace, obtint la moitié du bras gauche du saint évêque.
La châsse de saint Florent fut enlevée de Haslach, en 1525, par George Schulleiss, de Rosheim, qui s'était mis à la tête des rustres révoltés. Après en avoir jeté les ossements vénérables, il la transporta à la commanderie de Saint-Jean près de Dorlisheim, où il partagea avec ses soldats l'or, l'argent et les pierreries dont elle était enrichie. Le corps de saint Florent fut depuis retrouvé et
VIES DES SAINTS. — TOME XIII, 16
7 NOVEMBRE.
replacé ; il a été préservé des désastres de la Révolution, et est encore de nos jours dans l'église de Haslach l'objet de la vénération des peuples.
L'église de Haslach, fondée par saint Florent, tombait en ruines pendant le XIe siècle, et on en commença la reconstruction en 1274. Ce travail fut interrompu, en 1287, et repris en 1294. On en confia la direction à un des fils du célèbre Erwin de Steinbach, architecte du portail de la cathédrale de Strasbourg, et elle ne fut achevée qu'en 1335. La façade occidentale, surmontée d'une flèche élégante, fut privée de cet ornement par les Suédois qui mirent le feu à cette église, en 1633, et détruisirent en même temps les bâtiments des chanoines.
L'église, construite dans le style gothique, a trois nefs. Le chœur, qui est très-profond, est divisé en deux parties. À l'entrée du sanctuaire on voit le tombeau de saint Florent, et, au-dessous, celui de l'évêque Rachion, qui avait fait transférer les reliques du Saint à Haslach. Les connaisseurs admirent les vitraux du chœur, qui sont d'une grande beauté et peints avec beaucoup de délicatesse.
Extrait des Saints de l'Alsace, par M. l'abbé Hunckler. — Cf. Bucelin, Germania Sacra ; Louis, Vie de saint Florent ; Grandidier, Histoire de l'Église de Strasbourg.
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## SAINT WILLIBRORD,
## APÔTRE DE LA FRISE, DE LA HOLLANDE, DE LA ZÉLANDE, DE LA FLANDRE ET DU BRABANT
Vers 738. — Pape : Saint Grégoire III. — Roi de France : Charles Martel.
C'est à la moisson qu'ils savent faire des âmes que l'on juge de la vertu des prédicateurs.
Saint Grégoire le Grand.
Saint Willibrord naquit vers l'an 658, dans le royaume de Northumberland. Son père se nommait Wilgis et vivait dans une grande piété. Il quitta le monde pour embrasser l'état monastique et se fit depuis ermite. Dans sa vieillesse, il prit la conduite d'une petite communauté qu'il avait fondée entre l'Océan et l'Humber. On l'honora parmi les Saints dans le monastère d'Epternac, au diocèse de Trèves, et il est nommé dans les calendriers anglais.
Willibrord, en s'accoutumant de bonne heure à porter le joug du Seigneur, le trouva toujours depuis doux et léger. Pour mieux conserver les fruits de l'éducation qu'il avait reçue, il prit l'habit à Ripon (comté d'York), étant encore fort jeune. Les progrès qu'il fit dans la vertu et dans les sciences furent également rapides. À l'âge de vingt ans, il obtint la permission de passer en Irlande avec l'espérance d'y trouver encore plus de facilité pour se perfectionner dans les voies de la piété. Il se joignit à saint Egbert et au bienheureux Wigbert, que le même dessein y avait attirés. Il passa douze ans avec eux. Malgré la faiblesse de sa constitution, il surpassait ses compagnons par sa ferveur et sa fidélité aux devoirs qu'il avait à remplir. On ne se lassait point d'admirer son humilité, sa modestie, son affabilité, la douceur et l'égalité de son caractère.
Saint Egbert désirait depuis longtemps prêcher l'Évangile aux idolâtres, à ceux surtout qui habitaient la Frise ; mais on le fit renoncer à ce projet, et on lui conseilla d'aller exercer son zèle apostolique dans les îles situées entre l'Irlande et l'Écosse. Pendant qu'Egbert travaillait à la gloire de Dieu
SAINT WILLIBRORD DU NORTHUMBERLAND.
Dans les îles, Wigbert annonçait Jésus-Christ dans la Frise. Il en revint après y avoir passé deux ans, sans que ses travaux eussent été suivis d'un grand succès. Egbert et ceux qui s'intéressaient à cette mission ne se découragèrent point ; ils prièrent avec une nouvelle ferveur pour obtenir la conversion de tant d'âmes qui étaient menacées d'un malheur éternel. Willibrord, qui venait d'être ordonné prêtre, et qui était âgé d'environ trente ans, témoigna un désir ardent de passer dans la Frise, et il en demanda la permission à ses supérieurs. Egbert, qui connaissait sa ferveur, son zèle et ses talents, ne douta point que ce désir ne vînt du ciel ; il acquiesça donc à sa demande en l'exhortant à mettre sa confiance en Dieu. Saint Swidbert et dix autres moines anglais se joignirent à saint Willibrord.
Les Frisons habitaient anciennement une vaste étendue de pays sur les côtes de l'Océan germanique. Étant entrés dans la Gaule-Belgique, ils s'emparèrent des provinces situées vers l'embouchure du Rhin, dont les Cattes, aussi Germains d'origine, étaient alors les maîtres. Parmi les peuples de la Germanie, aucun ne sut si bien maintenir sa liberté contre les Romains, que les Frisons. Saint Éloi, évêque de Noyon, avait prêché Jésus-Christ dans une partie de la Frise. L'Évangile leur avait été aussi annoncé par saint Wilfrid en 678 ; mais ces premières tentatives avaient produit peu de fruit ; en sorte que le vrai Dieu était presque entièrement inconnu dans la Frise lorsque saint Willibrord y arriva en 690 ou 691. Il paraît certain que nos douze missionnaires abordèrent à Catwick (Hollande). De là ils se rendirent à Utrecht. Ils furent bien reçus par Pépin d'Héristal, maire du palais de France, qui, depuis peu, s'était emparé d'une partie de la Frise.
Willibrord crut devoir faire un voyage à Rome, pour demander au pape Sergius (687-701) sa bénédiction apostolique, et une autorisation pour prêcher l'Évangile aux nations idolâtres. Le souverain Pontife, connaissant son zèle et sa sainteté, lui accorda les plus amples pouvoirs, et lui donna des reliques pour la consécration des églises qu'on ferait bâtir. Willibrord repartit à la hâte, tant il désirait gagner à Jésus-Christ cette multitude d'âmes qui étaient sous la puissance du démon.
Swidbert fut spécialement chargé de la conversion des Boructuaires et en devint l'évêque. Il paraît que ce peuple habitait le territoire de Berg, une partie de celui de la Marck, et le pays voisin, du côté de Cologne. Willibrord et les dix autres missionnaires prêchèrent la foi avec le plus grand succès dans cette partie de la Frise, qui appartenait aux Français. Le nombre des chrétiens était si considérable au bout de six ans, que Pépin, de l'avis des autres évêques, envoya Willibrord à Rome, avec des lettres de recommandation pour le Pape, qui était instamment prié de l'honorer du caractère épiscopal. Inutilement le Saint voulut faire tomber sur un autre cette dignité ; on n'eut aucun égard à ses représentations. Le pape Sergius le reçut avec de grandes marques d'honneur, changea son nom en celui de Clément, et le sacra archevêque des Frisons dans l'église de Saint-Pierre. Il lui donna aussi le pallium avec le pouvoir de fixer son siège en tel lieu du pays qu'il jugerait le plus convenable. Le Saint, après avoir passé quatorze jours à Rome, revint dans la Frise, et fixa sa résidence à Utrecht où il bâtit l'église du Sauveur. Il répara aussi celle de Saint-Martin, que les païens avaient presque entièrement détruite. On pense qu'elle avait été construite par le roi Dagobert, à la prière de saint Wilfrid. Elle devint depuis la cathédrale d'Utrecht, et fut desservie par des chanoines.
L'onction épiscopale sembla donner encore plus de force et d'activité
7 NOVEMBRE.
au zèle de Willibrord. Deux ans après son sacre, c'est-à-dire en 708, les libéralités de Pépin et de l'abbesse Irmine le mirent en état de fonder l'abbaye d'Epternach (aujourd'hui Echternach, dans le grand-duché de Luxembourg), qu'il gouverna jusqu'à sa mort.
Pépin d'Héristal avait beaucoup de vénération pour le saint Apôtre de la Frise. Avant sa mort, il renvoya Alpaïs, sa concubine, dont il avait eu Charles Martel, et se réconcilia avec Plectrude, sa femme. Dans son testament, il recommanda ses neveux à saint Willibrord sans faire mention de Charles, son fils naturel. Il donna en même temps au Saint le village de Swestram (aujourd'hui Susteren), dans le duché de Juliers, lequel servit à doter un monastère de religieuses qui fut bâti en ce lieu.
Ce fut au mois de décembre 714 que mourut Pépin d'Héristal. Pépin le Bref, fils de Charles Martel, et qui fut depuis roi de France, était né quelque temps auparavant. Il reçut le baptême des mains de saint Willibrord, qui, suivant Alcuin, prophétisa en cette occasion, en annonçant que cet enfant surpasserait en gloire tous ses ancêtres. Charles Martel devint en effet maire du palais, et fut le premier guerrier et le plus grand homme d'État de son siècle. En 723, il donna des revenus, dépendant du château d'Utrecht, au monastère que saint Willibrord y avait fondé et dont le saint évêque voulait faire sa cathédrale. Charles Martel fit plusieurs autres donations à diverses églises fondées par Willibrord. Il lui abandonna la souveraineté de la ville d'Utrecht avec ses dépendances et ses appartenances. Dans tous ces établissements, Willibrord ne se proposait que d'affermir et de perpétuer l'œuvre de Dieu.
Non content d'avoir planté la foi dans la partie de la Frise dont les Français avaient fait la conquête, il pénétra dans celle qui obéissait à Radbod, roi des Frisons. Radbod était toujours opiniâtrement attaché à l'idolâtrie. Il n'empêcha cependant point le Saint d'instruire ses sujets, et il venait quelquefois lui-même l'entendre.
Willibrord passa dans le Danemark ; mais Ongend, qui y régnait alors, était un prince méchant et cruel ; et son exemple, qui avait beaucoup d'influence sur ses sujets, mettait un obstacle presque invincible à leur conversion. Le Saint se contenta d'acheter trente enfants du pays, qu'il baptisa après les avoir instruits et qu'il amena avec lui. En revenant, il fut assailli d'une tempête qui le jeta dans l'île appelée Fositeland (aujourd'hui Amelandt, sur la côte de la Frise.) Les Danois et les Frisons révéraient singulièrement cette île, qui était consacrée à leur dieu Fosite. Ils auraient regardé comme impie et sacrilège, quiconque aurait osé tuer les animaux qui y vivaient, manger quelque chose de ce qu'elle produisait, ou parler en puisant de l'eau à une fontaine qui y était. Le Saint, touché de leur aveuglement, voulut les détromper d'une superstition aussi grossière. Il fit tuer quelques animaux, que lui et ses compagnons mangèrent, et il baptisa trois enfants dans la fontaine, en prononçant à haute voix les paroles prescrites par l'Église. Les païens s'attendaient qu'ils allaient être punis de mort ; mais voyant qu'il ne leur arrivait rien, ils ne savaient si c'était patience ou défaut de pouvoir de la part de leur dieu. Radbod fut transporté de fureur quand il apprit ce qui s'était passé. Il ordonna de tirer au sort trois jours de suite, et trois fois chaque jour, dans le dessein de faire périr celui sur lequel il tomberait. Dieu permit qu'il ne tombât point sur Willibrord ; mais un de ses compagnons fut sacrifié à la superstition et mourut martyr de Jésus-Christ.
Le Saint, ayant quitté Radbod, se rendit dans une des principales îles
SAINT WILLIBRORD DU NORTHUMBERLAND.
qui dépendent de la Zélande; c'était Walcheren; il y fit un grand nombre de conversions et y établit plusieurs églises. La mort de Radbod (749), lui laissa la liberté de prêcher dans toute la Frise. En 720, il fut joint par saint Boniface, qui passa trois ans avec lui avant d'aller en Allemagne. Bède, qui écrivit alors son histoire, parle ainsi de notre Saint : « Willibrord, surnommé Clément, est encore vivant; c'est un vénérable vieillard, évêque depuis trente-six ans, qui attend les récompenses de la vie céleste après avoir généreusement combattu dans la guerre spirituelle ». Il avait, suivant Alcuin, une figure agréable et pleine de dignité. Il était doux et toujours gai dans la conversation, sage dans ses conseils, infatigable dans les fonctions apostoliques, et en même temps attentif à nourrir et à fortifier son âme par la prière, le chant des psaumes, les veilles et le jeûne. Le même auteur, qui écrivait environ cinquante ans après la mort du Saint, assure qu'il fut doué du don des miracles. Il rapporte entre autres le suivant. Lorsque Willibrord prêchait dans l'île de Walcheren, où l'on a depuis bâti les villes de Flessingue et de Middelbourg, il trouva dans un village une idole fameuse à laquelle le peuple offrait des vœux et des sacrifices. Transporté de zèle, il la renversa et la mit en pièces. Le prêtre de l'idole lui déchargea un coup de sabre qui ne lui fit aucune blessure. Ce malheureux fut bientôt après possédé du démon et réduit à l'état le plus déplorable.
Willibrord et ses compagnons, par leurs larmes, leurs prières et leur zèle, détruisirent le paganisme dans la plus grande partie de la Zélande et de la Hollande. Quant aux Frisons, qui avaient été jusque-là un peuple barbare, ils se civilisèrent peu à peu, et devinrent célèbres par leurs vertus ainsi que par la culture des arts et des sciences. Saint Wulfran, archevêque de Sens, et d'autres ouvriers évangéliques, frappés de tant de succès, prièrent saint Willibrord de les associer aux travaux de ses missions.
Notre Saint choisissait avec beaucoup de soin ceux qu'il destinait à recevoir les ordres sacrés : il craignait que d'indignes ministres ne détruisissent tout le bien que la miséricorde divine avait opéré pour le salut des âmes. Il était aussi fort exact à s'assurer des dispositions de ceux qu'il admettait au baptême, afin de ne pas exposer nos augustes mystères à la profanation. Pour bannir l'ignorance, et faciliter la propagation de l'Évangile, en éclairant les esprits et en adoucissant les mœurs, il établit à Utrecht des écoles qui devinrent fort célèbres.
Willibrord, parvenu à un âge fort avancé, se prépara dans la retraite au passage de l'éternité. Il mourut, suivant l'opinion la plus probable, en 738. Alcuin et Raban Maur mettent sa mort le 6 novembre; mais il est nommé le 7 de ce mois dans les martyrologes d'Usuard et d'Adon, dans le romain, et dans celui des Bénédictins. Il fut enterré, comme il l'avait désiré, dans le monastère d'Eternach, où l'on conserve son cercueil de pierre, sa tête et quelques ossements échappés au vandalisme des révolutionnaires de 1794. À Saint-Vulfran d'Abbeville, on possède une côte, un fragment du péroné, un calcanéum, une apophyse épineuse d'une vertèbre dorsale, une vertèbre des reins, et une petite partie supérieure du fémur. On voit à Trèves, dans l'abbaye de Notre-Dame ad martyres, l'autel portatif dont le Saint faisait usage pour la célébration des saints mystères dans ses missions.
On représente saint Willibrord : 1° baptisant le fils de Charles Martel dont il prophétise la future grandeur; 2° avec un ou plusieurs barils ou flacons près de lui. Dans un de ses voyages, douze mendiants lui ayant demandé quelque soulagement, il commanda qu'on leur versât du vin qu'il
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avait en réserve ; et quoique le vase fût petit, les douze pauvres en burent tout à leur aise sans que la liqueur décrût le moins du monde ; 3° ayant à ses côtés des chaînes de fer, parce qu'il passe pour avoir délivré bon nombre de captifs ; 4° portant un croissant sur la poitrine ; on dit en effet que sa mère vit en songe ce signe, pendant qu'elle était enceinte de notre Saint : ce prodige fut regardé comme un indice de la foi que notre missionnaire devait porter chez les nations du Nord ; 5° ayant une petite église sur la main, comme fondateur du siège épiscopal d'Utrecht, et de plusieurs églises et monastères ; 6° portant un enfant sur ses épaules ou accompagné de quelques petits garçons ; par allusion au fait de l'achat des enfants dont nous avons parlé ; 7° faisant jaillir une source : elle annonce peut-être qu'il a le premier établi pour la Frise une chaire épiscopale, d'où la doctrine évangélique se répandit désormais sur les peuples sans interruption ; 8° ayant près de lui des idoles renversées, on devine pourquoi ; 9° enfonçant sa croix archiépiscopale dans un tonneau, à raison du miracle du baril, dont nous avons parlé tout à l'heure.
On l'invoque contre l'épilepsie et les convulsions, sans que nous puissions dire pour quel motif.
Il est patron d'Echternach, en Luxembourg, de Flessingue, de la Frise, de l'Over-Yssel, d'Utrecht, etc., et en général de toutes les contrées où il a porté le flambeau de l'Évangile.
Godescard; Mabillon; Vie du Saint, par Alcuin, etc.
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## SAINT RESTITUT,
## PREMIER ÉVÊQUE DE SAINT-PAUL-TROIS-CHÂTEAUX (1er siècle).
L'église de Saint-Paul-Trois-Châteaux (Dolme) a toujours honoré saint Restitut comme son fondateur et le premier de ses évêques. La tradition assure qu'il est le même que l'aveugle-né de l'Évangile, appelé Sidoine ou Célidoine, qui devint l'un des plus fervents disciples du Sauveur, et qui changea son nom en celui de Restitut, afin de perpétuer le souvenir de sa guérison miraculeuse. Laissons parler le livre des Offices propres de l'Église de Saint-Paul-Trois-Châteaux (édition de 1758) :
« Après l'ascension du divin Rédempteur, les Juifs ne tardèrent pas de persécuter ses disciples. La haine qu'ils avaient conçue pour eux éclata surtout contre Sidoine ou Célidoine, aveugle de naissance, qui avait été guéri par Jésus-Christ, et qui, en mémoire de sa guérison, fut appelé Restitut. Ils chassèrent aussi de la Judée Lazare, Maximin, Madeleine, Marthe et quelques autres. Tous ces saints disciples de Jésus-Christ furent placés sur un vaisseau qui n'avait ni voiles, ni rames, et qui fut jeté à la mer où il devait infailliblement faire naufrage ; mais le vaisseau, conduit par le Seigneur, vint aborder heureusement à Marseille, et nul de ceux qu'il portait ne périt. Étonnés de ce prodige, les Marseillais écoutèrent favorablement la prédication de l'évangile. Bientôt les villes voisines reçurent à leur tour les envoyés du Seigneur ; celle de Trois-Châteaux fut convertie par Restitut, qui en devint le premier évêque. Après avoir fondé cette église, Restitut alla évangéliser la ville d'Albe, dans le duché de Milan, où il finit ses jours. Ses disciples rapportèrent son corps à Trois-Châteaux, comme il le leur avait ordonné avant de mourir, et l'ensevelirent avec honneur dans l'église qui, depuis, a porté le nom de Restitut ».
Le culte solennel rendu par l'Église Tricastine à saint Restitut se perpétua jusqu'à l'époque de la Révolution française ; mais le siège épiscopal de Saint-Paul ayant été supprimé en 1801, le diocèse fut incorporé à celui de Valence et adopta le rite viennois, dans lequel saint Restitut n'a point d'office particulier. Dès lors, on cessa de célébrer sa fête, et peut-être le bienheureux apôtre fût-il resté complètement dans l'oubli, si, en 1853, Mgr Chatrousse, évêque de Valence, n'eût rétabli son
SAINT ENGELBERT, ARCHEVÊQUE DE COLOGNE, MARTYR. 247
culte en substituant au rite viennois la liturgie romaine. Soumise alors de nouveau à l'examen du Saint-Siège, la légende de saint Restitut, extraite littéralement des anciens livres de Saint-Paul-Trois-Châteaux, n'a pas été jugée indigne d'être insérée dans le supplément au bréviaire romain, à l'usage du diocèse de Valence.
L'église où fut inhumé le premier évêque de Saint-Paul n'est pas dans l'enceinte de la ville épiscopale : elle se trouve dans un bourg qui, peut-être autrefois, y était contigu et qui porte encore aujourd'hui le nom de Saint-Restitut (Drôme, arrondissement de Montélimart, canton de Pierrelatte). Les archéologues et les antiquaires l'admirent comme l'un des plus beaux monuments de la contrée, au point de vue de l'art ; ce sont les seuls pèlerins qui la visitent de nos jours ; mais, dans les siècles de foi, elle était le rendez-vous d'une multitude innombrable de fidèles. Le roi Louis XI lui-même y vint vers l'an 1449, avec une suite nombreuse, et y laissa des présents très-considérables.
Le tombeau de saint Restitut, demeuré intact durant le cours de plusieurs siècles, fut reconstruit en 1249, par les ordres de Laurens, évêque de Saint-Paul. On en fit plusieurs fois, depuis, l'ouverture solennelle ; chaque fois les reliques furent vérifiées et munies de nouvelles authentiques. Mais, en 1561, les Calvinistes renversèrent et brisèrent le sépulcre vénéré, brûlèrent les saints ossements qu'il renfermait et en jetèrent les cendres au vent.
Nous avons analysé le travail qu'a composé, sur saint Restitut, M. l'abbé Nadal, dans son Histoire hagiologique du diocèse de Valence.
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## SAINT ENGELBERT, ARCHEVÊQUE DE COLOGNE,
MARTYR (1223).
Engelbert naquit d'une famille illustre ; il était fils d'Engelbert, comte de Berg, et de Marguerite, fille du comte de Gueldre. Dès l'enfance, il montra d'heureuses dispositions ; il était aimable, généreux et humble. Il refusa l'évêché de Munster à dix-huit ans. Après les grands troubles auxquels donnèrent lieu les archevêques de Cologne, Adolphe et Thierry, le souverain Pontife ayant ordonné l'élection d'un nouvel archevêque destiné à remplacer Thierry déposé, Engelbert fut élu le 22 février de l'an 1216. Il conféra de nombreux bénéfices aux églises et collèges de son diocèse, paya les dettes contractées par ses prédécesseurs, et recouvra les fiefs et les propriétés appartenant à l'église de Cologne, qui avaient été, soit pris de force, soit perdus par négligence ou impuissance. Il reçut avec une grande bonté les Dominicains, les Franciscains et les Chartreux, venus à Cologne vers l'an 1220 ; il les protégea et les défendit contre les malveillants qui les critiquaient et les attaquaient malicieusement. Engelbert remplissait les fonctions pontificales à la grande édification des assistants ; il soutenait la dignité de son ministère par la splendeur du culte ; mais, sous tout cet éclat, la componction remplissait son cœur, et les larmes qui sans cesse coulaient de ses yeux en étaient une preuve sensible.
Sa paternelle charité ne faisait pas acception des personnes ; il honorait beaucoup les religieux ; il admettait à sa table les prêtres pauvres de préférence aux grands seigneurs ; il les couvrait de ses vêtements. L'opprimé le trouva toujours prêt à le secourir. Plus d'une fois il obligea les indigents à manger à son assiette et à boire à son verre. Pendant une famine, il acheta une grande quantité de blé pour nourrir les religieux et les pauvres. Rempli d'une tendre piété envers la Mère de Dieu, il visitait souvent les lieux consacrés à son culte, et, tous les mercredis, il jeûnait en son honneur. Choisi par l'empereur Frédéric II pour tuteur de son fils Henri, et pour administrateur de l'empire en-deçà des Alpes, il éleva l'enfant royal comme son fils, l'honora comme son maître, fit régner la paix dans toute l'étendue de l'Empire, maintenant partout la foi et l'obéissance au Saint-Siège et à l'empereur. Il était le refuge des affligés et la terreur des méchants. Par une grâce toute particulière de Dieu, il unit la magnanimité et l'humilité, la magnificence et l'affabilité, la douceur et la vigueur. Il s'était acquis une si grande autorité pour le bien de l'Empire, qu'une lettre, un signe quelconque de lui suffisait à la sécurité des voyageurs. Il défendit la liberté ecclésiastique avec un courage invincible, principalement contre les avoués, et c'est ainsi qu'il se fraya le chemin du martyre.
Frédéric, comte d'Issembourg, son parent, s'était fait avoué ou défenseur de l'abbaye d'Essen; mais il ne s'était proposé que de piller les biens des religieuses; en sorte qu'elles étaient souvent obligées de se réfugier à Cologne pour implorer la protection des archevêques. Le Pape et l'empereur, informés de ce qui se passait, chargèrent Engelbert de remédier au mal, et même de destituer l'avoué s'il ne mettait fin à ses vexations et à ses rapines. Engelbert employa d'abord les voies de la douceur, et offrit même une pension considérable à son parent, pour l'engager à se conduire conformément aux règles de l'équité. Ses démarches étant inutiles, il ne lui laissa point ignorer la mission dont il était chargé.
Le comte d'Issembourg devint furieux: il forma le projet d'ôter la vie à l'archevêque de Cologne, et mit dans son parti des seigneurs et des princes auxquels sa famille était alliée. Cependant il ne laissa pas de se trouver au rendez-vous que l'archevêque lui avait donné à Zoest, en Westphalie, pour aviser à quelques moyens d'accommodement; il feignit même des vues pacifiques. On avertit Engelbert du danger, mais il n'en fut point effrayé. Le lendemain matin, il fit une confession générale de toute sa vie à l'évêque de Minden, pour se préparer à la mort dans le cas où Dieu l'appellerait à lui. Il fit cette confession avec une telle abondance de larmes que toute sa poitrine en était mouillée. Il l'avait à peine achevée, que les évêques de Munster et d'Oxnabruck, qui étaient entrés dans la conjuration de Frédéric, leur frère, vinrent le visiter. L'archevêque leur conta ce qu'il avait appris, mais ils s'efforcèrent de lui donner le change. Engelbert se rendit donc à Zoest, comme il était convenu. Tout se passa bien à l'extérieur, et on promit de se revoir à la diète de Nuremberg. Frédéric savait que, le jour d'après, l'archevêque devait aller dédier une église à Schwelm. Il posta des assassins sur la route, et partit avec Engelbert. Lorsqu'on fut arrivé au lieu désigné, le comte porta le premier coup à l'archevêque; alors les assassins se précipitèrent sur lui et le percèrent de quarante-sept blessures graves. Il mourut en priant pour ses ennemis, le 7 novembre 1225, après dix ans d'épiscopat. Son corps fut déposé, le 24 février de l'année suivante, dans l'église métropolitaine de Saint-Pierre de Cologne. Plus tard, l'archevêque Ferdinand le leva de terre, l'enferma dans une châsse et le plaça sur l'autel principal. Dieu illustra la tombe de son Martyr par beaucoup de miracles.
On le représente assassiné par les gens du comte Frédéric et bénissant ses bourreaux.
Propre de Cologne.
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## SAINT ROMAIN DE ROME, PRÊTRE ET CONFESSEUR,
## AU DIOCÈSE DU MANS (Époque incertaine).
On rapporte à l'épiscopat de saint Pavace, prélat du Mans, la mort d'un grand serviteur de Dieu, qui depuis le temps de saint Julien édifiait cette Église. Il se nommait Romain; né à Rome, il était, dit-on, neveu de saint Julien, apôtre du Maine et frère de sainte Julia. Il vint s'unir aux travaux apostoliques de son oncle, qui lui conféra les ordres et même le sacerdoce, et lui ordonna de prêcher l'Évangile dans les lieux qu'il lui désigna. Romain mit un zèle admirable à s'acquitter de cette mission; il contribua puissamment à la conversion des idolâtres et à l'accroissement du nombre des fidèles. Dieu, pour récompenser ses vertus et rendre ses travaux plus efficaces, lui donna le don des miracles: il rendit la parole à un muet, et, passant par le village de Cragracius, au pays des Andegaves (aujourd'hui Cré, Sarthe, arrondissement et canton de La Flèche), il chassa une multitude de démons du corps d'une jeune fille qui en était possédée.
Après la mort de saint Julien, Romain revint dans la cité des Cénomans, pour y vivre près du tombeau de celui qu'il avait aimé et révéré comme un père. Saint Thuribe lui confia le soin de la basilique des saints Apôtres. C'était alors le sanctuaire le plus vénéré des fidèles dans toute la contrée, à cause de la sépulture de saint Julien. Il devait de jour en jour exciter davantage la piété du peuple, car c'était une pratique constante des premiers chrétiens, de se faire enterrer près des tombeaux de ceux qu'ils regardaient comme les amis de Dieu, et déjà en possession de la félicité céleste. La réunion de ces nombreuses sépultures dans un même lieu, fut cause qu'il s'y forma de bonne heure des communautés de ces clercs d'un ordre inférieur, que l'on nommait fusoquiers, et qui étaient chargés du soin des funérailles. C'est par suite de cet usage, que les premiers cimetières chrétiens donnèrent origine à des monastères en plusieurs lieux. Notre saint prêtre présidait peut-être à une communauté de cette nature.
MARTYROLOGES. 249
Romain eut révélation du temps de sa mort, par un ange, sept ans avant qu'elle arrivât. Il voulut s'y préparer en visitant à Rome les tombeaux des apôtres saint Pierre et saint Paul. Pavace lui permit de faire ce voyage, mais il exigea de lui la promesse formelle qu'il reviendrait au Mans finir ses jours. Romain le promit et accomplit son pèlerinage. À son retour, en passant par le Vendomois, il rendit la santé au fils d'un homme riche, qui était sur le point de perdre la vie. Peu de temps après son retour au Mans, il tomba malade, comme il l'avait annoncé, et il mourut le septième jour avant les ides de novembre (le 7 novembre). Il ne fit pas moins de miracles après sa mort que pendant sa vie. Il fut enterré par saint Pavace lui-même dans la basilique des Apôtres, près des deux saints évêques dont il avait partagé les travaux.
Dom Paul Piolin, Histoire de l'Église du Mans.
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Événements marquants
- Naissance en Écosse ou Irlande
- Retraite érémitique au Ringelberg en Alsace
- Guérison de la fille aveugle et muette du roi Dagobert II
- Fondation du monastère de Haslach
- Élection au siège épiscopal de Strasbourg après le refus de saint Wilfrid
- Fondation de l'hospice et de l'église Saint-Thomas à Strasbourg
- Annonce prophétique de sa mort à son clergé
Miracles
- Guérison de la fille aveugle et muette de Dagobert II
- Obéissance des animaux de la forêt respectant les limites de son champ
- Multiples miracles lors de la translation de ses reliques
Citations
Validiora sunt exempla quam verba.