Bienheureux Éberhard
Prévôt de la cathédrale de Strasbourg et Abbé d'Einsiedeln
Résumé
Issu d'une illustre famille de Souabe, Éberhard fut d'abord un prévôt mondain à Strasbourg avant de se convertir au contact de son ami Bennon. Il utilisa sa fortune pour fonder l'abbaye d'Einsiedeln en Suisse et se distingua par sa charité lors de la famine de 942. Il mourut vers 958 après avoir gouverné son monastère avec sainteté.
Biographie
LE BIENHEUREUX ÉBERHARD,
PRÉVÔT DE LA CATHÉDRALE DE STRASBOURG ET ABBÉ D'EINSIEDELN.
957 ou 958. — Pape : Jean XII. — Empereur d'Allemagne : Othon Ier.
La gloire de la terre est vile, trompeuse et pleine de mépris; ne la recherche pas; recherche la gloire du ciel, gloire pleine de noblesse, de stabilité et de vérité. Saint Bonaventure.
La famille du bienheureux Eberhard était l'une des plus illustres de la Souabe, tant par son ancienneté que par ses richesses. Ce prince doit avoir été, selon l'opinion de plusieurs historiens, cousin de Hermann, duc de Souabe et d'Alsace. Une origine aussi illustre lui fraya le chemin des dignités ecclésiastiques, et il fut nommé prévôt de la cathédrale de Strasbourg; mais ébloui par le faste des grandeurs de ce monde, il devint indifférent pour les devoirs de sa charge et se laissa dominer par l'ambition et la vaine gloire. Le Seigneur le pressa souvent de revenir à lui, soit par l'exemple et les sollicitations de son confrère et ami Bennon, dont nous avons donné la vie au 3 août, soit par des inspirations salutaires, qui venaient de temps en temps le troubler dans sa vie trop mondaine : mais il resta inaccessible aux attraits de la grâce et continua toujours le même genre de vie.
Le vertueux Bennon venait alors de donner l'exemple de la plus profonde abnégation, en se retirant dans une solitude. Cette retraite subite, son renoncement au monde et surtout ses austérités, avaient fait une vive impression sur l'esprit des chanoines de la cathédrale de Strasbourg. Poussé par un motif de curiosité, Eberhard résolut un jour d'aller visiter son ami, et parut avec tout l'appareil du faste et de la vanité dans l'affreux désert que celui-ci habitait en Suisse. Bennon le reçut en solitaire. Eberhard, à l'aspect de cet homme, que les austérités de la pénitence n'avaient point abattu, se sentit ému et troublé : cet esclave du monde et de ses folies, qui n'avait goûté jusqu'alors que des plaisirs faux et trompeurs, ne put revenir de son étonnement : il avait cru trouver dans Bennon un homme dont l'austère vertu avait absorbé tout ce qui rappelait leur ancienne amitié, et il retrouva en lui le même ami, dont la tendresse et l'amabilité n'avaient fait qu'augmenter depuis leur séparation : il s'était attendu à des reproches de la part de Bennon, pour avoir continué une vie si peu en harmonie avec les devoirs de son état; mais Bennon est un ami indulgent, qui pardonne à la fragilité de la nature humaine les égarements du moment, et qui n'a que des entrailles de miséricorde pour une victime du respect humain et des préjugés de sa naissance. Enfin, Eberhard ne s'était figuré la vie érémitique que comme une existence triste et pénible, privée de toute jouissance, et il retrouve dans Bennon un homme qui jouit d'un genre de bonheur inconnu à lui-même, et qui savoure des délices ineffables au sein des privations de la terre. Toutes ces considérations militent fortement dans son âme; la grâce achève son ouvrage, et Eberhard, comme frappé d'un trait de lumière, reconnaît ses égarements, les abjure, et se dévoue pour tout.
4 AOÛT.
jours à la pratique des vertus chrétiennes et à toute la rigueur de la pénitence. Quelle fut alors la joie de Bennon? Il serra affectueusement son ami dans ses bras, l'exhorta à rompre tous les liens qui l'attachaient à la terre et à venir partager avec lui son bonheur et ses mortifications. Eberhard le promet et renonce de suite à sa dignité; il signala aussitôt la sincérité de sa résolution par des actes de bienfaisance et employa les grands biens dont il était en possession à améliorer le sort des fervents disciples de Bennon. L'humble chapelle fit place dès lors à une belle église, construite en l'honneur de la sainte Vierge, et les modestes cellules des cénobites furent changées en une riche abbaye, qui devint depuis si célèbre par la régularité qui y a toujours régné, le nombre et la sainteté de ses religieux et les immenses donations que lui accordèrent plusieurs monarques. Mais la charité d'Eberhard éclata davantage dans une grande famine, qui ravagea en 942 la Bourgogne, l'Alsace et la haute Allemagne: il fit ramasser une grande provision de grains, qu'il distribua aux peuples désolés. Il paraît qu'on le nomma abbé du monastère qui lui devait son existence, et Hermann Contract nous apprend qu'il gouverna cette maison depuis l'an 934 jusqu'en 957 ou 958, époque de sa mort. Il fut enterré près de la chapelle de la sainte Vierge, à côté de Bennon, son ami et son confrère. Sa mémoire a toujours été en grande vénération à Einsiedeln, et son nom se trouve dans plusieurs martyrologes. Quelques historiens lui donnent le titre de saint.
Extrait des Saints d'Alsace, par l'abbé Hunckler.
Événements marquants
- Prévôt de la cathédrale de Strasbourg
- Visite à son ami Bennon dans son désert en Suisse
- Conversion à une vie de pénitence et renoncement à ses dignités
- Fondation d'une église et d'une abbaye à Einsiedeln
- Secours aux populations lors de la famine de 942
- Gouvernance de l'abbaye de 934 à 958
Citations
La gloire de la terre est vile, trompeuse et pleine de mépris; ne la recherche pas; recherche la gloire du ciel, gloire pleine de noblesse, de stabilité et de vérité.