Saint Fraimbaud d'Auvergne
Reclus, Abbé et Confesseur
Résumé
Noble auvergnat éduqué à la cour de Childebert, Fraimbaud renonce aux honneurs pour devenir reclus à Ivry, puis moine à Micy. Fondateur d'un monastère dans le Maine et législateur monastique pour l'évêque du Mans, il est célèbre pour ses nombreux miracles et sa vie contemplative.
Biographie
SAINT FRAIMBAUD D'AUVERGNE, RECLUS,
PATRON D'IVRY, AU DIOCÈSE DE PARIS.
La joie spirituelle ne peut se répandre dans une âme qui ne sait point s'élever par la contemplation au-dessus des épreuves de la vie terrestre.
Saint Grégoire le Grand.
Fraimbaud naquit de parents riches et nobles, dans la province des Arvernes, vers la fin du Ve siècle. Son nom indique une origine franque : de bonne heure recommandé par son père au roi Childebert, il passa quelque temps au palais de ce prince, où une jeunesse brillante recevait les leçons de saints et doctes personnages. Fraimbaud profita de cette éducation si chrétienne et si illustre. Aucun de ces jeunes seigneurs n'avait de plus belles espérances que lui à la cour : un avenir brillant l'attendait. Mais, tant de belles apparences ne furent pas capables de l'éblouir ; il se persuada toujours de plus en plus de la vérité de ces paroles de saint Augustin : « Tout ce qui paraît à la cour de plus ferme et de plus assuré est extrêmement fragile ; on monte aux premières places par de grands dangers, et ces places mêmes sont pleines de troubles, de périls et de maux inévitables ». Il roulait aussi fort souvent, dans son esprit, ce que dit l'apôtre saint Jacques : « L'amour de ce monde est incompatible avec l'amitié de Dieu, et on ne peut aimer le siècle ni s'en faire aimer, sans s'attirer en même temps l'inimitié de Dieu ».
Cédant à ces considérations et à la voix de Dieu qui l'appelait, il quitta la cour et se retira pour y vivre en reclus, près de Paris, dans une solitude où est à présent le village d'Ivry. La nature lui avait préparé une citerne de bonne eau, avec une caverne en forme de chambre à côté. Ce fut là qu'il jeta les premiers fondements de la vie pénitente et contemplative qu'il a toujours pratiquée depuis. L'eau pure était toute sa boisson. Les herbes et les racines, que la terre produit d'elle-même, faisaient toute sa nourriture, et, si l'on excepte quelques heures que la nécessité l'obligeait de donner au sommeil, il passait le reste du temps à la récitation des psaumes et à la méditation des vérités éternelles.
Son père fut bientôt averti de sa retraite ; il vint le chercher jusqu'à Ivry ; mais l'eau de la citerne étant crue miraculeusement jusqu'à par-dessus la caverne du Saint, sans néanmoins y entrer ni lui causer aucun dommage, son père ne put se persuader qu'il fût dedans et s'en retourna ainsi sur ses pas sans l'avoir pu découvrir. Saint Fraimbaud connut, par ce prodige, que Notre-Seigneur approuvait son dessein ; aussi craignant d'être surpris une autre fois si près de Paris, il s'en alla à l'abbaye de Micy, près d'Orléans, que saint Mesmin, et saint Auspice, son oncle, avaient fondée depuis quelques années, et qui était une heureuse pépinière de saints et d'excellents religieux.
Sa vie, dans ce paradis terrestre, fut si pure et si innocente, il fit paraître dans toute sa conduite un si beau concert de toutes les vertus, qu'on l'obligea bientôt à recevoir le sacerdoce : ce qui ne s'accordait, en ce temps-là, qu'aux plus parfaits religieux. Sa sainteté éclata même au dehors, et elle attirait souvent, à Micy, des personnes de toutes conditions, qui venaient recevoir ses avis et implorer, dans leurs peines, le secours de ses prières. Il obtint des enfants à une femme stérile ; il guérit, avec un peu d'huile bénite, un jeune homme travaillé depuis longtemps d'une fièvre maligne ; il rendit, en faisant le signe de la croix, le mouvement des mains à une femme qui les avait percluses, et, par le moyen d'un morceau de pain bénit qu'il fit manger à un vieillard paralytique, il le rétablit en parfaite santé et lui donna le libre usage de ses membres.
Ces prodiges lui attirèrent trop de visites et de vénération : il y échappa en se retirant dans le Maine. Il s'établit dans les déserts du Passais. Il s'y bâtit, sur les bords de la Mayenne, une cabane de pieux et de branches d'arbres, et il couvrit son modeste édifice de chaume et de genêts. Il y vécut dans les veilles, les prières, les jeûnes et dans des mortifications continues ; mais Dieu lui envoya des disciples ; de sorte que sa modeste cellule se changea bientôt en un monastère.
Saint Innocent, évêque du Mans, après avoir examiné Fraimbaud et reconnu sa sainteté et sa science, non seulement lui permit d'établir cette communauté, mais l'aida même de ses aumônes. Il s'en servit pour le rétablissement de la discipline monastique, qui commençait à se relâcher, et lui ordonna de recueillir, dans la vie et les ouvrages des saints Pères, dans lesquels il était très-versé, tout ce qui pourrait être pratiqué par les religieux de son temps, et d'en faire une nouvelle Règle, laquelle il confirma de son autorité et fit ensuite exactement garder. Il s'en servit aussi pour la réforme de son clergé et pour l'établissement de plusieurs communautés ecclésiastiques, auxquelles notre Saint apprit à vivre en commun, suivant l'ordre observé dès le temps des Apôtres. Enfin, pour se rendre utile à toute la France, il le mena avec lui au quatrième Concile d'Orléans, auquel cinquante évêques assistèrent par eux ou par leurs députés, et où plusieurs Canons furent faits pour le bien de la discipline chrétienne. Notre Saint en fut une des plus belles lumières, quoique, n'étant que prêtre, il n'y eût pas voix décisive.
La réputation de Fraimbaud croissait de jour en jour, et autant il fuyait l'honneur, autant l'honneur le poursuivait; ses nouveaux miracles contribuèrent aussi beaucoup à le rendre l'objet de l'admiration de tout le monde : car il guérissait les malades, éclairait les aveugles, ressuscitait les morts, chassait les malins esprits des corps des possédés, apaisait les tempêtes, calmait les orages, faisait cesser la peste et les autres maladies contagieuses, obtenait des enfants, des biens et d'autres prospérités à ceux qui imploraient son secours avec humilité et avec confiance : on eût dit que Dieu avait résolu de ne rien refuser à ses prières. Sa grâce particulière, néanmoins, était pour les maux de tête et de toutes les parties qui la composent.
Un jour de dimanche, il prêchait la parole de Dieu : un aveugle s'écria qu'il lui rendrait la vue, s'il voulait prier pour lui; le Saint le fit pendant la nuit avec l'aveugle même, et le lendemain matin, ayant détrempé de sa salive un peu de la poussière de l'église, il lui en frotta les yeux et le guérit parfaitement. Ayant une fois bénit du pain, et l'ayant fait manger à un homme affligé d'un mal de dents si violent qu'on pouvait l'appeler une rage, il le délivra de cette souffrance et le remit en parfaite santé. Il guérit aussi un de ses religieux, qui s'était fracassé la tête en tombant de fort haut.
Tous les jours les oiseaux de la forêt voisine de son monastère venaient pour le récréer avec leurs chants, jusqu'à ce qu'il les congédiât en leur donnant sa bénédiction. Un jour il remarqua qu'ils étaient tristes, quand il les eut congédiés; il les suivit pour voir le sujet de leur tristesse, et s'aperçut qu'ils se réunissaient autour du petit corps inanimé de l'un d'entre eux. Emu de pitié, Fraimbaud étendit la main, fit le signe de la croix, et l'oiseau revint à la vie.
Fraimbaud sortait souvent de son monastère pour évangéliser les populations; durant une de ces courses apostoliques, il tomba malade dans un village nommé Saint-Fraimbault-sur-Pisse (paroisse qui est aujourd'hui du diocèse de Sées), et il y mourut le 15 août, vers le milieu du siècle, sous l'épiscopat de Scenfroy, successeur de saint Innocent. Il fut enterré dans son monastère, et son tombeau devint ensuite l'objet de la vénération de toute la France.
On peut le représenter quittant le palais de son père pour se retirer dans la solitude, ou encore instruisant les pauvres et les gens de la campagne.
## CULTE ET RELIQUES.
Les secours surnaturels que saint Fraimbaud donna à ceux qui imploraient son assistance firent qu'on bâtit diverses églises en son honneur : comme Saint-Fraimbault-de-Lassay, Saint-Fraimbault-de-Prières où était son tombeau. Près de cinq cents ans après son décès, la reine Adélaïde, femme de Bagues-Capot, fit lever son corps, et, lorsqu'on l'eut enfermé dans une chasse très-magnifique, elle le fit transporter à Senlis, dans une église collégiale qu'elle y fit bâtir exprès en son honneur, qu'elle fonda et dota pour un doyen, un trésorier, un chantre, onze chanoines, et d'autres bénédictins, qui chanteraient jour et nuit les louanges de Dieu et celles de leur bienheureux patron. Elle leur fit aussi présent d'une aube, d'une chasuble et d'autres ornements ecclésiastiques dont le Saint se servait à l'autel, et avec lesquels l'évêque de Senlis célébrait, tous les ans, la messe solennelle, en ce jour dédié à saint Fraimbaud.
L'an 1177, les membres de cette collégiale, prenant occasion de la réparation nécessaire de leur église, firent ouverture de leurs reliques en présence des évêques de Senlis et de Meaux, des abbés de Chaulis, de Longpont et de Foigny, et trouvèrent le corps de saint Fraimbaud, abbé et confesseur, avec celui de saint Gerbault, évêque; de saint Basomire, abbé; de sainte Lodovène, reine de France; de saint Brothe, et le bras de saint Évolfe. Toutes furent portées en procession en présence de Louis VII et du cardinal de Saint-Chrysogone, légat du Saint-Siège, qui prêcha en cette solennité. On peut le voir par une ancienne charte, que le Père Labbe a donnée au public, au 11e tome de sa Bibliothèque.
Les habitants d'Ivry, près de Paris, ont aussi signalé leur dévotion envers ce saint Abbé; car, outre qu'ils l'ont choisi pour un des patrons de leur paroisse, ils ont fait bâtir, sur sa caverne, une chapelle où il était honoré par un grand concours de pèlerins, et où ils conservèrent jusqu'aux pierres sur lesquelles il se reposait. L'eau de la citerne voisine, qui s'était miraculeusement élevée pour le cacher aux yeux de son père, est devenue, depuis, une eau salutaire pour la guérison des malades. Cette même chapelle a été rebâtie, au XVIIIe siècle, avec plus d'ornements, et, en 1670, l'évêque de Paris y érigea une Confrérie de Saint-Fraimbaud, que le pape Clément IX a favorisée de plusieurs indulgences. Ses confrères ont obtenu, cinq ans après, de l'évêque de Senlis et du Chapitre de Saint-Fraimbaud, une portion considérable de ses reliques, que l'on y honorait tous les ans, principalement le 1er mai, jour auquel on fit la cérémonie de la translation.
On ne conserve plus de reliques de saint Fraimbaud à Ivry : la Révolution a tout détruit. La chapelle n'a pas été plus respectée que les reliques; cette chapelle, bâtie sur l'emplacement de l'ermitage de saint Fraimbaud, a subsisté jusqu'après la Révolution; depuis longtemps déjà on n'en voit plus les traces. Le puits de saint Fraimbaud est aujourd'hui comblé. Le souvenir de saint Fraimbaud est donc à peu près détruit; cependant, on en fait toujours la fête le premier dimanche de mai. Quant à la Confrérie de Saint-Fraimbaud, elle n'existe plus. Il ne reste plus à Senlis qu'une église en ruines sous le vocable de saint Fraimbaud, et une relique matériellement peu importante.
L'église de Saint-Fraimbaud-de-Lassay possède actuellement un reliquaire en bronze argenté renfermant sept morceaux du crâne du Saint. Ces reliques ont été de nouveau reconnues pour authentiques, le 17 juillet 1840, par Mgr Bouvier, évêque du Mans.
Nous avons complété le Père Givy, avec l'Histoire de l'Église du Mans, par le R. P. Dom Paul Piolin, avec des Notes locales fournies par M. Boidard, curé d'Ivry, et M. Lemaire, curé de Senlis, et avec les Vies des Saints du diocèse de Sées, par M. l'abbé Blin.
Événements marquants
- Éducation à la cour du roi Childebert
- Retraite érémitique à Ivry près de Paris
- Entrée à l'abbaye de Micy et ordination sacerdotale
- Retraite dans les déserts du Passais (Maine) et fondation d'un monastère
- Participation au quatrième Concile d'Orléans
- Rédaction d'une nouvelle Règle monastique à la demande de l'évêque du Mans
Miracles
- Élévation miraculeuse de l'eau d'une citerne pour le cacher à son père
- Guérison d'un jeune homme fiévreux avec de l'huile bénite
- Rétablissement d'un paralytique avec du pain bénit
- Résurrection d'un oiseau par le signe de la croix
- Guérison d'un aveugle avec de la salive et de la poussière
Citations
L'amour de ce monde est incompatible avec l'amitié de Dieu