Saint Laumer (Lomer)

Abbé

Fête : 19 janvier 6ᵉ siècle • saint

Résumé

Berger originaire du pays de Chartres sous Clotaire Ier, Laumer devint moine à Micy puis ermite dans le Perche. Ordonné prêtre et économe à Chartres, il retourna à la solitude pour fonder le monastère de Corbion. Célèbre pour ses miracles et sa charité, il mourut centenaire en 594 après avoir prédit les malheurs de Chartres.

Biographie

SAINT LAUMER OU LOMER, ABBÉ

Nihil est iniquius quem amore pecuniae. Il n'y a rien de plus criminel que d'aimer l'argent. Eccle., x, 18.

Sous le règne de Clotaire Ier, fils du grand Clovis, premier roi chrétien de France, saint Laumer naquit au village de Neuville-la-Mare, à trois lieues de Chartres, de parents médiocrement pourvus des biens de la fortune, mais fidèles et pleins de vertu. Son père nourrissait du bétail dans les pâturages voisins ; trop pauvre pour avoir des domestiques à son service, il confia la garde de ses troupeaux à Laumer encore enfant. Le jeune berger rehaussa par des vertus précoces un labeur obscur et infime aux yeux du monde. D'une sobriété rare à cet âge, il ne mangeait qu'une seule fois par jour, et se privait même du strict nécessaire pour distribuer les restes de sa petite portion quotidienne soit à de pauvres passants, soit à des camarades dans le besoin.

Les heureuses dispositions qu'il annonçait engagèrent sa famille à le retirer des champs et à lui faire donner une éducation plus convenable. Dans ce but, ils le placèrent à Chartres, sous la direction d'un saint prêtre nommé Chérimir, qui l'instruisit dans les lettres et le forma en même temps à la piété. Ce maître éclairé ne tarda pas à reconnaître les aptitudes supérieures de son élève, notamment une rare pénétration et une singulière vivacité d'esprit ; il s'attacha donc à cultiver cette intelligence d'élite, qu'un cœur excellent rendait encore plus digne de ses soins. Laumer se faisait aimer par sa douceur, et se conciliait d'unanimes sympathies par son obligeance. La nature, ou plutôt la grâce divine, l'avait doué d'un caractère si égal, que jamais il ne donna le moindre signe d'humeur, de brusquerie ou de mécontentement : loin de choquer personne, il se montra constamment affable, gai, bienveillant et empressé pour tous ceux qui l'approchaient.

A peine sorti de l'adolescence, il résolut de renoncer au monde, et se retira dans l'abbaye de Micy, près d'Orléans, fondée par le roi Clovis, et qu'habitait alors une colonie de pieux solitaires. L'abbé saint Mesmin, saint Avy, saint Lubin, depuis évêque de Chartres, saint Calais, saint Liphard, et d'autres ascètes d'une vertu éprouvée, menaient, en ce monastère, la vie la plus édifiante : leur réputation de sainteté ne pouvait manquer d'attirer aux bords du Loiret de nombreux et fervents disciples. Laumer y passa douze années, dans les exercices de la prière et de la méditation ; toutefois, ne se trouvant pas encore assez à l'écart dans cet asile religieux, il jeta ses vues sur la forêt du Perche, vaste désert où n'arrivait aucun bruit du siècle. Pour mettre son dessein à exécution, il lui fallait traverser Chartres... Là d'irrésistibles instances le retirèrent contre son gré, et le détournèrent momentanément de sa vocation prononcée pour la vie érémitique. L'évêque de Chartres, désireux de conserver auprès de lui et d'employer un homme d'un pareil mérite, lui conféra les ordres sacrés et le promut au sacerdoce, malgré la résistance que l'humble diacre fit pour décliner cet honneur. Les prêtres

SAINT LAUMER OU LOMER, ABÉ.

et les chanoines de la cathédrale vivaient alors en communauté, suivant les traditions de la primitive église. Laumer, édifié de leur régularité à remplir leurs devoirs, consentit à demeurer avec eux, ce dont ils furent très-satisfaits. Pour l'attacher plus étroitement à leurs intérêts, ils lui confèrent la charge d'économe du chapitre : le nouveau titulaire s'acquitta fidèlement de sa fonction, distribuant à chacun ce qu'il fallait, ne cherchant point à bénéficier sur les revenus dont il disposait au profit de la masse, et retranchant plutôt sur ses besoins personnels, afin de donner davantage aux autres. Après avoir passé quelque temps au sein de cette famille sacerdotale, Laumer revint à sa première idée, et s'affermit dans la détermination d'aller vivre loin du commerce des hommes : le désir d'atteindre à une plus haute perfection le pressait d'abandonner complètement le monde et les affaires temporelles. Une nuit donc que ses confrères dormaient profondément, il se lève, sans rien dire à personne, s'éloigne de Chartres, et pénètre dans la forêt du Perche après laquelle il soupirait depuis longtemps... Il s'y construisit avec des branches d'arbres une petite cellule, et se livra tout entier à la contemplation, demeurant jour et nuit en prières. Ne se souciant nullement de faire des provisions, se confiant en la seule providence de Celui qui nourrit les petits des oiseaux, le Saint vivait plutôt comme un ange du ciel que comme un homme de la terre. Il vivait, dis-je, paisiblement en cette agréable solitude, lorsqu'une nuit, des voleurs, se persuadant qu'il avait de l'argent, vinrent en sa cellule pour le lui dérober. Mais le Saint leur ayant remontré charitablement leur faute, et fait savoir que toutes ses richesses étaient en Jésus-Christ, ils furent touchés d'un si parfait repentir qu'ils lui promirent de s'amender, de faire pénitence de leurs péchés et de commencer une meilleure vie. En effet, se retirant chez eux et admirant la douceur et la sainteté de la vie de ce bon ermite, ils commencèrent à la publier partout ; de sorte que plusieurs désirant le connaître, il se trouva visité par un grand nombre de personnes de toute qualité ; et ce lieu, cessant pour lors d'être solitaire, fut peuplé d'une foule de bonnes âmes qui se rangèrent autour de Laumer pour avoir part à ses saintes instructions et profiter des bons exemples de sa vie. À cet effet furent bâtis, en forme de monastère, plusieurs petits logements autour de son ermitage ; ce monastère est devenu, dans la suite des temps, une maison de religieuses de l'ordre de Fontevrault, appelée du nom de notre saint, Bellomer. Il y a encore aujourd'hui des restes de ce prieuré ; c'est une propriété particulière.

Il ne resta pas longtemps dans cette première retraite. Importuné par de fréquentes visites, il changea de demeure, et s'établit avec ses disciples à six lieues de Chartres, dans un désert où il fonda, vers l'an 575, le monastère de Corbion, appelé depuis le Moûtier-au-Perche. Ce qui attirait tant de monde vers le Saint, c'est que Dieu qui révèle les choses les plus cachées et qui prend un plaisir d'autant plus grand à relever les humbles qu'ils s'abaissent davantage, fit bientôt paraître la sainteté de son serviteur par la multitude des miracles qu'il fit en sa faveur et par son entremise. Car, par ses seules prières, il éteignit le feu qui avait pris à des paniers d'osier remplis de blés pour la provision du monastère. Les portes de l'église, qui étaient fermées, s'ouvrirent d'elles-mêmes pour lui en donner l'entrée. Par la seule force de l'oraison, il fit changer de place un gros chêne qui nuisait au plan de ses bâtiments. Toutes les fois que le démon, ennemi de la lumière, lui éteignait sa lampe la nuit, elle se rallumait aussitôt. Par la vertu du saint

sacrifice de la messe, il rendit l'usage parfait des jambes à un enfant qui était extrêmement boiteux. Il délivra, par le signe de la croix et par les saintes huiles, un homme possédé d'un démon si furieux, que l'on était contraint de l'attacher avec des chaînes. Et par les mêmes cérémonies, il rendit une santé parfaite à un seigneur paralysé de tout le corps ; ce qu'il fit aussi en faveur d'une femme appelée Ulphrade, qui, du consentement de son mari, donna depuis, en reconnaissance à son monastère deux belles métairies, afin d'obtenir de la bonté divine par les prières et l'intercession de saint Laumer, déjà décédé, la rémission de ses péchés. Mais à propos de ces guérisons miraculeuses, nous ne voulons pas omettre une chose très-digne de remarque.

Un seigneur nommé Ermoald tomba en une grave maladie contre laquelle il employa tous les remèdes humains ; voyant que tous les soins des médecins ne lui servaient de rien et que l'on désespérait de sa santé, il envoya quarante pièces d'or à saint Laumer, le conjurant de prier Dieu pour lui. Le Saint offrit bien de prier pour sa guérison, mais il ne voulait pas recevoir cet argent ; néanmoins, par l'importunité du messager, il le prit et alla en son oratoire prier Dieu que cette oblation lui fût agréable. Mais lorsqu'il eut mis les quarante pièces sur l'autel et qu'il les eut toutes maniées les unes après les autres, il reconnut par inspiration divine qu'il n'y en avait qu'une seule bien acquise : il la retint et rendit les trente-neuf autres à celui qui les avait apportées. « Cet argent », lui dit-il, « est mal acquis ; cette oblation ne saurait apaiser Dieu, ni obtenir une plus longue vie et encore moins obtenir la rémission des péchés, parce qu'il est écrit : Les sacrifices des méchants sont abominables devant Dieu, et les vœux des justes lui plaisent. Retournez promptement, mon frère, avertir votre maître qu'il ait soin du salut de son âme, qu'il fasse restitution de ce qu'il a mal acquis, parce qu'assurément il mourra de cette maladie ». Sur cette réponse, le messager s'en retourna chez son maître qu'il trouva encore en vie ; mais incontinent après il mourut, selon la prédiction du serviteur de Dieu.

Des voleurs dérobèrent un bœuf au monastère ; mais après avoir marché toute la nuit, le jour suivant ils se trouvèrent encore à la porte du même monastère, ce qui les obligea de restituer leur larcin.

L'évêque de Chartres, nommé Pappole, homme d'une vie fort exemplaire et d'une vertu très-signalée, entendant parler des rares qualités de Laumer, désira le voir, afin de se consoler avec lui par de pieux entretiens. Pour cet effet, il lui écrivit et le pria de venir à Chartres ; le Saint qui eût cru commettre un crime de manquer à l'obéissance ou à la charité, s'y rendit de bon cœur pour la satisfaction d'un si grand prélat. Mais peu de jours après son arrivée, il tomba malade d'une fièvre qui lui fit juger que son heure était venue, parce qu'il était fort âgé. Le saint évêque, de son côté, s'acquitta envers lui de tous les devoirs d'une sainte amitié, le visitant pendant sa maladie et faisant connaître par ses larmes combien sa perte lui serait sensible. Saint Laumer le consola, autant que son indisposition le lui put permettre, et fit toujours paraître un cœur élevé vers Dieu et des affections détachées de la terre. Il avertit le saint prélat des malheurs qui devaient arriver dans tout le pays, de la ruine et de la désolation des villes et de la campagne, de la profanation des autels, de la démolition des églises et d'autres désordres qui étaient capables de lui faire perdre le plaisir de la vie. Il lui prédit particulièrement les calamités qui menaçaient la ville de

Chartres, et les fleuves de sang qui couleraient par toutes ses rues. La vérité de ces prédictions fut justifiée par l'événement : il assura pourtant à l'évêque que ces malheurs n'arriveraient pas durant sa vie, d'où il devait passer à une meilleure sans avoir la douleur d'être témoin de tant de misères et sans perdre le repos dont il avait joui jusqu'alors. Ainsi, le saint abbé, âgé de plus de cent ans, rendit l'esprit à son Créateur le 19 janvier de l'an 594.

Pappole ne lui survécut pas de beaucoup, et dès la même année il eut pour successeur le bienheureux évêque Bohaire, qui vit l'accomplissement de la prophétie de saint Laumer dès l'an 600, lorsque les troupes de Thierry et de Théodebert, qui faisaient la guerre à Clotaire II, prirent et saccagèrent la ville de Chartres.

On a représenté saint Laumer : 1° comptant des sous d'or ; 2° suivi d'une biche qu'il délivra des poursuites d'une troupe de loups.

Événements marquants

  • Enfance comme berger à Neuville-la-Mare
  • Études à Chartres sous la direction de Chérimir
  • Séjour de douze ans à l'abbaye de Micy
  • Ordination sacerdotale à Chartres et charge d'économe du chapitre
  • Retraite érémitique dans la forêt du Perche
  • Fondation du monastère de Corbion (Moûtier-au-Perche) vers 575
  • Mort à l'âge de plus de cent ans

Miracles

  • Extinction d'un incendie de paniers de blé par la prière
  • Ouverture miraculeuse des portes de l'église
  • Déplacement d'un gros chêne par l'oraison
  • Lampe s'allumant seule la nuit
  • Guérison d'un enfant boiteux pendant la messe
  • Délivrance d'un possédé et guérison d'un paralytique
  • Discernement d'une pièce d'or mal acquise parmi quarante
  • Voleurs de bœuf ramenés par miracle à la porte du monastère

Citations

Nihil est iniquius quem amore pecuniae.

— Ecclésiastique, x, 18 (cité en exergue)

Cet argent est mal acquis ; cette oblation ne saurait apaiser Dieu.

— Paroles de Saint Laumer au messager d'Ermoald