Saint Fulrad, Abbé de Saint-Denis

Abbé de Saint-Denis et fondateur d'abbayes

Fête : 16 juillet 8ᵉ siècle • saint

Résumé

Abbé de Saint-Denis au VIIIe siècle, Fulrad fut un diplomate influent auprès des rois carolingiens et des papes, jouant un rôle clé dans la donation de territoires italiens à l'Église. Fondateur de plusieurs monastères en Alsace, notamment Saint-Hippolyte et Lièpvre, il est le seul abbé de sa prestigieuse abbaye à porter le titre de saint.

Biographie

S. FULRAD, ABBÉ DE SAINT-DENIS, PRÈS PARIS,

ET FONDATEUR DE PLUSIEURS ABBAYES EN ALSACE.

SAINT FULRAD, ABBÉ DE SAINT-DENIS PRÈS PARIS.

Astolphe, roi des Lombards, faisait continuellement la guerre au souverain pontife Etienne, et menaçait d'envahir la ville de Rome ; le Pape demanda du secours à Pépin. Celui-ci força le roi des Lombards à un accommodement et envoya l'abbé Fulrad en Italie pour s'entendre avec lui sur la restitution de l'exarchat de Ravenne et de la Pentapole ; mais le monarque lombard ne remplit pas les conditions de ce traité, c'est pourquoi Pépin l'obligea de nouveau à accepter des conditions plus dures encore : vingt villes furent évacuées par Astolphe, et Fulrad, chargé une seconde fois d'aplanir les difficultés de la convention, apporta à Rome les clefs de ces cités et les déposa sur le tombeau de saint Pierre, pour en faire, au nom de son roi, donation à l'Église, quoique toujours sous la suzeraineté des rois de France. Par ce moyen, l'Église de Rome parvint à la possession paisible des villes de Ravenne, Rimini, Pesaro, Césène, etc.

On conserve encore une bulle du pape Etienne III, donnée le 16 février 752, dans laquelle ce Pontife permet à Fulrad de bâtir des monastères dans les terres qui lui appartiennent en propre ou qui lui seraient données. Fulrad fonda six monastères ou prieurés et plusieurs églises : deux de ces monastères existaient en Alsace. Mais, au milieu de ses travaux, le saint homme ne laissa point de se rendre toujours utile à son pays ; car, après la mort du roi Astolphe, Didier, roi des Lombards, chercha à reconquérir les villes qui avaient été cédées au Saint-Siège et prit les armes. Fulrad reparut en Italie : son éloquence et ses manières conciliatrices, jointes à la force des preuves qu'il alléguait, firent renoncer Didier à ses entreprises, et celui-ci, par les dispositions de Fulrad, fut couronné roi du pays qu'il allait dévaster. Le Pape et toute l'Italie lui témoignèrent la plus vive reconnaissance pour l'heureux succès de cette négociation.

Fulrad assista à l'assemblée d'Attigny-sur-Aisne et reçut de la noblesse française toutes les marques de l'estime la plus profonde. Il fit son testament en 777, à Béristal, et donna tous ses biens, monastères, églises, etc., à l'abbaye de Saint-Denis. Sa précieuse mort arriva le 16 juillet 784 : il est le seul des abbés de Saint-Denis auquel on donna le titre de Saint. Le célèbre Alcuin composa son épitaphe. On l'enterra d'abord dans l'église de Saint-Denis ; mais son corps fut transporté plus tard au monastère de Liepvre, où il fut honoré le 17 février, jour de sa translation.

Le premier monastère que l'Alsace dut à la générosité de Fulrad, fut celui qu'il fit construire dans un endroit nommé Audaldevillers, et qu'il dédia au martyr saint Hippolyte. Il y déposa le corps de ce saint martyr, qu'il avait obtenu, vers l'an 764, du pape Paul, avec plusieurs autres reliques, dont il enrichit les monastères de sa fondation. Les pèlerinages que les fidèles entreprirent pour aller vénérer les reliques de saint Hippolyte, firent bientôt oublier le nom d'Audaldevillers, et la petite ville qui se forma autour du monastère prit et conserva jusqu'à nos jours le nom de ce saint martyr. Mais les reliques de saint Hippolyte ne restèrent pas longtemps dans cet endroit ; car une charte de Charles le Chauve, de l'année 862, nous apprend que dès lors elles avaient été transférées dans l'abbaye de Saint-Denis avec celles de saint Cougat ou Cucufas, martyrisé à Barcelone le 25 juillet 304 sous l'empire de Dioclétien.

Le second monastère dû à Fulrad fut celui qui prit le nom du fondateur même ; mais plus tard le nom de Fulradviller fut changé en celui de Liepvre ou Leberau, de la rivière de Leberaka, sur laquelle il était situé. Ce monastère donna son nom à un village qui s'est formé autour. Fulrad céda à ce monastère plusieurs biens qui lui appartenaient et la plupart de ceux

46 JUILLET.

qui lui avaient été donnés par Widon et Chrodbarde, deux seigneurs alsaciens. Il y déposa des reliques du pape saint Alexandre et de saint Cougat. Les reliques de saint Cougat furent apportées en France par Charlemagne, et ne restèrent au monastère de Liepvre que jusqu'en 835, époque à laquelle Hilduin, abbé de Saint-Denis, les fit transporter, le 25 août, dans son abbaye, où elles furent honorées depuis.

L'ancienne église de Liepvre subsistait encore au milieu du dernier siècle : elle fut démolie en 1751. On voyait peinte sur les vitres l'image de saint Fulrad, avec ces mots : *Domus mea cumeta Deo hic*, et, de l'autre côté, le portrait de Charlemagne, avec cette inscription : *Fiant que jubeo*. Richier, dans sa *Chronique de Senones*, parle aussi d'un pavé de marbre en mosaïque, fort curieux, que l'on attribuait à Charlemagne et que l'on voyait aussi à Liepvre.

Ces deux maisons, étant dans leur origine du diocèse de Strasbourg, devinrent des prieurés de l'Ordre de Saint-Benoît et dépendirent de l'abbaye de Saint-Denis jusqu'au XIVe siècle. La petite ville de Saint-Hippolyte fut incendiée, avec son monastère, en 1286, par Anselme, comte de Ribeaupierre, alors en guerre avec l'empereur Rodolphe de Habsbourg ; elle eut le même sort en 1326, et fut prise et rasée par Léopold, duc d'Autriche, parce que Louis d'Oettingen, landgrave de la basse Alsace et seigneur de Saint-Hippolyte, s'était révolté contre lui et déclaré pour Louis de Bavière, son rival. Ce n'est que vers l'an 1400 que les ducs de Lorraine s'emparèrent de Saint-Hippolyte et de Liepvre, en vertu de la juridiction qu'ils exerçaient sur les deux monastères et qu'ils avaient obtenu au XIIe siècle.

Les abbés de Saint-Denis se pourvurent, en 1404, auprès du roi Charles VI, pour se faire restituer les prieurés ; mais ils ne furent point écoutés, et ce sont ces ducs qui les unirent à la collégiale de Saint-Georges de Nancy, en vertu d'une bulle du pape Alexandre VI, du 16 avril 1502. Lorsque cette collégiale fut elle-même réunie, en 1742, à la primatiale de cette ville, les deux prieurés revinrent aussi à la même église.

À quelque distance de Saint-Hippolyte est située la petite ville de Bergheim, près de laquelle on voyait autrefois une maison de Templiers et la chapelle de Saint-Pierre, paroisse du village de Bergheim-Weiller. Lors de la suppression de l'Ordre des Templiers, en 1312, leur maison fut annexée au préceptorat des chevaliers de Malte de Schelestadt. Près de Guémar est le célèbre pèlerinage en l'honneur de saint Maximin, évêque de Trèves. L'église fut construite en 1262 par Ulrich, comte de Ribeaupierre. Ses successeurs se montrèrent toujours fort généreux envers cette église et s'y rendaient tous les ans avec toute leur cour, pour y recevoir la sainte communion.

Voir l'Histoire des Saints d'Alsace, par l'abbé Hunckler.

LE BIENHEUREUX MILON, ÉVÊQUE DE THÉROUANNE. 369

Événements marquants

  • Négociations diplomatiques entre Pépin le Bref et le roi Astolphe en Italie
  • Donation des clefs de vingt cités au Pape sur le tombeau de saint Pierre
  • Obtention d'une bulle du pape Etienne III en 752 pour bâtir des monastères
  • Médiation réussie auprès du roi Didier pour la restitution de villes au Saint-Siège
  • Participation à l'assemblée d'Attigny-sur-Aisne
  • Rédaction de son testament à Béristal en 777
  • Translation de son corps au monastère de Liepvre

Citations

Domus mea cumeta Deo hic

— Inscription sur vitrail à Lièpvre