Saint Gautier de Pontoise
Abbé de Pontoise
Résumé
Érudit picard devenu premier abbé de Pontoise au XIe siècle, Gautier se distingua par son humilité radicale et sa fermeté face au pouvoir royal. Malgré ses tentatives répétées de vivre en ermite à Cluny ou près de Tours, il fut contraint par le Pape de diriger son abbaye. Il finit par fonder le monastère de Bertaucourt suite à une vision de la Vierge Marie.
Biographie
SAINT GAUTIER, ABBÉ DE PONTOISE
Saint Gautier naquit à Andainville, village du Vimeu, vers la fin du règne de Robert Ier, ou au commencement de celui d'Henri Ier.
La précocité de son esprit lui fit faire de rapides progrès dans les arts libéraux. Pour s'y perfectionner, il quitta la maison paternelle et alla, dans divers pays lointains, recueillir les enseignements de maîtres éprouvés. Ensuite il se fit recevoir docteur, professa avec distinction la grammaire, la rhétorique et la philosophie et attira autour de sa chaire un auditoire d'élite.
Arrivé au faîte de la renommée et craignant de se laisser entraîner par le vertige de la vanité, il se rappela le conseil de l'Évangile qui nous donne pour modèle Jésus pauvre et crucifié ; il résolut alors de renoncer aux agitations du siècle, pour goûter le calme et la sécurité de la vie claustrale. Voulant y procéder par degré, pour mieux éprouver ses forces, ce ne fut qu'après avoir longtemps subi les rigueurs du cilice qu'il entra à l'abbaye de Rebais-en-Brie où, dès les premières années de son noviciat, il dépassa tous les religieux par la maturité de ses vertus.
Nous ne pouvons cependant donner une complète approbation à un acte exagéré de charité, que l'un des deux biographes contemporains de Gautier loue sans restriction : un paysan expiait ses méfaits dans la prison du monastère et y souffrait souvent de la faim et de la soif ; le religieux picard, ému de compassion, lui réservait une partie de son pain. Une nuit, à la faveur des ténèbres, il pénétra dans son cachot, brisa ses liens, le chargea sur ses épaules et l'aida à s'enfuir. Toutefois il lui fit promettre de ne point tirer vengeance de la juste punition qu'il avait subie dans le monastère. Gautier, selon qu'il s'y attendait, fut sévèrement châtié par l'Abbé, pour cette violation de la règle.
Vers cette même époque (1069), Amaury, frère de Gautier III, comte d'Amiens et de Pontoise en Vexin, venait de fonder, près du château de cette dernière ville, un monastère dont les quelques religieux n'avaient point encore d'Abbé. Entendant vanter les vertus de Gautier, ils s'empressèrent de le choisir pour leur supérieur. Ce ne fut qu'après bien des refus que Gautier se décida enfin à se rendre au vœu de la communauté naissante. Après que le saint religieux eut reçu la bénédiction épiscopale, le roi Philippe Ier, en qualité d'avoué ou protecteur de l'abbaye, lui remit, comme marque d'investiture, la crosse abbatiale, en la tenant par le nœud ; Gautier mit la main, non pas au-dessous, mais au-dessus de celle du roi, en disant : C'est de Dieu, et non pas de votre Majesté, que je reçois le gouvernement de cette église. Bien loin de se formaliser de cette liberté, le roi et sa suite ne firent qu'admirer cette indépendance de sentiments et de langage.
L'abbé de Pontoise fit dédier son église sous le vocable de Saint-Germain, qu'elle échangea plus tard pour celui de Saint-Martin.
D'une taille élevée, d'une physionomie pleine de douceur, Gautier ne cherchait point à accentuer ces avantages par une mise soignée. Juste envers tous, sans prévention pour personne, miséricordieux pour les autres, sévère pour lui-même, humble devant les petits, ferme devant les grands, supportant d'un visage égal la joie et le chagrin, le saint Abbé était un continuel sujet d'admiration pour tous ceux qui l'approchaient, d'autant plus qu'il alliait la vivacité de l'intelligence et la sagesse des pensées à l'habileté de l'éloquence.
La considération qui l'entourait lui fit craindre les suggestions de l'amour-propre ; aussi, vers l'an 1072, après avoir bâti un oratoire à Saint-Martin, dont l'abbaye devait bientôt prendre le vocable, il s'enfuit secrètement de Pontoise pour aller se cacher à Cluny qui était alors, sous l'abbatiat de saint Hugues, la plus florissante école des vertus monastiques. Bien qu'il eût pris soin de dissimuler sa qualité et son nom, les moines de Pontoise finirent par découvrir sa retraite. Munis d'une ordonnance de Jean de Bayeux, archevêque de Rouen, ils allèrent trouver l'abbé de Cluny et ramenèrent le fugitif à leur monastère.
Vers l'an 1080, Gautier, évêque de Meaux, confirma la donation, qui avait été faite à saint Gautier, de la terre de Maurissac pour y fonder un prieuré.
A l'imitation de plusieurs autres saints Bénédictins, Gautier se retirait souvent dans une grotte voisine pour y pratiquer la vie austère des anachorètes ; mais, troublée par les visites, il résolut de s'enfuir une seconde fois.
Ce fut dans une île de la Loire, près de Tours, où se trouvait une chapelle dédiée aux saints Cosme et Damien, que saint Gautier crut pouvoir, loin du regard des hommes, se livrer à toute l'ardeur de ses mortifications ; là encore il fut trompé dans son espérance ; la renommée publia bientôt les vertus du solitaire : on venait solliciter ses conseils, admirer ses exemples ; on lui apportait de nombreux présents qu'il s'empressait de distribuer aux pauvres, habitués à prendre le chemin de son ermitage. Un jour, il leur donna ses livres à vendre ; une autre fois, il se dépouilla pour eux de la tunique et de la coule que lui avaient données les moines de Marmoutiers.
Un pèlerin, nommé Garin, qui, selon la coutume du temps, voyageait pour visiter les sanctuaires renommés, reconnut Gautier et signala aussitôt sa retraite aux moines de Pontoise. Ceux-ci accoururent à Tours, se jetèrent aux pieds de leur Abbé et le supplièrent de revenir, pour rendre la vie à son abbaye qui dépérissait. Gautier se rendit à leurs prières ; mais, peu de temps après (1075), il partit pour Rome et, après avoir vénéré les tombeaux des Apôtres, il conjura le pape Grégoire VII de le décharger du fardeau qui l'accablait et de l'honneur dont il se proclamait indigne. Le souverain Pontife, en le retenant quelques jours, put apprécier l'exagération de son humilité ; il lui reprocha alors de ne pas mettre en œuvre les aptitudes qu'il avait reçues de la Providence et lui enjoignit, sous peine d'anathème, de reprendre la direction de son troupeau abandonné. Le saint Abbé renonça dès lors à ses prédilections et, retournant au bercail, ne songea plus désormais à déserter les devoirs que lui avait imposés le suprême arrêt du Pontife.
Plus d'une fois, l'abbé de Pontoise eut occasion de mettre la fermeté de son caractère au service de la justice. Ainsi, il ne craignit point de reprocher ouvertement à Philippe Ier ses investitures simoniaques : « Il ne vous est point permis », lui dit-il, « de trafiquer des choses saintes : en vendant ainsi les bénéfices, vous autorisez les autres à en faire un commerce sacrilège, et vous vous rendez coupable de toutes les simonies qu'encouragent vos exemples ».
Gautier ne montra pas moins d'énergie pour faire respecter par le concile de Paris (1092) la décision du Saint-Siège qui interdisait d'entendre la messe d'un prêtre concubinaire. Les évêques l'accusèrent d'être en cela rebelle aux ordres du roi et le firent mettre en prison ; mais l'intervention de ses amis lui rendit bientôt la liberté qu'il avait été heureux de sacrifier pour la cause de la justice.
Ce n'était certes point par esprit d'ostentation qu'il se déterminait à contrecarrer l'autorité des puissances civiles et religieuses ; il aimait au contraire le silence et l'oubli, quand la voix de sa conscience ne lui prescrivait point d'affirmer nettement ses convictions. Son humilité était si réelle que sa main gauche ignorait ce qu'avait donné sa main droite ; c'était par l'entremise des autres qu'il distribuait ordinairement ses libéralités. Un jour, recevant la visite d'un prêtre et d'un diacre de Pontoise, il les chargea de donner aux indigents une forte somme qu'il feignit d'avoir reçue d'un ami, pour cette destination, et leur demanda le secret sur l'origine de ce don. En d'autres circonstances, il usait de la même dissimulation pour déguiser sa charité. S'il était abordé par un mendiant, en face de témoins, il le repoussait avec une vivacité qui pouvait le faire accuser de dureté ; mais, bientôt après, il rejoignait le pauvre, sans qu'on l'aperçût, et le comblait de ses bienfaits. Quand il lavait les pieds des pèlerins, ce n'était jamais en public, mais alors que ses religieux, retenus par les exercices de la communauté, ne pouvaient pas être témoins de son humble charité. Plus d'une fois il lui arriva de vider sa bourse entre les mains des mendiants, et, quand il n'avait plus rien, de leur donner jusqu'à son couteau, jusqu'à ses chaussures.
Une natte recouverte d'un cilice, sans oreiller, sans traversin, lui servait de lit : c'est là qu'il reposait, tout habillé, et qu'il se donnait de violents coups de discipline. Des manches de toile dissimulaient la vue de son rude cilice. Ce n'était que lorsque ses grossiers habits tombaient en lambeaux qu'il en prenait de nouveaux.
Toujours disposé à servir les autres, Gautier remplissait volontiers les fonctions de lecteur hebdomadaire au réfectoire, et même de cuisinier et de boulanger. Un jour, exténué par la fatigue, il tomba en défaillance devant l'ouverture du four et fut trouvé en cet état par les moines, qui s'empressèrent de le transporter à sa cellule.
Quand, par hasard, Gautier partageait au réfectoire le repas commun, il trouvait moyen, et sans que personne s'en doutât, de substituer de l'eau à sa portion de vin. Mangeait-on du poisson, il feignait d'être fort occupé à en extraire les arêtes, afin que l'on ne s'aperçût point qu'il s'abstenait de cet aliment. On lui portait habituellement dans sa cellule du pain et des fèves cuites à l'eau : tout le pain était réservé pour les pauvres. Une cruche d'eau qu'on lui remettait le samedi lui servait pour toute la semaine.
L'Abbé s'asseyait rarement dans l'église : quand ses forces le trahissaient, il s'appuyait sur son bâton pastoral. Tandis que les autres allaient prendre quelque repos après l'office de nuit, lui, il restait devant l'autel, plongé dans la méditation ; mais le sommeil réclamant parfois ses droits, on le trouvait souvent, le lendemain, endormi sur le parvis, le front prosterné contre terre.
Gautier, ayant réuni un jour toute la communauté, s'accusa de ses fautes dans le Chapitre, et demanda à chacun de ses religieux de le battre de verges. Cet acte d'humiliation de la part de leur supérieur fit beaucoup de peine aux religieux et ils s'y opposèrent autant qu'ils purent ; mais sa constance l'emporta sur leurs scrupules, et les trente religieux de l'abbaye remplirent les pénibles fonctions que leur imposait l'obéissance ; pour leur témoigner sa reconnaissance, il dîna avec eux, ce jour-là, au réfectoire.
Vers l'an 1092, la bienheureuse Vierge Marie lui apparut et lui dit : « Lève-toi, Gautier, rends-toi à Bertaucourt et construis-y un monastère. J'ai choisi cet endroit pour qu'une communauté de vierges s'y consacre à mon service ». L'apparition s'étant évanouie, Gautier craignit d'être le jouet d'une illusion, et différa d'agir ; mais une seconde vision vint lever tous ses doutes ; cette fois, comme témoignage d'une réalité irrécusable, il garda plusieurs jours sur ses joues l'empreinte des doigts de la Vierge qui lui avait appliqué un soufflet. Ignorant le chemin de Bertaucourt, il s'en remit à la garde de Dieu ; guidé par quelques renseignements obtenus sur sa route, il arriva à cette localité, située à cinq lieues d'Amiens.
Arrivé dans un bois, près de la rivière de la Fieffe, Gautier bâtit une petite maison et une chapelle où l'on accourut bientôt de toute part recueillir de ses lèvres des paroles de vie. Racontant aux pieuses femmes le motif de sa venue, il les engageait à accomplir les vœux de la Sainte Vierge. La châtelaine du lieu vit de mauvais œil cet immense concours de pèlerins qui, venant à cheval et en chariot, pouvaient porter préjudice à ses récoltes ; aussi trouva-t-elle le moyen de chasser l'homme de Dieu. Le châtiment ne se fit pas longtemps attendre. Un jour qu'elle se disposait à partir pour l'église, elle mourut subitement en se levant de son siège..
Quelques années plus tard, en 1094, deux nobles et pieuses femmes, Godelinde et Helwige, consacrèrent leurs richesses à exécuter le projet de Gautier ; elles enrichirent le monastère qu'elles venaient de fonder, dédièrent l'église à Notre-Dame, y adjoignirent un cimetière, et appelèrent auprès d'elles des vierges qui se dévouèrent au service des autels. Trois ans après la mort du saint Abbé, Godelinde devait être consacrée abbesse et succéder à Helwige.
Gautier, pour se préparer à la mort, ajoutait chaque jour quelque chose à ses austérités, et se conformait ainsi à la loi qu'il s'était imposée d'avancer sans cesse dans la voie de la perfection. Le moment approchait où il allait trouver la récompense de ses vertus.
Un des derniers traits de sa vie nous montre qu'il était doué du don de prophétie. Un jour qu'il prêchait devant Mathieu Ier, comte de Beaumont-sur-Oise, une dame scandalisa l'assistance par l'inconvenance de sa toilette et surtout par sa robe à queue, qui balayait la poussière. L'homme de Dieu ne put s'empêcher de lui reprocher son immodeste étalage. Cette évaporée se récria et annonça que, le dimanche suivant, elle reviendrait en plus grands falbalas. — Vous reviendrez, en effet, lui dit le prédicateur, mais dans un état bien différent de celui que vous affichez aujourd'hui.
Le lendemain, Gautier put à peine achever sa messe, tant était ardente la fièvre qui le minait. Il fit venir un moine chargé de lui copier un bréviaire et lui dit de s'abstenir d'une œuvre dont il ne pourrait désormais profiter.
Ce jour-là même, un messager de la comtesse de Beaumont vint lui apprendre que sa maîtresse était tombée malade et qu'elle sollicitait sa visite. — « Dieu veuille », dit l'Abbé, « qu'elle me rencontre au ciel ; car elle ne me reverra plus sur la terre ! »
La maladie s'aggravant, Gautier reçut le saint Viatique, donna l'absolution à ses frères et fut absous par eux. Après s'être efforcé de calmer leur douleur, il les exhorta à porter avec amour le joug du Seigneur, et s'éteignit, comme il l'avait annoncé, le 8 avril 1099, jour du vendredi saint. La comtesse de Beaumont mourut ce jour-là même.
Quand, selon l'usage monastique, on lava le corps du défunt, on n'y trouva aucune trace des mortifications auxquelles il se soumettait ; sa chair, blanche comme la neige, semblait n'avoir subi ni l'influence de la vieillesse, ni les atteintes de la macération. L'inhumation eut lieu dans l'église abbatiale de Saint-Martin, où devaient bientôt s'accomplir de si nombreux miracles.
Le dimanche suivant, la femme mondaine qui avait insulté Gautier fut transportée par le démon sur le tombeau de l'Abbé. Bientôt après, elle était délivrée de cette obsession par les instantes prières des fidèles, et par les suffrages du Saint dont la prophétie avait été réalisée.
Saint Gautier a été représenté 1° recevant la crosse abbatiale du roi de France et plaçant sa main au-dessus de celle du monarque ; 2° tenant de la main gauche le livre de la règle bénédictine et de sa droite une crosse ; 3° tenant trois épis d'une main, tandis que de l'autre il s'appuie sur un cep de vigne. C'est sans doute une figure de l'Eucharistie sous les deux espèces ; l'interprétation toute matérielle de ces symboles aura fait adopter saint Gautier comme patron par les vignerons de certaines localités ; 4° portant sa pitance à un prisonnier qu'il délivre, et expiant lui-même dans les fers le généreux égarement de sa charité.
## RELIQUES DE SAINT GAUTIER.
Le tombeau de saint Gautier devint bientôt un rendez-vous de pèlerinage où les aveugles, les boiteux, les sourds, les paralytiques et les malades de toute catégorie trouvaient une guérison subite. Les croyants ont expérimenté jusqu'à une époque peu éloignée de nous le pouvoir qu'avait ce grand serviteur de Dieu de soulager, de haut du ciel, toute espèce de maux.
« Mon bisaïeul », écrivait-il y a quelques années un vénérable curé, « mon bisaïeul, que j'ai parfaitement connu, et plusieurs de ses camarades, échangèrent, dans un pèlerinage à Bertancourt, quelques mauvaises plaisanteries sur la vieille statue de saint Gautier. Le lendemain ils étaient tous malades des yeux. Ce ne fut qu'au bout de six semaines qu'ils furent guéris de cette affection, attribuée à leur irrévérence envers saint Gautier ».
Le corps de ce saint Abbé fut enlevé de sa châsse pendant la Révolution et inhumé dans le cimetière de Pontoise. On ne l'a pas retrouvé depuis. Il n'y a plus à Pontoise qu'une petite relique du Saint, conservée à l'église Notre-Dame. On vénère, au Carmel d'Amiens, une autre relique de saint Gautier apportée en 1816 par les Carmélites de Pontoise qui, à cette époque, s'unirent à celles d'Amiens.
Hugues d'Amiens, archevêque de Rouen, fit, le 3 mai 1153, l'élévation du corps de saint Gautier ; cela équivalait à la canonisation : c'est le dernier exemple que nous ayons de Saints non canonisés par le Saint-Siège. La fête anniversaire de cette élévation ou canonisation fut fixée au 4 mai. Comme beaucoup d'autres solennités religieuses, celle-ci donna lieu à une foire qu'on désigne encore sous le nom de saint Gautier.
Anciennement, la fête de saint Gautier, au 8 avril, et celle de son élévation, au 4 mai, étaient chômées dans tout l'archidiocèse de Rouen. Ce Saint paraît avoir été particulièrement invoqué pour la délivrance des prisonniers, ainsi que l'attestaient les nombreuses chaînes suspendues en ex-voto devant son autel.
Un tombeau fut érigé à saint Gautier en 1154, une année après sa canonisation. Ce monument a été transporté, il y a une vingtaine d'années, dans l'église Notre-Dame de Pontoise. C'est un sarcophage en pierre légèrement rétréci vers les pieds. Le Saint y est représenté couché : la tête est d'un très-beau caractère ; la noblesse et la sérénité sont empreintes sur tous ses traits. Il est revêtu de ses habits sacerdotaux, et tient sa crosse tournée de côté pour indiquer que sa juridiction abbatiale ne s'étend pas au-delà du monastère. De la main gauche il presse sur sa poitrine le livre des saintes Écritures : ses pieds foulent un lion couché, symbole des vices et des passions mondaines dont il a triomphé. De chaque côté de sa tête et à ses pieds, des Anges aux ailes déployées sont à genoux dans l'attitude de la contemplation et semblent suivre des yeux l'âme bienheureuse qui s'envole au ciel.
On conserve à Pontoise une crosse historiée que l'on dit avoir appartenu à saint Gautier. Ce serait ce même bâton pastoral qu'il prit si fièrement des mains du roi de France et sur lequel il s'appuya une dernière fois pour donner, avant de mourir, la bénédiction d'adieu à sa communauté. Toutefois, nous devons dire que l'archéologie n'est pas absolument d'accord avec la tradition.
La tradition attribue encore à saint Gautier la construction de l'église de Bertancourt : c'est une église romane curieuse par ses chapiteaux et les décorations de son portail. Vendue et mutilée pendant la Révolution, elle fut rendue plus tard au culte et devint église paroissiale : c'est un des plus précieux débris de l'art roman.
Enfin on montre à Bertancourt une fontaine que saint Gautier aurait fait jaillir avec son bâton, et près de laquelle il établit sa retraite pendant que l'on construisait le monastère destiné aux vierges du Seigneur. Une chapelle érigée près de cette fontaine à une époque inconnue, fut réédifiée par M. Plomet, avant-dernier curé de la paroisse. On se rend à ce pèlerinage le 4 mai et pendant l'octave, pour y puiser de l'eau qu'on croit salutaire aux malades.
Nous avons abrégé et souvent reproduit le savant travail que M. Corblet consacre à saint Gautier, dans le deuxième tome de son *Hagiographie d'Amiens*.
Événements marquants
- Naissance à Andainville au XIe siècle
- Études et professorat en arts libéraux, grammaire et philosophie
- Entrée à l'abbaye de Rebais-en-Brie
- Élection comme premier abbé de Pontoise en 1069
- Investiture par le roi Philippe Ier
- Fuite à Cluny en 1072 pour fuir la renommée
- Retraite dans une île de la Loire près de Tours
- Voyage à Rome et rencontre avec le pape Grégoire VII en 1075
- Opposition aux investitures simoniaques de Philippe Ier
- Emprisonnement après le concile de Paris en 1092
- Fondation du monastère de Bertaucourt suite à une vision mariale
Miracles
- Apparition de la Vierge Marie avec trace physique (soufflet)
- Don de prophétie concernant la mort d'une dame mondaine et de la comtesse de Beaumont
- Jaillissement d'une fontaine à Bertaucourt avec son bâton
- Incorruptibilité apparente du corps après la mort
- Nombreuses guérisons posthumes sur son tombeau
Citations
C'est de Dieu, et non pas de votre Majesté, que je reçois le gouvernement de cette église.
Il ne vous est point permis de trafiquer des choses saintes.