Bienheureux Léon de Saint-Bertin
Abbé de Saint-Bertin
Résumé
Léon fut le quarantième abbé de Saint-Bertin au XIIe siècle. Après avoir quitté la cour du comte de Flandre pour la vie monastique, il dirigea les abbayes de Lobbes puis de Saint-Bertin, participa à la croisade et rapporta la relique du Saint Sang à Bruges. Il consacra la fin de sa vie à reconstruire son monastère détruit par un incendie.
Biographie
LE BIENHEUREUX LÉON, ABBÉ DE SAINT-BERTIN (1163).
Entre les personnages d'une vertu éminente qui ont dirigé l'importante abbaye de Saint-Bertin, on distingue particulièrement le bienheureux Léon, qui occupe la quarantième place dans le catalogue des abbés. Il naquit dans les environs de la ville de Farnes, en Flandre, d'une illustre famille, au sein de laquelle il reçut une brillante éducation. Il était, disent plusieurs anciens auteurs, très versé dans la connaissance des lettres sacrées et profanes. Ces avantages, joints à une piété sincère et à une vertu solide, le firent appeler à la cour du comte de Flandre, auprès duquel il jouissait d'un grand crédit. La qualité d'aumônier, qu'on lui donne quelquefois, semblerait faire croire qu'il avait déjà pris, à cette époque, un engagement dans le clergé, bien qu'il ne fût encore âgé que de vingt ans.
Mais bientôt les honneurs dont il se voyait entouré effrayèrent son humilité et lui firent craindre que les louanges des hommes et leurs faveurs ne le rendissent moins agréable aux yeux de Dieu. Ces pensées exercèrent une si vive impression sur l'esprit du bienheureux Léon, qu'il forma le projet de quitter tous les avantages du siècle pour s'ensevelir dans l'obscurité du cloître. Ayant donc abandonné toutes ses charges et toutes ses dignités, ses amis et ses proches, il alla demander la dernière place dans l'abbaye d'Anchin.
Cette maison, alors dirigée par le sage et vénérable Alvise, jouissait d'une grande réputation de régularité. Les religieux s'y formaient, en peu de temps, à la pratique de toutes les vertus monastiques. Le bienheureux Léon surtout s'y distingua tellement par sa prudence et ses autres qualités, qu'il fut bientôt appelé à diriger lui-même l'abbaye de Lobbes, au diocèse de Cambrai. Il rétablit promptement, par une sage administration, les affaires de ce monastère, qui étaient dans un mauvais état, par suite de guerres longues et opiniâtres qui avaient désolé le pays. Dans le courant de l'année 1138, l'abbé Léon était appelé au gouvernement du monastère de Saint-Bertin, à qui son importance, sa célébrité et sa prospérité avaient fait donner le nom de Monastère des monastères. On voit le nom du nouvel abbé figurer dans plusieurs actes de cette époque, mais sur lesquels on n'a point de détails. L'année même de son élection à Saint-Bertin, il assista au synode tenu à Arras par Alvise, nommé depuis peu de temps évêque de ce diocèse. Le synode terminé, tous deux se rendirent à Rome, auprès du souverain Pontife. Le dessein du bienheureux Léon, en entreprenant ce voyage, était de rendre son abbaye entièrement libre devant celle de Cluny, qui prétendait avoir des droits sur elle. De plus, en l'année 1145, Léon assista à un autre synode tenu à Thérouanne par Milon, évêque de ce diocèse, dans lequel se trouvait l'abbaye de Saint-Bertin.
On rencontre, dans les œuvres de saint Bernard, deux lettres adressées par cet illustre abbé de Clairvaux au cher et vénérable Léon et à toute sa communauté. Les marques d'affection et de respect données par saint Bernard au bienheureux Léon et à sa communauté, sont le plus bel éloge des vertus et des qualités qui les distinguaient.
Quand, en 1146, le comte de Flandre, Thierry d'Alsace, partit pour la croisade, il fut accompagné de plusieurs prélats et abbés, au nombre desquels se trouvait le bienheureux Léon. Alvise, évêque d'Arras, qui faisait aussi partie de cette expédition, mourut dans la ville de Philippes, en Macédoine. Pour l'abbé de Saint-Bertin, il eut la consolation de parvenir jusqu'à Jérusalem ; mais on ne connaît point les particularités de son voyage et de son séjour en Terre-Sainte. On voit seulement qu'à son retour il porta lui-même à Bruges, dans l'église de Saint-Blaise, la relique précieuse du Saint Sang que le comte de Flandre avait obtenue et qui est encore conservée aujourd'hui dans cette religieuse cité.
Peu de temps après, le bienheureux Léon fit avec Natal, abbé du monastère de Rebais, une promesse par laquelle ils s'engagèrent, eux et leurs religieux, à prier mutuellement et d'une manière spéciale les uns pour les autres. Ces communautés de prières étaient assez fréquentes dans les anciennes abbayes, et elles étaient très propres à y entretenir l'esprit de ferveur et de charité. Le vénérable abbé, déjà avancé en âge, ne songeait plus qu'à terminer en paix sa sainte carrière, quand un effroyable incendie vint consumer presque entièrement son monastère (1152). Loin de se laisser abattre par un pareil accident, il se mit aussitôt en devoir de le réparer, et avec le secours d'un noble personnage, appelé Guillaume d'Ypres, il releva cette abbaye de ses ruines. La Providence lui laissa la consolation de voir ce travail terminé avant sa mort, qui arriva en l'année 1163, le 26e jour de février. Il fut enterré dans la chapelle de la Très-Sainte Vierge, rebâtie par ses soins après l'incendie qui l'avait consumée.
Vies des saints d'Arras et de Cambrai par M. l'abbé Dextombes.
Événements marquants
- Entrée à l'abbaye d'Anchin
- Nomination comme abbé de Lobbes
- Élection comme abbé de Saint-Bertin en 1138
- Voyage à Rome pour l'indépendance de son abbaye vis-à-vis de Cluny
- Participation à la deuxième croisade en 1146 avec Thierry d'Alsace
- Translation de la relique du Saint Sang à Bruges
- Reconstruction de l'abbaye de Saint-Bertin après l'incendie de 1152