Saint Guillaume de Monte-Vergine (de Verceil)
Fondateur de la Congrégation du Mont-Vierge
Résumé
Noble de Verceil, Guillaume renonce au monde à quinze ans pour devenir pèlerin et ermite. Il fonde en 1119 l'abbaye de Monte-Vergine en Italie et instaure une règle d'une grande austérité. Conseiller du roi Roger de Naples, il prouve sa sainteté par le miracle du lit de charbons ardents avant de mourir en 1142.
Biographie
SAINT GUILLAUME DE MONTE-VERGINE
FONDATEUR DE LA CONGRÉGATION RELIGIEUSE DE CE NOM
Salitudo civitatibus diutius est, qua virtute justi orator, et orbe tota fit fulgidior.
La solitude embellie par les vertus de l'homme juste est plus belle que la ville la plus magnifique, plus belle que l'univers entier.
S. J. CHYPA, Hom. XXXIII sup. Gen.
Verceil, ancienne et fameuse ville de Lombardie, en servant de berceau à saint Guillaume, a donné en même temps à l'Église un nouvel ordre religieux dans l'Occident. Son père et sa mère étaient non-seulement illustres par la noblesse de leur sang, mais encore recommandables par la sainteté de leur vie. Ayant perdu l'un et l'autre dans son enfance, il demeura sous la conduite d'un de ses parents, qui prit beaucoup de soin de son éducation. À peine eut-il l'âge de quinze ans, qu'il résolut de mener une vie pénitente et de renoncer aux délices qu'il pouvait goûter dans sa condition. Pour cet effet, il entreprit de faire le voyage de Saint-Jacques, en Galice, les pieds nus et revêtu d'un simple habit de pèlerin. Quoiqu'il souffrît la faim, la soif, et toutes sortes d'incommodités durant ce long voyage, néanmoins son zèle n'étant pas encore satisfait, il fit faire en chemin deux cercles de fer qu'il appliqua sur sa chair nue. Après ce pèlerinage, il se proposa d'en faire un autre beaucoup plus long et plus difficile, qui était d'aller visiter le saint sépulcre à Jérusalem ; mais Dieu lui ôta cette pensée et lui fit connaître qu'il l'appelait à une vie solitaire où il pourrait pratiquer la vertu avec plus de perfection. Le Saint, dont tous les désirs étaient de se rendre agréable à la divine Majesté, obéit à cette inspiration et, quittant son pays afin de trouver moins d'obstacle à son dessein, se retira sur une montagne déserte, au royaume de Naples, où il fit des abstinences et des austérités presque incroyables. On rapporte qu'il y rendit aussi la vue à un aveugle qui avait eu recours à lui, pour lui demander l'assistance de ses prières dans son affliction. Le bruit du miracle, joint à l'éclat de ses vertus, l'ayant fait découvrir dans sa solitude, il crut qu'il devait s'en aller dans un pays fort éloigné, pour y demeurer entièrement caché aux hommes ; mais, comme Dieu avait d'autres desseins sur lui, il l'arrêta en Italie pour y être fondateur d'une nouvelle Congrégation de saints religieux. N'osant donc résister aux ordres du ciel, il chercha une autre solitude dans le pays, et se retira enfin sur le Mont-Virgilien, situé entre Nole et Bénévent. Cette montagne était ainsi nommée, à cause du séjour qu'y avait fait autrefois le fameux poète Virgile ; mais, depuis la retraite de notre Bienheureux, qui y fit bâtir une très-belle église en l'honneur de Notre-Dame, elle fut appelée Monte-Vergine, c'est-à-dire le Mont-Vierge.
Il ne fut pas longtemps en ce lieu sans y être visité par une foule de
personnes attirées par le bruit de ses miracles et le désir de recevoir ses instructions et de se recommander à ses prières. Plusieurs prêtres séculiers, charmés de ses pieux entretiens, se jetèrent à ses pieds pour le supplier de les admettre au nombre de ses disciples et de les conduire dans le chemin de la perfection ; ce fut par là qu'il commença l'établissement de la Congrégation dite jusqu'à présent du Mont-Vierge, l'an 1119, sous le pontificat de Calixte II. Il n'est pas possible d'expliquer avec quelle ferveur ces nouveaux religieux embrassèrent la pratique de la vertu, étant animés par les puissantes exhortations et par les belles actions de leur saint fondateur. L'abstinence était le mets le plus délicieux de leurs repas; la mortification intérieure et extérieure faisait leur principal exercice; l'oraison et l'union avec Dieu étaient leur occupation continuelle; et le travail des mains, hors le temps de leurs offices, leur servait de récréation. Ils vivaient ainsi en paix et dans une belle concorde, et s'avançaient à grands pas vers la perfection, lorsque le démon sema parmi eux la division et excita en eux un esprit de murmure contre le bienheureux Guillaume, à cause de l'austérité des règles qu'il leur prescrivait et qu'ils commencèrent à trouver excessives et insupportables, et des grandes aumônes qu'ils lui voyaient faire tous les jours et qu'ils crurent être extrêmement préjudiciables au monastère. Cette aigreur des religieux lui fit prendre la résolution de se retirer, parce qu'il n'est guère possible de réduire des esprits aigris qu'en leur ôtant de devant les yeux l'objet de leur peine; il jugea donc que sa présence, bien loin de leur être utile, leur serait plutôt fort désavantageuse. Cependant Dieu, qui ne permet le mal que pour en tirer un plus grand bien, n'avait permis cette persécution contre son serviteur que pour lui donner moyen d'étendre davantage le nouvel Ordre qu'il avait institué: aussi, abandonnant le Mont-Vierge, il fonda plusieurs autres monastères tant d'hommes que de filles, en divers endroits du royaume de Naples; ce qu'il n'eût pu faire aisément en demeurant toujours dans sa première solitude. L'esprit de son institut était de mener une vie pénitente; c'est pourquoi il interdit à ses enfants le vin, la viande et toutes sortes de laitage, et ordonna que trois jours de la semaine on ne mangerait que des herbes crues avec un peu de pain.
La réputation de sa sainteté se répandant de toutes parts, elle vint jusqu'à Roger Ier, roi de Naples, qui le fit bientôt venir à sa cour pour avoir la consolation de l'entretenir. Il fut si édifié de sa conversation tout angélique, qu'il fit bâtir une maison de son Ordre à Salerne, vis-à-vis de son palais, afin de l'avoir plus souvent auprès de lui. Il s'entretenait souvent avec ce saint homme. Guillaume sut en profiter pour parler au roi de son devoir et le porter à la vertu. Il lui représentait qu'il ne devait pas s'oublier parmi l'éclat de sa grandeur, ni se laisser éblouir au brillant de sa couronne; que cette félicité mondaine passerait un jour; qu'il avait un souverain Juge auquel il devait rendre compte de toutes ses actions; qu'il pensait à mériter sa grâce en l'aimant de tout son cœur, et à apaiser sa colère par une crainte filiale de l'offenser; que, pour attirer les bénédictions du ciel sur son royaume, il devait être entièrement soumis à la sainte Église, faire rendre la justice dans tous ses États et en réprimer l'injustice; se déclarer le père et le protecteur des pauvres, combattre le vice et bannir les vicieux, prendre toujours le parti de la vertu et des gens de bien, interdire les pompes et le luxe qui sont la ruine des familles; enfin vivre lui-même de telle manière qu'il servît d'exemple à tout le monde. Il faisait de semblables exhortations aux grands seigneurs, tâchant de leur imprimer de l'horreur pour le péché et de l'amour pour la piété. Néanmoins, comme la dévotion trouve des ennemis
25 JUIN.
partout, et particulièrement dans la cour des princes, quelques courtisans mirent dans l'esprit du roi que notre Saint n'était pas ce que l'on pensait, et que, si Sa Majesté voulait qu'on l'éprouvât, on verrait bientôt que sa vertu n'était qu'une hypocrisie. Roger, trop crédule, écouta cette proposition : une courtisane fut chargée de le solliciter au mal et de le faire tomber dans le péché. Cette misérable vint donc trouver le Bienheureux avec tous les charmes qu'elle crut capable de lui inspirer de l'amour, et, par des discours lascifs, elle le pressa de consentir au plaisir qu'elle lui offrait. Il feignit d'abord d'y acquiescer et la pria de revenir. La courtisane s'imagina qu'elle avait remporté la victoire et courut en porter la nouvelle au roi. Mais elle fut bien surprise lorsque, sur le soir, étant retournée vers le Saint, elle le vit se coucher sur un lit de charbons ardents et l'inviter à faire de même. Ce prodige l'étonna si fort (car le feu ne faisait aucun mal au serviteur de Dieu) que, fondant en larmes, elle se prosterna contre terre, lui demandant pardon de son crime ; et, d'une infâme pécheresse, elle devint une Madeleine pénitente. Depuis, elle publia partout ce miracle pour confirmer la bonne opinion que l'on avait de notre Saint. Vendant tout ce qu'elle avait, elle aida Guillaume à fonder un couvent de femmes à Venosa, s'y renferma sous la conduite du Saint et en devint abbesse ; elle est connue sous le nom de la bienheureuse Agnès de Venosa. Saint Guillaume, ayant appris par révélation qu'il irait bientôt recevoir dans le ciel la récompense de ses travaux, en avertit le roi, lui recommanda pour la dernière fois la pratique des instructions qu'il lui avait données, et se retira au monastère de Guglielmo, près de la ville de Nusco, pour se préparer à la mort. Cet heureux jour étant venu, selon qu'il l'avait prédit quelque temps auparavant, il se fit porter à l'église ; là, couché sur la terre nue, sans vouloir permettre que l'on mît rien sous lui pour le soulager, il exhorta ses religieux à la persévérance, les pria de l'enterrer avec le même habit dont il était vêtu, et rendit à Dieu son âme bienheureuse, qui s'en alla jouir de sa présence l'an de Notre-Seigneur 1142. Quelques auteurs disent que ce fut le 7 juin ; mais le révérend Père Renda, prieur du Mont-Vierge, qui a écrit sa vie, met son décès en ce jour : en quoi il a été suivi par le cardinal Baronius, en ses Remarques sur le martyrologe romain. Son corps fut inhumé dans la même église, qui a changé son nom de Saint-Sauveur, à qui elle était dédiée, en celui de Saint-Guillaume, fondateur du Mont-Vierge.
Notre Saint ne donna point de Règle par écrit à ses religieux, mais les gouverna toujours de vive voix et par ses exemples. Albert, qu'il mit en sa place en quittant le Mont-Vierge, continua de les conduire de la même manière ; mais Robert, qui lui succéda, prévoyant que l'ordre ne se maintiendrait pas par de simples traditions et des coutumes usuelles, qu'il est aisé d'altérer et de changer tout à fait, eut recours au souverain pontife Alexandre III, pour le mettre sous la Règle de Saint-Benoît, sous laquelle il est demeuré avec beaucoup de réputation. Aussi on compte ce Robert pour le premier abbé de la Congrégation.
Il y a, sur cette pieuse montagne du Mont-Vierge, une célèbre image de Notre-Dame, qui fut, croit-on, donnée par l'empereur Frédéric II. On dit qu'on ne peut pas jeter les yeux sur cet aimable portrait sans être saisi de componction et touché du regret de ses péchés passés, et que ceux même qui n'y vont que par curiosité ne laissent pas de ressentir le même effet. La dévotion y est si grande qu'on voit des pèlerins baiser la terre depuis la porte du monastère jusqu'au pied de l'autel où repose la sainte image.
Les rois de Naples ont toujours porté beaucoup de vénération à cette
église. Louis de Tarente, qui avait épousé la reine Jeanne, y choisit sa sépulture, et l'on y voit encore son tombeau, dont la magnificence est digne de la majesté royale. Elle possédait autrefois le corps de saint Janvier ; mais les religieux s'en sont privés pour enrichir la ville de Naples, capitale de tout le royaume. Elle conserve néanmoins une infinité d'autres reliques très-précieuses, entre lesquelles on compte les trois enfants que l'on appelle de la Fournaise, et quelques gouttes du sang de Jean-Baptiste. On rapporte encore une chose fort remarquable touchant cette sainte montagne : depuis saint Guillaume, on n'y a jamais pu manger que des viandes de Carême ; ce qui a été confirmé par plusieurs miracles ; car ceux qui ont voulu tenter d'y porter d'autres viandes, ou les ont trouvées toutes corrompues et pleines de vers, ou les pluies, les foudres et les éclairs qui survenaient tout à coup, d'une manière épouvantable, les obligeaient de prendre la fuite. Cela nous fait voir que ce saint lieu est consacré par le ciel à la pénitence.
On peint assez ordinairement notre Saint agenouillé devant une image de Marie, pour rappeler sans doute le nom de la montagne qui devint le berceau de la Congrégation bénédictine établie par lui. À ses côtés se voit quelquefois un loup : c'est celui qui suppléa à la perte de l'âne qu'il avait étranglé au moment où il traînait les matériaux destinés à la construction de l'église du monastère de Saint-Guillaume.
Nous nous sommes particulièrement servi, pour faire cet abrégé, de Sylvestre Maruill, de l'Ordre de Cîteaux qui a écrit la vie de saint Guillaume dans son livre intitulé : l'Histoire sacrée de toutes les religions (Ordres religieux) du monde catholique.
Événements marquants
- Départ en pèlerinage à Saint-Jacques-de-Compostelle à 15 ans
- Retraite solitaire dans le royaume de Naples
- Fondation de la Congrégation du Mont-Vierge en 1119
- Épreuve du lit de charbons ardents face à une courtisane
- Fondation de plusieurs monastères d'hommes et de femmes
- Mort au monastère de Guglielmo près de Nusco
Miracles
- Guérison d'un aveugle par la prière
- Résistance aux flammes sur un lit de charbons ardents
- Apprivoisement d'un loup ayant tué son âne de bât
- Préservation miraculeuse des viandes de Carême sur la montagne
Citations
La solitude embellie par les vertus de l'homme juste est plus belle que la ville la plus magnifique, plus belle que l'univers entier.