Sainte Brigitte de Suède (Veuve)

Veuve, Fondatrice de l'Ordre du Sauveur

Fête : 8 octobre 14ᵉ siècle • sainte

Résumé

Princesse suédoise mariée au prince de Néricie, Brigitte mena une vie de famille exemplaire avant de se consacrer entièrement à Dieu après son veuvage. Fondatrice de l'Ordre du Sauveur à Wadstena, elle est célèbre pour ses visions mystiques de la Passion et ses pèlerinages à Rome et Jérusalem. Elle mourut à Rome en 1373, laissant derrière elle d'importantes Révélations dictées par le Christ.

Biographie

SAINTE BRIGITTE DE SUÈDE, VEUVE,

FONDATRICE DE L'ORDRE DU SAUVEUR

1373. — Pape : Grégoire XI. — Roi de France : Charles V, le Sage.

Dum Christi renovat suavis lux sexta dolores Es frustra in panas ingeniosa tuas : Herbam dente prensis peramaram, Dina, palata; Mellea sed Spansi felle fit herba tui!

Quand le sixième jour ramène le souvenir de la passion du Christ, c'est en vain, âme généreuse, que vous voudriez vous associer à ses douleurs. Vaincue par l'amour que vous portez à votre époux, l'herbe amère que vous prenez sous vos dents perd son fiel dans votre bouche et se change en un miel délicieux. Hagues Vaillant, Fasti sacri.

L'histoire donne de merveilleux éloges aux ancêtres de sainte Brigitte; car non-seulement elle les compare à Abraham et à Tobie, dont le texte sacré parle si avantageusement, mais encore elle leur fait une application des vertus que le Saint-Esprit, dans le livre de l'Ecclésiastique, attribue aux grands hommes de l'Ancien Testament. Mais, sans remonter si haut et nous éloigner si fort de notre sujet, nous nous contenterons de dire que son père, nommé Birger, qui tirait son origine des rois de Suède, était un prince très-vertueux et qui passait sa vie dans tous les exercices d'une solide piété. Il se confessait tous les vendredis avec une humilité profonde, afin, disait-il, de recevoir des forces chaque semaine pour soutenir constamment les tempêtes dont on est sans cesse agité dans ce monde; il fit le pèlerinage de Saint-Jacques, en Galice, et visita un grand nombre d'autres lieux de dévotion; il voulait aussi aller à Jérusalem, mais lorsqu'il fut à Rome, le Pape, pour des raisons que son historien ne dit point, ne jugea pas à propos qu'il fît ce long voyage. Pour sa mère, qui s'appelait Sigride, et descendait des rois Goths, c'était aussi une très-sainte princesse; elle avait un zèle extraordinaire pour l'ornement des églises, et elle en fit bâtir plusieurs qu'elle dota avec beaucoup de magnificence. Avant la naissance de Brigitte, Sigride fut surprise sur mer d'une si furieuse tempête que, sans le secours d'Henri, frère du roi de Suède, qui la sauva presque par miracle, elle eût infailliblement fait naufrage avec plusieurs autres de son vaisseau qui périrent dans cette occasion. La nuit suivante, un homme vénérable lui apparut et lui dit : « Dieu vous a sauvé la vie à cause de la fille que vous portez dans votre sein, nourrissez-la pour son amour, et chérissez-la comme un présent singulier que le ciel vous fait ». Lorsque cette enfant de grâce vint au monde (1302), un saint prêtre d'une vertu consommée, curé d'une paroisse voisine, et, depuis, évêque en Suède, étant en oraison, vit une nuée lumineuse au milieu de laquelle était assise une vierge, tenant un livre à la main, et en même temps il entendit ces paroles : « Il est né à Birger une fille dont la voix sera entendue avec admiration de tout le monde ».

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dant elle fut trois ans sans pouvoir parler, comme si elle eût été entièrement muette; mais au bout de ce temps, elle commença à parler, non pas comme les enfants qui, à cet âge, ne font encore que bégayer, mais avec autant de facilité et de netteté que les personnes les plus âgées.

Après la mort de sa mère, qu'elle perdit étant encore toute jeune, son père la mit sous la conduite d'une de ses tantes. A l'âge d'environ sept ans, elle vit dans sa chambre un autel sur lequel était la sainte Vierge, revêtue d'habits d'un éclat merveilleux, et qui, tenant une couronne de grand prix, l'invitait à s'approcher et à la venir recevoir : Brigitte se leva aussitôt, courut à cette Reine des anges, et reçut la couronne de sa main. Elle ressentit tant de consolation dans ce moment, qu'elle en eut toute sa vie le souvenir présent. Depuis ce temps-là elle pratiqua la vertu avec une perfection admirable. Elle méprisait toutes les choses de la terre, et avait le cœur pénétré de la douceur des choses célestes. Elle conservait la pureté de son âme et de son corps comme le plus grand trésor qu'elle pût jamais posséder. Elle était sobre, modeste, candide, humble, soumise, et jouissait d'une merveilleuse tranquillité de conscience. Sa patience était toujours accompagnée d'une sainte allégresse, et elle faisait sans cesse quelque nouveau progrès dans la charité. A l'âge de dix ans, ayant ouï prêcher sur la passion de Notre-Seigneur, elle vit, la nuit suivante, cet aimable Sauveur dans le même état qu'il était sur la croix, et qui lui dit : « Regarde, ma fille, de quelle manière j'ai été traité ». — « Qui est-ce, mon Dieu », s'écria-t-elle, « qui vous a fait toutes ces plaies ? » — « Ce sont ceux qui méprisent mes commandements », repartit Jésus-Christ, « et qui ne se mettent pas en peine de correspondre à la tendresse de mon amour ». Cette vue si touchante fit une telle impression sur elle, qu'elle ne pouvait plus penser aux mystères de la Passion sans verser des larmes. Elle s'occupait, pendant la journée, à faire à l'aiguille des ouvrages d'or et de soie. La forte application qu'elle avait continuellement à Dieu, l'empêchait d'être fort attentive à ce travail; mais la divine Providence y suppléait; car on voyait quelquefois, auprès d'elle, une jeune fille d'une beauté extraordinaire qui l'aidait. Sa tante l'ayant vu elle-même, elle prit l'ouvrage que Brigitte faisait alors, et le conserva comme une précieuse relique. Elle ne donnait pas toute la nuit au repos, mais souvent elle se relevait pour faire sa prière devant un crucifix. Sa tante, appréhendant qu'il n'y eût de la légèreté dans cette conduite, l'en reprit et lui demanda pourquoi elle faisait cela ? « Je me lève », répondit notre Sainte, « pour glorifier celui qui a la bonté de m'assister à tout moment, et, si vous voulez savoir qui il est, c'est Notre-Seigneur Jésus-Christ, que j'ai eu la consolation de voir il n'y a pas longtemps ». Un jour le démon lui apparut sous une figure horrible; mais Brigitte ayant eu recours à son crucifix, obligea ce spectre de se retirer, après qu'il lui eut avoué qu'il ne pouvait lui faire aucun mal si Jésus crucifié ne lui en donnait la permission.

Quand elle eut treize ans, son père la maria, comme malgré elle, à Wulfon, prince de Néricie, qui n'en avait que dix-huit. Elle passa un an entier avec son mari dans une parfaite continence, priant sans cesse la divine Bonté de lui faire connaître son bon plaisir sur ce sujet, et de ne la destiner à avoir des enfants que pour sa plus grande gloire. Ses vœux furent heureusement exaucés; car, Dieu lui ayant déclaré qu'elle devait être mère, il lui donna quatre garçons et autant de filles, qui ont été tous des fruits dignes du ciel, savoir : Charles et Birger, qui décédèrent en allant à Jérusalem pour la guerre sainte; Benoît et Gudmar, qui moururent en bas âge;

Marguerite et Cécile, qui furent mariées et se rendirent des modèles de vertu dans leur condition; Ingeburge, qui embrassa la vie religieuse, où sa sainteté a éclaté par plusieurs miracles; et l'illustre sainte Catherine de Suède, dont nous avons donné la vie en son lieu. Dans l'une de ses couches, étant en danger de mourir, elle implora l'assistance de la sainte Vierge, qui lui apparut aussitôt sous la forme d'une dame richement parée, et, la touchant de la main, la délivra à l'heure même sans lui laisser aucun reste d'incommodité. Elle employa tous ses soins à élever ses enfants dans la crainte de Dieu et à graver dans leur cœur les maximes de la religion chrétienne. Un jour, ayant su que son fils avait oublié de jeûner la veille de saint Jean-Baptiste, elle en fut extrêmement affligée et en pleura amèrement : ce qui fut si agréable au divin Précurseur, qu'il lui apparut et l'assura qu'en sa considération il serait le protecteur de ce même fils. Se voyant un nombre suffisant d'enfants pour le soutien de sa famille, elle persuada à son mari de garder la continence le reste de leur vie, et par ses pieuses exhortations, elle le retira insensiblement de la cour, où il était un des premiers conseillers du roi : elle lui inspira aussi la dévotion de réciter tous les jours le petit office de Notre-Dame. Ce fut encore pour le détacher entièrement des vanités du monde, qu'elle l'engagea à faire avec elle le pèlerinage de Saint-Jacques, en Galice, dans lequel ils souffrirent des peines incroyables. A leur retour, Wulfon étant tombé dangereusement malade à Arras, Brigitte en eut une douleur extrême; mais elle fut consolée par saint Denis, qui lui apparut et lui dit : « Je suis Denis, qui ai passé de Rome dans les Gaules pour y prêcher la parole de Dieu. Comme vous avez une singulière affection pour moi, je vous avertis que Dieu veut se faire connaître au monde par votre moyen, et qu'il vous a commise à mes soins; et, pour signe de la vérité de ce que je vous dis, votre mari ne mourra pas de cette maladie »; ce qui arriva effectivement. Les exhortations de cette vertueuse épouse avaient fait une telle impression sur lui que, se sentant tout à fait dégoûté du monde, il fit vœu, quelques jours après son arrivée en Suède, de se faire religieux. La Bulle de la canonisation de notre Sainte porte qu'il mourut avant de le pouvoir exécuter; mais le Bréviaire romain et l'historien dont s'est servi Surius, disent qu'il décéda saintement dans le monastère d'Alvastre, de l'Ordre de Cîteaux : et, en effet, sa mémoire est marquée, dans le ménologe de l'Ordre, au 26 juillet.

Après la mort de son mari, elle commença à mener une vie beaucoup plus parfaite qu'auparavant; entièrement maîtresse de ses actions et ayant fait le partage de ses biens à tous ses enfants, elle ne s'appliqua plus qu'aux exercices de piété : elle changea aussitôt d'habit, et, sans avoir égard à sa qualité de princesse, elle en prit un conforme à la vie pénitente qu'elle avait résolu de continuer le reste de ses jours. Les gens du monde ne manquèrent pas de condamner sa conduite et de la traiter d'esprit faible; mais elle se moqua de leur jugement et leur répondit généreusement : « Je n'ai pas commencé pour vous, et toutes vos railleries ne me feront point changer de résolution ». Comme les louanges des hommes ne la touchaient point, de même leurs mépris ne faisaient aucune impression sur son cœur. Elle fut confirmée dans son pieux dessein par une vision où Notre-Seigneur, lui apparaissant au milieu d'une nuée toute lumineuse, lui dit : « Je suis votre Maître et votre Dieu, et je veux converser familièrement avec vous; vous serez mon épouse, et je me servirai de vous comme d'un canal pour faire connaître aux hommes des secrets qu'ils ignorent; et, ce que je vous dirai contribuera au salut de plusieurs. Ecoutez donc ma voix, et rendez un

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compte fidèle à votre confesseur des mystères que je vous manifesterai ». Ce fut là le commencement de ses révélations; et, depuis ce temps-là, elle n'entreprit plus rien que par un mouvement exprès du Saint-Esprit. Elle avait alors pour confesseur un célèbre docteur en théologie, nommé Mathias, qui était chanoine de la cathédrale de Linköping.

Pendant les trente années qu'elle survécut à son mari, elle ne porta point de linge, sinon un voile dont elle se couvrait la tête. Elle affligeait sa chair par un cilice fort rude, auquel elle ajouta, en l'honneur de la très-sainte Trinité, trois cordes faites de crin avec plusieurs nœuds dont elle se ceignait si fort, qu'elles lui perçaient la peau. Elle avait encore d'autres instruments de mortification qu'elle mettait aux jambes, afin de souffrir dans toutes les parties de son corps. Son matelas n'était qu'un simple tapis qu'elle faisait étendre auprès de son lit, lorsqu'elle voulait prendre un peu de repos. On lui demanda un jour comment, en cet état, elle pouvait résister au froid, qui est extrême dans la Suède, et elle avoua qu'elle sentait intérieurement une si grande ardeur, qu'elle était presque insensible à la rigueur de l'hiver. Elle se mettait si souvent à genoux, tant le jour que la nuit; elle faisait un si grand nombre d'inclinations et baisait tant de fois la terre, qu'on était étonné qu'une femme de sa qualité et d'ailleurs d'une complexion très-délicate, pût résister à toutes ces austérités. Tous les vendredis elle faisait couler sur sa chair de la cire d'un cierge allumé, jusqu'à ce qu'elle l'eût brûlée suffisamment pour faire une plaie; et, lorsque la plaie se guérissait d'elle-même avant le vendredi suivant, elle la rouvrait avec ses ongles, tant elle appréhendait d'être sans quelque nouvelle douleur. Ce même jour, pour honorer la passion de Notre-Seigneur, à qui les soldats présentèrent du fiel à la croix, elle portait dans sa bouche une herbe très-amère, appelée gentiane, afin de participer autant qu'elle pouvait à cette souffrance de son divin Maître. Elle faisait la même chose quand il lui arrivait de proférer quelque parole avec trop de précipitation, expiant par là les fautes légères de sa langue. Elle avait coutume, dès son enfance, de se confesser tous les vendredis; mais, depuis la mort de son mari, elle se confessait plus souvent, et même quelquefois plusieurs fois le jour. Elle le faisait avec une très-profonde humilité, et, quoique ses péchés fussent peu considérables, elle en concevait pourtant une extrême douleur, les pleurant plus amèrement que les autres ne pleurent ordinairement les plus énormes. Elle s'approchait tous les dimanches et les fêtes solennelles de la sainte table, et recevait l'Eucharistie avec les sentiments de la plus tendre dévotion. Elle ne se contentait point de jeûner les jours commandés par l'Église; mais elle le faisait quatre fois la semaine et quantité d'autres jours, selon que la piété le lui inspirait. Elle passait les vendredis au pain et à l'eau et observait un grand nombre d'autres jeûnes avec la même rigueur. Enfin, elle ne trouvait aucune occasion de se mortifier qu'elle n'embrassât avec une ferveur admirable, persuadée que c'était un moyen efficace de rendre son esprit capable des lumières dont Notre-Seigneur avait la bonté de la favoriser.

Cette sévérité envers elle-même ne l'empêchait point d'avoir une douceur merveilleuse pour son prochain, et une extrême compassion pour les pauvres. Elle en nourrissait douze chaque jour, les servant elle-même à table et leur fournissant tout ce qui leur était nécessaire, et le jeudi elle leur lavait les pieds; elle avait des hôpitaux pour recevoir les malades et les convalescents, et y entretenait plusieurs personnes chargées de les assister. Son estime pour la pauvreté la porta à se faire pauvre elle-même,

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en abandonnant son revenu à une personne à qui elle demandait l'aumône pour l'amour de Jésus-Christ. Dans ses pèlerinages, elle était ravie de pouvoir manger avec les autres pauvres. Elle ne rougissait pas même de mendier avec eux, et le pain qu'elle recevait dans ces occasions, elle le baisait avec une tendresse inconcevable et le préférait aux mets les plus délicieux : ce qu'elle fit particulièrement à Rome, à la porte du monastère de Saint-Laurent, dit *in Panisperna*, de l'Ordre de Sainte-Claire.

Elle fit paraître son zèle pour le salut des âmes, non-seulement par ses discours édifiants qui touchaient tous ceux qui avaient le bonheur de l'entretenir, et par les exemples de ses vertus qui la faisaient admirer de tout le monde ; mais encore par un grand nombre de lettres qu'elle écrivit à toutes sortes de personnes, comme à l'empereur, aux rois, aux princes, aux religieux et au pape même, selon qu'elle en recevait les ordres de Dieu, tantôt pour les avertir de la colère divine dont ils étaient menacés s'ils ne faisaient pénitence, tantôt pour les reprendre doucement et avec modération des fautes qu'ils commettaient dans leurs fonctions, et tantôt pour les porter à entreprendre avec ferveur l'ouvrage de leur perfection. Les abondantes lumières qu'elle recevait d'en haut ne faisaient que la rendre plus humble devant Dieu et devant les hommes. Elle les soumettait au jugement de son confesseur et des personnes éclairées, de crainte de quelque illusion. Son obéissance envers ceux qui avaient quelque autorité sur elle était parfaite ; il est marqué dans la bulle de sa canonisation qu'elle n'osait presque pas lever les yeux sans la permission de son directeur. Sa patience fut invincible dans ses afflictions et ses maladies, et elle les souffrait avec une entière conformité à la volonté de Dieu, sans se laisser aller aux plaintes et aux murmures.

Parmi les révélations qu'elle eut, elle apprit de Jésus-Christ même les constitutions qu'elle devait donner à soixante religieuses qu'elle avait assemblées dans le monastère de Wadstena ou Wastein, fondé en 1344 par ses libéralités. Elle les proposa aussi à garder à vingt-cinq religieux qui vivaient sous la Règle de Saint-Augustin. Et ce fut là le commencement de l'Ordre que l'on a depuis appelé de Sainte-Brigitte ou du Saint-Sauveur. Ces constitutions ont été approuvées par le Siège apostolique. Lorsqu'elle eut séjourné environ deux ans dans le monastère de Wadstena, Notre-Seigneur lui apparut et lui commanda d'aller à Rome, afin qu'elle pût participer aux grâces abondantes que tant de saints martyrs ont méritées par l'effusion de leur sang pour ceux qui visitent cette ville. Elle ne différa point d'obéir à cette inspiration ; mais abandonnant au plus tôt son pays et toutes ses connaissances, elle entreprit généreusement ce pèlerinage. Elle visita en chemin une infinité de lieux de dévotion, s'exposant avec joie aux fatigues du chemin, pour avoir la consolation de rendre ses respects aux Saints qui y étaient honorés ; et ses prières étaient toujours récompensées par des faveurs extraordinaires que Dieu répandait dans son âme : on la vit souvent ravie en extase.

À Rome, elle donna de grands exemples de vertu. Elle allait souvent à pied aux églises des stations dans les temps les plus fâcheux, quoiqu'elle fût déjà âgée et qu'elle eût le corps tout exténué par ses grandes austérités ; et au lieu d'employer son bien à se procurer des commodités, elle le distribuait aux pauvres, dont elle prenait autant de soin que s'ils eussent été ses propres enfants. Elle allait voir ceux qu'elle savait être les plus abandonnés de tout secours humain, et les assistait avec une charité infatigable. On la voyait dans les hôpitaux rendre aux malades des services que l'on confie

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ordinairement aux moindres serviteurs. Elle s'appliquait toujours à ceux qui faisaient plus d'horreur, dans la crainte qu'ils ne fussent pas si bien traités que les autres ; elle n'appréhendait point de toucher, de nettoyer et de panser des plaies dont la seule vue faisait bondir le cœur. Elle conféra aussi à Rome avec plusieurs docteurs et avec d'autres personnes de toutes sortes de conditions, à qui elle inspira de grands sentiments pour Dieu. Elle y publia ensuite quelques révélations, qui firent avouer que Notre-Seigneur parlait par sa bouche. Elle connaissait le fond des consciences et découvrait les plus secrets mouvements du cœur de ceux qu'elle voyait ; elle avait une si grande horreur du péché, qu'elle sentait exhaler une odeur insupportable des personnes qui étaient en mauvais état ; mais elle se servait utilement de toutes ces lumières pour gagner leurs âmes à Jésus-Christ, en leur disant ce qu'il fallait pour exciter en elles les sentiments d'une véritable conversion. De Rome, elle fit divers autres pèlerinages, comme en Sicile, au royaume de Naples et en d'autres lieux de dévotion d'Italie, et elle laissa partout des marques éclatantes de sa sainteté : les peuples étaient édifiés et embaumés par la bonne odeur de ses vertus.

Après tous ces voyages, qui l'avaient réduite à une extrême faiblesse, Notre-Seigneur lui commanda de faire celui de Jérusalem pour y visiter les lieux sanctifiés par les mystères de la Rédemption des hommes. Il l'assura en même temps qu'il lui donnerait les forces nécessaires pour le faire, et qu'il serait lui-même son guide et son protecteur. Elle exécuta promptement et fidèlement cet ordre de son divin Époux et se rendit dans la Palestine avec sainte Catherine, sa fille. Elle n'omit aucun des endroits que le Sauveur a honorés de sa présence, et elle reçut partout des grâces toutes particulières. Ce fut dans l'exercice de cette dévotion que Dieu lui révéla quantité de choses touchant l'état de plusieurs royaumes, comme la désolation de celui de Chypre et la ruine entière de l'empire des Grecs, à cause de leur schisme. Elle eut aussi la connaissance de diverses particularités de la mort et de la passion de Jésus-Christ, et, pour nous servir des termes de l'histoire de sa vie, elle mérita d'y goûter la suavité des plaies de Notre-Seigneur et d'être souvent inondée des douceurs ineffables de ses communications divines. A son retour, elle visita encore quelques églises d'Italie, et spécialement celle d'Ortona, dans la Pouille, à cause des reliques de saint Thomas l'Apôtre. Elle désirait ardemment en avoir quelques-unes, et lorsqu'elle les avait visitées la première fois, elle avait eu assurance, dans une vision, qu'à la seconde elle obtiendrait ce qu'elle demandait. En effet, comme elle priait dévotement devant ces mêmes reliques, saint Thomas lui apparut et lui dit que le temps était venu de lui donner ce qu'elle désirait si vivement, et à l'heure même un morceau d'un ossement se détacha du reliquaire, sans le secours apparent d'aucune personne, et vint se mettre entre ses mains. Cette merveille est rapportée dans le chapitre IV du livre VII de ses Révélations, où le cardinal de Torrecremata, dans ses Notes, prouve qu'il y avait des reliques de cet Apôtre dans cette église.

Avant son départ de Jérusalem, elle avait été attaquée d'une fièvre et d'une débilité d'estomac qui lui causèrent des douleurs très-aiguës pendant une journée entière. A Rome, sa maladie augmenta beaucoup et la mena enfin au tombeau. Cinq jours avant sa mort, Notre-Seigneur lui apparut pour la dernière fois, lui donna des assurances de son bonheur éternel, lui prescrivit ce qu'elle avait à faire jusqu'à ce qu'elle y arrivât, lui marqua précisément cet heureux moment, et lui enseigna de quelle manière elle devait se faire ensevelir, savoir : avec l'habit des religieuses de l'Ordre

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qu'elle avait fondé, quoiqu'elle ne l'eût pas porté durant sa vie; il lui découvrit ce qui arriverait de son corps et comme il serait transféré en Suède, à la réserve de quelque partie qui resterait à Rome, et lui dit enfin plusieurs choses secrètes pour les déclarer à quelques personnes particulières. Au bout de ce temps, voyant paraître l'heureux jour où elle devait être délivrée de ce monde pour aller jouir éternellement de la présence de son céleste Époux, elle acheva de donner à Birger et à Catherine, ses enfants, qui étaient avec elle, de beaux enseignements pour la conduite de leur vie et la pratique de la vertu, et reçut les derniers sacrements de l'Église dans une parfaite liberté d'esprit et un entier usage de ses sens. Enfin, après avoir adoré le corps de Jésus-Christ à la messe que l'on célébrait dans sa chambre, en disant ces paroles : « Seigneur, je recommande mon esprit entre vos mains », elle rendit paisiblement son âme à Dieu le 23 juillet, l'an du salut 1373, étant plus que septuagénaire. Plusieurs personnes eurent aussitôt révélation de sa gloire.

On la représente : 1° Priant devant un crucifix, ou voyant Jésus-Christ portant sa croix ; 2° cachant sous son manteau diverses figures de religieux et religieuses de son Ordre ; 3° tenant une image de la sainte Vierge ; 4° tenant une croix, ou un livre et une croix.

## CULTE ET RELIQUES. — SES ÉCRITS.

## ORDRE DE SAINTE-BRIGITTE OU DU SAINT-SAUVEUR.

Son corps fut enterré dans l'église des religieuses de Sainte-Claire, du monastère de Saint-Laurent in Panispernd, sur le Vinsinal. Outre quelques miracles qu'elle avait faits pendant sa vie et ceux qui se firent à son cercueil avant sa sépulture, il s'en fit un grand nombre à son tombeau et ailleurs à son invocation; saint Antonin remarque, entre autres, la résurrection de dix morts. L'empereur, les rois, les princes, une infinité de prélats et de grands seigneurs, et surtout la bienheureuse Catherine, sa fille, poursuivirent instamment sa canonisation, qui fut faite le 7 octobre 1391 par le pape Boniface IX. Un an après sa mort, son corps, excepté un bras, fut transporté, par les soins de ses enfants, de Rome en Suède, où il fut inhumé dans le monastère du Saint-Sauveur de Wadstena qu'elle avait fondé.

Le souvenir de sainte Brigitte est encore vivant, à Rome, au monastère de Saint-Laurent in Panispernd qu'elle habita, aux catacombes de Saint-Sébastien où elle faisait de fréquents pèlerinages, et à la basilique de Saint-Paul où elle eut plusieurs de ses révélations. Le crucifix qui lui parla est précieusement conservé dans cette basilique : on le découvre le premier de chaque mois et le jour du vendredi saint. Ce crucifix, plus grand que nature, a la tête fortement tournée à droite, et l'expression de la vie s'y trouve jointe à celle d'une indicible douleur.

Sainte Brigitte est honorée depuis plusieurs siècles d'un culte particulier, à Villechand, au diocèse de Nevers; les anciens registres de la paroisse de Saint-Agnan de Conze font mention de deux fêtes de sainte Brigitte, l'une le 8 octobre, et l'autre le lundi de la Pentecôte. En ces deux jours, une procession partait de l'église de Saint-Agnan pour se rendre à Villechand.

Dans cette chapelle, on voit une statue en pierre de la Sainte, qui passe pour fort ancienne, et qui a toujours été l'objet d'une grande vénération. A l'époque de la Révolution, elle fut cachée par une pieuse famille, et remise à sa place quand l'orage révolutionnaire fut dissipé. Les deux fêtes de sainte Brigitte se célèbrent comme par le passé dans le diocèse de Nevers.

Les œuvres de sainte Brigitte contiennent : 1° des Prières sur les souffrances et l'amour de Jésus-Christ ; 2° sa Règle ; 3° ses Révélations ; 4° un Discours sur l'excellence de la Vierge Marie, et quatre prières qui ont pour objet de remercier Dieu des principaux mystères de la vie de la sainte Vierge dans l'incarnation du Verbe. — Les Révélations ont été imprimées à Lubeck, en 1491 ; à Nuremberg, en 1521 ; à Rome, en 1521, 1556, 1606, 1608 ; à Anvers, en 1611 ; à Cologne, en 1628 ; à Munich, en 1680. Le cardinal de Torrecrenata, chargé par le concile de Bâle d'examiner ses révélations, en fit une apologie, dont la première partie a été imprimée avec les révélations. Le pape Benoît XIV s'exprime ainsi sur les révélations de sainte Brigitte : « L'approbation de semblables révélations n'importe autre chose, sinon que, après un mûr examen, il est permis de les publier pour l'utilité des fidèles... Quels qu'elles ne méritent pas la même créance que les vérités de

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la religion, on peut cependant les croire d'une foi humaine, conformément aux règles de la prudence, selon lesquelles elles sont probables, et appuyées sur des motifs suffisants pour qu'on les croie pieusement ».

Sainte Brigitte fonda à Wadstena (Wastein), dans le diocèse de Linköping, en Suède, un couvent où elle plaça soixante religieuses.

Dans un bâtiment séparé, elle réunit treize prêtres religieux, en l'honneur des apôtres saint Pierre et saint Paul ; quatre diacres, en souvenir des quatre grands docteurs de l'Église, saint Ambroise, saint Augustin, saint Grégoire le Grand, saint Jérôme, et enfin huit frères lais, pour administrer et soigner les affaires temporelles. Les religieuses, avec les frères lais et les diacres, devaient représenter les soixante-douze disciples du Christ. Elle nomma sa fondation l'Ordre du Sauveur, *Ordo Salicatoris*, parce que, disait-elle, le Sauveur lui en avait prescrit lui-même, dans une vision, les règles les plus importantes. Pierre d'Alvastra les rédigea, et obtint de sainte Brigitte la permission d'y ajouter quelques dispositions tirées d'autres Règles. La Sainte demanda l'approbation de sa Règle à l'Église. Le pape Urbain V, en l'approuvant (1379), y apporta de notables changements, et ne la considéra que comme un statut particulier de l'Ordre, qui d'ailleurs fut établi sur la Règle de Saint-Augustin.

D'après ces statuts, cet Ordre de femmes est institué en l'honneur de la sainte Vierge ; les religieux sont chargés de pourvoir aux besoins spirituels des religieuses, et leur nombre ne doit pas dépasser celui de treize, que nous avons indiqué plus haut. Les religieuses ne peuvent être admises avant l'âge de dix-huit ans, les religieux avant vingt-cinq. Les postulants sont renvoyés trois fois pendant trois mois, et sont obligés à chaque fois de renouveler leur demande, de sorte que le postulat dure un an, pendant lequel on doit sérieusement éprouver sa vocation.

Après l'année du postulat, l'évêque diocésain paraît à la porte de l'église, et ce n'est qu'après avoir encore une fois formulé sa demande et avoir répondu à diverses questions sur sa vie passée, que la postulante est reçue. On porte devant elle un étendard rouge, ayant un crucifix d'un côté et de l'autre l'image de la sainte Vierge. L'un doit lui rappeler la patience et la pauvreté, l'autre l'humilité et la chasteté. La postulante reste à l'entrée de l'église pendant que l'évêque bénit un anneau et le lui passe au doigt. Alors l'évêque dit la sainte Messe. La postulante fait son offrande à l'Offertoire, revient à sa place jusqu'à ce que le célébrant, après avoir béni son costume, la fasse chercher par deux prêtres. Elle s'avance pieds nus, dépouille à un coin de l'autel ses habits séculiers et reçoit l'habit de l'Ordre.

L'évêque continue la messe, se retourne vers l'endroit où d'ordinaire les fiancés sont bénis et unis, place sur la tête de la postulante la couronne des religieuses et termine le saint sacrifice. Lorsqu'il est achevé, la nouvelle fiancée de Jésus-Christ se jette aux pieds de l'évêque et reste prosternée tandis que l'évêque chante les litanies : puis l'évêque la relève et lui donne la communion. Pendant ce temps, quatre religieuses ont ouvert le couvent, et elles y portent sur un brancard la religieuse, qui entre ainsi dans le monastère, accompagnée par l'évêque. Des cérémonies analogues ont lieu pour la réception d'une religieuse.

Les ordonnances relatives au jeûne et à la pauvreté ne sont pas très-sévères. Le costume des religieuses consiste en une robe grise avec un capuchon et un maculau de même couleur. Le manteau est agrafé par un bouton de bois et garni en hiver de peau de mouton. Un fichu blanc encadre le visage, se relève des deux côtés, couronne le front et s'attache au haut de la tête par une épingle.

Par-dessus ce fichu elles portent un voile de lin noir, et au-dessus du voile une couronne de toile blanche avec cinq petites taches rouges. Le costume des Pères est de la même couleur que celui des religieuses. Les prêtres portent au côté gauche une croix rouge au milieu de laquelle est une hostie blanche ; les diacres, un cercle avec une flamme rouge, et les frères, une croix blanche avec cinq taches de sang. Les religieuses sont, pour le temporel, soumises à l'abbesse, comme dans l'Ordre de Fontevault ; elles sont, pour le spirituel, sous la direction des moines.

Tous les couvents sont sous la dépendance de l'évêque diocésain, qui a droit de visite. L'abbesse doit veiller à la conservation de la discipline. Une tombe ouverte dans le couvent et un cercueil exposé dans l'église doivent incessamment rappeler aux religieuses leurs fins dernières. Leur habitation et celle des moines sont absolument séparées les unes des autres. L'église est commune, mais bâtie de manière que les moines et les nonnes ne se voient pas.

L'Ordre ainsi constitué se répandit surtout dans les États du Nord, auxquels il rendit les plus grands services. Il avait aussi quelques maisons en France et en Italie, où il possède encore deux couvents fort riches, dans l'un desquels on ne reçoit que des femmes ou des filles de haute naissance. Avant la révolution française et la sécularisation en Allemagne, on trouvait quelques-uns de ces couvents doubles en Flandre ; il y en avait dix en Allemagne. En Angleterre, il n'y avait autrefois qu'un couvent de l'Ordre, à Middlesex, sur la Tamise, à dix milles de Londres. Il avait été fondé en 1413 par Henri V, avec une magnificence royale. Comme il offrait une proie notable, les revenus montant de 1,700 à 1,900 livres sterling (environ 50,000 francs), il fut un des premiers monastères pillés sous Henri VIII. Édouard VI le donna d'abord à Édouard, duc de Somerset, duquel il passa au duc de Northumberland. La reine Marie le rendit à l'abbesse ; mais

LE SAINT VIEILLARD SIMÉON ET LA PROPHÉTESSE ANNE. 175

il fut de nouveau repris sous Élisabeth, et les religieuses persécutées se réfugièrent à Malines, à Rouen, etc. Enfin elles se fixèrent à Lisbonne. Le roi Philippe et plusieurs personnes pieuses leur fournirent les secours nécessaires à leur établissement, tandis qu'une dame portugaise, qui était entrée dans leur Ordre, leur donnait une de ses terres patrimoniales.

L'Ordre de Sainte-Brigitte eut le malheur d'avoir la plupart de ses couvents précisément situés dans des pays ravagés par le schisme du XVIIe siècle, et de les voir ainsi en majeure partie ruinés par la Réforme. Le seul couvent de Wadstena parvint, par une espèce de miracle, à se maintenir assez longtemps à travers les troubles religieux du pays ; ses habitants supportèrent la persécution et le mépris des Protestants avec une patience héroïque, et trouvèrent de nobles protecteurs dans Jean III et le nonce du Pape, le Père Possevin. Sept religieuses purent encore faire leurs vœux entre ses mains. Mais lorsque le duc Charles de Sudermanie, père de Gustave-Adolphe, eut obtenu de la diète de Suderkorping (1605) qu'on extirperait de Suède les derniers vestiges de la papauté, le couvent de Wadstena, le dernier et le plus célèbre des monastères de Suède, fut aboli comme les autres et devint un chapitre de dames protestantes.

La Règle de Sainte-Brigitte subit alors de notables changements là où elle put encore être observée. Notamment on ne put plus obéir aux désirs de la sainte fondatrice en ce qui concernait le nombre des membres de l'Ordre et leur soumission à la supérieure, car plusieurs couvents ne comptèrent que fort peu de religieuses et n'eurent plus de moines. A côté des pieux personnages qui ont honoré cet Ordre, il a eu le malheur de nourrir dans son sein un des fléaux de l'Église, (Écolompoïde, qui était prêtre au couvent de Saint-Sauveur, près d'Augsbourg.

Un culte spécial que Marine Escobard avait pour sainte Brigitte fit introduire son Ordre à Valladolid, en Espagne, dans la première moitié du XVIIIe siècle. Elle projeta, dans ce but, des statuts particuliers d'après les Règles de Sainte-Brigitte ; son confesseur, le Père du Pont, les rédigea, et le pape Urbain VIII les approuva. Ces Brigittines, appelées de la Récollection, obtinrent quatre couvents en Espagne. Elles avaient le même costume que les religieuses de Suède, et ne s'en distinguaient que par une croix rouge sur leur voile. D'autres prétendent que le premier couvent de Sainte-Brigitte fut fondé à Valladolid par Élisabeth de France, femme du roi d'Espagne Philippe IV. Marine Escobard mourut en 1633, à Valladolid, âgée de plus de quatre-vingts ans, sans avoir porté l'habit de l'Ordre.

Une association bien plus ancienne de vierges islandaises reconnaît sainte Brigitte, patronne de l'Irlande, comme sa fondatrice, et porte son nom. Cet Ordre devint une pépinière d'où sortirent plusieurs autres couvents qui tous reconnurent sainte Brigitte pour leur mère et fondatrice. Les religieuses de Sainte-Brigitte d'Irlande portaient une robe blanche, un manteau noir et un voile de même couleur.

On a prétendu qu'il avait existé un Ordre de Chevaliers de Sainte-Brigitte pour la défense de l'Église et l'extirpation des hérésies ; mais c'est une hypothèse imaginée d'après les données générales trouvées dans les révélations de la Sainte sur l'armement et la destination des chevaliers, et d'où l'on a conclu qu'elle avait institué un Ordre de ce genre. Des faits historiques donnent un formel démenti à l'assertion de Hermant, qui prétend que la Sainte créa en 1366, en Suède, un Ordre de chevaliers et le pourvut de riches commanderies ; car, depuis 1344, il n'y a plus de traces de sainte Brigitte en Suède, et immédiatement avant sa mort, elle distribua sa fortune à ses enfants. Si enfin il était vrai que le pape Urbain V eût confirmé cet Ordre de Chevaliers, cette fondation eût certainement été énumérée dans la bulle de canonisation de la Sainte, qui mentionne l'Ordre du Saint-Sauveur.

Nous nous sommes servi, pour compléter cette biographie, de l'Hagiologie Nivernoise, par Mgr Crosnier ; du Dictionnaire des Ordres religieux, publié par l'abbé Migne, et du Dictionnaire encyclopédique de la théologie catholique, par Goschler.

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## LE SAINT VIEILLARD SIMÉON ET LA PROPHÉTESSE ANNE

(vers l'an 1).

« Lorsque le temps de la Purification, proscrite par la loi de Moïse, fut arrivé », écrit l'Évangéliste saint Luc, « Marie et Joseph portèrent l'enfant à Jérusalem pour le présenter au Seigneur, selon ce qui est écrit au livre de la Loi : « Tout fils premier-né sera la propriété sainte de Jéhovah », et pour offrir le sacrifice légal de deux tourterelles ou de deux jeunes colombes. Or, il y avait à Jérusalem un homme juste et craignant Dieu, nommé Siméon ; il vivait dans l'attente de la consolation promise à Israël. L'Esprit-Saint se reposait sur lui et lui avait révélé qu'il ne mourrait

8 OCTOBRE.

point sans avoir vu le Christ du Seigneur. Conduit par l'inspiration divine, il vint au Temple, à l'heure où les parents de Jésus y entraient, pour accomplir les cérémonies légales. Siméon prit l'enfant dans ses bras et bénit Dieu en ces termes : « Maintenant, Seigneur, vous laisserez votre serviteur mourir en paix, selon votre parole ; car mes yeux ont contemplé le Sauveur, que vous avez préparé pour tous les peuples du monde ; la lumière qui doit éclairer les nations, la gloire d'Israël notre peuple ». Joseph et Marie admiraient en silence les paroles du vieillard. Siméon les bénit et dit à Marie, la mère de Jésus : « Voici que cet enfant, établi pour la ruine et la résurrection de plusieurs en Israël, apparaîtra comme un étendard de contradiction. Un glaive transpercera votre âme. Il en sera ainsi, pour que les pensées qui se cacheront au fond des cœurs soient mises au jour ».

En ce même temps vivait Anne, la prophétesse, fille de Phanuel, de la tribu d'Aser. Elle avait vécu de longs jours. A l'époque de sa jeunesse, ayant perdu son époux, après sept ans de mariage, elle était restée dans la viduité : elle avait alors quatre-vingt-quatre ans. Elle ne quittait plus le Temple, servant Dieu, nuit et jour, dans le jeûne et la prière. Anne étant donc survenue en cette circonstance, loua elle-même le Seigneur et parlait de l'enfant à tous ceux qui attendaient la rédemption d'Israël.

On prétend que les reliques de saint Siméon furent transportées de Judée à Constantinople, du temps de Théodose le Jeune (408-450) ou sous les règnes suivants, et qu'on les y voyait au VIIIe siècle dans une église de Saint-Jacques le Mineur, d'où elles auraient été transférées à Venise en 1200. On a longtemps montré aux pèlerins, dans la vallée de Josaphat, près de Jérusalem, un monument qu'on prétendait être le tombeau de ce saint vieillard ; néanmoins, au temps de saint Grégoire de Tours (559-593), l'opinion générale voulait qu'il ait été enterré sur la montagne des Oliviers, avec le prêtre Zacharie, père de saint Jean-Baptiste, par l'apôtre saint Jacques le Mineur, dans un tombeau qu'il avait fait faire pour lui-même.

Un des bras du saint vieillard est depuis plusieurs années en Périgord, à Ligueux (Dordogne, arrondissement de Périgueux, canton de Savignac), qui était avant la Révolution un grand monastère de Bénédictines (B. M. de Ligurio).

La fête de saint Siméon s'est célébrée à des jours différents. En Orient, on la faisait ordinairement le 2 ou le 3 février. Les plus anciens martyrologes de l'Église d'Occident la marquent au 5 janvier ; d'autres la mettent au 2 ou 4 février ; quelques-uns au 9 du même mois. Adon et Usuard l'ont mise au 8 octobre sans que nous en sachions la raison : ils ont été suivis par Baronius, dans son martyrologe romain.

On représente saint Siméon tenant dans ses bras l'Enfant Jésus. Il est patron de Zara, en Dalmatie.

L'abbé Darras, Histoire générale de l'Église catholique ; Ballist ; Notes locales.

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## SAINT CALÉTRIC OU CALTRY,

### ÉVÊQUE DE CHARTRES ET CONFESSEUR (567).

Saint Caltry (Chaletricus, Chalactericus), naquit l'an 529 de famille noble ; mais il se rendit beaucoup plus recommandable dans l'Église par son mérite et sa piété, qu'il ne pouvait l'être dans le monde par sa naissance ou ses richesses. C'est ce qui porta saint Lubin, évêque de Chartres, à lui conférer l'ordre de la prêtrise. Il vécut dans ce ministère d'une manière si sainte, qu'on ne doutait point qu'il ne fût particulièrement chéri de Dieu, comme on le voyait généralement aimé et respecté des hommes. Il tomba malade quelque temps après son ordination, et le mal le réduisit jusqu'aux dernières extrémités. Sa sœur Mallegonde, voyant que les médecins commençaient à désespérer de sa santé, députa en diligence vers saint Lubin, qui était absent de la ville, pour le prier d'envoyer de l'huile bénite. Le saint évêque voulut l'apporter lui-même, fit sa prière à Dieu et son onction sur le malade, qui guérit à l'instant, et si parfaitement, qu'il recouvra toutes ses forces presque en même temps que la santé.

Saint Lubin ne vécut pas longtemps après, et saint Caltry, tout jeune qu'il était encore, n'ayant que vingt-sept ans, fut choisi par les suffrages communs du clergé et du peuple de Chartres pour lui succéder. Il marcha heureusement sur les vestiges qu'on si saint prédécesseur lui avait laissés.

SAINTE VALÉRIE ET SAINTE POLLÈNE, VIERGES. 177

Fortunat de Poitiers témoigne qu'il faisait paraître une douceur et une bonté toutes paternelles dans ses discours et dans toute sa conduite. Il ajoute que son clergé avait une confiance toute particulière en lui, qu'il était le tuteur des pupilles, le protecteur des veuves délaissées, le nourricier des pauvres ; qu'il paissait son troupeau de la parole de Dieu, et qu'il traitait toutes les maladies spirituelles avec une charité admirable. Il assista au troisième concile de Paris tenu l'an 557, avec saint Germain, évêque de cette ville, saint Prétextat de Rouen, saint Pair d'Avranches, saint Samson et d'autres saints prélats. Il se trouva encore neuf ans après au second concile de Tours (566), assemblé par les soins de l'évêque du lieu, saint Euphrone. Mais Dieu le retira du monde l'année suivante, dans un âge où son Église semblait devoir encore beaucoup espérer de lui. Il mourut à Chartres le 4 octobre 567 et fut enseveli dans l'église de Saint-Serge. Son tombeau (mais non ses reliques qui ont disparu à la Révolution), est conservé dans la crypte de la cathédrale de Chartres.

Propre de Chartres et Baillot.

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## SAINTE VALÉRIE ET SAINTE POLLÈNE, VIERGES (vers 640).

Le monastère d'Honnecourt ou Hunnicourt, en Cambrésis (Hunnicourt, Hunnonis Curia), où vivaient des religieux de l'Ordre de Saint-Benoît, possédait autrefois les reliques de sainte Valérie et de sainte Pollène, que les hagiographes tantôt réunissent et tantôt séparent dans leurs écrits. Leur vie, remplie d'incertitudes, présente de grandes difficultés que la pénurie de documents rend presque insolubles, et que nous devons nous borner à exposer.

Du Saussay, dans son martyrologe de France, s'exprime en ces termes : « A Honnecourt, au diocèse de Cambrai, on célèbre en ce jour (8 octobre) la fête des vierges Valérie et Pollène, sœurs du saint martyr Liéphard, évêque de Cantorbéry. Elles l'accompagnèrent dans son pèlerinage à Rome, imitèrent ses vertus, consacrèrent au roi éternel la fleur de leur virginité, et par l'abondance de leurs larmes, par les cilices, les jeûnes, les disciplines et leurs prières assidues, elles soumirent la chair à l'esprit et arrivèrent au sommet de la perfection. Ainsi fut enfin consommée sur la terre la course de leur vie angélique, après laquelle elles s'envolèrent au séjour de l'éternelle Sion dans la société des esprits bienheureux. Leurs corps reposèrent longtemps dans le monastère que construisit à Honnecourt saint Vindicien, évêque de Cambrai : plus tard, ils furent transportés à Saint-Quentin, d'où ils disparurent durant les désastres de la guerre. La mémoire de ces saintes vierges subsiste néanmoins, tant au monastère d'Honnecourt que dans l'église principale de Cambrai, où sainte Valérie est encore honorée aujourd'hui (1637), d'une collecte particulière ».

Différents passages de cette citation sont rejetés par les meilleurs auteurs. Quelques-uns d'abord, tout en admettant que sainte Valérie et sainte Pollène étaient sœurs de saint Liéphard, ne veulent point qu'elles aient fait avec lui le voyage de Rome, car il n'en est fait mention nulle part, et il est probable d'ailleurs qu'elles auraient péri dans la même circonstance, si elles s'étaient trouvées dans sa société. Ils n'admettent pas davantage ce que dit Gazet, à savoir, que ces deux sœurs, restées en Angleterre, y apprirent la mort de leur frère, s'embarquèrent pour la France et vinrent à Honnecourt pour y vénérer ses reliques. On voit en effet que ce n'est qu'au Xe siècle que les reliques de saint Liéphard furent transportées à l'abbaye d'Honnecourt, par Fulbert, évêque de Cambrai.

De graves historiens vont même jusqu'à douter si ces deux saintes sont véritablement sœurs : il semble, disent-ils, que sainte Pollène vivait avant sainte Valérie, puisque dans l'acte de fondation du monastère d'Honnecourt, environ trente ans après la mort de saint Liéphard, les fondateurs demandent que l'église soit consacrée à sainte Marie, à saint Pierre, à saint Martin et à sainte Pollène : or, si saint Liéphard, sainte Valérie et sainte Pollène avaient été unis par les liens du sang, s'ils avaient vécu ensemble, cette distinction eût-elle été faite ? On serait donc assez porté à croire que sainte Pollène n'est sœur ni de saint Liéphard, ni même de sainte Valérie ; qu'elle avait déjà un culte dans le pays avant la fondation de l'abbaye d'Honnecourt ; que dans la suite ses reliques, conservées avec les leurs, y furent honorées ensemble et transportées à la même époque dans la ville de Saint-Quentin. C'est d'après ces faits sans doute que, faute de documents, prévalut l'opinion que nous venons d'examiner.

Quelques hagiographes, entre autres Gazet, disent que sainte Valérie fut abbesse du monastère

VIES DES SAINTS. — TOME XII. 12

8 OCTOBRE.

d'Honnecourt : on peut croire qu'elle gouverna, la première, cette communauté naissante, ou bien qu'à cause du jeune âge d'Auriana, fille des fondateurs Amalfride et Childeberte, on la lui donna pour aide et pour directrice, jusqu'à ce qu'elle fût capable de diriger le monastère par elle-même.

Les reliques de sainte Valérie et de sainte Pollène périrent comme celles de saint Liéphard, dans le pillage et l'incendie de Saint-Quentin (1557), lors des guerres de Henri II, roi de France, contre Philippe II, roi d'Espagne.

Vie des Saints de Cambrai et d'Arras, par M. l'abbé Destombes.

Événements marquants

  • Naissance en 1302 en Suède
  • Mariage à 13 ans avec Wulfon, prince de Néricie
  • Pèlerinage à Saint-Jacques-de-Compostelle
  • Veuvage et vie d'austérité
  • Fondation de l'Ordre du Sauveur (Brigittines) en 1344
  • Pèlerinage à Rome et à Jérusalem
  • Mort à Rome en 1373

Miracles

  • Parole soudaine et nette à 3 ans après un mutisme complet
  • Vision de la Vierge lui remettant une couronne à 7 ans
  • Guérison instantanée après l'accouchement par le toucher de la Vierge
  • Détachement miraculeux d'une relique de saint Thomas à Ortona
  • Résurrection de dix morts mentionnée par saint Antonin

Citations

Je suis votre Maître et votre Dieu, et je veux converser familièrement avec vous ; vous serez mon épouse.

— Vision de Notre-Seigneur

Seigneur, je recommande mon esprit entre vos mains

— Dernières paroles

Date de fête

8 octobre

Époque

14ᵉ siècle

Décès

23 juillet 1373 (naturelle)

Catégories

Invoqué(e) pour

connaissance des secrets divins, pénitence

Autres formes du nom

  • Brigitte (fr)
  • Birgitta (sv)

Prénoms dérivés

Brigitte

Famille

  • Birger (père)
  • Sigride (mère)
  • Wulfon (époux)
  • Sainte Catherine de Suède (fille)
  • Charles (fils)
  • Birger (fils)
  • Benoît (fils)
  • Gudmar (fils)
  • Marguerite (fille)
  • Cécile (fille)
  • Ingeburge (fille)