Saint Thomas d'Aquin

Docteur de l'Église

Fête : 7 mars 13ᵉ siècle • sainte

Résumé

Illustre théologien dominicain du XIIIe siècle, Saint Thomas d'Aquin est l'auteur de la Somme théologique. Canonisé en 1323, ses reliques furent transférées à Toulouse par ordre du pape Urbain V. Il est honoré comme le principal patron du royaume de Naples et l'un des quatre grands docteurs de l'Église d'Occident.

Biographie

RELIGUES DE SAINT THOMAS D'AQUIN. — ANALYSE DE SES ÉCRITS.

Le bruit de sa mort ne fut pas plus tôt répandu, qu'on accourut de toutes parts pour assister à ses funérailles. Quelques religieux de Fosse-Neuve, et plusieurs autres personnes malades, furent miraculeusement guéris par la vertu de ses reliques.

Les universités de Paris, de Rome, de Naples et d'autres villes, plusieurs princes et différents Ordres demandèrent son corps. Après bien des contestations, le pape Urbain V le donna aux Dominicains, leur permettant de le porter à Paris ou à Toulouse, parce que l'Italie possédait déjà celui de saint Dominique, déposé à Bologne. En 1288, la comtesse Théodora, sœur du Saint, avait obtenu une de ses mains, qu'elle fit enchâsser précieusement pour la placer dans la chapelle du château de San-Severino. Après la mort de Théodora, cette relique fut donnée aux Dominicains de Salerne. On transporta secrètement en France le reste du corps de saint Thomas, et il fut reçu à Toulouse avec la plus grande solennité. Il y eut à cette cérémonie un concours prodigieux. On voyait à la tête des assistants, Louis, duc d'Anjou, frère du roi Charles V, les archevêques de Toulouse et de Narbonne, un grand nombre d'évêques, d'abbés et de seigneurs. Le corps du saint docteur se gardait jadis dans l'église des Dominicains de Toulouse ; il était renfermé dans une chasse de vermeil, sur laquelle on avait élevé un superbe mausolée à quatre faces. Depuis la Révolution, cette église ayant été supprimée, le corps de saint Thomas fut transféré dans l'église de Saint-Saturnin à Toulouse, où il est encore. On en détacha un bras pour l'envoyer au grand couvent des Dominicains de Paris ; il fut placé dans la chapelle de Saint-Thomas.

L'église de la Minerve, à Rome, vient d'acquérir une précieuse relique : l'humérus du bras droit de saint Thomas. Avant 1789, cette relique appartenait au couvent dominicain de Saint-Jacques, à Paris, auquel elle avait été donnée par le pape Urbain V, à l'époque où le saint Docteur fut transféré de l'Italie à Toulouse. Lorsque, en 1792, le club des Jacobins s'installa dans le couvent de Paris, les Dominicains confièrent la relique au duc de Parme qui permit de l'envoyer au général de l'Ordre. En 1800, la fille du duc de Parme, se rendant à Rome pour entrer chez les Dominicaines, y porta le reliquaire. Ces religieuses l'ont conservé jusqu'à ces derniers temps. Mais comme les Dominicains de Paris, en 1792, avaient destiné cette relique au général, le Saint-Père la lui adressa le 3 mars 1871.

7 MARS.

Les Napolitains, après les plus pressantes sollicitations, obtinrent enfin un os de l'autre bras de notre Saint. Il leur fut accordé, en 1372, par un chapitre général. Cette relique fut déposée dans l'église des Dominicains de Naples, et y est restée jusqu'en 1603, époque à laquelle on la transféra dans l'église métropolitaine, à l'occasion d'une calamité publique dont on avait été délivré par l'intercession de saint Thomas : elle fut placée parmi les reliques des patrons et des protecteurs du pays. Le royaume de Naples honore saint Thomas comme son principal patron, en vertu des brefs de Pie V et de Clément VIII, confirmés par Paul V.

Saint Thomas fut solennellement canonisé par Jean XXII, en 1323, et Pie V ordonna, en 1567, que sa fête serait célébrée de la même manière que celle des quatre docteurs de l'Église d'Occident, c'est-à-dire de saint Ambroise, de Saint Augustin, de saint Jérôme et de saint Grégoire le Grand.

On peut diviser les ouvrages de saint Thomas d'Aquin en quatre classes différentes. Dans la première, sont les ouvrages de philosophie ; dans la seconde, ceux de théologie ; dans la troisième, les commentaires sur l'Écriture sainte ; dans la quatrième, les opuscules, qu'on peut appeler œuvres mêlées, à cause de la diversité des matières qui y sont expliquées.

Il faut reprendre les choses d'un peu haut pour faire connaître les ouvrages philosophiques de saint Thomas. L'élégance du style avait donné aux écrits de Platon la plus grande vogue parmi les païens, et les plus savants Pères de l'Église avaient été élevés dans les maximes de l'école de ce philosophe. Sa doctrine paraissait favoriser la religion chrétienne. Effectivement, aucun auteur n'avait jamais parlé d'une manière aussi sublime des attributs de la Divinité, de la Providence, des supplices et des récompenses d'une vie future. On a conclu de là que Platon, dans le cours de ses voyages en Égypte et en Phénicie, y avait appris plusieurs de ces vérités primordiales que la tradition y avait conservées malgré les ténèbres du paganisme. Il n'en était pas de même de la philosophie d'Aristote : outre qu'elle ne présentait pas d'aussi belles connaissances, elle contenait encore plusieurs principes dangereux dont les hérétiques des premiers siècles s'étaient servis pour saper les fondements du christianisme. Elle avait donc moins de cours que celle de Platon, et voilà pourquoi Tertullien appelait Aristote le patriarche des hérétiques, et qu'un concile de Paris proscrivit ses ouvrages vers l'an 1209. Cela n'empêche pourtant pas les personnes qui jugent sans partialité de le regarder comme le plus beau génie de l'antiquité, et peut-être même comme le génie le plus profond et le plus pénétrant qui ait jamais paru. Il est le seul des anciens qui ait connu, approfondi, développé les règles du raisonnement, et qui ait donné un système complet de philosophie ; et s'il est tombé dans des erreurs, comme on n'en peut disconvenir, ceci vient de ce qu'il a trop compté sur la raison humaine, qui est bien faible lorsqu'elle n'est pas éclairée par les lumières de la révélation. Les anciens hérétiques ne sont pas les seuls qui aient abusé des principes d'Aristote ; ils eurent des imitateurs dans le XIIe et dans le XIIIe siècle, tels que Pierre Aballard, les Albigeois, etc. Mais de tous ceux qui écrivirent alors sur les principes du philosophe grec, il n'en est point qui aient poussé la subtilité plus loin que les Sarrasins d'Arabie et d'Espagne. Saint Thomas attaqua les ennemis de la vérité avec leurs propres armes ; il fit servir la philosophie même d'Aristote à la défense de la foi, et l'on peut dire qu'il réussit dans son entreprise au-delà de toute espérance. Il distingua les erreurs pour les réfuter, et présenta, sous le jour le plus frappant, des vérités que la raison avait découvertes, mais qui étaient souvent enveloppées de ténèbres que tout le monde n'était pas en état de percer. Enfin Aristote, qu'on appelait la terreur des chrétiens, fut rendu comme orthodoxe par saint Thomas, et fournit à la religion de nouvelles armes contre l'athéisme et l'idolâtrie. Ce que notre saint docteur a écrit sur ce philosophe fait la matière des cinq premiers volumes de ses œuvres. Si l'on y trouve quelquefois des choses de peu de conséquence, c'est moins sa faute que celle du génie sophistique des Arabes.

2° Les commentaires de saint Thomas sur les quatre livres du Maître des sentences, renferment un cours méthodique de théologie, et forment les volumes VI et VII de ses œuvres.

3° Les tomes X, XI et XII contiennent la Somme théologique. Cet ouvrage est admirable, quoique la mort n'ait pas permis à son auteur d'y mettre la dernière main. Saint Augustin est celui de tous les Pères qu'il a le plus suivi ; ce qui a fait dire aux savants cardinaux de Noris et d'Aguirre que saint Thomas était son plus fidèle interprète. Il a tiré principalement des Morales de saint Grégoire sur Job, les règles pratiques des devoirs et des vertus. Maxime Planudes traduisit la Somme théologique en grec. On en connaît trois manuscrits : l'un qu'on conservait à Venise dans la bibliothèque du cardinal Bessarion ; un autre qui se trouve à Rome dans la bibliothèque du Vatican ; et le troisième à Paris, dans la bibliothèque de la rue Richelieu. Dom Méchitar en publia à Venise une traduction en langue arménienne, au commencement du dernier siècle. Le père Ragni en fit une traduction en chinois. De Murandé, de Hauteville et le P. Griflois en ont donné des traductions en français, plus ou moins complètes et plus ou moins exactes. M. l'abbé Drioux vient d'en publier une traduction intégrale, avec des notes pleines d'érudition et d'intérêt, 1851-1853, 8 vol. in-8°.

Ce fut à la sollicitation de saint Raymond de Pennefort, que notre saint docteur composa la Somme contre les Gentils. Le but de cet ouvrage était de fournir aux prédicateurs d'Espagne les moyens de travailler avec fruit à la conversion des Juifs et des Sarrasins. La Somme contre les Gentils fut traduite en grec et en hébreu, du vivant même de l'illustre docteur.

SAINT ARDON, MOINE DE L'ABBAYE D'ANIANE, EN LANGUEDOC. 271

4° Nous avons aussi de saint Thomas des commentaires sur la plus grande partie de l'Écriture. Son Explication des quatre Évangiles a paru sous le titre de Catena aurea (la chaîne d'or). Cet ouvrage est le commentaire des Évangiles par un enchaînement de passages tirés des saints Pères, de sorte que ces docteurs immortels semblent se continuer et s'expliquer les uns les autres ; œuvre miraculeuse, dit Guillaume de Tocco ; œuvre plus resplendissante que le soleil ; *sole elatior*, selon l'expression du vénérable cardinal Bellarmin. M. l'abbé Castan a traduit en français ce bel ouvrage. Paris, 8 vol. in-8°, 1854. Saint Thomas avait entrepris son travail sur les saints Évangiles d'après l'invitation du pape Urbain IV. Le même pontife le chargea de composer l'office du Saint Sacrement, que l'Église chante encore aujourd'hui. Les cantiques *Sacris solenniis*, *Pange lingua*, *Verbum supernum*, *Lauda Sion*, sont aussi élevés par les sentiments qu'ils expriment que par le ton lyrique qui y règne.

5° Ses Opuscules ont diverses matières pour objet. On y trouve la réfutation des erreurs des Grecs schismatiques et de plusieurs hérésies ; la discussion de quelques points de philosophie et de théologie ; des explications du symbole, des sacrements, du décalogue, de l'oraison dominicale, de la salutation angélique. Le saint docteur, dans ses traités de piété, réduit les règles de la vie intérieure aux deux suivantes : 1° à travailler, par la pratique de la mortification et du renoncement à soi-même, à détruire le règne de l'orgueil et de l'amour désordonné des créatures ; 2° à allumer sans cesse dans son cœur le feu de l'amour divin, par l'exercice de la prière et de la méditation, et par un parfait accomplissement de la volonté de Dieu en toutes choses.

Les œuvres complètes de saint Thomas ont été éditées : à Rome (1571), en 18 vol. in-folio ; à Venise (1593) ; à Auvers (1614), en 19 vol. ; à Paris (1636), en 23 vol. ; à Venise (1745-1760) (1765-1788), en 28 vol. ; à Venise (1858), en 24 vol. ; de nos jours, à Parme, 24 vol. ; et à Paris, chez Vivès, environ 30 vol.

Quant à la Somme, après une interruption d'une centaine d'années, elle est redevenue, comme jadis, classique : elle se trouve entre les mains de tous les étudiants en théologie. L'édition sans contredit la plus complète, celle qui contient les meilleurs commentaires, est celle que les Célestins, successeurs de M. Louis Guérin, à Bar-le-Duc, publient sous ce titre : *Sancti Thomæ Aquinatis Summa theologica, diligenter emendata, Nicolai, Sylvii, Billuart et C.-J. Brioux notis ornata*. 8 vol. in-8° carré.

Le martyrologe romain fait une honorable mention de saint Thomas. Saint Antoine, Antoine de Pise, David Hœclæus, Paul Regius, Surius et Ferdinand du Castel ont écrit sur ses vertus. Le Père Touron a publié une vie de saint Thomas, en 1797. Nous nous sommes servi, pour composer cette nouvelle vie de saint Thomas, de l'Histoire du Saint, par M. l'abbé Bareille ; de l'Année dominicaine, 10 vol. in-8° ; de Godescard ; des *Acta*. Mais c'est l'ouvrage de M. l'abbé Bareille qu'il faut lire, si l'on veut voir comment saint Thomas a été la lumière, le moteur, le centre de son siècle.

La plus ancienne vie de saint Thomas d'Aquin est celle qu'on a donnée, du vivant même du Saint, par Gérard de Frachat, religieux dominicain du couvent de Limoges (1254-1363), et Thomas de Catimpré ; ce dernier était conducteur de Thomas d'Aquin, à Cologne. Après eux viennent Étienne de Salanches, mort en 1290, et Ptolémée de Lucques, tous deux de l'Ordre des Frères Prêcheurs. Les Annales de ce dernier vont de l'année 1060 à l'année 1274. Les Bollandistes n'ont point reproduit ces vies ou notices : ils commencent par le travail biographique de Guillaume de Tocco, un autre enfant de saint Dominique, qui assure avoir vu et entendu frère Thomas. Guillaume de Tocco rédigea cette vie en vue de la canonisation du Saint : elle est divisée en cent vingt-cinq chapitres. Après Guillaume de Tocco, les Bollandistes donnent les actes du procès de la canonisation. Viennent ensuite des extraits de Bernard de la Guichnie, évêque de Lodève ; d'une vie manuscrite trouvée à Utrecht et à Milan, etc., etc.

Événements marquants

  • Mort à l'abbaye de Fosse-Neuve
  • Canonisation par Jean XXII en 1323
  • Transfert solennel du corps à Toulouse
  • Proclamation comme Docteur de l'Église par Pie V en 1567
  • Transfert à l'église Saint-Saturnin de Toulouse après la Révolution

Miracles

  • Guérisons miraculeuses de religieux et de malades par la vertu de ses reliques après sa mort
  • Délivrance d'une calamité publique à Naples par son intercession

Citations

sole elatior

— Cardinal Bellarmin