Saint Hermeland (Erbland)

Abbé

Fête : 25 mars 7ᵉ siècle • saint

Résumé

Ancien grand échanson du roi Clotaire III, Hermeland quitta la cour pour devenir moine à Fontenelle. Envoyé dans le diocèse de Nantes, il fonda le monastère de l'île d'Aindre sur la Loire. Reconnu pour ses miracles de multiplication du vin et ses visions prophétiques, il finit ses jours en ermite après avoir dirigé sa communauté avec sagesse.

Biographie

SAINT HERMELAND OU ERBLAND, ABBÉ

Le saint Abbé dont nous allons raconter la vie était d'une illustre famille. Il naquit au diocèse de Noyon. Il fit paraître, dès son enfance, ce qu'il serait un jour ; en effet, surmontant dès lors, par l'ardeur de sa dévotion, toutes les délicatesses de la chair, il se rendit si admirable parmi ses compagnons d'école, que chacun le regardait comme un modèle de vertu et de sainteté.

Les desseins de son cœur, en ce jeune âge, étaient de suivre Jésus-Christ en son abjection, dans sa pauvreté et dans le mépris de toutes les vaines grandeurs de la terre ; mais ses parents, s'opposant à ses pieuses résolutions, et voulant l'avancer dans le monde, l'envoyèrent à la cour, où il ne fut pas longtemps sans faire éclater ses belles qualités ; il gagna si bien les bonnes grâces de Clotaire III que le roi le fit son grand échanson, afin de l'approcher plus près de sa personne.

Erbland accepta cette charge contre son gré, parce qu'il craignait qu'elle ne l'engageât si avant dans le monde qu'il ne lui fût pas aisé de s'en retirer quand il voudrait, comme c'était son dessein. En effet, ses parents et ses amis le voyant en grand crédit auprès du roi, lui persuadèrent d'accepter la main de la fille d'un des premiers seigneurs de la cour, qui se tiendrait fort honoré de son alliance. Ils le pressèrent même si fort que, vaincu par leurs importunités, il consentit aux fiançailles ; mais, pendant qu'on attendait avec impatience le jour marqué pour les noces, il conçut plus que jamais la résolution de renoncer absolument à toutes les choses de la terre, afin de suivre, pauvre et nu, Jésus-Christ au Calvaire.

Il découvrit en secret son dessein au roi, le suppliant très humblement de ne le point empêcher, et de lui permettre de se retirer des embarras du monde, en quelque monastère pour y servir Dieu, et le prier le reste de ses jours pour la prospérité de ses États. Le roi, qui eût bien souhaité de conserver auprès de sa personne un serviteur si fidèle, fit paraître d'abord une grande répugnance à l'exécution de ce dessein ; mais voyant sa persévérance, et craignant d'offenser Dieu s'il empêchait le sacrifice qu'Erbland voulait faire, il lui permit de se retirer.

Voyant donc l'accomplissement de ses désirs, il prit congé du roi et de la cour avec beaucoup plus de plaisir qu'il n'y était entré ; et, du même pas, il s'en va en l'abbaye de Fontenelle, en Normandie, où le vénérable Lambert tenait alors la place de supérieur. Il lui demanda le saint habit de religion : il le reçut, fit son noviciat, et, au bout de l'année, il prononça ses vœux, selon la coutume de l'Ordre, au grand contentement de tous les religieux, mais principalement du saint abbé, qui rendait des actions de grâces infinies à Dieu, de lui avoir envoyé pour disciple un homme qu'il pouvait déjà respecter comme son maître. Pour comprendre en peu de mots toutes ses perfections, son histoire porte que sa charité était fervente,

SAINT HERMELAND, ABBÉ.

sa foi et son obéissance admirables, son espérance ferme, son oraison continuelle, sa patience invincible ; il était discret dans ses abstinences, constant dans ses veilles, exact en toutes les observances régulières : en un mot, il était si parfaitement orné de toutes les vertus, qu'il paraissait comme un astre entre tous ses confrères. L'abbé Lambert le fit ordonner prêtre par l'archevêque saint Ouen. Erbland s'acquitta si dignement de ce saint ministère, qu'offrant tous les jours à l'autel le divin Sacrifice, il se rendait lui-même une hostie vivante par ses macérations continuelles.

En ce même temps, saint Pascaire, évêque de Nantes, en Bretagne, désirant peupler son diocèse de saints religieux, afin de confirmer, par leur sainteté et par les bons exemples de leur vie, les vérités que lui-même prêchait de vive voix aux chrétiens, envoya supplier le vénérable Lambert de lui donner douze de ses religieux, promettant de leur faire bâtir un monastère dans le lieu qui serait jugé le plus propre en tout son diocèse. Le saint Abbé n'y consentit qu'après avoir obtenu que ce lieu serait exempt de la juridiction épiscopale, et qu'on obtiendrait pour cela des lettres patentes et le privilège du roi, afin que ces religieux ne reçussent aucun trouble quand ils y seraient une fois établis. Cet article étant arrêté, Lambert jeta les yeux sur saint Erbland, pour le faire chef de cette nouvelle maison ; il lui demanda néanmoins son consentement avant de l'y engager. Mais le saint religieux, bien fondé en la vertu d'obéissance, donna une réponse qu'il faudrait écrire en caractères d'or : « Mon Père, ne cherchez pas ici, je vous supplie, ma volonté, que j'ai absolument abandonnée à votre bon plaisir ; j'irai partout où vous m'enverrez, d'aussi bon cœur que si Dieu même me commandait de sa propre bouche d'y aller ».

Erbland partit donc de Fontenelle avec la bénédiction de son abbé, en la compagnie de douze religieux ; et, poursuivant son voyage, il se rendit en peu de jours à Nantes, en l'église cathédrale des bienheureux apôtres saint Pierre et saint Paul, où le saint évêque Pascaire le reçut, lui et les siens, avec la même affection qu'il eût reçu des anges du paradis, s'estimant très heureux de posséder de si saints personnages dans son diocèse. Erbland lui réitéra la même proposition qu'avait faite son abbé, touchant l'exemption du monastère de la juridiction de l'Ordinaire. L'évêque le lui accorda et lui donna aussi le choix de la place qu'il jugerait la plus commode pour l'y construire. Notre Saint choisit une île (qu'il appela Antrum, retraite, qu'on nomma depuis l'île d'Aindre), d'une lieue et demie d'étendue ou environ, qui était à l'embouchure de la Loire, dans l'Océan, et habitée seulement par des bergers et par d'autres gens qui gardent des troupeaux : il jugeait ce lieu d'autant plus propre à la vie religieuse, que les séculiers n'en pouvaient approcher facilement qu'à la faveur des bateaux, quand la mer était haute. Auprès de cette île il en vit une autre, de même forme, mais plus petite, qu'il appela Antricinum, ou petit autre : on la nomme aujourd'hui Aindrette. Il s'y trouvait une très-petite église, avec un oratoire dédié à Saint-Martin.

Erbland fit donc bâtir dans l'île d'Aindre son monastère avec deux belles églises, que l'évêque saint Pascaire consacra ensuite, l'une sous le nom du Prince des Apôtres, et l'autre sous celui de saint Paul, son coopérateur en la prédication de l'Évangile. Il tint aussi sa parole pour l'exemption ; et le roi Childebert III la ratifia, prenant l'abbaye et toutes ses dépendances sous sa protection royale : il en envoya des lettres patentes au bienheureux Erbland. Il sortit bientôt de cette nouvelle maison une si bonne odeur de sainteté, que plusieurs personnes, touchées du désir d'une vie plus parfaite, méprisèrent les délices et les grandeurs du siècle pour embrasser la bassesse et le mépris de la

25 MARS.

Croix sous l'habit monastique. Les parents y offraient leurs enfants, afin d'y apprendre les éléments de la vertu, et même les belles-lettres : chacun bénissait le Père céleste d'avoir suscité ces saints religieux pour bannir de la province l'ignorance des maximes de l'Évangile.

On ne saurait exprimer quels furent le soin et la vigilance du saint Abbé pour se bien acquitter de sa charge : il s'y comportait avec tant de zèle et de prudence, qu'il ne négligeait ni le temporel ni le spirituel de ses frères, leur donnant tout le temps de la journée pour les porter à la perfection, et ne se réservant pour lui que la nuit, qu'il passait tout entière, après un léger repos, dans les louanges de Dieu et dans la contemplation des choses célestes ; et, pour se défaire de l'affluence des séculiers qui, sous prétexte d'apporter des aumônes au couvent, lui rendaient de trop fréquentes visites, il se retirait souvent, particulièrement durant le Carême, dans l'île d'Aindrette, avec quelques-uns de ses frères, s'y employait plus qu'à l'ordinaire au recueillement d'esprit et à la mortification du corps, par le moyen des abstinences et des autres austérités ; il se préparait à s'offrir lui-même comme une hostie vivante au Père éternel, au saint jour de Pâques.

Durant ces retraites, il arriva un jour que, comme il se promenait avec ses religieux sur le bord de la Loire, l'un d'eux vint à parler d'un poisson appelé lamproie, qu'il avait vu chez l'évêque de Nantes. Le saint homme lui dit : « Pensez-vous que Dieu ne vous en puisse donner ici un semblable ? » Pendant qu'il disait cela, une lamproie s'élança du fleuve et vint se jeter sur le sable ; l'homme de Dieu la fit prendre et partager en trois, et, s'en réservant un des morceaux, il envoya les deux autres à son monastère ; quoique ce fût fort peu de chose, par une admirable multiplication, il y en eut pour toute la communauté des frères, qui était très-grande. Ce n'est pas la seule action miraculeuse que Dieu ait faite par son moyen : il ralluma un jour, par le signe de la croix, la lampe d'un de ses religieux, qu'un vent impétueux avait éteinte, et, depuis, le vent n'eut plus le pouvoir de la souffler, jusqu'à ce que ce religieux fût arrivé au lieu où elle le devait conduire. Une autre fois, le comte de Nantes et de Rennes, nommé Agathée, qui doutait de sa sainteté et le voulait éprouver, l'étant venu voir, le Saint multiplia, par sa bénédiction, un peu de vin qu'il lui avait fait présenter dans un verre, et l'obligea, par ce miracle, à se jeter à ses pieds, à lui demander pardon de son soupçon, et à se rendre docile à des instructions très-salutaires qu'il lui donna pour son salut. Dans un voyage qu'il fit à Coutances, en Normandie, un riche habitant de cette ville, nommé Launé, qui l'avait reçu dans sa maison, quoiqu'il n'eût qu'environ une pinte de vin, ne laissa pas d'en faire servir à grand nombre de personnes qui étaient accourues pour le voir, et même à quantité de pauvres et de passants, qui environnaient son logis pour le même sujet : cependant le vin ne manqua point, et, après le repas, il s'en trouva dans le vaisseau plus qu'il n'y en avait auparavant : ce qui fit dire dans le pays qu'on ne pouvait rien donner à ce grand serviteur de Dieu qu'on n'en reçût, dès cette vie, une très-ample récompense.

Que si l'on ne perdait rien en lui donnant, on ne gagnait rien aussi à lui prendre ce qui était de son monastère : témoin ce villageois qui, lui ayant dérobé des œufs, fut contraint de les rendre, lorsqu'après avoir marché toute la nuit, il se trouva le matin, avec ses animaux, à la porte de l'abbaye. Témoin aussi cet autre qui, ayant coupé une partie de la housse du cheval d'Erbland, fut saisi d'un si grand feu dans tout le corps, que, se sentant brûler tout vif, il fut obligé d'implorer son secours avec des cris qui faisaient assez paraître l'excès de sa douleur.

SAINT HERMELAND, ABBÉ.

Dieu lui donna aussi l'esprit de prophétie pour connaître les choses absentes et les plus secrètes pensées. Comme il faisait un jour ses prières en l'église de Saint-Pierre, il vit l'âme de saint Mauronce, premier abbé de Saint-Florent-le-Vieux, distant de dix lieues : elle était conduite au ciel par les anges ; il en donna avis à ses religieux, qui reconnurent ensuite la vérité de la révélation, par le rapport de sa date avec le décès de ce saint personnage. Il vit aussi prendre la même route à l'âme d'un de ses disciples, qu'il avait envoyé en Aquitaine pour y gouverner un autre monastère, dont il avait pareillement la direction, et qui était éloigné du sien au moins de quarante lieues ; et comme quelques jeunes frères pensaient en eux-mêmes que leur Abbé, déjà vieux, se pouvait bien tromper en cela, lui, par la même lumière qui lui avait fait voir cette âme s'en aller au ciel, découvrit leurs secrètes pensées et les reprit sévèrement de leur peu de foi.

Toutes ces faveurs du ciel étaient autant de puissants motifs pour le saint Abbé de redoubler ses ferveurs et de marcher à plus grands pas dans le chemin de la perfection. Comme il y travaillait avec toute l'ardeur possible, il eut révélation que son heure était proche. Pour s'y disposer, il se démit de lui-même de la charge de supérieur, donnant pouvoir aux religieux d'en élire un autre en sa place ; et, prenant quatre de ses enfants avec lui, il se retira en un petit ermitage de saint Léger, martyr, qu'il avait fait bâtir hors les portes de son monastère, du côté de l'Orient, afin d'y passer le reste de ses jours dans une plus parfaite union avec Dieu.

Les religieux, se voyant privés de leur Père, élurent Adalfrède pour lui succéder ; mais celui-ci, s'enorgueillissant de ce nouvel honneur, commença à s'approprier les biens du monastère et à maltraiter ses frères. Saint Erbland en étant averti, lui manda de se corriger, s'il ne voulait éprouver bientôt les effets de la colère d'un Dieu vengeur ; mais Adalfrède, faisant peu de cas de ces avertissements, le Saint dit à ses religieux désolés, qui lui en faisaient des plaintes : « Mes frères, ne dites mot ; un peu de patience, et vous le verrez bientôt puni de ses crimes ». À trois jours de là, l'indigne abbé se vit frappé la nuit comme d'un coup de bâton, par le serviteur de Dieu, et aussitôt, se sentant dévoré d'un cruel feu dans les entrailles, il perdit tout ensemble la vie et l'abbaye, dès la première année qu'il la possédait.

Après la mort d'Adalfrède, tous les religieux supplièrent leur saint Père de leur nommer lui-même un supérieur qui fût selon le cœur de Dieu et le sien ; il le fit en leur donnant un religieux appelé Donat, qu'il avait lui-même élevé, dès sa jeunesse, dans la vertu et dans les bonnes mœurs. Peu de temps après, voyant approcher l'heure où il devait recevoir la récompense de ses travaux, il en donna avis à ses frères, et les exhorta tous, avec beaucoup de ferveur, à persévérer constamment en leur vocation, puis il leur donna sa dernière bénédiction ; et, étant muni des divins sacrements de l'Église, il exhala son âme bienheureuse entre les mains de son divin Créateur, sans aucune apparence de douleur, comme si son corps, qui avait toujours été si libre de tous les mouvements contraires à la chasteté, eût été exempt de souffrir l'agonie de la mort.

On représente saint Erbland étendant la main vers des arbres pour chasser les chenilles qui couvraient le lieu de ses prières et tombaient sur son livre. Elles disparurent toutes en une nuit.

On le peint aussi bénissant un baril dont il multiplie le vin. Le vase qui servit au miracle qu'il fit devant le comte de Bretagne fut montré pendant longtemps aux pèlerins qui se rendaient par dévotion au monastère d'Aindre.

25 MARS.

On place encore à ses pieds la lamproie qui vint s'échouer devant lui au moment où un de ses moines convoitait un de ces poissons.

On l'invoque comme protecteur des vaches dans certaines parties de la Bretagne, à cause peut-être du mot *herbe*, qui forme le commencement de son nom.

Saint Erbland est honoré d'un culte particulier à Indre, à Indret et à Saint-Herblain, dans la Loire-Inférieure, à Bagneux, près Paris.

## RELIQUES DE SAINT HERBLAND.

Il fut inhumé en l'église de Saint-Paul, auprès de l'oratoire de saint Vandrille, premier abbé de Fontenelle. Dieu a fait plusieurs miracles à son tombeau, par ses mérites et son intercession. Quelques années après il apparut à un bon religieux, appelé Sadrevert, lui commandant de dire à l'abbé qu'il fit transporter son corps en l'église de Saint-Pierre ; ce qui ne se fit point sans merveilles.

La plus grande partie de ses reliques furent transportées, en 869, pour éviter la profanation des Normands, au monastère de Beaulieu, en Touraine, et ensuite au château de Loches. L'église paroissiale de Saint-Hermeland, à Rouen, l'église collégiale de Saint-Mainbœuf, d'Angers, la paroisse de Bagneux, dans le diocèse de Paris, vénéraient autrefois une partie du corps de ce saint Abbé. L'église de Nantes fait la fête de ce Saint le 26 novembre, jour de quelque translation. À Paris, on en fait mémoire le 15 octobre. Le monastère d'Aindre fut détruit par les Normands. Il y a maintenant dans l'île d'Aindrette une célèbre fonderie de canons.

Voici, sur les reliques de saint Hermeland, ce que je trouve dans une notice faite sur mon église, il y a six mois, par un vicaire de Loches, M. l'abbé Bardet :

Ces reliques furent données, vers l'an 905, par le comte d'Anjou, Geoffroy Griseganelle, à l'église Notre-Dame de Loches, qu'il venait de faire construire à ses frais. Elles y restèrent l'objet de la vénération publique, et malgré les révolutions, elles y étaient encore en 1548, époque à laquelle M. Nogret, curé de Saint-Ours, et aujourd'hui évêque de Saint-Claude, en céda, avec l'autorisation de l'archevêque de Tours, la plus grande partie à la ville de Nantes. Nous n'avons plus à la paroisse qu'un *fiefin*.

L'église de Loches possède en outre une ceinture de la Sainte Vierge. Son authenticité est appuyée sur une donation faite par Geoffroy Griseganelle ; celui-ci l'avait reçue du roi Lothaire. (*Gesta consulum Andegavorum*, p. 85-87. *Historia comitum Andegavensium*, p. 325.)

Depuis cette époque, elle a été en grande vénération à Loches. On l'exposait à la vénération du peuple deux fois chaque année, le 3 mai et le 15 août. Le roi, la reine, les princes et les princesses du sang, ainsi que le baron de Renilly, avaient seuls le droit de la faire sortir en d'autres circonstances. Les vieilles *Chroniques* de l'ancien chapitre de Notre-Dame de Loches font connaître le nom d'un grand nombre de rois, de princes du sang, qui, venant à leur château, usèrent de ce privilège.

Les *Ballandistes*, à ce jour ; Mabillon, t. 1er ; Balteau, liv. 1er, ch. 37 ; Albert le Grand ; Dom Lubineau ; Godescard ; Baillet ; — Extrait d'une lettre de M. le curé de Loche, du 7 décembre 1532.

## SAINT RICHARD, ENFANT, MARTYR

SAINT RICHARD, ENFANT, MARTYR.

un jeune garçon appelé Richard, de fort bonne famille, âgé seulement de douze ans. Les Juifs s'en étant saisis vers la fête de Pâques, l'attirèrent en leur maison et le conduisirent en un caveau sous terre. Le chef de la synagogue, l'interrogeant sur sa croyance et sur ce que lui enseignaient ses parents, il répondit avec une fermeté digne d'un chrétien : « Qu'il croyait en Dieu le Père tout-puissant, et en Jésus-Christ, son Fils unique, né de la Vierge Marie, crucifié et mort sous Ponce-Pilate ».

Le rabbin, offensé de cette profession de foi si pleine de candeur, adressa la parole aux Juifs complices de son crime, et leur commanda de le dépouiller et de le fouetter cruellement. L'exécution suivit aussitôt le commandement ; le saint jeune homme étant dépouillé, fut battu avec une fureur qui ne pouvait convenir qu'à des enfants de la race de Chanaan. Tandis que quelques-uns le traitaient de la sorte, les autres, qui étaient spectateurs de la tragédie, lui crachaient au visage, et, par un horrible mépris de la foi chrétienne qu'il professait, proféraient mille blasphèmes contre la divinité de Jésus-Christ, au lieu que le martyr le bénissait sans cesse, ne prononçant point d'autres paroles, parmi tous ces tourments, que le nom sacré de Jésus.

Lorsque ces tigres se furent suffisamment délectés de ce premier supplice, ils l'élevèrent sur une croix, et lui firent souffrir toutes les indignités que leurs sacrilèges ancêtres avaient autrefois fait endurer sur le Calvaire à notre divin Sauveur : cependant leur barbarie ne put ébranler le courage du Martyr ; mais, retenant toujours l'amour de Jésus en son cœur, il ne cessa jamais de l'avoir en la bouche, jusqu'à ce qu'enfin son petit corps, affaibli par la douleur, laissa sortir son âme avec un soupir, et avec le même nom adorable de Jésus.

Une impiété si délectable, commise au milieu d'un royaume très-chrétien, ne demeura pas impunie. Le roi voulait même exterminer tous les Juifs qui se trouvaient en France, parce que presque partout on les accusait de crimes semblables, outre leurs usures : il se contenta de les bannir du royaume.

Dieu voulut rendre illustre la mémoire du saint Martyr, qui était mort pour la cause de son fils. Le tombeau qu'on lui avait érigé en un cimetière appelé des Petits-Champs, devint célèbre par les miracles qui s'y opéraient tous les jours ; ce qui engagea les chrétiens de lever son saint corps de terre et de le porter solennellement en l'église des Innocents, où il a demeuré jusqu'à ce que les Anglais, s'étant rendus en quelque façon les maîtres de la France, et particulièrement de Paris, sous le faible roi Charles VI, enlevèrent ce précieux trésor pour l'honorer en leur pays, alors catholique, et ne nous laissèrent que son chef. Il se voyait encore au XVIIe siècle, en cette même église des Innocents, enchâssé dans un riche reliquaire.

L'histoire du martyre de saint Richard a été composée par Robert Gaguin, général de l'Ordre de la très-sainte Trinité ; elle se trouve aussi dans les Annales et les Antiquités de Paris ; dans le martyrologe des Saints de France, et dans plusieurs historiens qui ont écrit les gestes de nos rois, particulièrement dans Scipion Duplex, lorsqu'il traite du règne de Philippe-

25 MARS.

Auguste, en l'année 1180 : il remarque, avec le cardinal Baronius, au douzième tome de ses Annales, que, huit ans auparavant, d'autres Juifs avaient commis un crime semblable en la ville de Nordwich, en Angleterre, en la personne d'un enfant, appelé Guillaume, qu'ils avaient aussi crucifié ; mais, ayant enterré son corps hors de la ville, il fut découvert par une clarté extraordinaire, qui engagea les chrétiens de le transporter avec honneur dans leur église. Polydore Virgile parle de cet enfant en son Histoire d'Angleterre, et le religieux Robert du Mont, en son supplément à Sigebert ; de sorte que nous avons déjà quatre saints innocents martyrisés par les Juifs : Siméon, à Trente, Janot, au diocèse de Cologne, Guillaume, à Nordwich, et notre Richard, à Paris. Nous pouvons encore y en ajouter un cinquième, dont parle Raderus en sa Bavière sainte : à savoir, un nommé Michel, jeune enfant de trois ans et demi, fils d'un paysan, nommé Georges, du village de Sappendelf, auprès de la ville de Naumbourg. Les Juifs l'ayant enlevé le dimanche de la Passion, pour satisfaire leur rage contre les chrétiens, l'attachèrent à une colonne, où ils le tourmentèrent, l'espace de trois jours, par d'étranges cruautés : ainsi ils lui ouvraient les poignets et le dessus des pieds, et lui faisaient diverses incisions en forme de croix, par tout le corps, pour en tirer tout le sang. Il mourut dans ce supplice l'an de Notre-Seigneur 1340.

---

## SAINT MELCHISÉDECH, ROI DE SALEM (XIXᵉ siècle av. J.-C.).

Saint Melchisédech, roi de Salem, était contemporain d'Abraham. Il vint à la rencontre de ce Patriarche au retour de l'expédition où celui-ci avait délivré son neveu Loth des mains des rois ses voisins. Melchisédech lui offrit le pain et le vin consacrés, car il était prêtre du Très-Haut. « Que le Seigneur, Dieu Tout-Puissant », s'écrie-t-il, « Créateur du ciel et de la terre, bénisse Abraham ; béni soit Dieu dont la protection a livré nos ennemis entre vos mains ». Abraham offrit au Roi-Pontife la dîme de tout le butin. C'est une belle figure que celle de Melchisédech, le Roi-Pontife, le prêtre du Très-Haut, le premier auquel la Bible donne ce titre dont le nom signifie Roi de justice, dont le séjour est Salem, la cité de la paix, la future Jérusalem où viendra régner le Roi de justice, Jésus-Christ !

L'offrande de Melchisédech est aussi symbolique : le pain et le vin qu'il présente au Patriarche vainqueur sont la figure du pain et du vin eucharistique dont Jésus-Christ nourrira les âmes victorieuses des passions. Le sacerdoce de Melchisédech est l'image du sacerdoce immortel établi par Jésus-Christ dans l'Église. — Tu es sacerdos in aeternum secundum ordinem Melchisedech. Ps. cix, 5 ; Gen., xv, 1. — D'après une pieuse tradition, Salem serait la même ville que Jérusalem ; Melchisédech aurait donc offert son sacrifice figuratif au même endroit où le véritable Grand-Prêtre Jésus-Christ devait instituer le sacrifice de la nouvelle alliance sous les espèces du pain et

SAINT DISME, LE BON LARRON.

du vin. Les Saints Pères sont aussi persuadés que c'était Jésus-Christ qu'Abraham envisageait dans la personne de Melchisédech lorsqu'il lui paya la dîme et reçut sa bénédiction.

L'Église n'a point assigné de fête particulière à saint Melchisédech ; mais quel honneur ne lui a-t-elle pas fait en l'insérant au canon de la messe où elle le qualifie de souverain Pontife et où elle parle de l'oblation du pain et du vin qu'il fit devant Abraham comme d'un sacrifice saint et d'une hostie sans tache aussi agréable à Dieu que le sacrifice d'Abel et celui d'Abraham ? — Les martyrologes latins marquent saint Melchisédech au 25 mars ; les Éthiopiens l'honorent le 12 avril.

D'après Baillet.

---

## LE PATRIARCHE ISAAC (1716 av. J.-C.)

Isaac, patriarche, fils d'Abraham et de Sara, naquit l'an 1896 avant Jésus-Christ. Il fut appelé Isaac, c'est-à-dire Ris, parce que, quand un ange vint annoncer à Sara, alors âgée de quatre-vingt-dix ans, qu'elle aurait un fils, elle ne put s'empêcher de rire d'une promesse à laquelle elle ne crut pas d'abord. Il avait vingt-cinq ans et était la joie et la consolation de ses parents dont il était l'unique fils, lorsque Dieu, pour éprouver la foi d'Abraham, lui ordonna de l'immoler. Abraham obéit sans hésiter, et déjà il levait le fer sur son fils, pour consommer le sacrifice, lorsqu'un ange arrêta sa main. Quinze ans après, il lui fit épouser Rébecca, nièce de Sara, sa mère, laquelle après vingt ans de mariage eut d'une seule couche Essau et Jacob. Parvenu à l'âge de cent trente-sept ans, devenu aveugle et se voyant près de sa fin, il voulut donner sa bénédiction à Essau, son fils aîné ; mais Jacob, conseillé par Rébecca, se fit passer pour son frère et reçut la bénédiction destinée à Essau. Isaac, averti de cette substitution, la ratifia et ne rétracta rien des souhaits qu'il avait faits à Jacob. Il vécut encore quarante-trois ans et mourut dans sa cent quatre-vingtième année. Ses deux fils l'enterrèrent dans le champ d'Ephron, à côté d'Abraham et de Sara.

On peut affirmer qu'Isaac, de même qu'Abraham et Jacob, a été canonisé de la bouche de Jésus-Christ lui-même, lorsque, pour montrer qu'ils jouissaient de la vie après leur mort, le Sauveur a dit que Dieu s'est toujours appelé leur Dieu, lui qui est le Dieu des vivants et non des morts. L'Église a toujours honoré Isaac comme l'une des figures de Jésus-Christ les plus parfaites que les ombres de l'Ancien Testament aient produites. Il a représenté le Fils de Dieu, non pas dans une seule action comme la plupart des autres types du Messie, mais avant sa naissance, dans les promesses qui furent faites à son père Abraham, dans sa naissance miraculeuse, dans tout le cours de sa vie, et principalement dans son immolation volontaire où il se laissa traiter comme une victime et se montra obéissant envers son père jusqu'à la mort, comme l'apôtre saint Paul le dit de Jésus-Christ.

Les Saints Pères ont donné, de leur côté, les plus grands éloges aux vertus d'Isaac : comment se fait-il dès lors que l'Église grecque, qui a rendu un culte dans sa liturgie à tous les Saints de l'Ancien Testament, ait oublié Isaac ? Les Latins l'ont inscrit, au 25 mars, dans plusieurs martyrologes, dès le 12e siècle de l'Église. Les chrétiens d'Égypte et d'Éthiopie l'honorent le 14e mai en même temps que Jérémie.

Les Juifs ont aussi institué une espèce de fête pour la naissance d'Isaac, comme étant le premier effet des promesses de Dieu à Abraham, relativement au Messie. Cette fête est marquée au 6 du mois de Marchessan, qui est chez eux le huitième de l'année.

D'après Baillet.

---

## SAINT DISME, LE BON LARRON (33).

Si l'on en croit une pieuse tradition, saint Disme fut le bon larron converti par notre divin Sauveur, peu de temps avant sa mort, tandis qu'il était encore attaché à la croix. Saint Anselme, proposant à une de ses sœurs une méditation sur l'enfance de Jésus, raconte l'histoire suivante, non comme fait sûr, mais comme une légende très-répandue de son temps.

« Disme vivait dans une forêt près de l'Égypte, lorsque Marie, fuyant la colère d'Hérode, s'y rendait elle-même, portant avec elle Jésus enfant. Il était assassin de profession, et fils du chef

25 MARS.

d'une troupe de malfaiteurs. Or, un jour qu'il était en embuscade, voyant arriver un vieillard, une jeune femme et un petit enfant, jugeant avec raison qu'ils ne pourraient opposer aucune résistance, il se dirigea vers eux avec ses compagnons, dans l'intention de les maltraiter; mais il fut tout à coup ravi de la grâce surnaturelle qui embellissait le visage de Jésus, de sorte qu'en lieu de leur faire aucun mal, il leur donna l'hospitalité dans la caverne qu'il habitait, et leur prépara tout ce qui leur était nécessaire. Marie était heureuse en voyant les caresses et les soins que ce voleur prodiguait à son Fils bien-aimé; elle lui en rendit grâce de tout son cœur, et elle l'assura qu'il en serait récompensé avant sa mort. La promesse de la Très-Sainte Vierge se réalisa plus tard: Disme fut crucifié avec le Rédempteur du monde, et il obtint à son dernier moment la grâce de se repentir de ses fautes, et, ayant confessé publiquement la divinité de Jésus-Christ pendant que les Apôtres avaient pris la fuite, il eut le bonheur de recevoir les prémices de la rédemption, et d'entrer, peu de temps après avec Jésus-Christ, en possession du royaume du ciel ».

La croix sur laquelle mourut le bon larron fut longtemps conservée dans l'île de Chypre.

Titien a introduit le bon larron dans sa grande composition intitulée le Triomphe, qui représente la marche triomphale des justes à la suite de Jésus-Christ; — Michel-Ange, dans ses figures du jugement dernier, le fait s'avancer portant une croix sur son dos; — un vitrail du XIIIe siècle, à la cathédrale de Bourges, le représente mourant sur la croix et remettant son âme à un ange qui l'emporte dans les cieux.

Sur une banderole qui flotte en l'air près de la bouche de saint Disme, on lit ces paroles adressées par le bon larron à Jésus-Christ: « Seigneur, souvenez-vous de moi lorsque vous serez arrivé dans votre royaume ». C'est l'image populaire, telle que l'a faite l'artiste Callot, par exemple.

Lorsqu'on le représente mourant près de Notre-Seigneur, on le met constamment à sa droite.

Le bon larron est le protecteur spécial des condamnés à mort. — On l'invoque pour être préservé des douleurs de la torture, de l'impénitence finale et des voleurs. Le moyen âge nous a transmis la prière ou antienne versifiée que lui adressaient les personnes dont les biens étaient exposés à la rapacité des larrons.

Imperibus meritis pendent tria corpora ramis; Dysmas et Gestas, mollis est divino potestas; Aita petit Dysmas, infelix infima Gestas. Nos et res nostras conservet summa potestas. Hos versus dicas ne tu farto tua perdus.

Pour des raisons différentes, trois corps sont suspendus au gibet: Dysmas d'un côté, Gestas de l'autre, au milieu le Diok (sub-potestas) ; Dysmas monte aux cieux, Gestas descend aux abîmes. Que la souveraine puissance nous conserve nous et nos biens. Réciter ces vers pour ne pas perdre, par le vol, ce qui t'appartient).

Saint Acacimo, Méditat., xv, et le P. Cahier.

Événements marquants

  • Grand échanson du roi Clotaire III
  • Entrée à l'abbaye de Fontenelle sous saint Lambert
  • Ordination sacerdotale par saint Ouen
  • Fondation du monastère d'Aindre à la demande de l'évêque Pascaire
  • Retraite finale dans l'ermitage de saint Léger

Miracles

  • Saut miraculeux d'une lamproie hors de la Loire
  • Multiplication d'une lamproie pour toute la communauté
  • Rallumage d'une lampe éteinte par le vent via un signe de croix
  • Multiplication du vin devant le comte Agathée et à Coutances
  • Disparition nocturne des chenilles sur ses livres et arbres
  • Punition divine de l'abbé Adalfrède après une vision

Citations

Mon Père, ne cherchez pas ici, je vous supplie, ma volonté, que j'ai absolument abandonnée à votre bon plaisir ; j'irai partout où vous m'enverrez, d'aussi bon cœur que si Dieu même me commandait de sa propre bouche d'y aller

— Réponse à l'abbé Lambert