Saint Hilaire de Poitiers

Évêque de Poitiers, Docteur de l'Église

Fête : 13 janvier 4ᵉ siècle • saint

Résumé

Évêque de Poitiers au IVe siècle, Hilaire fut le principal défenseur de l'orthodoxie catholique contre l'arianisme en Occident. Exilé en Phrygie par l'empereur Constance, il y rédigea ses œuvres majeures avant de revenir triomphalement dans son diocèse. Surnommé le 'Rhône de l'éloquence', il est l'un des premiers confesseurs non-martyrs à avoir reçu un culte public.

Biographie

SAINT HILAIRE, ÉVÊQUE DE POITIERS,

DOCTEUR DE L'ÉGLISE ET PATRON DE TOUT LE DIOCÈSE DE POITIERS

Commencement du Ier siècle-368. — Papes : Saint Marcel; saint Damase. — Empereurs : Galère, Maximin Dela; Constantin; Licinius; Valentinien Ier; Valens.

« Se faire quand on doit parler, est de la pusillanimité et non de la modestie. »

Liv. contre Constance, n. 1.

Cet astre éclatant de l’Église naquit dans les Gaules. Il n’est pas moins certain que sa patrie fut l’Aquitaine seconde, qui surpassait alors toutes les autres provinces gauloises en *urbanité*. D’après un manuscrit du cardinal Ottoboni, et une inscription trouvée vers l’an 1500, dans l’église paroissiale de Cléré, le père de notre Saint s’appelait Francaire (*Francarius*). Ce qui est hors de doute, c’est que « saint Hilaire brilla de tout l’éclat de la noblesse parmi les familles gauloises, et qu’aucun sang ne fut plus illustre que le sien ».

On croit généralement qu’il fut d’abord élevé dans le paganisme, et qu’il ne se fit chrétien que dans l’âge mûr. Sa vie honnête et pure, l’étude de la philosophie, puis celle de l’Écriture sainte, furent, après la grâce de Dieu, les causes de sa conversion. Voici comme il semble la raconter en ses écrits : « Je considérais que l’état le plus désirable, selon les sens, est le repos dans l’abondance, mais que ce bonheur est commun avec les bêtes. Je compris donc que le bonheur de l’homme devait être plus relevé, et je le mettais dans la pratique de la vertu et la connaissance de la vérité. La vie présente n’étant qu’une suite de misères, il me parut que nous l’avions reçue pour exercer la patience, la modération, la douceur, et que Dieu, tout bon, ne nous avait point donné la vie pour nous rendre plus misérables en nous l’ôtant. Mon âme se portait donc avec ardeur à connaître ce Dieu, auteur de tout bien, car je voyais clairement l’absurdité de tout ce que les païens enseignaient touchant la divinité, la partageant en plusieurs personnes, de l’un et de l’autre sexe, l’attribuant à des animaux, à des statues et à d’autres objets insensibles. Je reconnus qu’il ne pouvait y avoir qu’un seul Dieu, éternel, tout-puissant, immuable. Plein de ces pensées, je lus avec admiration ces paroles de Moïse : « Je suis Celui qui suis ». Et dans Isaïe : « Le ciel est mon trône, et la terre mon marchepied ». Et encore : « Il tient le ciel dans sa main et y renferme la terre ». La première figure montre que tout est soumis à Dieu; la seconde, qu’il est au-dessus de tout. Je vis qu’il est la source de toute beauté et la beauté infinie; en un mot, je compris que je le devais croire incompréhensible. Je portais plus loin mes désirs, et je souhaitais que les bons sentiments que j'avais de Dieu, et les bonnes mœurs eussent une récompense éternelle. Cela me semblait juste, mais la faiblesse de mon corps et même de mon esprit me donnait de la crainte; quand les écrits des Évangélistes et des Apôtres me firent trouver plus que je n'eusse osé l'espérer, particulièrement le commencement de l’Évangile de saint Jean, où j'appris que Dieu avait un Fils éternel et consubstantiel à son Père; que ce Fils, le Verbe de Dieu, s'était fait chair, afin que l'homme pût devenir fils de Dieu ! ».

À ces textes des écrits de saint Hilaire, Dom Coustant oppose ce passage de Fortunat : « Dès le berceau, l'enfance d'Hilaire était allaitée d'une si grande sagesse primitive, qu'on eût pu dès lors comprendre que le Christ se faisait élever un soldat dont il avait besoin pour obtenir la victoire dans sa cause ». Ces termes n'indiquent-ils pas qu'Hilaire suça la foi chrétienne avec le lait? Les écrits du saint Docteur, au dire de Dom Coustant, ne sont point contraires à cette opinion. Saint Hilaire veut seulement montrer combien les lumières de la révélation l'emportent sur celles de la philosophie; comment un vrai sage, qui lirait les Livres saints, monterait par degrés jusqu'aux vérités les plus sublimes, ou comment lui-même a appris dans ces saints livres à mépriser la vanité des choses humaines et a été mieux éclairé sur des mystères qu'il connaissait déjà. Il y a encore une phrase du Traité de la Trinité, qui, selon l'opinion la plus commune, indiquerait que notre Saint reçut le baptême dans un âge avancé. Mais on peut voir dans ses paroles simplement la joie qu'il ressentait d'appartenir à une religion où l'âme renaissait pour être éternellement heureuse, où l'on avait l'espoir que le corps lui-même ressusciterait pour partager ce bonheur, tandis que la philosophie ne nous donne presque aucune assurance sur la destinée future de l'âme et du corps de l'homme.

Quelques auteurs modernes ont cru que le jeune saint Hilaire avait l'esprit lent à comprendre, et que son père, pour vaincre ce défaut par le travail et la diversité des pays, l'envoya étudier à Rome et à Athènes. Mais les anciens nous disent d'une seule voix, et les écrits du grand Docteur nous le disent plus haut encore, qu'il naquit avec un génie aussi ample que pénétrant.

La culture que reçut son esprit ne prouve point qu'il fréquenta les écoles de Rome et d'Athènes, puisque celles des Gaules étaient très-florissantes. Il acquit une telle gloire dans l'éloquence, que saint Jérôme le regarde comme un des plus grands orateurs de son temps, et peint très-bien la véhémence de son style, en le nommant le Rhône de l'éloquence. Il s'appliqua aussi à la poésie: cet art qu'un si grand nombre détournent à des usages mauvais et impurs, notre Saint l'employa à célébrer les louanges de Dieu, à chanter les conquêtes des Apôtres, les combats des martyrs. Il ne possédait pas à fond la langue grecque, si l'on en croit saint Jérôme, dont les preuves sont assez bien réfutées par Dom Coustant. Ce qui a pu donner cette opinion à saint Jérôme, c'est sans doute que, dans le traité des Synodes, lorsque saint Hilaire traduit le grec en latin, son style est embarrassé et obscur. Mais cela peut très-bien s'expliquer par un vice du temps; car on croyait alors enfreindre les lois de la traduction, si l'on ne mettait les mots de la version dans le même ordre que ceux de l'original. Ces entraves devaient nécessairement rendre le traducteur lourd et obscur. Quant à la philosophie, tout le monde avoue qu'il y excella. Aussi saint Augustin, parlant de son passage du siècle dans l'Église, le compare aux Israélites qui, en partant pour la Terre promise, étaient chargés de tout l'argent et de tout l'or de l'Égypte. Il orna depuis ses écrits de ces richesses empruntées aux sciences et aux lettres profanes; mais, après les avoir tellement purifiées que vous n'y rencontrez rien de profane, rien qui soit indigne d'un prêtre. Sa philosophie ne restait pas renfermée dans de vaines spéculations, il la faisait descendre à la pratique pour régler ses actions. Mais ce qui fit surtout porter des fruits à sa sagesse, c'est qu'elle était fécondée par la foi que lui conféra abondamment le baptême, comme l'indiquent ses propres paroles, citées plus haut. On ne sait pas quand il reçut ce sacrement : Dom Coustant dit que ce fut peu de temps avant son épiscopat, et il se fonde sur ce passage du livre des Synodes : « Je n'entendis parler de la foi de Nicée qu'à la veille de mon exil ». Ce qui ne prouve point qu'il naquit et demeura longtemps dans le paganisme, puisque c'était l'usage à cette époque de ne recevoir, souvent du moins, le baptême que dans un âge très-avancé. Il nous apprend lui-même quels sentiments de foi il puisa dans cet auguste sacrement. « Ainsi, je crus en vous, Seigneur; ainsi, je renaquis en vous; de là, je suis tout vôtre... » Je suis irrémédiablement imbu de ces vérités sacrées, rien ne pourra jamais m'en séparer; je mourrai avec elles... » Et un peu avant : « J'ai si bien appris ces vérités, je les ai crues avec une si ferme conviction, mon esprit les tient avec une foi si vive, que je ne pourrais ni ne voudrais croire autrement ». Et il rend raison de cette impossibilité, en disant que sa foi est conforme à la doctrine évangélique et au Symbole de son baptême. Se laissant ainsi conduire par la lumière de la foi reçue dans le baptême, il ne put jamais être entraîné dans l'erreur par une fallacieuse philosophie. Il suivit constamment le précepte de l'Apôtre : « Prenez garde que quelqu'un ne vous dépouille par la philosophie ».

Contre les traits de la raison humaine, il se munit de cette maxime comme d'un bouclier : « Une foi constante repousse les captieuses et inutiles questions de la philosophie; elle ne succombe pas à ce qu'ont de fallacieux les inepties humaines; elle ne laisse pas la vérité devenir la dépouille de l'erreur ». Car il vit, ce véritable philosophe, « que ce que Dieu fait en dehors de l'intelligence humaine ne peut tomber sous les sens naturels de notre esprit: pour mesurer une action d'une éternité sans bornes, il faut un esprit sans bornes. Or, l'esprit humain a des bornes. D'ailleurs, par cela même que la raison humaine est créée, elle est nécessairement imparfaite: comment pourrait-elle comprendre le Créateur? L'imparfait ne peut comprendre le parfait ». Il accorde à la foi seule cette gloire que par sa vertu céleste elle fait arriver l'homme où il ne pourrait jamais atteindre par ses propres forces. C'est pourquoi il démontre que les chrétiens, qui ont appris à soumettre leur esprit à la foi, sont plus sages que les sages du monde qui les traitent de fous, puisque, outre les connaissances naturelles, ils pénètrent encore très-avant dans des secrets inaccessibles aux philosophes. Saint Hilaire se glorifie de cette folie. Un exemple fera mieux comprendre comment il foulait aux pieds les prétentions de la science humaine, lorsqu'elle sort de sa sphère et se mêle de ce qui ne la regarde pas, quoiqu'il en fût le disciple, quoiqu'il l'estimât et s'en servît habilement, pour les choses qui sont de son ressort. L'Évangile lui apprend que Jésus-Christ est entré dans une chambre où ses disciples étaient assemblés, les portes étant fermées; mais la philosophie lui adresse une foule de questions qu'il examine avec un plaisir ironique : « Comment cela a-t-il pu se faire ? Jésus n'avait donc plus rien de corporel : les murs avaient donc perdu une propriété inséparable des corps, l'impénétrabilité ? » Puis, lorsque la Sagesse humaine a pour ainsi dire étalé, rangé en bataille son armée d'objections, le grand docteur les renverse d'un seul coup avec les armes de la folie chrétienne : « Je suis un ignorant, je me contente de croire les choses telles que Dieu les a dites ; tout ce que je puis constater, c'est qu'il les a dites, ne me demandez pas l'explication des faits. Dieu me dit, car l'Évangile est sa parole, que ce même Dieu, ayant un corps, est entré dans une chambre sans ouvrir les portes. Je le crois. Comment a-t-il fait ? C'est son affaire et non la mienne : il fait tant de choses que je ne comprends pas. Est-ce que, par hasard, tout savant que vous êtes, vous oseriez dire que Dieu ne peut faire que ce que vous pouvez comprendre ? Hé ! combien de choses naturelles que vous ne comprenez pas ! Combien aussi de choses surnaturelles, mais sensibles ! Si notre raison ne peut saisir l'entrée de Jésus-Christ dans une chambre les portes fermées, combien moins saisira-t-elle son éternelle génération du Père ! ».

Saint Hilaire avait une si grande crainte de perdre le trésor de la foi qu'il évitait tout commerce avec les Juifs et les hérétiques, comme de les saluer, de s'asseoir avec eux à la même table. Cela, comme nous venons de le voir, ne provenait point d'un caractère dur et intraitable; plus tard il changea entièrement de conduite sur ce sujet, lorsqu'il fut évêque et qu'il crut cela plus équitable, plus utile à l'Église et au prochain. Mais comme il n'ignorait pas que la foi est morte si elle n'opère par la charité et que les hommes peuvent être retranchés du corps du Christ, non-seulement pour infidélité, mais aussi pour stérilité, il s'appliqua d'abord à bien connaître les règles de l'Église, les maximes de l'Évangile : alors il se soumit, quoique simple laïque, à une discipline si sévère qu'on voyait se former d'avance en lui un prêtre irréprochable pour le temple du Christ. À le voir exercer toutes les œuvres de piété, on eût dit un saint pontife. Enfin, plein de Dieu, il tâcha de le répandre dans les autres : il faisait craindre à ceux-ci les châtiments réservés à leurs péchés; il excitait ceux-là par la promesse du royaume céleste; en un mot, exhortant tout le monde à la sainte pratique de la religion chrétienne, il ne cessait de semer dans le peuple des paroles de vérité qui faisaient partout germer et fructifier la foi.

Hilaire avait eu pour professeur Héliodore, prêtre de Poitiers, d'origine grecque sans doute, et qui, y professant l'éloquence et la poésie, fut consulté par saint Hilaire sur certains passages d'Origène. Celui qui devait être un de nos plus savants évêques n'était pas assez familier avec la langue du célèbre théologien, et trouva dans Héliodore un aide éclairé, dont les mêmes goûts firent bientôt son ami fidèle aussi bien que son guide assidu. Saint Jérôme croit devoir leur attribuer en commun quelques-uns des travaux littéraires du grand prélat. Ce qui est certain, c'est qu'il ne faut attribuer qu'au professeur le traité *De l'origine des choses*, où il combat pour le principe de l'unité de Dieu, auteur de tout bien et jamais d'aucun mal, les opinions des Manichéens d'alors, voire et par concomitance celle des Panthéistes de notre temps. Mais ce qui ne doit pas être moins intéressant à nos yeux, c'est qu'Hilaire lui-même, avant de donner des preuves écrites de cette sublime doctrine qui devait dicter ses livres de controverse, avait eu à lutter publiquement, à titre de professeur, dans l'école où s'exerçaient les docteurs de Poitiers. Il n'était pas rare, dans ces temps où les lettres étaient en aussi grand honneur que la fortune, de voir s'appliquer à cette belle œuvre de l'enseignement les personnages les plus élevés.

C'est chose douteuse s'il se livra à ce professorat avant ou après sa parfaite conversion; toujours est-il que c'est après son mariage, car, cette union l'ayant fait encore « croître en bien et renommée, de tous pays venoient gens à Poictiers pour ouyr sa sapience ».

Mais tout porte à croire que cette tâche laborieuse lui aura paru une œuvre de prosélytisme très-conforme au zèle chrétien recommandé à chacun par le divin Maître en qui seul il avait trouvé « la voie, la vérité et la vie ». C'était un moyen actif et fécond de garder contre la grande hérésie de l'époque un auditoire attiré par cette éloquence docte et énergique dont l'activité s'était formée aux plus belles sources de son temps; car il est certain que sa jeunesse, pendant laquelle sa position et ses richesses l'engagèrent peu à briguer les places et les honneurs, se passa en études sérieuses qui protégèrent la gravité de sa conduite et la pureté de ses mœurs.

Dieu avait procuré à ce saint homme une épouse digne de lui et dont il eut une fille unique nommée Abra; ce qui nous montre que cette femme dont nous ignorons le nom était très-versée dans tout ce qui touche à la piété, c'est que saint Hilaire écrivant à sa fille du fond de son exil, pour l'exhorter à demeurer vierge, lui dit d'interroger sa mère pour les pensées qu'elle ne comprendrait pas. Ces deux époux travaillaient de concert à se sanctifier et à donner comme une seconde naissance à leur fille, en lui inspirant des mœurs pures et en lui apprenant l'obéissance à la loi de Dieu. Ainsi vivait saint Hilaire, libre pour le service de Dieu dans les liens du mariage, très-instruit dans tous les genres de science, d'une vie qui était la probité, la pureté même, d'une foi intègre et constante, brûlant du zèle des âmes, orné de toutes les autres qualités que saint Paul exige pour un évêque, lorsque tout le peuple, d'un commun accord, ou plutôt l'esprit de Dieu dont ce peuple n'était que l'organe, le demanda pour évêque, en la place de Maxence, frère de saint Maximin de Trèves.

C'était vers l'an 353, quelques années avant son exil. Sa femme vivait encore, mais l'Église prenait alors souvent parmi les personnes mariées ses ministres qui sans cela n'auraient pas été nombreux. On les obligeait toujours à se séparer de leurs femmes, particulièrement à Rome, en Égypte et en Orient: en ayant encore commerce avec elles, ils devenaient adultères. Ce qui fut comme l'âme de l'illustre épiscopat de saint Hilaire, ce furent les nobles sentiments qu'il avait sur cette dignité. Plus tard, lorsqu'il voulut rappeler à l'empereur qu'il méritait quelque considération à ses yeux, il ne trouva rien de plus fort à lui dire que ces mots: « Je suis évêque » : *episcopus ego sum*. Il considérait l'évêque comme le « prince parfait de l'Église, lequel doit posséder dans leur perfection les plus grandes vertus ». Dans un évêque, l'innocence de la vie ne suffit pas sans la science, et sans la sainteté la plus grande science ne suffit pas davantage; en effet, comme il est institué pour l'utilité des autres, à quoi leur sert-il, s'il ne les instruit, et ses instructions ne seront-elles pas stériles, si elle ne sont pas d'accord avec sa vie? Saint Hilaire veut donc que dans le prêtre la probité et la science se prêtent un mutuel secours : « Qu’il orne sa vie en prêchant; qu’il orne sa prédication en vivant; car innocent, il n’est utile qu’à lui seul, s’il n’est pas instruit et savant; sa science n’a aucune autorité, s’il n’est pas innocent ». Mais c’est surtout des évêques qu’il exige « une foi qui ne soit pas toute nue et privée des armes de la raison, mais qui puisse lutter constamment et sûrement » contre les attaques des hérétiques qui combattent armés de toutes les sciences humaines; une foi qui puisse autant l’emporter sur la sagesse du siècle, que les choses divines l’emportent sur les choses humaines, « afin que, autant il y a de distance entre les choses divines et les humaines, autant la raison céleste (dont l’évêque est le défenseur), surpasse toutes les sciences terrestres; une foi, enfin, qui sache instruire les peuples confiés à ses soins, dans tous les devoirs du chrétien, et les prémunir contre les bouches qui prêchent le mal ». Tel fut l’épiscopat de saint Hilaire, comme nous allons le voir.

Ce qu’il croyait pour lui-même, lorsqu’il n’était chargé que de son propre salut, il le prêcha à son peuple dès qu’il fut chargé du salut des autres. Il commença l’instruction de son peuple par l’exposition de l’évangile de saint Matthieu. Ce ne fut pas sans raison, car le Nouveau Testament est caché dans l’Ancien, et l’Ancien manifesté dans le Nouveau. Si l’on veut aller du mieux connu au moins connu, il est bon de commencer par le Nouveau Testament, dont le premier livre est l’évangile selon saint Matthieu. Saint Hilaire nous a laissé des commentaires sur l’évangile de saint Matthieu, qu’il donna d’abord à son peuple de Poitiers, du haut de la chaire, avant de les publier : car il y suit plus la marche de l’orateur que de l’interprète; il n’explique point chaque mot, mais il omet certains passages, passe rapidement sur quelques-uns pour s’étendre longuement sur d’autres, il s’attache moins à expliquer le sens de la lettre qu’à développer nos mystères, ce qu’il jugeait plus utile et plus agréable à son peuple. On a plusieurs raisons, trop longues à rapporter ici, de croire que saint Hilaire composa cet ouvrage dans les premières années de son épiscopat et avant l’année 356. Saint Jérôme estimait beaucoup cet ouvrage; il l’envoya à quelques personnes qui lui avaient demandé des commentaires sur l’Écriture sainte; il l’avait apparemment copié de sa main, étant à Trèves, avec les commentaires sur les psaumes du même docteur. De saint Matthieu, saint Hilaire passa à saint Jean, qui a spécialement écrit pour affirmer la divinité de Jésus-Christ.

Mais il est temps de voir son plus beau titre de gloire, la manière héroïque dont il combattit un des plus grands fléaux qui aient désolé le monde, l’arianisme, dont nous ferons plus loin l’histoire depuis son origine jusqu’à l’époque où saint Hilaire entra dans la lice. Je dois seulement dire ici que cette hérésie, après avoir jeté la discorde en Orient, après avoir fait plusieurs fois déposer et exiler saint Athanase, l’évêque d’Alexandrie, cet invincible champion de la foi catholique, se répandait alors en Occident sous la protection de l’empereur Constance. Presque tous les évêques d’Occident montrèrent bien plus de courage que les Orientaux : ils proclamèrent l’innocence d’Athanase et excommunièrent les chefs de l’arianisme, entre autres, Ursace de Singidon, et Valens de Mursie; puis ils envoyèrent à l'empereur Constance une députation pour demander que les évêques exilés pour la foi fussent rappelés, et que désormais l'autorité séculière ne se mêlât plus des affaires religieuses. L'empereur Constance, honteux du rôle que les Ariens et les Semi-Ariens (ou Eusébiens) lui faisaient jouer, devint plus juste et rappela Athanase sur son siège. (349). Mais comme il était aussi faible que tyrannique, il se laissa persuader de nouveau par les Ariens, qui le flattaient et lui disaient sans cesse, qu'Athanase en défendant l'Église attaquait l'Empire. C'est vers cette époque qu'Hilaire commença à se montrer l'Athanase de l'Occident. Constance, se trouvant à Arles (353), y tint un concile, dans lequel il ordonna de souscrire à l'hérésie arienne et à la condamnation de saint Athanase.

Paulin, évêque de Trèves, ayant résisté à ces ordres, fut condamné par les Ariens et exilé par Constance. On ignore les autres détails de ce conciliabule; il fut le commencement des maux apportés dans l'Occident par l'hérésie arienne, qui avait pour protecteur un despote, et pour agents un Ursace, un Valens, un Saturnin, évêque d'Arles; ce dernier, corrompu dans l'esprit et dans les mœurs, emporté et factieux, tyrannisait les Gaules avec tous les moyens de terreur dont Constance lui laissait la disposition.

Dans un autre concile, à Milan (335), l'empereur mit tout en œuvre pour détruire la foi de Nicée et extorquer aux évêques la condamnation d'Athanase. Les légats du Saint-Siège osèrent lui représenter qu'il était contraire aux « lois » de l'Église de condamner un absent sans l'entendre. — « Les lois », répliqua Constance, ce sont mes « volontés ». Mais les légats ayant plus d'horreur de cette maxime que de tous les supplices, se laissèrent condamner à l'exil plutôt que de trahir la cause de la justice et de l'innocence. D'autres évêques demandèrent à être enveloppés dans la même sentence. Il est difficile de savoir si saint Hilaire assista à ce concile: mais rien de plus connu et de plus éclatant que son opposition à la violence, à l'injustice et à l'erreur. Il eut pu vivre en repos dans son église de Poitiers, au milieu de tous les avantages de la faveur impériale; Constance eut même honoré de son amitié un prélat si éminent, il l'eut entouré de considération et rendu tout-puissant; le saint docteur n'avait qu'à se soumettre à la volonté impériale et à laisser à d'autres le soin de défendre la vérité évangélique; peut-être même lui eût-il suffi de se taire, et plus d'un prétexte se serait offert à lui pour colorer sa conduite auprès de son peuple. Mais toutes ses espérances étaient dans le ciel, et la charité l'unissant à Dieu par des liens indissolubles, il n'était rien sur la terre dont le désir ou la crainte pût l'en séparer; il n'hésita jamais sur le parti qu'il devait prendre, il dit toujours intrépidement : « J'adhère au nom de Dieu et de mon Seigneur Jésus-Christ, dût une telle confession m'attirer tous les maux; je repousse la société des méchants et le parti des infidèles, quand même ils m'offriraient tous les biens ». Ayant pris cette inébranlable résolution, il entreprit d'arrêter l'Occident sur le penchant de l'erreur: car beaucoup, effrayés par les menaces, trompés par les intrigues et les ruses, étaient entrés en communion avec les Ariens, au concile de Milan. L'hérésie se répandait comme une contagion.

Notre Saint s'adressa d'abord à l'empereur; c'est du moins l'opinion la plus commune qu'il faut rapporter à cette époque son premier livre à Constance.

C'est une requête apologétique tendant à ce que ce prince accordât aux catholiques la liberté d'exercer leur religion avec leurs évêques. Il proteste que l'empereur n'a à craindre de la part des catholiques aucune sédition, ni même aucun murmure dangereux; que les Ariens seuls troublent la paix publique par les violences qu'ils emploient pour imposer leurs erreurs. Les catholiques ne demandent que la liberté commune; qu'on leur rende leurs évêques exilés, et qu'il soit permis à chacun d'entendre la parole de Dieu de la bouche de qui il voudra. Si l'empereur voulait user de contrainte pour établir la véritable religion, comme on le fait pour l'arianisme, les évêques catholiques l'en détourneraient, ils lui diraient que Dieu est le maître de l'univers, qu'il n'a point besoin d'une soumission forcée, et qu'il n'exige point une confession qui a pour principe la violence. Cette requête n'eut point un plein succès; toutefois, d'après Baronius, il faut considérer comme un de ses fruits une loi de Constance, datée, dans le code théodosien, du IXe des calendes d'octobre, sous le consulat d'Arbiton et de Lollien, c'est-à-dire du 23 septembre de l'an 355: elle renvoie aux évêques la connaissance des causes de leurs confrères, et défend d'en traduire aucun devant les tribunaux séculiers.

En même temps, Hilaire et la plupart des évêques des Gaules, dont il était le chef, se séparèrent de la communion de Saturnin, d'Ursace et de Valens, et ils accordèrent aux autres qui étaient entrés dans le parti de ces Ariens le pardon de leur faute, pourvu qu'ils s'en repentissent et que l'indulgence qu'ils leur accordaient fût approuvée par les confesseurs exilés pour la foi.

Saturnin et ceux de sa faction, ne pouvant souffrir de se voir flétris par un décret que les évêques des Gaules avaient rendu public, les obligèrent de se trouver à un concile qu'ils tinrent à Béziers (356), et auquel il y a apparence que Saturnin présida. Saint Hilaire s'y rendit, avec son intrépidité ordinaire, et dans cette assemblée d'ennemis et d'Ariens, offrit de réfuter, séance tenante et de vive voix, leur erreur. Mais les hérétiques, qui craignaient de se voir confondues publiquement, ne voulurent point qu'il fût écouté. Saturnin envoya à Constance une fausse relation de ce qui s'était passé dans ce concile, et quoique saint Hilaire s'en plaignît et que Julien, César des Gaules, fût témoin de la vérité, les calomnies des Ariens l'emportèrent. On ne sait de quel crime ils l'accusaient, mais saint Hilaire marque assez clairement dans son deuxième livre à Constance, qu'il s'agissait d'une action indigne non-seulement d'un évêque, mais encore d'un laïque de bonnes mœurs. Il fut exilé en Phrygie avec saint Rhodane, évêque de Toulouse qui, naturellement moins vigoureux qu'Hilaire, ne se soutenait contre les ennemis de l'Église que par son union avec lui. Notre Saint, avec la joie des Apôtres et des martyrs lorsqu'ils avaient à souffrir quelque chose pour Jésus-Christ, se rendit dans le lieu de son exil, où l'attendait une belle mission et de grandes victoires: Dieu portait ce flambeau en Orient pour y dissiper les ténèbres de l'arianisme. Il ne cessa point d'ailleurs pour cela d'être l'âme des églises de la Gaule: car les évêques catholiques de ces contrées ne permirent pas qu'on mît personne en sa place sur le siège de Poitiers: le grand docteur continua d'être en relation avec eux et de gouverner son église; il fut bien affligé du triste état où il trouva les églises de l'Asie: il nous assure, dans un de ses livres, qu'il trouva à peine dans les provinces où on l'avait relégué, un évêque qui connut Dieu et conservât quelque reste de la vraie foi. Il s'imposa en ces circonstances deux devoirs qui indiquent la conduite la plus sage et la plus raisonnable : il s'appliqua d'abord à se tenir très-ferme dans la confession de Jésus-Christ; ensuite à ne rejeter aucun accommodement ni aucun moyen honnête et raisonnable de pacifier les choses. C'est pourquoi, il usa de beaucoup de ménagement dans les écrits qu'il fit alors, craignant que s'il y déployait plus de force, on ne l'attribuât plus au ressentiment qu'à l'amour de la vérité. Il poussa même la condescendance jusqu'à prier, parler avec les hérétiques, et leur donner le salut et la paix. Cette indulgence lui coûtait peu : car son exil, loin de l'irriter contre ses ennemis, lui était au contraire très-agréable, puisque c'était le triomphe de la vérité. Il se réjouissait de voir s'accomplir en lui la prophétie de l'Apôtre : « Il existera un temps où l'on ne pourra supporter la vraie doctrine ». En effet, l'iniquité montrait, en exilant ces courageux évêques, qu'elle ne pouvait souffrir aucune contradiction, qu'elle craignait la lumière, qu'elle ne consultait d'autre justice que ses désirs. « Que mon exil dure toujours », disait-il, « pourvu que la vérité soit enfin prêchée. Les ennemis de la vérité peuvent bien exiler ses défenseurs, mais elle, la vérité, croient-ils l'exiler en même temps ? En exilant mon corps, ont-ils pu enchaîner aussi et détenir la parole de Dieu ? Si je suis trop loin de mon troupeau pour lui parler de ma bouche, je n'en serai pas moins évêque de mon église. La distance ne m'empêche pas d'être en relation et en communion avec les évêques des Gaules, et du fond de la Phrygie j'exerce toujours mon ministère à Poitiers, je distribue toujours la communion à mes diocésains par la main de mes prêtres. On se trompe si l'on croit m'avoir imposé silence : je parlerai par des livres et la parole de Dieu, que nul ne peut vaincre, s'envolera libre ». Le premier ouvrage qu'il composa ainsi dans son exil, pour démasquer l'erreur et défendre la vérité, fut son *Traité de la Trinité*.

« Il est divisé en douze livres. Le Saint y prouve de la manière la plus solide la consubstantialité du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Il enseigne que l'Église est une, et que tous les hérétiques sont hors de son sein; qu'elle est distinguée de leurs différentes sectes en ce que, conservant toujours son unité, elle les combat et les confond toutes, quoique seule contre elles; qu'elle trouve la matière de ses plus beaux triomphes dans les divisions perpétuelles qui règnent entre les partisans de l'erreur. Il fait voir ensuite que l'arianisme ne peut être la vraie doctrine, puisqu'elle n'a point été révélée à Saint-Pierre, choisi pour être le fondement inébranlable de l'Église jusqu'à la consommation des siècles; à saint Pierre, dont la foi sera indéfectible, parce que Jésus-Christ a prié pour qu'elle ne faillît jamais; à saint Pierre, qui a reçu les clefs du royaume du ciel, et dont Dieu ratifie les jugements, quoique portés sur la terre ». Il présente encore ailleurs les mêmes arguments. C'est qu'en effet ils sont décisifs, et qu'il est difficile à l'hérésie d'en éluder la force. L'article de la divinité de Jésus-Christ est aussi traité avec une supériorité de lumière qui ne laisse aucune ressource aux Ariens. Le saint docteur la démontre par les miracles opérés aux tombeaux des Apôtres et des Martyrs, ainsi que par la vertu de leurs reliques; il la démontre encore par des faits éclatants et miraculeux que l'on ne peut révoquer en doute sans renoncer aux premiers principes, surtout par les affreux rugissements que poussaient les démons, forcés de fuir en la présence des sacrés ossements de ceux qui avaient répandu leur sang pour Jésus-Christ ! ».

Saint-Hilaire avait écrit plusieurs fois, de divers lieux, aux évêques des Gaules, et il n'avait point reçu de réponse. Il craignit que ce silence ne fût affecté et qu'ils ne fussent tombés dans l'erreur comme tant d'autres; ainsi, il avait résolu de se taire aussi de son côté et de n'avoir plus de communication avec eux, après les avoir avertis plusieurs fois, selon les préceptes de Notre-Seigneur. Quelle ne fut donc pas sa consolation lorsqu'il reçut enfin de leurs lettres et connut que s'ils ne lui avaient pas écrit plus tôt, c'est qu'ils ne savaient pas où il était. Il apprit avec une extrême joie qu'ils avaient conservé la pureté entière de la foi, qu'ils étaient demeurés unis à lui en esprit et avaient rejeté la communion de Saturnin, l'auteur de son exil; que depuis peu, comme on leur avait envoyé la deuxième profession de foi dressée à Sirmium par les Ariens, en 357, ils l'avaient non-seulement rejetée, mais expressément condamnée. Ils le priaient aussi de leur expliquer nettement quelle était la foi des Orientaux sur la divinité du Fils de Dieu et ce que voulaient dire tant de différentes confessions de foi qu'ils avaient dressées depuis le Concile de Nicée.

Le saint exilé répondit aux évêques des Gaules par son traité des Synodes, où il réconcilie l'Orient et l'Occident catholique; car les évêques d'Occident accusaient les Orientaux d'arianisme, et ceux-ci, les premiers du Sabellianisme. Saint Hilaire explique les différentes formules de foi que les Orientaux avaient faites depuis le Concile de Nicée, afin de montrer aux Occidentaux qu'elles étaient bonnes ou du moins tolérables, et qu'ils ne devaient pas regarder comme Ariens ceux qui les recevaient. Il les prie de juger eux-mêmes de ces formules dont ils lui avaient demandé l'explication et de suspendre leur jugement jusqu'à la fin de son écrit. Ce n'est pas qu'il se fasse garant de l'orthodoxie de toutes ces formules : il les transmet en invitant les évêques des Gaules à les juger avec modération et à tenir compte des circonstances dans lesquelles on les a faites; car, en Orient, « tout est plein de scandales, de schisme, d'infidélité. Que vous êtes heureux, vous », dit-il aux évêques des Gaules, « d'avoir conservé dans sa pureté la foi apostolique, d'avoir ignoré jusqu'ici ces professions écrites et de vous être contentés de professer de bouche ce que vous croyez de cœur ! » Il explique ensuite les termes dont l'ambiguïté rendait suspecte aux Orientaux la foi des Occidentaux, pour les inviter les uns et les autres à ne pas se soupçonner pour les mots, puisque tous semblent s'entendre sur la chose.

Saint Hilaire avait aussi reçu une lettre d'Abra, sa fille, probablement par la même voie que celles des évêques des Gaules. Cette lettre n'est point venue jusqu'à nous, et nous n'en connaissons pas le contenu; soit qu'elle y apprit à son père qu'elle était recherchée en mariage par un homme de condition, soit que saint Hilaire le sût d'ailleurs, il crut devoir la porter à ne prendre point d'autre époux que Jésus-Christ. Nous avons la lettre où il lui donne ce conseil, et c'est sans raison que quelques critiques ont voulu la faire passer pour une pièce supposée et peu digne de la gravité de ce saint évêque. Si le style n'en est pas aussi relevé que dans ses autres écrits, c'est que la matière ne le demandait point et qu'il y parlait à une jeune fille de douze à treize ans, avec laquelle la qualité de père lui permettait en quelque sorte de bégayer. Saint Hilaire eut l'occasion d'envoyer cette lettre avec le livre des Synodes, adressé aux évêques des Gaules. Il marquait à cette chère enfant que si elle était assez généreuse pour ne pas désirer un époux mortel, des habits magnifiques et tout ce qui flatte la vanité des mondains, elle recevrait de Jésus-Christ une perle infiniment précieuse dont elle ne pouvait pas même se former une idée. Toutefois, il lui donne de simples conseils, il ne lui manifeste que ses désirs, ne lui imposant sur ce point aucune nécessité. Mais il lui demande une réponse et veut qu'elle la fasse sans le secours de personne. Il lui annonce en même temps qu'il lui envoie deux hymnes, une pour le matin et l'autre pour le soir, et il ajoute que si elle trouve quelque chose de difficile à entendre, soit dans ces hymnes, soit dans sa lettre, elle en demande l'explication à sa mère. Fortunat nous apprend que de son temps (VIe siècle), l'original de cette lettre se gardait soigneusement dans l'église de Poitiers. Abra suivit le conseil de son père et mourut saintement, comme nous le rapporterons bientôt.

Cependant, deux conciles avaient été convoqués, dans des vues perfides, par l'empereur (359). L'un se tint à Rimini, en Italie, où plusieurs prélats, même des plus saints et des meilleurs, après saint Hilaire, comme Phébade d'Agen, et Servais de Tongres, furent trompés par les artifices et les propositions captieuses des Ariens; l'autre, à Séleucie (360), métropole de l'Isaurie, composé de semi-Ariens en majorité, d'un certain nombre d'Ariens et d'une quinzaine de catholiques. Saint Hilaire s'y trouva par une disposition particulière de la Providence. Quoiqu'il n'y eût aucun ordre particulier pour lui, toutefois, sur l'ordre général d'envoyer tous les évêques au concile, le vicaire du préfet du prétoire et le gouverneur de la province l'obligèrent à s'y trouver et lui fournirent les moyens de se rendre à Séleucie. Pendant ce voyage, il s'arrêta un dimanche dans une petite ville et entra dans l'église des catholiques, à l'heure où le peuple y était assemblé. Tout à coup, du milieu de la foule, s'élance une jeune fille qui, éclairée d'une lumière surnaturelle, a reconnu le saint Docteur, se jette à ses pieds et lui demande sa bénédiction, puis le baptême, qu'elle reçut quelques jours après. Son père, Florent, sa mère et toute sa famille profitèrent aussi du passage de notre Saint qui les régénéra dans l'eau du baptême. Florence suivit son père spirituel, à son retour en France, et devint, sous sa sage conduite, une sainte honorée à Poitiers, le premier de décembre.

À son arrivée, il fut reçu très-favorablement et attira l'attention de tout le monde. On lui demanda tout d'abord quelle était la croyance des Gaulois, car les Ariens les avaient rendus suspects de ne reconnaître la Trinité que dans les noms, comme Sabellius. Il expliqua sa foi conforme au concile de Nicée et rendit aux Occidentaux le témoignage qu'ils tenaient absolument la même croyance. Ainsi, ayant levé tous les soupçons, il fut admis à la communion des évêques et reçu dans le concile. Il eut la douleur d'y entendre sortir des blasphèmes horribles de la bouche des Ariens, esprits sans énergie et sans décence, hardis contre Dieu, esclaves devant le regard des maîtres de la force, donnant à l'empereur l'attribut d'éternel, qu'ils refusaient au Fils de Dieu. Il frémit d'horreur en entendant dire à l'un deux, qui était venu pour le sonder, que Jésus-Christ est dissemblable à Dieu, parce qu'il n'est ni Dieu, ni né de Dieu, et il se refusa à croire que ce fût là leur sentiment, jusqu'à ce qu'ils le déclarèrent publiquement dans le concile. Les semi-Ariens condamnèrent même ces impies et les déposèrent.

Mais ceux-ci en appelèrent à Constance : les uns et les autres allèrent à Constantinople, comme si Notre-Seigneur avait dit à ses Apôtres : « Lorsque vous serez embarrassés sur quelque point de la doctrine que je vous ai chargés d'enseigner, allez demander la solution aux Césars ». Saint Hilaire accompagna ce triste concile à la cour, non pour en partager la servitude, mais pour défendre la vérité et savoir ce que l'on voulait faire de sa personne. Il y vit la vérité opprimée par les Ariens de Rimini réunis à ceux de Séleucie : ces hérétiques, se voyant en nombre dans la capitale même d'un empire qui mettait son glaive et ses tortures à leur disposition, crurent l'occasion favorable pour tenir un concile de leur façon (360). On y disputa de la foi, c'est-à-dire qu'on l'ébranla jusque dans ses fondements. Mais le grand athlète de la foi était là : saint Hilaire adressa à l'empereur une requête dans laquelle se justifiant des chefs d'accusation que Saturnin avait formés contre lui, et défendant l'autorité de l'Église, il demanda deux choses : premièrement de conférer avec l'auteur de son exil, Saturnin, évêque d'Arles, qui se trouvait alors à Constantinople et laisse à l'empereur le choix du lieu et de la manière dont se devrait faire cette conférence; secondement, que l'empereur lui accorde une audience dans laquelle il lui soit permis de traiter la matière de la foi selon les Écritures, en sa présence, devant tout le concile qui en disputait alors et à la vue de tout le monde. « Je le demande », dit-il, « non pas tant pour moi que pour vous et pour les Églises de Dieu. J'ai la foi dans le cœur et n'ai pas besoin d'une profession extérieure; je garde ce que j'ai reçu; mais souvenez-vous qu'il n'y a point d'hérétique qui ne prétende que sa doctrine est conforme aux divines Écritures ». Parlant des variations continuelles des Ariens, il raille finement cette multitude de symboles contradictoires qu'ils forgeaient continuellement. « L'année dernière », ajouta-t-il, « ils en ont produit quatre : la foi n'est plus la foi des Évangiles, mais la foi des temps, ou plutôt il y a autant de sortes de foi que de volontés, autant de diversité dans la doctrine que dans les mœurs, autant de blasphèmes que de vices. Les Ariens font paraître tous les ans, et même tous les mois, de nouveaux symboles pour détruire les anciens et anathématiser ceux qui y adhèrent ». Il indique le remède à cette plaie : « Comme pendant les tempêtes d'hiver », dit-il, « le seul moyen de se sauver est de retourner au port d'où l'on est sorti, de même aussi, il n'y a pas, pour se tirer de l'embarras et du désordre que causent toutes ces différentes formules de foi, d'autre moyen que de retourner dans le port de la foi en laquelle nous avons été baptisés ». Les Ariens n'osèrent accepter le défi de saint Hilaire : pour se délivrer de ce terrible adversaire, ils persuadèrent à l'empereur de le renvoyer dans les Gaules, comme un homme qui semait partout la discorde et troublait la paix de l'Orient. Leurs vœux furent exaucés : le saint évêque fut renvoyé dans sa patrie, l'an 360 de Jésus-Christ. On ne révoqua pas toutefois la sentence qui l'avait d'abord exilé. L'empereur ne voulut point paraître avoir reconnu son innocence. Il faut avouer que des défenseurs de la vérité aussi incorruptibles, embarrassent singulièrement les despotes et les courtisans; mais rien de plus digne d'admiration que cet invincible docteur, que rien ne peut forcer à se décourager et à se rendre, et dont le courage et les lumières deviennent plus gênants dans l'exil que chez lui.

Cet arrêt de l'empereur fut reçu du Saint avec des sentiments bien contraires; car, d'une part, la joie de revoir encore une fois ses chers enfants et ses ouailles dilatait son cœur, et de l'autre, il était extrêmement affligé de se voir frustré de l'occasion du martyre qu'il se promettait d'obtenir à la suite de son exil. Néanmoins, il fallut obéir aux ordres, non pas tant de l'empereur que de la divine Providence qui fit bien voir, par des miracles, combien ce retour lui était agréable. En effet, lorsqu'il eut abordé par mer, en l'île appelée Gallinaria, qui était alors inhabitable aux hommes, parce qu'elle servait de repaire à une multitude de serpents extrêmement venimeux, tous ces animaux se retirèrent en la présence du Saint dès qu'il mit pied à terre, fuyant devant lui comme s'il fût venu les chasser au nom de Jésus-Christ; car, ayant fiché son bâton en un certain endroit de l'île, qu'il leur donna pour borne, il commanda à ces serpents de ne point passer outre, ce à quoi ils obéirent. C'est de cette île Gallinaria que saint Martin, qui était déjà son disciple, l'alla chercher à Rome, sur le bruit qu'il revenait en France; mais apprenant qu'il était plus loin, il le suivit jusqu'à Poitiers, où il profita si bien, une seconde fois, sous la discipline d'un si bon maître, qu'on l'a vu depuis paraître comme un grand prodige de sainteté dans l'Église de Dieu.

Il n'est pas aisé de décrire avec quelle allégresse le saint prélat fut reçu par tous les ordres du clergé de l'Église de France : « Ce fut alors », dit saint Jérôme, « que la France embrassa son grand Hilaire, revenant victorieux de la défaite des hérétiques et la palme à la main ». Dieu même honora son retour par des miracles bien remarquables. Un enfant étant mort sans baptême, le Saint ému par les prières et les larmes de ses parents, lui rendit la vie du corps et y ajouta celle de l'âme, miracle que rappelle un monument de sculpture conservé jusqu'à nos jours par la dévotion reconnaissante de la cité.

Hilaire avait eu pour professeur Héliodore, prêtre de Poitiers, d'origine grecque sans doute, et qui, y professant l'éloquence et la poésie, fut consulté par saint Hilaire sur certains passages d'Origène. Celui qui devait être un de nos plus savants évêques n'était pas assez familier avec la langue du célèbre théologien, et trouva dans Héliodore un aide éclairé, dont les mêmes goûts firent bientôt son ami fidèle aussi bien que son guide assidu. Saint Jérôme croit devoir leur attribuer en commun quelques-uns des travaux littéraires du grand prélat. Ce qui est certain, c'est qu'il ne faut attribuer qu'au professeur le traité *De l'origine des choses*, où il combat pour le principe de l'unité de Dieu, auteur de tout bien et jamais d'aucun mal, les opinions des Manichéens d'alors, voire et par concomitance celle des Panthéistes de notre temps. Mais ce qui ne doit pas être moins intéressant à nos yeux, c'est qu'Hilaire lui-même, avant de donner des preuves écrites de cette sublime doctrine qui devait dicter ses livres de controverse, avait eu à lutter publiquement, à titre de professeur, dans l'école où s'exerçaient les docteurs de Poitiers. Il n'était pas rare, dans ces temps où les lettres étaient en aussi grand honneur que la fortune, de voir s'appliquer à cette belle œuvre de l'enseignement les personnages les plus élevés.

C'est chose douteuse s'il se livra à ce professorat avant ou après sa parfaite conversion; toujours est-il que c'est après son mariage, car, cette union l'ayant fait encore « croître en bien et renommée, de tous pays venoient gens à Poictiers pour ouyr sa sapience ».

Mais tout porte à croire que cette tâche laborieuse lui aura paru une œuvre de prosélytisme très-conforme au zèle chrétien recommandé à chacun par le divin Maître en qui seul il avait trouvé « la voie, la vérité et la vie ». C'était un moyen actif et fécond de garder contre la grande hérésie de l'époque un auditoire attiré par cette éloquence docte et énergique dont l'activité s'était formée aux plus belles sources de son temps; car il est certain que sa jeunesse, pendant laquelle sa position et ses richesses l'engagèrent peu à briguer les places et les honneurs, se passa en études sérieuses qui protégèrent la gravité de sa conduite et la pureté de ses mœurs.

Dieu avait procuré à ce saint homme une épouse digne de lui et dont il eut une fille unique nommée Abra; ce qui nous montre que cette femme dont nous ignorons le nom était très-versée dans tout ce qui touche à la piété, c'est que saint Hilaire écrivant à sa fille du fond de son exil, pour l'exhorter à demeurer vierge, lui dit d'interroger sa mère pour les pensées qu'elle ne comprendrait pas. Ces deux époux travaillaient de concert à se sanctifier et à donner comme une seconde naissance à leur fille, en lui inspirant des mœurs pures et en lui apprenant l'obéissance à la loi de Dieu. Ainsi vivait saint Hilaire, libre pour le service de Dieu dans les liens du mariage, très-instruit dans tous les genres de science, d'une vie qui était la probité, la pureté même, d'une foi intègre et constante, brûlant du zèle des âmes, orné de toutes les autres qualités que saint Paul exige pour un évêque, lorsque tout le peuple, d'un commun accord, ou plutôt l'esprit de Dieu dont ce peuple n'était que l'organe, le demanda pour évêque, en la place de Maxence, frère de saint Maximin de Trèves.

C'était vers l'an 353, quelques années avant son exil. Sa femme vivait encore, mais l'Église prenait alors souvent parmi les personnes mariées ses ministres qui sans cela n'auraient pas été nombreux. On les obligeait toujours à se séparer de leurs femmes, particulièrement à Rome, en Égypte et en Orient: en ayant encore commerce avec elles, ils devenaient adultères. Ce qui fut comme l'âme de l'illustre épiscopat de saint Hilaire, ce furent les nobles sentiments qu'il avait sur cette dignité. Plus tard, lorsqu'il voulut rappeler à l'empereur qu'il méritait quelque considération à ses yeux, il ne trouva rien de plus fort à lui dire que ces mots: « Je suis évêque » : *episcopus ego sum*. Il considérait l'évêque comme le « prince parfait de l'Église, lequel doit posséder dans leur perfection les plus grandes vertus ». Dans un évêque, l'innocence de la vie ne suffit pas sans la science, et sans la sainteté la plus grande science ne suffit pas davantage; en effet, comme il est institué pour l'utilité des autres, à quoi leur sert-il, s'il ne les instruit, et ses instructions ne seront-elles pas stériles, si elle ne sont pas d'accord avec sa vie? Saint Hilaire veut donc que dans le prêtre la probité et la science se prêtent un mutuel secours : « Qu’il orne sa vie en prêchant; qu’il orne sa prédication en vivant; car innocent, il n’est utile qu’à lui seul, s’il n’est pas instruit et savant; sa science n’a aucune autorité, s’il n’est pas innocent ». Mais c’est surtout des évêques qu’il exige « une foi qui ne soit pas toute nue et privée des armes de la raison, mais qui puisse lutter constamment et sûrement » contre les attaques des hérétiques qui combattent armés de toutes les sciences humaines; une foi qui puisse autant l’emporter sur la sagesse du siècle, que les choses divines l’emportent sur les choses humaines, « afin que, autant il y a de distance entre les choses divines et les humaines, autant la raison céleste (dont l’évêque est le défenseur), surpasse toutes les sciences terrestres; une foi, enfin, qui sache instruire les peuples confiés à ses soins, dans tous les devoirs du chrétien, et les prémunir contre les bouches qui prêchent le mal ». Tel fut l’épiscopat de saint Hilaire, comme nous allons le voir.

Ce qu’il croyait pour lui-même, lorsqu’il n’était chargé que de son propre salut, il le prêcha à son peuple dès qu’il fut chargé du salut des autres. Il commença l’instruction de son peuple par l’exposition de l’évangile de saint Matthieu. Ce ne fut pas sans raison, car le Nouveau Testament est caché dans l’Ancien, et l’Ancien manifesté dans le Nouveau. Si l’on veut aller du mieux connu au moins connu, il est bon de commencer par le Nouveau Testament, dont le premier livre est l’évangile selon saint Matthieu. Saint Hilaire nous a laissé des commentaires sur l’évangile de saint Matthieu, qu’il donna d’abord à son peuple de Poitiers, du haut de la chaire, avant de les publier : car il y suit plus la marche de l’orateur que de l’interprète; il n’explique point chaque mot, mais il omet certains passages, passe rapidement sur quelques-uns pour s’étendre longuement sur d’autres, il s’attache moins à expliquer le sens de la lettre qu’à développer nos mystères, ce qu’il jugeait plus utile et plus agréable à son peuple. On a plusieurs raisons, trop longues à rapporter ici, de croire que saint Hilaire composa cet ouvrage dans les premières années de son épiscopat et avant l’année 356. Saint Jérôme estimait beaucoup cet ouvrage; il l’envoya à quelques personnes qui lui avaient demandé des commentaires sur l’Écriture sainte; il l’avait apparemment copié de sa main, étant à Trèves, avec les commentaires sur les psaumes du même docteur. De saint Matthieu, saint Hilaire passa à saint Jean, qui a spécialement écrit pour affirmer la divinité de Jésus-Christ.

Mais il est temps de voir son plus beau titre de gloire, la manière héroïque dont il combattit un des plus grands fléaux qui aient désolé le monde, l’arianisme, dont nous ferons plus loin l’histoire depuis son origine jusqu’à l’époque où saint Hilaire entra dans la lice. Je dois seulement dire ici que cette hérésie, après avoir jeté la discorde en Orient, après avoir fait plusieurs fois déposer et exiler saint Athanase, l’évêque d’Alexandrie, cet invincible champion de la foi catholique, se répandait alors en Occident sous la protection de l’empereur Constance. Presque tous les évêques d’Occident montrèrent bien plus de courage que les Orientaux : ils proclamèrent l’innocence d’Athanase et excommunièrent les chefs de l’arianisme, entre autres, Ursace de Singidon, et Valens de Mursie; puis ils envoyèrent à l'empereur Constance une députation pour demander que les évêques exilés pour la foi fussent rappelés, et que désormais l'autorité séculière ne se mêlât plus des affaires religieuses. L'empereur Constance, honteux du rôle que les Ariens et les Semi-Ariens (ou Eusébiens) lui faisaient jouer, devint plus juste et rappela Athanase sur son siège. (349). Mais comme il était aussi faible que tyrannique, il se laissa persuader de nouveau par les Ariens, qui le flattaient et lui disaient sans cesse, qu'Athanase en défendant l'Église attaquait l'Empire. C'est vers cette époque qu'Hilaire commença à se montrer l'Athanase de l'Occident. Constance, se trouvant à Arles (353), y tint un concile, dans lequel il ordonna de souscrire à l'hérésie arienne et à la condamnation de saint Athanase.

Paulin, évêque de Trèves, ayant résisté à ces ordres, fut condamné par les Ariens et exilé par Constance. On ignore les autres détails de ce conciliabule; il fut le commencement des maux apportés dans l'Occident par l'hérésie arienne, qui avait pour protecteur un despote, et pour agents un Ursace, un Valens, un Saturnin, évêque d'Arles; ce dernier, corrompu dans l'esprit et dans les mœurs, emporté et factieux, tyrannisait les Gaules avec tous les moyens de terreur dont Constance lui laissait la disposition.

Dans un autre concile, à Milan (335), l'empereur mit tout en œuvre pour détruire la foi de Nicée et extorquer aux évêques la condamnation d'Athanase. Les légats du Saint-Siège osèrent lui représenter qu'il était contraire aux « lois » de l'Église de condamner un absent sans l'entendre. — « Les lois », répliqua Constance, ce sont mes « volontés ». Mais les légats ayant plus d'horreur de cette maxime que de tous les supplices, se laissèrent condamner à l'exil plutôt que de trahir la cause de la justice et de l'innocence. D'autres évêques demandèrent à être enveloppés dans la même sentence. Il est difficile de savoir si saint Hilaire assista à ce concile: mais rien de plus connu et de plus éclatant que son opposition à la violence, à l'injustice et à l'erreur. Il eut pu vivre en repos dans son église de Poitiers, au milieu de tous les avantages de la faveur impériale; Constance eut même honoré de son amitié un prélat si éminent, il l'eut entouré de considération et rendu tout-puissant; le saint docteur n'avait qu'à se soumettre à la volonté impériale et à laisser à d'autres le soin de défendre la vérité évangélique; peut-être même lui eût-il suffi de se taire, et plus d'un prétexte se serait offert à lui pour colorer sa conduite auprès de son peuple. Mais toutes ses espérances étaient dans le ciel, et la charité l'unissant à Dieu par des liens indissolubles, il n'était rien sur la terre dont le désir ou la crainte pût l'en séparer; il n'hésita jamais sur le parti qu'il devait prendre, il dit toujours intrépidement : « J'adhère au nom de Dieu et de mon Seigneur Jésus-Christ, dût une telle confession m'attirer tous les maux; je repousse la société des méchants et le parti des infidèles, quand même ils m'offriraient tous les biens ». Ayant pris cette inébranlable résolution, il entreprit d'arrêter l'Occident sur le penchant de l'erreur: car beaucoup, effrayés par les menaces, trompés par les intrigues et les ruses, étaient entrés en communion avec les Ariens, au concile de Milan. L'hérésie se répandait comme une contagion.

Notre Saint s'adressa d'abord à l'empereur; c'est du moins l'opinion la plus commune qu'il faut rapporter à cette époque son premier livre à Constance.

C'est une requête apologétique tendant à ce que ce prince accordât aux catholiques la liberté d'exercer leur religion avec leurs évêques. Il proteste que l'empereur n'a à craindre de la part des catholiques aucune sédition, ni même aucun murmure dangereux; que les Ariens seuls troublent la paix publique par les violences qu'ils emploient pour imposer leurs erreurs. Les catholiques ne demandent que la liberté commune; qu'on leur rende leurs évêques exilés, et qu'il soit permis à chacun d'entendre la parole de Dieu de la bouche de qui il voudra. Si l'empereur voulait user de contrainte pour établir la véritable religion, comme on le fait pour l'arianisme, les évêques catholiques l'en détourneraient, ils lui diraient que Dieu est le maître de l'univers, qu'il n'a point besoin d'une soumission forcée, et qu'il n'exige point une confession qui a pour principe la violence. Cette requête n'eut point un plein succès; toutefois, d'après Baronius, il faut considérer comme un de ses fruits une loi de Constance, datée, dans le code théodosien, du IXe des calendes d'octobre, sous le consulat d'Arbiton et de Lollien, c'est-à-dire du 23 septembre de l'an 355: elle renvoie aux évêques la connaissance des causes de leurs confrères, et défend d'en traduire aucun devant les tribunaux séculiers.

En même temps, Hilaire et la plupart des évêques des Gaules, dont il était le chef, se séparèrent de la communion de Saturnin, d'Ursace et de Valens, et ils accordèrent aux autres qui étaient entrés dans le parti de ces Ariens le pardon de leur faute, pourvu qu'ils s'en repentissent et que l'indulgence qu'ils leur accordaient fût approuvée par les confesseurs exilés pour la foi.

Saturnin et ceux de sa faction, ne pouvant souffrir de se voir flétris par un décret que les évêques des Gaules avaient rendu public, les obligèrent de se trouver à un concile qu'ils tinrent à Béziers (356), et auquel il y a apparence que Saturnin présida. Saint Hilaire s'y rendit, avec son intrépidité ordinaire, et dans cette assemblée d'ennemis et d'Ariens, offrit de réfuter, séance tenante et de vive voix, leur erreur. Mais les hérétiques, qui craignaient de se voir confondues publiquement, ne voulurent point qu'il fût écouté. Saturnin envoya à Constance une fausse relation de ce qui s'était passé dans ce concile, et quoique saint Hilaire s'en plaignît et que Julien, César des Gaules, fût témoin de la vérité, les calomnies des Ariens l'emportèrent. On ne sait de quel crime ils l'accusaient, mais saint Hilaire marque assez clairement dans son deuxième livre à Constance, qu'il s'agissait d'une action indigne non-seulement d'un évêque, mais encore d'un laïque de bonnes mœurs. Il fut exilé en Phrygie avec saint Rhodane, évêque de Toulouse qui, naturellement moins vigoureux qu'Hilaire, ne se soutenait contre les ennemis de l'Église que par son union avec lui. Notre Saint, avec la joie des Apôtres et des martyrs lorsqu'ils avaient à souffrir quelque chose pour Jésus-Christ, se rendit dans le lieu de son exil, où l'attendait une belle mission et de grandes victoires: Dieu portait ce flambeau en Orient pour y dissiper les ténèbres de l'arianisme. Il ne cessa point d'ailleurs pour cela d'être l'âme des églises de la Gaule: car les évêques catholiques de ces contrées ne permirent pas qu'on mît personne en sa place sur le siège de Poitiers: le grand docteur continua d'être en relation avec eux et de gouverner son église; il fut bien affligé du triste état où il trouva les églises de l'Asie: il nous assure, dans un de ses livres, qu'il trouva à peine dans les provinces où on l'avait relégué, un évêque qui connut Dieu et conservât quelque reste de la vraie foi. Il s'imposa en ces circonstances deux devoirs qui indiquent la conduite la plus sage et la plus raisonnable : il s'appliqua d'abord à se tenir très-ferme dans la confession de Jésus-Christ; ensuite à ne rejeter aucun accommodement ni aucun moyen honnête et raisonnable de pacifier les choses. C'est pourquoi, il usa de beaucoup de ménagement dans les écrits qu'il fit alors, craignant que s'il y déployait plus de force, on ne l'attribuât plus au ressentiment qu'à l'amour de la vérité. Il poussa même la condescendance jusqu'à prier, parler avec les hérétiques, et leur donner le salut et la paix. Cette indulgence lui coûtait peu : car son exil, loin de l'irriter contre ses ennemis, lui était au contraire très-agréable, puisque c'était le triomphe de la vérité. Il se réjouissait de voir s'accomplir en lui la prophétie de l'Apôtre : « Il existera un temps où l'on ne pourra supporter la vraie doctrine ». En effet, l'iniquité montrait, en exilant ces courageux évêques, qu'elle ne pouvait souffrir aucune contradiction, qu'elle craignait la lumière, qu'elle ne consultait d'autre justice que ses désirs. « Que mon exil dure toujours », disait-il, « pourvu que la vérité soit enfin prêchée. Les ennemis de la vérité peuvent bien exiler ses défenseurs, mais elle, la vérité, croient-ils l'exiler en même temps ? En exilant mon corps, ont-ils pu enchaîner aussi et détenir la parole de Dieu ? Si je suis trop loin de mon troupeau pour lui parler de ma bouche, je n'en serai pas moins évêque de mon église. La distance ne m'empêche pas d'être en relation et en communion avec les évêques des Gaules, et du fond de la Phrygie j'exerce toujours mon ministère à Poitiers, je distribue toujours la communion à mes diocésains par la main de mes prêtres. On se trompe si l'on croit m'avoir imposé silence : je parlerai par des livres et la parole de Dieu, que nul ne peut vaincre, s'envolera libre ». Le premier ouvrage qu'il composa ainsi dans son exil, pour démasquer l'erreur et défendre la vérité, fut son *Traité de la Trinité*.

« Il est divisé en douze livres. Le Saint y prouve de la manière la plus solide la consubstantialité du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Il enseigne que l'Église est une, et que tous les hérétiques sont hors de son sein; qu'elle est distinguée de leurs différentes sectes en ce que, conservant toujours son unité, elle les combat et les confond toutes, quoique seule contre elles; qu'elle trouve la matière de ses plus beaux triomphes dans les divisions perpétuelles qui règnent entre les partisans de l'erreur. Il fait voir ensuite que l'arianisme ne peut être la vraie doctrine, puisqu'elle n'a point été révélée à Saint-Pierre, choisi pour être le fondement inébranlable de l'Église jusqu'à la consommation des siècles; à saint Pierre, dont la foi sera indéfectible, parce que Jésus-Christ a prié pour qu'elle ne faillît jamais; à saint Pierre, qui a reçu les clefs du royaume du ciel, et dont Dieu ratifie les jugements, quoique portés sur la terre ». Il présente encore ailleurs les mêmes arguments. C'est qu'en effet ils sont décisifs, et qu'il est difficile à l'hérésie d'en éluder la force. L'article de la divinité de Jésus-Christ est aussi traité avec une supériorité de lumière qui ne laisse aucune ressource aux Ariens. Le saint docteur la démontre par les miracles opérés aux tombeaux des Apôtres et des Martyrs, ainsi que par la vertu de leurs reliques; il la démontre encore par des faits éclatants et miraculeux que l'on ne peut révoquer en doute sans renoncer aux premiers principes, surtout par les affreux rugissements que poussaient les démons, forcés de fuir en la présence des sacrés ossements de ceux qui avaient répandu leur sang pour Jésus-Christ ! ».

Saint-Hilaire avait écrit plusieurs fois, de divers lieux, aux évêques des Gaules, et il n'avait point reçu de réponse. Il craignit que ce silence ne fût affecté et qu'ils ne fussent tombés dans l'erreur comme tant d'autres; ainsi, il avait résolu de se taire aussi de son côté et de n'avoir plus de communication avec eux, après les avoir avertis plusieurs fois, selon les préceptes de Notre-Seigneur. Quelle ne fut donc pas sa consolation lorsqu'il reçut enfin de leurs lettres et connut que s'ils ne lui avaient pas écrit plus tôt, c'est qu'ils ne savaient pas où il était. Il apprit avec une extrême joie qu'ils avaient conservé la pureté entière de la foi, qu'ils étaient demeurés unis à lui en esprit et avaient rejeté la communion de Saturnin, l'auteur de son exil; que depuis peu, comme on leur avait envoyé la deuxième profession de foi dressée à Sirmium par les Ariens, en 357, ils l'avaient non-seulement rejetée, mais expressément condamnée. Ils le priaient aussi de leur expliquer nettement quelle était la foi des Orientaux sur la divinité du Fils de Dieu et ce que voulaient dire tant de différentes confessions de foi qu'ils avaient dressées depuis le Concile de Nicée.

Le saint exilé répondit aux évêques des Gaules par son traité des Synodes, où il réconcilie l'Orient et l'Occident catholique; car les évêques d'Occident accusaient les Orientaux d'arianisme, et ceux-ci, les premiers du Sabellianisme. Saint Hilaire explique les différentes formules de foi que les Orientaux avaient faites depuis le Concile de Nicée, afin de montrer aux Occidentaux qu'elles étaient bonnes ou du moins tolérables, et qu'ils ne devaient pas regarder comme Ariens ceux qui les recevaient. Il les prie de juger eux-mêmes de ces formules dont ils lui avaient demandé l'explication et de suspendre leur jugement jusqu'à la fin de son écrit. Ce n'est pas qu'il se fasse garant de l'orthodoxie de toutes ces formules : il les transmet en invitant les évêques des Gaules à les juger avec modération et à tenir compte des circonstances dans lesquelles on les a faites; car, en Orient, « tout est plein de scandales, de schisme, d'infidélité. Que vous êtes heureux, vous », dit-il aux évêques des Gaules, « d'avoir conservé dans sa pureté la foi apostolique, d'avoir ignoré jusqu'ici ces professions écrites et de vous être contentés de professer de bouche ce que vous croyez de cœur ! » Il explique ensuite les termes dont l'ambiguïté rendait suspecte aux Orientaux la foi des Occidentaux, pour les inviter les uns et les autres à ne pas se soupçonner pour les mots, puisque tous semblent s'entendre sur la chose.

Saint Hilaire avait aussi reçu une lettre d'Abra, sa fille, probablement par la même voie que celles des évêques des Gaules. Cette lettre n'est point venue jusqu'à nous, et nous n'en connaissons pas le contenu; soit qu'elle y apprit à son père qu'elle était recherchée en mariage par un homme de condition, soit que saint Hilaire le sût d'ailleurs, il crut devoir la porter à ne prendre point d'autre époux que Jésus-Christ. Nous avons la lettre où il lui donne ce conseil, et c'est sans raison que quelques critiques ont voulu la faire passer pour une pièce supposée et peu digne de la gravité de ce saint évêque. Si le style n'en est pas aussi relevé que dans ses autres écrits, c'est que la matière ne le demandait point et qu'il y parlait à une jeune fille de douze à treize ans, avec laquelle la qualité de père lui permettait en quelque sorte de bégayer. Saint Hilaire eut l'occasion d'envoyer cette lettre avec le livre des Synodes, adressé aux évêques des Gaules. Il marquait à cette chère enfant que si elle était assez généreuse pour ne pas désirer un époux mortel, des habits magnifiques et tout ce qui flatte la vanité des mondains, elle recevrait de Jésus-Christ une perle infiniment précieuse dont elle ne pouvait pas même se former une idée. Toutefois, il lui donne de simples conseils, il ne lui manifeste que ses désirs, ne lui imposant sur ce point aucune nécessité. Mais il lui demande une réponse et veut qu'elle la fasse sans le secours de personne. Il lui annonce en même temps qu'il lui envoie deux hymnes, une pour le matin et l'autre pour le soir, et il ajoute que si elle trouve quelque chose de difficile à entendre, soit dans ces hymnes, soit dans sa lettre, elle en demande l'explication à sa mère. Fortunat nous apprend que de son temps (VIe siècle), l'original de cette lettre se gardait soigneusement dans l'église de Poitiers. Abra suivit le conseil de son père et mourut saintement, comme nous le rapporterons bientôt.

Cependant, deux conciles avaient été convoqués, dans des vues perfides, par l'empereur (359). L'un se tint à Rimini, en Italie, où plusieurs prélats, même des plus saints et des meilleurs, après saint Hilaire, comme Phébade d'Agen, et Servais de Tongres, furent trompés par les artifices et les propositions captieuses des Ariens; l'autre, à Séleucie (360), métropole de l'Isaurie, composé de semi-Ariens en majorité, d'un certain nombre d'Ariens et d'une quinzaine de catholiques. Saint Hilaire s'y trouva par une disposition particulière de la Providence. Quoiqu'il n'y eût aucun ordre particulier pour lui, toutefois, sur l'ordre général d'envoyer tous les évêques au concile, le vicaire du préfet du prétoire et le gouverneur de la province l'obligèrent à s'y trouver et lui fournirent les moyens de se rendre à Séleucie. Pendant ce voyage, il s'arrêta un dimanche dans une petite ville et entra dans l'église des catholiques, à l'heure où le peuple y était assemblé. Tout à coup, du milieu de la foule, s'élance une jeune fille qui, éclairée d'une lumière surnaturelle, a reconnu le saint Docteur, se jette à ses pieds et lui demande sa bénédiction, puis le baptême, qu'elle reçut quelques jours après. Son père, Florent, sa mère et toute sa famille profitèrent aussi du passage de notre Saint qui les régénéra dans l'eau du baptême. Florence suivit son père spirituel, à son retour en France, et devint, sous sa sage conduite, une sainte honorée à Poitiers, le premier de décembre.

À son arrivée, il fut reçu très-favorablement et attira l'attention de tout le monde. On lui demanda tout d'abord quelle était la croyance des Gaulois, car les Ariens les avaient rendus suspects de ne reconnaître la Trinité que dans les noms, comme Sabellius. Il expliqua sa foi conforme au concile de Nicée et rendit aux Occidentaux le témoignage qu'ils tenaient absolument la même croyance. Ainsi, ayant levé tous les soupçons, il fut admis à la communion des évêques et reçu dans le concile. Il eut la douleur d'y entendre sortir des blasphèmes horribles de la bouche des Ariens, esprits sans énergie et sans décence, hardis contre Dieu, esclaves devant le regard des maîtres de la force, donnant à l'empereur l'attribut d'éternel, qu'ils refusaient au Fils de Dieu. Il frémit d'horreur en entendant dire à l'un deux, qui était venu pour le sonder, que Jésus-Christ est dissemblable à Dieu, parce qu'il n'est ni Dieu, ni né de Dieu, et il se refusa à croire que ce fût là leur sentiment, jusqu'à ce qu'ils le déclarèrent publiquement dans le concile. Les semi-Ariens condamnèrent même ces impies et les déposèrent.

Mais ceux-ci en appelèrent à Constance : les uns et les autres allèrent à Constantinople, comme si Notre-Seigneur avait dit à ses Apôtres : « Lorsque vous serez embarrassés sur quelque point de la doctrine que je vous ai chargés d'enseigner, allez demander la solution aux Césars ». Saint Hilaire accompagna ce triste concile à la cour, non pour en partager la servitude, mais pour défendre la vérité et savoir ce que l'on voulait faire de sa personne. Il y vit la vérité opprimée par les Ariens de Rimini réunis à ceux de Séleucie : ces hérétiques, se voyant en nombre dans la capitale même d'un empire qui mettait son glaive et ses tortures à leur disposition, crurent l'occasion favorable pour tenir un concile de leur façon (360). On y disputa de la foi, c'est-à-dire qu'on l'ébranla jusque dans ses fondements. Mais le grand athlète de la foi était là : saint Hilaire adressa à l'empereur une requête dans laquelle se justifiant des chefs d'accusation que Saturnin avait formés contre lui, et défendant l'autorité de l'Église, il demanda deux choses : premièrement de conférer avec l'auteur de son exil, Saturnin, évêque d'Arles, qui se trouvait alors à Constantinople et laisse à l'empereur le choix du lieu et de la manière dont se devrait faire cette conférence; secondement, que l'empereur lui accorde une audience dans laquelle il lui soit permis de traiter la matière de la foi selon les Écritures, en sa présence, devant tout le concile qui en disputait alors et à la vue de tout le monde. « Je le demande », dit-il, « non pas tant pour moi que pour vous et pour les Églises de Dieu. J'ai la foi dans le cœur et n'ai pas besoin d'une profession extérieure; je garde ce que j'ai reçu; mais souvenez-vous qu'il n'y a point d'hérétique qui ne prétende que sa doctrine est conforme aux divines Écritures ». Parlant des variations continuelles des Ariens, il raille finement cette multitude de symboles contradictoires qu'ils forgeaient continuellement. « L'année dernière », ajouta-t-il, « ils en ont produit quatre : la foi n'est plus la foi des Évangiles, mais la foi des temps, ou plutôt il y a autant de sortes de foi que de volontés, autant de diversité dans la doctrine que dans les mœurs, autant de blasphèmes que de vices. Les Ariens font paraître tous les ans, et même tous les mois, de nouveaux symboles pour détruire les anciens et anathématiser ceux qui y adhèrent ». Il indique le remède à cette plaie : « Comme pendant les tempêtes d'hiver », dit-il, « le seul moyen de se sauver est de retourner au port d'où l'on est sorti, de même aussi, il n'y a pas, pour se tirer de l'embarras et du désordre que causent toutes ces différentes formules de foi, d'autre moyen que de retourner dans le port de la foi en laquelle nous avons été baptisés ». Les Ariens n'osèrent accepter le défi de saint Hilaire : pour se délivrer de ce terrible adversaire, ils persuadèrent à l'empereur de le renvoyer dans les Gaules, comme un homme qui semait partout la discorde et troublait la paix de l'Orient. Leurs vœux furent exaucés : le saint évêque fut renvoyé dans sa patrie, l'an 360 de Jésus-Christ. On ne révoqua pas toutefois la sentence qui l'avait d'abord exilé. L'empereur ne voulut point paraître avoir reconnu son innocence. Il faut avouer que des défenseurs de la vérité aussi incorruptibles, embarrassent singulièrement les despotes et les courtisans; mais rien de plus digne d'admiration que cet invincible docteur, que rien ne peut forcer à se décourager et à se rendre, et dont le courage et les lumières deviennent plus gênants dans l'exil que chez lui.

Cet arrêt de l'empereur fut reçu du Saint avec des sentiments bien contraires; car, d'une part, la joie de revoir encore une fois ses chers enfants et ses ouailles dilatait son cœur, et de l'autre, il était extrêmement affligé de se voir frustré de l'occasion du martyre qu'il se promettait d'obtenir à la suite de son exil. Néanmoins, il fallut obéir aux ordres, non pas tant de l'empereur que de la divine Providence qui fit bien voir, par des miracles, combien ce retour lui était agréable. En effet, lorsqu'il eut abordé par mer, en l'île appelée Gallinaria, qui était alors inhabitable aux hommes, parce qu'elle servait de repaire à une multitude de serpents extrêmement venimeux, tous ces animaux se retirèrent en la présence du Saint dès qu'il mit pied à terre, fuyant devant lui comme s'il fût venu les chasser au nom de Jésus-Christ; car, ayant fiché son bâton en un certain endroit de l'île, qu'il leur donna pour borne, il commanda à ces serpents de ne point passer outre, ce à quoi ils obéirent. C'est de cette île Gallinaria que saint Martin, qui était déjà son disciple, l'alla chercher à Rome, sur le bruit qu'il revenait en France; mais apprenant qu'il était plus loin, il le suivit jusqu'à Poitiers, où il profita si bien, une seconde fois, sous la discipline d'un si bon maître, qu'on l'a vu depuis paraître comme un grand prodige de sainteté dans l'Église de Dieu.

Il n'est pas aisé de décrire avec quelle allégresse le saint prélat fut reçu par tous les ordres du clergé de l'Église de France : « Ce fut alors », dit saint Jérôme, « que la France embrassa son grand Hilaire, revenant victorieux de la défaite des hérétiques et la palme à la main ». Dieu même honora son retour par des miracles bien remarquables. Un enfant étant mort sans baptême, le Saint ému par les prières et les larmes de ses parents, lui rendit la vie du corps et y ajouta celle de l'âme, miracle que rappelle un monument de sculpture conservé jusqu'à nos jours par la dévotion reconnaissante de la cité.

Voici un miracle bien différent et plus extraordinaire encore. Saint Hilaire trouva sa fille Abra, dont nous avons parlé, dans l'état de vierge qu'il lui avait conseillé. Craignant que le souffle du monde ne ternît cette fleur si pure et si fragile, il pria Dieu pour elle avec ferveur, demandant qu'elle fût cueillie pour le ciel, s'il le fallait, plutôt que flétrie. Notre-Seigneur le prit au mot : il envoya à sa fille la mort la plus douce; ce tendre père eut la consolation de lui fermer les yeux, d'ensevelir son corps et de mettre pour ainsi dire de ses propres mains son âme dans le ciel. L'église de Poitiers l'honore comme une Sainte, le 13 décembre. Sa femme, qui vivait encore, jalouse, pour ainsi dire, du bonheur de sa fille, et brûlant de la revoir, pria son saint mari de lui obtenir la même faveur; il y consentit, et eut ainsi, je dirai la joie pour un si saint évêque plutôt que la douleur, de se voir précéder dans la céleste patrie, par les deux plus chers objets, après Dieu, de son amour. Ainsi aiment les saints. Leurs plus légitimes affections se rapportent à Dieu, et ils n'en possèdent en ce monde que pour les lui sacrifier en vue de l'autre.

À peine Hilaire fut-il rétabli sur son siège, qu'il mit la main à l'œuvre pour laquelle la Providence le ramenait; les mesures violentes et les pièges employés avec persévérance par l'empereur avaient arraché, même aux évêques catholiques du concile de Rimini, l'adoption d'un symbole équivoque, auquel le pape Libère, Vincent de Capoue et Grégoire d'Elvire opposèrent une invincible résistance. Alors, s'écrie saint Jérôme, l'univers gémit et s'étonna d'être Arien. Il s'agissait de relever ces ruines : Hilaire l'entreprit, non sans inquiétude sur le moyen qu'il fallait employer. La plupart de ses confrères voulaient absolument retrancher de leur communion tous ceux qui avaient souscrit le formulaire de Rimini. Mais il aima mieux suivre, comme avaient fait saint Cyprien de Carthage, saint Corneille de Rome et d'autres pasteurs charitables de l'Église, l'avis que donne l'Apôtre à ceux qui sont demeurés fermes, de corriger avec douceur ceux qui sont tombés. Il tendit donc la main à tous ceux qui voulurent se relever. Il assembla pour ce sujet divers conciles dans les Gaules, où la plupart des évêques qui avaient été trompés, intimidés ou corrompus, reconnurent leur faute avec humilité. On y condamna ce qui s'était fait à Rimini et l'on rétablit la foi de l'Église dans sa pureté, malgré l'opposition de Saturnin d'Arles, qui fut déposé sur le suffrage de tous les prélats et chassé de l'Église, après avoir été convaincu de plusieurs crimes énormes, outre celui d'hérésie (361). Hilaire mérita en cette circonstance le titre de Sauveur, de Père de la Patrie; car c'est lui qui délivra les Gaules des ténèbres et du poison de l'erreur, et fit comme renaître nos Églises à la vraie foi, d'autant plus qu'il nous a continué cette protection après sa mort. Lorsque 146 ans après, le premier roi chrétien des Francs, Clovis, marchait pour combattre l'arien Alaric, roi des Goths, il vit une grande lumière sortie de la basilique de Saint-Hilaire de Poitiers, s'avancer vers lui; il comprit alors que le Pontife, qui avait terrassé l'hérésie de son vivant, allait lui servir d'auxiliaire contre les bataillons hérétiques; en même temps une voix avertit le guerrier catholique de se hâter, dès qu'il aurait fait sa prière dans ce lieu vénérable, d'engager la bataille. Alors Clovis s'avança au-devant d'Alaric, plein de confiance en la protection céleste qui lui avait été promise; le succès couronna si bien ses efforts, qu'avant la troisième heure du jour, contre toute espérance humaine, il avait remporté une complète victoire. En célébrant ce triomphe, Fortunat dit qu'il sent bien (et c'est saint Hilaire lui-même qui lui inspire cette pensée) que le saint évêque, dans sa tombe ou plutôt dans le ciel, n'a pas moins de sollicitude pour la religion catholique que lorsqu'il vivait encore. Il faut faire dater de cette époque (361), où saint Hilaire fait d'héroïques efforts pour bannir l'arianisme des Gaules, son livre contre le médecin Dioscore; nous ne pouvons en parler, puisqu'il ne nous en reste plus que le titre transmis par saint Jérôme.

Il publia aussi son livre contre Constance; il l'avait composé en 360, lorsqu'on lui refusa, comme nous l'avons vu, à Constantinople, l'audience qu'il avait demandée avec beaucoup de soumission et de respect à l'empereur devant lequel il offrait de convaincre les Ariens d'erreur. Il crut alors qu'il n'avait plus rien à ménager avec Constance, et qu'il devait même dévoiler publiquement son impiété, afin qu'il cessât de se faire passer pour le protecteur de la religion, tandis qu'il en était seulement le protecteur de l'hérésie.

Le remède était violent, mais nécessaire, vu le malheur de ce temps, et le Saint nous assure qu'il l'employa, non pour sa propre cause qu'il avait toujours défendue avec modération, mais pour celle de Jésus-Christ; son dessein étant moins d'invectiver contre Constance que de défendre la doctrine de l'Église. En effet, uniquement attentif aux maux que ce prince avait faits à l'Église, il passe sous silence tous ses autres désordres. Il y en a qui ont censuré la dureté de ses expressions où il semblerait presque avoir oublié ses obligations comme sujet de l'empereur; mais il faut considérer que son langage était moins l'effet d'un zèle outré et excessif que de son amour pour la vérité et de l'ardeur de sa charité pour Dieu et son peuple. D'ailleurs, ses paroles ne sont pas plus fortes que celles que Jésus-Christ et le martyr saint Etienne ont employées contre les Juifs. On peut dire de saint Hilaire ce que saint Grégoire de Nazianze a dit de plusieurs grands personnages de ce temps-là : « Quelque pacifiques et modérés qu'ils soient d'ailleurs, il y a un cas où ils ne peuvent plus être doux et faciles, c'est lorsque le repos et le silence trahiraient la cause de Dieu; alors, ils sont tout à fait belliqueux, et dans la lutte ils se montrent hardis, intraitables; il se précipiteront plutôt au-delà des convenances, que de rester en-deçà de leur devoir ».

La mort surprit Constance avant que notre Saint eût pu lui adresser son éloquent écrit, 3 nov. 361.

Après avoir rétabli la foi catholique dans les Gaules, saint Hilaire passa en Italie (364) pour délivrer aussi cette contrée du fléau de l'hérésie. Il fut secondé dans cette entreprise par saint Eusèbe de Verceil et Philastrius de Brescia; ces grandes lumières vinrent à bout d'éclairer par la splendeur de leurs rayons l'Illyrie et l'Italie, et de bannir des pays les plus reculés et des coins les plus secrets, les ténèbres de l'erreur. Mais la plus grande part de cette gloire revient à saint Hilaire, parce que naturellement doux et pacifique et en même temps très-instruit, et possédant tout ce qu'il faut pour persuader, il réussissait plus vite et mieux. Au milieu de ces consolations, notre Saint rencontra deux grands sujets de tristesse qui étaient en même temps deux grands obstacles : Lucifer de Cagliari, jusque-là son ami, et comme lui, illustre défenseur de l'orthodoxie, ne se contenta pas de blâmer la douceur d'Hilaire, d'Athanase, du pape Damase et des autres évêques restés fidèles à la foi, qui pardonnaient aux évêques tombés dans l'arianisme, pourvu qu'ils se relevassent; il prétendit que c'était trahir la vérité et qu'il ne pouvait rester en communion avec ceux qui communiquaient, disait-il, avec des hérétiques : il fit un schisme où le suivirent quelques partisans, et les efforts de saint Hilaire et de ses collègues ne purent le ramener dans le giron de l'Église.

Ce qui n'affligeait pas moins saint Hilaire, c'était le triste état de l'église de Milan : Auxence, un des chefs de l'arianisme, qui en avait usurpé le gouvernement, la tenait sous l'oppression. Comment la délivrer de ce serpent, dont le poison était d'autant plus dangereux qu'il le cachait ? En effet, lorsque l'empereur Valentinien, qui paraissait résolu à réprimer la turbulence des Ariens, vint se fixer à Milan, vers le mois de novembre de l'an 364, Auxence le prévint contre saint Hilaire et saint Eusèbe, en disant qu'ils étaient des séditieux, des calomniateurs qui l'accusaient d'arianisme, quoiqu'il n'enseignât que la foi catholique. L'empereur, qui voulait établir la paix dans sa résidence, se laissa persuader par Auxence, et défendit par un édit pressant, à toute personne, de troubler l'Église de Milan. Saint Hilaire ne put souffrir qu'un empereur catholique, sous prétexte de paix et d'unité, livrât une illustre église à un hérétique. Au risque d'être importun, il entreprit de détromper ce prince par une requête, où il offrait de lui faire voir qu'Auxence était un blasphémateur, qu'il fallait le tenir pour un des plus grands ennemis de Jésus-Christ, que sa croyance n'était pas telle que le prince et tous les autres pensaient. Valentinien, touché de cette remontrance, ordonna qu'Hilaire et Auxence conférèrent en commun avec environ dix autres évêques, en présence du questeur et du grand-maître du palais. Auxence, obligé d'entrer en lice avec son terrible adversaire, eut d'abord recours à divers expédients pour éviter la question. Mais pressé par saint Hilaire, et voyant le danger qu'il y aurait à se déclarer contre la foi de Nicée, il prit le parti de feindre qu'il reconnaissait la divinité de Jésus-Christ, afin de conserver par ce moyen sa dignité et les bonnes grâces de l'empereur. Il donna même une profession de sa foi écrite en termes équivoques, avec lesquels il prévint Valentinien en sa faveur. Hilaire eut beau représenter que ce fourbe se jouait de Dieu et des hommes; l'empereur, voyant que l'évêque de Poitiers troublait la tranquillité dont il était bien aise de jouir, lui ordonna de sortir de Milan. Il obéit, ne pouvant rester dans cette ville contre les ordres du prince; comme il ne lui restait plus d'autre moyen de combattre pour la vérité, il publia un écrit, adressé à tous les évêques et à tous les peuples catholiques, dans lequel il découvre les mauvais sentiments et les fourberies d'Auxence, et conjure les catholiques de se séparer de sa communion.

Il était temps que le saint pasteur, ainsi tenu loin de son peuple par les intérêts de l'Église, lui fût enfin rendu, afin que sa présence le réjouît, que ses lumières l'instruisissent, et que ses exemples le formassent à la vraie piété. D'ailleurs, il était bien juste qu'il jouît lui-même, dans les dernières années de sa vie, de la paix que ses travaux et ses peines avaient tant contribué à procurer à l'Église. Quittant donc l'Italie vers la fin de l'année 364, il rentra à Poitiers et y reprit son ministère pastoral. Il continua d'expliquer à son peuple les saintes Écritures, et composa à cette occasion ses Commentaires sur les Psaumes. La méthode qu'il y suit est de développer également la lettre et l'esprit, le sens historique et le sens allégorique. Quoiqu'en travaillant à cette explication des Psaumes, il eût recours à la prière pour en obtenir l'intelligence, et que Dieu l'exauçât, comme il le reconnaît avec modestie et actions de grâces, cela ne l'empêcha point de profiter des travaux antérieurs, surtout des commentaires d'Origène qu'il sut s'approprier.

Quant au texte des Psaumes, il suivait la version latine, mais il avait souvent recours au grec et quelquefois même à l'hébreu. Cet ouvrage, qui a attiré l'attention de saint Jérôme et de saint Augustin, et dont le XXVe chapitre du livre de la Prédestination par Hincmar de Reims, est presque exclusivement composé, ne nous est pas parvenu en entier. En développant ainsi le sens des Psaumes, il voulait que le chant en fût plus utile et plus agréable; car il nous apprend lui-même que c'était l'usage de chanter ces odes sacrées, afin que les fidèles trouvasent dans ces chants et dans les cérémonies saintes les délassements et le plaisir que d'autres cherchent dans les spectacles et les vaines réjouissances du monde; et ailleurs, « que le jour, pour les catholiques qui récitent ou chantent Matines et Vêpres, commence par des prières à Dieu, et finisse par des hymnes à Dieu ». Il fit aussi, touchant la célébration des mystères, un recueil d'hymnes et de rites pieux qu'il avait rapportés des églises d'Orient. On peut dire de lui, en lui appliquant les paroles de saint Jérôme, que « sa main préparait la nourriture de l'âme, et que son esprit s'en repaissait par la lecture ». Il transcrivait lui-même les livres sacrés, comme nous le voyons par le testament de saint Perpét, évêque de Tours, qui laissait en 474, à Euphrone, évêque d'Autun, un livre des Évangiles qu'avait écrit autrefois Hilaire, évêque de Poitiers.

Toutes les branches de la religion catholique se développaient en fleurs et en fruits admirables, cultivées par un homme dont la vie était aussi sainte que son esprit était distingué. Nous l'avons déjà dit, sainte Florence d'un côté, saint Martin de l'autre s'avançaient à grands pas dans la voie de la perfection sous sa conduite. Saint Benoît, évêque de Samarie, avec le saint prêtre Vivence et quarante autres disciples, chassés de la Palestine par une persécution, vinrent chercher à Poitiers un guide et un consolateur. Saint Hilaire leur donna un de ses domaines, situé à une lieue de Poitiers, et nommé par les plus antiques historiens château Gravion. Les exilés s'y établirent; leurs grottes et leurs cellules furent le berceau de l'abbaye de Saint-Benoît de Quincey. Afin de prier plus efficacement sur le tombeau de sa femme et de sa fille, saint Hilaire y éleva une église, sous l'invocation de saint Jean et de saint Paul qui venaient de cueillir la palme du martyre, dans la persécution de Julien l'Apostat, et dont il avait probablement rapporté des reliques d'Italie. Il offrait souvent en ce lieu si saint et si cher, le divin sacrifice de la messe, accompagné de saint Martin qui le servit à l'autel, d'abord comme acolyte, puis comme diacre. Parmi les assistants se trouvait sans doute sainte Triaise, encore une pieuse femme, qui se préparait au ciel sous sa conduite, tout près de là, dans une cellule.

Saint Hilaire priait ainsi, méditait et offrait Notre-Seigneur sur sa propre tombe: car il commanda que ses restes fussent déposés auprès des restes chéris de sa femme et de sa fille. Le temps où ce vœu devait s'accomplir étant arrivé, une révélation en avertit saint Maternien, évêque de Reims, qui désirait depuis longtemps voir notre saint: il accourut donc à Poitiers, et jouit du bonheur après lequel il soupirait. Quant aux derniers moments de saint Hilaire, voici comment M. Auber, historiographe du diocèse de Poitiers, les raconte :

« Les traditions de notre Église rapportent que les habitants de Poitiers ayant appris, après beaucoup d'inquiétudes sur l'état de santé de leur évêque, qu'enfin il allait bientôt les quitter, se rassemblèrent autour de sa maison, située alors près de la cathédrale déjà établie sur le sol qu'elle occupe encore. Cette maison épiscopale, qu'avaient habitée en dernier lieu l'épouse et la fille du saint homme, s'élevait elle-même sur l'emplacement donné ensuite au petit édifice paroissial fondé sous le vocable de Saint-Hilaire-entre-Église, c'est-à-dire entre Saint-Pierre et son baptistère dédié à saint Jean. Les fidèles encombraient donc les rues adjacentes, s'informant avec anxiété des moindres détails de la maladie et se lamentant sur la perte dont ils étaient menacés. Près du lit où l'illustre mourant attendait le renouvellement de sa vie, deux de ses disciples, les prêtres saint Just et saint Lienne, priaient agenouillés et dérobaient leurs larmes aux regards de leur père si justement aimé. Lui, de temps à autre, s'informait d'eux si les rassemblements duraient encore. À minuit, il apprit que tout le monde s'était retiré, et à l'instant une lumière éblouissante entoura son lit; les deux disciples en furent d'abord comme aveuglés: mais insensiblement elle devint plus supportable, diminua et disparut enfin après une demi-heure, à l'instant même où le Saint rendit son âme à Dieu dans la paix de son dernier soupir, et avant d'avoir atteint sa soixantième année ».

Ce fut, comme on le croit communément, le 13 janvier de l'an 368. D'autres mettent cette glorieuse mort en 367, mais dans ce cas il faut dire qu'elle arriva au commencement de novembre. Les miracles qu'il opéra alors furent très-nombreux: Fortunat, qui en écrivit un livre deux siècles après, dit qu'il s'en faisait encore beaucoup de son temps, et saint Nicet, évêque de Trèves, écrivait que ses miracles étaient en trop grand nombre pour qu'il entreprît de les énumérer; Grégoire de Tours rend le même témoignage.

Le corps du saint évêque, que Dieu honora par tant de prodiges, fut d'abord déposé dans un tombeau de marbre, entre sa femme et sa fille, dans la basilique de Saint-Jean et Saint-Paul, hors des murs de Poitiers. Cette église fut entièrement détruite au Ve siècle, par les Vandales et les Goths; et le saint corps resta longtemps oublié sous les décombres. Mais en 507, un globe de feu, s'élevant des ruines de l'église où reposait saint Hilaire, s'avança vers la tente de Clovis, campé à sept lieues de là, et le lendemain le roi catholique mettait fin, dans les plaines de Voulon, à la domination des barbares hérétiques qui avaient renversé l'église de Saint-Hilaire. Quelque temps après, le même saint Hilaire apparut à un saint abbé nommé Fridolin, qui gouvernait le monastère établi en cet endroit. Il lui fit connaître où il reposait et lui commanda de faire bâtir, avec le secours du roi de France et de l'évêque de Poitiers Adelphius, un nouveau sépulcre pour y transporter son corps; l'abbé obéit, et lorsque le temple fut achevé, on procéda à une translation solennelle qui ne fut, à proprement parler, qu'une élévation. On ne fit que changer ce corps de place, sans le transporter d'un édifice dans un autre. L'église nouvelle où on le voulait placer était construite sur l'emplacement de l'ancienne. Lors donc qu'on ouvrit la crypte où reposait le saint corps, il en sortit une brillante lumière et l'odeur la plus suave; puis on le vit se lever de lui-même, et, porté sans doute par les mains invisibles des anges, il alla se reposer de lui-même dans le lieu qu'on lui destinait. C'est ainsi que le rapporte expressément le cardinal Pierre Damien, dans un sermon sur saint Hilaire.

Quelques siècles plus tard, la ville de Poitiers, l'église qui portait le nom de Saint-Hilaire et ses reliques, eurent beaucoup à souffrir de la part des Normands qui se rendirent maîtres jusqu'à trois fois de cette contrée, sous les faibles successeurs de Charlemagne. L'église fut même entièrement brûlée. Ce fut pour arracher les saintes reliques à ces profanations qu'on les transporta, vers le Xe siècle, dans la ville du Puy-en-Velay, où elles furent retrouvées en 1655, après être restées oubliées pendant six ou sept cents ans. Sur la demande du chapitre de Saint-Hilaire de Poitiers, Henri de Maupas du Tours, évêque du Puy, ayant reconnu l'authenticité de ces reliques, voulut bien céder à la célèbre collégiale de Saint-Hilaire « le plus grand os, entier, du bras gauche de saint Hilaire, évêque de Poitiers, os qu'on appelle humérus, et qui seul, à peu près, parmi les autres membres du même saint, échappa à la lésion du feu, avec une partie du crâne du saint, noircie par le feu et à demi brûlée ». C'est cet os du bras gauche que possède encore la cathédrale de Saint-Hilaire de Poitiers. Il est entier, sauf une petite partie d'une apophyse qu'on en a extraite, il y a quelques années, pour en faire don au souverain Pontife Pie IX, lors de la déclaration du doctorat de Saint-Hilaire. Dans la même chasse, on vénère une relique (un radius) de saint Georges, l'apôtre du Velay, dont les chanoines du Puy firent en même temps présent à l'église de Saint-Hilaire de Poitiers. Quant à la partie du crâne dont il est fait mention dans le même procès-verbal, elle a été perdue pendant la Révolution; mais, en 1823, M. de Bouillé, évêque de Poitiers, obtint de Mgr de Bonald, alors évêque du Puy, et mort cardinal archevêque de Lyon, une nouvelle portion du chef du saint Docteur, qui est conservée dans le trésor de la cathédrale, et qui reste exposée chaque année dans le sanctuaire, pendant toute l'Octave de sa fête. D'autres parcelles sont honorées dans différentes églises du diocèse de Poitiers. Dieu s'est servi, il y a seulement quelques années, d'une de ces reliques, dans l'église de Saint-Hilaire de Loudun, pour guérir subitement une pauvre femme qui était boiteuse.

On montre à Faye-l'Abbesse en Vendée, le marbre de saint Hilaire dont la conservation pendant la Révolution de 1793 est attribuée à un miracle : c'est le morceau de marbre renfermant des reliques authentiques placé dans la cavité de l'autel portatif dont saint Hilaire se servait dans ses courses apostoliques. Le marbre de saint Hilaire est encore de nos jours l'objet d'une grande vénération : les pèlerins affluent à Faye-l'Abbesse.

Le Bocage est plein du souvenir du grand évêque : c'est ainsi que la voie romaine entre Poitiers et Ajone s'appelle encore le chemin de saint Hilaire.

Saint Hilaire a été très-populaire au moyen âge et a trouvé place dans la légende dorée.

Un grand nombre d'églises sont dédiées sous le nom de saint Hilaire et possèdent de ses reliques en Lorraine, en Franche-Comté, dans le Palatinat du Rhin, dans l'Alsace, en Souabe et parmi les Suisses catholiques. C'est saint Fridolin qui répandit cette dévotion pendant le cours de ses voyages.

Il nous reste à dire que beaucoup de Pères et de Conciles ont proclamé saint Hilaire un des plus grands docteurs de l'Église. Il était, de temps immémorial, honoré sous ce titre, dans plusieurs diocèses, notamment dans celui de Poitiers. Enfin, en 1850, sur la proposition de Mgr Pie, digne successeur de saint Hilaire, le concile de Bordeaux demanda au souverain Pontife Pie IX de confirmer ce titre pour l'Église universelle. Sur un rapport de la Sacrée Congrégation des Rites, ce vœu fut exaucé, et dès lors la messe et l'office des saints Docteurs devinrent obligatoires au jour de sa fête « qui est marquée en ce jour par le martyrologe de saint Jérôme et généralement par tous les Latins. Saint Hilaire a cela de particulier avec saint Martin son disciple, qu'ils sont les deux premiers Confesseurs connus dont l'Église a fait l'office public. On voit même par un très-ancien missel à l'usage de la France, écrit après le commencement du VIe siècle, mais qui est passé de France dans la bibliothèque de la reine de Suède, que l'on faisait mention de ces deux saints Confesseurs dans le canon de la messe, après saint Côme et saint Damien.

« Saint Hilaire réunissait en sa personne toutes les excellentes qualités qui font les grands évêques. À un naturel doux et paisible, à un don particulier de s'insinuer dans les esprits et de persuader, il joignait une sainte vigueur qui a servi de digue aux hérésies naissantes. S'il a fait admirer sa prudence dans le gouvernement de l'Église, il y a fait éclater aussi, lorsque l'occasion l'a demandé, un zèle et une fermeté apostoliques que rien ne pouvait abattre ».

Saint Hilaire est ordinairement représenté avec les attributs d'un évêque, écrasant des serpents.

Pour rendre d'une manière sensible la puissance de son éloquence, on l'a peint quelquefois debout sur un tertre qui s'exhausse à mesure qu'il parle : le peintre supposait que le ciel fournissait au saint Docteur la chaire que lui refusaient les Ariens.

La Légende dorée raconte en effet, à propos du tertre, que dans un Concile personne n'ayant voulu lui faire place, il le souffrit paisiblement et s'assit par terre en disant : « La terre est à Notre-Seigneur ». Et alors la terre sur laquelle il était assis s'exhaussa jusqu'à la hauteur des autres évêques.

Sans doute, les serpents qu'on lui met sous les pieds ou qui s'éloignent de son bâton expriment aussi symboliquement le serpent de l'hérésie mis en fuite par lui.

On l'a encore représenté avec l'enfant qu'il ressuscita; avec sa fille sainte Abre, avec sainte Florence, avec sainte Triaise.

On pourrait convenablement faire entrer dans les représentations de saint Hilaire l'attribut de la Trinité qu'il a si vaillamment défendue par sa parole et ses écrits. — On invoque saint Hilaire contre les serpents.

## ANALYSE DU IIe LIVRE CONTRE CONSTANCE PAR DOM CEILLIER.

Il commence ainsi : « Il est temps de parler, puisque le temps de se taire est passé. Atteindons Jésus-Christ, puisque l'Antechrist domine, et que les pasteurs créent, puisque les mercenaires ont pris la fuite. Perdons la vie pour nos brebis, parce que les larrons sont entrés et que le lion furieux tourne alentour. Allons au martyre avec ces cris, puisque l'ange de Satan s'est transformé en un ange de lumière ». Il représente ensuite l'affliction que l'arianisme cause à l'Église comme la plus grande qui ait été depuis le commencement du monde, et il trouve dans la conduite de Constantios et des autres protecteurs de cette hérésie l'accomplissement de cette prophétie de saint Paul : qu'il viendra un temps où les hommes ne pourront plus supporter la saine doctrine; qu'ayant une extrême démangeaison d'entendre ce qui les flatte, ils auront recours à une foule de docteurs propres à satisfaire leurs désirs, et que, fermant l'oreille à la vérité, ils l'ouvriront à des contes et à des fables. « Mais attendons », ajoute-t-il, « l'exécution de la promesse de celui qui nous a dit : « Vous serez bienheureux lorsque les hommes vous chargeront d'injures et de reproches, lorsqu'ils vous persécuteront, et qu'à cause de moi ils diront faussement toute sorte de mal contre vous ». Comparaisons, pour le nom de Jésus-Christ, devant les juges et les magistrats, parce que celui-là sera sauvé qui persévérera jusqu'à la fin. Suivons la vérité par le secours du Saint-Esprit, de peur que l'esprit d'erreur ne nous porte à croire le mensonge. Mourons avec Jésus-Christ, pour régner avec lui. Se taire plus longtemps serait défiance et non pas modération. Il est aussi dangereux de se taire toujours que de ne se taire jamais ». Il rapporte ensuite comment il se sépara de la communion de Saturio, d'Ursace et de Valens, avec plusieurs saints prélats des Gaules, en accordant toutefois à ceux qui étaient entrés dans le parti des Ariens le pardon de leurs fautes, s'ils voulaient s'en corriger, et pourvu que cette indulgence fût autorisée par le jugement des confesseurs. Il dit comment, étant obligé de se trouver au Concile de Béziers, assemblé par la faction des Ariens, il s'offrit de démontrer clairement qu'ils étaient dans l'erreur; mais qu'ils ne voulurent point l'écouter. Depuis ce temps-là, continue-t-il, ayant toujours été retenu en exil, il s'était comporté envers ses adversaires avec beaucoup de modération, ne rejetant aucun accommodement ni aucun moyen de pacifier les choses, qui fût honnête et raisonnable, n'écrivant rien de bien fort contre eux, ni qui fût digne de l'impiété des Ariens; croyant même qu'on pouvait sans crime prier avec eux dans les églises et leur donner le salut, sans toutefois s'unir avec eux par la participation des mystères, afin de les faire retourner de l'Antechrist à Jésus-Christ, et leur faire obtenir le pardon de leur erreur par la pénitence.

« Pour montrer qu'il n'écrit pas par passion, mais pour l'intérêt de la religion, il allègue le silence qu'il gardait depuis si longtemps qu'on le persécutait, et témoigne souhaiter d'avoir eu à défendre la vérité sous Néron ou sous Dèce, « parce que », dit-il, « étant persécuté par des ennemis du nom chrétien, les peuples fidèles auraient eu cela même une raison de suivre sa doctrine. Mais nous combattons contre un persécuteur déguisé, contre un ennemi qui n'ose que d'artifice et de flatterie, et qui, sans prétexte d'honorer Jésus-Christ et de procurer l'union de l'Église, détruit la paix et renonce à Jésus-Christ ». Il déclare que si les faits qu'il avance sont faux, il veut bien passer pour un infâme médisant; mais il n'avance rien que de vrai, on ne doit point lui reprocher de passer les bornes de la liberté et de la modestie apostolique dans la manière dont il reprend des désordres sur lesquels il s'est tu si longtemps. Il traite Constantios d'Antechrist, et soutient que ce n'est ni la témérité ni l'imprudence, mais la foi et la raison qui le font parler ainsi; il allègue, pour s'autoriser, la manière dont saint Jean parla à Hérode, et un des sept frères Machabées à Antiochus. Il le compare à Néron, à Dèce et à Maximien pour ses cruentés contre l'Église et les persécutions qu'il exerçait envers les Saints. Puis, venant aux mauvaises qualités qu'il lui croyait particulières : « Vous feignez », lui dit-il, « d'être chrétien, vous qui êtes un nouvel Antechrist; vous devancez l'Antechrist, et vous opérez ses mystères. Vous vous ingérez de faire des décisions touchant la foi, vous dont la vie est contraire à la foi; et vous enseignez des choses profanes, parce que vous ignorez la piété. Vous donnez des évêchés à ceux de votre parti, et vous les ôtez à de bons évêques pour les donner à des méchants. Vous emprisonnez les prêtres; vous mettez vos armées en campagne pour jeter l'épouvante dans l'Église. Vous convoquez des conciles; vous contraignez ceux de l'Occident de quitter la foi pour embrasser l'impiété. Vous les assemblez dans une ville pour les épouvanter par vos menaces, pour les affaiblir par la faim, pour les faire mourir par la rigueur de l'hiver, pour les corrompre par votre dissimulation. Vous fomentez les divisions de l'Orient par vos artifices. Vous employez dans vos desseins des personnes qui se servent de caresses pour gagner les autres. Vous animez vos partisans. Vous jetez le trouble dans des choses qui sont établies depuis longtemps, et vous profanez celles qui ne le sont que depuis peu ». Il dit ensuite que l'Église a beaucoup moins souffert de la part des persécutions païens que de la part de Constantins: et la raison qu'il en rend, c'est que de leur temps la persécution était ouverte, les miracles que Dieu opérait en faveur des martyrs animaient à la constance ceux des fidèles qui en étaient témoins; au lieu que la persécution de Constantins ne se faisant que d'une manière cachée, on ne pouvait la regarder que comme une tentation. Parmi les miracles qu'il dit être arrivés pendant les grandes persécutions, par la vertu des reliques des martyrs, il rapporte que les démons étaient tourmentés dans les corps qu'ils obsédaient, les malades guéris, et que l'on avait vu des femmes suspendues en l'air par les pieds, sans le secours d'aucune machine, sans néanmoins que leurs vêtements leur retombassent sur le visage, en sorte que la pudeur n'en était point blessée. » En continuant ses invectives contre l'empereur, il lui reproche d'enlever à ceux qu'il persécutait la gloire du martyre; d'ôter au Père éternel la qualité de Père, en niant que Jésus-Christ fût son fils; d'orner le sanctuaire de l'or du public, d'offrir à Dieu les dépouilles des temples d'idoles, ou confisquées sur des criminels; de saluer les évêques par le baiser par lequel Jésus-Christ a été trahi, de baisser la tête pour recevoir leur bénédiction, et de fouler aux pieds leur foi; de les recevoir à table comme Judas, qui en sortit pour trahir son maître; d'avoir condamné aux mines des ministres du Seigneur, d'avoir fait mourir saint Paulin, évêque de Trèves, en le changeant d'un lieu à un autre et le reléguant en des pays où le nom chrétien n'était pas connu, afin qu'il ne pût recevoir sa nourriture des magasins publics, mais qu'il fût obligé de mendier son prix chez les Montanistes, d'avoir mis le trouble dans les Églises d'Alexandrie, de Milan, de Rome, de Toulouse, en exilant ceux qui en étaient évêques; d'avoir fait battre des mères et des filles, et mis la main jusque sur Jésus-Christ, c'est-à-dire, comme l'on croit, d'avoir profané le mystère de son corps et de son sang.

« Saint Hilaire vient après cela à ce qui s'était passé au concile de Sélencie, où il avait assisté lui-même avec un grand nombre d'évêques. Il s'élève contre la formule de foi qui y avait été dressée, dans laquelle on disait le Fils semblable au Père, mais non à Dieu, il fait voir la fausseté du principe de Constantius, qui voulait que l'on rejetât absolument tous les termes qui ne se trouvent pas dans l'Écriture. Il ajoute que ce n'est pas aux princes chrétiens à prescrire aux évêques ce qu'ils doivent croire. Constantius, en s'arrogeant cette liberté, renversait les règles établies par les Apôtres; lui qui ne voulait pas qu'on se servît de termes qu'on ne lit point dans l'Écriture, employait ceux d'immuable et de semblable au Père, qui ne s'y lisent point. Au reste, quoique saint Hilaire reprenne dans Constantins et dans les Ariens les termes de semblable au Père, il reconnaît qu'on peut les admettre, pourvu qu'avant toutes choses on dise aussi le Fils semblable à Dieu, et que cette ressemblance signifie égalité entre le Père et le Fils. Il reproche à l'empereur sa légèreté et son inconstance dans la foi, qui avait occasionné tant de formules de foi différentes, depuis celle de Nicée. Il lui reproche encore avec fermeté la guerre qu'il faisait non-seulement aux vivants, mais même aux morts, c'est-à-dire aux saints évêques de Nicée dont il avait fait condamner les sentiments sans épargner le grand Constantin, qui avait eu la même foi qu'eux ».

La vie de saint Hilaire se trouve dans le Père Giry; mais elle nous a paru si courte, que nous avons cru plaire au lecteur en la refaisant d'après Dom Constant (*Vita sancti Hilarii Pictaviensis episcopi ex ipsius scriptis ac veterum monumentis nunc primum concinnata*) et Dom Cellier (*Hiérarchie générale des Ordres sacrés et ecclésiastiques*). Nous nous sommes servi, pour tout ce qui était plus particulièrement local, des *Vies des Saints de l'église de Poitiers*, par M. l'abbé Auber. Pour plus de détails sur les écrits de saint Hilaire, voir Dom Rivet, *Hist. littér. de la France*, t. 267, p. 147.

Événements marquants

  • Conversion au christianisme à l'âge mûr après l'étude de la philosophie
  • Élection comme évêque de Poitiers vers 353
  • Opposition à l'arianisme au concile de Béziers en 356
  • Exil en Phrygie par l'empereur Constance
  • Rédaction du Traité de la Trinité durant l'exil
  • Participation au concile de Séleucie en 360
  • Retour triomphal à Poitiers en 360
  • Lutte contre l'évêque arien Auxence à Milan en 364

Miracles

  • Expulsion des serpents de l'île Gallinaria
  • Résurrection d'un enfant mort sans baptême
  • Élévation miraculeuse du sol lors d'un concile
  • Globe de feu guidant Clovis vers son tombeau

Citations

Se taire quand on doit parler, est de la pusillanimité et non de la modestie.

— Livre contre Constance

Episcopus ego sum (Je suis évêque)

— Parole adressée à l'empereur

Date de fête

13 janvier

Époque

4ᵉ siècle

Décès

13 janvier 368 (ou novembre 367) (naturelle)

Invoqué(e) pour

protection contre les serpents

Autres formes du nom

  • Hilarius (la)
  • Athanase de l'Occident (fr)
  • Rhône de l'éloquence (fr)

Prénoms dérivés

Hilaire, Hillary

Famille

  • Francaire (Francarius) (père)
  • Abra (fille)
  • Inconnue (épouse)